Contre le fascisme et contre la guerre (Pivert & Modiano, 1938)

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Paru en tribune libre (avec mention Les articles de cette rubrique n’engagent que la responsabilité de leur auteur ) dans le Populaire du 19 mars 1938.

Contre le fascisme
et contre la guerre

NOTRE POLITIQUE DE PAIX

ON sait -€” malgré la discrétion  des comptes rendus que nous nous sommes élevés contre toute tentative d’Union nationale, et que nous faisons appel à ce sujet de la décision hâtive du Conseil national devant un Congrès extraordinaire. Mais quelle politique opposons-nous à celle de l’apparente majorité « unioniste » du Parti ?

Nous constatons que le prétexte de « sécurité collective » couvre, en fait, l’augmentation indéfinie des armements ; que celui de « l’assistance mutuelle » dissimule les vieilles alliances militaires,… et qu’on revient ouvertement au « Si vis pacem para bellum », repoussé par tout le socialisme (Paul Faure, jadis), c’est-
à-dire à la défense de la paix… par tous les moyens, y compris la guerre !…

Or, cette méthode a fait ses preuves : elle mène automatiquement à la guerre (Léon Blum,… autrefois). Elle ruine tous les pays, elle exige une économie fermée qui, à elle seule, constitue la meilleure introduction au fascisme et à une prétendue défense des libertés, qui commence par les écraser sous la botte du militarisme…

Nous la répudions formellement !

Pour nous, la préparation, la conduite et les objectifs de la guerre impérialiste sont autant de moyens raffinés et rigoureux employés par chaque capitalisme pour renforcer sa domination de classe.

C’est pourquoi nous restons fidèles à la position définie par Léon Blum en 1930 : Nous opposons une fin de non-recevoir absolue et inconditionnelle à toute solution des litiges internationaux par la guerre.

Mais cette déclaration de principe, que vaut-elle devant le drame espagnol, l’événement autrichien, les menaces de toutes sortes qui se précisent à l’horizon ?

Elle vaut dans la mesure la classe ouvrière encore libre prendra conscience que TOUT DÉPEND désormais, de son action directe de classe.

Ainsi, le fascisme procède par infiltration, en s’appuyant sur ses alliés naturels : les ligues stipendiées et armées par le grand capitalisme. En France : le C. S. A. R., le grand patronat, les Michelin et les Gignoux, les Rotschild et les de Wendel… C’est que nous devons frapper, ET TRÈS VITE, les coups décisifs.

Nous proposons comme objectif : la mise hors d’état de nuire de nos propres hitlériens. Nous proposons comme moyen : la confiscation des biens des émigrés de l’intérieur (et, si on le veut, on trouvera derrière le C. S. A. R., toute la haute banque ét les industries-clés).

Nous proposons comme méthode : l’action directe de masse comme en juin 1936.

Est-ce assez clair ?

D’autre part, la guerre exige dès maintenant des stocks formidables de certaines matières premières indispensables : carburants et minerais spéciaux. Le prolétariat peut, par l’embargo, en contrôler une proportion considérable ; il peut venir en aide à nos frères espagnols et refuser le réarmement de tous les impérialismes. Mêmes objectifs, mes moyens, mêmes méthodes, me conclusion implacable : seule, l’intervention de la force autonome du prolétariat révolutionnaire, peut actuellement renverser le cours des événements.

Oui, c’est bien l’heure de la lutte décisive entre le fascisme et le socialisme.

Le prolétariat subira dans la faite la construction d’une nouvelle Europe basée sur son esclavage renforcé, ou bien il devra s’emparer des sources de matières premières pour les gérer collectivement.

Oui, c’est en même temps la course entre la révolution et la guerre.

Le prolétariat qui refuse de se battre contre son ennemi de classe pour conquérir le pouvoir, devra se battre contre ses frères de classe pour consolider le pouvoir de ses maîtres. Quant à nous, notre choix est fait.

Plus que jamais, nous demeurons fidèles aux principes et aux espoirs du socialisme international.

D’autres semblent se réfugier dans une attitude de collaboration de classe qui conduit fatalement à l’intégration du mouvement ouvrier dans l’union sacrée, et à l’acceptation de la guerre.

Soit ! Qu’ils sachent dès maintenant -€” et qu’on note bien partout -€” que cette politique et ces opérations n’auront jamais notre approbation.

HELENE MODIANO
et MARCEAU PIVERT.

Sans titre-3

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