Le rêve du révolutionnaire professionnel bolchévisé (Mattick, 1925)

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Nouvelle de Paul Mattick parue dans Die Aktion du 28 août 1925. Traduction inédite en français par Ivan Jurkovic pour la B.S.

Notre meneuse Ruth Fischer discipline en restant les bras croisés

I

Johann Bremser avait 35 ans. Il nourrissait sa propriété privée ayant le droit de vote, et qui s’appelait Mathilde, et ses deux enfants. Mathilde était maigre et sombre comme les figures des petits révolutionnaires de bois que l’on voyait au café. Les enfants remplissait leur attendrissant devoir de révolutionner la plus grande école pour filles de l’intérieur en construisant des cellules. Leur poitrine était ornée de l’ordinaire étoile artistique soviétique gravée du symbole : « Nous nous laissons bolchéviser ! ». Johann Bremser était fait du bois que Ruth Fischer coupe contre l’ultragauche et l’ultradroite pour trouver le juste milieu. Intelligent sans être un intellectuel, il avait tous les atouts permettant de résoudre le problème « Masse et dirigeant », si bien que leur propriétaire fut candidat pour la campagne électorale sur la fameuse liste. Il avoua par une belle occasion qu’il avait était dans sa jeunesse membre de la fédération athlétique « Deutsche Eiche »1, à que d’ailleurs, il pouvait encore boxer. Pour Ruth Fischer, ceci fit pencher la balance, il fut élu, les ultras se trouvant devant lui sur la liste furent évincés, et Johann arriva au Reichstag.

II

Les régimes commencèrent, le ticket de libre circulation et la réputation à la centrale aussi. Johann Bremser utilisait tout. Avec une fougue juvénile, il se lança à corps perdu contre l’aberration luxemburgisto-liebknechtienne et pour la bolchévisation au sens de Maslov. Johann fut délégué au congrès du Komintern. L’exposition mondiale à Moscou avec ses illusions vraies trouva son applaudissement, et aussi, le buffet était bien. Ainsi, il était complètement dissolu et très touché quand sur le départ le camarade Zinoviev lui serra à lui aussi la main et lui dit avec une voix amicale : « Camarade Bremser, embrassez pour moi les travailleurs allemands ! ». Johann revint chez lui complètement changé. Une jaquette décorait maintenant son corps tendu et les gens qui voyaient mal croyaient reconnaître en lui un vétéran du mouvement de l’époque encore des lois socialistes2. Mais Johann n’était pas seulement devenu un autre sur la photo de famille, mais aussi dans sa vie de famille. Il tatoua à ses filles une deuxième étoile soviétique proche du cœur, désabonna au magazine pour la famille et s’abonna enfin à celui de l’organe du Parti. Il décrocha le crucifix pendu au dessus de son lit et accrocha au même clou une image en trois couleurs avec la silhouette de Zinoviev et une autre avec celle de Ruth Fischer. Peu de temps après, il écrivit son grand article au sujet de la « valeur ou l’insignifiance du maillot de bain pour la bolchévisation du Parti ». L’article enthousiasma et lui valu le poste de rédacteur qu’occupait depuis longtemps un type soupçonné d’être liebknechtien.

III

« Mon mari est révolutionnaire professionnel », dit Mathilde à Madame Schmitz de la rue de la poste alors qu’elle s’enquérissait de sa situation. « Révolutionnaire professionnel ? Depuis combien de temps apprend-il ? Logé nourri ? — Comment ? —  » Frau Schmitz voulait absolument en savoir plus. Mathilde parla de sa formidable famille qui avait haï des principes maintenant aimés et adoptés, et avait courageusement accroché leur cœur lourd au mur afin de se consacrer pleinement à la manœuvre. Qui se jetait à corps perdu dans le danger de devenir un produit de ces nouveaux rapports et qui, à vrai dire, utilisait la nuit pour le sommeil et l’amour, dit-elle pour imprégner son cerveau des mots du matériel de référence fraîchement importé. Oui, les révolutionnaires professionnels bolchévisés seraient les stratèges de la lutte des classes, ceux dont, après la victoire, on entendrait le plus parler. Ceux qui étaient conscients que leur précieuse chair ne devait pas être blessée par la matraque d’un fasciste, ou encore par la baïonnette d’un petit fonctionnaire, afin de pouvoir prendre les devants sur l’initiative que Lénine appelait la grande initiative. — Le mari de madame Schmitz n’était qu’un banal membre du Parti avec des conceptions révolutionnaires ordinaires, et de là à un révolutionnaire professionnel, il y a encore du chemin. Ici, la quantité de perspicacité intrigante éloigne, ici la populaire largeur du dos éloigne de la profondeur de la conscience. Madame Schmitz voulait s’enquérir d’éventuelles possibilités pour son mari et elle promit de se rendre au meeting qui avait lieu le jour même afin de s’informer davantage. —

IV

Un meeting avec la formidable meneuse Ruth Fischer ! Chaque place était doublement occupée. La jeunesse, qui tel qu’on le sait, est le terrain sur lequel Ruth Fischer se déplace, chantait à la nouvelle sage : « Bolchévisée, bolchévisée, ô la plus noble des communiste ! » — A peine finirent de résonner les dernières notes du chant sur les murs de la Maison du peuple que la camarade Sauerteig entama sa récitation avec verve et fougue. Malgré tout, on n’en compris pas le contenu, elle était incompréhensible ; apparemment rédigée par Havelok le poète du dimanche3. L’oratrice était manifestement aussi très excitée. Cet état n’avait rien d’étonnant puisque juste après Elle — Ruth Fischer — vint, celle dont la presse du Parti depuis des semaines exposait tout, de l’édito en passant par les photos, tout ce qui pourrait être utile à ses contemporains. Tout un tissu de légendes et d’anecdotes ô combien intéressantes habillait sa personne. Et ensuite, son organe, sa dialectique, et sa brillante rhétorique ! Ce n’est pas pour rien que l’ensemble de la jeunesse rouge et des membres du Parti murmuraient, comme le font les cavaliers dans Gösta Beding4 : « Elle est sans égal ! » —

Le camarade Bremser se rendit au meeting à 10 heures et demi, et apparu bientôt rayonnant, combattant, et ses traits secs marqués d’enthousiasme empreints de l’expression de la plus grande détermination. Il apparaissait somptueux à côté de la petite Ruth, qui, sérieuse et sûre, enflammée par le retentissement de l’Internationale et d’imprécations contre la réaction, Amsterdam et l’extrême gauche, effleurait le podium avec des pas de fée. Elle prit place, rejeta son écharpe rouge en arrière, elle tapotait nerveusement avec ses petits doigts bouffis et bolchévisés sur une montagne de coupure de journaux et se tourna avec son visage de générale vers le public.

Et Ruth Fischer parla. Ruth Fischer bolchévisait. — L’engouement des présents interrompait parfois ses maslovismes. On estima juste ce qu’elle proposait, juste ce qu’elle refusait, juste ce qu’elle admettait, juste ce qu’elle niait, on vilipenda ce qu’elle vilipendait. Tout était bien, très bien, pff écoutez, écoutez ! Même lorsqu’elle commença à baisser sa voix, l’engouement des auditeurs ne disparu pas. Elle recouvrit son larynx de salive ; elle avait dit quelque chose contre l’Entente et ce faisant elle avait acrobatiquement fait passer sa voix du chuchotement au beuglement. — « Elle est cinglée » dit son enfant à Lotte Schreiber.

Encore une fois, Ruth devait malheureusement mettre fin à son noble discours. Elle n’en pouvait plus, ses cordes vocales étaient aussi sèches et dures que du raffia. La cascade d’applaudissements qui avait commencé depuis longtemps déjà se transforma en tumulte. Le groupe des combattants « Ruth la rouge » était si excité qu’il mit en place dans les cages d’escalier et dans les couloirs un exercice de bolchévisation. En outre, il cassa le nez à des travailleurs qui avaient dit le nom de Rosa Luxemburg.

V

A la sortie, Johann tomba sur madame Schmitz. Elle n’avait pas complètement compris l’exposé et demandait des éclaircissements. Johann pouvait effectivement parler de tout ce qu’il avait entendu. Auparavant, il s’endormait toujours lors d’exposés trop fournis en concepts ; alors que maintenant, il n’y avait plus à penser, maintenant, tout ce qui lui était dit, et même la manière de parler, n’était pour lui qu’un exercice d’écolier. Chaque homme de la bolchévisation imitait simplement la Ruth. Jusque-là, il avait imité le ton et les gestes du camarade Höllein5 ; à présent, il envisageait de devenir Ruth Fischer au masculin. Il voulait même avoir sa grâce et son tapotement nerveux sur les sous-fifres. Et il en avait besoin, il pressentait des temps plus agités. Il savait d’expérience que les changements de situations par les manœuvres politiciennes amèneraient à un remaniement total des postes les plus hauts au sein du Parti. Et lui aussi voulait avoir sa place un jour. La restructuration des grandes entreprises, et des grandes possessions est déterminée par le développement et détruisent sans merci tout ce qui est vieux (sauf la propriété privée acquise) afin de faire place aux modernes. Le KPD aussi doit changer complètement la forme de son organisation par des manœuvres diverses. Il ne peut qu’y arriver par une bolchévisation radicale et l’effacement de son passé révolutionnaire. On a besoin de ce changement de manœuvre dans la demi-heure. Après le dixième revirement, suit de nouveau le premier et ainsi de suite, « Vive Trotsky ! » — « Trotsky est un porc ! » — Et à nouveau : « Vive Trotsky ! » — Selon ce système, Ruth Fischer sera aussi liquidée et devra se satisfaire d’un poste dans une coopérative de pâtisserie à Moscou. Mais d’ici là, notre Johann Bremser doit être exemplaire ! — Comment le disait Ruth encore ce soir ? — Ah oui, madame Schmitz, bien-sûr ! — Bien-sûr ! — Les communistes n’ont rien à voir avec la propagande mondiale de l’extrême gauche. — Oh non ! Seuls des petits bourgeois et des embrouillés que sont les ultragauches et les membres du KAPD, ou encore des petits paysans avec une idéologie capitaliste utilisent ces méthodes. — Nous sommes un parti légal, une association reconnue juridiquement, nous voulons un front uni — nous voulons — seulement oui, nous voulons aussi parfois la dictature du prol — — — , oui des travailleurs, des fonctionnaires et des paysans. Vous comprenez — pseudonyme ! — Et en ce qui concerne la classe moyenne, elle doit aussi être prise en compte — au moins être neutralisée. Nous faisons tout par « lettres ouvertes », nous voulons des actions de masses, vous comprenez, exercer la pression du dehors sur le parlement. Pas d’attentats à la bombe ! Nous voulons manifester avec discipline, collectionner des abonnés, nous avons quatre maisons d’édition qui se font de la concurrence les unes les autres — nous avons beaucoup à faire. — A bas les phraseurs de l’extrême gauche ! A bas !

VI

Chaque véritable révolutionnaire professionnel bolchévisé est un homme qui pense à la Maslov, même ses rêves sont parcourus du but et des chemins pour y arriver. Ils rêvent lever le masque des ultragauches et des ultradroites, de congrès et de places de secrétaire.

L’excitation du jour de changement de manœuvre se faisait ressentir, Johann rêvait. — — La sonnette le tira de son profond sommeil. A la porte, un coursier lui remis une lettre lourde. Elle contenait l’ordre de venir le plus rapidement possible à Moscou, où Zinoviev l’attendait personnellement. Il enfila vite son complet, et sans faire ses adieux à sa femme et ses enfants, il quitta la maison. N’importe comment, il arriva à Moscou. Il se précipita chez Zinoviev et le trouva encore allongé dans son lit, lisant la Pravda dont le contenu ne vaut qu’en Russie et est nié dans les autres pays. « Mon cher petit ! » dit Zinoviev à Johann Bremser, « les temps changent, on doit rester jeune pour pouvoir être capable de manœuvrer tel que le souhaite le léninisme. Écoute ! Le traité de Rappallo a perdu tout sens6. Il existe aujourd’hui un trust belgo-franco-allemand. Votre économie se tourne vers l’Ouest et, à force, elle se plie à chaque condition. Ce trust veut concurrencer l’Amérique. Nous devons concurrencer cette alliance économique à l’Ouest ainsi que ses concurrents. C’est difficile. » Johann acquiesça avec un air sérieux. Zinoviev poursuivi : « Mais comment pouvons-nous capitaliser la Russie, afin qu’historiquement la révolution purement prolétarienne puisse mûrir, sans être concurrentiels ? Nous avons encore espoir ! Les colonies de l’Ouest tourmentent l’Ouest. Elle volent au capitalisme de l’Ouest son calme, alors qu’il a besoin d’une production bien réglée et florissante. La nationalisation de l’Inde prend d’ailleurs des formes grotesques, et en plus, nuit à l’empire anglais. On a un Gandhi, on veut retourner à une économie de manufacture ; la méthode de guérison naturelle n’a pourtant rien à voir avec l’économie. L’Ouest s’unit en un bloc. Il ne nous reste rien d’autre à faire, nous aussi, qu’à créer un contre-pôle à l’Est. D’une force comparable afin que nous ne soyons pas dévorés. » Johann acquiesça encore une deuxième fois, avec encore plus de sérieux. Il se voyait déjà sorti de cette Allemagne devenue insignifiante, envoyé par la Russie en Mandchourie afin d’y lever de colossaux impôts sur les longues couettes. Cependant, Zinoviev amena la discussion sur les Balkans, et fit état des avantages pour la Russie si les membres du Parti seraient là aussi des atouts. Et quelle force a justement dans l’agriculture balkanique le mot d’ordre « Gouvernement des travailleurs et des paysans » pour créer des existences petites-bourgeoises ! Lorsque Johann Bremser fit comprendre qu’il saisissait tout à fait la situation, et que lui aussi voulait lui en donner sa version, mais Zinoviev reprit à nouveau la parole : « Johann Bremser, j’ai confiance en toi, et je t’ai fait venir parce que j’ai un grand projet pour toi. »

Johann pleurait de joie, il avait toujours su qu’il siégerait un jour à l’exécutif, au même niveau que la grande Ruth ; puisque, que cela pouvait être sinon cela ? Il regarda plein de reconnaissance Zinoviev, et bu chacune de ses paroles.

« Tu sais », dit Zinoviev, « que nous sommes des dieux et de grands psychologues. Nous avons nommé la politique de la NEP bolchévisation, et on nous a cru, nous avons dit que le léninisme serait le nouveau marxisme, et on nous a cru aussi ; nous avons affirmé que les syndicats pourraient être des instruments de lutte, et ils sont devenu forts. Les masses ont tout fait comme nous le souhaitions et elles continuent aujourd’hui encore. Nous pouvons tourner la roue de l’histoire, comme nous le voulons, et aujourd’hui je veux la tourner. Lénine doit être à mes côtés comme un rejeton tel que Trotsky ; je sens la veine du radicalisme jusque dans mes os, bref, je veux à nouveau faire la révolution mondiale. — Écoute la recette. Tu connais les mouvements en Bulgarie, tu as entendu parler de la terreur blanche. Je veux envoyer des troupes en Bulgarie. L’Armée Rouge doit s’introduire dans toute la Bulgarie, et instaurer des soviets selon notre modèle dans l’ensemble des Balkans. Tu dois diriger les troupes, en Russie, de tous les dirigeants bolchévisés, je n’en connais plus un qui soit intéressé par la révolution mondiale : Ruth Fischer s’est trop adonnée au maslovisme pour pouvoir apprendre le rôle. Toi cependant, tu es l’élément frais, tu es le dirigeant aux origines prolétaires, tu n’es pas encore rangé dans l’armée des rebuts ! » — Oui, oui, dit Johann en souriant, un peu gêné, si ça marche, avec plaisir, avec grand plaisir ! — « Dans quel ordre allons-nous procéder ? » continua Zinoviev. « L’Est et les Balkans soudés ensemble — une phalange infranchissable. Mais pourtant, nos concurrents de l’Ouest devrons envoyer leurs soldats et leurs esclaves marcher contre nous ; car ceci est dans l’intérêt de leurs profits. Un nouvel incendie mondial va être déchaîné, si bien que dans tous les pays il y aura des travailleurs qui se battront pour nous. Le détrônement des anciens devra se faire dans le chaos, le cœur animé par l’espoir d’une nouvelle forme d’économie. Dans tous les cas — un progrès — la révolution mondiale à bottes de sept lieues ! » —

Johann n’écoutait plus depuis longtemps, il était, dans ses pensées, déjà à la maison, près de sa Mathilde, de ses enfants, de son organe de Parti, de ses meetings et ses auditeurs, et de Ruth, sa commandante allemande. Ah, en quoi ce nouveau projet le concernait-il vraiment ; il ne voulait que bolchéviser, tranquillement, pacifiquement, en polémiquant. Et il avait eu tant de perspectives, il était bien l’un de SES sacrés révolutionnaires professionnels. Comment en était-il venu à l’idée saugrenue d’aller à Moscou, peut-être que ce Zinoviev est devenu tout à coup dément, parce que le Zinoviev intelligent n’avait jamais encore parlé aussi intelligemment. Il va certainement le livrer à la Tchéka ? Un grognement lui parvint par derrière. « Formidable, » dit il pourtant à Zinoviev, « écrivez donc un nouveau livre ; nous voulons en inonder les masses. Ce sont bien des problèmes qui empêchent la pratique révolutionnaire. Pourquoi n’avons nous que des écoles du Parti et des cours de référents ? Ne doivent-ils pas plus obscurcir le mystère qu’est la révolution ? Nous avons besoin de théoriciens, d’hommes, qui en tout temps soient prêts à prouver économiquement que les fautes ne sont plus des fautes si elles sont répétées. » Zinoviev l’arrêta. « Je suis l’instance la plus haute, » dit il ensuite, « Ordre du Parti ! Tu dois aller en Bulgarie, la révolution mondiale l’exige. Va demain tôt récupérer tes frais de voyage, part à la frontière et attends mes ordres. » Blême, mais encore encore impassible, Johann partit. Devant la porte, il se signa trois fois et se rendit à son hôtel à la rencontre d’un bon déjeuner. —

Johann était déjà rodé. Il était un vieux syndicaliste et cinq ans d’expérimentations dans cet institut pour la recherche psychique lui avait appris à réprimer ses réactions spontanées. Il n’était pas loin d’avoir voulu partir pour la Bulgarie (après le déjeuner bien entendu), mais il se ressaisit à temps. Non, il ne voulait en aucun cas mourir en Bulgarie, ce serait une folie d’ultragauchiste. Devant sa tombe, les drapeaux et les bannières devront se baisser, la chorale « Lyra » devra chanter « Un enfant du peuple » et Ruth vilipenderait le luxemburgisme. — Nous ne sommes tout de même pas dans la majorité, se répéta-t-il sans cesse en se curant les dents. L’idéalisme n’est rien au temps de la stagnation. Il revint en Allemagne. Il se réveilla dans les bras de sa femme qui lui criait : « Tu es bien idiot, viens à moi, c’est moi, ta Mathilde ! »

Petit à petit il lui paru clairement qu’il avait rêvé tout ça, et qu’il n’y avait aucune raison d’informer la direction de la police. Ô combien heureux fut il lorsque complètement réveillé il prit le journal et lu à la une :

« Le parti communiste bulgare déclare ne rien à voir avec les mesures violentes prises à l’encontre du gouvernement Zankof. »

Un soupir de soulagement lui ferma les yeux, lentement, calme, Johann Bremser s’endort et ses pensées courent sur le nouvel acte de bolchévisation de la grande Ruth.

fonds Destribats

Notes:

[1] Cette association sportive naît en 1927 se trouve à Boden, au nord de Francfort sur le Main. L’auteur fait certainement ici référence à la jeunesse de Ruth Fischer qui commença sa formation politique dans une organisation sportive en tant que gymnaste.

[2] Il est fait référence ici aux lois socialistes de Bismarck (1878) ayant notamment interdit toutes les organisation socialistes.

[3] Il n’a pas été trouvé à qui il est fait référence ici. « Hausdichter » a été traduit par poète du dimanche, c’est un type de poésie qui apparaît notamment lors du 19ème siècle dans l’espace germanophone.

[4] La Saga de Gösta Berling est un livre de Selma Lagerlöf parut en 1891. Ce roman rompt avec le réalisme des années 1880, avec son engagement social et son intérêt pour l’époque contemporaine.

[5] Ancien membre du SPD, Emil Höllein entre au KPD en 1920. Tout d’abord proche de Brandler, il rejoint par la suite le « groupe centriste ». De 1921 à 1929, il est représentant KPD de la Thuringe au Reichstag.

[6] Le traité de Rappallo fut signé entre la république de Weimar et l’URSS le 16 avril 1922. Par ce traité, l’Allemagne et l’URSS renoncent aux réparations de guerre qu’elles se doivent l’une à l’autre et rétablissent des relations diplomatiques et commerciales.


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