Tous keynésiens désormais ?

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Note de lecture parue dans le Socialist standard de novembre 2011 [cf. en anglais].

The Political Economy of Development. Edité par Bayliss, Fine and Van Waeyenberge (Pluto Press) 2011.

Le sujet de ce livre est la Banque mondiale. Avec le Fonds monétaire international, elle a été créée lors d’une conférence des Nations unies à Bretton Woods (États-Unis) en 1944. Le but initial de la Banque était d’encourager les investissements d’après-guerre pour la reconstruction et le développement en faisant des prêts aux gouvernements. La Banque, basée à Washington, a continué à développer des programmes d’aide financière pour les pays les moins développés du monde. Cette aide était critiquée du fait qu’elle était conditionnée à l’acceptation du «Consensus de Washington» sur la nécessité de mettre en œuvre l’idéologie néolibérale – la déréglementation des marchés, les privatisations et un moindre rôle de l’État. Depuis 1998, cela a été remplacé par l’ «après-consensus de Washington» dans lequel la Banque favorise le marché grâce à l’intervention étatique. Comme l’expliquent les auteurs, «le néo-libéralisme n’a jamais été avare d’intervention de l’État». Ce qui est nouveau, affirment-ils, c’est l’expansion soutenue par l’État des institutions financières privées et des services au cours des trois dernières décennies.

Ce livre remet en question les présupposés néo-libéraux qui guident encore la Banque, détaillant des preuves de ses échecs. Mais quelle est l’alternative? Les auteurs posent la question rhétorique: «Sommes-nous tous redevenus keynésiens? » en sous-entendant clairement que ce serait la seule alternative. Toutefois, cette conclusion manque de perspective historique. Le keynésianisme (se référant à l’économiste JM Keynes) est essentiellement la croyance que les gouvernements devraient intervenir dans l’économie pour la tirer d’affaire, et son incapacité à résoudre les problèmes du capitalisme a conduit à son remplacement par la foi dans le tout-marché dans les années 1980. (En pratique, les gouvernements – même ceux qui désavouaient formellement le keynésianisme – sont intervenus pour soutenir leurs marchés chaque fois que nécessaire, surtout dans la récession actuelle). La foi néo-libérale dans le marché devait finir dans la désillusion, mais cela n’amène pas à justifier une foi tout autant erronée dans l’économie keynésienne. Le keynésianisme et le néo-libéralisme ne sont que deux politiques pour gouverner le capitalisme.

LEW

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