L’Eglise a-t-elle collaboré ? (1946)

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Extrait de la brochure de Jean Cotereau (Cahiers Spartacus N°6, mai 1946).

(…) La France a oublié. Elle a entendu le froissement de quelques soutanes dans le sillage du général de Gaulle, et elle a cru naïvement que par un nouveau mystère le Dieu de Vichy était mort sur la croix de Lorraine. Comme par un miracle renouvelé des Évangile, l’Église qui gouvernait la France de Laval gouverne celle de De Gaulle : la Croix qui fut le plus dangereux organe au service de la «collaboration» prend place parmi les journaux de la France libérée, les prélats qui vitupéraient «le bolchevisme» — pour eux tous les résistants étaient communistes — et engageaient les jeunes Français à travailler pour la victoire de l’Allemagne, non seulement n‘ont pas été déférés devant les tribunaux, mais continuent à prêcher la guerre sainte contre l’école sans Dieu. L’archevêque de Reims, qui fut empêché de célébrer une messe «à la mémoire des héros de la L.V.F. » par l’arrivée brusquée des Alliés, continue d’endoctriner ses ouailles, Mgr. Suhard qui distribuait coups d’encens et poignées de mains à Pétain et à Laval les saluant «avec émotion et gratitude» en l’année même de la Libération, continue en 1946 à dénoncer «les doctrines pernicieuses» qui animent «ce qu’on a coutume d’appeler le monde du travail!»

Mieux encore! il a fallu la Libération pour que l’Église possédât désormais son parti politique, pour que, mise en goût par l’exercice du pouvoir sous le règne éphémère de Pétain, elle ait eu le désir de gouverner sans personne interposée, et faire avaliser par les Français sa politique de réaction sociale et de lutte contre la, classe ouvrière. Certes l’Église ne combat pas au grand jour, elle est trop habituée à l’ombre propice des sacristies pour partir directement en guerre contre les ouvriers. Elle préfère couvrir sa face d’un masque«social» et se pencher sur les malheurs des humbles » quelle larde de coups fourrés avant de leur promettre le paradis futur. Dans l’Europe entière elle mène l’offensive sur tous les plans, pour la première fois elle s’organise en internationale politique qui entend gouverner directement les nations soumises, comme on le voit par ce simple extrait de presse: «A Rome vient de se réunir le Congrès de ta Démocratie chrétienne. Le Parti catholique italien y a accueilli des délégations officielles de notre M.R.P., du Parti conservateur suisse, du Parti national basque, du Mouvement populaire hollandais, des Partis chrétiens sociaux du Luxembourg et de Belgique, de la Démocratie chrétienne hongroise, enfin du groupement «Peuple et Liberté» d’Angleterre. Seuls les Tchèques manquaient à ces assises. » Quelles ont été les consignes données à ces « démocrates chrétiens » et à ces chrétiens sociaux? » «Il faut, leur a déclaré le cardinal Salotti, archevêque de Palestrina, et porte-parole du Pape, que les croyants ne donnent leurs voix qu’aux partis capables de défendre les principes fondés sur des bases religieuses.

Y a-t-il là de quoi étonner des marxistes? Marx a fait de « la religion est l’opium du peuple » une des formules fondamentales du marxisme, mais a en même temps donné le moyen de lutter contre elle autrement que par des prêches idéalistes. Notre anticléricalisme n’est pas celui des bourgeois Voltairiens et des libre-penseur radicaux, il est vigilant, rigoureusement athée et lié à notre lutte générale contre la domination cléricale ou laïque de la bourgeoisie.

La religion n’est pas pour nous un phénomène mystérieux et explicable seulement par la crédulité des masses. C’est « un aspect de l’oppression spirituelle qui pèse toujours et partout dans les masses populaires accablées par le travail perpétuel au profit d’autrui, par la misère et la solitude.» C’est un phénomène social, et lutter contre la religion c’est, avant tout, faire disparaître ses racines sociales, c’est développer la lutte de classe des exploités contre les exploiteurs, c’est préparer, et mener à bien la révolution socialiste. Alors le mirage religieux s’évanouira, et, occupes à se construire un paradis sur terre, les prolétaires n’auront plus qu’à hausser les épaules devant les promesses d’un paradis au ciel.

Maurice NADEAU.
cotereau

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Une Réponse to “L’Eglise a-t-elle collaboré ? (1946)”

  1. Martine Legrand Says:

    Franchement le système de reconnaissance OCR (je suppose que c’est ce système ou un du même genre !) fait beaucoup d’erreurs, à tel point que le texte en devient par endroit incompréhensible, il serait mieux de mettre un scan à disposition (même si c’est plus lourd) ou alors il faut tout relire à partir de l’original et corriger (j’ai essayé mais il me manque l’original justement ! Bon courage !!

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