Wilhelm Weitling – L’humanité telle qu’elle est et telle qu’elle devrait être (1838) [10 et 11 – fin]

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Traduction intégrale de Die Menschheit, wie sie ist und trie sie sein soltte, Munich, Ernst éd., 1895, édition identique à la seconde, de 1845. Parties 10 et 11 [fin].

X – AVANTAGES MATERIELS DE LA COMMUNAUTE DES BIENS

 L’économie réalisée par la communauté touche presque au miracle. Considérons par exemple, aussitôt après son avènement, la nécessité de nouvelles constructions : celles-ci seront érigées de telle sorte que, dans l’avenir, il n’y ait ni villes trop grandes ni villages trop misérables.

Les membres de chaque association de familles vivent dans cinq ensembles de bâtiments communaux, construits de manière a former un pentagone. Au centre de ce pentagone se situe le bâtiment de l’association, avec les habitations et les bureaux des autorités, les établissements scolaires, les magasins d’approvisionnement, l’immeuble de la poste et des transports, les logements pour recevoir les voyageurs et les membres de l’armée industrielle, la salle du peuple avec la tribune pour les orateurs, le théâtre, l’observatoire astronomique et le télégraphe. A proximité se trouve le jardin communautaire de l’association.

Les bâtiments communaux sont les habitations de tous les autres membres de l’association familiale. Chacun d’eux a une salle du peuple, une salle de bal et une salle pour les repas, une bibliothèque, un télégraphe, des écoles artistiques et professionnelles, des magasins d’approvisionnement et des salles d’exposition. L’intérieur de chacun de ces bâtiments doit offrir confort, élégance et économie. Entre ces édifices, les rues sont pourvues de toits de verre pour protéger de la pluie et du vent, et de fenêtres coulissantes pour rafraîchir pendant l’été. Leur construction doit aussi être effectuée de telle sorte que les habitations intérieures puissent être maintenues toujours a la même température, et pour que le trafic intérieur ne soit pas trouble par le transport des marchandises. Les édifices communaux sont relies au bâtiment de l’association par le chemin de fer. Si l’un d’eux était éloigné même de cinq heures de marche du centre, l’association tout entière pourrait être reliée en une demi-heure.

Nous voyons souvent aujourd’hui le paysan porter ses chaussures a la main, pour ne pas les abîmer sur les routes de campagne, et l’apprenti traîner péniblement son balluchon de par le monde, comme l’escargot sa coquille, et pourtant il no manque ni chevaux in chaussures. Ces difficultés ne sont plus nécessaires. Les paysans seront conduits a l’aller et au retour jusqu’aux champs a cultiver et pourront accomplir leurs travaux sous des tentes transportables qui les protégeront de la pluie et du soleil. Au lieu des 300 foyers nécessaires aujourd’hui pour préparer les repas de 1 600 personnes environ, il suffira de trois. Même économie dans le chauffage et dans les travaux du feu. On utilise aujourd’hui neuf fois plus de matériaux a brûler qu’il ne serait nécessaire dans la communauté des biens, après la construction de nouveaux bâtiments.

Au lieu des cent laitières qui actuellement perdent chacune en ville une demi-journée, il en suffira d’une avec une voiture de lait. Les nombreux paysans qui, le dos courbe sous un fardeau excessif, vont vers la ville les jours de marche, endurent les mêmes fatigues et subissent les mêmes pertes de temps ; il en est de même pour les nombreux petits commerçants et fabricants de sacs en papier qui manient tout le jour les plateaux de la balance. La dixième partie d’entre eux pourrait rendre à la société les mêmes services avec moins de fatigue, sans l’exposer aux dangers de la fraude et de la tromperie.

Aucune région ne se ressentira de la rareté des produits, si les autres les possèdent en abondance.

Pourquoi celui qui vit dans une région où ne poussent que des pommes de terre ne pourrait-il boire son verre de vin, et pourquoi le viticulteur ne pourrait-il manger de la viande ? La distance qui les sépare sera réduite au dixième avec les chemins de fer et la navigation a vapeur. On exploitera chaque culture dans le terrain et sous le climat qui lui conviennent le mieux. Il n’y a pas lieu de planter des céréales là où les pommes de terre viennent bien, ni du tabac dans une région de vigne.

On n’aura plus besoin de faire des prairies artificielles a la place des champs, ni des champs à partir de prairies. Dans les régions de très bon pâturage, on n’aura pas besoin de réduire le nombre de têtes de bétail au profit de champs dont les produits sont nécessaires a l’alimentation des habitants. Qu’on considère encore l’économie de chevaux qui résulte de l’abolition de la propriété individuelle et de la dissolution des armées actuelles, et encore de l’extension générale des chemins de fer ; de même de la suppression de toutes les frontières inutiles, barrières, murs et fossés ; la participation de tous a la culture des champs ; la gaieté, l’entrain et la force de tous les travailleurs, et aussi l’amour que chacun porte a son prochain, parce que personne n’a plus besoin de se préoccuper pour soi. Les soucis redoutes et la venimeuse jalousie professionnelle ne trouveront plus d’aliment dans le cœur des hommes ; car enfin quel bien-être pourraient-ils bien envier, et a qui ? Et de quoi pourraient-ils s’inquiéter qui ne soit un sujet de préoccupation pour tous ? Ils ne seront alors plus des esclaves comme aujourd’hui ; le travail ne les épuisera jamais, et une nourriture saine et abondante leur redonnera généreusement les forces perdues.

Ces avantages, et d’autres encore, sont si évidents que l’on peut affirmer que, des la cinquième année de la communauté des biens, on aura une production triple de celle d’aujourd’hui. Mais puisque nos privations actuelles ne viennent pas d’une trop faible production des biens nécessaires, mais de leur injuste répartition, une augmentation du triple de la production fournira certainement, après l’introduction de la communauté, une énorme surabondance. Mais il ne faut rien préjuger, et, la où il y a déjà excédent, la société, pour ne pas nuire a la prospérité générale, n’aura qu’a tenir pour délit l’intempérance.

Dans les quinze premiers jours qui suivront l’instauration de la communauté des biens, les excès occasionneront sans doute quelques ravages a nos réserves alimentaires ; mais cela cessera des que la génération affamée sera rassasiée. L’homme n’est avide que de ce qu’il obtient difficilement.

Présentez-lui chaque jour des tables bien garnies, et la démesure diminuera exactement comme elle augmente avec la faim dans notre société corrompue actuellement.

Seuls des cas exceptionnels survenant dans les premières années, et provoques par nos ennemis, peuvent justifier la mesure d’une attribution rigoureuse des besoins, c’est-à-dire lorsque la guerre contre l’ennemi exige un appel général aux armes et que de nombreux dépôts et magasins sont voues aux flammes et saccages. Dans de pareils cas, nous devons faire des sacrifices : alors les membres de l’association peuvent se partager entre eux ce qui reste, après avoir pourvu aux besoins de l’armée, pour que nos soldats ne souffrent d’aucune privation. Si les autres ensuite doivent supporter des privations, nous les supporteront ensemble tout ce qu’on supporte en commun est moins lourd a chacun ; tout au moins n’aurons-nous plus la contrariété de voir la graisse couler de la bouche des autres quand nous avons faim, et de voir dans leurs armoires des dizaines de costumes pendant que nous mourons de froid.

Et si, dans un district de un million d’habitants, 200 000 citoyens prennent les armes pour la défense de l’égalité, les autres effectueront avec joie trois heures de travail quotidien de plus pendant la durée de la guerre, de sorte que pas une heure ne soit perdue dans aucune branche de la production nécessaire. Tous ceux-là, malgré ces sacrifices exceptionnels, vivront dans de meilleures conditions physiques et morales que la majorité des gens dans notre civilisation actuelle. De tous ces arguments sur la possibilité et la nécessité de la communauté des biens, ressort également la supériorité de celle-ci en cas de guerre. Aucune autre Constitution que celle-ci n’est en mesure d’accomplir de tels efforts et de tels sacrifices. Une petite portion de territoire, avec seulement trois ou quatre millions d’habitants, pourrait, en cas de besoin, se mesurer avec tous les peuples d’Europe et ressortir vainqueur du combat : en effet, chaque pas que l’ennemi fait en avant redouble son courage et ses efforts, et a chaque pas en arrière de nouveaux frères se libèrent et de nouveaux moyens de lutter se renforcent.

 XI

 Si ces idées proposées viennent a se réaliser, ii n’y aura plus partout que des frères et des sœurs, et jamais d’ennemis. La troisième génération de l’humanité vivant en communauté des biens parlera une seule et même langue et sera semblable par ses mœurs et sa formation scientifique.

L’ouvrier et le paysan seront en même temps des intellectuels, et l’enseignant sera en même temps ouvrier et paysan.

L’homme ne connaîtra pas seulement son pays natal, mais il voyagera dans le monde entier, et trouvera partout une patrie.

La première génération, dans tous ses établissements scolaires, et en plus de la langue populaire, fera enseigner, comme langue universelle, l’une des langues mortes les plus connues ou une langue inventée tout exprès. La seconde génération introduira cette langue dans toutes les relations professionnelles et familiales ; et la troisième génération, par l’admission de tous les enfants dans les établissements scolaires des leur naissance, fera disparaître toutes les langues nationales ; on aura alors un seul berger pour un seul troupeau.

Tout ce qui aujourd’hui, a cause de nombreux préjugés, est difficile, sera facile pour la deuxième génération vivant en communauté des biens, et la troisième le réclamera comme nécessaire.

Quand on introduisit la vaccination, la plupart des parents s’y opposèrent, craignant de nuire a leurs enfants. et ne lui accordèrent aucune confiance. Aujourd’hui ils se prononceraient contre l’interdiction de cette vaccination, comme ils s’étaient opposes a son introduction.

Imaginez un homme du temps de l’empereur Auguste qui aurait invente la poudre et la boussole, et se serait convaincu de leur efficacité après plusieurs années d’expériences. Il aurait pu s’adresser à un ministre de l’empereur a peu près en ces termes :

Avec cette petite chose je suis en mesure de modifier l’art de la guerre d’Alexandre et de César ; je peux faire sauter les forteresses, anéantir les villes a une lieue de distance, transformer en une minute la cite de Rome en un amas de décombres, détruire vos légions a 3000 pas de distance, rendre les soldats les plus faibles semblables aux plus forts et transporter l’éclair dans ma poche de Pantalon ; enfin, grâce a l’instrument contenu dans cette boite, je peux résister dans l’obscurité aux tempêtes et aux écueils, diriger un bateau d’une main sure de jour comme de nuit. et partout, sans voir ni terre ni ciel, me diriger vers les rivages et les plages.

En entendant ce discours, les hautes personnalités de la Rome de l’époque, comme Mécène ou Agrippa. auraient pris l’inventeur pour un rêveur : celui-ci n’aurait pourtant promis que des effets réalisables, connus aujourd’hui des enfants eux-mêmes.

Chaque nouvelle invention, chaque vérité longuement pesée. trouve aujourd’hui les mêmes difficultés et la même opposition, parce qu’elles ont contre elles trop d’intérêts particuliers et trop de préjugés ; mais a la fin elles se frayent un chemin dans l’obscurité, parce qu’elles naissent de la lumière.

Creusez donc courageusement jusqu’à la source précieuse : les générations futures s’y désaltéreront. Si aujourd’hui vous avez réussi a gagner, et si vous avez démoli les vieux liens nourris de l’ambition, de la tyrannie et de l’égoïsme. Veillez bien au choix de votre Constitution : elle ne doit pas ressembler a une route de campagne rafistolée, où les trous sont bouchés de sable et de pierres, sur laquelle on voyage à cheval, à pied et en voiture. Sur cette route, les voitures cherchent a éviter les trous comblés par des cailloux, et suivent seulement le chemin étroit réservé aux piétons. Ceux-ci sont alors contraints. s’ils ne veulent pas être éclaboussés par la boue que projette la voiture, de marcher sur le chemin dur et empierré.

La communauté des biens est le moyen de délivrer l’humanité ; elle transforme la terre en paradis, transforme les devoirs en droits et extermine jusqu’aux racines quantité de gredins. Des mots détestés comme : violence, assassinat, cupidité, mendicité et autres semblables, vieilliront dans les langues des nations et seuls les textes de l’histoire mondiale en expliqueront le triste sens, qui fera frémir d’horreur le futur genre humain. Pouvons-nous espérer son instauration, et comment pouvons-nous réussir a la conquérir ? Par l’intelligence, le courage et l’amour du prochain.

Soyez vigilants comme les serpents et doux comme les colombes n’ayez pas peur en face de ceux qui tuent le corps. L’intelligence arrache les armes des mains de nos ennemis, et le courage saisit toute occasion de les combattre.

Celui qui a le courage de refuser les exigences de ses oppresseurs et de mettre dehors leurs policiers et gendarmes serviles, a accompli une chose glorieuse comme celui qui a abattu un tyran. Mais celui qui, pour prolonger sa propre vie, au prix du sang et des larmes qui font l’argent du tyran, érige des échafauds et des prisons pour ses frères et se croise les bras pendant que les bourreaux cherchent leur proie, ou regarde avec indifférence la victime qu’on emmène, est certainement plus méprisable qu’un valet de police et plus misérable que le plus misérable esclave. Les noms de ces lâches doivent disparaître de l’humanité ils ne sont pas dignes que leurs fils honorent leur mémoire.

Nos ennemis nous ont toujours été supérieurs par l’intelligence et la ruse, et c’est pourquoi les armes appropriées pour les combattre ont toujours manqué a notre courage mais on ne peut trouver chez eux aucune trace de l’amour du prochain. Ils ajoutent a leurs armées la contrainte, et les soldats obliges de servir viendraient au contraire volontiers dans nos rangs.

Donnez la preuve de votre courage et de votre résolution en soutenant la lutte pour vos principes. Écrivez sur vos bannières : nous ne voulons plus ni pauvreté ni oppression ! Choisissez vous-mêmes vos chefs, et gardez-vous des riches et des puissants. Que votre général n’ait pas plus de droits que le plus jeune volontaire dans la jouissance des moyens d’existence : qu’il soit votre père face a l’ennemi, et votre frère devant la table. La mort réclame a tous son tribut, il vaut mieux jeter dans le plateau de fer de la balance sa jeune vie pour la libération de l’humanité, plutôt que de la livrer, pour une bouchée de pain, aux mains de l’usure et de l’insolence, qui s’engraissent en lui suçant la moelle, puis la rejettent, sans soucis pour la pauvre et misérable existence du travailleur.

Bénis, trois fois bénis, soient pour leurs contemporains et leur postérité les noms de ces premiers martyrs qui, agitant la bannière de l’amour fraternel, arrosèrent de leur sang le sol de la patrie et signèrent de leur mort leur invincible foi. Sur les lieux où ils ont combattu, que l’humanité libérée érige un piédestal avec les statues et les canons des tyrans fondus ensemble et que, sur la plate-forme de ce piédestal, Mammon fondu en pyramide léguée a la postérité étonnée les noms de ces adversaires de Mammon et de la force brutale.

Et encore trois fois bénis les noms de ceux qui résistèrent jusqu’a la fin! Qu’un monument semblable, érige au plus bel endroit de la terre, en proclame la renommée aux générations futures.

Voila ce que seront les sanctuaires de l’humanité ! Les hommes accourront de toutes les régions de la terre pour les voir et renouveler devant eux le pacte de concorde. Faites en sorte que l’intelligence soit votre guide, le courage votre bouclier et votre arme, l’amour du prochain votre mot de passe : c’est avec ces symboles que vous vaincrez.

Les Spartiates ont vécu pendant 500 ans dans la communauté des biens. Ils ne manquaient ni d’intelligence ni de courage : c’est l’amour du prochain qui leur manqua. Ils ne travaillaient pas, mais faisaient travailler les prisonniers captures a la guerre et repartis parmi eux. Ils ne connaissaient pas le dicton : qui ne travaille pas ne mange pas. C’est pourquoi leur État sombra. Au XVIe siècle, l’horizon politique de l’Allemagne était lourd d’événements importants. Thomas Münzer [9], un prédicateur évangélique saxon, prêcha la communauté des biens, chassa les riches hors des villes, eut de nombreux adeptes. Mais ii manqua de courage. Quand l’armée ennemie s’avança vers lui, il attira l’attention des 30 000 hommes qu’il avait dans son camp, leur montra un arc-en-ciel, leur annonça le soutien des anges et leur interdit de combattre. Ils furent tous massacres presque sans résistance.

Le tailleur Jean de Leyde [10], à la même époque, introduisit la communauté des biens a Munster, en Westphalie, bannit les riches de la vile et se fit proclamer roi du globe terrestre. Après le siège de la ville, tombe par trahison aux mains de l’ennemi, le tailleur mourut de façon cruelle, mais non en martyr, parce qu’il avait par son ambition profane la pure doctrine.

Ces exemples prouvent cependant quelle fascination exerçait alors déjà sur les masses la doctrine de la communauté des biens, malgré l’imperfection propre a ce temps-là.

Au cours de ce même siècle, en Souabe, en Franconie et en Autriche, des armées de paysans rebelles, excites par l’arrogance des prêtres et des grands, se révoltèrent contre leurs tyrans, mettant le feu a leurs couvents, châteaux et forteresses. Toujours a la même époque, en Saxe, un moine s’enflamma contre les abus et les prétentions des prêtres, mais il était indulgent envers la tyrannie des grands, il les encourageait même et les soutenait, et donnait aux princes le conseil d’abattre les paysans révoltés comme des bêtes [11] : pourtant, les dix articles [12], pour lesquels ces derniers combattaient, contenaient des requêtes justes et équitables, que personne, ne conteste aujourd’hui. La révolte des paysans fut étouffée par les princes ; la Reforme, avec leur appui, obtint la victoire, et l’unité de l’Allemagne s’évanouit a leur profit. Si la Reforme s’était jointe a l’insurrection populaire, et si elle était restée un phénomène populaire, nous aurions été libérés une fois pour toutes de la tyrannie des prêtres et des grands, et le peuple n’aurait pas versé tant de larmes et de sang, comme il en est coulé depuis lors. Pendant combien de temps devra-t-il encore gémir ? — Dans quel pays brandira-t-on pour la première fois la bannière des vengeurs allemands ? — Le cœur de tous bat avec impatience en attendant les prochains événements.

La Reforme traversa alors le monde obscur comme un doux rayon de lumière. Le peuple émergeant de l’ombre regarda timidement autour de lui pour guetter l’entrée dans un nouveau paradis ; mais il ne vit que des épées et des couronnes, dont l’éclat sanglant lui blessa les yeux.

Et il ferma ses paupières pour un nouveau sommeil, semblable au précédent : le seul rayon voile de l’Évangile demeura dans son âme gonflée d’espérance. Depuis lors, de temps en temps, la discorde, à l’instigation de tyrans tantôt étrangers et tantôt nationaux, se glisse dans les rangs des dormeurs et réveille les victimes pour les conduire à la boucherie. Pauvre peuple, paisible et trompe ! – Continue de dormir, jusqu’a ce que les trompettes et le tocsin t’appellent pour le jugement dernier. Tu balaieras alors les hommes de Wittenberg [13] et ceux de Rome, qui, raillant ta pauvreté, parlent en faveur des trônes et des sacs d’argent. Alors l’unité fera hisser l’étendard de l’amour du prochain sur tes territoires, tes jeunes gens voleront avec elle jusqu’au bout du monde, la terre deviendra un jardin et l’humanité une famille.

[10] Jan Bokelszoon, dit Jean de Leyde (1509-1536), chef des anabaptistes de Munster, décapité âpres avoir été battu par l’armée épiscopale de la ville.

[11] Allusion aux célèbres écrits de Martin Luther (janvier-juin 1525) sur la guerre des paysans et contre Thomas Münzer.

[12] En fait, les articles étaient au nombre de douze, et non de dix.

[13] Luther et ses adeptes, les luthériens.

 

 

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