Lettre à Rodion (Mattick, 1946)

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Lettre de Paul Mattick à Robert Pagès, alias Rodion, publiée dans le Bulletin d’études révolutionnaires N°7 de l’Organisation communiste révolutionnaire. qui s’était séparée des R.K.D. Nous n’avons aucun moyen de vérifier la traduction.

New York, 14/08/1946

Cher Rodion,

Merci beaucoup pour votre lettre du 27 juillet.

(…) c’est très bien de rendre public tout ce que j’écris ou ai écrit, y compris les lettres.

Je suis heureux d’entendre dire que Canne Meijer est d’accord avec moi ou que je suis d’accord avec lui.

Merci de toute l’information concernant vous-même, votre groupe et vos idées sur la question de l’organisation et la fonction du parti et de l’avant-garde, etc. Sur toutes ces questions, nous ne pouvons nous empêcher de partager votre point de vue pour ce qui touche aux points essentiels. Les activités qui vous sont ouvertes sont de la même espèce que l’activité qui s’offre à nous.

Nous aussi, nous voyons la contradiction entre l’Etat-de-parti et le socialisme. Nous aussi nous essayons de trouver d’autres voies que les voies traditionnelles du marxisme. Nous sommes encore à réfléchir sur la question et tout ce qui sort de notre réflexion vous sera envoyé.

Merci de nous avoir fait connaître vos désaccords avec les amis hollandais et d’autres groupes de Paris.

La « base » d’une coopération internationale pour ce qui touche à la publication est pour nous aussi inacceptable qu’elle l’est pour vous. « Le défaitisme révolutionnaire dans la guerre impérialisme » est tout à fait ambigu mais nous pouvons dire oui. La formule « contre le fascisme et l’antifascisme »: nous l’aimons beaucoup. Nous ne pensons pas, cependant, que la Révolution d’Octobre ait eu un caractère prolétarien. Naturellement nous sommes d’accord que la Russie est un État capitaliste, ce qui en soi-même, d’une façon ou d’une autre, implique déjà que nous ne pouvons pas regarder la Révolution russe comme ayant une origine prolétarienne.

A coup sûr nous ne rejetons pas les discussions avec les bolcheviks, mais seulement sur une base libre et non limitée. Nous nous opposons à toutes les restrictions de l’espèce suggérée dans le programme que vous nous rapportez. Nous sommes tout à fait désireux de discuter à fond avec les anarchistes.

Sur la question du pouvoir politique (dictature) et des rapports de production, nous penchons plutôt à être d’accord avec vous qu’avec le camarade hollandais. Nous aussi rejetons l’idée que la techno-bureaucratie doive être regardée comme une classe « non-capitaliste ». C’est une classe capitaliste, comme n’importe quelle classe capitaliste antérieurement.

Nous sommes sûrs comme vous que la conception de Marx au sujet du capitalisme est historiquement limitée. Il ne voyait pas toutes les possibilités du système capitaliste de production. Son objet était le capitalisme du « laisser-faire » qui a disparu. Mais le capitalisme est encore là. Cependant, nous ne pensons pas que le marxisme soit la théorie du bolchevisme-capitalisme d’État et du fascisme. Même si, pratiquement, il ne pouvait pas envisager plus que la dictature politique (État) qui exproprie le Capital privé, comme pas vers le socialisme, cette incapacité de prédire l’action appropriée à la réalisation du socialisme ne doit pas être considérée comme une préparation consciente de l’État bolcheviste-fasciste d’aujourd’hui. Ce serait faire trop d’honneur à Marx. Il n’était pas « si malin ». Sa théorie politique pratique, qui s’opposait au moyen du capitalisme d’État au capitalisme du « laisser-faire » de son temps, marque les limites de ses pouvoirs de prédiction, loin de montrer leur perfection. Cependant, sur cette question, nous écrirons en grand détail. Et comme notre travail à cet égard vous sera bientôt envoyé, il ne sera pas nécessaire d’en traiter plus longuement ici. « L’ambiguïté » de F. Engels pour ce qui touche à la question de l’État et de sa disparition est, naturellement totalement insuffisante pour toute théorie révolutionnaire.

Votre anti-parlementarisme, tel que vous le décrivez dans votre lettre, nous le partageons. C’est chose étrange, pourtant, qu’après que vous ayez montré en si grand détail que Marx était le théoricien du système du laissez-faire, vous fassiez preuve d’un si grand intérêt pour des parties de ses théories économiques comme « la chute du taux de profit », le « schéma de reproduction », etc. Sur cette question, cependant, nous écrirons en grand détail sous peu. Concrètement, une prochaine publication sera consacrée à ces questions. Elle paraîtra en Octobre et vous sera envoyée. Il n’est pas possible de traiter de cette question dans une lettre, particulièrement pas maintenant, alors que tout notre temps est pris pour préparer les premiers numéros de notre revue.

Je regarderai s’il y a encore un article valable en anglais sur la question de la production et distribution communiste. Nous avons publié un article comme ça il y a longtemps; c’était un sorte d’extrait du livre plus étendu préparé par les camarades hollandais (1). Justement le groupe hollandais vient de se mettre à la préparation d’une nouvelle édition de cet ouvrage.

Je n’ai pas le temps maintenant de préparer une bibliographie commentée de la littérature sur la Révolution allemande. Cela devra attendre. J’aimerais vous signaler à cet égard que Ruth Fisher est en train de préparer pour l’University Harvard une Histoire du Parti communiste allemand et que cette histoire contiendra une bibliographie étendue de la Révolution, de la littérature traitant de la Révolution allemande.

Les idées national-bolchevistes dans le mouvement de Gauche ([illisible] la tactique national-bolchevik du Parti communiste en 1923, etc.) se rattachent aux noms de Welfheim [Wolffheim] et Lauf[f]enberg. C’était une tentative de consolider la Révolution allemande à l’aide de moyens internationaux aussi bien que nationaux. Pour étendre la Révolution, et aussi pour sauver la Révolution, une lutte révolutionnaire nationale contre l’Entente fut envisagée. Lauf[f]enberg ne croyait pas que la Révolution pût continuer sans une lutte simultanée contre les impérialismes occidentaux, et une pareille lutte serait à la fois nationale (contre Versailles) aussi bien qu’internationale: de la Russie bolchevik à l’Europe bolchevik.

Nous vous suggérons de traduire et de publier Rosa Luxembourg « Organisations fragen der proletarisshen Revolution » (x). C’est sa réponse à l’ouvrage de Lénine (1904): « Ein Schritt vorwäertz, zwei Schritte zurück » (xx). Je verrai si je peux trouver un exemplaire anglais de l’ouvrage de R. Luxembourg pour vous. (xxx)

Au sujet des rapports Niewenhuis-Gorter, il vaudrait mieux correspondre avec les camarades hollandais, particulièrement Pannekoek.

Je ne connais pas d’articles de Marx dans le New York Tribune qui n’aient pas été traduits en allemand.

J’espère être à même d’écrire davantage la prochaine fois. Cette fois-ci ça n’a pas été possible.

Meilleurs voeux

Paul Mattick.

ber

Notes:

(1) Nous avons reçu cet ouvrage: Paul Mattick: What Communism really is. The social Average labor Time as the Basis of Communist Production and Distribution, International Council Correspondence, 1936, ronéotyped. (Ce qu’est réellement le Communisme, Le temps de travail social moyen comme base de la production et distribution communistes)

(x) « Questions d’organisation dans la Révolution prolétarienne » Publié par Lefeuvre dans les Cahiers Spartacus sous le titre Marxisme et Dictature (1946)

(xx) « Un pas en avant, deux pas en arrière« 

(xxx) Reçu.


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