Quel soutien à Kobanê ?

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Depuis que les fascistes de Daesh étendent leur territoire et les atrocités qu’ils y commettent, et notamment depuis l’attaque de Kobanê, une question (récurrente dans l’histoire de l’extrême-gauche) divise les militant-e-s: comment être solidaires en restant sur des positions internationalistes ? Certains, campés sur des principes immatériels comme leurs ancêtres lors de la Révolution espagnole en 1936, ne voient que des camps bourgeois dans toute guerre et refusent leur soutien à qui que ce soit. D’autres, plus nombreux, sont prêts à s’engager contre Daesh, mais sont abasourdis par l’enthousiasme acritique du collectif parisien Anarchistes solidaires du Rojava. Que dans le cadre d’une économie de guerre et d’une région où les courants réactionnaires sont nombreux et puissants, on puisse considérer que l’enclave gérée au Nord de la Syrie par le PKK soit relativement progressiste, en tout cas plus que ses voisins, et y soit un point d’appui défendant notamment les droits des femmes, certes, mais de là à s’extasier sur une « révolution » locale et les vertus de la conversion du nationalisme kurde au « confédéralisme démocratique », de là à se retrouver supplétifs béats du PKK, il y a de la marge, et cette marge n’est pas évidente à délimiter concrètement selon les rapports de force militants locaux. A Caen, nous avons eu la « chance » (ce n’est pas que de la chance, c’est aussi le résultat d’un travail important) de faire co-exister dans la mobilisation les kurdes de la ville et des militants internationalistes ne reniant rien de leurs convictions, dans leurs mots d’ordre, leurs banderoles, leurs tracts, leurs prises de parole. Cela n’a pas été possible partout.

En janvier-février, une tournée de militants anarchistes turcs (DAF) dans de nombreuses villes de France permettra peut-être de préciser des choses sur une situation au Rojava dont on ne sait pas tant de choses que ça [*] et d’en débattre. On nous dit par exemple que le « nouveau PKK » est respectueux des minorités non-kurdes. Pourtant Battaglia comunista attire notre attention sur le fait que ce respect ne s’appliquerait peut-être pas à la minorité arabe:

Le PKK (…) s’est maintenant constitué comme le défenseur des minorités du Kurdistan. Ceci, cependant, ne s’applique pas, et ne peut pas s’appliquer aux Arabes. En plus d’une occasion, Salih Muslim, co-leader du PYD, a parlé d’« expulser les arabes », et la possibilité d’une « guerre entre kurdes et arabes ». Clairement, Muslim ne parle pas d’expulser tous les Arabes, « un jour ces Arabes qui ont été amenés dans les zones kurdes devront être expulsés ». Les Arabes dont il parle sont ceux qui ont été transplantés lors de la campagne d’Arabisation de 1973. Étant donné la démographie des pays du Moyen-Orient (l’âge médian en Syrie est juste au dessus de 22 ans), la majorité de ces « ces Arabes qui ont été amenés dans les zones kurdes » sont nés au Kurdistan. Muslim lui-même admet que ces Arabes sont des « victimes » de tout cela. Cela ne l’empêche pas de proclamer que « tous les villages où ils vivent appartiennent maintenant aux kurdes ».

Chacune et chacun, selon les possibilités militantes à sa portée, peut essayer de s’engager contre la réaction sans taire ses critiques et ses réserves. Il n’y a pas besoin d’idéaliser une Révolution pour défendre les femmes et les ouvriers du Moyen-Orient.

S.J.

Caen 20 décembre 2014 (2)

[*] Un interview récent du ministre de l’économie du canton d’Efrin s’avère intéressant: Maintien de la monnaie syrienne, prix maximum de la farine, et encouragement des coopératives dans une logique assumée d’économie mixte. Un rapport de Human rights watch de juin dernier n’est disponible qu’en anglais.

Voir aussi:

Une Réponse to “Quel soutien à Kobanê ?”

  1. ping Says:

    http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=11087

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