Le mouvement de monopolisation aux Etats-Unis (1903)

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Début de l’article de Charles-Albert Maybon paru dans La Grande Revue, vol. 25 (février-mars 1903). Chargé de mission par le Ministère du Commerce, ce fonctionnaire produit ici une étude intéressante qui cite plusieurs fois les socialistes américains.

« La Société bourgeoise moderne qui a fait jaillir le prodige de ces puissants instruments de production et d’échange, — c’est le sorcier impuissant à maîtriser les puissances souterraines qu’il a évoquées » Marx et Engels (1847).

Tout l’effort économique du Nouveau-Monde est maintenant orienté vers la monopolisation. La même tendance se remarque bien à des degrés divers dans tous les pays industriels, mais elle n’a pas rencontré aux Etats-Unis les obstacles auxquels elle se heurte dans les vieilles nations européennes. Elle n’y a pas eu à briser les formes subsistant de structures sociales antérieures, et dans une période relativement courte, l’association capitaliste, amenée par les mêmes causes qu’eu Europe, a atteint une expression beaucoup plus parfaite, et, on peut le dire, le summum de son développement.

Tandis que l’Europe en est encore à l’état anarchique des Sociétés par actions, ou tout au plus aux ententes temporaires ou partielles entre producteurs, toute l’industrie et tout le commerce américains sont en voie d’être gouvernés par un petit nombre de monopolistes. J’ai pu constater qu’aux Etats-Unis personne n’est indifférent à ces faits: certains s’en émeuvent ou même s’en inquiètent, d’autres s’en réjouissent ; tout le monde s’y intéresse et souvent avec passion.

Mais la portée de ce mouvement dépasse les bornes de l’Union: à tout esprit préoccupé des problèmes économiques et sociaux, cet ordre de fait paraît apporter, sinon des éléments de solution complète, du moins des données expérimentales qui peuvent permettre l’approximation.

Un moyen d’exposer et de mettre en lumière ces données est, je crois, de dépeindre l’attitude de la population américaine vis-à-vis de la puissance monopolisatrice, de montrer comment elle se mêle à ce mouvement, de tracer, pour ainsi dire, en simple enregistreur, la courbe des actions et des réactions produites par l’introduction de cet élément, le monopole, dans la vie économique de toutes les classes de la société.

N’envisageant le point de vue philosophique de la question qu’autant qu’il sera indispensable de le faire, je voudrais surtout par des faits, par des observations, par des citations soit de lettres personnelles, soit de conversations, soit d’articles de journaux ou de revues, apporter des matériaux pour une étude approfondie de ce mouvement et de ses résultats probables…

Le monopole tend à supprimer la libre concurrence, un régime nouveau tend à s’établir, voici des documents qui, mieux que de longues dissertations, aideront à se faire une idée exacte de cette phase transitoire dans l’évolution économique.

Avant d’entreprendre l’exécution de ce programme, il est nécessaire d’entrer dans quelques détails sur la forme que prend le mouvement de monopolisation. Je le ferai à larges traits, m’occupant seulement de ce qui est mais non sans chercher à quelles causes, à quelles influences il faut rattacher les phénomènes étudiés.

LE TRUST

La forme la plus complète de la concentration capitaliste est le trust. Tout le monde en a entendu parler ; nos journaux s’habituent à signaler la formation des nouveaux trusts; mais il faut feuilleter quelques journaux américains pour se rendre compte de la place que prend dans chaque numéro la rubrique trust. Nous verrons plus tard qu’il n’y a pas dans ce fait, comme on pourrait le croire de prime abord, l’unique désir de renseigner exactement les lecteurs sur le mouvement croissant de trustification. Pour le moment, constatons en passant l’influence sur la langue de ce mouvement ; des mots nouveaux se créent, des acceptions nouvelles s’élaborent : trustification, consolidation, amalgamation, combination, agregation, confederation, etc., voilà des vocables qui rendent tous l’idée d’union, de fusion dans le but de monopoliser les moyens de production et d’échange.

C’est ainsi que la concentration des capitaux et le développement du machinisme restent les deux faits cardinaux du mouvement colossal de la trustification, mais ils sont accompagnes d’une foule de petits faits et de détails, à première vue sans importance, qui jouent leur rôle dans le mouvement et qui sont tous connexes.

Mais voyons comment le trust est pratiquement réalisé.

A l’origine, le trust consiste essentiellement en la fusion, l’agrégation, l’amalgamation d’entreprises concurrentes en une Société unique administrée par des trustees [1].

Aujourd’hui, le mot trust a pris dans le langage ordinaire une acception plus large: il désigne toute ligue constituée dans le but de gouverner, de contrôler, comme disent les Américains, les prix et les salaires.

Il comprend donc dans cette acception, tous les faits d’accaparement ou de spéculation que l’on appelle aussi cartels, pools, syndicales, understandings, agreements… etc. Mais il importe de signaler que le trust proprement dit possède un caractère de permanence que n’ont pas ces diverses associations, forcément précaires à cause du but spécial qu’elles se proposent d’ordinaire.

Les trusts étendent leur action au champ tout entier de la production depuis les marchandises de première nécessité (farine, lait et beurre, charbon, sucre, café, pétrole… etc.) jusqu’aux objets de luxe (glaces, pianos, porcelaines… etc.); en un mot « the necessaries, comforts and luxuries of life ». Ils régissent aussi le marché des produits nécessaires à l’industrie, outils, machines de toutes sortes, clous, cordages… etc.

Dans certains cas, ils sont, pour ainsi parler, nationalement complets, c’est-à-dire qu’ils sont les maîtres du marché dans tout le territoire du pays, ou, en d’autres termes, qu’ils en ont chassé la concurrence ; le trust du pétrole (Standard Oil Company), celui du sucre (American sugar refining Company, comprenant la Glucose refining Company), celui des produits chimiques (Acid and Chemical Company), celui des viandes de boucherie et de conserve (Chicago parking and provision Company) … etc. en sont arrivés à ce point. Il en est qui tendent même à former des monopoles internationaux, à étendre la trustification au delà des limites de l’Union ; la Standard Oil Co avec Rockefeller et les Rothschild de Vienne et de Londres, le nouveau trust de l’acier formé en mars 1901 par J. Pierpont Morgan et qui englobe sept puissantes entreprises, le trust du papier et d’autres encore tendent à régir les prix du marché mondial.

On comprend quels immenses capitaux doivent représenter de telles colossales entreprises. On trouve chroniquement dans les journaux américains des listes sans fin des trusts récents ou déjà vieux de quelques années; des totaux suivent ces listes et représentent des sommes formidables. Mais les journaux qui font ces calculs – en général, les journaux démocrates – ont leurs raisons que nous auront à rechercher tout à l’heure. Ces raisons n’existent pas pour certaines feuilles françaises qui, cependant, se livrent aussi a ce petit jeu; on y parle des milliards de francs que l’on trouve en additionnant les capitaux des différents trusts. Il y a du reste de grands écarts entre ces chiffres : la fortune totale des trusts varie, suivant ces dires, de dix à cinquante milliards. De tels résultats qui, du reste, pourraient frapper l’esprit s’ils étaient d’une exactitude, non point même rigoureuse, mais seulement suffisante, sont soumis à deux principales causes d’erreurs.

La première, c’est la surcapitalisation (over-capitalization); il n’est pas un trust dont le capital versé soit égal au capital social et il est impossible de connaître exactement dans quelle proportion varie cette différence, on pense que c’est environ de 3 à 7, c’est-à-dire que le capital social varierait du triple au septuple du capital versé; c’est déjà une jolie marge. D’autre part, un certain nombre d’entreprises qui n’ont pas l’importance des grands trusts, — si considérables qu’ils ne peuvent se dissimuler, — peuvent être en réalité truslifiées sans que le public s’en doute. ll est vrai que, dans certain États, les trusts sont taxés [2], ce qui semble permettre de fixer exactement leur nombre; mais tous les trusts ne se sont pas soumis à cette formalité. En résumé, comme le dit un auteur:  » à cause du caractère privé et même absolument secret de plusieurs combinaisons, il est impossible de constater avec un suffisant degré de certitude leur nombre total et le chiffre complet des intérêts qu’ils représentent » [3].

De pareilles estimations sont par conséquent toujours très approximatives; et, d’ailleurs, d’exactes statistiques seraient-elles possibles que l’importance considérable des capitaux engagés n’en serait guère plus évidente. Et cette simple constatation nous suffit largement à dégager un nouveau caractère du mouvement du trustification.

En effet, l’un des plus remarquables résultats de ce mouvement a été d’opérer la séparation du capital et de l’entreprise qui autrefois, étaient toujours réunis; la fonction de direction était inséparable du titre de capitaliste, ainsi que jadis, pour employer une comparaison frappante, « la fonction de gouvernement était impliquée dans un titre de noblesse». L’industriel ou le commerçant propriétaire d’une entreprise personnelle, voit cette entreprise absorbée pour la formation d’un trust; de directeur de son entreprise, il devient actionnaire du trust, car, en échange de son apport (usines, machines, stocks de matières premières…) il reçoit des actions du trust.

Un exemple très net est donné par les faits qui ont présidé à la constitution de la Standard Oil Co. L’acte de Société de ce trust à son origine comprenait parmi les contractants membres de quatorze Sociétés (corporations ou limited partnerships) qui faisaient abandon de leur avoir en faveur du trust moyennant un certain nombre de certificates. Et parmi ces membres de ces quatorze Sociétés étaient compris non seulement les actionnaires, déjà purs capitalistes, mais aussi les chefs d’entreprise qui devenaient ainsi des porteurs de certificats du trust. Il arrive aussi que ces chefs d’entreprise, doués de grandes connaissances techniques prennent place dans la direction du trust, surtout lorsqu’il s’agit d’un trust industriel; mais ils sont alors de vrais employés du trust et reçoivent à ce titre des appointements en raison de leurs services. Mais ce cas est relativement rare et le devient de plus en plus; de plus en plus la direction générale du trust est purement chargée des intérêts financiers et la direction technique est entièrement entre les mains de purs employés salariés non-actionnaires.

Le divorce tend donc à devenir complet entre la direction et la propriété de l’entreprise, à mesure que l’importance de l’entreprise croît et qu’elle absorbe un plus grand nombre d’intérêts particuliers. Cette conséquence du mouvement de concentration va si loin que tel homme, autrefois directeur d’une usine, peut devenir intéressé à plusieurs entreprises différentes; et même un trust formé pour monopoliser une branche quelconque peut s’engager dans des entreprises non seulement connexes à celle qu’il exploite, mais n’ayant même aucun rapport avec elle.

C’est ainsi que de la Standard Oil Co, qui nous offre encore un exemple général, dérivent une foule d’industries qui, à leur tour, en absorbent d’autres. On me signalait à New York l’American Smelting and Refining Co (Compagnie américaine de fonderie et d’affinage) qui se formait en mars 1809 et se trouvait sous la dépendance de la Standard Oil C0 (controlled by Standard Oil C0 money); elle absorbait onze concerns différents de Chicago, de Kansas City, du Colorado, etc.

Que ressort-il de ces faits ? C’est que l’action du capital s’universalise de plus en plus pendant que la direction technique se spécialise. De telle sorte que « la classe capitaliste, délivrée de tout travail par ses directeurs, passe, grâce à l’action du trust, de la condition de différentes compagnies possédant des industries particulières à l’état d’un corps unique possédant l’industrie ».

Ainsi, la trustification n’est pas un mouvement industriel distinct; elle est, en dernière analyse, un mouvement purement financier.

Elle est, comme il est dit plus haut, le produit le plus parfait de l’association capitaliste, ou, si l’on préfère, la forme la plus complète, parce qu’elle est la plus productive, de la concentration des capitaux.

LE TRUST ET LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ

Le mouvement de monopolisation étant ainsi caractérisé dans ses grandes lignes, voyons comment l’envisage la population américaine.En étudiant les arguments de ses partisans et de ses adversaires, nous arriverons à le mieux connaître et nous pourrons nous faire une idée exacte de sa signification véritable. « La classe capitaliste, dit Daniel de Leon [4], s’efforce à garder le trust pour son usage personnel; la classe moyenne veut le briser…; la classe ouvrière cherche à le conserver, à le perfectionner, à l’ouvrir à tous [5]. » 

Ces quelques lignes résument assez fidèlement l’attitude de la population américaine vis-à-vis de la puissance du monopole. Il resterait à montrer par des faits qu’elle est véritablement ainsi et d’expliquer ensuite pourquoi elle est ainsi.

Pour ce qui regarde la classe capitaliste, il va de soi qu’elle comprend l’intérêt qu’il y a pour elle de garder à son service et à son profit la formidable puissance du trust. Elle en tire d’inépuisables bénéfices et en accroît sa force de classe dirigeante. Elle en assure sa suprématie de classe par la toute-puissance de l’argent, et l’on sait que, dans la libre République des États-Unis d’Amérique, plus encore que partout ailleurs, l’argent est le grand maître: il fait les lois, et, dans une certaine mesure, crée l’opinion publique. Il n’y a pas à s’étonner dès lors, comme on va le voir, que les capitalistes défendent le régime transitoire de la trustification, ni non plus que d’autres capitalistes l’attaquent par des manœuvres hypocrites qui n’aboutissent qu’à consolider sa domination politique, économique et sociale. Ces derniers abusent ainsi la classe moyenne et donnent une apparente satisfaction aux intermédiaires, aux détaillants qui se meurent des trusts. La productivité plus grande et à meilleur marché qui résulte de la trustification est en effet plus défavorable au petit commerce qu’au consommateur lui-même et le moment n’est pas loin où la classe moyenne, aux États-Unis, succombera fatalement devant le développement du trust. Elle le sent, et se révolte sans s’apercevoir de la contradiction de sa conduite: elle s’insurge contre le développement du capitalisme et veut cependant conserver le régime capitaliste dont elle meurt.

Il paraît utile d’envisager en détail cette conduite de la classe moyenne, de montrer son retentissement sur la conduite politique du pays; il y a une morale à tirer de ces faits dont les classes de tous les pays peuvent faire leur profit.

Après avoir déterminé quelles sont les manières et les raisons d’agir de la classe moyenne, ou petite bourgeoisie comme nous disons communément en France, il ne sera pas sans intérêt de rechercher pourquoi la classe ouvrière veut, ou, plus exactement, doit vouloir conserver et perfectionner l’instrument qui donne la mort à la classe moyenne.

C’est ainsi que je désire montrer en raccourci les luttes dont les trusts sont l’occasion sur le théâtre politique et économique actuellement restreint à la scène du Nouveau Monde.

LE TRUST ET LA CLASSE MOYENNE

Tant que dure le régime de la libre concurrence, la classe moyenne vit sans soucis et sans craintes. Elle achète des marchandises au producteur et profite de l’escompte; elle établit son prix de détail supérieur au prix du gros suivant maintes circonstances diverses: espèce de marchandise, genre de clientèle, situation de la boutique et valeur locative, etc. La rémunération du capital engagé, d’abord, et des soins d’achat et de vente ensuite, est complètement assurée par l’escompte qu’a consenti le marchand en gros; toute la différence du prix de gros au prix du détail est donc entier bénéfice. Mais arrive le trust: les conditions changent. L’opération, qui consiste essentiellement à se charger de marchandises depuis la production jusqu’à la consommation et qui est le propre du détaillant, est soumise dès lors à la direction réelle du trust, plus puissant capitaliste. Le trust, qui a monopolisé la production, qui, sur ce champ, a détruit la concurrence peut, s’il lui plaît, refuser tout escompte et même élever le prix de gros. Le détaillant, obligé d’en passer par la, ne peut, lui, élever le prix de détail qui a déjà atteint le maximum du pouvoir d’achat de ses clients; s’il tentait cependant de le faire, il verrait diminuer sa vente. D’autre part, il arrive souvent que le trust, bien qu’élevant le prix de gros, interdise au marchand d’élever le prix de détail et ne livre sa marchandise qu’à la condition que cette interdiction soit respectée. Le détaillant est donc pris entre l’enclume et le marteau: le prix de détail fixe et le prix de gros sans cesse croissant; il doit périr. Il résistera d’autant plus longtemps qu’il aura plus de réserves; et le caractère de la lutte est ainsi nettement déterminé: e’est un conflit de capitalistes où les petits doivent succomber les premiers,  les moyens ensuite, jusqu’à ce que les grands subsistent seuls.

On le voit donc par ce rapide exposé : la classe moyenne parait condamnée à disparaître. Les seules raisons de sa persistance ont peu de force et sont faciles à définir: 1° la tendance qu’ont les classes inférieures à s’èlever et à s’imaginer trouver l’indépendance dans l’cxploitation d’une petite entreprise commerciale; 2° la facilité de gérer ces entreprises qui ne demandent le plus souvent ni connaissances spéciales ni instruction technique ; il a la clientèle assurée parmi les gens (petits employés ou ouvriers par exemple) qui n’ont pas assez d’avances pour faire des approvisionnements ni assez de place pour les loger; ils sont les acheteurs au jour le jour qui constituent la plus grosse clientèle du détaillant.

On voit combien sont plus puissantes les forces qui tendent à détruire le petit commerce. Nous signalerons même, puisque c’est un fait dont on peut voir des exemples en France, que la troisième raison de persistance qui paraît la plus importante, est aussi battue en brèche par les associations coopératives de consommation et les grands magasins.

Telle est la situation de la petite bourgeoisie aux Etats-Unis: la classe tout entière sent le danger qui la menace mais ne le comprend pas. Elle ne sait, ou du moins elle ne peut prendre exactement conscience des causes de sa ruine imminente. Elle connaît cependant son impuissance sur le terrain économique; elle n’essaie pas de lutter contre la puissance des trusts par des moyens économiques, mais elle essaie de lui résister par des moyens d’ordre politique. Elle a même confiance en la valeur de ces moyens, encore qu’une expérience, vieille déjà de plusieurs années, eût dû la détromper et l’édifier sur la valeur de pareilles armes.

Du reste, à l’origine même de son action, est une contradiction que nous avons déjà signalée : elle nous offre, comme dit un auteur, « le comique spectacle d’une classe mourant de la concurrence et réclamant son maintien ». Le régime de la conccurence, sans pitié pour les faibles, la tue et elle s’efforce à maintenir ce régime qui, jadis, l’a faite riche, sans s’apercevoir que les conditions économiques ont changé. Et, toute une classe de politiciens exploite cette erreur; nous n’allons pas jusqu’à dire que tous les politiciens qui crient : guerre aux trusts, dupent consciemment la petite bourgeoisie. Mais ils sont politiciens, ils font de la politique un pur métier  et sont par conséquent obligés de tenir compte de l’opinion publique, et sont par conséquent obligés de tenir compte de l’opinion publique.

trusts

Notes:

 1. Remarquons que le mot trust, dans cette acception nouvelle de Société monopolisant un commerce ou une industrie, est attaché à la signification du mot trustee, administrateur de la Société, investi de la confiance des sociétaires. Il est donc abusif de dire, comme on a accoutumé de le faire, que trust, monopole, est une acception directe du mot trust qui signifie confiance et, par extension, charge, garde.

2 C’est au moment de la discussion des premières lois anti-trusts que certains États, pour augmenter leurs ressources, promulguèrent une loi spéciale donnant asile aux trusts moyennant une redevance fixe; un très grand nombre de trusts sont ainsi incorporés (après dépôt de leur acte de Société) dans le New-Jersey, quel que soit d’ailleurs leur siège réel; d’autres sont incorporés dans le Delaware, le Kentucky, l’ohio, le Minnesota, etc… On estime que cette taxation rappoirte annuellement au New-Jersey environ 3 millions de francs.

3. Lucien Sanial. — The Socialist Almanack, 1900

4. Daniel de Leon, ancien professeur d’histoire diplomatique dans une Université de l’Etat de New-York. est un des leaders les plus marquants, sinon le plus marquant, du parti socialiste américain. Son autorité de théoricien marxiste, ses qualités d’agitateur et son talent d’organisateur en font une des figures les plus intéressantes de tout le socialisme américain depuis son origine. Son respect des principes, sa sévérité à l’égard des socialistes amateurs, ses campagnes contre les trades-unions non socialistes lui ont fait une réputation d’intransigeance bornée qu’il ne mérite certainement pas. Quoi qu’il en soit, son caractère a été. l’une des principales causes de la scission survenue dans le parti socialiste anméricain en juillet 1899. On a rapproché bien a tort cette scission de celle qui divisa le parti socialiste français après l’affaire Dreyfus et l’avènement de M. Millerand au ministère du commerce. S’il y a quelques rapports entre elles, ils ne sont qu’apparents et, du moins l’on n’a pas eu en France un spectacle analogue à celui que donnèrent les anti—deleonistes attaquant à main armée les bureaux du Peuple. D’ailleurs. d’après ce que j’ai pu lire, les revues et les journaux français furent très faussement informés sur les « incidents » et les véritables causes de cette scission.

5. The socialist view of the trust, by Daniel de Leon. The Independent, march 1897.

 

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