Wilhelm Weitling – L’humanité telle qu’elle est et telle qu’elle devrait être (1838) [3 à 5]

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WilhelmWeitling

Traduction intégrale de Die Menschheit, wie sie ist und trie sie sein soltte, Munich, Ernst éd., 1895, édition identique à la seconde, de 1845. Parties 3, 4 et 5.

III

 CONSTITUTION DE LA GRANDE LIGUE DES FAMILLES DE L’HUMANITÉ

Les conditions nécessaires de la vie humaine, tant individuelle que sociale, sont le travail et la jouissance, et l’existence sociale la plus parfaite consiste dans une égale répartition de ces deux conditions entre tous les membres de la société, selon les lois de la nature et de l’amour chrétien. L’égalité sociale, le plus haut idéal et la base la plus solide du bonheur terrestre, selon les deux conditions essentielles de la vie humaine, à savoir le travail et la jouissance, consiste en deux ordres, à l’intérieur desquels chaque membre particulier de la grande ligue est obligé d’agir selon les lois de l’égalité générale. L’un est l’ordre des familles, ou ordre de la jouissance, l’autre est l’ordre des activités.

L’ordre des familles

 Il est composé par les familles sous la surveillance des membres âgés. Mille familles environ forment une association de familles, et élisent un chef de l’association. Dix associations familiales forment un arrondissement de familles, et choisissent en commun, comme les premières, ou au moyen d’élections générales, un chef d’arrondissement. Chaque arrondissement élit un député au Congrès des grandes associations familiales, et ce Congrès à son tour élit un Sénat, la plus haute autorité législative des associations familiales.

L’ordre des activités

Il se compose des classes des paysans, des ouvriers, du corps enseignant et de l’armée industrielle.

 La classe paysanne. Dix paysans constituent un groupe, et choisissent comme surveillant et dirigeant de leur travail un chef de groupe. Dix chefs de groupes élisent un agriculteur. Celui-ci est responsable de cent paysans ; il doit répartir également entre les chefs de groupe le travail qui lui a été confié et surveiller l’exécution précise et ponctuelle de celui-ci. Dix agriculteurs élisent un bailli [8]. Celui-ci veille au bon accomplissement des devoirs des agriculteurs et désigne à chacun le lieu de travail, les champs, ainsi que la part équitable du travail de chacun. Cent baillis élisent un représentant au conseil de l’agriculture. Celui-ci, dans chaque secteur de l’agriculture, tel que la culture des céréales, des vignes et du houblon, la culture des arbres fruitiers, l’apiculture, l’élevage des moutons, etc., élit un Président au Ministère de la grande association familiale.

Ce dernier enfin est formé par les présidents choisis de cette manière par les classes des paysans, des ouvriers et du corps enseignant.

La classe ouvrière

A cette catégorie appartiennent tous ceux qui s’adonnent aux travaux manuels, aux arts, aux travaux industriels ou mécaniques.

Comme cela se passe pour la classe paysanne, ils élisent un responsable pour dix personnes, un maître pour cent, et dix maîtres élisent une direction des travaux.

Dans un arrondissement de cent directions, il y a une compagnie de maîtres, formée par les travailleurs qui ont réalisé une découverte utile au bien de la collectivité. Les compagnies des maîtres élisent un représentant au Comité de l’Industrie, qui est pour la classe ouvrière l’équivalent du Conseil de l’Agriculture pour la classe paysanne, et à son tour ce Comité de l’Industrie nomme, dans chaque branche d’activité, un président au Ministère.

Chaque membre de la société appartient en même temps aux deux catégories de travailleurs, grâce aux notions préliminaires reçues dans les établissements d’éducation, et travaille dans différents secteurs, selon ses inclinations. Ainsi il peut arriver que quelqu’un, qui est directeur des travaux dans une profession, à l’époque de la moisson ou dans toute autre occasion, collabore aux travaux des champs comme un simple travailleur. Chacun, pour son propre plaisir, peut se consacrer en même temps à une ou plusieurs occupations.

Le corps enseignant

C’est à lui que l’on confie l’occupation de tous les postes, dans les trois branches de l’ordre des activités, pour lesquels plusieurs années d’études sont nécessaires.

Dans ce but, chaque association familiale a un établissement d’éducation ; outre plusieurs écoles artistiques et professionnelles, chaque arrondissement de familles a une école supérieure, et pour dix arrondissements de familles, une université. Les professeurs de la grande association familiale élisent dans chaque faculté un président pour le Ministère.

En outre, les universités, c’est-à-dire ceux qui y étudient et ont atteint un degré élevé de culture, élisent dix de leurs membres au Comité des Doctes.

Celui-ci, comme le Conseil de l’Agriculture et le Comité de l’Industrie, reste en place jusqu’à de nouvelles élections. Le Sénat choisit les professeurs dans le Comité des Doctes, et pourvoit tous les postes importants du corps enseignant.

Chacun, outre les matières d’enseignement, est tenu de se familiariser avec la pratique de quelque travail manuel, avec lequel il peut compléter son temps de travail, si la spécialité dont il s’occupe n’emploie pas entièrement sa journée.

A l’université et dans les écoles supérieures, les cours sont comptés comme temps de travail seulement aux élèves qui s’y sont distingués.

IV

 L’ARMÉE INDUSTRIELLE POUR LES TRAVAUX SOCIAUX COLLECTIFS

Tous les hommes sains et vigoureux sont tenus d’y travailler pendant trois ans.

La durée du travail est la même que dans les autres branches de l’activité et le temps de service s’effectue entre quinze et dix-huit ans.

Ils élisent leurs surveillants jusqu’à un maximum de cent, les autres postes, et les charges de direction relatives aux travaux à exécuter, qui réclament des connaissances scientifiques, sont pourvus par le corps enseignant.

Les surveillants ne peuvent être choisis Que parmi ceux qui restent dans l’armée après leur temps de service régulier.

En dehors des heures de travail, toutes les institutions possibles d’enseignement leur sont ouvertes, et ils sont tenus, durant leurs trois années, d’apprendre un métier de leur goût ou de se perfectionner dans celui qu’ils ont déjà exercé avant leur service ou, encore, de fréquenter les établissements scolaires.

Ceux qui, leurs trois années terminées, n’ont acquis de notions dans aucune matière, sont obligés de rester dans l’armée pour une certaine période, mais peuvent aussi être choisis comme surveillants.

L’armée se divise en différents corps, dont chacun assume un travail particulier.

Si un corps quelconque vient à manquer de volontaires, le tirage au sort décide quels sont les membres des corps les plus chargés qui viendront compléter les plus faibles.

Chaque élève peut, tous les six mois, demander son affectation dans un autre corps.

Il existe un corps d’honneur qui prend volontairement en charge les travaux les plus pénibles. Celui qui sert volontairement pendant un an dans ce corps est exempté du reste du service.

Le droit de vote et la qualité de majorité sont acquis après l’accomplissement du service obligatoire.

Jusque-là, tous doivent se soumettre à leurs supérieurs pour l’exécution des travaux à accomplir, comme auparavant ils devaient obéissance à leurs parents et à leurs enseignants.

L’armée industrielle est organisée militairement et placée sous la direction immédiate du Sénat. Elle est logée, dans les régions où sont exécutés les travaux, auprès des familles, et à cette fin, des chambres sont réservées aux étrangers dans chaque maison.

Si elle doit travailler longtemps dans une région inhabitée, elle se construit des logements provisoires.

L’armée industrielle est obligée de mener à leur fin tous les travaux qui lui sont assignés par le Sénat.

Les principaux travaux auxquels elle se livre sont les travaux miniers, la construction de chemins de fer et de barrages, le creusement de canaux, la construction de routes et de ponts, les coupes en forêt, l’assainissement de marais, le défrichage de régions infertiles, le transport des diverses marchandises ; le nettoyage des ports, des routes et des édifices ; la colonisation de terres lointaines.

A partir du moment où la jeunesse se fortifie dans des travaux de cette sorte, disparaît cette génération fragile, fiévreuse et maladive, et naît au contraire un nouveau genre humain, sain de corps et d’esprit.

V – LE SÉNAT ET LE MINISTÈRE

 L’ordre des familles détermine les besoins de tous, tandis que l’ordre des activités fournit les moyens d’y pourvoir.

En ce qui concerne l’ordre des familles, ou la répartition égale des besoins de tous, le Sénat place, pour faciliter l’administration, un directeur pour dix arrondissements de familles, soit environ un million d’habitants.

Les directeurs doivent aviser le Sénat de l’excédent des biens produits par leur district, déduction faite des besoins du district lui-même, et rendre des comptes précis.

Ils font de même pour la répartition égale des produits, bruts ou manufactures, qui leur sont accordes pour les nécessités de leur district.

L’ensemble de tous les relevés des directeurs met le Sénat en mesure de connaitre exactement et de calculer précisément la qualité et la quantité de tous les besoins de la grande association des familles. Puis le Sénat remet au Ministère les relevés des travaux à exécuter par la collectivité, et a son tour le Ministère repartit ces travaux entre ses membres, de telle sorte que chacun assume la catégorie des travaux dont il est président : l’architecte ceux de la construction, l’agronome la culture des vignes, et ainsi de suite.

Les présidents repartissent les travaux à exécuter entre les baillis, les directeurs et autres officiers de l’armée industrielle ; ceux-ci a leur tour parmi leurs électeurs, et ainsi de suite jusqu’à chaque particulier.

Le Sénat dirige tous les travaux par l’intermédiaire des représentants de chaque profession ; pour la prospérité de tous, il procure les objets nécessaires tels que produits alimentaires, logements, vêtements, produits artistiques et scientifiques, confort et loisirs, repartis avec justice.

Tous les ans, tous les trois ans au maximum selon l’étendue du territoire fédéral, ont lieu de nouvelles élections.

A chaque élection on élit seulement un tiers du Sénat. En même temps que s’achève le service d’un tiers du Sénat, s’achève aussi le service d’un tiers du Congres. Les décisions, au Sénat, sont prises a la majorité des deux tiers. Si cette majorité n’est pas obtenue au Sénat, c’est la majorité absolue qui tranche au Congres. Dans l’ordre des activités, les femmes qui travaillent dans une catégorie de travailleurs ont le droit de vote et sont éligibles.

[8] Le paragraphe relatif à l’Amtmann ne figure pas dans la deuxième édition de 1845, alors qu’elle se trouve dans la réimpression de 1839.

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