Le centenaire de la Conférence de Zimmerwald

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Texte à paraître dans Critique sociale N°36:

Aujourd’hui bien des gens ne savent plus ce qu’a été Zimmerwald, dont c’est le centenaire. Zimmerwald a été un moment majeur de l’histoire du mouvement ouvrier, mais cette histoire n’est pas celle que la société bourgeoise met en avant. Zimmerwald c’est, avec la conférence réunissant du 5 au 8 septembre 1915 dans un village de Suisse une quarantaine de délégués socialistes de toute l’Europe, une réoxygénation d’un internationalisme ouvrier plongé dans l’apnée par la guerre. L’immense tuerie de la première guerre mondiale reste dans notre mémoire collective, n’importe quel petit village de France a son monument aux morts pour nous le rappeler. Mais cette guerre fut aussi, dès le premier jour, l’effondrement total de l’Internationale ouvrière, le « Waterloo du socialisme ». En dépit de ses motions de Congrès, elle sombre, des deux côtés du Rhin, dans l’Union sacrée pour la défense de la « patrie ». Les députés socialistes votent les crédits de guerre, entrent au gouvernement, le secrétaire de la CGT devient « commissaire de la nation ». Les opposants sont envoyés en prison (Rosa Luxemburg) ou au front (Karl Liebknecht, Pierre Monatte). Des groupes militants, comme ceux de la Vie ouvrière en France et Spartacus en Allemagne, resteront toutefois fidèles à l’esprit révolutionnaire et à l’internationalisme, et c’est à Zimmerwald qu’ils publient un Manifeste qui fera date et restera une référence pour toute une génération.

Chaque époque peut avoir besoin de son Zimmerwald : un réveil, un effort collectif face à une adversité d’une ampleur qui pourrait décourager. La Conférence de Zimmerwald reste un exemple pour toutes les difficultés de demain. A l’occasion de ce centenaire de Zimmerwald, dans une nouvelle période de repli, de peur, de poussée chauvine, nous voulons réaffirmer que l’internationalisme est une composante essentielle de tout véritable mouvement pour l’émancipation. L’histoire a pleinement (et tragiquement) montré qu’il ne peut pas exister de socialisme sans un internationalisme réel, constant. Il s’agit maintenant de mettre en pratique les deux citations suivantes de Karl Marx, aussi célèbres que malmenées par des générations de « marxistes » autoproclamés : « les travailleurs n’ont pas de patrie » et « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

zimmerwald


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