La « Gauche résolue » (groupe Schwarz)

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Extrait de l’article de Siegfried Bahne ENTRE LE « LUXEMBURGISME » ET LE « STALINISME »  paru dans les Cahiers de l’ISMEA (1972)

Le groupe d’opposition communiste radical qui s’était séparé en automne 1926 de Korsch et de la « Politique communiste » s’était regroupé autour d’Ernst Schwarz et de son périodique « Entschiedene Linke » (La gauche résolue). Le motif principal de cette séparation de Korsch, que l’on insultait des noms de « nouveau Lénine » et de « Ledebour raté », c’était — différent personnel mis à part — des divergences d’opinion sur des problèmes syndicaux. Dès le début, le nouveau groupe entretint des rapports étroits avec le K.A.P.D., et enfin en juin 1927, lors du Congrès du Comité central de la« Gauche résolue » à Berlin, la fusion du K.A.P.D. avec la A.A.U., « avant-garde révolutionnaire du prolétariat », fut conclue à l’unanimité.

Voici la devise de la politique du groupe Schwarz : « Tout le pouvoir aux conseils ! » Lui aussi se considérait comme une « nouvelle gauche de Zimmerwald », voulait marcher sur les traces de Liebknecht et de Rosa Luxemburg et reprendre les traditions spartakistes ; il défendait la théorie révolutionnaire des conseils et plaidait pour la fondation d’un « nouveau parti ouvrier révolutionnaire, dans lequel la probité et la pureté prolétariennes ainsi que le droit de cogestion des masses ouvrières » devaient remplacer la « corruption » d’une « clique dictatoriale de bureaucrates ». Le groupe réclamait l’« anti-légalisme » de tout combattant prolétarien et récusa Lénine. A côté de l’idée des conseils, base de sa politique, la« Gauche résolue » partageait avec d’autres groupes d’ultra-gauche le refus de tout travail syndical. Elle expliquait qu’aucune révolution n’avait encore réussi par le détour d’une conquête des syndicats, mais au contraire qu’elle réussissait toujours par la lutte des minorités radicales solidaires. C’est pourquoi il fallait créer une organisation « puissante », bâtie sur le principe des conseils, une « union des organisations d’entreprises », qui s’assigne pour but d’élargir les luttes économiques en « luttes pour le pouvoir politique de la classe ouvrière ».

Pour le groupe Schwarz, les communistes d’« ultragauche » étaient les héritiers du mouvement communiste fondé par Liebknecht, Rosa Luxemburg et Lénine. Il était pleinement d’accord avec le groupe Korsch dans son appréciation de la dictature soviétique : la Russie soviétique « dégénérée », menée par le « renégat » Staline, était une « dictature bourgeoise en puissance » ; la politique de cet État présentait un « caractère totalement non prolétarien » et ne laissait apparaître nulle « évolution vers le communisme » M. A l’occasion de la quinzième Conférence du P.C.U.S. (26 octobre-3 novembre 1926), immédiatement après la révocation de Zinoviev en tant que président du Komintern et l’éloignement de Trotski et Kamenev du Politburo, la « Gauche résolue » constata qu’une guerre entre l’Union soviétique et les États d’Europe occidentale serait désormais tout à fait « dans la ligne des conflits ordinaires opposant les États bourgeois entre eux ». Le Comintern était mort, le K.P.D. était devenu « un appendice du front unifié noir, rouge et or », tandis que la rationalisation du processus de production en Russie soviétique et dans les pays capitalistes présentait, au fond, les mêmes caractéristiques néfastes à l’ouvrier. En septembre 1926, le groupe Schwarz, analogue de Korsch, déduisait du prétendu processus « obligatoire » d’embourgeoisement du bolchevisme depuis 1921 que : l’« organisation de la révolution prolétarienne » était « à l’ordre du jour» également en Russie.

Tous les groupes communistes pour qui le Comintern et ses sections étaient encore socialistes et qui voulaient uniquement les réformer furent récusés par les « communistes révolutionnaires » groupés autour de Schwarz. Leur sympathie allait au radical Miasnikov, qui se situait encore à gauche de l’« opposition ouvrière» russe.

Le mot d’ordre de Staline à propos de l’édification du socialisme national en Russie aussi bien que la « bolchevisation » des sections du Comintern avec toutes ses conséquences n’étaient pas un des moindres effets de la conviction, acquise après 1920-21, définitivement confirmée en 1923-24, qu’il ne fallait pas compter voir l’Union soviétique sortir de son isolement dans un délai prévisible ».

A la suite de son échec de l’automne 1923 et de son interdiction (1923-24), le K.P.D. s’était trouvé considérablement affaibli dans ses forces organisatrices et son énergie offensive politique. En dépit de la violente opposition de la gauche et surtout de l’opposition d’« ultragauche » au sein du K.P.D. qui, sans le soutien que la Russie soviétique avait apporté à la « direction Thälmann staliniste » et grâce à l’union considérable des forces d’opposition, n’aurait pas été condamnés d’emblée à l’échec, les « stalinistes » auraient réussi au cours des années 1925-1928 à changer le caractère du parti. Au terme du processus de bolchevisation, le K.P.D. n’était plus le parti ouvrier radical allemand qu’il était lors de sa fondation au tournant des années 1918-1919.

Les « ultragauchistes » aussi bien que les « droitiers », qui en 1928-29, en tant qu’ultime « fraction » du K.P.D., s’opposèrent à ce développement, s’appuyèrent sur Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht dans leur lutte contre le « stalinisme ».


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