Au secours de l’Espagne socialiste (1936)

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Republications estivales

Brochure également publiée en Cahiers Spartacus N°3 (décembre 1936), numérisée par l’IISH d’Amsterdam:

AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR

Cette brochure, destinée à discuter et combattre la position prise envers la guerre civile espagnole par le gouvernement français dirigé par un socialiste, a été écrite par un socialiste. Voilà le fait.

J’ai essayé de faire entendre par les voies régulières de mon Parti la protestation de ce qui me paraissait être plus que la voix de ma conscience.; la voix du socialisme même. Mais je ne suis qu’un militant de la base. On ne m’a pas entendu. On ne m’a même pas écouté. J’ai réussi à faire voter des motions par ma section. On les a jetées au panier. J’ai essayé de remuer les tendances organisées du Parti; efforts vains. Partout, le gouvernement est tabou. Même à la « Gauche Révolutionnaire », où le dévouement pour l’Espagne est le plus grand, la consigne est de demander des armes aux quatre coins du monde, sauf au gouvernement que nous avons fait. Dominant tout, la personne de Léon Blum est venue fausser le débat. Depuis le discours de Luna-Park, la question n’est plus: pour ou contre le soutien de l’Espagne socialiste, mais pour ou contre Léon Blum.

Or, les heures passaient, toujours plus tragiques, toujours plus graves. La plus sinistre, la plus répugnante comédie qui se soit jamais vue, la farce odieuse de la non-intervention à sens unique, étranglait chaque heure davantage nos frères d’Espagne. A l’heure où paraîtront ces lignes, Madrid sera peut-être tombée. Et une passivité redoutable, une coalition de toutes les erreurs et de toutes les lâchetés, étouffait le cri vengeur du socialisme, tout prêt à sortir. Alors je n’ai plus pu y tenir. Discipline ou non, il fallait réagir. Il fallait secouer, secouer rudement le Parti qui se déshonorait. Il fallait proclamer ce qui est. J’ai pris la plume, et sans penser davantage à ce qu’on en dira dans le Parti, m’abandonnant volontairement à mon instinct meurtri et à ma conviction socialiste bafouée, j’ai écrit, sans précaution de style, sans égard pour les personnes, les pages qu’on va lire. Maintenant que c’est fait, je trouve que je n’ai eu qu’un seul tort: l’avoir fait si tard.

Il y a, dans le mouvement ouvrier, bien des militants pour qui le silence est le dernier mot de la vertu prolétarienne. Ils ne conçoivent la force du Parti que sur le type militaire; élaboration du sommet, exécution à la base, adoration des chefs, discipline unilatérale. Ils n’ont jamais réfléchi que c’était l’essence même de toutes les idéologies bourgeoises que de ne concevoir de force que sur le type « vertical », et que c’était l’ambition même du socialisme que de réaliser sa force sur le type « horizontal », c’est-à-dire comme un concours d’initiatives et de libre examen de tous. Aussi les voit-on inconsciemment pratiquer entre eux tout ce qu’ils critiquent dans l’organisation bourgeoise du pouvoir. Ils ont leur « raison d’État »: la discipline du Parti. Ils ont leur « union sacrée »: l’effacement des critiques. Ils ont leur « crétinisme parlementaire »: le fétichisme du Parti. Ils ont leur « religion »: l’adoration des chefs du Parti.

Je n’en suis pas. Je n’en serai jamais. Je sais qu’un Parti a besoin de discipline; celle qui est librement établie par ses membres. Je sais qu’il faut parfois s’incliner: quand tous ses membres ne sont pas d’accord. Encore faut-il que ces membres soient consultés, et, plus que consultés, informés. Encore faut-il que ne pèse pas sur leur décision le prestige d’un chef ou la peur de la vérité. Celle-ci doit leur être plus chère, en toute circonstance, que leur propre parti. C’est pourquoi je sais aussi que le socialisme ne saurait être suiviste que dans les chaînes et qu’un socialiste ne saurait être muet que dans la tombe. Et que, s’il est déjà grave que le socialisme laisse écraser une révolution sans bouger, il serait encore plus grave, et définitivement mortel pour l’humanité, que les socialistes se bouchent les yeux pour ne pas le voir et, qu’ayant vu, ils se ferment la bouche pour ne pas le crier.

Un dernier mot. Le Parti Communiste s’est emparé du mot d’ordre de l’armement de l’Espagne pour des fins qui ne sont pas socialistes. Je ne partage aucune de ses vues. Je me réjouis de sa campagne dans la mesure où elle dresse les masses pour une idée juste en elle-même. Mais je sais que Thorez place des manœuvres derrière cette idée. Je partage l’idée, je participe même de grand cœur à l’action engagée par le P.C. contre le blocus, mais je désavoue nettement les brochures qui y sont consacrées. Je fais plus, je les dénonce et les combat. Plusieurs pages de cette brochure y sont consacrées. Qu’on ne m’accuse donc pas d’être de connivence avec le stalinisme. C’est au contraire dans la mesure où, plus vivement peut-être que bien des révolutionnaires, je me rends compte de la nocivité du stalinisme, que je redouble d’ardeur, puisque j’ai la conscience qu’il faut non seulement défendre un mot d’ordre juste, mais encore l’enlever à ceux qui ne peuvent que le compromettre; et essayer de le replacer entre les seuls mains qui auraient dû le manier: celles de mon Parti, auquel je reste attaché.

Cette brochure a pu être éditée grâce à l’appui du « Comité pour la Révolution Espagnole » qui, en étroite liaison avec le P.O.U.M. de Barcelone (« Parti Ouvrier d’Unification Marxiste ») s’efforce de faire connaître en France les combats du socialisme ibérique. J’engage vivement tous les camarades désireux de comprendre la lutte espagnole de s’abonner au bulletin de la « Révolution espagnole » et d’appuyer son action.

Jean PRADER

Membre de la 13° section

de la Fédération de la Seine

du Parti socialiste S.F.I.O.

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