Une infamie

by

Lettre de Barthélémy Mayéras parue dans le Populaire du 4 mai 1919.

A propos de la vente par autorité de justice des meubles de nos camarades Mayoux, notre ami Mayéras a adressé au Ministre la lettre suivante:

Alfortville, le 29 avril 1919.

Monsieur le Ministre,

J’apprends que le 25 mai prochain, sur la place publique de Dignac (Charente), seront vendus, par votre ordre, les meubles de M. François Mayoux, instituteur, toujours détenu après condamnation pour publication d’une brochure intitulée: Les Instituteurs syndicalistes et la Guerre; cette vente serait destinée à couvrir les frais du procès s’élevant à la somme de 2.777 fr. 57 centimes.

Je ne vous étonnerai certainement pas en vous disant que la nouvelle de cette vente m’a causé la surprise la plus profonde. N’est-elle pas contraire à l’usage ?

Mais je me suis également demandé si vous n’étiez pas vous-même, vous personnellement, au courant et si cette mise en vente n’était point plutôt le fait d’un magistrat tout spécialement zélé, agissant évidemment en votre nom, mais non point sur votre ordre exprès ?

Je veux le croire, comme je veux croire que vous vous empresserez de donner contre-ordre et que vous voudrez bien me l’annoncer.

D’autant que s’il faut que les 2.777 fr. 57 de frais du procès soient payés, je puis vous assurer, sans m’avancer à la légère, qu’ils le seront. Mais certes point par la mise au dénuement le plus complet d’un homme encore détenu et tourmenté par le sort combien précaire de sa femme, récemment libérée, et de ses enfants.

Veuillez agréer, etc…

MAYERAS,

député de la Seine

mayoux

François Mayoux

Voir aussi:


%d blogueurs aiment cette page :