Lucien Sanial (Longuet, 1927)

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Paru dans Le Populaire du 27 janvier 1927.

La mort frappe rudement dans la « vieille garde » du Socialisme international, plus particulièrement de l’autre côté de l’Atlantique. Il y a quelques semaines, c’était le grand animateur, le glorieux prisonnier de la bataille anti-guerrière, E.-V. Debs, qui s’en allait. Aujourd’hui, c’est l’ancêtre du mouvement, celui qui constituait le dernier représentant du premier socialisme américain -€” Lucien Sanial.

Ce vétéran s’en est allé le janvier dernier. Il était âgé de 91 ans et jusqu’aux jours ultimes de sa longue existence il avait tojours lutté pour l’attranchissement de la classe ouvrière. Né en France en 1835, fils d’un médecin, élève de Polytechnique, puis de Fontainebleau, il ne tardait pas à s’expatrier vers ces Etats-Unis, dont la jeune vitalité attirait son esprit aventureux. C’était au moment de la guerre de Sécession, qu’il s’installait à New-York, comme correspondant du « Temps », pour lequel il suivit la lutte dramatique entre Nordistes et Sudistes.

Mais bientôt il évoluait vers les mouvements sociaux d’avant-garde. C’était d’abord le socialisme agrarien de Henry-George qui l’attirait. Il prenait une part importante à sa retentissante campagne pour la mairie de New-York en 1886.

Mais l’ « impôt unique » sur le sol lui parut bientôt une panacée tout à fait insuffisante. Et lorsque dès 1887 un « parti ouvrier socialiste » était constitué à New-York par Daniel de Léon et Hugo Vogt, Sanial était au premier rang de ses animateurs. De 1887 à 1896 dans toutes les batailles livrées contre Gompers au sein de la Fédération américaine du Travail, puis chez les « Chevaliers du Travail », Sanial jouait un rôle important, aux côtés de de Léon.

Mais bientôt l’âpreté de la lutte menée par le « de léonisme » contre les dirigeants du syndicalisme provoquait une forte reaction parmi les militants socialistes. Victor Berger, E.-V. Debs, Morris Hilquit se dressaient contre de Léon, et fondaient le Parti socialiste. Dans cette scission, Sanial fut tout d’abord aux côtés de Daniel. Et je me souviens, lors de sa venue en France en 1901, de ses imprécations contre les « Kanguroos ».

Mais bientôt l’atmosphère lui parut irrespirable au sein d’une fraction où l’on voyait déjà se manifester les méthodes fanatiques et brutales que le bolchevisme devait bientôt pousser jusqu’à leurs conséquences ultimes. En 1905, Sanial adhérait au Parti socialiste des Etats-Unis. Il lui est resté fidèle jusqu’à son dernier soupir.

Jean LONGUET.

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