Les tâches de l’opposition allemande (Liebknecht, 1916)

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Intervention de Karl Liebknecht à la Conférence nationale du groupe Spartacus le 19 mars 1916 d’après les notes d’un des participants à la conférence.

L’Internationale s’est effondrée. Pourquoi ? Parce que se sont effondrées ses diverses sections. La section allemande en premier lieu. Ce qui s’est effondré, c’est la position de principe de la social-démocratie allemande. Les chefs ont trahi les principes. Mais la masse non plus n’a pas fait son devoir. Toute notre belle organisation a transformé les masses en un troupeau désemparé, qui ne sait que faire sans bélier qui les mène. Toutes les fautes sont apparues clairement dans cet effondrement du parti allemand : véritable résumé des péchés commis par le parti dans le passé […]

De là résultent les conclusions que nous devons tirer. Nous devons d’abord nous persuader que la capacité d’action d’un parti ne dépend nullement du nombre de ses partisans, mais qu’elle est en rapport avec le degré d’accord de ses membres sur les principes, la tactique et en rapport direct avec l’énergie, la volonté opiniâtre qui a été inculquée aux masses elles-mêmes. De là découlent nos tâches pour l’avenir. La faiblesse de notre parti réside dans le fait qu’on a voulu toujours accorder tous les violons. L’essentiel, c’était l’unité, disait-on, et en fait, c’était là que résidait le mal, le cancer. Cette unité n’était que la marque de notre faiblesse, elle n’était nullement un motif de gloire. Il faut en tirer cette conclusion : la tâche qu’il nous faut mettre au premier plan, c’est éclairer crûment les oppositions. Il ne faut pas que le sentiment de l’autorité contraigne à suivre un tel ou un tel ; chacun doit penser, réfléchir, agir par lui-même, par libre décision […]

La clarté des principes ne suffit pas. Il nous faut savoir clairement aussi comment nous allons, dans le détail, appliquer ces principes et il n’avère alors que nous avons à répondre, s’agissant de l’Allemagne, aux mêmes questions que lorsqu’il s’agissait de Zimmerwald. Vous vous êtes déjà prononcés là-dessus. Question numéro 1, la défense nationale. Quelle est la situation en Allemagne ? L’Allemagne n’est qu’une fraction de l’Internationale. Donc doivent valoir en Allemagne, nécessairement, les principes qui valent pour Zimmerwald. Première et immédiate conséquence : nous ne pouvons collaborer avec des gens qui se placent le terrain de la défense nationale […] D’où la nécessité d’une coupure nette […]

Le Congrès de Stuttgart (août 1907) nous a fait un devoir, si la guerre malgré tout éclatait, d’utiliser la situation créée pendant la guerre pour convaincre le prolétariat de lutter pour la paix et d’ébranler la société bourgeoise. Ce n’est pas dans une chambre noire qu’on peut lutter contre la guerre. Cette lutte, il faut la mener à toute occasion. Nous n’en avons pas tellement d’ailleurs. Il nous faut tenir des réunions secrètes, etc. Au Parlement, il s’agit, en premier lieu, d’utiliser les occasions qui se présentent. Quand on lira plus tard l’histoire des groupes parlementaires, on aura honte de voir combien peu de députés se sont comportés en représentants des masses.

Les petites questions (au Reichstag) ? Qui m’a gêné ? Ledebour. On ne veut pas de conflit avec la majorité du groupe. Fustiger des types comme Noske et Heine, l’opposition vous en empêche. L’affaire du 21.12 et de la déclaration. Cette action aurait pu donner quelque chose, si elle avait été suivie d’une lutte énergique. Il est bien évident que ces demi-mesures, cette faiblesse sur le plan des principes rend difficile notre tactique vis-à-vis de cette opposition. Nous n’avons pas le droit de collaborer avec ces gens-là : ils nous écraseraient. Dans l’intérêt d’un développement sain du parti, il nous faut suivre notre chemin, tout droit, même avec de risque, provisoirement, d’être mis sous le boisseau.

Quelle doit être notre tactique d’ensemble ? La guerre est l’expression la plus aiguë de la domination d’une classe et de l’impérialisme […] D’où notre tactique, sans équivoque, et parfaitement claire, la lutte la plus acharnée. Mais ce n’est pas seulement aux camarades, c’est aux indifférents qu’il faut nous adresser. Sous quelle forme agir ? Actions de masse […] Notre tâche particulière, c’est de secouer les masses. Le plus important n’est pas de déboulonner Scheidemann ou quelques autres. Il s’agit de quelque chose de tout différent. Notre mot d’ordre, c’est de clarifier l’esprit des masses sur la base de nos principes, de les conduire à l’action, de soutenir les actions existantes et, de la sorte, faire de l’époque actuelle, une époque révolutionnaire, transformer une contre-révolution en une action révolutionnaire.

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