Les scandales de l’émigration (Amis de Durruti, 1939)

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Communiqué du groupe franco-espagnol des Amis de Durruti paru dans Révision N°6 (août 1939).

Il faut faire cesser les scandales de l’émigration espagnole. Ces scandales sont multiples.

1 – En premier lieu, le scandale de l’hospitalité démocratique française. Celui-ci n’est pas pour nous étonner, et nous n’y insisterons pas, car on en a déjà beaucoup parlé en tous lieux. Les camps de concentration, le travail forcé, l’emprisonnement; nous n’en attendions pas davantage de la démocratie bourgeoise.

2 – En second lieu, les scandales proprement espagnols qui sévissent dans l’émigration. On n’ignore pas qu’une organisation, S.E.R.E., fidèle reflet du front populaire espagnol (des républicains aux anarchistes), s’est consacrée, en théorie, à secourir les émigrés espagnols. Or, en fait de secours, cette organisation se borne à rétribuer fidèlement les ex-hauts-dignitaires de la République espagnole (formule juillet 1936-mars 1939). Si un général touche, dans l’émigration, une somme mensuelle de 1700 francs, un simple émigré, à notre connaissance, ne touche rien. La « démocratie française » n’est pas unique. La « démocratie » espagnole la vaut bien.

3 – Mais là ne sont pas les plus graves scandales, nous savons à quoi nous en tenir sur la démocratie française, et nous n’attendions pas grand’ chose de la démocratie espagnole.

Mais que ces méthodes se retrouvent chez ceux que nous pouvions considérer comme les nôtres, cela dépasse les limites.

Nos camarades connaissent le mouvement international de S.I.A. (animé et contrôlé par des anarchistes). Or, la section espagnole refuse systématiquement les secours aux anarchistes qui ont le tort de ne pas vénérer Oliver, Montseny ou quelque seigneur d’importance moindre. Toute critique envers les dirigeants du mouvement anarchiste espagnol est sanctionnée catégoriquement par une privation de secours. On veut réduire l’opposition grandissante au réformisme « anarchiste » par le blocus de la faim.

Nous n’avançons pas cela à la légère. On a refusé des secours à des camarades des « Amigos de Durruti » pour un simple article non conformiste publié par le Réveil syndicaliste.

Il y a lieu de demander si de pareilles mœurs doivent exister dans le mouvement ouvrier.

Un blocus à peu près semblable est décrété aux minoritaires du P.O.U.M.

4 – Le dernier scandale, qui dépasse peut-être tous les autres, est d’ordre politique. Un certain nombre de camarades sont venus demander au Conseil National de la C.N.T. de rompre le front populaire espagnol, c’est-à-dire de reprendre sa liberté vis-à-vis des assassins de la Révolution espagnole: Negrin & consorts. On se souvient que les camarades anarchistes ont longtemps justifié ce compromis avec les républicains bourgeois et les staliniens par le « chantage aux armes » pratiqué par ceux-ci.

Or, désormais, ce chantage n’existe plus. Pourtant, le front populaire espagnol demeure. Pourquoi ?

Il y a lieu de s’en inquiéter.

*

Les scandales, comme on le voit, sont multiples. Il en existe d’autres, que nous ferons connaître au fur-et-à-mesure qu’ils parviendront à notre connaissance.

Nous ne prétendons pas les faire cesser avec nos faibles forces. Mais que les coupables des scandales soient assurés que nous remettront incessamment ces questions sur le tapis jusqu’à ce qu’ils y répondent.

Le groupe franco-espagnol des « Amigos de Durruti »

Voir aussi:

Camp de réfugiés espagnols de La Mauresque

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