Pour une commission d’enquête (1936)

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Paru dans La Révolution prolétarienne du 10 septembre 1936.

POUR UNE COMMISSION D’ENQUETE 
Aux ouvriers, à tous les travailleurs

Camarades,
Le 25 août dernier, Zinoviev, premier président de l’Internationale Communiste, Kaméniev, ex-président du Soviet de Moscou, Mratchkovski, Smirnov, Tervaganian, Bakaiev, Evdomikov, tous artisans de la première révolution victorieuse de notre temps, fondateurs de la 3e Internationale, ont été exécutés avec d’autres militants ouvriers par le gouvernement de Staline; Trotski, organisateur de l’Armée Rouge, a été condamné à mort, et Michaël Tomski, président de la C.G.T. russe, acculé au suicide.

Tout ouvrier révolutionnaire, tout homme raisonnable, ne peut être que profondément troublé et indigné par l’étrange et tragique procès de Moscou, d’où furent brutalement écartées les organisations ouvrières internationales et où aucune preuve matérielle ne fut apportée à l’appui des accusations les plus invraisemblables.

Au moment où l’on annonce l’introduction d’une nouvelle Constitution, qui garantit l’inviolabilité de la personne, la liberté de parole, de pensée, de réunion aux anciens policiers tsaristes, curés et exploiteurs, on fait condamner par un tribunal militaire composé de trois fonctionnaires officiers, les anciens bolchéviks, les compagnons de Lénine, sans défenseurs, sans- le moindre contrôle ouvrier international, sans préparation, dans une ambiance qui pue la provocation policière. Et l’on annonce que d’autres militants russes seront traités de la même manière s’il plaît à Staline.

Chacun sent que dans ces conditions il est impossible d’ajouter foi aux déclarations inouïes obtenues des accusés.

Nous proclamons que la classe ouvrière a le droit de savoir la vérité !

Seuls des nationalistes réactionnaires, reniant totalement l’internationalisme prolétarien, peuvent refuser à la classe ouvrière internationale le droit de connaître les faits précis, les conditions exactes et les motifs véritables de l’épouvantable exécution de Moscou.

Aussi les travailleurs révolutionnaires n’ont-ils pu qu’approuver l’intervention de la grande organisation de la classe ouvrière, la Fédération Syndicale Internationale, qui, avec l’Internationale Ouvrière Socialiste, a demandé que des garanties élémentaires fussent accordées aux militants accusés.

Le refus brutal du gouvernement de Staline et sa hâte suspecte à exécuter les militants du mouvement communiste ne font que rendre plus nécessaire cette intervention des organisations ouvrières internationales.

Cette intervention s’impose avec d’autant plus de force lorsque l’on sait que de nouvelles exécutions en masse se préparent en Russie et que, par centaines, des militants du mouvement ouvrier russe sont suspectés, arrêtés ou « suicidés ». On menace Rykov, ancien président du Conseil des Commissaires du Peuple. Boukharine, Rcidek, Piatakov, Ouglanov, Kollontaï, etc., etc. En un mot, tous ceux qui conduisirent le prolétariat russe à la utctMre d Octobre 1917 sont exterminés ou menaces d’extermination.

La première démarche de la F.S.I. et de l’I.O.S. perdrait tout sens si, après le refus de Staline, elle ne se continuait pas par la création d’une commission chargée d’assurer elle-même les garanties élémentaires qu’on avait réclamées. Après avoir réclamé ces garanties pour ceux qui sont morts faute de les avoir eues, la FSI se doit d’éclaircir le mystère tragique du procès et de la fusillade de Moscou.

Seule une commission ouvrière internationale, à la constitution de laquelle les organisations ouvrières se doivent de travailler de suite, présentant toutes garanties d’impartialité. c’est-à-dire complètement indépendante du gouvernement de Staline, peut délivrer les travailleurs révolutionnaires du
doute terrible qui les étreint et leur apporter la clarté qu’ils réclament.

Quant à nous, militants révolutionnaires, qui considérons comme notre devoir impérieux la défense de la classe ouvrière, russe contre la réaction et contre le fascisme, nous qui considérons comme notre devoir impérieux la défense des conquêtes socialistes d’Octobre 1917 et la défense de la démocratie prolétarienne, nous n’avons plus le moindre doute sur la signification véritable des exécutions du 25 août.

Nous disons aux travailleurs : Bien loin d’être, un acte de défense de la révolution russe, la fusillade de Moscou est un monstrueux attentat contre la classe ouvrière russe et contre la classe ouvrière du monde entier.

Au moment où la contre-révolution engage une offensive acharnée, menée par tous les moyens, même les plus vils, contre le prolétariat international, contre ceux qui entendent lutter contre le capitalisme fasciste ou « démocratique » pour et par la révolution socialiste, contre tous ceux qui veulent le triomphe du socialisme en Espagne et en France et qui, à cause de cela, repoussent et dénoncent la politique de nationalisme, de réaction, d’union sacrée, de « Front français , au moment où l’unité de lutte révolutionnaire de la classe ouvrière s’impose plus que jamais, par ce crime Staline la brise et appuie ainsi la contre-révolution en faisant exterminer ceux dont toute la vie fut celle des révolutionnaires, et en lançant la calomnie la plus vile qui ne peut que décomposer le mouvement ouvrier.

En 1917, les gardes blancs russes et les contre-révolutionnaires de tous les pays, ont déjà essayé de calomnier Lénine, Zinoviev, Trotski, en lançant contre eux l’infâme accusation d’être des agents de l’Allemagne.

Aujourd’hui, Staline et ses agents reprennent contre les travailleurs socialistes et communistes révolutionnaires cette même accusation empoisonnée.

Nous ne permettions pas, alors, que l’on souille la Révolution russe en prétendant qu’elle était faite par des terroristes, des bandits, des agents de l’impérialisme allemand. Aujourd’hui, nous ne permettrons pas davantage que l’on reprenne cette méthode infâme dans tous les pays pour y saboter la révolution socialiste.

Aujourd’hui comme en 1917, il s’agit de défendre la révolution socialiste, en Russie, en Espagne, en France, dans le monde entier.

Camarades,
Exigez la vérité ! Empêchez que l’on étouffe la voix de ceux qui, comme Trotski, ont le droit de se défendre, de dénoncer et de s’exprimer librement.

Opposez à toutes les formes de la réaction le bloc uni de tous les travailleurs révolutionnaires !

Avec nous, demandez instamment que la Fédération Syndicale Internationale constitue une commission d’enquête !

Debout pour sauver les militants ouvriers de Russie !

Gauche révolutionnaire du Parti Socialiste, Parti d’Unité Prolétarienne (Fédération de la Seine), Parti Ouvrier Internationaliste, Entente des Jeunesses Socialistes de la Seine, Jeunesses Socialistes Révolutionnaires, Groupe international des communistes de gauche. Les revues : « Que faire ? », « Le Combat Marxiste », « Camarades », « La Révolution Prolétarienne».

P.-S. – Envoyer les adhésions à ce manifeste à Gaston Goldschild, 28, rue Pigalle, Paris.

pourunecomm


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