Aperçu de la situation (A. Nin, 1936)

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80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Republications estivales

Dans quelques jours ce sera le 80ème anniversaire de la Révolution espagnole. Nous republions ce texte d’un résumé oral de la situation à Barcelone fait par André Nin à l’été 1936 au militant suisse Pavel Thalmann qui arrivait, extrait de Combats pour la liberté. Il s’agit bien sûr d’une reconstitution de mémoire par Pavel Thalmann, et donc à considérer avec les précautions d’usage pour tout témoignage de seconde main.

Tout d’abord, nous sommes en guerre. Et c’est une guerre qui sera longue. Nous sommes mal organisés et notre peuple ne sait pas ce qu’est la guerre. Notre premier devoir est donc de former une armée et d’approvisionner le front. Le gouvernement madrilène est incapable et devra bientôt démissionner. Ici, en Catalogne, la guerre a un caractère nettement révolutionnaire. En fait, le gouvernement de Lluis Companys est un gouvernement fantôme, une façade seulement. Le pouvoir réel se trouve entre les mains du Comité central des Milices antifascistes qui se compose de trois représentants pour chacun des groupes suivants: la CNT et la FAI, qui sont les organisations syndicale et politique des anarchistes, l’UGT et le POUM, le PSUC et les Républicains catalans; ils y ont chacun un représentant. Mais cela ne correspond en aucun cas aux rapports réels, puisque les anarchistes, qui sont de loin les plus forts, devraient avoir la majorité absolue. Ils y ont renoncé volontairement, sachant parfaitement qu’ils ont la majorité de la population derrière eux et que, conformément à leurs théories, ils n’attachent aucune importance aux moyens politiques traditionnels du pouvoir. Ce comité est notre « gouvernement des Conseils », qui se distingue cependant de ses modèles historiques, étant donné que les anarchistes, comme vous le savez, refusent de faire de la « politique » et se dressent contre toute forme étatique quelle qu’elle soit. Si nous réussissons à persuader les masses de prendre non seulement le pouvoir économique, mais aussi le pouvoir politique, nous aurons fait un grand pas. Mais ce ne sera pas facile, car la tradition anarchiste est bien ancrée en Espagne, et la politique russe avec ses pratiques autoritaires fera tout pour nous en empêcher. La situation est bien différente dans les autres provinces du pays. A Madrid, les socialistes sont en majorité, et le POUM et les anarchistes plus faibles qu’ici. Au Pays basque, les problèmes sont encore compliqués par la question des nationalités, comme en Catalogne. Nous ne participerions jamais à un gouvernement de Front populaire. Les acquis révolutionnaires en Catalogne, à savoir l’expropriation de la classe dirigeante, la reprise en main de l’économie par les syndicats, la collectivisation de la terre, la milice ouvrière et l’autonomie catalane ne peuvent plus être supprimés. Nous nous efforçons ici de montrer l’exemple au pays entier, afin qu’il nous suive. Mais il s’agit avant tout de gagner la guerre contre Franco et les interventions italienne et allemande dans notre conflit, qui ont déjà commencé, peuvent avoir des conséquences internationales incalculables. En principe, notre lutte ne peut aboutir que par des mesures révolutionnaires, sans compromis ni équivoque.

POUM - 1414g
Sans titre-1


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