Wilhelm Weitling – L’humanité telle qu’elle est et telle qu’elle devrait être (1838) [2]

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WilhelmWeitling

Traduction intégrale de Die Menschheit, wie sie ist und trie sie sein soltte, Munich, Ernst éd., 1895, édition identique à la seconde, de 1845. Deuxième partie.

II

Si vous avez foi et confiance dans votre juste cause, vous avez déjà à moitié gagné ; avec votre foi vous pouvez déplacer des montagnes. Heureux ceux qui ne voient pas, et ont la foi. Mais ce n’est pas la foi aveugle qui conduit au but, mais celle née de la persuasion.

Il existe une conviction fondée sur l’enseignement du Christ et sur la nature selon laquelle aucun véritable bonheur n’est possible pour l’humanité sans la réalisation des principes suivants :

1. La loi naturelle de l’amour chrétien est la base de toutes les autres lois à réaliser pour la société.

2. Union générale de l’humanité entière en une grande fédération de familles, et disparition de tous les principes mesquins de nationalité et de sectarisme.

3. Égale répartition du travail pour tous et jouissance égale de tous les biens nécessaires à l’existence.

4. Éducation égale, droits égaux et devoirs égaux pour les deux sexes selon les lois de nature.

5. Abolition des droits d’héritage et de propriété des particuliers.

6. Élection des autorités au moyen du suffrage universel : responsabilité et amovibilité.

7. Aucun privilège pour les autorités dans la répartition égale des moyens d’existence, et égalité de leur travail de bureau avec la durée du travail des autres.

8. Chacun, sans porter tort aux autres dans leurs droits, possède la plus grande liberté possible d’action et de parole.

9. Pour tous, liberté et possibilité d’exercer et de perfectionner ses dispositions physiques et spirituelles.

10. Le coupable ne peut être puni que dans son droit de liberté et d’égalité ; jamais dans sa vie. Et dans son honneur seulement par l’expulsion et l’éloignement de la vie de société pendant son existence.

Ces principes peuvent être résumés en peu de mots ; ils affirment : Aime ton prochain comme toi-même. Sans ces principes et sans leur réalisation, on ne peut s’attendre au salut de l’humanité ; les maux qui, depuis des millénaires, lui ont fait couler tant de larmes, ne disparaîtront pas tant que les efforts des peuples ne les auront fait fuir.

Les masses de ceux qui vivent pauvrement du travail de leurs mains sont certainement de notre côté, à cause des avantages matériels que nous pouvons leur offrir, et par haine des riches et des puissants, dont l’arrogance et l’oisiveté leur crèvent les yeux.

Mais il faut aussi des apôtres, pour ce nouvel enseignement, afin d’éclairer les masses sur le véritable état de la communauté des biens et pour qu’un tel enseignement devienne une conviction vivante, résistant à toutes les tentations et à toutes les épreuves, et pour que ne vacille pas la foi.

C’est un devoir sacré de montrer à notre prochain la voie qui mène au but, et de le mettre en garde contre les fausses routes. Celui qui enferme dans son cœur une vérité profonde, très contestée et jamais encore réalisée, prend une lourde responsabilité.

Toutes les grandes vérités, tous les dons de valeur et parfaits, proviennent d’en haut, du père de la lumière.

Il y a déjà 1800 ans, il vous a été dit à vous, instructeurs du peuple : faites resplendir votre lumière devant le monde, ne la mettez pas sous un boisseau. Et pourtant, maintes lumières brillent encore sous le boisseau ; peut-être pour n’être pas exposées aux courants d’air qui soufflent dehors, dans l’obscurité, et pouvoir, bien protégées, se consumer peu à peu dans une paix agréable. C’est pourquoi celui qui marche en direction de la lumière se heurte si souvent contre un boisseau.

L’expression de la vérité est intolérable aux ennemis du genre humain, parce qu’elle menace leur puissance et leur existence ; c’est pourquoi, depuis des temps immémoriaux, les peines les plus terribles ont été imaginées pour lui faire obstacle, peines transmises même à la société actuelle.

Nos prisons, pénitenciers, galères et échafauds en sont la démonstration la plus épouvantable.

Et de nouvelles cohortes de martyrs s’y pressent, et les supplices n’auront pas de fin, jusqu’à ce que la mesure soit comble et se déverse sur la tête des malfaiteurs.

Alors lisez-leur ce passage : avec la mesure qui vous sert à mesurer, vous serez aussi mesurés ; et ne jugez pas, pour n’être pas jugés.

Ne croyez pas que vous obtiendrez quelque chose par des compromis avec vos ennemis. Votre espérance réside seulement dans votre épée. Toute conciliation entre eux et vous est à mettre à votre préjudice. Vous en avez déjà souvent fait l’expérience, et il est grand temps d’en tirer d’utiles conclusions. C’est une triste expérience que la vérité doive se frayer un chemin dans le sang ; c’est pourquoi le Christ a dit : « Vous ne devez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. » (Matthieu, X, 34.)

Les hommes de labeur et qui vivent misérablement, et aussi ceux qui n’ont pas à souffrir mais cherchent à soulager les autres par le sacrifice de leur avoir et de leurs biens, sont ceux qui se rallieront à notre bannière et combattront dans nos rangs. Méfiez-vous de tous les autres, et gardez-vous surtout de leur confier des charges.

On ne peut sans courir de risque confier des charges publiques à des égoïstes ni surtout à quiconque n’observe pas la loi de l’égalité sociale. Vous n’avez pas à mettre le loup dans la bergerie.

Mais vous ne devez pas non plus considérer comme votre ennemi celui qui a des idées différentes des vôtres, parce que vous aussi, avant d’être purifiés, devez passer par les mêmes séries d’erreurs.

Gardez-vous donc de toucher à ce qui pour les autres est sacré : épargnez-vous pour la bonne cause, afin que dans les mains de votre ennemi cela ne devienne une arme contre vous. Que la vie des ennemis prisonniers soit sacrée et inviolable ; et de même la propriété de tous ceux qui ne combattent pas contre vous ; en effet, le préjugé bien enraciné du droit de propriété ferait considérer comme une injustice toute restitution de superflu qui serait contrainte par vous, et vous ne feriez qu’augmenter le nombre de vos ennemis.

Laissez la bonne et la mauvaise herbe pousser ensemble jusqu’à l’époque de la moisson.

Pour rendre manifestes la possibilité et les avantages de la communauté des biens sans le système de l’argent, on peut utiliser le plan suivant d’une Constitution de la société.

Ce plan ne doit être pris en considération que par ceux qui, comme moi, n’ont pas eu l’occasion d’avoir entre les mains des projets communautaires comme ceux de Fourier et de beaucoup d’autres. Il n’est pas dit que l’on présente l’idéal le plus parfait de la réforme sociale, car dans ce cas nous devrions être convaincus que la source du savoir est destinée à se tarir. Chaque génération, chaque individu, a sa conception de la perfection : l’homme peut s’en approcher toujours davantage, mais, dans cette vie, la perfection ne peut jamais être tout à fait atteinte.

La perfection, c’est Dieu tout-puissant : efforçons-nous d’y parvenir, et de devenir semblables à lui.

Tous les plans de réforme sociale écrits jusqu’à ce jour sont des moyens de démontrer la possibilité et la nécessité de celle-ci : et tous les ouvrages qui sont publiés à ce sujet sont des arguments qui parlent au peuple en sa faveur. Le meilleur ouvrage, cependant, nous devrons l’écrire avec notre sang.

Le choix de la Constitution appartient à la société elle-même, à la majorité de ses membres, et les circonstances de l’époque contribuent de façon déterminante à ce choix. Les différences des divers systèmes communistes, dans l’application pratique de l’avenir, conduiront aux mêmes buts, c’est-à-dire à une ligue générale des familles de l’humanité tout entière ; et même si la réalisation de ce perfectionnement de la condition sociale se heurte à des obstacles considérables, elle doit être toutefois le but constant de notre action, et ni la mort ni les chaînes ne feront vaciller notre résolution ; en effet, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : vivants ou morts, nous appartenons au Seigneur.

 

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