Emparons-nous de la politique

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Paru dans Critique sociale N°30 (mars 2014) avec le chapeau: Ce texte est la traduction de l’éditorial du Socialist Standard de février 2014. Le Socialist Standard est le mensuel du Socialist Party of Great Britain (SPGB), Parti d’extrême gauche britannique.

Nous avons tous besoin de nous intéresser de plus près à la politique. Pas dans le sens où il faudrait soutenir l’un des grands partis existants (surtout pas, en fait !), mais dans le sens où nous ne pourrons arriver à une véritable solution que quand nous aurons compris qu’il ne sert à rien de se plaindre des hausses de prix et des suppressions d’emplois, sans aller au cœur du problème : le fait que la société repose sur l’argent, la division entre classes sociales, avec une petite élite puissante et de plus en plus riche, qui fait la loi avec le soutien des gouvernements.

Si vous ne faites pas partie de l’élite dirigeante des riches qui, avec le soutien des États, possèdent et contrôlent la grande majorité de la richesse mondiale, alors économiquement et politiquement vous êtes de la même classe sociale, et vous avez un intérêt commun – quelles que soient par ailleurs vos différences sociologiques et financières, et quel que soit l’endroit du monde où vous vivez. Les différences de revenus entre nous ne pèsent rien en comparaison de ce que possède la classe capitaliste.

Peu importe que vous soyez docteur, infirmier, informaticien ou balayeur, ou que vous viviez à Rouen ou en Roumanie. À moins, bien sûr, que vous ne possédiez aussi une ou deux usines, et que vous ayez quelques milliers de travailleurs à votre service pour continuer à vous rendre de plus en plus riche. Plutôt que de perdre du temps à essayer de savoir si la famille du coin de la rue est plus ou moins riche, nous devrions réfléchir à comment abolir la société de classes, puisqu’elle ne sert que les intérêts de l’élite dirigeante. C’est eux, et non les demandeurs d’asile ou les gens qui perçoivent des aides sociales, qui sont les véritables profiteurs de ce monde, et qui continueront de nous avoir tant que nous les laisserons faire.

Si vous cherchez des profiteurs, vous devriez critiquer les vrais riches, les 5% environ de la population mondiale qui possèdent, et de loin, bien plus que le reste d’entre nous ne possèdera jamais, et qui à travers le contrôle qu’ils ont des ressources principales du monde restreignent sérieusement ce que nous pouvons faire ou non. Ce que la classe travailleuse et la prétendue classe moyenne dépense pour ses loisirs, c’est en comparaison une goutte d’eau dans l’océan.

Nous nous faisons balader parce que nous nous laissons faire. Quand il le juge nécessaire, l’État encourage la violence à travers ses armées pour atteindre ses buts, et essaie de persuader les gens que cette violence est naturelle. Il n’est donc pas surprenant que des gens soient conditionnés à penser que l’existence d’armées est nécessaire et naturelle, et qu’ils transmettent cette attitude à leurs enfants.

Les guerres et les préparatifs de guerre doivent être combattus, mais nous devrions aussi penser plus radicalement et nous en prendre à la cause essentielle de la violence de notre société : la possession des principales ressources du monde par une classe sociale de privilégiés, à l’exclusion de la majorité, le tout étant soutenu par la force de l’État. Cela mène inévitablement à des conflits armés entre des pouvoirs concurrents. De tels conflits ne sont jamais dans l’intérêt de la majorité pacifique, qui ne devrait jamais se laisser duper.

Nous ferions mieux de ne pas perdre notre temps à simplement nous plaindre des symptômes du capitalisme. Nous devrions plutôt travailler à nous en débarrasser, ainsi que de l’argent, et à les remplacer par la propriété commune des ressources du monde.

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