Interview de Marceau Pivert sur le catholicisme (1936)

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Paru dans Sept N°118 (29 mai 1936).

Dans un clair cabinet de travail, entouré de jeunes militants socialistes, M. Marceau Pivert, membre de la C.A.P. du parti socialiste, m’expose, avec cet art professoral qui lui est propre, son point de vue et celui  de ses amis :

« Je suis socialiste, syndicaliste, laïque et, par conséquent, les problèmes spirituels  ne sont considérés par moi que sous l’angle  matérialiste, comme des épiphénomènes.

Vous prenez donc à leur égard une attitude de simple expectative ?

  —Pas du tout ! Nous sommes aussi des acteurs dans le monde actuel. Nous prenons position en face de tous les problèmes :  Quand nous travaillons au renversement de l’ordre économique actuel, nous touchons à un certain nombre de valeurs spirituelles qui ont pu être considérées comme permanentes et définitives et qui sont en réalité  toute relatives à une étape du progrès de  la civilisation.

Mais vous proposez-vous de combattre  effectivement les diverses croyances ?

Tout ce qui concerne les croyances individuelles ne peut être abordé par nous  qu’indirectement, comme un aspect du problème économique. Mais nous savons bien que la seule existence de notre mouvement prolétarien constitue déjà une sorte de lésion à l’égard des croyances.

Si je vous comprends bien : liberté absolue de conscience ?

Oui ! Tout ce qui est du domaine de la conscience individuelle est hors de notre objectif essentiel. Une seule exception en ce qui regarde l’enfance : l’Etat moderne doit être laïque et protéger l’enfant contre les diverses croyances.

En ce qui concerne plus spécialement le catholicisme, avez-vous une autre attitude ?

— Tout ce qui touche à la vie politique doit être soumis aux mêmes règles. Nous voulons empêcher l’intrusion de l’Eglise dans la vie politique. Je prends un exemple : lorsque l’Eglise catholique encourage et favorise la politique d’expansion de l’Italie contre l’Ethiopie, elle joue incontestablement un rôle politique et doit s’attendre à en subir les conséquences. Nous ne sommes pas contre l’Eglise en tant que communauté spirituelle, mais en tant  qu‘instrument de domination politique et économique d’une classe.

— Sur le plan pratique, au regard des divers mouvements d’action catholique, quelle sera voire attitude ? Les groupements de jeunesse, la J. O. C. par  exemple ?

Nous considérons que la J.O.C. divise la classe ouvrière sur son propre terrain de classe et fait par suite le jeu du capitalisme. Nous sommes donc adversaires, nous ne le cachons pas.

L’enseignement ?

—  Nous réclamons la nationalisation de l’enseignement jusqu’à quinze ans. Au delà, nous ne voyons pas d’inconvénient à la liberté.

La presse?

Liberté, sauf si elle sert ouvertement, par ses mensonges et sa corruption, la cause des ennemis du peuple.

Les syndicats ?

Il n y a qu’un seul prolétariat, il ne doit y avoir qu’un seul syndicat. Ceux qui créent des divisions servent objectivement les ennemis de la classe ouvrière. »

MICHEL.P. HAMELET.

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