Pour une Biographie Monumentale de Karl Marx (Rubel, 1950)

by

Paru dans «La Revue Socialiste» n°40 (octobre 1950).

Parmi les nombreux livres parus en France au cours de ces dernières années et consacrés à Marx et à son oeuvre, on a pu en remarquer plusieurs qui visent tout particulièrement l’homme, son caractère, sa personnalité. Tout récemment encore, deux biographies de Marx ont paru en librairie, celle de Léon Schwarzchild, traduit de l’anglais (1), et l’autre de C. J. Gignoux (2). Ce fait pourrait surprendre. En effet il y aura bientôt soixante-dix ans que l’auteur du Capital est mort et les travaux dont certains sont assez remarquables, sur sa vie et sa carrière littéraire, n’ont pas manqué. La figure humaine et spirituelle de Marx serait-elle donc malgré tout insuffisamment éclairée et sondée, pour que les tentatives d’en tracer un portrait plus véridique paraissent naturelle ? Et est-ce bien à un mobile aussi légitime qu’obéissent, par exemple, les auteurs mentionnés, en nous donnant leur vérité sur Marx ? La vérité a-t-elle gagné à leur travail ?

Nous ne le pensons pas. Nous ne pensons pas que le dénigrement systématique soit de rigueur dans les travaux qui relèvent du genre biographique. Il l’est aussi peu que l’idolâtrie systématique. Mais n’est pas biographe qui veut. Les livres de M. Schwarzschild et de M. Gignoux ne s’imposaient pas, ce qu’ils ont écrit n’est pas nouveau, cela ne fait que renouveler les phénomènes signalés par Engels sur la tombe de son ami par ces mots : « Marx fut l’homme le mieux haï et le mieux calomnié de son temps ». Leurs livres ne comblent pas l’immense lacune que présente la littérature biographique qui continue à nous priver du seul portrait digne de l’homme et de l’esprit que fut Marx, ce portrait ne pouvant être que monumental.

I

Karl Marx est du petit nombre de ceux dont il est juste d’affirmer que l’essentiel de leur vie est dans leur oeuvre. Mais parmi les oeuvres qui ont marqué dans le destin de notre monde rares sont celles qui ont connu un sort semblable à celle de Marx. La réimpression, après sa mort, de ses très nombreux et très divers écrits tombés dans l’oubli, et la publication à titre posthume, de l’énorme masse de ses manuscrits économico-politiques et philosophiques font apparaître l’ensemble de l’oeuvre marxienne comme une oeuvre en majeure partie posthume. Or, ces réimpressions et ces publications, réalisées à des intervalles plus ou moins longs, s’étendent sur une période de plus de cinquante ans, et aujourd’hui, en 1950, donc presque 70 ans après la mort de Marx, nous n’avons pas encore une édition intégrale de ses oeuvres, établie selon des méthodes critico-scientifiques (3). Cette seule constatation peut expliquer pourquoi les biographies de Marx sont relativement rares, surtout lorsqu’on compare leur nombre aux masses immenses de monographies consacrées aux divers aspects de son enseignement théorique et de sa carrière politique. Aucun biographe scrupuleux, tenté d’éclairer la vie de Marx et sachant que cette vie s’était manifestée essentiellement dans son œuvre, ne pouvait aborder sa tâche avant d’en connaître toute l’ampleur et avant de disposer de tous les matériaux offrant les éléments indispensables à la reconstitution littéraire de la figure totale de son héros. Rien de plus logique alors, que l’idée d’une biographie de Marx se soit présentée tout d’abord à Friedrich Engels, héritier du legs spirituel de son ami, peu après la mort de celui-ci (4). Mais ce projet, Engels ne pouvait en envisager l’exécution qu’après s’être acquitté d’une tâche plus urgente, celle de publier l’œuvre inédite de Marx, et on sait que, contrairement à ses propres calculs, il a fallu qu’il donnât toutes les années qui lui restaient encore à vivre à la publication non pas de l’intégralité des manuscrits marxiens mais d’une partie, importante certes, de ceux-ci. Après la mort d’Engels, puis après la disparition d’Eleanor Marx-Aveling, chacun des exécuteurs testamentaires désignés par l’un ou par l’autre nourrissaient plus ou moins secrètement, et non sans un esprit de jalousie, l’espoir d’écrire tôt ou tard la biographie de Marx (5). Incontestablement, Franz Mehring, par ses dons stylistiques et sa culture littéraire était, dans cette équipe, le plus qualifié pour une telle entreprise, bien que Karl Kautsky et Edouard Bernstein, qui avaient vécu dans l’intimité d’Engels, lui fussent supérieurs en tant que théoriciens économistes. Quoiqu’il en soit, les luttes idéologiques déclenchées dans la social-démocratie allemande par la campagne dite « révisionniste » de Bernstein n’étaient pas de nature à faciliter et à favoriser la collaboration des trois meilleurs disciples d’Engels en vue des tâches littéraires qui leur étaient, en somme, communes. Néanmoins, Mehring put donner la mesure de ses qualités d’éditeur et de biographe de Marx, lorsqu’il fit paraître en 1902 les 4 volumes du Legs littéraire de Karl Marx, F. Engels et F. Lassalle, riches en introductions et commentaires historiques. Dès lors Mehring fit preuve d’un esprit critique qui ne pouvait pas manquer de mécontenter des marxistes aussi orthodoxes que Kautsky et, plus tard, D. Riazanov. Il est probable que Mehring était alors persuadé qu’il allait devenir le biographe, pour ainsi dire attitré de Marx, ce dont témoignent certains de ses essais de caractère biographique publiés dans la Neue Zeit et surtout sa critique malveillante du livre du marxiste américain John Spargo : Karl Marx, sa vie et son oeuvre, ouvrage qui fut indéniablement le premier et, vu l’état dans lequel se trouvait à ce moment la publication des oeuvres de Marx, le plus important document biographique dans son genre publié jusqu’alors (6). Mehring lui-même ne publia sa biographie de Marx qu’en 1918, sans tenir compte de l’opposition des « deux gardiens du Sion marxiste » Kautsky et Riazanov qui lui reprochèrent d’avoir blâmé l’attitude injuste que Marx avait souvent eue envers Bakounine et Lassalle (7). Le livre de Mehring, en dépit de son évidente supériorité sur celui de Spargo et malgré ses 600 pages n’est, de l’aveu même de l’auteur, qu’une esquisse biographique, destinée à un large public, surtout ouvrier, la présentation et l’analyse de l’oeuvre marxienne y étant moins que sommaire (8). La correspondance de Marx et d’Engels dont Mehring avait pu prendre connaissance encore avant la parution de l’édition réalisée par Bernstein et Bebel, fut une des sources majeures qui livrait à Mehring les traits intimes de la personnalité de Marx, mais le biographe se faisait scrupule de garder la discrétion sur certains passages des lettres de son héros, supprimés par les éditeurs soucieux de respecter le voeu exprimé par Laura Lafargue de ne pas étaler au grand jour les petitesses d’esprit et de coeur dont son père aimait à se décharger devant son meilleur ami (9). Il convient de signaler ici qu’en même temps que Marx avait trouvé en Mehring son premier biographe compréhensif, Engels allait trouver le sien en la personne de Gustav Mayer, remarquable chercheur et historien, qui sut utiliser judicieusement les richesses des archives Marx-Engels conservées par le parti social-démocrate allemand (10).

On ne saurait en dire autant d’un autre biographe de Marx, Otto Rühle qui, imitant l’exemple de Mehring, adversaire du « culte de Marx », désirait innover cette attitude critique par le recours à des méthodes psychanalytiques inspirées de l’école adlérienne (11). Rühle rend justice à la grandeur de l’oeuvre marxienne, mais le portrait qu’il fait de Marx est d’une extrême pauvreté psychologique et relève du genre journalistique de mauvais aloi : le secret du génie de Marx il en découvre la clef dans l’ascendance juive, la position de fils aîné et la maladie hépatique de son héros. Rühle trouvera à son tour des imitateurs, mais ceux-ci le dépasseront de loin dans le genre médiocre et superficiel.

Des trois biographies de Marx dont nous venons de parler, aucune ne s’élève au-dessus du niveau de la littérature de vulgarisation, toutes se contentant en appréciant diversement la personnalité et l’oeuvre de Marx, d’en esquisser les traits saillants. Mais ce qu’elles ont surtout en commun, c’est d’avoir été écrites avant la publication, de 1927 à 1935, des 11 volumes (sur 40 !) de l’édition historico-critique des oeuvres complètes de Marx et d’Engels, entreprise par Riazanov (12). De nombreux matériaux figurant dans ces volumes sont donc restés ignorés et inutilisés aussi bien par Spargo (1910) et Mehring (1918) que par Rühle (1928). Pour se faire une idée des perspectives qui s’ouvraient désormais aux biographes désireux d’étudier la vie et la pensée de Marx, il suffit de rappeler que la seule période et l’oeuvre de jeunesse de celui-ci ont pu fournir la matière biographique et idélogique de plusieurs monographies importantes parmi lesquelles celles d’Auguste Cornu (13), de Luc Somerhausen (14) et de G. Pishel (15) occupent un rang de choix. Par ailleurs, le Karl Marx de B. Nicolaïevski et O. Maenchen-Helfen (16), ouvrage fondé sur des documents historiques passés inaperçus, représente sans doute le meilleur portrait qui nous ait été tracé jusqu’ici du lutteur politique que fut Marx.

En laissant de côté d’autres travaux de moindre valeur (17), nous croyons avoir épuisé la liste des biographies de Marx qui, si elles n’atteignent pas le niveau de l’ouvrage analogue écrit par G. Mayer sur Engels, sont cependant les meilleures qui aient été publiées jusqu’à présent.

Que reste-t-il à dire des entreprises du genre de MM. Vène (18), Schwarzschild ou Gignoux ? Peu de chose, nous y reviendrons. C’est à une autre question que nous voudrions d’abord répondre : que doit être une biographie de Marx qui mériterait son titre ?

II

En 1934 l’Institut Marx-Engels-Lénine de Moscou publia une chronique de la vie de Marx comprenant plus de trois mille dates se rapportant aux faits et aux évènements importants de son existence et de son activité littéraire et politique (19). Il n’est pas exagéré de dire qu’aucune biographie sérieuse de Marx ne peut désormais se passer de l’inappréciable instrument de travail que représente cette publication. L’ouvrage étant devenu introuvable en librairie, — comme d’ailleurs l’ensemble des volumes de la Marx-Engels-Gesamtausgabe (20) — nous allons en retracer le plan d’après la table des matières.

La chronique distingue 18 phases dans la vie de Marx et note pour chacune d’elles les faits significatifs, dont elle indique, autant que possible, la date précise, jour, mois et année. Votons les diverses phases et leurs principaux moments :

I. 5 Mai 1918 – mi-avril 1841 : Ecole ; Université de Bonn ; Université de Berlin ; Club des Docteurs ; Etudes de Hegel ; Les « Athénéens » ; Thèse pour le Doctorat.

II. Mi-Avril 1841 – fin Mars 1843 : Bruno Bauer ; Projets de professorat ; Premières publications ; Ruge ; Feuerbach ; Etudes sur la religion et sur l’art ; Rheinische Zeitung ; Les Jeunes Hégéliens ; Questions économiques ; Socialisme français ; Rupture avec les « Affranchis » ; Démêlés avec la censure ; Projets.

III. Fin Mars 1843 – début Février 1845 : Critique de la philosophie du droit de Hegel ; Kreuznach ; Mariage ; Paris ; Annales franco-allemandes ; Premiers essais communistes ; Heine ; Rupture avec Ruge ; Economie politique ; Révolution française ; Proudhon ; Le Vorwaerts de Paris ; Engels ; La Sainte Famille ; Critique de la politique et de l’économie (manuscrit).

IV. Février 1845 – Février 1848 : Bruxelles ; Thèses sur Feuerbach (manuscrit) ; Etudes économiques ; Voyage en Angleterre ; L’Idéologie allemande (avec Engels, manuscrit) ; Débuts de propagande et d’organisation communistes ; Comités de correspondance communistes ; Circulaire contre Kriege ; Grün et Proudhon ; Rupture avec Weitling ; Wilhelm Wolff ; Harnay ; Ligue des Justes ; Anti-Proudhon ; Deutsche Brüsseler Zeitung ; Ligue des Communistes ; Association ouvrière de Bruxelles ; Association démocratique ; Fraternal democrats ; Discours sur le libre échange ; Salaire et capital (manuscrit) ; Question polonaise ; Manifeste communiste.

V. Fin Février 1848 – fin août 1849 : Tentatives d’insurrection à Bruxelles ; Expulsion ; Paris ; Club ouvrier allemand ; Revendications du Parti communiste en Allemagne ; Cologne ; Pour la fondation d’un parti ouvrier ; Gottschalk ; Neue Rheinische Zeitung ; Parlement de Francfort ; Insurrection de Juin ; Comité d’arrondissement de la Démocratie rhénane ; « Guerre à la Russie ! » ; Weitling ; Assemblée nationale de Berlin ; Le Ministère de l’action ; La révolution tronquée ; Voyage à Berlin et à Vienne ; Journées de Septembre à Cologne ; Etat de siège ; Contre-révolution de Berlin ; Grève de l’impôt ; Association ouvrière de Cologne ; Nouvelle vague révolutionnaire ; « République rouge ! » ; Procès pour délits de presse ; Le numéro rouge de la NRHZ ; Voyage à travers la région en révolte ; Paris.

VI. Fin août 1849 – Septembre 1850 : Londres ; Ligue des communistes ; Autorité centrale ; Association ouvrière ; Comité des réfugiés ; Willich ; Engels ; NRHZ (Revue d’économie politique) ; Les luttes de classes en France ; Miquel ; Crise et révolution ; Réorganisation de la Ligue des communistes ; Adresse de Mars aux sections ; Campagne contre la démocratie ; Les blanquistes ; Les chartistes ; La Société Universelle des Communistes Révolutionnaires ; Adresse de Juin ; Histoire économique de 1840-1850 ; Prospérité et réaction ; Scission de la Ligue.

VII. Septembre 1850 – Novembre 1852 : Etudes économiques ; Derniers fascicules de la NRHZ (Revue) ; Engels s’installe à Manchester ; Banquet des Egaux ; Conflit avec Herweg ; Lassalle ; Théorie de la rente foncière ; A la recherche d’un éditeur ; H. Becker, Essais choisis de Karl Marx ; Freiligrath à Londres; En Allemagne, la police découvre la Ligue Communiste ; Weerth ; Pieper ; Etudes technologiques et agronomiques ; New-York Tribune ; Weydemeyer et sa revue Die Révolution ; Cluss ; Kinkel et son « emprunt pour la révolution » ; Le 18 Brumaire ; Jones ; Bangya ; « Les grands hommes de l’exil » ; Szemere ; Zerffl ; Refus des éditeurs ; Kossuth et Mazzini ; Procès des communistes à Cologne ; Dissolution de la Ligue Communiste.

VIII. Novembre 1852 – fin 1856 : « Révélations sur les procès de Cologne » ; « Le chevalier de la conscience généreuse » ; New-York Tribune ; People Paper ; Politique anglaise ; Inde ; Palmerston ; Urquhart ; Guerre de Crimée ; Labour Parliament ; Révolution espagnole ; Neue Oder Zeitung ; Mort de Musch : Panslavisme ; Mort de Daniel ; Lassalle ; The Free Press ; « Révélations sur l’histoire diplomatique du 18″ siècle »; Mort Weerth ; Histoire de la Prusse ; Conflit de Neuenburg ; Symptômes de la crise.

IX. Début 1857 – Juin 1859 : Première rédaction de la « Critique de l’économie politique » ; Histoire de la Russie ; New American Cyclopaedia ; Le Crédit Mobilier ; Révolte aux Indes ; Crise économique ; L’ « Introduction » à la « Critique de l’Economie Politique » (manuscrit) ; Mort de Schramm ; Lassalle à Berlin ; Politique intérieure de la Prusse ; Guerre italienne ; « Le Pô et le Rhin » ; Napoléon III ; Kinkel et son Hermann ; Freiligrath ; Das Volk ; « Contribution à la Critique de l’Economie politique ».

X. Juin 1859 – Juillet 1861 : Das Volk ; Liebknecht ; Blind et Vogt ; Guerre en Chine ; Vogt ; National Zeitung ; Daily News ; Conflit avec Freiligrath ; La « Schwefelbande » ; Borkheim ; Un procès ; Vogt, agent de Napoléon III ; « Prospérité et paupérisme en Angleterre » ; « Herr Vogt » ; Chez Lassalle à Berlin ; Blanqui prisonnier.

XI. Avril 1861 – Septembre 1864 : Deuxième rédaction du « Capital » ; Théorie de la plus-value ; La Presse de Vienne ; Guerre civile aux U.S.A. ; Mexico ; Lassalle à Londres ; Insurrection en Pologne ; Deuxième rédaction du « Capital » ; Théorie de la plus-value ; La Presse de Vienne ; Guerre civile aux U.S.A. ; Mexico ; Lassalle à Londres ; Insurrection en Pologne ; Deuxième rédaction du « Capital » ; Mort de W. Wolff ; Liebknecht à Berlin; Mort de Lassalle.

XII. Septembre 1864 – Septembre 1867 : L’Association Internationale des Travailleurs ; Adresse inaugurale et Statuts ; Lassalle fonde l’Association générale des ouvriers allemands ; Liebknecht et Schweitzer ; Rupture avec le Sozialdemokrat ; Section parisienne de l’A.I.T. ; Conférence de Londres ; Question polonaise ; Brouillon des trois livres du « Capital » ; Congrès de Genève ; Kugelmann ; Congrès de Lausanne ; « Le Capital », Livre I.

XIII. Septembre 1867 – Juillet 1870 : Propagande pour « Le Capital » ; Liebknecht au Reichstag ; Question irlandaise ; Livres II et III du « Capital » (manuscrits) ; Congrès de Bruxelles ; Nurnberg et Hambourg ; Liebknecht et Schweitzer ; Question syndicale ; Bakounine ; L’Alliance de la Démocratie socialiste ; Eisenach ; Congrès de Bâle ; Danielson ; Marx apprend le russe ; Les Feniens ; La « Communication confidentielle » ; Marx, secrétaire pour la Russie ; Mort de Schappen ; Luttes de fractions en Suisse.

XIV Juillet 1870 – Juillet 1871 : L’A.I.T. et la guerre franco-allemande ; Liebknecht ; Bebel ; Bracke ; Lettre au Comité de Brunswig ; Sedan ; République française ; Engels s’installe à Londres ; Favre et Odger ; La Commune ; « La Guerre Civile en France ».

XV. Juillet 1871 – Septembre 1873 : L’Alliance en Suisse ; Outine ; Conférence de Londres ; Action politique et économique de la classe ouvrière ; Sectes et Parti ; « Le Capital », 2e édition et édition française ; Préparation de Congrès de La Haye ; Eccarius ; « Les Prétendues Scissions » ; « Le Capital » en russe ; Procès de haute trahison à Leipzig ; La citation de Gladstone ; Congrès de La Haye ; Exclusion de Bakounine ; Discours à Amsterdam ; Conseil fédéral britannique ; Scission en Angleterre ; La 2e édition du « Capital » paraît ; Brochure sur l’Alliance ; Congrès de Genève.

XVI. Fin Septembre 1873 – Mai 1878: Mouvement ouvrier allemand ; Marx à Karlsbad ; Critique du Programme de Gotha ; l’Edition française du « Capital » paraît ; Kovalevski ; Gladstone et la Russie ; Lavrov ; Question orientale ; Lissagaray, « Histoire de la Commune » ; Le deuxième livre du « Capital » ; L’Anti-Dühring.

XVII. Mai 1878 – Décembre 1881: Loi contre les socialistes en Allemagne ; Lothar Bûcher ; Hôchberg ; La direction du parti s’installe à Leipzig ; Lettre circulaire ; La Freiheit de Most ; Le Social-Demokrat de Zurich ; A. Loria ; Le Parti Ouvrier français ; Hyndman ; Etudes sur la Russie et l’Amérique ; Bebel chez Marx ; Morgan, « Ancient Society » ; Lettre à Vera Zassoulitch ; Henry George ; Mort de Madame Marx.

XVIII. Janvier 1882 – 17 Mars 1885 : Maladie ; Voyage ; Etudes sur la Russie ; Deprez ; Mort de Jenny ; Mort de Marx.

Comme on peut le constater, les diverses étapes de la carrière de Marx, de sa vie tout autant que de son œuvre, n’apparaissent, dans ce tableau chronologique, que sous la désignation de quelques trois cents faits, noms ou titres. Or, pour beaucoup de ceux-ci, il existe désormais des monographies plus ou moins volumineuses dont certaines se rapportent à des faits ou à des événements peu connus de la vie de Marx, ses relations avec Koeppen, par exemple, ou avec l’espion Bangya (21), sans parler des grandes enquêtes sur certaines phases de la carrière politique de Marx que nous devons à Max Nettlau, Riazanov, G. Mayer ou B. Nicolaïevski, pour ne nommer que les marxologues les plus connus.

On pourrait, par un simple calcul, arriver à se faire une idée des dimensions que doit prendre une biographie de Marx, écrite avec le souci d’une objectivité totale et sans la moindre incursion dans le domaine de la fantaisie ou du romantisme. En supposant que pour les trois cents noms et titres énumérés, on n’écrive en moyenne que cinq pages de commentaires historiques et bibliographiques, on obtiendrait un volume de 1.500 pages, chiffre impressionnant lorsqu’on pense que les quelques biographies de Marx parues jusqu’ici oscillent autour de 500 pages.

III

En tant que figure marquante du 19e siècle, Marx a de quoi séduire le biographe intrigué par la puissance quasi mythique qui se dégage de la personnalité du promoteur du plus important mouvement social de notre temps. Mais c’est précisément parce que le nom et la pensée de Marx sont si étroitement mêlés aux grands bouleversements politiques contemporains, que la tâche du biographe sérieux d’objectivité devient particulièrement ardue. Comme Kierkegaard, son génial contemporain, Marx fut, sans certes le vouloir, ce « penseur subjectif » dont le philosophe danois a tracé le saisissant portrait et qui, à la fois esthéticien, éthicien et dialecticien, est hanté par les problèmes d’existence plutôt que par les problèmes de spéculation (22). Mais ce qui déroute, lorsqu’on lit les ouvrages de Marx, c’est l’impression que cette lecture nous laisse d’une indifférence totale à l’égard des problèmes dits intérieurs, moraux ou sentimentaux, c’est, en bref, ce que Nietzsche appelait le pathos de la distance.

Or, il n’en est pas de même quand on lit les lettres privées de Marx et notamment sa correspondance avec Engels. Malgré ses immenses richesses d’idées, elle nous montre un Marx réduit à ses proportions humaines, trop humaines. Elle nous fait comprendre pourquoi Marx avait choisi, pour répondre à une question de ses enfants, la maxime de Térence, qui fut aussi celle de Goethe:  « Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur son opportunité, la publication de ces lettres dans leur texte intégral, devait réjouir le biographe curieux de détails anecdotiques, petitesses humaines et quotidiennes, mouvements d’humeur, grandes et petites haines, accès d’orgueil, de jalousie et de cynisme, bref tout ce que la morale courante aime à mettre en évidence pour ravaler le génie au niveau de ses propres normes (23). C’est ce que C. J. Gignoux et surtout L. Schwarzschild ont fort bien compris, le premier en nous montrant un Marx imbu des défauts de sa race, prophète irascible, nomade paresseux vivant de mendicité, incapable de nourrir sa famille qu’il sacrifie à ses ambitions démesurées de meneur politique ; le second en nous présentant son héros comme l’auteur et l’incarnation du fléau de notre temps : le totalitarisme. En effet, L. Schwarzschild rend Marx responsable non seulement du « communisme » russe mais de « tous les autres Etats totalitaires », imitations ou variantes du modèle soviétique. Selon lui, Marx et Engels auraient été « imbus de l’idée

sianisme socialiste russe (24). C’est cette attitude invariable qui a valu à Marx et à Engels d’être traités très tôt de « russomanes » et de « slavophages » (25). Il faut donc un mépris total de la vérité ou une ignorance non moins totale de l’œuvre de Marx pour établir, comme le fait L. Schwarzschild, l’équation : Marx = Lénine = Staline = Hitler. Les pages consacrées par Marx et par Engels à la lutte contre la Russie autocratique se comptent par centaines et leur réunion pourrait former un beau volume dont l’actualité éclaterait à chaque ligne. Sans cesse, ils y flétrissent le tsarisme comme le bastion de la réaction européenne et comme une puissance qui aspire par les moyens les plus barbares à l’hégémonie mondiale. Beaucoup plus que dans certains ouvrages actuels on peut y trouver les critères historiques et politiques qui constituent là condamnation la plus énergique du totalitarisme russe, critères qu’on chercherait vainement dans l’arsenal de la morale occidentale traditionnelle.

Nous ne pouvons pas nous étendre, ici, sur cet aspect de l’oeuvre marxienne qui présente en même temps un des éléments fondamentaux dont aucune biographie sérieuse de Marx ne saurait se dispenser. Mais puisque M. Schwartzschild et M. Gignoux suggèrent à leurs lecteurs le portrait d’un Marx, père des régimes autocratiques modernes nous leur proposons de méditer les deux citations suivantes dont ils auront du mal à deviner l’auteur :

Une simple substitution de noms et de dates nous fournit la preuve évidente qu’entre la politique d’Ivan III et celle de la Russie moderne il existe non seulement une similitude mais une identité. Ivan III, pour sa part, n’a fait que perfectionner la politique traditionnelle de Moscovie que lui avait léguée Ivan I Kalila. Ivan Kalita, esclave des Mongols, acquit sa puissance en dirigeant la force de son plus grand ennemi, le Tarlar, contre ses ennemis plus petits, les princes russes. Il ne put utiliser cette force que sous de faux prétextes. Obligé de dissimuler à ses maîtres la puissance qu’il avait’ réellement acquise, il dut éblouir ses sujets, esclaves comme lui, par une puissance qu’il ne possédait pas. Pour résoudre ce problème, il dut élever au rang d’un système toutes les ruses de la servitude la plus abjecte et réaliser ce système avec la laborieuse patience de l’esclave. Même la violence ouverte, il ne put l’employer qu’en tant qu’intrigue dans tout un système d’intrigues, corruptions et usurpations secrètes. Il ne put frapper sans avoir, au préalable, empoisonné. L’unicité du but s’alliait chez lui à la duplicité de l’action. Gagner en puissance par l’emploi frauduleux de la force ennemie, affaiblir cette force tout en l’employant et, finalement, la détruire après s’en être servi comme instrument, — cette politique fut inspirée à Ivan Kalita par le caractère particulier de la race dominante tout comme par celui de la race asservie. Sa politique fut aussi celle d’Ivan III. Et c’est encore la politique de Pierre le Grand et de la Russie moderne, bien que le nom, le pays et le caractère de la puissance ennemie dupée aient changé. Pierre le Grand est réellement l’inventeur de la politique russe moderne, mais il le devint uniquement en dépouillant la vieille méthode moscovite d’usurpation de son caractère purement local et de ses ingrédients accessoires, en la distillant en une formule abstraite, en en généralisant le but. Grâce à lui, le désir de briser certaines limites données du pouvoir se transforma en l’aspiration exaltante au pouvoir illimité. Ce n’est pas par la conquête de quelques provinces, mais par la généralisation du système moscovite qu’il fonda la Russie moderne. En bref : C’est à l’école terrible et abjecte de l’esclavage mongol que Moscou s’est formé et a grandi. Il n’a acquis sa puissance qu’en devenant virtuose dans l’art de la servitude. Même après son émancipation du joug mongol, Moscou continua à jouer son rôle traditionnel d’esclave sous le masque du maître. Ce fut enfin Pierre le Grand qui combina l’art politique de l’esclave mongol et la fière ambition du maître mongol à qui Gengis Khan a légué la mission de conquérir le monde…

L’influence écrasante de la Russie a saisi par surprise l’Europe à différentes époques et a provoqué la terreur des peuples occidentaux. On s’y est soumis comme à une fatalité, on n’y a résisté que par soubresauts. Mais cette fascination exercée par la Russie s’accompagne d’un scepticisme sans cesse renouvelé qui l’accompagne comme une ombre, grandit avec elle, mêlant les notes aiguës de l’ironie aux gémissements des peuples agonisants et raillant sa puissance réelle comme une sinistre farce, montée pour éblouir et pour duper. D’autres empires ont, à leurs débuts, suscité de semblables doutes: seule la Russie est devenue un colosse sans cesser d’étonner. Elle offre l’exemple, unique dans l’histoire, d’un immense empire dont la puissance formidable, même après des exploits d’envergure mondiale, n’a jamais cessé d’être considérée comme étant du domaine de l’imagination plutôt que des faits. Depuis la fin du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours, il n’est point d’auteur qui, voulant glorifier la Russie ou, au contraire, la blâmer, n’ait cru pouvoir se dispenser de prouver tout d’abord l’existence même de ce pays.

Mais que nous jugions la Russie en matérialistes ou en spiritualistes, que nous considérions sa puissance comme un fait palpable ou comme une vision de la mauvaise conscience des peuples européens, la question reste la même: Comment cette puissance, ou, si l’on veut, ce fantôme de puissance, est-elle parvenue à atteindre des dimensions telles qu’elle ait pu susciter les jugements les plus contradictoires, les uns croyant fermement, les autres contestant rageusement que la Russie menace le monde d’un retour à la Monarchie universelle ?

Les Schwarzchild, Gignoux et consorts admettront-ils que Marx – puisque c’est lui l’auteur des lignes ci-dessus – ne fut pas si mauvais prophète ? (26) Ou lui en feront-ils un grief de n’avoir pu rêver, dans ses pires cauchemars, que les maîtres futurs de la Russie se serviraient de son enseignement pour travestir leurs ambitions politiques tendant à instaurer dans le monde un absolutisme qui n’a pas son égal dans l’histoire ?

Si l’arbre est responsable de ses fruits, voudrions-nous qu’il répondit également de ses parasites ?

Notes:

(1) L. Schwahzschild, Karl Marx. Traduction de G. de Genevraye, Editions du Parois, Paris, 1950, 400 pages.

(2) C.-J. Gignoux, Karl Marx, Paris, Librairie Plon, 1950, 259 pages.

(3) Cette entreprise, commencée en 1927, par D. Riazanov, promoteur et directeur de l’Institut Marx-Engels de Moscou, et continuée après sa destitution par V. Adoratski, fut interrompue en 1935, après la publication de 11 volumes comprenant les oeuvres de Marx et d’Engels écrites avant 1849 et la correspondance entre ces derniers. Il faudra un jour raconter l’histoire dramatique du sort de cette publication comme du destin qui fut celui du legs littéraire de Marx et d’Engels.

(4) Voir, entre autres, la lettre d’Engels à Becker, du 22 Mai 1883. Cf. F. Engels, Vergessene Briefe, Berlin, 1920.

(5) Les divergences politiques entre Kautsky et Bernstein furent sans doute à l’origine des rivalités personnelles surgies après le suicide d’Eleanor Marx-Aveling, fille de Karl Marx, entre ces deux hommes qui avaient vécu dans l’intimité d’Engels.

(6) John Spargo, Karl Marx. His Life and his Works, New-York, 1910. Une traduction allemande en parut en 1912.

(7) Franz Mehring, Karl Marx. Geschichte seine Lebens, Leipzig, 1918, 580 pages, 2e édition en 1919. La 5e édition, parue en 1933, comporte une introduction et une postface d’E. Fuchs. Il en existe des traductions anglaise et espagnole.

(8) Dans le sous-titre initial, Mehring avait voulu mettre : « Histoire de sa vie et de ses oeuvres ».

(9) Cf. F. Mehring, Mein Vertrauensbruch. Article publié dans la Neue Zeit du 25 juillet 1913. Laura Lafargue avait autorisé la publication des lettres de son père à Engels tout en exigeant qu’on n’en publiât pas les passages insignifiants, de caractère purement intime et sans aucun intérêt historique. Le recueil, publié en 1913 par Bernstein et Bebel et revu, à la demande de L. Lafargue, par F. Mehring n’était donc pas complet. Riazanov crut de son devoir de refaire l’édition en ne tolérant aucune espèce de suppression, alléguant que Marx, sans être un ange, pouvait néanmoins supporter la critique la plus impitoyable. Cf. la préface de Riazanov à la correspondance Marx-Engels, dans Marx-Engels-Gesamtausgabe, section III, tome I, Berlin, 1929.

(10) Gustav Mayer, Friedrich Engels, 2 volumes, 2e édition, La Haye, 1934. (Environ 1.000 pages).

(11) O. Rühle, Karl Marx, Leben und Werk, Hellerau, 1928. Trad. française Grasset, 1933. On y lit des phrases comme celle-ci : « C’est le besoin de ressembler à Dieu qui dicte son programme de vie et lui trace ses directives ».

(12) V. supra, note 3.

(13) Auguste Cornu, La jeunesse de Karl Marx, Paris, F. Alcan, 1934, 430 p.

(14) Luc Somerhausen, L’humanisme agissant de Karl Marx, Paris, 1946, 290 p.

(15) Giuliano Pischel, Marx Giovane, Milan, 1948, 416 pages.

(16) B. Nikolaevski et O. Maenchen-Helfen, Karl Marx, Paris, Gallimard, 1937, 317 pages.

(17) On pourrait encore nommer : E.-H. Carr, Karl Marx. A Study in Fanaticism, 1934 ; — I. Berlin, Karl Marx, His Life and Environment, 1939.

(18) A. Vène, Vie et doctrine de Karl Marx, Paris, 1946. Rappelant la misère matérielle de la famille Marx à partir de 1851, cet auteur écrit : « La solution de bon sens, pour Marx, eût été de rechercher quelque emploi stable et rétribué ». Parlant de la théorie de la valeur de Marx : « …même si elles étaient exactes, les vues de Karl Marx, en raison de leur complication, ne pourraient être utilisées dans la pratique des affaires » (!). M. Vène a trouvé un émule en la personne de M. Gignoux chez qui nous lisons: « Il y a quelque chose d’insoutenable et de profondément inhumain dans le cas de ce prophète de la justice sociale, qui, muré dans son orgueil et dans la mission qu’il s’est attribuée, tient pour subalterne le devoir élémentaire auquel se plie le dernier des prolétaires : travailler pour nourrir les siens et ne pas laisser périr de misère les enfants qu’il met au monde ». Rarement la mentalité philistine a atteint ce comble de la bêtise et du cynisme ! Il est vrai que si Marx avait possédé le « bon sens » de MM. Vène et Gignoux… Nous laissons à nos lecteurs le soin d’imaginer ce qui serait arrivé.

(19) Karl Marx, Chronil seines Lebens in Einzeldaten. Publié par l’Institut Marx-Engels de Moscou, Moscou, 1934, 464 pages. Cet ouvrage a pu être composé grâce aux documents et matériaux recueillis par Riazanov. Son nom n’est pourtant même pas mentionné une seule fois ! En outre, des sources bibliographiques importantes n’y sont pas indiquées, considérées probablement comme hérétiques…

(20) Le sort des éditions de Marx et Engels en U.R.S.S. forme un chapitre des plus étonnants du drame que constitue l’histoire du legs littéraire des deux promoteurs du socialisme scientifique.

(21) Cf. Helmut Hirsch, Karl Friedrich Köppen, der intimste Berliner Freund Marxens. Dans « International Review for Social History », vol. I, Amsterdam, 1936. — R. Rodoiskvi, Karl Marx und der Polizeispitzel Bangya. Ibid, vol. II, 1937.

(22) V. S. Kierkegaard, Post-scriptum aux Miettes Philosophiques (1846).

(23) Voir supra, note 9.

(24) Voir, par exemple, mes essais dans la « Revue Socialiste » : Karl Marx et le socialisme populiste russe (Mai 1947) et La Russie dans l’œuvre de Marx et d’Engels (Leur correspondance avec Danielson), (Avril 1950).

(25) Notamment après leurs articles dans la Neue Rheinische Zeitung contre le panslavisme démocratique dont Bakounine s’était fait le porte-parole au Congrès slave de Prague, en Juin 1848.

(26) Les deux passages que nous avons ici traduits pour la première fois en français figurent dans la série d’études publiée par Marx dans la Free Press d’Août 1856 à Avril 1857 sous le titre Revelations of the Diplomatic History of the 18th Century. Ces articles ne furent que l’introduction à une étude plus vaste, restée inachevée. Ils furent réédités par Eleanor Marx Aveling sous le titre Secret Diplomatic History of the Eigteenth Century, London, 1899. Toutefois le premier passage que nous avons cité a été omis dans cette réédition. L’ensemble du texte a fait l’objet d’une analyse critique par D. Riazanov, dans un Supplément de la Neue zeit, paru en 1909, et intitulé Karl Marx über den Ursprung der Vorherrschaft Russlands in Europa (Karl Marx sur l’origine de l’hégémonie de la Russie en Europe). Dans ses commentaires, Riazanov fit un grief à Marx d’avoir considéré l’absolutisme russe comme un phénomène permanent de l’histoire russe. Par une ironie tragique du sort, l’éminent marxologue eut l’occasion, au moment de sa déportation en 1931, d’éprouver dans son âme et corps la justesse des vues marxiennes…

marx

Étiquettes :


%d blogueurs aiment cette page :