Intervention au Congrès de Copenhague (Rosa Luxemburg, 1910)

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Intervention mercredi 31 août 1910, le matin.

J’ai demandé la parole au nom de diverses nationalités russes, pour démontrer combien il faut tenir compte de ce qui s’est accompli depuis le congrès d’Amsterdam, à la suite de la révolution russe.

Vandervelde, avec sa belle éloquence habituelle, a évoqué les martyrs russes et le congrès a applaudi avec enthousiasme. Moi qui i représente le socialisme polonais, je dis que si les ombres des martyrs avaient entendu divers discours comme celui du citoyen Vollmar, elles répudieraient vos acclamations et vous demanderaient de ne pas rendre leur martyre inutile.

La motion sur la grève générale a été dictée à Amsterdam, par le souci de ne pas illusionner le prolétariat sur ses forces. Eh bien, ce que vous teniez pour utopique, la révolution russe l’a réalisée. Adler ne veut rien fixer parce que nous ne sommes pas assez forts pour tenir. La révolution russe nous apprendque les forces révolutionnaires du prolétariat surgissent des événements et des nécessités. (Appl.)

La révolution russe est issue de la guerre russo-japonaise, ce n’est là qu’un côté de la dialectique des choses. Mais il y a l’autre côté; c’est aussi la révolution russe qui a mis fin à la guerre. Le tsar, pris à la gorge par la révolution, a dû mettre bas les armes. Le développement économique travaille pour nous, mais nous ne récolterons pas ses fruits en nous croisant les bras. Moi qui adhère au matérialisme historique, je proteste contre l’interprétation étroite de la dialectique historique qui engendre l’hervéïsme. Hervé est un enfant terrible. Kautsky a démontré que le prolétariat allemand, en cas d’intervention militaire de l’armée allemande en Russie, devrait se lever révolutionnairement. Opinion personnelle, a dit Vollmar. Non. c’est le discours de Vollmar qui n’est qu’une opinion personnelle. Sa thèse a presque unanimement été repoussée au congrès d’Iéna, à propos de la grève générale. Jusque-là, on l’avait considérée comme une utopie anarchiste, mais la social-démocratie prenant leçon de la révolution russe, au congrès d’Iéna, après un ardent discours de Bebel, a voté la grève générale, si on voulait atteindre le S.U.

Mais la grève générale ne doit pas se borner à cette hypothèse. Nous ignorons l’histoire de demain. Un attentat autocratique quelconque peut provoquer une grève générale. Ce n’est pas l’anarchisme, c’est le spectre de la révolution russe qui a modifié ainsi la tactique de la social-démocratie allemande.

Hervé s’est vanté qu’en France il pouvait faire sa propagande antimilitariste sans être déchiqueté. Mais en Allemagne nous pouvons prêcher la solidarité ouvrière, et le prolétariat allemand applaudit frénétiquement. Après les discours de Vollmar et Bebel j’ai voulu dire que si Bebel a répudié les risques, il n’a pas assez développé sa motion. Les camarades russes veulent renforcer la résolution du congrès. (Appl.)

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Une Réponse to “Intervention au Congrès de Copenhague (Rosa Luxemburg, 1910)”

  1. Vermischte linke Archivaliem « Entdinglichung Says:

    […] – Socialist Labor Party: Rapport du S.L.P. au Congrès international (1907) – Rosa Luxemburg: Intervention au Congrès de Copenhague (1910) – Les « Bons de confiance » dans la Commune hongroise de 1919 (1926) – l’Humanité: […]

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