Livres: La Révolution fut une belle aventure | Militants contre la guerre 1914-1918

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Notes de lecture parues dans La Révolution prolétarienne N°784 (mars 2014)

Paul Mattick, La Révolution fut une belle aventure. Des rues de Berlin en révolte aux mouvements radicaux américains (1918-1934), L’échappée, 2013, 191 pages, 17 euros

Paul Mattick (1904-1981) est parfois connu des lecteurs francophones comme un « théoricien » du communisme de conseils ou un analyste marxiste des crises. Une traduction de sa biographie d’Anton Pannekoek était paru dans la Révolution prolétarienne en 1962. Il restait inconnu comme militant et un livre autobiographique vient à point. Mattick n’a pourtant jamais écrit d’autobiographie. Le livre se compose de deux parties. La première, passionnante, est un montage d’entretiens où l’on a ôté les questions. Laure Badier et Charles Reeve s’en expliquent clairement dans la postface. C’est la voix de Mattick qui raconte sa vie et ses luttes de son enfance en Allemagne à son départ de Chicago vers New York en 1946 : la révolution allemande, l’émigration aux États-Unis en 1926, le mouvement des chômeurs.

Dans une deuxième partie, la forme interview a été conservée pour un entretien laborieux qui vire parfois un peu au dialogue de sourds. Quelques passages y sont pourtant sympathiques, comme celui-ci :

« Nombre d’ouvriers que j’ai côtoyés possédaient de grandes qualités intellectuelles. Il était d’ailleurs surprenant de les découvrir, alors qu’ils vivaient des situations difficiles, où toute cette connaissance ne leur servait à rien. Personne ne pourra me faire croire que les ouvriers sont incapables de penser par eux-mêmes. Et pourtant, certains intellectuels continuent de l’affirmer parce qu’ils ne les acceptent pas vraiment; ils vont vers eux, mais ne les prennent pas au sérieux. »

Toute sa vie, Paul Mattick aura été un ouvrier – un « vrai », un ouvrier d’usine – , un père de famille, un militant très actif  et un auteur fécond.

S.J.

Julien Chuzeville – Militants contre la guerre 1914-1918 (Spartacus, 136 pages. 10 €)

Auteur d’un DVD sur René Lefeuvre et de la première biographie de Fernand Loriot, Julien Chuzeville consacre son nouveau livre aux militant-e-s ouvriers, socialistes, syndicalistes et libertaires, qui ont refusé l’Union sacrée pendant la première guerre mondiale, surtout au Comité pour la reprise des relations internationales, qui déploya une activité considérable (rien qu’en brochures et tracts clandestins) sous un régime de censure et de répression. Alors qu’on célèbre cette année le centenaire de 1914, bien peu d’efforts semblent s’intéresser à cette réalité, si ce n’est une exposition sur les « fusillés pour l’exemple » à Paris, fusillés dont la réhabilitation se fait toujours attendre. Julien Chuzeville a bien été invité à un colloque à l’Institut historique allemand à Paris en janvier dernier, mais il était le seul sur cette thématique. En remontant plus loin, guère plus de mobilisation éditoriale. Les éditions Les Bons caractères avaient eu l’heureuse idée de rééditer en 1993 Le Mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale de Rosmer, qui comme on le sait reste définitivement inachevé, mais cette réédition semble déjà épuisée ; les Éditions de l’Epervier ont plus récemment publié les documents du procès Liebknecht.

On regrettera peut-être que Julien Chuzeville n’ait pas assez dressé, dans un format qui eût certes été plus volumineux, quelques portraits de ces militant-e-s exceptionnel-le-s, pour mieux incarner auprès des jeunes lecteurs cette génération de militant-e-s dévoué-e-s à leur cause, dans ce « refus de parvenir » à l’inverse de tout engagement bureaucratique carriériste.

Ce sont de tels militant-e-s qu’on retrouvera notamment dans le noyau fondateur de la Révolution prolétarienne en 1925, et l’auteur va même plus loin :

« La Révolution prolétarienne, dont les principaux fondateurs furent Monatte et Rosmer, incarnera au travers des luttes de l’entre-deux-guerres la continuité du morale du Comité ».

S.J.

rp784


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