La vérité sur l’Opposition ouvrière (Chliapnikov, 1926)

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Paru dans La Révolution prolétarienne N°22 (octobre 1926).

Dans la Pravda du 10 juillet, l’article : Le danger de droite dans notre Parti analyse une lettre personnelle de Medvediev à un prolétaire communiste de Bakou. Cette lettre, relative à la discussion de 1923-1924, avait un caractère strictement personnel, mais en 1924 déjà, depuis le commencement de l’affaire provocatrice menée contre les membres ouvriers du Parti à Bakou, elle avait acquis une importance générale pour l’ensemble du Parti et était connue du Bureau politique.

Cependant, c’est seulement deux ans après avoir été communiquée aux membres du Comité central qu’elle est soudainement apparue à notre organe central comme l’expression d’un « danger de droite dans notre Parti » et que la Pravda a décidé de prêter attention aux questions qui s’y trouvent posées. Récemment encore, nous réclamions la publication de la lettre de Medvediev, et avec une particulière insistance à propos de nos protestations contre le jugement prononcé sur les ouvriers accusés d’appartenir à « l’opposition de Bakou ».

Mais la publication nous fut refusée.

Nous serions bien reconnaissants à la Pravda même d’une attention tardive envers les questions posées dans cette lettre et d’une publication partielle de celle-ci, .fût-ce sous forme de citations, si celles-ci avaient été faites sans falsifications conscientes, ce que nous sommes en droit d’exiger de la Pravda. La rédaction elle-même considère cette lettre, écrite à la demande d’un camarade de Bakou dès janvier 1924, comme un « document politique important » n’ayant non seulement rien perdu de son intérêt pendant les deux années et
demi écoulées, mais « ayant même acquis une fraîcheur politique de choc ». Une telle opinion obligerait, semble-t-il, la rédaction à traiter cette lettre effectivement comme un document politique important et à la publier intégralement. Mais ce n’est pas ce qu’a fait la Pravda. Elle ne l’a pas fait parce que la publication du texte authentique ne lui aurait pas donné la possibilité de porter, sous l’inspiration des dirigeants du Comité Central, un coup politique à Medvediev et à l’auteur de ces lignes, et, à travers nous, à tous les camarades qui n’approuvent pas la politique de la majorité du Comité Central. Ainsi le si brusque trait de lumière de la rédaction et la mise à l’ordre du jour de la lettre, loin d’être nécessaires à nos dirigeants pour élucider les questions posées et informer le Parti d’un danger de droite, ni pour expliquer les erreurs de nos conceptions, ne l’ont été que dans un but de diffamation politique et afin d’effrayer ceux qui n’approuvent pas la majorité actuelle du Comité Central dans laquelle ils voient le véritable danger de droite.

La calomnie politique de « l’opposition ouvrière » et de l’opposition en général est depuis longtemps un instrument de lutte dans le Parti et un moyen de faire rapidement carrière pour les arrivistes. »

Parallèlement, des historiens ignorants et des politiciens intéressés à la lutte de fraction essayent de nous discréditer en se référant à la
lutte idéologique menée entre Lénine et nous, ne comprenant ni ses motifs authentiques, ni sa signification politique. Nous dirons au Parti en son temps ce qu’a été cette lutte. Cependant, en luttant avec nous, Lénine accordait la plus grande attention à nos alarmes quant au sort de notre révolution. Les dirigeants actuels du Parti, dans leur attitude envers l’opposition, se distinguent de Lénine de la manière la plus criante en ceci qu’ils ont depuis longtemps perdu tout véritable sentiment d’alarme quant au sort de notre révolution.

Très souvent, dans cette lutte politique malhonnête, les’ calomniateurs essayent de s’appuyer sur Lénine. Mais leurs tentatives doivent être catégoriquement démasquées : Lénine ne recourait pas aux procédés malhonnêtes et l’invoquer, c’est malpropre calomnie.

Notre lutte idéologique de 1920-1922 se distingue de celle d’aujourd’hui par la profondeur du contenu et de l’enseignement. Les leçons de cette époque n’ont été vaines ni pour le Parti, ni pour nous. Mais cette époque n’est plus. 1926 n’est pas 1921 et nous sommes  profondément convaincus que sur les désaccords d’aujourd’hui, nous serions aux côtés de Lénine contre les dirigeants actuels, comme nous avons été avec lui dans les premiers jours de la Révolution de février contre ces mêmes dirigeants.

Il est évident que le désir de l’auteur de complaire à ces dirigeants l’a incité à recourir à des faux, à des citations falsifiées, à des procédés de tricherie, tandis que la rédaction, pour les mêmes motifs, n’a pas reculé devant une falsification consciente du document et les inventions du rédacteur sur la « plate-forme » de Medvediev et de moi.

L’AFFAIRE DE BAKOU

Déjà, des premières lignes de l’article jaillissent des flots d’inexactitude. L’article commence en se référant à l’affaire de « l’opposition de
Bakou » et la rédaction ne craint pas de falsifier les faits et même les décisions de la Commission centrale de Contrôle et du Bureau politique.

La décision de la C. C. C. et l’article de Soltz publiés à ce sujet disent nettement qu’il n’existe « aucune donnée de formation réelle de groupe, c’est pourquoi l’appréciation du travail de ces camarades comme constituant des groupes n’est pas fondée; les diffamer en les traitant de contre-révolutionnaires et en avertissant les ouvriers sans parti que, en cas de récidive dans la participation de pareilles organisations souterraines, l’affaire serait portée devant les organes soviétiques correspondants, témoigne d’un échauffement inadmissible dans cette affaire. » Ainsi écrivait Soltz, que nous considérons ouvertement comme partial à l’extrême dans toute question où nos noms sont prononcés. Mais la Pravda dit tout autre chose.

La Pravda doit savoir que cette décision de la C. C. C. implique un blâme au secrétaire du Comité Central et au Président de la Commission de contrôle du P. C. d’Azerbeidjan pour avoir soulevé cette affaire. Le présidium de la C. C. C. lui-même, revisant sur notre protestation le jugement, fut obligé de l’annuler, et non de l’atténuer, comme l’a prétendra l’article. Voilà ce que disent les documents officiels, mais la Pravda passe outre et répète plusieurs fois dans la même colonne que la lettre de Medvediev était « adressée à un membre du groupe de Bakou », etc., falsifiant ouvertement les faits.

Dans la première partie de l’article, l’auteur, parlant de l’attitude de Medvediev envers la politique économique du Parti, essaie de porter la discussion à une hauteur de principes, mais retombe vite dans la voie plus avantageuse de la falsification du document cité. L’alarme exprimée dans la lettre sur le sort de notre grande industrie d’État est transformée par la Pravda en non-désir de Medvediev « d’accorder » le développement de la grande industrie avec celui de l’économie rurale. L’indication de Medvediev sur la limitation du marché paysan immédiat pour les produits de l’industrie lourde (métallurgie, machines, houille, etc.) se trouve interprétée comme une propension à rompre la liaison économique avec la campagne.

LE SORT DE LA GRANDE INDUSTRIE

Seule, l’hostilité préconçue de la Pravda lui a permis de présenter l’appréhension de Medvediev sur l’état de l’industrie lourde comme une négation de l’importance de cette liaison. Il nous suffira d’indiquer que dans l’année où la lettre fut écrite, la situation de la grande industrie était extrêmement difficile et que la lutte des « départements » contre les commandes à elle destinées menaçait son existence même. Nous rappellerons seulement quelques aspects de cette lutte, particulièrement accentuée dans la dispute entre le Commissariat des Voies de communication et le Conseil supérieur économique sur la question des commandes de matériel de transports. Qui donc ignore que le Commissariat des Voies de communication réussit à se libérer « complètement » des commandes en locomotives, wagons, rails et autre matériel, exigeant que le Conseil supérieur économique adaptât les usines métallurgiques et de construction de machines aux besoins immédiats de l’ économie rurale ? Et la discussion sur les besoins des usines de Léningrad ? Ne menaçait-elle pas l’existence des plus grandes usines Les dernières années écoulées depuis la dernière discussion n’ont fait que confirmer l’inquiétude de Medvediev. Les événements ultérieurs ont montré à tout le Parti la nécessité de poser la question de l’industrialisation de toute l’économie du pays et le XIV. Congrès a mis ouvertement à l’ordre du jour la tâche de réaliser effectivement cette industrialisation. Le retard industriel de notre pays devient une menace évidente pour toutes les conquêtes révolutionnaires d’octobre.

LE SORT DES PAYSANS PAUVRES

Les considérations de Medvediev sur l’instabilité des petites entreprises rurales dans les conditions de la concurrence capitaliste, communes à tous les marxistes, à tous les bolchéviks, à tous les léninistes, sont contestées par la Pravda. Tout notre programme de mesures pratiques à la campagne, y compris les diverses formes de coopération, est fondé sur la notion de l’instabilité de telles entreprises. Mais la Pravda, enchantée de la liaison avec l’économie paysanne « en général », et non avec les paysans pauvres et les paysans moyens, ne voit pas comment sa conception devient une liaison avec les paysans riches.

Nous nous rappelons fort bien notre vieille lutte contre les théories réactionnaires des socialistes-révolutionnaires sur la vitalité des petites entreprises, et tant que les relations capitalistes existeront dans notre économie rurale, nous n’entendons pas tromper les paysans pauvres en leur promettant de sauver leur minuscule économie propriétaire « indépendante » dans les conditions de la Nep et d’une lutte acharnée sur le marché. La Pravda ne dément pas Medvediev par des faits démontrant que. le développement de notre économie rurale petite-propriétaire va dans un autre sens. Pourquoi n’écrit-elle pas que les fermes des paysans pauvres se sont renforcées, sur la base de la propriété privée 1 Non, elle ne peut pas écrire cela, car il est maintenant trop connu de chacun que dans les deux années écoulées depuis la lettre de Medvediev, la différenciation de classe à la campagne a fait un énorme pas en avant.

C’est sur le sort de ces entreprises petites et infimes qu’écrivait Medvediev, c’est leur sort qui l’intéressait avant tout, et non le  développement de « l’économie paysanne » en général, comme l’écrit la Pravda. Oui, la grande économie paysanne, celle des koulaks et de ceux qu’on appelle maintenant les « puissants-moyens », a devant elle de riches perspectives; c’est de liaison avec elle que s’occupe la Pravda quand elle nous reproche de désirer rompre cette liaison. Les rapports capitalistes à la campagne n’ont pas disparu et dans la mesure où ils existent, les lois de la concurrence capitaliste continuent d’agir, il ne faut pas l’oublier.

La Pravda indique la coopération comme voie de développement de la petite économie paysanne, ne comprenant évidemment pas que cette voie implique justement l’impossibilité d’un développement de la petite économie propriétaire indépendante et ne fait que confirmer l’opinion de Medvédiev sur l’inévitable faillite de cette petite économie. Seuls des descendants de koulaks peuvent parler de perspectives radieuses, d’un avenir rose pour les paysans pauvres; toutes ces assurances ne peuvent que recouvrir une réalité capitaliste à l’avantage de la paysannerie exploiteuse, intéressée à entretenir de telles illusions chez les pauvres.

Medvédiev n’a fait qu’esquisser la tâche générale du Parti dans l’économie rurale et indiquer l’erreur de la politique tendant à assurer le développement indépendant des plus petites entreprises paysannes en perpétuant les rapports actuellement établis à la campagne. Cette voie est depuis longtemps sondée et condamnée par l’histoire. On peut et l’on doit faire tout pour que le processus, économique d’élimination des faibles entreprises paysannes revête les formes les moins douloureuses, pour leur faciliter l’essor vers la coopération; mais ce serait tromper que de promettre aux pauvres la conservation, a fortiori le progrès, de leurs entreprises indépendantes sur le terrain de la propriété privée. La tâche principale, urgente, est d’attirer ces éléments paysans, des formes de petite production individuelle, vers la grande production au moyen des associations, des coopératives, etc., et nous ne l’avons jamais contesté.

Dans la lettre de Medvediev, il y a peu de chose là-dessus, mais sur la « liaison avec la campagne », il est parlé suffisamment de liaison avec cette partie de la campagne que les bolchéviks, à l’inverse de tous les bienfaiteurs menchéviks et socialistes-révolutionnaires de la « paysannerie », ont toujours soutenu opiniâtrement : nous avons en en vue avant tout les paysans pauvres. La liaison avec les paysans moyens se réalise plus simplement, selon la possibilité et la capacité de notre industrie d’État de satisfaire la faim de marchandises. Au regard des paysans pauvres, la question est beaucoup plus aiguë et compliquée. A la masse immense des paysans pauvres, la coopération elle-même est impuissante à donner une aide essentielle. Et à cette question, Medvediev répond: la liaison entre ces paysans pauvres et la ville dépend du degré de développement de notre industrie, de l’envergure des entreprises d’État et des grands travaux publics.

LA POLITIQUE DES CONCESSIONS

L’alarme sur la situation et sur l’avenir de la classe ouvrière et des paysans pauvres, dépendant de la lenteur du développement des forces productrices de notre pays, qui apparaît à chaque ligne de la lettre de Medvediev, est interprétée par la Pravda comme une humilité envers le capitalisme international. La Pravda ne recule pas devant de véritables inventions pour démontrer notre « erreur », exprime des idées de son crû présentées comme des citations et dont il résulterait que « nous demandons que le gouvernement fasse des recherches plus énergiques de ces ressources au moyen d’emprunts d’Etat intérieurs et extérieurs, et en admettant des concessions ou des pertes plus grandes, des sacrifices matériels plus grands que ceux acceptés par notre Etat pour l’obtention de tels crédits. » Nous déclarons catégoriquement que ce passage ne se trouve pas dans la lettre de Medvediev. Chaque camarade peut vérifier notre affirmation et le mensonge de la Pravda sur l’original de la lettre conservé au Comité Central. Où la Pravda a-t-elle pris cette phrase ? Une bonne moitié des accusations contre nous est fondée sur des citations inexistantes. Voilà par quels moyens la Pravda lutte contre nous. Dans quel but a-t-elle eu besoin d’une telle tromperie ? Cette tromperie, cette invention, étaient nécessaires pour nous représenter comme des partisans d’une « politique de concessions sans aucune limite ».

Laissant de côté les procédés malhonnêtes de lutte, les mensonges, les calomnies, nous demandons à la Pravda si elle a revisé son  attitude envers les propositions de Lénine sur les concessions ? Quant à nous, nous les approuvons entièrement, nous n’avons pas peur de l’application de la politique des concessions dans les limites tracées par lui. Les criailleries de la Pravda et son attitude négative. envers les concessions ne nous troublent pas. Nous pouvons rappeler aux phraseurs et aux bavards les mots de Lénine : « Établissant le capitalisme d’Etat sous forme de concessions, le pouvoir soviétique renforce la grande production contre la petite, la production avancée contre la production attardée, le machinisme contre le travail à la main, augmente la quantité de produits de la grande industrie dans ses mains, renforce les rapports économiques d’Etat en contrepoids des rapports petits-bourgeois anarchiques. La politique des concessions, menée avec mesure et prudence, nous aidera incontestablement à améliorer vite (dans une certaine mesure assez faible) l’état de la production et la situation des ouvriers et des paysans, évidemment au prix de certains sacrifices, de la remise au capitalisme de dizaines et de dizaines de millions de pouds de produits précieux. » « La détermination de cette mesure, et les conditions dans lesquelles les concessions sont avantageuses et non dangereuses pour nous, dépendent du rapport des forces, se décident dans la lutte, car les concessions aussi sont une forme de lutte, la continuation de la lutte de classes sous une autre forme, et ne saurait d’aucune ma/nière remplacer la lutte de classes par la paix des classes. C’est la pratique qui montrera les moyens de cette lutte. » Nous partageons pleinement ces vues de Lénine et nous ne demandons pas autre chose au Parti.

Dans les inventions de la Pravda, il y a cependant une part de vérité : il existe des partisans de l’élargissement de la politique des concessions au delà des limites indiquées par Lénine, mais ils se trouvent au Bureau politique. Encore au printemps de l’année passée, Rykov a fait adopter une décision d’élargissement de la politique de concessions. Bien que n’approuvant pas actuellement à bien des égards les idées et les actes de Rykov, nous ne pouvons néanmoins encore lui jeter l’accusation d’être partisan d’une « politique de concessions sans aucune limite ». Nous espérons qu’en proposant la décision d’élargir les concessions, il n’a pas oublié ce qu’a dit Lénine, — « avec mesure et prudence ».

La Pravda a falsifié tout le sens de la partie de la lettre où il est parlé de l’industrie et des concessions. Accusant Medvediev de vouloir « liquider l’industrie soviétique d’Etat indépendante », elle calomnie purement et simplement, puis se dément elle-même deux colonnes plus loin en reprochant à Medvediev de vouloir le développement trop rapide de notre industrie d’Etat. Discutant la question du sort des petites entreprises et des paysans pauvres, la Pravda dit que Medvediev « ne voit d’issue pour la masse des millions d’entreprises rurales vouées à la ruine que dans un développement rapide de la grande industrie d’Etat ». Il est bien dit « grande industrie d’Etat » et non autre chose.

Développant plus loin une idée correctement tirée de la lettre, la Pravda écrit que selon Medvediev « le développement de l’industrie d’Etat doit se faire à une allure lui permettant d’occuper toute la masse des paysans fatalement voués à la ruine ». Peut-on interpréter cette pensée comme un désir de remettre à Urquhart notre grande industrie ? Non, seule une hostile intention de nous diffamer peut pousser la Pravda à un emploi aussi évidemment mensonger de la lettre. Cç, n’est pas l’abandon de notre industrie d’Etat qui est notre « plate-forme », mais son développement maximum et l’attraction des capitaux étrangers pour créer de nouvelles entreprises et renforcer les moyens intérieurs déjà existants, mais « avec mesure et prudence ».

NOTRE POLITIQUE INTERNATIONALE

La deuxième partie de la lettre analyse « l’orientation politique internationale » de Medvediev. Ici encore, la Pravda use de son procédé favori de faux, et déclare Medvediev « ennemi de principe de la politique de l’I. C. » Dans ce but, elle présente comme notre conception un extrait falsifié disant que « le terrain où l’I. C. s’alimente, les masses ouvrières européennes, est évidemment sans espoir », le déclare tiré de la lettre et, tout au long de plusieurs colonnes, délaie cette invention mensongère. Nous déclarons que la phrase en question est entièrement inventée et falsifiée. Elle n’existe pas dans la lettre. Le caractère des inventions et le sens des citations falsifiées sont clairs, si l’on se reporte au texte authentique. Il y est dit que « les méthodes par lesquelles l’I. C. tente de conquérir les masses ouvrières de l’Europe occidentale sont évidemment sans espoir. Non seulement elles ne nous rapprochent pas des masses du prolétariat international, mais, au contraire, nous en séparent ». Il suffit de comparer ce passage avec celui de la Pravda pour comprendre la différence.

Toute cette partie de l’article sur la prétendue « orientation politique internationale » de Medvediev est pleine de falsifications intentionnelles. Ce qui était écrit sur la situation en Norvège après la scission est sciemment étendu à tous les partis communistes. En parlant de « ramassis de valets petits-bourgeois » profitant des ressources de l’I. C., Medvediev avait en vue les « ramassis » dans le genre de Roudniansky et Cie, parasites du mouvement communiste. Ni l’esprit, ni le contenu de la lettre ne correspondent à la caractéristique « d’attaque acharnée contre l’I. C. ». Si la lettre était réellement une « attaque acharnée contre l’I. C. », pourquoi le Comité Central aurait-il observé pendant deux ans le silence ? Pourquoi n’en a-t-il rien dit à la 14e Conférence du Parti et même au 14e Congrès ? Non, une telle présentation de la lettre était nécessaire seulement maintenant, pour effrayer les mécontents de la politique actuelle de nos dirigeants.

C’est toujours au moyen de faux qu’on arrive a accuser Medvediev de « défense ouverte de la IIe -Internationale ». La Pravda a pris quelques mots, les délayant dans cette invention et y ajoutant par le même procédé l’affirmation que Medvediev aurait protesté contre le discrédit jeté sur « les gouvernements social-démocrates en général » par exemple sur le « gouvernement ouvrier anglais » de Mac Donald. Nous déclarons qu’une pareille protestation, de même qu’une allusion aux gouvernements social-démocrates et en particulier de Mac Donald n’existe pas et ne peuvent exister dans la lettre. Quand Medvediev écrivait celle-ci, le gouvernement de Mac Donald n’était pas encore formé ! (Les premières informations sur sa constitution parurent dans notre presse seulement le 24 janvier 1924). Tout ce que dit la Pravda à ce propos n’est que pure invention, basée sur un faux.

Usant toujours de ses procédés favoris de tromperie, la Pravda démontre plus loin que Medvediev « recommande de liquider les partis communistes indépendants et l’I. S. R. », et même préconise « le retour à la social-démocratie ». Cette démonstration se fait très simplement et facilement. Là où, dans la lettre, il est dit que « nous étions et nous sommes pour que les masses ouvrières communistes
restent partie intégrante des masses ouvrières organisées dans les syndicats et les coopératives », l’auteur des faux a ajouté encore deux mots : « et des partis socialistes ». Ces mots sont imprimés en caractères gras et servent à accuser Medvediev de vouloir « liquider l’I. C. ».

LA LIQUIDATION RÉELLE DE L’I. S. R.

Les cris sur notre intention de « liquider l’Internationale Syndicale Rouge » appartiennent au même arsenal de moyens par lesquels on s’efforce de masquer la liquidation effective. Non, ce n’est pas nous qui liquidons l’I. S. R. Cette liquidation a lieu depuis longtemps. La Pravda doit savoir que la politique du front unique, l’effort pour établir des liens avec les syndicats ouvriers d’Occident ont obligé la  C.G.T. russe à agir par-dessus la tête de l’I. S. R. Cette action délaissant l’I. S. R. a « depuis longtemps détruit son autorité et sa signification, et il ne pouvait en être autrement. Les manœuvres au moyen du Comité anglo-russe et la tentative de le transformer en nouveau centre international, en fait, ont réduit à néant l’activité et le signification internationale de l’I. S. R. Cet abandon de l’I. S. R. est allé si loin que les mots mêmes d’Internationale Syndicale Rouge sont depuis longtemps supprimés des statuts de nos syndicats.

Nos désaccords à ce sujet ne sont nullement sur le plan que présente la Pravda. Ils sont suscités par les agissements sans principes que nos dirigeants ont mis à la base de leurs relations envers Amsterdam. Nous sommes contre cette politique. Nous n’approuvons d’aucune façon cette capitulation idéologique sous le drapeau de laquelle on prépare la liquidation de l’I. S. R. et que Staline a exprimée, à la 14e Conférence du Parti, avec une force particulière quand, se faisant le porte-parole du « mouvement ouvrier de masse moyen », il adressait des reproches aux communistes européens dans les termes suivants :

« Vous voulez détruire l’œuvre que j’ai créée pendant des dizaines d’années, en me démontrant que le communisme vaut mieux que le trade-unionisme. J’ignore si vous avez raison dans vos supputations théoriques sur le communisme; comment moi, simple ouvrier, pourrai-je m’y reconnaître dans vos théories ? Mais je sais une chose, c’est que j’ai mes forteresses syndicales ; elles m’ont conduit à la lutte, elles m’ont protégé plus ou moins bien, des attaques du capitalisme ; et celui qui veut détruire ces forteresses ruinerait mon œuvre ouvrière. Cessez d’attaquer mes forteresses, entrez dans les syndicats, travaillez-y cinq ans et même plus, aidez à les améliorer et à les renforcer, et je verrai ce que vous êtes comme compagnons. Et si vous vous montrez réellement des compagnons convenables, alors, évidemment, je ne refuserai pas de vous soutenir (1). »

Non, ce n’est pas ainsi que nous travaillions dans nos syndicats et que nous les avons conquis. Nous n’avons pas marché à la remorque de la politique ouvrière menchévique. Nous ne nous sommes pas bornés à « améliorer et à renforcer » les syndicats : nous avons mené à l’intérieur une lutte non seulement pour l’amélioration du sort des ouvriers, mais aussi une lutte politique, ne dédaignant pas les revendications secondaires mais les rattachant aux tâches fondamentales et au but final de la classe ouvrière. Dans cette lutte, nous n’étions pas simplement « des compagnons convenables » mais des hommes d’action de notre Parti, menant la politique de celui-ci, la reliant au travail quotidien du syndicat. Nous n’avons pas fait de bloc avec les menchéviks, nous les avons supplantés aux postes dirigeants du mouvement syndical.

SÉRIE DE CALOMNIES

Les tentatives de la Pravda de démontrer le « liquidationnisme » de Medvediev repose, comme nous l’avons déjà indiqué, sur des citations falsifiées et mensongères. Toute cette imposture est à la base de la troisième partie de l’article, parlant de « l’évolution de l’opposition ouvrière ». Mais les convulsions de l’auteur sont aussi vaines pour nous représenter comme des menchéviks que le fondement de l’accusation est frelaté.

L’opinion des menchéviks sur nous est bien connue de tous. S’ils nous considéraient comme la Pravda le fait à leur place, cette opinion aurait été depuis longtemps utilisée contre nous. En vain, là Pravda essaie-t-elle de se référer aux menchéviks. Ce que ceux-ci pensent de nous, on peut le savoir par leur organe central, le Messager socialiste. Cet organe nous considère depuis longtemps comme des « utopistes communistes réactionnaires » et, appréciant les résultats de notre 14e Congrès, il apprécie nos dirigeants comme des politiques réalistes. Nous savons que les menchéviks se sont toujours estimés de tels politiques « réalistes », et nous, bolchéviks, des « utopistes ».

Nous reprochant une « incrédulité » envers la construction socialiste dans « un seul pays », la Pravda se prononce, au fond, contre la grande industrie contrôlée par l’Etat, masquant cette attitude en déclarant que « n’importe quel développement de la grande industrie ne doit pas être considéré comme un progrès de la construction socialiste ».

La Pravda a oublié ce que Lénine rappelait souvent à tous les phraseurs, et ce qu’il a écrit dans la brochure connue : Sur l’impôt en nature, à savoir que dans nos conditions « ce n’est pas le capitalisme d’Etat qui lutte contre le socialisme, mais la petite-bourgeoisie plus le capitalisme privé qui luttent ensemble contre le capitalisme d’État et contre le socialisme ».

Lénine préférait les grandes entreprises « contrôlées » aux entreprises de la petite-bourgeoisie. Il a particulièrement souligné la menace des éléments économiques petits-bourgeois et déclaré que « celui qui ne voit pas cela démontre son aveuglement et se révèle prisonnier de préjugés petits-bourgeois » (2).

Nous ne craignons pas de dire que toute grande entreprise contrôlée par l’Etat, au fond, nous rapproche du socialisme plus que l’artisanat et la production patriarcale qui nous entourent.

Des épigones d’espèce petite-bourgeoise préfèrent, au grand capital, des millions de petits patrons, considérant le grand capital comme politiquement plus dangereux. Quant à nous, avec Lénine, nous continuons à voir le danger là où il est réellement, c’est-à-dire dans les éléments petits-bourgeois. Avec lui, nous estimons que « ou bien nous soumettrons à notre contrôle et à nos calculs ce petit-bourgeois (nous le pourrons si nous organisons les paysans pauvres c’est-à-dire la majorité de la population, avec les demi-prolétaires, autour de l’avant-garde prolétarienne consciente), ou bien il renversera notre pouvoir ouvrier inévitablement, comme l’ont fait de la Révolution Napoléon et Cavaignac, précisément sur ce terrain de la petite propriété. Ainsi se pose la question. » Ainsi écrivait Lénine, et nous n’oublions pas ses précieuses indications.

C’est encore sur des citations mensongères et sur des tromperies que repose l’accusation suivante de vouloir liquider « l’union  paysanne-ouvrière ». Nous continuons d’être partisans d’une union étroite avec les paysans pauvres, et, avec eux et par eux, avec les paysans moyens. L’accusation de vouloir « liquider l’internationalisme prolétarien » est également fondée sur des inventions. Calomnies, citations mensongères, opinions altérées, — voilà ce qui sert à échafauder l’accusation.

La Pravda a dépensé beaucoup d’indignation feinte et d’encre pour la défense des « ramassis de valets petits-bourgeois » qui profitent de l’argent de l’I. C. Mais ce n’est pas Medvediev qui danse autour de l’or, mais la Pravda qui répand calomnieusement une expression ayant trait à un type précis de profiteur, de parasite, d’arriviste.

Non moins monstrueuses l’invention et l’accusation fondées sur elle de vouloir « liquider le Parti bolchévik et nous orienter vers la démocratie politique dans le pays ». En faisant tout ce tapage, la Pravda détourne l’attention du Parti des véritables défenseurs et propagateurs de cette orientation vers la démocratie. Nous prenons acte de l’indication de la Pravda qu’il « ne faut pas fraterniser avec les renégats d’Amsterdam », mais nous ne pouvons pas ne pas faire remarquer que ce reproche ne doit pas nous être adressé à nous, mais à ceux qui effectivement fraternisent avec les renégats d’Amsterdam. L’accusation nous a évidemment été adressée par erreur et nous la retournons à la Pravda.

LE DÉCLIN DU PARTI

Quant à l’accusation de nous « orienter vers la démocratie politique », la Pravda, une fois de plus, se trompe d’adresse. Dans le numéro du 8 juillet, nous avons lu des données sur « quelques résultats du renouvellement des soviets », illustrant avec éloquence que la véritable démocratie bourgeoise célèbre déjà une victoire. Ce n’est pas nous qui dirigeons la politique de notre pays. Le règne de la démocratie bourgeoise est préparé par ceux qui, avec une fureur particulière, mènent la lutte contre l’opposition.

Alors que la Pravda lorgne vers « le danger medvédievien-chliapnikoviste », le danger bourgeois de droite grandit. Le 10 juillet, la Pravda nous menace sous prétexte d’orientation vers « la démocratie politique », alors que le 8 et le 9, dans la même Pravda, nous lisions que le danger de cette orientation existe dans les faits et se réalise au détriment des ouvriers et des paysans pauvres. L’article de V. Karpinsky conclut que « l’élargissement du cercle des électeurs de la campagne par l’introduction des éléments exploiteurs a lieu en même temps que le rétrécissement de la participation des éléments prolétaires et demi-prolétaires à la vie politique et que la diminution de l’influence du Parti dans les Soviets ». Tels sont les résultats de la politique de la majorité du Comité Central à la campagne.

La situation n’est pas meilleure dans les villes. Le même auteur, dans la Pravda du 9 juillet, indique que « l’élargissement du cercle des électeurs par l’introduction de la petite-bourgeoisie citadine a lieu en même temps qu’une certaine chute de l’influence des électeurs prolétariens et qu’une grande diminution de l’activité politique des prolétaires comparativement aux nouveaux – cadres d’électeurs petits-bourgeois. »

La Pravda répète la faute de la majorité des opportunistes et des socialistes bornés du type 1917 qui voyaient le danger dans le secteur de gauche de la révolution et ne le remarquaient pas dans le camp de la contre-révolution bourgeoise. Repoussant des accûsations établies sur des données imaginaires, des citations mensongères et des falsifications, nous considérons comme notre obligation de communistes de protester non seulement contre de telles méthodes de lutte mais contre la politique dont les intérêts dictent à nos dirigeants cette lutte contre nous.

UNE POLITIQUE DÉSASTREUSE

Dans les dernières années, le Parti est devenu l’arène de phénomènes monstrueux. La fraction régnante a saccagé l’organisation de Léningrad parce qu’elle avait signalé le danger koulak. croissant. Dans l’organisation de Bakou, dans sa partie authentiquement prolétarienne, on a découvert « la contre-révolution », exclu, chassé 14 ouvriers et 3 employés, parmi lesquels une série de vieux membres du Parti depuis 1904 et 1905. Toute la vie du Parti depuis le 14e Congrès consiste à découvrir des hérétiques, est consacrée à combattre tous les communistes qui ne sont pas satisfaits de la politique actuelle du Parti.

Comme pour compléter tout cela, on mène une véritable offensive économique contre la classe ouvrière. NEUF ANS APRÈS LA RÉVOLUTION D’OCTOBRE, LES OUVRIERS DE NOS PRINCIPALES INDUSTRIES N’OSENT MÊME PLUS RÊVER DE LEURS SALAIRES D’AVANT-GUERRE. SOUS divers prétextes (diminution des tarifs, augmentation des normes de production, etc.), on procède à la diminution du salaire réel déjà atteint par les ouvriers. Le régime dit « des économies » est orienté dans le sens d’un renforcement de l’exploitation des ouvriers. Tout cela recède un immense danger pour le Parti et les coups qui nous sont portés n’ont pour but que de détourner l’attention de ce danger réel qui le menace.

Le Comité Central connaît depuis plus de deux ans le contenu de la lettre de Medvediev. Au 14e Congrès, personne n’en a dit un mot. Depuis un an et demi, Medvediev et l’auteur de ces lignes se sont rencontrés et ont conversé fréquemment avec presque tous les membres du Bureau politique : aucun d’eux n’a jamais considéré la lettre comme « une attaque enragée contre l’I. C. ». Bien au contraire, le secrétaire général, Staline, par ses appréciations, confirma la critique des méthodes de travail de M. C. exposée dans la lettre.

Ces derniers temps, les dirigeants du Comité Central nous ont, à maintes reprises, proposé des postes mais en exigeant de nous  l’admission de leur ligne de conduite et l’approbation de leur – lutte contre l’opposition de Léningrad. Comme membres disciplinés du Parti, nous acceptâmes le travail, mais quant à la lutte contre l’opposition qui indique au Parti le danger koulak, nous la déclarâmes désastreuse.

On essaya de nous entraîner dans la lutte en utilisant nos sentiments d’amertume. envers ceux qui ont lutté contre nous au 11° Congrès du Parti. On nous a directement et indirectement parlé de ceux qui avaient été les inspirateurs et les guides de la répression contre « l’opposition ouvrière ». On nous apprit que Lénine, invité à intervenir au 11° Congrès pour nous faire exclure du Parti, n’avait pas  répondu à l’appel de certains membres du Comité Central. Mais quelque amers que soient parfois certains griefs et souvenirs personnels, nous n’avons pas estimé possible de nous laisser aller a des motifs de vengeance politique et personnelle. Toute notre vie, nous n’avons été guidés que par les intérêts de notre Parti prolétarien et de sa victoire finale.

TRÊVE DE MENACES

Non, ce n’est pas le danger de droite qui a incité la Pravda à commenter la lettre de Medvediev après deux ans. Ce danger menace le Parti mais pas de notre côté. Le ton de l’article, le choix des citations et l’usage « de faux témoignent d’autre chose. En nous choisissant comme but de leur attaque, nos dirigeants ont décidé de réprimer l’esprit d’opposition grandissant. Toutes les tendances d’opposition prolétariennes communistes sont maintenant dirigées contre le bureaucratisme qui étouffe le Parti, contre le régime interdisant toute initiative de critique communiste, et contre l’écrasement de toute pensée communiste indépendante des fonctionnaires. La bureaucratie du Parti se défend, et, dans ce but, ne recule devant aucun moyen. Mais de telles méthodes ne pourront rien contre les phénomènes d’opposition. En nous diffamant, nous ou d’autres camarades, on ne peut troubler et effrayer que des capons politiques. Aucun prolétaire ayant travaillé avec nous ou nous ayant entendu n’ajoutera foi aux calomnies a notre sujet.

Nous voici de nouveau avec une « menace de juillet » suspendue sur nos têtes. Mais nous avons envisagé sans peur la menace de juillet
de 1917 et nous ne craignons pas les menaces de juillet de la Pravda. Convaincus de la victoire finale du prolétariat révolutionnaire de notre pays sur toutes les forces petites-bourgeoisistes, nous ferons tout pour que la « démocratie ouvrière » triomphe à l’intérieur de notre Parti et pour faire disparaître, dans l’intérêt de l’unité véritable, le système de persécution, de mouchardage, de diffamation et de menace qui désorganise nos rangs.

A. CHLIAPNIKOV.

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P. S. — Signe des temps : devant le dégoût général, il a fallu que les faussaires tentent une explication, après avoir fait usage de leurs faux pendant plus de deux mois et ainsi créé une légende Medvediev dans l’Internationale. Dans le dernier numéro du Bolchevik, on trouve, signée V. L., une piteuse « réponse » d’une trentaine de pages à Chliapnikov, la quantité compensant la qualité. Certes, on n’at-
tendait pas des faussaires un acte de contrition : mais qu’ils aient le toupet « d’expliquer » leurs faux en disant qu’il existe deux textes différents du document, l’un falsifié par les amis de Medvediev (! !), cela dépasse les bornes.

Selon l’usage depuis la « bolchévisation », la « réponse » ne répond à aucune des affirmations, à aucun des arguments de Chliapnikov. Elle ne fait qu’exhumer les polémiques d’autrefois entre l’opposition ouvrière, Lénine, Trotsky, Radek, Smilga et autres. On connaît ce système de déballage écœurant.

Un autre procédé sempiternel consiste à réfuter la critique en affirmant qu’elle correspond aux paroles de l’ennemi extérieur. Encore un bel exemple d’élevation d’esprit ! Ainsi, il suffit à Milioukov de déclarer que 2 et 2 font 4 pour que le « léniniste » bon teint soit tenu de prétendre que 2 et 2 font 5. Et quand la presse de l’émigration puise dans la Pravda de tristes témoignages sur la réalité soviétique ? Et quand les Dni contre-révolutionnaires du 5 septembre appellent la population russe à se prononcer « pour Staline et contre Zinoviev » ? Et quand le Morning Post jingoe du 20 janvier 1925 écrivait contre Trotsky, à la louange de Staline : « Dans l’intérêt le meilleur de la civilisation européenne, c’est sans doute une satisfaction d’apprendre que le triumvirat l’emporte » ? Et quand le Daily Mail nationaliste constatait joyeusement, à la même date, saluant la défaite de Trotsky, que « l’élimination de Trotsky du Commissariat de la guerre montre que si les chiens ne se mangent pas entre eux, le bolchévik dévore le bolchévik ». Il faut plaindre les pauvres gens qui en sont tombés à ce niveau de la diatribe. Leurs clichés usés ne leur rendront pas de prestige. — B. S.

Notes:

(1) I. Staline. — Sur les résultats de la 14e Conférence du P. C. R., pp. 23 et 24.

(2) N. Lénine. — Sur l’impôt en nature, pp. 5 et 6.


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