Deux martyrs: Rosa Luxembourg – Karl Liebknecht (1920)

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Article de Fernand Caussy paru à la Une de l’Humanité du 16 janvier 1920.

Entre toutes les victimes de la réaction allemande, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, assassinés il y a eu un an hier au soir, sont celles dont le souvenir nous émeut davantage. D’autres, et le premier de tous, ce grand Kurt Eisner, par la pénétration de leur regard, par la richesse de leurs idées, n’ont pas cessé d’occuper nos esprits. Mais par l’ampleur de leurs sentiments humains, par leur dévouement à la cause des pauvres, c’est à notre cœur que parlent Liebknecht et Rosa.

Après avoir fait ses études de droit à Leipzig, Liebknecht s’installa en 1899 comme avocat à Berlin. En 1907, une brochure, Militarisme et antimitarisme, lui vaut un an et demi de prison. A sa libération, il est élu député au Landtag; deux ans après au Reichstag, où il se manifeste surtout l’adversaire du militarisme.

On sait que Liebknecht, par discipline à l’égard de son parti, a, comme tous les socialistes allemands, voté les crédits de guerre le 4 août 1914. Mais ayant fait en octobre un voyage en Belgique, il en revint absolument opposé à la continuation de la guerre, et lors du second vote des crédits, en décembre 1914, il les refusa, en criant au gouvernement: c’est vous qui avez voulu la guerre !

Une voix contre le massacre

Exclu du parti socialiste pour son attitude, empêché d’écrire dans les journaux du parti, Liebknecht, sous le nom de Spartakus, publie tracts sur tracts, protestant contre le massacre des peuples, dénonçant l’ambition des princes et les manœuvres des socialistes bellicistes. Pour le punir, le gouvernement l’incorpora dans une compagnie de landsturm. Bientôt après il est envoyé sur le front occidental, puis sur le front oriental, où est il constamment exposé au feu.

A la fin d’avril 1916, Liebknecht vient en permission à Berlin. Il en profite pour lancer le 1er mai un Appel à la lutte révolutionnaire. Il le distribue lui-même sur la Postdamer Platz. Arrêté, et accusé de haute trahison, il est condamné à deux ans et demi de prison; la peine est portée à quatre ans sur appel du procureur impérial. Il n’est libéré qu’en octobre 1918 lors de l’entrée des socialistes dans le cabinet Max de Bade.

Le 9 novembre, Liebknecht arborait de ses mains le drapeau rouge sur le balcon impérial et y proclamait la République.

L’attitude des socialistes majoritaires au pouvoir ne tarda pas à convaincre Liebknecht qu’une seconde révolution était nécessaire. Cette seconde révolution, il la voyait au terme d’une action de propagande intense, dont les élections à l’Assemblée nationale devaient être l’occasion. Cette conception, qui était aussi celle de Rosa Luxemburg, ne prévalut pas au Congrès du parti communiste, qui se tint à Berlin du 1er au 3 janvier. Sur la suggestion de Radek et de Rühle, le Congrès, à une majorité des trois quarts des votants, repoussa la proposition de Liebknecht.

Deux jours plus tard, mettant à profit le mécontentement des soldats de la garnison, impatients d’être démobilisés, les Spartaciens tentaient de s’emparer du pouvoir par l’émeute. Après avoir occupé une grande partie de Berlin, ils sont refoulés par les troupes gouvernementales et finalement complètement vaincus.

Liebknecht et Rosa, arrêtés le 15, sont assassinés par les soldats de leur escorte.

Rosa la rouge

Rosa Luxembourg, elle, était d’origine polonaise. Dès l’âge de 16 ans elle militait contre le tsarisme et devait s’exiler pour échapper à la Sibérie. Elle avait fait ses études en Suisse, où elle prit les doctorats e, droit et en philosophie.

Dès les premiers jours de la guerre, elle prit position contre l’impérialisme allemand. Une brochure de sa façon, publiée sous le pseudonyme de Junius, la Guerre et la social-démocratie allemande, lui valut 18 mois de prison. Quand sa peine fut terminée, le gouvernement l’interna de nouveau, sous prétexte de la  « protéger contre elle-même ».

Lors de la révolution allemande de novembre, elle associa étroitement ses efforts à ceux de Liebknecht, fonda avec lui le Rote Fahne (le drapeau rouge) et finalement partagea son sort après l’échec de l’insurrection de janvier.

Au moment où l’anniversaire de Liebknecht et de Rosa Luxembourg est marqué à nouveau par des massacres populaires à Berlin, qu’il nous soit permis de rappeler le beau discours prononcé par Rosa au Congrès du parti communiste de janvier. Elle rappelait l’enseignement d’Engels qui, devant les progrès de l’armement militaire, considérait comme insensée l’idée de faire la révolution dans la rue.

La fidélité de Liebknecht et de Rosa au parti communiste, quand il eut pris la décision tragique à laquelle ils étaient opposés, est peut-être le trait le plus admirable de leur carrière. Comme il les sépare, cet ardent dévouement, des petites habiletés qui ont caractérisé les profiteurs de la révolution de novembre ! Comme il rend compréhensible la haine, dont après leur mort, a continué de les poursuivre le gouvernement de Noske et de Scheidemann ! Devant ces pures lumières,  leurs bourreaux apparaissent comme des êtres de ténèbres, et l’on se demande si ce n’est pas la hantise du premier crime qui les a engagés depuis a redoubler de forfaits.

F. CAUSSY.

Une Réponse to “Deux martyrs: Rosa Luxembourg – Karl Liebknecht (1920)”

  1. Zum heutigen Tage « Entdinglichung Says:

    […] Bataille socialiste Deux martyrs: Rosa Luxembourg – Karl LiebknechtIntroduction aux Lettres et tracts de Spartacus (Lefeuvre, 1972)Manifeste de l’Union ouvrière […]

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