Entretien avec Asqar Karimi [2]

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Suite de l’entretien réalisé et traduit par Nicolas Dessaux.

Tu te souviens de ta première impression quand tu es arrivé dans la zone contrôlée par Komala ?

Je me suis mis à respirer. C’était physique. J’étais libéré, je n’avais plus peur d’être arrêté. On venait de se faire contrôler, mes amis et moi, les forces gouvernementales semaient la terreur. ici tout était différent.

 Quelle force avait Komala, à ce moment là ?

Pendant deux ans, Komala avait le contrôle sur les cités, partout, du nord au sud. Mahabad, Bukkan, Saqqez, Sanandaj, Qorveh, Marivan… Mais au nord, les nationalistes du KDPI [parti démocratique du Kurdistan iranien], avaient plus d’influence, tandis qu’au sud, c’était Komala. Dans certains coins, c’était les deux.

 Quand tu dis qu’ils contrôlaient les villes, tu veux dire qu’il n’y avait pas d’armée gouvernementale, pas de police et tout ça ? Ou c’était un contrôle plus informel ? Est-ce qu’ils contrôlaient les villes complètement ?

Ils contrôlaient les villes, ils y avaient des forces, des écoles, des locaux, et ainsi de suite. Dans certaines viles, ils n’avaient qu’un contrôle partiel et dans d’autres, il y avait à la fois les forces gouvernementales et les peshmergas. a télé et la radio étaient sous le contrôle du gouvernement. Je crois que Komala ou le KDP l’ont contrôlé quelques jours, je ne me souviens plus très bien. Mais le gouvernement avaient de grosses bases militaires dans ou autour des villes. Ils n’ont jamais quitté le Kurdistan, mais ils ont lancé deux offensives.

La première fois, c’était cinq semaines après la chute du Chah. C’était Newroz, le jour de l’an dans le calendrier iranien. Ils ont attaqué Sanandaj, ils ont été battus et ils sont repartis. La deuxième fois, c’était l’été après la révolution culturelle dans les universités, ils ont lancé une grande offensive après l’attaque de Khomeiny contre le Kurdistan. Bani Sadr, le premier ministre à ce moment-là, avait fait un discours très fameux. il disait : « Je n’enlèverais pas mes chaussures tant que je n’en aurais pas fini avec le mouvement au Kurdistan ». Donc, ils ont lancé cette grande offensive à l’été 1980, un an et demi après la chute du gouvernement.

Ils ont commencé à éliminer les conseils ouvriers à Téhéran et dans le sud de l’Iran, ils se sont attaqués aux étudiants et ils ont attaqué le Kurdistan. Il y avait plein d’endroits où ils n’avaient pas le contrôle, la révolution continuait, le nombre de grèves augmentait chaque jour. En 1979, durant les six premiers mois de l’année, selon le calendrier iranien, il y en a eu deux cent. Le gouvernement n’avait pas tout les pouvoirs, ils ne pouvaient pas exécuter tant de gens que ça, donc ils avaient besoin de faire quelque-chose. C’est au mois de Khorbad, le 10 Khorbad 1360, c’est-à-dire dans les derniers jours du printemps 1981, qu’ils ont commencé à éliminer, à exécuter. C’était les dernières semaines de la révolution, deux ans et demi après la chute du gouvernement.

 Après ça, il n’y avait plus que la lutte au Kurdistan ?

 Au Kurdistan , la situation était très différente. Le gouvernement n’avait pas d’influence, un peu comme les soldats américains au Vietnam par exemple. C’était quelque-chose comme ça. Il y avait quelques groupes islamistes, mais avec l’arrivée des Mullahs, ils ont été mis en échec. Au sud, il y avait aussi une organisation influencée par le baasisme [nationalisme, au pouvoir en Irak en Syrie], mais Komala les a attaqués, leur a pris leurs armes et c’était terminé. Donc, il n’y avait plus que deux grandes organisations au Kurdistan.

 Et sheik Ezzedine ?

Tu veux parler de sheik Ezzedine Hossein ? Il était contre le gouvernement ce moment-là. c’était un mullah islamique, mais à ce moment là il était sous l’influence de Komala et il était très connu au nord du Kurdistan, dans la zone du KDP. Donc, Komala exerçait son influence comme ça. Il était plus proche de Komala que du KDPI. Je l’avais rencontré, quand j’avais été au Kurdistan, avant d’être arrêté. J’était à Mahabad, comme touriste politique, et ils venaient voir sheik Ezzedine Hossein aussi. C’était un vieil homme, tout le monde l’aimait bien parce qu’il était contre le gouvernement. Il soutenait le mouvement, le peuple, Komala, à ce moment là. Plus maintenant. Je crois qu’il vit toujours, il doit avoir 75, 80 ans…

 Donc, comment ça a commencé pour toi là-bas ?

C’était pendant l’été 1982, six ou huit semaines après avoir été libéré de prison pour la deuxième fois, que je suis allé dans la zone libérée du Kurdistan. Tout était différent. Je me sentais vraiment libre. Les premiers jours, une dizaine de partisans de Komala avait tendu une embuscade aux forces du régime. Ils avaient fait des prisonniers, je ne me rappelle plus bien combien. C’était un ou deux jours avant. Ils prenaient vraiment soin d’eux et au bout de quelques jours, ils les ont libérés. Ca avait beaucoup d’effet sur eux. Au bout de quelques mois, le régime a du arrêter les soldats, les envoyer en prison, parce qu’ils savaient qu’après deux jours avec Komala, ils connaissaient les idées de Komala, la situation, ils savaient que c’était des gens qui se battaient pour la liberté, pour le peuple, pas pour la tyrannie. Le gouvernement n’avait pas le soutien des gens, donc c’était un problème pour lui quand les partisans attaquaient quelque part et faisaient des prisonniers parmi les soldats. Prisonniers n’est pas le bon terme. Ils les emmenaient pendant quelques jours, ils les nourrissaient, ils les soignaient s’ils étaient blessés, ils leurs parlaient avec beaucoup de respect, discutaient de la situation du gouvernement, de celle des gens puis ils les libéraient.

 C’était très intéressant pour moi de voir les partisans, de voir les gens. On était dans les villages, dans les maisons des gens. Tous les jours, on changeait de village. On était prêt de divan, une petite ville au sud du Kurdistan, où j’ai reçu deux ou trois jours de formation. Ils nous ont montré comment tirer, avec trois différents types d’armes. J’ai tiré quelques balles.

 Qu’est-ce que c’était comme armes ?

Kalachnikov, GSA, Uzi. Les GSA venaient des USA, Les kalachnikovs venaient de Russie, d’Irak, de Syrie, je pense.

Donc, après quelques jours, les partisans préparaient l’attaque des bases gouvernementale dans un village. Le gouvernement avait six ou huit bases dans le village. J’ai insisté pour participer. Au début ils ont dit non, puis ils ont accepté que je fasse partie de l’équipe médicale, pour aider les blessés si on en avait. J’ai vite compris que c’était un mauvais plan, une mauvaise politique. On a perdu sept partisans dans l’attaque, l’information était insuffisante, on pensait qu’ils n’avaient que quatre ou cinq bases, alors qu’il y en avait six ou huit, on ne savait pas exactement où chacune se trouvait. Ca a été une défaite pour nous. Beaucoup d’hommes du gouvernement avaient été tués, mais on en peux pas comparer avec les partisans.

Quelquefois, même si tu tue deux cents, trois cents, quatre cents soldats gouvernementaux, mais que tu perds deux ou trois partisans, c’est une défaite pour toi. Ca dépend des gens, de la guerre, de ses objectifs. Ca nous a affecté négativement, de perdre des partisans. C’est comme ça que j’ai compris que, non seulement le plan et les informations étaient mauvaises, mais l’objectif était erroné.

 C’était une stratégie que Komala avait à ce moment là. Un membre du comité central de Komala était venu dans le sud du Kurdistan. On s’est rencontré dans une mosquée, à deux heures du village qu’on devait attaquer, et il a expliqué le but de l’attaque. Il a dit : « ce village est très important pour Komala, il y a un magasin d’alimentation, et une route très importante stratégiquement, qu’il faut libérer, et tout ça », donc, quand on a été battus, les partisans parlaient de cette attaque tellement importante, et voyaient ça comme une défaite politique. Ca leur faisait perdre espoir. C’était très important pour eux, une guerre entre la vie et la mort.

 Comment tu expliques que ça aie été aussi mal préparé ?

Je connaissais pas tous les détails, parce que j’étais nouveau. Je ne savais même pas comment ils s’organisaient. Je savais que le commandant était en dehors du village. Il voulait relier trois unités de partisans de différentes zones. Je crois qu’il manquait de capacités pour mener une attaque. La plupart des commandants de Komala étaient des gens pratiques, ils savaient comandant dans la bataille, mais pas s’ils étaient en dehors. De plus petits groupes, peut-être. Donc, il était trop faible pour ça. Certains partisans ont laissé leurs armes et sont partis en Irak, par exemple, ou sont retournés en Iran, peut être. Ca nous a affectés. Ce n’était pas une attaque si importante. Tous les jours, Komala menaient plusieurs attaques, donc ce n’était pas trop dangereux pour Komala, que nous soyons affectés.

 Quel genre de personnes sont partis ? des jeunes gauchistes venus des villes, ou des kurdes ? Qui était le plus affecté par ce genre de problèmes ?

99% des partisans venaient du Kurdistan. Il n’y avait que quelques personnes qui venaient d’ailleurs. Par exemple, on était deux sur 200 partisans dans cette région. Ils venaient des villages ou des villes, la plupart d’entre eux venaient des villes du Kurdistan. Si le comité central de Komala avait expliqué l’attaque sans y mettre autant d’importance, ça ne nous auraient pas affecté de la même manière.

 Pour moi, c’était la première expérience. Je me souviens que j’ai pu aider à ramener l’un des partisans tués. C’était un type très sympa, je ne suis plus sûr de son nom. Il y en avait six ou sept. C’était important pour nous de ne pas laisser le gouvernement les prendre.

 Après quelques jours, je suis allé dans une autre région, celle de Marivan. Là-bas, j’ai rencontre plein de partisans, des membres du comité. Chaque région avait un comité. Comité de Divandar, comité de Sanandaj, comité de Marivan, pour tout diriger : la lutte armée, l’approvisionnement des partisans, la propagande et l’organisation du peuple, tout.

Il y avait des comités pour d’autres tâches ?

Un comité pour chaque ville et sa région. On vivait en dehors des villes. Par exemple, pour Marivan et les villages alentour, c’était le comité de Marivan. On devait entre dix et quatorze comités, à ce moment là. Chaque comité avait entre 100 et 300 partisans, sauf dans le nord où nous étions plus faibles, soixante. Ils dirigeaient tout.

Donc, j’ai parlé à quelques uns d’entre eux des combats qui avaient eu lieu dans la région, des relations qu’on avait avec les gens, avec les paysans, avec les ouvriers, les pauvres, qui formaient la base de Komala. J’ai vu comment les gens aidaient Komala. On ne pouvait pas voir de différences entre eux et les partisans. Dans certains coins, les partisans installaient des bains et des douches pour les gens qu’i n’en avaient pas. Les médecins de Komala aidaient les gens, il y avait des dentistes, parce que les gens n’avaient pas de docteurs, pas de médicaments.

 Dans certains villages, ils éduquaient les enfants, s’ils avaient une base pour plusieurs mois. Mais après quelques années, on ne pouvait plus rester pour un temps long dans les villages, donc on ne faisait plus rien, juste se nourrir, se reposer une journée et aller vers un autre village. Mais en 1982, on avait des bases pour plusieurs mois, des années dans certains villages, donc on avait des relations plus proches des gens.

 Au bout de quelques années, Mansoor Hekmat nous a demandé : qu’est-ce que vous faites pour les gens ? Quand vous quittez le village, les gens doivent se dire qu’ils ont perdu beaucoup. Qu’est-ce qu’ils perdent quand vous quittez un village ? C’était une très bonne question, parce qu’on s’est aperçus qu’on avait pas fait assez. Les gens nous aimaient, mais… Politiquement, on pouvait organiser les gens pour plein de choses, mais on manquait d’expérience pour ça.

 Qu’est-ce que vous faisiez, dans les villages, à propos des rapports de classe, des propriétaires terriens ?

 Bonne question. Par exemple, dans le sud du Kurdistan, particulièrement à Marivan, le mouvement paysan était très fort contre les propriétaires terriens et Komala les soutenait, les organisait, et beaucoup de gens sont devenus des partisans après ça, parce que c’était un mouvement social. Ce n’était pas aussi fort partout, bien sûr. Tout le monde, partout, savait que Komala soutenait les pauvres, les paysans, contre les propriétaires.

 Est-ce que certains propriétaires ont été tués ou expulsés ?

 Ils n’ont pas été tués. Juste, s’ils soutenaient le gouvernement, ou lui fournissaient des informations, d’accord, c’était différent. On soutenait les gens qui s’emparaient des terres. Mais on ne peux pas parler de socialisme ou quelque chose comme ça. C’était des villageois pauvres, on ne les a pas organisés pour ça, il y avait des paysans pauvres qui avaient leur terre, quelques moutons ou des chevaux, par exemple. Pas beaucoup, bien sûr.

Donc, j’ai bougé, bougé, pendant environ six à huit semaines, jusqu’à un grand village qui s’appelait Salamat.Là,j’ai rencontré le docteur Jaffar Chafiq,qui a été tué ensuite dans un accident de voiture, et puis Hamid Taqvaee et d’autres personnes, puisque j’étais militant de l’Union des combattants communistes. C’était quelques semaines après le premier congrès de l’UCC, où ils avaient discuté à propos des méthodes d’activité. C’était une discussion très importante. Tout le monde parlait de ça, quelquefois deux cents, trois-cent personnes se rassemblaient à la mosquée pour discuter à propos des méthodes.

 Vous utilisiez les mosquées comme lieux de discussion ?

Oui, parce que les mosquées étaient la plus grande et la meilleure construction dans chaque village. On pouvait faire rentrer vingt, cinquante, cent personnes dedans. On pouvait y dormir.

 Donc, c’était en hiver, ou plutôt à la fin de l’automne. Le comité central de Komala était là. Mais comme les forces du gouvernement étaient proche, on a bougé vers un autre lieu, au nord du Kurdistan, dans la région de Mahabad et de Bokan, plus près de Bokan, à Haneva [ ?]. Là, j’ai rencontré Mansoor Hekmat et quelques autres personnes. J’ai commencé à organiser une bibliothèque, pour prêter des livres aux partisans. Avec un partisan kurde, on a organisé une cellule ouvrière dans un village. Puis au bout de cinq ou six semaines, j’ai été envoyé dans la région de Mahabad, donc je suis parti là-bas. C’était une région où les gens avaient de bonnes relations avec les autres villes, où ils parlaient mieux persan, c’était plus développé que dans les villages, alors ils ont pensé que c’était un meilleur endroit pour moi pour organiser des gens.

 La ville était-elle sous le contrôle du gouvernement ou celui de Komala, à ce moment là ?

 Au nord du Kurdistan, c’était surtout les démocrates [Parti démocratique du Kurdistan Iranien, PDKI]. Dans certains villages, on avait des bases, dans d’autres c’étaient eux qui étaient les plus influents, mais globalement, au nord, ils étaient plus influents que Komala. C’était la région de Shardaviran [?] ; c’est le nom d’une cité en ruines, mais ça désignait une quarantaine de gros villages. Tous les jours, on allait à deux ou trois parler aux gens dans les villages. Ca n’a duré que cinq semaines avant que le gouvernement n’attaque. On a du partir, à une dizaine de kilomètres de là.

 Dans chaque zone, par exemple à Mahabad, on avait une organisation qui groupait 10, 20 villages. Il y avait un comité central pour l’ensemble, mais il n’y avait pas de comités partout.

 Quand tu parles de comité, c’est combien de personnes ?

 Quatre ou cinq. Les comités de ville étaient élus. Les autres, non. par exemple, celui dont je parle comptait, selon les moments, entre deux et cinq personnes. J’étais responsable de ce comité. Après quelques semaines, ils ont commencé à me faire confiance ; je crois qu’ils ont vu que je pouvais faire de la propagande, entretenir de bonnes relations avec les gens… en tout cas, après quelques semaines, j’ai été invité au quatrième congrès de Komala. Pas comme délégué, mais ils m’ont invités, moi et d’autres personnes. Je me souviens que j’ai fait un discours, cinq minutes, au congrès sur la propagande communiste. Ensuite, j’ai participé à une commission pour la résolution politique, avec le Dr Jaffar Chafiq, un membre du comité central de Komala et un autre. Le congrès était très long, une semaine, matin, après-midi et soir, parce qu’on pouvait discuter deux jours d’un truc. A ce moment, toutes les rencontres étaient très longues. C’était une bonne expérience pour moi. J’ai rencontré une fois encore Mansoor Hekmat, Hamid Taqvaee, Ibrahim Alizadeh, Abdulah Mohtadi, de nombreux dirigeants de Komala et du Parti communiste d’Iran. C’était durant le printemps ou l’été 1984, le Parti communiste d’Iran avait été formé en 1983.

 Ensuite, avec d’autres délégués ou invités, on est retournés dans la région de Mahabad, et j’ai été choisi comme vice-président au comité là-bas. Après quelques mois, la guerre entre Komala et le PDKI a commencé. Comme j’étais dans le comité de Mahabad, je me souviens qu’on a fait un rapport de trois jours aux membres de Mahabad. C’est là que les membres m’ont choisi comme vice-président, par ce que, je crois, notre rapport était bien, clair et détaillé. C’était un bon meeting pour la formation des membres. je savais qu’on allait avoir une attaque généralisée des démocrates. Le PDKI a attaqué Komala en différents endroits parce qu’ils ne toléraient pas la propagande de Komala contre eux, contre le capitalisme, contre le féodalisme, ou plutôt, contre les propriétaires terriens, contre l’exploitation des travailleurs, contre la religion, pour les idées socialistes. Komala grandissait rapidement. Ils ne pouvaient pas le tolérer. Alors, ils ont tendu des embuscades aux partisans de Komala et en ont tués. Il y a eu une embuscade particulièrement dure contre de nouveaux partisans, ils ont tués 15 ou 20 d’entre eux, des garçons et des filles. Komala leur a lancé un avertissement, à dénoncé les coupables et leur responsabilité dans la guerre.

 A ce moment là, Komala avait une radio, et le PDKI aussi. Tout le monde, au Kurdistan, dans les villes et les villages, écoutait ces radios-là. Des centaines de milliers. La population du Kurdistan, à ce moment là, c’était 4 ou 5 millions de personnes, peut-être plus. Tout le monde, sans exception, connaissait Komala et le PDKI. Je ne veux pas dire que tout le monde les soutenaient, mais le Kurdistan était très organisé politiquement. Les partis avaient une place particulière chez les gens. Tu ne peux pas comparer ça avec une autre partie de l’Iran. La tradition d’être membre d’une organisation politique est très, très forte au Kurdistan, c’est son histoire. Et la lutte armée, bien sûr.

 On menait une très bonne propagande. On mettait en avant trois revendications : liberté de parole pour les gens – ils [le PDKI] ne l’acceptaient pas ; liberté d’activité pour Komala ; responsabilité et procès des démocrates pour avoir tué nos partisans. Parfois, ils arrêtaient des sympathisants de Komala, des villageois, leurs disaient de ne pas faire de propagande pour Komala.

 Vous faisiez la même chose pour eux ?

 Non, bien sûr. On pensait que tout le monde est libre. On discutait, et on gagnait dans les discussions. On pouvait parler aux gens. Donc, on a mis en avant ces trois revendications. Les démocrates ne pouvaient pas dire qu’ils étaient contre, mais ils ne pouvaient les accepter. Donc, durant l’hiver 1984, nous avons attaqué, dans le sud du Kurdistan. Nombre d’entre eux ont été tués. On a perdu quelques partisans aussi. C’était l’un des centres de la zone du PDKI. On a attaqué leur base et ensuite, ça a été la guerre partout. Donc, on était sur deux fonts différents : les forces du gouvernement et le PDKI. C’était une situation très difficile, des temps durs pour les partisans. Beaucoup ne pouvaient pas comprendre comment on pouvait attaquer d’autres partisans, pourquoi est-ce qu’on se battait les uns contre les autres. Le courant nationaliste était encore fort au sein de Komala, à cause du manque d’éducation. C’était très dangereux, on pouvait en perdre un grand nombre, les deux camps adverses pouvaient en tuer, c’était dur de se battre contre le gouvernement quand on était en guerre contre le PDKI, et les gens n’acceptaient pas ça. Partout, ils critiquaient. Une bonne chose, c’est qu’on a appelé les gens dans les mosquées ou ailleurs dans les villages, on leur a parlé, et on leur a dit : le PDKI est responsable de cette guerre, on a trois revendications. Et tout le monde nous a dit : vous avez raison. Même dans certains villages où le PDKI avait plus d’influence. Parce que les revendications, c’était quelque chose que personne ne pouvait être contre. On a mené une très bonne propagande, au nord du Kurdistan, meilleure que dans la zone de Komala. Dans tous les villages où on a été, les gens signaient la résolution pour ces revendications et demandaient au PDKI de stopper la guerre.

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