Wilhelm Weitling – L’humanité telle qu’elle est et telle qu’elle devrait être (1838) [6 à 9]

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WilhelmWeitling Traduction intégrale de Die Menschheit, wie sie ist und trie sie sein soltte, Munich, Ernst éd., 1895, édition identique à la seconde, de 1845. Parties 6 à 9. VI – QUESTIONS GENERALES Chaque famille dispose d’une maison spacieuse, avec un mobilier complet et un jardin. Le devoir d’en prendre soin et de veiller à la propreté incombe a chaque membre de la famine Le père de famille ou les membres les plus âgés veillent a l’accomplissement de ces taches. Les enfants restent dans leur famine jusqu’a rage de six ans, âpres quoi us vont a l’école. Les familles ont des cuisines communes. Les cuisiniers reçoivent ce dont ils ont besoin chaque jour des magasins de l’association, ceux-ci les reçoivent mensuellement des magasins d’arrondissement, et les magasins d’arrondissement reçoivent l’approvisionnement annuel des biens qu’ils ne produisent pas, mais qui leur sont nécessaires sur assignation du Senat. Le bien-être général, l’abondance des récoltes, les produits du climat et le gout des habitants déterminent le choix des nourritures et l’abondance de la table. Chaque arrondissement, outre les petits jardins familiaux que chaque famille cultive a sa guise, dispose d’un grand potager commun dont les produits sont destines a la table commune. Chaque voyageur a également droit a l’hospitalité dans la maison et auprès de la famille chez qui il est logé. Si celui-ci n’est pas en voyage d’affaire pour l’administration centrale, et s’il demeure dans la famille pendant la période du travail, il est tenu de travailler aux côtés de ses hôtes, ou de faire noter sur son livret de travail le temps non employé. Les voyageurs jouissent de toutes sortes de facilités de déplacements. Ceux qui voyagent pour affaires, c’est-à-dire se déplacent pour des raisons professionnelles, ont la priorité dans les conditions de voyage. Les plans de toutes les nouvelles constructions, qui tiennent compte du confort, de l’élégance et de l’économie, proviennent du Ministère et, après approbation du Sénat, sont exécutés sous la direction des présidents des constructions générales et de leurs électeurs. Les tissus pour les vêtements et les matières premières pour les meubles et les constructions sont approuvés de la même manière, selon les plans fournis par le Ministère. Les autorités en déterminent la coupe et la forme, avec l’approbation des directeurs de chaque profession. Toutefois, le temps de travail pour la confection des vêtements et des meubles, fixé par les fédérations, ne doit jamais dépasser le temps accordé par le Ministère, et, dans ce cas, doit être compensé par des heures supplémentaires.

VII – LES HEURES SUPPLÉMENTAIRES

 La répartition égale du travail et des moyens d’existence n’est pas en mesure d’assurer à elle seule à l’humanité un bonheur durable. Une égalité uniforme et sévèrement mesurée serait comme le plat sans sel vers lequel un étranger affamé et épuisé par le voyage tend avidement la main il le trouve ensuite de plus en plus mauvais et à la fin s’en dégoûte. L’esprit toujours en éveil de l’homme a besoin, pour ne pas être envahi par l’ennui, d’un champ libre où il puisse s’ébattre. La simple communauté des biens pourrait déjà offrir à l’esprit humain, outre une activité journalière de six heures, des occupations suffisantes et des distractions, moyennant des cours dans toutes les sciences, des fêtes et divertissements publics ; mais il existe des individus passionnés, qui ne s’estiment pas heureux s’ils n’ont pas la possibilité d’agir à leur guise et selon leur bon plaisir, le plus souvent seulement pour se distinguer des autres. L’un a subitement l’envie de ne pas travailler ce jour-là ou celui-ci. L’autre aime les vêtements fournis par l’administration, mais pas les meubles. Un autre a envie de manger quelque chose qui n’est pas prévu sur la liste collective. L’un désire une montre en or à répétition avec l’aiguille des minutes ; un autre veut une pendule pour sa chambre, qui lui joue des airs qui lui plaisent. Ainsi, chacun a ses désirs, ses envies particulières : l’œil plein de convoitise de l’homme a un vaste champ à parcourir avant d’être rassasié, et ces appétits s’accroissent incessamment grâce à l’activité infatigable de l’esprit humain. Cette activité de l’esprit humain réclamera un espace de plus en plus grand, parce que, après vingt ans de vie pacifique dans la communauté des biens, le temps de travail nécessaire à la prospérité et au bien-être de tous pourra facilement être ramené de six ou cinq heures à trois heures quotidiennes. C’est pourquoi le principe de l’égalité sociale doit être intimement mêlé à celui de la liberté individuelle. Certainement, les nombreux besoins dont nous avons déjà connaissance s’en trouveront encore augmentés, mais cet accroissement ne sera plus nuisible à la société, et ne deviendra une charge que pour les personnes qui voudront avoir ces biens superflus. La détermination exacte de l’étendue de la liberté individuelle, dans les limites de l’égalité sociale, donnera aux générations futures vivant dans la communauté des biens l’occasion de créer des lois nouvelles et plus parfaites, afin que l’humanité progresse toujours davantage vers la plus haute perfection terrestre, qui n’est pas pensable aujourd’hui, où ni la liberté ni l’égalité n’ont besoin d’une loi écrite par l’homme, où l’amour et la concorde deviennent une seconde nature. Donc, dans la communauté des biens, pour laisser le champ libre aux diverses inclinations des hommes et à leurs besoins de liberté, sans toutefois attenter aux droits d’autrui, on doit permettre à chacun de faire encore et volontairement des heures de travail supplémentaires en plus de celles qui leur sont imposées. Ces heures supplémentaires sont exécutées sous la surveillance des anciens, qui ne travaillent plus. Chaque membre de la société tient un livret, sur lequel sont reportées toutes les heures supplémentaires. Les heures supplémentaires sont toujours laissées libres dans les professions qui ont le plus pressant besoin de main-d’œuvre. Si une profession possède un nombre suffisant de travailleurs, elle est interdite », c’est-à-dire qu’on ne peut y effectuer des heures supplémentaires de travail volontaire. Les heures supplémentaires ne peuvent être interdites dans aucune branche de l’armée industrielle. Pour les travaux de l’armée industrielle, les heures supplémentaires sont toujours acceptées ; en effet tout le monde peut y travailler sans notions préliminaires, et elle s’étend partout. Les fédérations ou arrondissements de familles peuvent construire des ateliers et des usines pour la confection de divers articles non compris parmi les besoins indispensables mais correspondant aux diverses inclinations des citoyens. Les objets confectionnés sont livrés aux magasins et aux salles d’exposition, et là échangés contre des heures supplémentaires. Les salles d’exposition des objets fabriqués dans ces conditions sont soumises à la surveillance des personnes âgées ou des membres qui ne sont pas en mesure d’accomplir un autre travail. Tous les objets ainsi fabriqués sont estimés selon leur temps de fabrication. Les travailleurs de ces articles sont organisés de la même façon que les travailleurs des autres professions. Si le travailleur, outre son vêtement national, désire acheter tel ou tel autre habit, ou tout autre objet qui ne soit pas réellement nécessaire, il fait transcrire de son livret tant d’heures supplémentaires, qu’il fait enregistrer sur le grand livre de la salle d’exposition, selon le temps de travail exigé pour l’objet en question. De cette manière, le temps de travail employé pour un objet non nécessaire est toujours compensé par l’usage qui en est fait ; la société ne perd rien, et l’individu y gagne ; en effet, les travailleurs doivent seulement être remboursés par l’échange des heures de travail, au lieu que de nos jours il faut engraisser les usuriers et les paresseux. La valeur de tous les produits est calculée en fonction du temps de travail. Tous les travaux sont exécutés dans les seuls bâtiments choisis par la profession et des comptables nommés par les autorités. On admet des exceptions pour les petits travaux manuels, dont on connaît déjà la durée du travail. Tous les articles acquis par l’équivalent d’heures supplémentaires sont, après la mort de l’acquéreur, rapportés dans les salles d’exposition et peuvent être revendus contre des heures supplémentaires. L’excédent des heures supplémentaires qu’entraîne ce procédé est compensé chaque année par un arrêt général de la profession. Lorsque les travaux de la classe paysanne sont urgents, en période de récolte, on procède à un arrêt des autres activités, pour maintenir ainsi un équilibre convenable entre les divers ordres de travaux et assurer un nombre suffisant de volontaires pour les travaux utiles et urgents. Toutes les pièces de monnaie, en particulier l’or et l’argent, sont fondues, pour fabriquer des objets d’utilité courante. Les livres de comptabilité des heures de travail remplaceront l’argent. Pour empêcher l’accumulation des richesses. Les Spartiates utilisaient de grandes barres de fer préalablement refroidies dans l’acide pour les rendre inutilisables à tout autre emploi. La grande surface occupée par ces barres devait empêcher une trop forte accumulation et l’inégalité qui en serait résultée. Depuis l’invention du papier et de l’imprimerie, l’humanité a imaginé des moyens plus efficaces pour interdire l’accumulation et l’usure et maintenir l’égalité sociale ; elle désire seulement en faire un prompt usage. Avec la disposition des heures supplémentaires, les portes sont ouvertes- à toutes les inclinations de l’humanité, et même l’emploi d’articles de luxe pourra s’étendre au lieu de se restreindre. Mais, pour empêcher que cet usage, Dar son excès, ne nuise aux bonnes mœurs, les autorités ont le droit d’augmenter ou de diminuer les heures supplémentaires autorisées, de telle sorte que leur effet assume une réaction salutaire pour la prospérité de tous. Un moyen encore plus efficace à cette fin est l’interdiction des activités.   VIII – LE PRIVILÈGE D’INVENTION ET LA COMPAGNIE DES MAÎTRES Les compagnies des maîtres sont constituées par les membres de la société qui ont réalisé des découvertes utiles ou des inventions. Ils ont, dans l’ordre des activités, le même droit de vote que les représentants élus de 1 000 personnes. Ils ne sont liés à aucune sorte de travail particulier pendant toute la durée de leur privilège. Ils peuvent, comme tous les autres, effectuer des heures volontaires, mais un tiers au moins de ces heures doivent être consacrées à des cours qu’ils donnent dans les écoles artistiques et professionnelles. Chaque profession a, si possible, une ou plusieurs compagnies de maîtres qui examinent l’utilité des découvertes ou des inventions réalisées et déterminent la durée du privilège. La conséquence de ce privilège répandu dans la société sera le progrès de l’humanité dans la formation industrielle et scientifique, et par suite le bien-être et le bonheur de tous ; en effet, l’agrandissement et le perfectionnement des connaissances sont l’âme vivifiante de la société, sans lesquelles aucune prospérité n’est possible. La condition de ce privilège est l’utilité générale. Celui qui a déjà donné à la collectivité des preuves de la supériorité et de l’usage pratique de ses forces intellectuelles peut rendre des services encore plus importants, et c’est donc l’intérêt de la société de lui laisser la pleine liberté d’employer son temps comme il l’entend. En vertu des inclinations naturelles, l’individu tend vers une liberté illimitée, et cette disposition devient l’éperon de ses actions les plus audacieuses, et sa force, spirituelle et physique, est l’expression de cette tendance. Toute force brute peut cependant être utile ou nuisible, selon qu’elle est bien ou mal dirigée. Dans une machine défectueuse, la force brute qui donne le mouvement, enfermée dans la chaudière à vapeur, peut être dangereuse pour ceux qui travaillent là. Il en va de même pour le penchant effréné de l’homme pour la liberté, dans une société mal organisée. Dans notre société mal organisée, les riches et les puissants jouissent, aux frais des travailleurs, d’une liberté vraiment illimitée. Pour eux, la loi n’existe pas. Pour les crimes qu’ils commettent, ils ont trouvé des noms tout à fait différents et, selon leur législation, ils ne sont pas punissables, et leurs fautes peuvent être effacées avec une petite somme d’argent. Mais cela n’est pas réellement une peine pour eux : ils savent bien, d’une façon ou d’une autre, faire endosser une telle Perte aux travailleurs. Pour vous, riches et puissants, un voleur ordinaire est un être vraiment méprisable : bien ! croyez-vous donc que le peuple considère avec moins de mépris les voleurs de haut rang ? Toutes ces richesses, dont vous vous vantez, n’ont-elles pas été volées au peuple par vous ou par vos ancêtres, d’une manière ou d’une autre ? Ne sont-ce pas des vols, les contributions et impôts que vous nous infligez, les intérêts qui gonflent vos capitaux, les faillites, les procès perfides et coûteux que vous nous assénez ? Les travailleurs que vous faites faner avant l’âge dans les usines enfumées et les ateliers, n’est-ce ras un assassinat nue vous perpétuez contre la société ? Vos prisons, vos échafauds, vos armées de baïonnettes, ne prêchent-ils ras partout le meurtre ? Les voleurs les plus méprisables sont ceux qui détroussent les faibles. Actuellement, plus on a d’argent et de pouvoir, plus on est libre et indépendant. Pour obtenir par ces moyens l’indépendance la plus large, on parcourt divers chemins tortueux, tels que les spéculations de commerce et de bourse, l’usure. la fraude, etc. Dans une société bien organisée. ces voies détournées qui lèsent les droits d’autrui et détruisent l’égalité sociale sont fermées : chacun est libre de lâcher la bride à son désir d’indépendance, mais seulement sur le chemin du talent. Celui qui de nos jours est riche et puissant n’a pas besoin de se consacrer à des découvertes ; son argent, par des chemins tortueux, lui rapporte davantage. Au contraire. celui qui a réalisé des découvertes ou des inventions est contraint, par manque de moyens pour les mettre à exécution, de s’entendre avec des hommes d’argent, qui ensuite, sans autre motif que celui d’avoir employé leur capital, se réservent pour eux la plus grande partie du gain. De plus, le pauvre n’a pas les moyens de perfectionner ses connaissances dans le secteur où il se sent attire ; et même s’il a un emploi qui lui plait, ses possibilités intellectuelles ne sont jamais employées dans toute leur plénitude : les préoccupations matérielles, les fatigues et la misère lui laissent a peine quelques jours de repos par an. Dans l’état de la communauté des biens, la situation est toute différente : ici tous ont une éducation égale, une égale liberté et les moyens de choisir une profession qui convienne et de s’y perfectionner ; en effet, la société offre tout ce qui peut maintenir en éveil l’ardeur au progrès. A cela s’ajoute le privilège de l’invention, c’est-h-dire la preuve de la confiance particulière de la société de l’individu, a qui, comme conséquence du service utile qu’il a rendu, est laisse le libre choix de l’emploi de son temps. Le but de ce libre choix entre travail et oisiveté, qu’entraine un tel privilège, est de laisser aux privilégies le champ libre a leurs activités, pour élaborer de nouveaux produits de leur imagination. Si quelqu’un, pendant la durée de son privilège, a produit quelque chose de nouveau dans son domaine, on lui en accorde un second ; sinon, le temps écoule, il retourne travailler dans une profession a son gout.

IX – MAGISTRATURE ET MAISONS DE CORRECTION

 La fonction de juge revient aux anciens qui ont eu une vie irréprochable. Trente anciens sont constitues en cour judiciaire par les élections de chaque arrondissement de familles Parmi ceux-ci, tant l’accuse que l’accusateur en choisissent six. Chacun des deux a le droit d’écarter trois noms parmi ceux choisis par l’adversaire : les six restant jugent de la culpabilité ou de l’innocence de l’accusé. Les officiers supérieurs de l’armée industrielle, les parents et les enseignants des établissements scolaires exercent la fonction de juge auprès de leurs subordonnés qui n’ont pas encore atteint l’âge du droit de vote. Les peines consistent dans l’exclusion totale ou partielle des cercles de familles ou de travailleurs qui ont été lésés par le délit. Elles consistent en outre dans l’exclusion partielle de la participation aux fêtes publiques et aux distractions, dans la radiation des livres d’heures supplémentaires, en jours maigres, c’est-a-dire privation de nourritures carnées et de boissons alcoolisées, enfin l’envoi dans des établissements de correction et déportation dans des mines ou des colonies.

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