Allocution du coiffeur Rozier au Banquet communiste de Belleville (1840)

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Ce banquet, organisé par Théodore Dézamy et Jean-Jacques Pillot, eut lieu le 1er juillet 1840. Le toast du coiffeur Rozier a été notamment publié dans l’anthologie La parole ouvrière (10/18, 1976).

Citoyens,

Des exploiteurs de révolutions s’intitulent nos défenseurs pour nous entraîner dans des réformes purement politiques. Or, isolée de la réforme sociale, la réforme politique est un odieux mensonge, car elle conserve la vieille société, et avec elle l’exploitation de l’homme par l’homme; parce qu’elle ne guérit pas les tortures morales et les souffrances physiques du peuple; par que si les exploités veulent jouir de leurs droits politiques, les exploiteurs cruels et jaloux les jetteront à la rue, où ils seront en proie à la misère; par conséquent les travailleurs sacrifieront leurs droits à leur existence, ou bien, s’ils ne peuvent renoncer à toute dignité humaine, ils prendront les armes; mais aussi la tyrannie sera d’autant plus dangereuse que c’est sur une constitution en apparence démocratique qu’on s’appuiera pour les mitrailler. Donc les révolutionnaires sans principes ont tendu un piège à l’intelligence humaine en proclamant une réforme exclusivement politique, affligés qu’ils étaient et qu’ils sont encore des progrès et de la vérité des principes communistes; ils ont pensé qu’en occupant le peuple d’insurrection et de combat, ils lui feraient oublier ses principes de fraternité et d’égalité réelle. Vous vous êtes trompés, messieurs les jouisseurs, messieurs les routiniers politiques. Le peuple a enfin compris que vous n’avez pu le détourner des idées sociales qui seules doivent accomplir le bonheur de l’humanité; ce qu’il veut, c’est la satisfaction de ses besoins physiques et moraux. Si pour arriver à ce but, nous, communistes, nous parlions pour le moment de réforme politique, nous serions des niais sans conviction, ou des explorateurs comme cette foule d’intrigants qui éternisent l’exploitation physique et morale du peuple, spéculant sur ses erreurs qu’ils s’efforcent d’entretenir. Nous le répétons donc hautement:

A l’égale répartition des droits et des devoirs, c’est-à-dire à la communauté des travaux et des jouissances !


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