Manifestation « Ferrer » du 17 octobre 1909 pour l’Espagne libre

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Appel de la Fédération socialiste de la Seine paru à la Une de l’Humanité du 16 octobre 1909, suivi du plan de la manif paru à la Une de l’Humanité du 17 octobre 1909 et de photographies de la manif du 17 octobre 1909, pour certaines éditées en cartes postales.

Au Peuple de Paris

Après d’autres, Ferrer est mort, assassiné.

Le Peuple de Paris, toujours ardent pour les nobles causes, a fait entendre son cri d’indignation, et des milliers de citoyens ont répondu à l’appel qui leur avait été adressé.

C’est déjà le passé.

Il faut maintenant songer à l’avenir.

Il y a, prêts à entrer dans l’atroce fossé de Montjuich, des hommes et des femmes qui ont été condamnés, comme Ferrer, sans autre forme de justice que l’abominable parodie contre laquelle toute l’Europe proteste.

Le journal espagnol républicain El Pais écrit:

II y a en ce moment six hommes et une femme condamnés à mort. Le ministère public demanda encore hier une autre condamnation à mort.; Ce faucheur terroriste va-t-il continuer après l’éxécution de Ferrer?

Laisserons-nous en silence s’accomplir ces crimes nouveaux?

Déjà notre presse immonde la même qu’autrefois insinue que, pour ne songer qu’à Ferrer « célèbre et millionnaire », on a négligé les autres malheureux sur qui s’est abattue la griffe du gouvernement espagnol.

Déjà même, croyant qu’elle pourra faire prendre le change sur les incidents qui ont marqué ta soirée de jeudi, elle ose réclamer des poursuites et voudrait sans doute appliquer à Paris le régime espagnol.

Pour répondre à ces calomnies comme à ces provocations, pour affirmer que l’émotion produite par les événements d’Espagne n’est ni superficielle, ni limitée à quelques catégories de citoyens ardents, nous demandons à tous les hommes de cœur de dire avec nous qu’ils veulent obliger les criminels à reculer devant la réprobation publique.

Jeudi, nous étions vingt mille.

Dimanche à 3 heures, nous voulons être cent mille et plus.

Paris ouvrier, Paris socialiste, Paris républicain se doit à lui-même d’affirmer sa solidarité généreuse pour toutes les victimes de la répression espagnole.

En convoquant ainsi tous les citoyens à ce devoir, la Fédération de la Seine veut le dire hautement:

Elle ne cherche pas de troubles.

Elle ne veut pas violer le territoire espagnol, représenté diplomatiquement par l’ambassade.

Par l’imposante grandeur de la manifestation, par le nombre de ceux eut seront là, elle veut seulement donner au gouvernement espagnol la preuve que c’est bien la foule immense du peuple de Paris qui proteste et qui s’indigne.

C’est en plein jour, hors de l’ombre propice aux coups de police comme aux actes individuels qui en sont les conséquences, qu’elle convoque les citoyens de Paris.

Elle veut qu’aucun incident extérieur, aucune diversion ne puisse servir à nos adversaires pour nier ou pour masquer l’ampleur de l’émotion populaire.

Elle veut aussi faire avec loyauté une décisive expérience pour conquérir la liberté des pacifiques manifestations de la rue, comme elle existe dans les monarchies d’Angleterre et de Belgique.

Par la volonté exprimée de tous ses militants, révolutionnaires ou modérés, par leur accord unanime, seront déterminées les mesures que la Fédération de la Seine compte prendre pour assurer l’ordre dans la manifestation, pour enlever ainsi au pouvoir les prétextes aux brutalités policières.

A dimanche donc.

Travailleurs de Paris, socialistes et républicains de Paris, préparez-vous avec toutes les grandes villes d’Europe et de France à flétrir la domination cléricale et militaire sous laquelle étouffé l’Espagne, à dire votre espoir d’un relèvement qui fera de l’Espagne une République de plus dans le monde.

FÉDÉRATION DE LA SEINE.


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