Comment la République dominicaine résout ses problèmes de chômage (Mattick, 1938)

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Texte de Paul Mattick paru dans Living Marxism n° 3 (mai 1938), traduit en français par Philippe Bourrinet.

Comment la République dominicaine résout ses problèmes de chômage (octobre 1937)

Dans l’Île d’Hispaniola, en octobre 1937, 12.000 personnes sans défense ont été soudainement abattues dans une boucherie telle qu’un auteur a parlé «de massacre délibéré, le plus horrible des temps modernes». Le massacre a commencé quand le président de la République dominicaine, Leonidas Trujillo a affirmé qu’il allait débarrasser le pays des «chiens, des porcs et des Haïtiens».

Se rendant à une ville proche de la frontière haïtienne pour une soirée dansante, il a prononcé, le 2 octobre, un discours où il disait : «Je suis venu à la frontière pour voir ce que je pourrais faire pour les Dominicains vivant ici. J’ai constaté que les Haïtiens avaient volé la nourriture et le bétail de nos fermiers. J’ai constaté que notre peuple serait plus heureux si nous nous étions débarrassé des Haïtiens. Je vais arranger cela : hier trois cents Haïtiens ont été tués à Banica. Cela doit se poursuivre».

Ce discours a été le début d’une période de carnage épouvantable. À un signal donné, le sang des tueries a jailli quasi-simultanément dans environ soixante-cinq lieux différents. Ceux qui n’ont pas réussi à fuir à temps en Haïti ont été conduits comme un troupeau dans des zones de défrichement et abattus comme des animaux d’abattoir … [suit une description très détaillée]

Tel est le récit de la façon dont Leonidas Trujillo, à bas coût, et avec l’aide de notre gouvernement [américain], a résolu le malaise économique en République dominicaine.

D’aucuns de se demander si cette méthode était vraiment plus rude que la cubaine, Cuba qui a impitoyablement expédié cargaison après cargaison des travailleurs (haïtiens) vers leur pays d’origine déjà surpeuplé et affligé de ses propres conditions économiques, où ils pourraient seulement traîner leur existence dans la misère et la famine. Pourtant ces deux méthodes dans le traitement des chômeurs – inanition et assassinat – sont les seules mesures connues du capitalisme. Les ‘heureux’ Dominicains – de concert avec les ‘heureux’ pays fascistes (qui s’organisent ouvertement pour la guerre) – peuvent maintenant réaliser la forme la plus directe de ces deux possibilités.

Les pays démocratiques, qui offrent l’allocation chômage et l’aide alimentaire, doivent encore leur permettre de ne mourir que de la malnutrition et de la maladie. Mais bientôt toutes les nations, fascistes et démocratiques, emploieront la formule la plus directe d’éliminer les chômeurs. Alors le massacre de Haïtiens pourra être reproduit sur une échelle mondiale, mais s’effectuer cette fois non pas avec des machettes et autres armes primitives, mais avec les chars d’assaut, les bombardiers et tous autres engins de mort en possession des nations les plus policées. massacre-haitiens-1937

[pdf français/anglais avec introduction]


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