Le but final (textes politiques de Rosa Luxemburg)

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Le but final / Rosa Luxemburg

ISBN 979-10-94106-15-0
15 € TTC – 15 x 21 cm – 280 pages
Broché – parution janvier 2016

Si avant 1914 Rosa Luxemburg pouvait être connue de militants socialistes français à travers ses prises de position dont leur presse se faisait l’écho, ou par les articles d’elle qu’elle publiait, il fallut attendre les années 1920 et 1930 pour que certains de ses textes plus substantiels, jugés importants, soient publiés en français. Jugés importants : ces publications furent l’œuvre de militants qui les considéraient comme des atouts dans les luttes qu’ils menaient au sein des mouvements socialiste et communiste, notamment contre ce qu’ils voyaient comme le cours désastreux suivi par l’Union soviétique et les partis communistes de la IIIe Internationale. À cette époque, en effet, la figure de Rosa Luxemburg avait été en quelque sorte embaumée : devenue héroïne par sa lutte contre la guerre à partir de 1914, martyre par son assassinat par des officiers des Corps francs en 1919, sa pensée, ses positions politiques devaient être rejetées par l’orthodoxie soviétique dès lors qu’elles s’écartaient de celles de Lénine.

Pour les opposants à ces dernières, la tendance était donc inverse : rechercher dans la pensée et les actes de Rosa Luxemburg ce qui pouvait servir d’arguments contre ceux qui avaient fait de la pensée de Lénine un dogme au service de leur pouvoir.

Si ces textes conservent un intérêt, ce n’est pas seulement par la lumière qu’ils jettent sur ces conflits qui ont façonné en bonne partie le XXe siècle, ou à cause de la personnalité et du destin exceptionnels de leur auteur. C’est aussi par la réflexion qu’ils continuent à fournir sur la possibilité et les conditions du progrès social dans nos sociétés : pour Rosa Luxemburg, ce but final qu’elle visait, n’était rien d’autre que « la transformation de l’ordre existant ».

La critique du réformisme

Rosa Luxemburg ne fut pas la seule à se jeter dans la controverse soulevée à la fin du XIXe siècle par Eduard Bernstein. Figure de la social-démocratie allemande vivant depuis de longues années en exil en Angleterre, il avait, cherché à justifier les pratiques de certains élus du Parti qui trouvaient des arrangements avec des forces politiques dont les buts n’étaient pas ceux de la social-démocratie. Il tirait son argumentation d’une analyse des progrès possibles, voire inéluctables, dans la société telle qu’elle était : « Le but final, quel qu’il soit, n’est rien, c’est le mouvement qui est tout. » Si l’argumentation de Rosa Luxemburg, rassemblée sous le titre Réforme sociale ou révolution ?, eut un tel écho, c’est qu’elle était exprimée avec une force et une concision remarquables, combinaison d’analyse historique et économique et d’exposé magistral des fondements de la doctrine de Marx et d’Engels parsemée de traits mordants et de formules marquantes dont certains la suivirent longtemps. Aujourd’hui encore, par exemple sur le rôle du crédit dans la formation et le déroulement des crises, les limites de l’action syndicale ou celles des dispositions légales face aux causes profondes des difficultés sociales, ses analyses restent une intéressante source de réflexion. Ce texte essentiel est complété par Les lunettes anglaises, où elle montre que la situation sociale en Angleterre n’était déjà plus celle sur laquelle Bernstein fondait son argumentation.

Le parti, maison du rassemblement

Si Rosa Luxemburg, après s’être faite la championne de la doctrine officielle du Parti, fut peu à peu convaincue que celui-ci risquait de s’enliser dans l’immobilisme, voire de se corrompre dans le parlementarisme, et tenta de l’en détourner, elle n’envisagea pas de le quitter : c’étaient la perspective, la réalité des mobilisations populaires qui justifiaient son engagement, mobilisations conscientes de leurs buts et non émeutes aveugles. Le parti devait donc être pour elle le lieu de rencontre de tous ceux qui partageaient le même but final, un lieu d’échanges et d’expérimentation, de libre expression dans le cadre fondamental ainsi défini. C’est sur cette base qu’elle critiqua en 1904, dans Questions d’organisation de la social-démocratie russe, la conception du parti que voulait faire prévaloir Lénine, dans des conditions, il est vrai, fondamentalement différentes de celle du parti allemand.
Alors que son parti, la social-démocratie de Pologne et de Lituanie, avait rejoint le parti commun de l’empire russe, elle participa en 1911 au combat pour éviter la scission de celui-ci, une scission dont la responsabilité incombait autant à Lénine qu’à ses adversaires. Ce combat perdu, elle en décrit les étapes dans un texte qui ne fut pas publié, Pour la réunification du Parti, dont ce recueil donne la première traduction française.

La révolution

Parue plusieurs années après sa mort, dans un contexte d’affrontements au sein du Parti communiste d’Allemagne, La révolution russe est probablement le texte le plus connu de Rosa Luxemburg. On y trouve notamment cette formule fameuse, écrite dans la marge du manuscrit : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »
Ce texte, écrit à la fin de l’été de 1918, avait pour but de contrecarrer l’influence grandissante des communistes soviétiques auprès de certains groupes de l’extrême-gauche allemande : la préoccupation première de Rosa Luxemburg, c’était que la révolution allemande, qu’elle sentait à la fois inévitable et indispensable pour mettre la révolution en Russie sur les rails du socialisme, prenne son propre chemin, correspondant à ce qu’elle considérait comme le niveau de développement social et culturel de la population ouvrière allemande. C’est pourquoi il est utile de rattacher à ce texte les deux principaux documents que Rosa Luxemburg devait rédiger dans les mois suivants : Que veut Spartacus ?, qui allait devenir le premier programme du Parti communiste d’Allemagne fondé à la fin de décembre 1918, et son Discours sur ce programme.

Amis de Spartacus
Fondateur : René-Joseph Lefeuvre
8, impasse Crozatier 75012 Paris


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