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La Gauche identitaire contre la classe

4 mai 2017

Ce livre rassemble des articles d’Adolph Reed Jr, de Loren Goldner et João Bernardo. Goldner et Bernardo sont deux militants qui ont beaucoup écrit depuis les années 70 sur des sujets très divers, mais dont les analyses sont inconnues en France, conformément à une vieille tradition franco-centrée du mouvement ouvrier, de l’extrême gauche et du mouvement anarchiste. Quand à Reed, il s’est surtout intéressé à l’histoire politique des Afro-Américains et à la critique du rôle politique et des idéologies propagées par la petite-bourgeoisie noire.
Les discussions autour des identités nationales, ethniques ou religieuses prennent de plus en plus de place dans les débats (et même les affrontements physiques) en France. Ces discussions ignorent, d’un côté comme de l’autre, l’origine des concepts brandis ou critiqués.
Loren Goldner, qui participe à la revue marxiste américaine en ligne Insurgent Notes, et milite dans la patrie des théories raciales (de «gauche» comme de droite) et du multiculturalisme, retrace les sources historiques, scientifiques, religieuses et philosophiques du concept de race en Europe et son utilisation spécifique aux Etats-Unis. Il démonte les contre-vérités sur les Lumières diffusées par les conceptions identitaristes en vogue dans les universités américaines et désormais dans les milieux altermondialistes, libertaires et radicaux européens. Pour conclure, il analyse «le moment historique qui nous a produits» depuis un siècle et demi et se demande si la «recomposition du capital» mènera – ou pas – à une révolution mondiale
João Bernardo, marxiste libertaire portugais vivant au Brésil, nous aide à comprendre ce qui est arrivé aux différentes gauches, la vieille gauche réformiste et stalinienne, les nouvelles gauches et les gauches postmodernes. Il dévoile les multiples aspects néfastes du postmodernisme et du multiculturalisme sous le capitalisme actuel, deux idéologies qui imprègnent profondément l’extrême gauche et le mouvement libertaire. Nous publierons bientôt un recueil de textes de João Bernardo contre l’écologie, cette «escroquerie» moderne et traduirons aussi d’autres articles d’Adolph Reed Jr. sur la « question noire » aux Etats-Unis.

Les textes sont insérés progressivement sur le NOUVEAU site de Ni patrie ni frontières

http://npnf.eu/spip.php?article259&lang=fr

Loren Goldner
– Les Premiers Américains en rouge, noir et blanc. Race et classe aux
Etats-Unis (1992)…………………………………………………………………………….. 7
– Renaissance et rationalité : les Lumières aujourd’hui (1995)…………47
– Race et Lumières (1). De l’antisémitisme à la suprématie des Blancs
1492-1676 (1997)…………………………………………………………………………….64
– Race et Lumières (2): Des Lumières anglo-françaises et au-delà
(2010)…………………………………………………………………………………………….87
– Les nazis et la déconstruction: Comment Jean-Pierre Faye démolit
Derrida (1993)……………………………………………………………………………….111
– Le moment historique qui nous a produits – Révolution globale ou
recomposition du capital ? 1789, 1848, 1871, 1905, 1917, 1968, 20.. ?
(2010)…………………………………………………………………………………………..121
– Bibliographie………………………………………………………………………….146
João Bernardo
– Post-Post : si notre société est tellement enthousiasmante, pourquoi
tant d’apathie ? (1994)…………………………………………………………………….153
– Sept thèses sur la crise actuelle (2008)……………………………………….157
– Socialisme de la misère, socialisme de l’abondance (2011)…………..167
– Point final. Un manifeste (2012)………………………………………………..177
– Manifeste sur la gauche et les gauches. Pour quelle raison la gauche
actuelle continue-t-elle à utiliser ce nom ? (2014)………………………………184
– Il est impossible d’«unir l’identité et la classe» (2016)………………..214
– Bibliographie………………………………………………………………………….219
Adolph Reed Jr
– De la transgenre Bruce/Caitlyn Jenner à la transraciale Rachel
Dolezal : pour les féministes et les Identitaires raciaux y aurait-il de bons et
de moins bons «trans» ?………………………………………………………………..227

NPNF N° 38-39 : Des altermondialistes aux Indignés

18 mai 2012

Nouveau numéro de la revue Ni patrie ni frontières. 220 pages, 10 euros (frais de port com­pris). Pour toute com­mande écrire à yves­co­le­man@wana­doo.fr

L’alter­mon­dia­lisme com­mence à avoir une longue his­toire et est présent dans de nom­breux pays. Ce numéro tente de dres­ser un bilan pro­vi­soire, par­tiel et par­tial, en évoquant les lignes de force idéo­lo­giques qui font consen­sus au sein du « mou­ve­ment des mou­ve­ments », au-delà des diver­gen­ces mul­ti­ples, pro­fon­des ou super­fi­ciel­les. Nous repu­blions plu­sieurs textes du groupe néerl­andais De Fabel van de ille­gaal, du Cercle social et de L’Oiseau Tempête, qui, il y a dix ans, avaient fort bien perçu les limi­tes et les fai­bles­ses de l’alter­mon­dia­lisme. Leurs cri­ti­ques n’ont, hélas, pas été dém­enties par les faits.

La revue prés­ente ensuite trois points de vue différents sur le mou­ve­ment des Indignés, deux assez sévères et le der­nier plus dans le ques­tion­ne­ment. Nous ne prét­endons pas, bien sûr, épuiser ici l’étude de ce récent pro­duit dérivé de l’alter­mon­dia­lisme.

Les cama­ra­des néerl­andais du groupe Doorbraak nous racontent leur pre­mière cam­pa­gne contre le tra­vail obli­ga­toire aux Pays-Bas, ce labo­ra­toire de toutes les poli­ti­ques anti­so­cia­les en Europe.

Nous abor­dons ensuite la façon dont les milieux d’extrême gauche ont réagi face à la tuerie de Toulouse, en niant sa dimen­sion antisé­mite, comme à leur habi­tude, et en s’ali­gnant sur la ver­sion des médias et du pou­voir selon laquelle Merah aurait été un « fou », un « socio­pa­the », un « psy­cho­pa­the » et/ou un « loup soli­taire ». Ou bien en cher­chant déses­pérément une expli­ca­tion dans une abra­ca­da­brante théorie du com­plot.

Nous publions deux textes des Luftmenschen, l’un sur sur la signi­fi­ca­tion des atten­tats commis par le fas­ciste norvégien Anders Behring Breivik, l’autre sur les raci­nes et les excrois­san­ces du négati­onn­isme. Ces deux arti­cles ten­tent d’expli­quer ce qu’est le néof­asc­isme aujourd’hui et quel­les sont ses influen­ces idéo­lo­giques.

Nous lançons quel­ques pistes sur la ques­tion de l’anti­sio­nisme en sou­li­gnant cer­tains éléments peu connus, en tout cas peu dis­cutés, de son his­toire, qui à notre avis per­met­tent de mieux saisir les limi­tes de l’anti­sio­nisme de gauche actuel.

Enfin, nous publions un arti­cle sur les proxi­mités idéo­lo­giques entre Alain Soral et Hassan Iquioussen, texte qui écl­aire les conver­gences sur­pre­nan­tes entre les extrêmes droi­tes « gau­loise » et « musul­mane » en France.

Sommaire

BILAN PROVISOIRE DE L’ALTERMONDIALISME

  • Altermondialisme… ou alter­ca­pi­ta­lisme ? Introduction 5
  • Les préc­urseurs 10
  • Quelques points de repère sur les ori­gi­nes du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste 16
  • Le rôle d’ATTAC et du Monde diplo­ma­ti­que 18
  • Les axes idéo­lo­giques d’ATTAC et du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste 22
  • « Victoires » des alter­mon­dia­lis­tes ou chan­ge­ments des rap­ports de forces interé­ta­tiques ? 32
  • Vers la nota­bi­li­sa­tion ou vers l’explo­sion ? 34
  • Bibliographie 38

ANNEXES

  • L’expéri­ence de De Fabel van de ille­gaal* 40
  • Charte de prin­ci­pes du Forum Social Mondial (extraits) 49
  • Douze pro­po­si­tions pour un autre monde pos­si­ble (extraits) 52
  • Nicolas Barto : L’alter­mon­dia­lisme d’État* 55
  • Nicolas (Cercle social) : Paradis fis­caux, néo-réf­orm­isme et rôle de l’État dans le nouvel ordre mon­dial*, 66
  • Nicolas (Cercle social) : De la mon­dia­li­sa­tion du capi­ta­lisme à la mon­dia­li­sa­tion : une simple ques­tion de voca­bu­laire ? 73
  • Nicolas (Cercle social) : Idéologie et fonc­tion­ne­ment d’ATTAC*76
  • L’Oiseau-tempête : Altermondialisme, la réf­orme des illu­sions*, 87
  • XYZ : ATTAC, AMD : pour sou­te­nir une SARL, c’est la lutte des places !* 93

AUTOUR DES INDIGNÉS

  • Claude Guillon : Indignés, ding, ding, dong, 107
  • Temps cri­ti­ques : Les indi­gnés : écart ou sur-place ? Désobéissance, Résistance et insu­bor­di­na­tion, 109
  • Lutte Ouvrière : Espagne, le Mouvement du 15 Mai (Les Indignés) 129

RÉSISTANCE AU TRAVAIL OBLIGATOIRE AUX PAYS-BAS

Éric Krebbers (Doorbraak) : La lutte contre le tra­vail obli­ga­toire à Leiden, 137

ANTISÉMITISME, RACISME, HISTOIRE DE L’ANTISIONISME ET NÉGATIONNISME

  • La tuerie de Toulouse à l’école Ozar Hatorah est un acte antisé­mite – n’ergo­tons pas ! 145
  • L’extrême gauche saura-t-elle réfléchir après les meur­tres antisé­mites de Toulouse ? 148
  • Mohamed Merah, Houria Bouteldja et la com­pas­sion à deux vites­ses, 160
  • Initiative com­mu­niste-ouvrière : À propos des tue­ries de Toulouse et Montauban 163
  • Nicolas Dessaux (ICO) : « Musulman d’appa­rence » ? 165
  • Luftmenschen : Aux sour­ces de la cons­pi­ra­tion 167
  • Luftmenschen : À propos des raci­nes et des excrois­san­ces du négati­onn­isme 178
  • À propos de L’antisé­mit­isme par­tout d’Eric Hazan et Alain Badiou ou com­ment dis­si­mu­ler les acquis d’un siècle de débats sur le sio­nisme 187
  • Petite biblio­gra­phie sur différents cou­rants de l’anti­sio­nisme 199

EXTRÊME DROITE « GAULOISE » ET EXTREME DROITE MUSULMANE

Manifeste de l’Union ouvrière internationale (1949)

13 janvier 2012

Ce texte est extrait des archi­ves de Ngo Van, membre de l’UOI en 1949-1950. Elles se trou­vent dés­ormais à l’IISG, Institut d’his­toire sociale, d’Amsterdam. Tous nos remer­cie­ments à H.F. pour nous avoir permis de les pho­to­co­pier.

Ouvriers de France, d’Europe et du monde,

Vous avez devant vous un monde pourri qui n’attend que vos coups pour s’enfon­cer dans le passé. Vous êtes les der­niers escla­ves des sociétés d’exploi­ta­tion et de fraude qui, pen­dant des dizai­nes de siècles, se sont succédé les unes aux autres, mais vous êtes aussi leurs ven­geurs, la force active qui doit détr­uire ce monde pourri et en cons­truire un autre sans exploi­ta­tion, ni fraude. Vous êtes la vérité en face du men­songe. Affirmez-la ! Il ne vous faut qu’agir. À cent ans de dis­tance, les paro­les du Manifeste com­mu­niste reten­tis­sent comme une gifle sur le visage de tous les lâches et de tous les traîtres : « Les prolét­aires n’ont à perdre que leurs chaînes et ils ont un monde à gagner. »

La société capi­ta­liste a fait son chemin. Elle est la plus achevée de toutes les sociétés basées sur l’exploi­ta­tion de l’homme que le monde ait connues. Elle a, plus qu’aucune autre, développé les moyens de pro­duc­tion, la science, la culture et la consom­ma­tion géné­rales et même la liberté dans les limi­tes utiles à la mino­rité bour­geoise exploi­teuse de la grande majo­rité de la popu­la­tion. Elle a fouillé le globe en quête de sour­ces de matières pre­mières et de mar­chés ; elle a intro­duit par­tout les rap­ports capi­ta­lis­tes d’exploi­ta­tion, aug­menté numé­riq­uement le prolé­tariat, concen­tré la pro­priété dans [entre les mains d’] un nombre d’hommes de plus en plus réduit. Elle a ainsi, d’une part, agrandi, plus que toutes les pré­céd­entes sociétés d’exploi­ta­tion, la sépa­ration entre la capa­cité du tra­vail natu­rel à l’homme et les ins­tru­ments de tra­vail (machi­nes, tech­ni­ques, terre, forces natu­rel­les, etc.) qui sont indis­pen­sa­bles au libre et plein exer­cice de cette capa­cité. Mais d’autre part, l’his­toire l’a acculée à créer, par le tru­che­ment des misé­rables intérêts bour­geois, les condi­tions requi­ses pour l’ané­ant­is­sement de toute société d’exploi­ta­tion et de fraude. Jadis les escla­ves de Spartacus, les serfs des jac­que­ries ou les sans-culot­tes du XVIIIe siècle ne se rév­oltaient que pour être écrasés ou pour faire triom­pher une nou­velle classe d’exploi­teurs. Aujourd’hui, le prolé­tariat a la pos­si­bi­lité d’orien­ter la société vers la des­truc­tion de toute exploi­ta­tion, toute fraude, toute oppres­sion. Il doit pren­dre pos­ses­sion des ins­tru­ments de tra­vail len­te­ment dérobés à l’homme au cours de lon­gues dizai­nes de siècles, res­tau­rer l’unité entre l’homme et la nature, gage de toute liberté, et ané­antir l’Etat. La rév­olte du prolé­tariat sera la rév­olte de l’huma­nité. S’il se mon­trait inca­pa­ble de se rév­olter, il entraî­nerait l’huma­nité vers une nou­velle ser­vi­tude pour des dizai­nes de siècles.

La société capi­ta­liste ne peut plus offrir à l’huma­nité qu’un avenir de misère, de régr­ession sociale et cultu­relle, de dic­ta­tu­res poli­cières et de guer­res de plus en plus san­glan­tes, quel que soit prés­en­tement le groupe capi­ta­liste qui domine (USA ou URSS). Cependant les forces éco­no­miques ont atteint un niveau qu’elles n’ont jamais connu, bien que leur dével­op­pement soit actuel­le­ment freiné par le système qui leur sert de cadre. Ce système est aujourd’hui entiè­rement rongé par la contra­dic­tion entre le dével­op­pement des forces de pro­duc­tion et la capa­cité d’absorp­tion du marché. Cette contra­dic­tion entraîne un mal­thu­sia­nisme éco­no­mique crois­sant, géné­rateur demain d’une lente dég­ra­dation tech­ni­que, indis­pen­sa­ble au main­tien sous une forme ou sous une autre de la divi­sion de la société en clas­ses ou en castes et des pro­fits que cette divi­sion vaut à la couche domi­nante. Il suf­fi­rait que les tra­vailleurs s’empa­rent de l’appa­reil de pro­duc­tion et le remet­tent en marche au profit de l’ensem­ble de l’huma­nité pour que la tech­ni­que et la culture connais­sent un essor aujourd’hui ini­ma­gi­na­ble.

La surin­dus­tria­li­sa­tion des Etats-Unis capa­ble de donner à la majo­rité des tra­vailleurs de ce pays un niveau de vie lar­ge­ment supérieur à celui que connais­sent les tra­vailleurs du reste du monde, exploités à la fois par leurs pro­pres capi­ta­lis­tes et par l’impér­ial­isme amé­ricain et russe, permet cepen­dant d’entre­voir les pos­si­bi­lités que recèle un système où la pro­duc­tion serait orientée uni­que­ment vers la satis­fac­tion des besoins de la popu­la­tion. C’est ce but que doit s’assi­gner la révo­lution socia­liste dès l’heure de son triom­phe et vers lui que doit tendre la société de tran­si­tion qui naît avec sa vic­toire. Cette société ne doit pas perdre de vue un seul ins­tant l’interdép­end­ance étr­oite qui existe entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion même dans le système capi­ta­liste. Le profit qui, dans le système actuel, s’inter­cale entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion com­prime tantôt l’une, tantôt l’autre, si bien qu’au moment où consom­ma­tion et pro­duc­tion entrent en conflit ouvert, le profit tend à dis­pa­raître si la consom­ma­tion est res­treinte, d’où les crises du capi­ta­lisme, ou à s’accroître, si la consom­ma­tion dép­asse la pro­duc­tion. Dans la société de pro­duc­tion d’où le profit doit être banni sous quel­que forme que ce soit, l’éco­nomie pla­ni­fiée a pour but essen­tiel d’accor­der pro­duc­tion et consom­ma­tion, la satis­fac­tion de cette der­nière devant être envi­sagée comme étalon de la pro­duc­tion, et non le profit comme dans le système capi­ta­liste. Toute éco­nomie « pla­ni­fiée » qui ne tient pas compte des néc­essités des masses est ipso facto orientée à [vers] la satis­fac­tion des besoins d’une mino­rité exploi­teuse cons­ti­tuant la couche domi­nante de la société et rame­nant celle-ci vers des normes capi­ta­lis­tes. Elle relève de l’éco­nomie dirigée et, de nos jours, ne peut que reje­ter la société plus pro­fondément dans la décad­ence.

Depuis qu’en 1914 a éclaté la pre­mière guerre impér­ial­iste, le capi­ta­lisme est entré dans sa phase décad­ente et la société dans la crise la plus déci­sive de l’his­toire. Son bilan des trente der­nières années est maca­bre. Deux fois, le monde a été entraîné à [dans] la guerre, des dizai­nes de mil­lions d’hommes ont été tués, et le tra­vail de plu­sieurs géné­rations a été détruit sans autre rés­ultat que de décider quel groupe d’escla­va­gis­tes domi­ne­rait le monde. Chaque fois, les gou­ver­ne­ments de chaque pays ont appelé leurs popu­la­tions res­pec­ti­ves au mas­sa­cre des popu­la­tions des pays enne­mis au nom de la liberté et du bien-être futur, car ce qu’ils ne peu­vent pas donner aujourd’hui, ils le pro­met­tent pour demain à l’instar de toutes les reli­gions. Il en est résulté une misère et une oppres­sion accrues ainsi qu’une régr­ession sociale aujourd’hui évid­ente pour tous. Sans se sou­cier de leurs pro­mes­ses, les vain­queurs, n’écoutant que leur vora­cité, mena­cent encore de décl­encher un nou­veau car­nage pour s’arra­cher les uns aux autres les dépouilles du vaincu.

Dès 1914, les forces de pro­duc­tion, les forces humai­nes et la culture avaient atteint le niveau néc­ess­aire pour accom­plir la révo­lution sociale. Dès lors, une grande alter­na­tive s’est présentée pour l’huma­nité et en par­ti­cu­lier pour le prolé­tariat et les clas­ses pau­vres en général : révo­lution ou guer­res conti­nuel­les, des­truc­tion de la civi­li­sa­tion, décad­ence et rechute dans la bar­ba­rie. La guerre était le signal de l’épui­sement des pos­si­bi­lités posi­ti­ves de la forme sociale capi­ta­liste ; elle aurait dû être détr­uite. Le prolé­tariat des deux camps bel­ligérants aurait dû retour­ner les armes que les capi­ta­lis­tes et les lea­ders ouvriers met­taient entre ses mains pour « vain­cre l’ennemi », contre ces mêmes capi­ta­lis­tes et lea­ders ouvriers.

Trente ans d’oppres­sion et de souf­fran­ces inouïes auraient été ainsi épargnés au monde, trente ans de crimes comme on en n’avait jamais vu jusqu’ici. Il s’agis­sait de détr­uire cette société d’exploi­ta­tion sans égard pour les patries qu’elle avait pro­dui­tes et non pas de détr­uire l’Allemagne au profit de l’Angleterre et de la France, ou ces deux [pays] au profit de l’Allemagne. Mais les lea­ders ouvriers, fai­sant corps avec les exploi­teurs, réus­sirent à impo­ser la guerre pour la des­truc­tion d’un groupe de nations au profit d’un autre. Au dilemme posé par l’évo­lution humaine dont la solu­tion posi­tive com­man­dait la fra­ter­ni­sa­tion des peu­ples dans la révo­lution sociale, fut sub­sti­tué un dilemme faux et réacti­onn­aire : triom­phe du capi­ta­lisme alle­mand ou triom­phe du capi­ta­lisme français ou anglais qui, en fin de compte, fut sim­ple­ment le triom­phe du capi­ta­lisme amé­ricain. Rejeté vio­lem­ment, loin de son but, au moment où il allait l’attein­dre, faussé dans son essence et son acti­vité quo­ti­dienne, le mou­ve­ment ouvrier subit un très grave recul idéo­lo­gique et une immense déf­aite, puisqu’il s’était mis hon­teu­se­ment au ser­vice du capi­ta­lisme, le jour même où il aurait dû le détr­uire.

Grâce à l’action fon­ciè­rement inter­na­tio­na­liste, anti­pa­trio­ti­que, déf­ait­iste révo­luti­onn­aire des bol­che­viks, le triom­phe de la révo­lution russe rétablit les termes exacts du dilemme his­to­ri­que présenté à l’huma­nité, en appe­lant les peu­ples à s’empa­rer de l’éco­nomie et du pou­voir poli­ti­que, à ané­antir l’Etat capi­ta­liste et à retour­ner leurs armes contre leur propre gou­ver­ne­ment. Certes, la tra­hi­son des lea­ders de l’Internationale socia­liste n’aurait eu qu’une portée très limitée si la révo­lution russe n’avait pas, elle-même, été trahie quel­ques années après sa vic­toire. Ainsi, bien avant l’écla­tement de la seconde guerre impér­ial­iste, la Troisième Internationale et le gou­ver­ne­ment du Kremlin avaient renié, beau­coup plus com­plè­tement et beau­coup plus per­fi­de­ment qu’en 1914, la Deuxième Internationale, le grand dilemme his­to­ri­que, trahi le prolé­tariat et contri­bué eux-mêmes de toutes leurs forces à pous­ser la société à la décad­ence à tra­vers les guer­res, la surex­ploi­ta­tion et le tota­li­ta­risme bureau­cra­ti­que et poli­cier. C’est là le far­deau acca­blant qui pèse sur le prolé­tariat mon­dial, le rend scep­ti­que, para­lyse son action révo­luti­onn­aire et en fait, par le tru­che­ment des lea­ders « com­mu­nis­tes » et réf­orm­istes, une vic­time du capi­ta­lisme.

Si la pre­mière guerre impér­ial­iste avait déjà montré aux exploités du monde – à ceux des pays bel­ligérants en par­ti­cu­lier – le besoin urgent d’en finir avec le capi­ta­lisme et ses car­na­ges pér­io­diques, la seconde guerre leur a montré de nou­veau le même besoin mais dans des termes infi­ni­ment plus pére­mpt­oires et d’une manière beau­coup plus urgente. Le triom­phe des Nations unies, comme celui de l’Axe, ne pou­vait qu’appro­fon­dir la crise de déc­om­po­sition et de décad­ence, aggra­ver la situa­tion du prolé­tariat et des clas­ses pau­vres en général, saper leur confiance et leur com­ba­ti­vité, vicier leur pensée par le mép­ri­sable poison natio­na­liste et pro­lon­ger la vie du capi­ta­lisme, depuis long­temps périmé. C’est sur­tout à cause des partis dits com­mu­nis­tes, liés à Moscou, qu’une telle ten­dance a été adoptée ou plutôt imposée aux masses. En reniant l’inter­na­tio­na­lisme prolé­tarien et en accep­tant la guerre impér­ial­iste, d’abord à côté de Hitler/Staline, puis à côté de Roosevelt/Staline/Churchill, le sta­li­nisme ne fai­sait qu’obéir aux intérêts réacti­onn­aires du gou­ver­ne­ment de Moscou, son maître et subor­neur, mais il infli­geait au prolé­tariat une déf­aite plus grave que l’écra­sement d’une insur­rec­tion par les armes capi­ta­lis­tes, qu’il parlât et agit en faveur du fas­cisme contre les plou­to­cra­ties impér­ial­istes ou en faveur de celles-ci contre le fas­cisme, il res­tait dans le camp des forces de décad­ence, dont l’intérêt vital exi­geait que le prolé­tariat fût pri­son­nier du dilemme faux et réacti­onn­aire (vic­toire d’un groupe de nations capi­ta­lis­tes sur un autre) pour l’empêcher de poser son propre dilemme : révo­lution sociale et fra­ter­nité prolé­tari­enne ou guerre impér­ial­iste et bar­barie. Allié à Berlin ou Washington, Moscou ne chan­geait pas de camp par rap­port aux intérêts du prolé­tariat qui sont les intérêts his­to­ri­ques de toute l’huma­nité. Ce fut la preuve la plus concluante que le Kremlin ne représ­entait pas la révo­lution russe de 1917, mais bien ses des­truc­teurs.

En effet, aucune poli­ti­que révo­luti­onn­aire n’est pos­si­ble aujourd’hui, et le prolé­tariat sera inca­pa­ble de sortir de l’escla­vage, si l’on ne com­prend pas que l’actuel gou­ver­ne­ment de Moscou et tous ses partis dans le monde représ­entent, non la révo­lution mais la contre-révo­lution russe. Dans les vieux pays capi­ta­lis­tes, l’Etat, sa police, ses lois et ses tri­bu­naux concen­trent et représ­entent par de mul­ti­ples voies les intérêts de tous les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels qui exploi­tent le prolé­tariat ; dans la Russie de Staline, l’Etat est pres­que l’unique capi­ta­liste et exploi­teur. Ainsi se trou­vent concen­trés dans ses mains la pro­priété et l’exploi­ta­tion de type capi­ta­liste, la police, la lég­is­lation et les tri­bu­naux qui sou­tien­nent les deux pre­mières. Jamais dans l’his­toire, depuis les der­niers stades de la décad­ence romaine, on n’a vu une si mons­trueuse concen­tra­tion de pou­voir. C’est cela qui a donné au régime du Kremlin son caractère si com­plè­tement tota­li­taire.

Les pers­pec­ti­ves géné­rales de Marx et Engels par­taient de la cons­ta­ta­tion que les sociétés, quel­les qu’elles soient, nais­sent, se dével­oppent, dégénèrent et dis­pa­rais­sent pour lais­ser la place à une société nou­velle qui, à son tour, subit le même sort. Leur cri­ti­que se situe à l’époque où le capi­ta­lisme va attein­dre son apogée et les empêche de dis­cer­ner net­te­ment les caractères spé­ci­fiques du capi­ta­lisme pour­ris­sant. Ils n’avaient pas envi­sagé qu’il attein­drait ce stade. Le dével­op­pement considé­rable du mou­ve­ment ouvrier dans les der­nières années de leur exis­tence per­met­tait d’ailleurs d’espérer que le parti révo­luti­onn­aire du prolé­tariat détr­uirait la société capi­ta­liste au moment où celle-ci ces­se­rait d’avoir une valeur posi­tive, même rela­tive, pour l’ensem­ble de l’huma­nité. Il convient de noter ici que Marx et Engels considéraient la révo­lution socia­liste comme iné­vi­table, oubliant ainsi l’autre terme de l’alter­na­tive : la décad­ence. Ce n’est pas leur faute cepen­dant si le parti révo­luti­onn­aire est passé à l’ennemi avec armes et baga­ges pour deve­nir le prin­ci­pal obs­ta­cle à l’éman­ci­pation des tra­vailleurs et faci­li­ter ainsi la décad­ence de la société. De là vient la défici­ence de leurs pers­pec­ti­ves géné­rales. En effet, l’opti­misme de leurs pré­visions s’étant trouvé en défaut à cause des hommes, du fac­teur sub­jec­tif, les pers­pec­ti­ves tou­chant à l’évo­lution du capi­ta­lisme vers la dégén­ére­scence acqui­rent de ce fait un caractère som­maire puis­que ces pré­visions leur parais­saient super­flues, le parti révo­luti­onn­aire du prolé­tariat devant éviter la décad­ence en détr­uisant la société capi­ta­liste. Par ailleurs, on doit conve­nir que les caractères de dégén­ére­scence du capi­ta­lisme étant à peine sen­si­bles à leur époque, il leur était dif­fi­cile de dén­oncer l’évo­lution future de la société en l’absence d’une révo­lution sociale triom­phante.

Les pers­pec­ti­ves éco­no­miques de Marx se sont confirmées dans leurs gran­des lignes, encore que, dans ce dével­op­pement, cer­tains traits nou­veaux soient appa­rus qui cons­ti­tuent le contenu même de la décad­ence.

Le phénomène de concen­tra­tion du capi­tal a amené, par exem­ple des trans­for­ma­tions dans les formes de la pro­priété et de la concur­rence. Au pre­mier stade du capi­ta­lisme moderne, le stade du libé­ral­isme éco­no­mique, la pro­priété était stric­te­ment indi­vi­duelle et n’expri­mait que le capi­tal investi dans l’entre­prise. La concur­rence était le fait de la lutte entre les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels sur un marché res­treint qui attei­gnait rare­ment l’éch­elle natio­nale. Mais la néc­essité, engen­drée par le dével­op­pement du machi­nisme, d’inves­tir des capi­taux de plus en plus considé­rables a amené l’asso­cia­tion du capi­ta­lisme indi­vi­duel puis, à la fin de ce stade, la société ano­nyme, où d’immen­ses capi­taux pro­ve­nant d’une mul­ti­tude de petits capi­ta­lis­tes sont gérés par un tout petit nombre d’hommes, sans que ces petits capi­ta­lis­tes puis­sent inter­ve­nir dans la ges­tion de leurs fonds.

Au second stade, celui de l’impér­ial­isme, la pro­priété ne cesse pas d’être privée, mais les sociétés ano­ny­mes se grou­pent en trusts et en car­tels qui règ­lem­entent les prix, tout en se livrant entre eux une guerre acharnée pour la conquête de mar­chés de plus en plus vastes. Si, au stade pré­cédent, l’Etat cons­ti­tue un fac­teur d’équi­libre rela­tif entre les capi­ta­lis­tes, à l’époque de l’impér­ial­isme il devient l’agent d’exé­cution directe des grou­pes capi­ta­lis­tes les plus puis­sants qui se com­bat­tent pour en obte­nir le contrôle exclu­sif à leur seul béné­fice.

L’auto­ma­tisme de ce pro­ces­sus se pour­sui­vant, on arrive au troi­sième stade – capi­ta­lisme d’Etat – où la pro­priété, deve­nue impuis­sante à conser­ver son caractère capi­ta­liste par ses pro­pres moyens, se met à l’abri de l’Etat, s’efface devant lui, se fond en lui. La pro­priété devient indi­vise entre les mem­bres de la classe ou de la caste qui détient le pou­voir poli­ti­que, si bien qu’elle cesse, en Russie, par exem­ple, d’être fonc­tion du capi­tal investi ini­tia­le­ment par les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels, ceux-ci étant pres­que entiè­rement dis­pa­rus [ayant pres­que entiè­rement dis­paru]. Leur rôle se limite dés­ormais, dans les autres pays où les moyens de pro­duc­tion ont été plus ou moins natio­na­lisés, à empo­cher une part du profit, l’autre part étant absorbée par les bureau­cra­tes de l’appa­reil d’Etat et de l’appa­reil éco­no­mique. En somme, la concen­tra­tion qui s’est opérée sur le plan éco­no­mique conduit auto­ma­ti­que­ment le capi­ta­lisme à concen­trer ses forces poli­ti­ques et éco­no­miques dans les mêmes mains, dans le seul but de mieux rés­ister aux assauts des masses.

L’abais­se­ment du niveau de vie des masses labo­rieu­ses, cons­tant depuis la pre­mière guerre impér­ial­iste mon­diale, n’a pour ainsi dire pas été prévu par Marx et Engels, car il rés­ulte de l’évo­lution rét­rog­rade du capi­ta­lisme à notre époque. Cet abais­se­ment du niveau de vie se mani­feste de plu­sieurs manières : d’abord par la création, entre les deux guer­res, d’immen­ses armées de chômeurs en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis, par exem­ple, puis par une dimi­nu­tion abso­lue du niveau de vie de l’ensem­ble du prolé­tariat, par­ti­cu­liè­rement sen­si­ble en France où il s’est abaissé en moyenne de 50%. Enfin le niveau de vie des tra­vailleurs des pays impér­ial­istes s’est encore abaissé à cause du mono­pole de la tech­ni­que par la classe domi­nante qui, par le tra­vail à la chaîne mené à un rythme hale­tant, conduit à une régr­ession cultu­relle ini­ma­gi­na­ble et à un épui­sement rapide des tra­vailleurs.

En URSS et dans les pays du « glacis », le tra­vail forcé tend à deve­nir une forme d’exploi­ta­tion nor­male qui permet encore d’abais­ser considé­rab­lement le niveau de vie des tra­vailleurs qui y éch­appent, l’inter­dic­tion de la grève leur reti­rant toutes pos­si­bi­lités d’action en vue de l’amél­io­ration de leur situa­tion.

Enfin, le phénomène qui est peut-être le plus nota­ble de notre époque est sans doute la faveur dont jouit la pay­san­ne­rie chez les cou­ches domi­nan­tes des démoc­raties bour­geoi­ses d’Europe occi­den­tale aussi bien que des « démoc­raties popu­lai­res » d’Europe orien­tale. Ce sont les seules cou­ches socia­les – hormis les clas­ses diri­gean­tes y com­pris, à l’Est, les bureau­cra­ties syn­di­ca­les et poli­ti­ques sta­li­nien­nes et réf­orm­istes – qui aient prospéré depuis une dizaine d’années aux dépens du prolé­tariat et des clas­ses moyen­nes urbai­nes évid­emment. La raison en est simple : une couche de pay­sans satis­faits ne sera pas tentée de se lier au prolé­tariat pour réa­liser la révo­lution socia­liste et cons­ti­tue ainsi un obs­ta­cle sup­plém­ent­aire d’une effi­ca­cité cer­taine contre celle-ci.

Les pers­pec­ti­ves poli­ti­ques du marxisme, rela­ti­ve­ment au rôle du prolé­tariat, ne se sont pas réalisées parce que la possibi­lité d’une décad­ence du capi­ta­lisme a été rejetée et parce que le rôle du fac­teur sub­jec­tif a été considé­rab­lement sous-estimé par le marxisme ou plus exac­te­ment n’a pas été suf­fi­sam­ment indi­qué.

La crise de la société actuelle est la crise révo­luti­onn­aire la plus impor­tante et la plus déci­sive de toute l’his­toire de l’huma­nité. Jusqu’à présent, l’évo­lution sociale et les révo­lutions qui l’ont confirmée et développée don­naient tou­jours lieu à l’élé­vation au pou­voir d’une nou­velle classe domi­nante. Mais l’évo­lution, les révo­lutions, les décad­ences et les renais­san­ces antéri­eures ont pro­duit tous les éléments matériels et humains néc­ess­aires pour en finir avec toute exploi­ta­tion d’une classe par une autre et per­met­tre à l’homme de faire face, sans divi­sions socia­les, au monde extérieur, à la nature et de les mettre à son ser­vice. L’ins­tru­ment de ce bou­le­ver­se­ment social, c’est le prolé­tariat, la classe des tra­vailleurs qui ne peut s’éman­ciper par l’oppres­sion d’une autre classe, mais uni­que­ment en libérant toute l’huma­nité. Il y a un siècle que le prolé­tariat a com­mencé son héroïque lutte révo­luti­onn­aire mais, depuis ce moment, il a été tou­jours trahi par les orga­ni­sa­tions qui l’avaient appelé à la lutte pour la révo­lution. La Première Internationale ne fit qu’indi­quer la route avant sa dis­so­lu­tion ; la Deuxième Internationale bondit brus­que­ment, en 1914, dans le camp du capi­ta­lisme après une longue pér­iode d’adap­ta­tion bureau­cra­ti­que et par­le­men­taire ; la Troisième Internationale, qui représ­enta vrai­ment la révo­lution mon­diale pen­dant quel­ques années, se trans­forma rapi­de­ment en ins­tru­ment extérieur de la contre-révo­lution russe et sa tra­hi­son a été, pour cette raison même, infi­ni­ment plus grave que toutes les pré­céd­entes. Mais la tra­hi­son de ces orga­ni­sa­tions, prin­ci­pa­le­ment de celles dites com­mu­nis­tes qui pen­dant long­temps ont usurpé le pres­tige de la révo­lution russe, n’était pas seu­le­ment une dés­ertion en pleine bataille, elle signi­fiait que toute la force orga­ni­que et idéo­lo­gique de ces orga­ni­sa­tions pas­sait au ser­vice de la contre-révo­lution mon­diale, indép­end­amment des riva­lités impér­ial­istes. À partir de là, ces orga­ni­sa­tions, de fac­teur révo­luti­onn­aire, se trans­for­maient en fac­teur conser­va­teur, elles deve­naient des auxi­liai­res de la police, des tri­bu­naux et de l’Etat en général. Ainsi, le prolé­tariat se trouve enré­gimenté dans des orga­ni­sa­tions « com­mu­nis­tes », « socia­lis­tes » et syn­di­ca­les dont le but ultime est d’aider la police, l’armée, les tri­bu­naux, l’Etat à rendre impos­si­ble la révo­lution prolé­tari­enne. Voilà tout ce qui empêche le prolé­tariat de se rév­olter et permet au capi­ta­lisme de traîner une exis­tence décad­ente.

Le capi­ta­lisme n’offre aujourd’hui à la société qu’un avenir de plus en plus sombre, un avenir de guer­res, un régime poli­cier et bureau­cra­ti­que dirigé par des fas­cis­tes, des sta­li­niens ou les deux coa­lisés, une dég­ra­dation conti­nuelle du niveau de vie et de culture, un escla­vage accen­tué d’abru­tis­sant tra­vail à la chaîne et de camps de tra­vail forcé, la des­truc­tion de la culture et des connais­san­ces tech­ni­ques au moyen de la tech­ni­que même (bombe ato­mi­que), le rejet de l’huma­nité dans une nou­velle bar­ba­rie. Il n’a plus le droit à l’exis­tence. Toutes les énergies du prolé­tariat et des clas­ses exploitées en général doi­vent tendre à un seul but : sa des­truc­tion.

Ce serait, en réalité, une tâche rela­ti­ve­ment aisée si le prolé­tariat n’avait à vain­cre que les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels et les forces armées de leur Etat. Classe contre classe, révo­lution contre réaction, la vic­toire appar­tien­drait sans conteste et rapi­de­ment au prolé­tariat tant la bour­geoi­sie est dégénérée et, psy­cho­lo­gi­que­ment, se sait vain­cue d’avance. Mais les forces d’ordre et de contre-révo­lution ont trouvé de nou­veaux foyers d’irra­dia­tion et pui­sent de nou­vel­les énergies dans les orga­ni­sa­tions autre­fois ouvrières. Les anciens partis « socia­lis­tes » ne sont plus, comme Blum l’a dit, que les « gérants loyaux des affai­res capi­ta­lis­tes » et les partis dits com­mu­nis­tes (en réalité les plus anti­com­mu­nis­tes qui soient) ne sont que les représ­entants et gérants loyaux de la contre-révo­lution russe, comme ils l’ont prouvé en main­tes occa­sions et avoué dans des cen­tai­nes de déc­la­rations. Lié à la démoc­ratie bour­geoise, le réf­orm­isme socia­liste dégénère avec elle ; lié à la contre-révo­lution russe, le sta­li­nisme se cor­rompt avec elle et vivra, ou périra, avec elle. Mais la caractér­is­tique de la contre-révo­lution russe est la concen­tra­tion et l’exa­cer­ba­tion de la vieille exploi­ta­tion capi­ta­liste dans les mains de l’Etat, ce qui pro­duit une concen­tra­tion de la vio­lence, des mét­hodes poli­cières et bureau­cra­ti­ques du tota­li­ta­risme, que le capi­ta­lisme tra­di­tion­nel n’a jamais atteint même avec Mussolini, Hitler ou Franco. En effet, le régime exis­tant en Russie concen­tre dans ses mains la pro­priété des moyens de pro­duc­tion, par conséquent l’exploi­ta­tion et la vio­lence judi­ciaire et poli­cière qui sau­ve­gar­dent les deux pre­mières, à un degré que l’his­toire n’a jamais connu, même dans la décad­ence de l’ancienne Egypte et de la Rome impér­iale. La pro­priété privée des moyens de pro­duc­tion, signe du vieux capi­ta­lisme, a donné lieu en Russie, sous l’égide de la contre-révo­lution sta­li­nienne, à la pro­priété capi­ta­liste de l’Etat, ce qui fait passer tout le pou­voir et la plus grande partie des béné­fices de l’exploi­ta­tion dans les mains des bureau­cra­tes sta­li­niens. Dans les pays de l’Europe occi­den­tale, par­ti­cu­liè­rement en France, ce sont les partis sta­li­niens et leurs bureau­cra­tes syn­di­caux (CGT) qui ont la main­mise sur la classe ouvrière et s’impo­sent à elle par tous les moyens, depuis la déma­gogie hypo­crite au nom du socia­lisme et de la révo­lution russe, jusqu’à la contrainte sous toutes ses formes dans les usines, et l’assas­si­nat des révo­luti­onn­aires. Sachant que l’évo­lution natu­relle du capi­ta­lisme (concen­tra­tion auto­ma­ti­que de la pro­priété jusqu’à la pro­priété d’Etat) favo­rise ses intérêts, le sta­li­nisme entend faire valoir la domi­na­tion de ses bureau­cra­tes sur la classe ouvrière pour s’impo­ser aux capi­ta­lis­tes indi­vi­duels comme le meilleur représ­entant du capi­ta­lisme en général, c’est-à-dire comme le meilleur déf­enseur du système qui consiste à faire tra­vailler la masse au béné­fice des pri­vilégiés, à main­te­nir la sépa­ration de l’homme des moyens de pro­duc­tion, comme le sau­veur de toutes les forces pour­ries de l’ordre en général, en face du dés­ordre et de l’ « anar­chie » des masses révoltées.

Ainsi, l’ennemi véri­table du prolé­tariat et de la révo­lution sociale n’est pas cons­ti­tué prin­ci­pa­le­ment par les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels, que le prolé­tariat pour­rait vain­cre d’une simple claque, ni par leur police, leur armée, leurs tri­bu­naux entiè­rement dis­crédités et pros­ti­tués, mais par les cadres poli­ti­ques et syn­di­caux sta­li­niens qui sub­sti­tuent à l’Etat, là où il est inca­pa­ble de rem­plir sa tâche : main­te­nir la classe ouvrière dans le scep­ti­cisme et la démo­ra­li­sation. Ils sont actuel­le­ment, à notre époque de dégén­ére­scence du capi­ta­lisme, les véri­tables représ­entants de l’Etat. Or, la tâche his­to­ri­que la plus impor­tante du prolé­tariat est de détr­uire la machine de l’Etat, sans quoi la révo­lution sociale ne sera jamais.

Il s’ensuit que, sans détr­uire la puis­sance sta­li­nienne en tant que parti et bureau­cra­tie syn­di­cale (CGT) ainsi que celle de la bureau­cra­tie réf­orm­iste (CGT-FO) ou leur sosies dans d’autres pays, le prolé­tariat est voué à l’impuis­sance et à l’escla­vage, il n’y aura pas révo­lution sociale, mais décad­ence et bar­ba­rie.

Le grand pro­blème de l’époque, la ter­ri­ble tragédie du prolé­tariat consis­tent précisément dans la contra­dic­tion pro­vi­soire entre la matu­rité plus que com­plète des condi­tions his­to­ri­ques, objec­ti­ves et sub­jec­ti­ves, de la révo­lution sociale et son inca­pa­cité orga­ni­que et pra­ti­que de la mettre à exé­cution. La jonc­tion entre les pos­si­bi­lités his­to­ri­ques et les faits ne peut, en conséqu­ence, être réalisée que par une orga­ni­sa­tion révo­luti­onn­aire du prolé­tariat. C’est à cette tâche, que nous, Union ouvrière inter­na­tio­na­liste, enten­dons contri­buer. Toutes les peti­tes orga­ni­sa­tions exis­tant en dehors du réf­orm­isme et du sta­li­nisme se sont révélées impuis­san­tes à ral­lier le prolé­tariat sous un dra­peau com­ba­tif, y com­pris les orga­nis­mes offi­ciels de la IVe Internationale dont nous venons de sortir. La IVe Internationale n’a pas intég­ra­lement main­tenu les tra­di­tions de l’inter­na­tio­na­lisme prolé­tarien et s’en tient encore à la déf­ense de la Russie sans voir que la contre-révo­lution y est entiè­rement accom­plie. Elle cons­ti­tue ainsi une gauche du sta­li­nisme dans tous les pays. La IVe Internationale offi­cielle ne fait de cette manière qu’annu­ler son propre poten­tiel révo­luti­onn­aire. C’est cela qui a donné nais­sance à notre mou­ve­ment, l’Union ouvrière inter­na­tio­na­liste, qui a pour but d’orga­ni­ser le prolé­tariat français, européen et mon­dial en vue de l’accom­plis­se­ment de son grand but his­to­ri­que : LA REVOLUTION SOCIALISTE.

Voir aussi:

Les pièges mortels de l’identité nationale (n° 33/34/35 de Ni patrie ni frontières)

28 juin 2011

Ce numéro qui paraîtra le 6 juillet 2011 s’ouvre sur plusieurs articles de l’Encyclopédie anarchiste (publiée entre 1925 et 1934). Ils permettent de situer la critique de concepts comme ceux de nation et de patrie, de nationalisme et de patriotisme dans une longue durée historique, et de se dégager de ce que l’on est bien obligé d’appeler «l’antisarkozysme primaire(1)» qui, volontairement ou pas, sert la soupe à la gauche pourrielle et à ses grandes manœuvres pré-électorales cousues de fil blanc.

Ces textes montrent que les anarchistes, au début du XXe siècle, percevaient clairement le rôle de l’embrigadement patriotique dès la Révolution française et se méfiaient du nationalisme républicain de la gauche dite «socialiste». Portés par l’optimisme initial du mouvement ouvrier qui défendait les vertus du rationalisme et les valeurs des Lumières, ils ont continué à croire passionnément en les vertus de l’éducation (individuelle ou dans le cadre des Bourses du travail et des organisations anarchistes), même après l’avènement du stalinisme, du fascisme et du nazisme. Mais, en comparant systématiquement le nationalisme ou le patriotisme à une religion, les anarchistes ont eu tendance à tomber dans le même piège que celui de leur anticléricalisme (parfois) caricatural : avoir l’illusion qu’il suffit de mener un combat rationaliste déterminé contre une idéologie pour que celle-ci recule, ou disparaisse, dans la tête des exploités.

Le Manifeste des anationalistes est une curiosité. Publié en 1931 par la fraction «prolétarienne» des espérantistes, il n’a guère eu d’influence (du moins à notre connaissance) mais sa critique conjuguée du nationalisme et de l’internationalisme est fort intéressante. Elle a au moins l’avantage de ne pas nous servir une idéologie «interclassiste», prêchant la réconciliation de tous au nom du «respect de l’Autre», de l’ «amour divin», de la démocratie citoyenne ou républicaine ou du «care», dernier hochet d’une social-démocratie désespérément en quête de renouveau idéologique.

Les deux textes suivants d’Anton Pannekoek et de Paul Mattick éclairent la réflexion théorique de ces marxistes antistaliniens sur le nationalisme. Ils prennent en quelque sorte le contre-pied des auteurs anarchistes en affirmant la prééminence du rôle des facteurs sociaux et économiques dans la disparition progressive d’idéologies réactionnaires comme la religion ou le nationalisme.

Malheureusement, l’évolution historique leur a donné tort, du moins sur ce point. Le XXe siècle et aussi le XXIe siècle, du moins pour le moment, n’ont pas vu le nationalisme (ce que Pannekoek appelle la «communauté de destin et de caractère» entre la bourgeoisie et le prolétariat) reculer devant l’internationalisme, ou l’anationalisme, bien au contraire.

Jamais autant de peuples et d’organisations n’ont lutté pour créer des Etats-nations, à l’image de l’Etat républicain français, jamais les luttes politiques n’ont été autant polluées par l’idéologie nationaliste. Et ce ne sont pas les derniers avatars du nationalisme, l’islam politique, le régionalisme identitaire ou indépendantiste et l’anti-impérialisme réactionnaire de la majorité du mouvement altermondialiste qui nous contrediront.

Si Pannekoek et Mattick prônent de répondre systématiquement «Prolétariat» et «Lutte de classe» chaque fois que quelqu’un prononce les mots «autonomie» ou «indépendance nationale», on ne peut qu’approuver leur position de principe, tout en constatant que cette stratégie n’a eu jusqu’ici aucun succès…

La revue aborde ensuite le débat franco-français sur l’identité nationale, en mettant de nouveau l’accent sur la nécessité de ne pas se focaliser sur les échéances électorales et les petites phrases des politiciens, comme l’ont fait l’extrême gauche et la gauche, si l’on veut comprendre pourquoi cette question est récurrente dans le débat politique franco-gaulois.

Nous abordons une des conséquences de ce débat lancé par Sarkozy, ou plutôt du climat entretenu par la droite dure, c’est-à-dire le rapprochement entre un courant de gauche laïco-xénophobe et l’extrême droite sur les questions de la laïcité, de l’immigration et de l’islam, en soulignant que cette tendance se manifeste à l’échelle européenne, sous diverses formes et ne constitue ni une exception française, ni un phénomène négligeable.

Nous faisons un petit saut en arrière en reproduisant un texte de Trotsky sur le fascisme et le nazisme, et en profitons pour remettre quelques pendules à l’heure à propos de l’antifascisme stalinien. Nous reproduisons aussi des extraits d’un texte de Mouvement communiste écrit en 1997 sur le Front national, mais qui comporte surtout une analyse classique de la démocratie bourgeoise, du fascisme et du nazisme – classique du moins à l’ultragauche.

Nous nous intéressons à un OVNI politique, le prétendu «racisme anti-Blancs», mythe répandu bien sûr par l’extrême droite mais qui commence à contaminer la gauche. Les Luftmenschen, auteurs de ce texte, nous précisent leur point de vue dans une interview. Et nous reproduisons un texte de Combat ouvrier sur une autre variante encore plus zarbi du nationalisme, le «noirisme» (2) d’extrême droite, en Guadeloupe, dirigé contre l’immigration haïtienne.

Nous nous interrogeons sur les limites de la liberté d’expression prônée par Radio libertaire, à travers l’analyse de plusieurs émissions en 2009 et 2010 où ont été abordés le thème de l’identité nationale et de l’islam et d’un débat sur la liberté d’expression organisé par cette même radio, et filmé en décembre 2010 par le site d’extrême droite «Enquête et débat» de Jean Robin.

Une contribution de Syb se penche sur le rôle de l’ésotérisme dans l’idéologie d’extrême droite, phénomène souvent méconnu ou jugé secondaire.

Enfin nous observons, avec l’aide de camarades belges et néerlandais, comment les problèmes de l’identité nationale, de la laïcité et de l’extrême droite sont abordés en Belgique, et aux Pays-Bas, sans bien sûr épuiser la complexité et la diversité des situations….nationales sur lesquelles nous reviendrons dans d’autres numéros.

Ni patrie ni frontières !

Notes

1.Le numéro 21-22 (septembre 2007) de la revue avait déjà évoqué cet anti-sarkozysme politiquement peu fécond qui n’a fait que se développer avec la rage et la colère des électeurs de gauche contre les mesures du gouvernement. Les mêmes antisarkozystes ferment les yeux sur la constance des positions socialistes-nationales de Ségolène Royal et Jean-Pierre Chevènement qui, jusqu’à nouvel ordre, font partie de la «gauche» et dont la première fut la candidate officielle de cette même gauche il y a cinq ans. C’est ainsi par exemple que sur le blog officiel de Ségolène Royal, le lundi 13 juin 2011, il est rendu un vibrant aux soldats français morts en Afghanistan. On peut parfaitement comprendre la compassion privée de l’entourage direct de ces victimes de la politique de la bourgeoisie française (compassion qui n’a pas besoin de la récupération des politiciens qui ne paient jamais de leur vie les décisions d’intervention militaire qu’ils prennent), mais il s’agit ici de toute autre chose puisqu’un certain Arnaud Fage au-dessus des photos et des biographies de deux soldats déclare : «Je tiens à pousser un coup de gueule contre les médias qui ne parlent jamais de l’engagement de nos soldats pour défendre notre pays sur notre sol et à l’étranger.» Il s’agit d’un soutien franc et ouvert à la politique de l’impérialisme français, d’un soutien à de nouvelles interventions extérieures meurtrières pour les populations civiles comme pour «nos soldats». Sur ce plan-là, comme sur bien d’autres, l’identité nationale est une «valeur» partagée par la gauche comme par la droite.

2. Le «noirisme» est une idéologie nationaliste qui s’est développée à Haïti et a notamment inspiré le duvaliérisme. Duvalier père valorisa la langue créole, promut une renaissance culturelle nationale (poésie, littérature, musique) et s’appuya sur le vaudou présenté comme un élément de résistance aux influences étrangères. On en trouve des variantes en Afrique et la minuscule Tribu Ka (Génération Kemi Seba) en France avec ses théories fumeuses sur les Kémites, ou la Nation de l’Islam aux Etats-Unis, se situent dans la même lignée nationaliste-raciale, qui s’oppose de façon symétrique aux théories sur la supériorité de l’Occident (blanc) judéo-chrétien (version de la droite européenne ou américaine «modérée») ou de la civilisation indo-européenne (version d’extrême droite, fascisante ou fasciste).

P.S. Un petit « Lexique de la confusion » complètera en août 2011 ce numéro pour analyser les passerelles entre l’extrême droite et l’extrême gauche.

Sommaire

Des outils pour penser

Encyclopédie anarchiste : Immigration (Louis Loréal), 8 – Nation (Charles Boussinot), 11 – Nation (Elie Soubeiran), 14 – Nationalisme (Aristide Lapeyre), 17 – Patrie (Charles Boussinot), 19 – Patrie (Madeleine Pelletier), 29 – Patriotisme, 31 – Patriote, 40

Manifeste des anationalistes, 42

Lutte de classe et nation (Anton Pannekoek), 60

Nationalisme et socialisme (Paul Mattick), 86

Un débat piégé

Encore un débat qu’il faut saboter ! (Les Amis de l’égalité), 96

C’est quoi être français ? (B., Anarchosyndicalisme), 97 – Nationales, régionales ou ethniques, les «identités» sont une arme du pouvoir, Anarchosyndicalisme, 99 – Les identitarismes, c’est le capitalisme plus la guerre, Anarchosyndicalisme, 102 – La vérité historique, première victime du nationalisme, Anarchosyndicalisme, 106 – Mélange ou différence, 111

L’identité nationale un vieux mythe dangereux, et une question jamais réglée à gauche, 115 – Petit Quizz de la Bêtise nationaliste, 127 – «Pour nous la France n’existe pas» – Les surréalistes contre la Patrie, la Nation et l’identité nationale, 130 – «Monod, Lacoste, etc., allez vous faire intégrer !», 132 – «Affaire» Anelka : médias et politiques nous refont le coup de la Cinquième Colonne, 135

«Racisme anti-Blancs» en France et «noirisme» anti-Haïtiens en Guadeloupe

Racisme anti-Blancs ? L’histoire édifiante des martyrs de Perpignan (Luftmenschen), 139 – «Racisme anti-Blancs» qui sont les vraies victimes ? (Luftmenschen), 142 – Quelques questions aux Luftmenschen, 146

Guadeloupe. La résistible ascension d’Ibo Simon et la montée de l’extrême droite xénophobe (Combat ouvrier), 154

Sur les convergences politiques entre la gauche laïco-xénophobe et l’extrême droite, 163 : Introduction, 166, Des Ligues à la «Nouvelle Droite», 171 – L’apéro saucisson-pinard du 18 juin 2010 et sa signification, 176 – La gauche laïque réactionnaire : une vieille tradition française dont Riposte laïque n’est que l’ultime avatar, 181 – Les religions évoluent, ce qui ne les rend pas moins néfastes, 184 – La droite et l’extrême droite évoluent – ce qui ne les rend pas moins dangereuses, 186 – Riposte laïque : un groupe charnière entre la gauche et l’extrême droite, 189

L’anti-universalisme et le pseudo front anti-impérialiste (Stephane Julien), 194

Encore et à nouveau sur la gauche laïco-xénophobe, 196 – Riposte laïque = Riposte xénophobe, 200 – Abécédaire de la xénophobie de gauche, 206 – Les 22 salopards de «l’apéro saucisson pinard», 217 – Lettres de lecteurs mécontents 231

Fascisme, démocratie et antifascisme : Fascisme/antifascisme (OCL) 237 – Stalinisme et antifascisme, 239 – Qu’est-ce que le national-socialisme ? (Léon Trotsky), 241 – Fascisme et démocratie (Mouvement communiste) 248

La fidélité absolue à la «liberté d’expression» :

un piège pour les anarchistes ?

Un peu d’histoire (Floréal Melgar), 259 – Radio Courtoisie, en direct sur 89.4 FM, 266 – Accords et désaccords avec les Luftmenschen, 272 – Réponse des Luftmenschen, 276 – Radio libertaire ou «Radio Français d’abord» ? 281 – Ni religion, ni racisme, ni xénophobie (Fédération anarchiste), 283 – Quand l’Union rationaliste dérape sur l’immigration, 284 – Radio libertaire et la liberté d’expression totale, 290 – Contre leur liberté d’expression (Luftmenschen), 296

Extrême droite et ésotérisme : Politica Hermetica, 303

Identité nationale, catholicisme et extrême droite en Belgique

Vlaams Blok : changement dans la continuité d’une formation xénophobe (Mouvement communiste), 315 – Sur la Fraternité lefebvriste, à l’extrême droite de Dieu (ResistanceS.be), 329 – L’extrême droite catholique pro-Léonard (ResistanceS.be), 342

Pays-Bas : un modèle pour Sarkozy et la droite gauloise, 347

Assimilation française contre multiculturalisme néerlandais ? 351 – Une histoire nationale un peu chaotique jusqu’au XIXe siècle, 352 – Histoire, valeurs et normes «typiquement néerlandaises», 354 – Le pays de la «tolérance» ? 356 – «Pilarisation» et «dépilarisation» de la société, 358 – Les Pays Bas, ex-puissance coloniale, sont devenus un pays d’immigration, 363 – France et Pays-Bas: «problèmes» communs et solutions réactionnaires similaires, 368 – Geert Wilders et le PVV aux Pays-Bas : le Parti pour la liberté vous exclura aussi ! 376

Polémiques et antidotes contre certains mythes et mantras « gauchistes »

22 avril 2011

Cette sixième compilation de Ni patrie ni frontières sera disponible à partir du 10 mai 2011, pour la somme de 12 euros, frais de port compris.

Introduction

Polémiques et antidotes contre certains mythes ou mantras «gauchistes»(1) est la sixième anthologie(2) publiée par Ni patrie ni frontières. Environ deux tiers de ce volume présentent des textes parus dans la revue entre 2002 et 2007 quand cette publication était encore photocopiée. Le dernier tiers est constitué de contributions inédites ou publiées uniquement sur Internet entre 2007 et 2010.

Les articles rassemblés dans ce recueil sont liés à des questions débattues dans les milieux d’extrême gauche, d’«ultragauche», anarchistes ou libertaires: le citoyennisme, la laïcité, le multiculturalisme, les mouvements antiguerre, les «émeutes «de 2005, l’opéraïsme italien, Mai 68, le mouvement contre le CPE en 2006, l’antisémitisme supposé de Chavez, les thèses de Huntington, le terrorisme d’extrême gauche, les rapports avec le PS, le rôle des bureaucraties syndicales, la «victoire du non» lors du référendum de 2005, les théories du complot, les limites de la liberté d’expression et de la démocratie bourgeoise. Ces textes n’ont pas tous été écrits pour la revue, et le choix de les reproduire est donc dicté par le fait qu’ils nous semblent toucher des points sensibles et poser de bonnes questions.

Quant aux positions politiques de la revue, elles n’ont rien de particulièrement original : elles s’inspirent de quelques vieux principes «communistes»(3) susceptibles de garantir à la classe ouvrière son indépendance.

Néanmoins, la défense de ces quelques principes ne suffit pas.

Il est aussi indispensable d’éviter d’employer un jargon pour initiés, et ne pas se dissimuler derrière des citations des Saintes Ecritures marxistes ou anarchistes quand on n’arrive pas à rendre compte de la réalité. Apprendre à penser par soi-même, contre les groupes pseudo-radicaux, les littérateurs qui se constituent une cour d’admiratrices et d’admirateurs, les détenteurs d’une hypothétique science marxiste, les universitaires cherchant à construire une nouvelle niche quitte à se déguiser en radicaux chics, les découvreurs de Nouvelles Théories qui recyclent des vieilleries réformistes, etc.

L’étatisme capitaliste (social-démocrate ou stalinien) et le nationalisme tiers-mondiste continuent à sévir. Ces idéologies réapparaissent sous des formes toujours aussi létales. Y compris dans les courants altermondialistes, écologistes, antiracistes ou féministes qui ont fréquemment servi de leurres pour canaliser la révolte de la «jeunesse radicalisée».

Il faut donc savoir aller à contre-courant, prendre à rebrousse-poil les militants, secouer leur conformisme, leur paresse intellectuelle et leur….conservatisme. Percevoir ce qui se cache derrière la langue de bois de leurs dirigeants, mais aussi sous le langage sophistiqué des intellectuels qui se donnent un vernis contestataire ou «antilibéral». Impossible de s’arrêter à la dénonciation du seul «néo-libéralisme» ou du «social-libéralisme».

Il faut aussi démasquer les ennemis de l’universalisme, les défenseurs prétendument désintéressés des «identités» nationales, régionales, ethniques ou sexuelles, qui essaient de nous vendre l’illusion d’un capitalisme «à visage humain», «durable» ou «équitable», en totale symbiose avec l’idéologie des bureaucraties des grandes organisations internationales comme l’UNESCO et l’ONU, toutes plus féministes, antiracistes et multiculturalistes les unes que les autres.

Disséquer certains lieux communs ou idées reçues qui font consensus dans l’extrême gauche, dans le mouvement libertaire, voire plus généralement à gauche, telle est l’une des fonctions que tente de remplir Ni patrie ni frontières depuis 2002, en dehors, bien sûr, de traduire régulièrement des textes de différentes tendances, ou de sortir de l’oubli de vieux articles.

Cette anthologie a un ton délibérément polémique : certains textes ont suscité des discussions violentes, sur Internet ou ailleurs. S’il est parfois utile de «tordre le bâton» dans un sens pour mieux se faire comprendre, cela suscite aisément l’incompréhension. Néanmoins, il est indispensable de sortir de cette culture dominante du consensus mou, qui va de pair avec l’indifférence et l’ignorance mutuelle, et qui consiste à croire (ou faire croire) que toutes les idées se valent.

Se livrer à des attaques personnelles est contre-productif et stérile, mais refuser de critiquer vigoureusement les idées d’un individu ou d’un groupe politique, au nom du principe ridicule selon lequel toutes les théories, les idéologies ou les religions seraient respectables, conduit à la confusion dans laquelle nous baignons.

C’est contre cette confusion que cette revue entend, à sa minuscule échelle, offrir quelques antidotes depuis 2002. Aux lectrices et aux lecteurs de juger s’ils leur sont utiles.

Ni patrie ni frontières, mars 2011

P.S. : Les textes de cette anthologie sont présentés selon leur ordre chronologique de parution (sur Internet ou dans la revue) sauf quelques exceptions. Un index thématique se trouve à la fin du livre.

Prix : 12 euros (frais de port compris)

Notes
1. Par souci de concision, le titre de ce recueil use du terme journalistique de «gauchistes» pour désigner les anarchistes, les trotskystes, les maoïstes, les «ultragauches», etc., malgré leurs différences fondamentales. Toutes mes excuses à celles et ceux qui se sentiront offensés par cet amalgame…

2. Les cinq compilations précédentes de Ni patrie ni frontières portaient sur les thèmes suivants :
– Sionisme et antisionisme, antisémitisme et question juive ;
– Islam, islamisme, «islamophobie» ;
– La Fable de l’illégalité : immigration et intégration forcée aux Pays-Bas ;
– De la violence politique ;
– Religion et politique

3. Ce terme n’est peut-être plus adéquat aujourd’hui, en tout cas plus compréhensible, étant donné les ravages causés par le stalinisme: il désigne ce que Marx, Engels et les anarchistes entendaient au XIXe siècle, c’est-à-dire l’abolition de l’Etat, du salariat, de la propriété privée et de la monnaie.

Remerciements : Plusieurs textes écrits par nos soins et reproduits dans cette compil’ ont circulé, avant leur parution, parmi des lectrices et lecteurs qui ont pris le temps de donner leur point de vue, de souligner des erreurs et d’exprimer leurs désaccords. Depuis septembre 2002, la revue a donc largement bénéficié de leurs conseils avisés, de leurs critiques fraternelles et je tiens à remercier ici chaleureusement : Ariane, Ben, Benoît, Céline, Charles, les deux Christian, Christophe, Claudio, Damien, David, Eric, Guy, Jacques, James, Jean-François, Jean-Louis, Jean-Pierre, Jean-Luc, Karim, Loren, Luc, Marie-Cécile, Maïté, Michel, Michèle, les trois Nicolas, Nicole, les trois Philippe, Ronald, Serge, Simone, Wil, et l’équipe de De Fabel van de illegaal (aujourd’hui dans le groupe Doorbraak). J’espère n’avoir oublié personne !

Sommaire

({Les articles sans nom d’auteur indiqué en caractères gras dans ce sommaire sont de la revue Ni patrie ni frontières. Les textes sont présentés selon leur ordre chronologique de parution – sur Internet ou dans la revue – sauf quelques exceptions}.)

– Introduction, 1

2002

– Présentation des 2 articles suivants sur Lutte ouvrière, 5

– Les médias «de gauche» et Lutte Ouvrière, 8

– Le pseudo-«Gourou» et la Travailleuse. Ou comment Lutte ouvrière se piège elle-même, 17

– «Moralisme» ou esprit d’entreprise ? 30

– De Malatesta à Arlette Laguiller: un gouffre révélateur, 32

– Voter les yeux fermés: une curieuse conception de la démocratie (2002), 35

– N.T. : À propos de «Voter les yeux fermés…», 46

– «Tournantes», «mâles dangereux» et «classes dangereuses», 48

– Quelques précisions à propos de Ni patrie ni frontières, 50

– Guy Fargette : Principes du verbalisme «radical» (1989), 52

2003

– Un bain de haine chauvine, 63

– Adriano Sofri : A Bagdad, la liberté d’expression n’existe pas, 69

– Guy Fargette : Faiblesse des forces «anti-guerre», 70

– Guy Fargette : Misère de l’anti-guerre en Europe, 72

– Guy Fargette : Débats stratégiques aux Etats-Unis, 76

– Guy Fargette : Faut-il confondre «choc» et «conflit» ? 78

– Quelques précisions sur Huntington et la politique étrangère américaine, entretien avec Guy Fargette, 87

– A propos des «discours automatiques» contre la guerre et l’impérialisme : certitudes et questions, 96

– Extrême gauche, libertaires, grève générale et «trahisons», vrais débats, illusions et fausses polémiques, 111

– Quelques remarques sur les grèves d’avril-mai-juin 2003. Des questions «oubliées» pendant le mouvement, 123

– Sur la «pédagogie» de la droite: carottes et coups de bâton, 126

2004

– Quand la LCR cire les bottes du colonel Chavez, 129

– Le Venezuela en noir et blanc ? 132

– Interview de Miguel Rossetto, ministre trotskyste brésilien, 133

– Un ministre trotskyste à l’OMC, 135

– Aujourd’hui, ils cognent le PS, demain à qui le tour ? 136

– Débat à propos des actions contre le PS, 140

– Peut-on purger le mouvement altermondialiste de ses réformards ?147

– Les racines historiques de la laïcité, 152

– Le PCF et la laïcité, 154

– Citoyennisme ? Attraction fatale ! 155

– Vincent Présumey : À propos de deux articles sur la laïcité, 158

– Les révolutionnaires, la laïcité et le multiculturalisme, 164

– Les comiques «antiracistes» surmédiatisés renforcent les préjugés qu’ils prétendent combattre, 166

– A propos de l’émission : Les filles des cités doivent-elles se rebeller ? «Lovers» et «filles des cités», 168

– RER D et Marie L.: Religions, nations, ethnies, communautés, y’en a marre ! 171

2005

– La triste farce de la «victoire du non» Du nationalisme des partis bourgeois de gauche et des manœuvres politiciennes de l’extrême gauche, 177

– Quelques précisions à propos de «La triste farce de la “victoire du non”», 189

– Réponse à Xavier, 191

– Temps critiques : Quelques remarques sur «La triste farce de la victoire du non», 197

– Réponse à Temps critiques : Malentendus et désaccords, 202

– «Tsunami» politique ou tempête dans un verre d’eau ? 219

– Janine Booth (AWL) : Les «différences culturelles» peuvent- elles excuser le sexisme ? 226

– «Suceurs (1)» de lepénistes, chauvins antiracistes et gauchistes confus: un débat sans fin intérêt, 235

– Des agressions contre la manifestation lycéenne du 8 mars aux «émeutes» d’octobre- novembre 2005, 238

Jim Denham (AWL) : Les fruits amers du communautarisme, 245

– Finkielkraut-Dieudonné: A chaque «communauté» son petit Farakhan et l’esclavage salarié se perpétuera, 248

– Quand les jeunes révoltés «dansent avec les loups», 252

– A propos de la police de proximité, 278

– Mai 68 = Novembre 2005 ? Du danger de certaines comparaisons hâtives, 280

– Une société de classe impitoyable ? 282

2006

Chavez antisémite ? Le fond du problème (janvier 2006), 284

– De Mai 68 à Février- Avril 2006: Tordons le cou à quelques mythes pour mieux comprendre le présent, 298

– Critiquer François Burgat, oui, soutenir le stalinisme, 3 fois non ! 316

2007

– «De la LCR au NPA» Quelques remarques à propos d’un article de Patrick Mignard, 319

– Chausses trappes de l’humanisme, 325

– Sur les microsectes et la nécessité d’un bilan préalable, 330

– De quelques clichés gauchistes sur les crises, 331

2009

Christophe Bourseiller est un falsificateur et un diffamateur, 336

2010

– Misère et continuité du philostalinisme de gauche :des Quaderni Rossi à Toni Negri, 339

– Quelques précisions d’un lecteur, 345

– Jacques Wajnsztejn : À nouveau sur l’opéraïsme, 349

– Toni Negri, Jacques Wajnsztejn et le «philostalinisme de gauche», 369

– Temps critiques ou «le communisme- tout- de- suite» ? Sur les positions de Jacques Wajnsztejn à propos du terrorisme d’extrême gauche, 376

– Temps critiques : Le communisme, une médiation ? À partir d’un commentaire d’Yves Coleman, 391

– Peut-on discuter du terrorisme d’extrême gauche ou faudra-t-il attendre encore un siècle ? 410

– Les 6 péchés capitaux de la Gauche identitaire postmoderne, 413

– Les maoccidents de Jean Esptein ou comment fabriquer un livre à partir de… «rien», 420

– Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire d’Alain Bauer et François- Bernard Huyghe, 425

– 4 septembre 2010 : «fêter» l’anniversaire de la IIIe République ou honorer les Communards ?, 435

– Luftmenschen : Contre la liberté d’expression, 438

– Wiecha : La conspiration des bergers allemands, 445

– La burqa et la confusion de la Gauche, 448

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Index thématique

Anarchistes

– Extrême gauche, libertaires, grève générale et «trahisons», vrais débats, illusions et fausses polémiques, 111

– Aujourd’hui, ils cognent le PS, demain à qui le tour ?, 136

– Peut-on purger le mouvement altermondialiste de ses réformards ?, 147

Citoyennisme

– Citoyennisme ? Attraction fatale !, 155

– 4 septembre 2010 : «fêter» l’anniversaire de la IIIe République ou honorer les Communards ?, 438

Complot (théories du)

– La conspiration des bergers allemands, 445

Démocratie

– Voter les yeux fermés: une curieuse conception de la démocratie, 35

-Contre la liberté d’expression, 438

«Emeutes de 2005»

– Suceurs (1)» de lepénistes, chauvins antiracistes et gauchistes confus: un débat sans intérêt, 235

– Des agressions contre la manifestation lycéenne du 8 mars aux «émeutes» d’octobre-novembre 2005, 238

– Quand les jeunes révoltés «dansent avec les loups», 252

Extrême gauche

– Les médias «de gauche» et Lutte Ouvrière, 8

– Le pseudo-«Gourou» et la Travailleuse. Ou comment Lutte ouvrière se piège elle-même, 17

– «Moralisme» ou esprit d’entreprise ? 30

– De Malatesta à Arlette Laguiller: un gouffre révélateur, 32

– Extrême gauche, libertaires, grève générale et «trahisons», vrais débats, illusions et fausses polémiques, 111

Quand la LCR cire les bottes du colonel Chavez, 129

– Un ministre trotskyste à l’OMC, 135

– «De la LCR au NPA» Quelques remarques à propos d’un article de Patrick Mignard, 319

– Chausses trappes de l’humanisme, 325

– Sur les microsectes et la nécessité d’un bilan préalable (2007), 330

– De quelques clichés gauchistes sur les crises, 331

– Les maoccidents de Jean Esptein, 420

Laïcité

– Les racines historiques de la laïcité (2004), 152

– Le PCF et la laïcité, 154

– Les révolutionnaires, la laïcité et le multiculturalisme, 164

– – La burqa et la confusion de la Gauche, 448

Mouvement antiguerre de 2003 et analyse de Huntington

– Un bain de haine chauvine, 63

– A propos des «discours automatiques» contre la guerre et l’impérialisme : certitudes et questions, 96

– Faiblesse des forces «anti-guerre», 70

– Misère de l’anti-guerre en Europe, 72

– Débats stratégiques aux Etats-Unis, 76

– Faut-il confondre «choc» et «conflit» ? 78

– Quelques précisions sur Huntington et la politique étrangère américaine, entretien avec Guy Fargette, 87

Multiculturalisme, antiracisme et «communautarisme»

– Les «différences culturelles» peuvent-elles excuser le sexisme ? (Janine Booth, AWL, 2005), 226

– Les 6 péchés capitaux de la Gauche identitaire postmoderne (2010), 413

– Les fruits amers du communautarisme, 245

– Les comiques «antiracistes» surmédiatisés renforcent les préjugés qu’ils prétendent combattre, 166

– A propos de l’émission : Les filles des cités doivent-elles se rebeller? «Lovers» et «filles des cités», 165

– RER D et Marie L.: Religions, nations, ethnies, communautés, y’en a marre ! 171

– Finkielkraut-Dieudonné: A chaque «communauté» son petit Farakhan et l’esclavage salarié se perpétuera, 248

Opéraisme italien

– Misère et continuité du philostalinisme de gauche :des Quaderni Rossi à Toni Negri, 339

– Quelques précisions d’un lecteur,, 345

– À nouveau sur l’opéraïsme, 349

– Toni Negri, Jacques Wajnsztejn et le «philostalinisme de gauche», 369

Référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen

– La triste farce de la «victoire du non», 177

– Quelques précisions à propos de «La triste farce de la “victoire du non”», 189

– Réponse à Xavier, 191

– Quelques remarques sur «La triste farce de la victoire du non», 197

– Réponse à Temps critiques : Malentendus et désaccords, 202

– «Tsunami» politique ou tempête dans un verre d’eau ?, 219

Syndicats et mouvements sociaux : 1968, 2003, 2005, 2006

– Quelques remarques sur les grèves d’avril-mai-juin 2003, 123

– Sur la «pédagogie» de la droite: carottes et coups de bâton, 126

Temps critiques (débat avec)

– Misère et continuité du philostalinisme de gauche :des Quaderni Rossi à Toni Negri, 339

– Quelques précisions d’un lecteur, 345

– À nouveau sur l’opéraïsme, 349

– Toni Negri, Jacques Wajnsztejn et le «philostalinisme de gauche», 369

– Temps critiques ou «le communisme-tout-de-suite» ? 376

– Le communisme, une médiation? 391

– Peut-on discuter du terrorisme d’extrême gauche ou faudra-t-il attendre encore un siècle ? 410

Terrorisme d’extrême gauche

– Temps critiques ou «le communisme-tout-de-suite» ?, 376

• – Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire, d’Alain Bauer et François-Bernard Huyghe, 2010, 425

– Peut-on discuter du terrorisme d’extrême gauche ou faudra-t-il attendre encore un siècle ? 410

Venezuela

– Chavez antisémite ? Le fond du problème, 284

– Quand la LCR cire les bottes du colonel Chavez, 129

– Le Venezuela en noir et blanc ?, 132

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Ni patrie ni frontières N°30-31-32: Travailleurs contre bureaucrates

5 décembre 2010

Conformément à l’orien­ta­tion de la revue Ni patrie ni fron­tières, ce numéro triple (30-31-32) ras­sem­ble des textes de différ­entes ten­dan­ces : anar­chis­tes (Errico Malatesta, Pierre Besnard, Sébastien Faure, Georges Yvetot, Georges Bastien et E. Armand) ; trots­kys­tes (Pierre Bois, Ernest Mandel) ; ex-trots­kys­tes mais – hélas ! – tou­jours lénin­istes (Communistes Révolutionnaires, Combat com­mu­niste) ; syn­di­ca­lis­tes révo­luti­onn­aires (Pierre Monatte) ; héritiers des « gau­ches com­mu­nis­tes » (Mouvement com­mu­niste, Programme com­mu­niste) ou inclas­sa­bles comme Socialisme ou bar­ba­rie

Ce recueil d’arti­cles écrits à des pér­iodes très différ­entes (de 1926 à 2006) et par des auteurs de sen­si­bi­lité par­fois opposée, met l’accent sur le rôle des syn­di­cats (et aussi des partis « ouvriers ») face aux luttes de clas­ses, plus par­ti­cu­liè­rement entre 1871 et 1968, même si Pierre Besnard com­mence son his­to­ri­que du syn­di­ca­lisme à la Révolution franç­aise, si ce n’est à la Préhistoire !

Ce livre s’arrête donc avant la crise éco­no­mique mon­diale de 1973 qui a pro­vo­qué toute une série de réactions en chaîne à l’éch­elle de la planète : licen­cie­ments, restruc­tu­ra­tions, concen­tra­tions et délo­ca­li­sations qui ont pro­fondément changé les condi­tions de vie et de tra­vail des prolét­aires ainsi que l’orga­ni­sa­tion interne des entre­pri­ses. La com­po­si­tion de la classe ouvrière mon­diale est dés­ormais beau­coup plus « frag­mentée », en tout cas dans les gran­des mét­ro­poles impér­ial­istes (cf. « Classe ouvrière et tra­vailleurs frag­mentés » de João Bernardo dans le n°27/28 de Ni patrie ni fron­tières).

Ce numéro s’ouvre sur les extraits d’une bro­chure de l’éco­nom­iste Ernest Mandel qui expo­sait (en 1978) les posi­tions trots­kys­tes face à la ques­tion posée par l’exis­tence des bureau­cra­ties « ouvrières » qui gan­grènent les syn­di­cats et partis de gauche. Ce texte abor­dait aussi les pro­blèmes théo­riques posés par ce que Mandel osait encore appe­ler à l’époque les « Etats ouvriers » « dégénérés » ou « déformés » ! Ces régimes capi­ta­lis­tes d’Etat ayant aujourd’hui pour la plu­part dis­paru (à l’excep­tion de Cuba et de la Corée du Nord), nous avons repro­duit ici seu­le­ment les pas­sa­ges qui concer­naient les rap­ports entre les tra­vailleurs et « leurs » syn­di­cats ou partis dans les pays capi­ta­lis­tes occi­den­taux. Cette ana­lyse reste tou­jours actuelle pour la plu­part des trots­kys­tes et des néo-trots­kys­tes qu’ils soient au Nouveau parti anti­ca­pi­ta­liste (NPA), au Parti ouvrier inter­na­tio­nal (les « lam­ber­tis­tes » du POI) ou même à Lutte ouvrière (LO).

En effet, quel­les que soient les nuan­ces qui séparent offi­ciel­le­ment ces cou­rants, tous trois croient, comme Mandel, qu’il n’y a pas de mou­ve­ment ouvrier pos­si­ble sans per­ma­nents, sans appa­reils, bref sans bureau­cra­tes… De là à penser qu’il faut infil­trer ou infléchir les appa­reils syn­di­caux pour en pren­dre la tête, ou pous­ser les appa­reils « vers la gauche », il n’y a qu’un pas, d’autant plus facile à fran­chir que Mandel affirme can­di­de­ment que la bureau­cra­tie syn­di­cale ne joue aucun rôle éco­no­mique dans le système capi­ta­liste !

Après cette « mise en jambes » théo­rique, nous prés­entons six arti­cles parus dans la revue Programme com­mu­niste, éditée par le Parti com­mu­niste inter­na­tio­nal (1), appelé « bor­di­guiste » du nom d’Amadeo Bordiga, l’un des fon­da­teurs du Parti com­mu­niste ita­lien, puis de la « Gauche com­mu­niste ita­lienne », ten­dance oppo­si­tion­nelle née au début des années 20 dans la Troisième Internationale.

Le lec­teur déc­ouv­rira, en lisant leurs arti­cles, que les « bor­di­guis­tes » savaient, dans les années 60 et 80, mettre leur solide culture his­to­ri­que au ser­vice d’une ana­lyse sub­tile des gran­des ten­dan­ces du mou­ve­ment ouvrier français. Ils ne crai­gnaient pas de rendre hom­mage aux qua­lités poli­ti­ques et mili­tan­tes des anar­chis­tes et des syn­di­ca­lis­tes révo­luti­onn­aires, tout en ne leur fai­sant aucun cadeau sur le plan théo­rique et poli­ti­que. Il serait donc fort dom­mage d’igno­rer leurs réflexions.

Le lec­teur pourra se plon­ger ensuite dans une ving­taine d’arti­cles (ou d’extraits d’arti­cles) de l’Encyclopédie anar­chiste. Les auteurs nous offrent une lec­ture assez différ­ente de l’his­toire du syn­di­ca­lisme et des rap­ports entre les syn­di­cats et les partis ouvriers. Principal contri­bu­teur, Pierre Besnard décrit en détail l’évo­lution du syn­di­ca­lisme des années 1870 jusqu’en 1936. S’il cri­ti­que le par­le­men­ta­risme, prône la grève géné­rale et défend l’indép­end­ance des syn­di­cats, il se livre aussi à un curieux plai­doyer en faveur de la coges­tion des assu­ran­ces socia­les ou d’un contrôle ouvrier des entre­pri­ses capi­ta­lis­tes, peu cohérents avec la déf­ense de l’action directe ou la cri­ti­que de la démoc­ratie bour­geoise (cf. notre « compil’ » n° 4 : De la vio­lence poli­ti­que).

Ces textes sont rude­ment cri­ti­qués et pris à partie par Programme com­mu­niste dans les arti­cles qui pré­cèdent, et un dia­lo­gue fruc­tueux s’ins­taure entre les textes. Si les lec­teurs pren­nent la peine de com­pa­rer les argu­ments avancés par les uns et les autres, ils pour­ront appro­fon­dir leur réflexion sur ces ques­tions com­plexes et sortir des sen­tiers battus des habi­tuel­les polé­miques grou­pus­cu­lai­res fondées sur l’igno­rance mutuelle…

Après les hypo­thèses théo­riques auda­cieu­ses, l’his­toire des syn­di­cats et des bour­ses du tra­vail, et l’exposé des prin­ci­pes du syn­di­ca­lisme de classe, la seconde partie de ce livre est consa­crée à l’his­toire des prin­ci­pa­les grèves en France entre 1936 et 1968.

Une série d’arti­cles du men­suel Combat com­mu­niste (publiés entre 1975 et 1986) pro­pose une ana­lyse cri­ti­que du rôle des syn­di­cats et de leurs bureau­cra­ties en France, à tra­vers quel­ques dates impor­tan­tes de la lutte des clas­ses : 1936, 1944, 1947, 1948, 1953, 1955 et 1963. « Nous vou­drions mon­trer au tra­vers de cette série d’arti­cles, écrivait Combat com­mu­niste, com­ment les tra­vailleurs ont eu à affron­ter non seu­le­ment le patro­nat, le gou­ver­ne­ment, les forces de répr­ession (flics, mili­ces patro­na­les, armée) mais aussi les appa­reils syn­di­caux et les partis de gauche qui ont tou­jours trahi les espoirs que les tra­vailleurs met­taient en eux. »

Ces arti­cles ne furent pas été écrits par des his­to­riens pro­fes­sion­nels, ils contien­nent sans doute quel­ques erreurs et n’ont pas été actua­lisés. Mais ce qu’il nous importe de sou­li­gner ici, c’est que les leçons de ces conflits ont été tota­le­ment oubliées aujourd’hui par la plu­part des mili­tants de la « gauche radi­cale ».

« Oubli » lié à la volonté des bureau­cra­ties « ouvrières » de camou­fler leur fonc­tion ; à la pro­gres­sive dis­pa­ri­tion de toute for­ma­tion poli­ti­que au sein de la plu­part des orga­ni­sa­tions anar­chis­tes ou trots­kys­tes ; à l’ensei­gne­ment de l’Histoire au collège et au lycée où fas­cisme et com­mu­nisme sont présentés comme des idéo­logies équi­val­entes et les révo­lutions sur­volées très rapi­de­ment ; mais aussi aux cal­culs oppor­tu­nis­tes de l’extrême gauche, tou­jours à l’affût d’accords « tac­ti­ques » avec de fan­to­ma­ti­ques « ailes gauche » des syn­di­cats.

Aux côtés des textes de Combat com­mu­niste nous avons placé des arti­cles du syn­di­ca­liste révo­luti­onn­aire Pierre Monatte sur Juin 36 et du trots­kyste Pierre Bois sur la grève Renault de 1947 ; un arti­cle sur les grèves de 1947 paru dans Courant alter­na­tif, suivi d’une chro­no­lo­gie utile pour com­pren­dre les années 1944-1947 ; un texte de Pierre Chaulieu (plus connu sous le nom de Cornelius Castoriadis) sur les grèves de 1956 publié dans Socialisme ou Barbarie ; plu­sieurs tracts et arti­cles des Communistes Révolutionnaires/RKD sur la situa­tion franç­aise entre 1944 et 1946, quand le PCF et la CGT fai­saient retrous­ser leurs man­ches aux ouvriers au nom de l’union natio­nale et du prét­endu pro­gramme social du Conseil natio­nal de la Résistance, dont les « anti­libéraux » actuels, suppôts de la social-démoc­ratie ou du néos­ta­lin­isme, nous rabat­tent encore les oreilles.

Ce livre se ter­mine par un texte de Mouvement com­mu­niste sur mai 68 qui offre une des­crip­tion pré­cise de la plus grande grève géné­rale de l’his­toire du mou­ve­ment ouvrier français, et en sou­li­gne les points forts comme les points fai­bles.

D’autres antho­lo­gies sui­vront qui ten­te­ront de retra­cer, à tra­vers la repro­duc­tion de bro­chu­res ou d’arti­cles, les conflits qui ont marqué les tra­vailleurs dans leur lutte contre l’Etat, le Capital… et les bureau­cra­ties « ouvrières ».

Ni patrie ni fron­tières, octo­bre 2010

1. Ce groupe minus­cule aujourd’hui s’est mal­heu­reu­se­ment fait connaître des médias et de cer­tains his­to­riens réputés sérieux (Igounet, Vidal-Naquet, Dreyfus) ou ama­teurs (Bourseiller) pour avoir édité en 1960 une bro­chure cala­mi­teuse (Auschwitz ou le Grand Alibi) que ces cri­ti­ques n’ont mani­fes­te­ment pas lue atten­ti­ve­ment, et en tout cas pas com­prise, puisqu’ils la taxent de « négati­onn­isme ». En effet, si son auteur se livre à une cri­ti­que radi­cale de l’anti­fas­cisme démoc­ra­tique orches­tré par les gran­des puis­san­ces impér­ial­istes et la « gauche », ce n’est bien sûr pas pour faire l’apo­lo­gie du nazisme, pour dis­si­mu­ler l’ampli­tude de la bar­ba­rie nazie, mais au contraire pour affir­mer que pour la com­bat­tre il n’y avait pas d’autre issue que la révo­lution com­mu­niste mon­diale et la dic­ta­ture du prolé­tariat. Plus pro­saïq­uement nous dirons que son auteur (qui n’est pas Bordiga, contrai­re­ment à la lég­ende) ne s’est livré à aucune ana­lyse matér­ial­iste de la « ques­tion juive » (pas plus que Marx dans son arti­cle homo­nyme de 1844, Karl Kautsky en 1914 dans Rasse und Judentum ou le trots­kyste Abraham Léon en 1943 dans La concep­tion matér­ial­iste de la ques­tion juive). Réduisant la place des Juifs et des juifs dans l’his­toire du capi­ta­lisme aux métiers de la banque, de l’arti­sa­nat et du com­merce, cette bro­chure ne s’intér­esse ni à la pay­san­ne­rie ni au prolé­tariat juifs dont l’exis­tence n’avait pour­tant rien d’anec­do­ti­que aux XIXe et XXe siècles, et même durant les siècles antérieurs (cf. à ce sujet les quatre tomes de La société juive à tra­vers l’his­toire aux Editions Fayard). Elle ignore le rôle du Bund dans le mou­ve­ment ouvrier en Russie avant la Première Guerre mon­diale et en Pologne jusqu’à la Seconde Guerre mon­diale. Elle ana­lyse de façon mécan­iste les prét­endus fon­de­ments éco­no­miques de l’antisé­mit­isme, en igno­rant d’autres dimen­sions socia­les, poli­ti­ques et reli­gieu­ses tout aussi impor­tan­tes. Malgré tous ses défauts ou ses tares, il est par­fai­te­ment absurde et men­son­ger d’accu­ser le PCI de nier l’exis­tence des camps d’exter­mi­na­tion. On peut seu­le­ment regret­ter que le PCI n’ait pas aban­donné cet opus­cule à la « cri­ti­que ron­geuse des souris ».

Sommaire

I) Pistes de réflexion sur l’his­toire du mou­ve­ment ouvrier et du syn­di­ca­lisme en France

- De la bureau­cra­tie (Ernest Mandel),

- Socialisme et syn­di­ca­lisme dans le mou­ve­ment ouvrier français (1876-1914),

  • Cadre his­to­ri­que et social du mou­ve­ment ouvrier français, 36 ;
  • Le Parti ouvrier et l’essor syn­di­cal : le réveil ouvrier passe par la for­ma­tion du parti, 45 ;
  • Le Parti ouvrier et l’essor syn­di­cal : Le Parti ouvrier et les syn­di­cats, 58 ;
  • Le syn­di­ca­lisme révo­luti­onn­aire contre le réf­orm­isme, 71 ;
  • Le mou­ve­ment syn­di­cal en France de 1900 à 1908, 117 (six arti­cles extraits de la revue Programme Communiste)

- Encyclopédie anar­chiste , 147

  • Assurances socia­les (Pierre Besnard et A. Rey), 148
  • Atelier (Pierre Besnard), 153
  • Bourse du tra­vail (Pierre Besnard), 156
  • Chômage (Pierre Besnard), 164
  • La Commune (Sébastien Faure), 170
  • CGT (Pierre Besnard), 175
  • Contrôle ouvrier (Pierre Besnard), 198
  • Délégué, 208
  • Grève (Pierre Besnard), 209
  • Jaune (George Yvetôt), 218
  • Magasins coopé­rat­ifs (André Daudé-Bancel), 223
  • Manœuvre (E. Cotte), 225
  • Manuel (E. Rothen et A. Hillkoff), 227
  • Mouvement social (George Bastien), 237
  • Mutualité et Mutuellisme (George Bastien), 240
  • Ouvrier (Pierre Besnard), 244
  • Ouvriérisme (Jean Marestan), 246
  • Prolétariat (Lashortes), 248
  • Syndicalisme (Pierre Besnard), 263
  • Syndicalisme et anar­chisme (Errico Malatesta), 272
  • Unité prolé­tari­enne (Pierre Besnard), 277

II) Luttes ouvrières en France (1936-1968), 287

- Il y a cin­quante ans : Juin 36 (Combat com­mu­niste), 288

- La classe ouvrière reprend confiance en elle (Pierre Monatte), 297

- Luttes ouvrières 1944-1947 (Combat com­mu­niste), 312

- 1er Mai 1945 (Communistes Révolutionnaires), 320

- L’expéri­ence Berliet (Communistes Révolutionnaires), 322

- Le PC et l’URSS en 1944-1947 (Combat com­mu­niste), 329

- Maurice Thorez a dit (Communistes révo­luti­onn­aires), 332

- Ouvriers du Livre (Communistes Révolutionnaires), 334

- La grève des usines Renault (Pierre Bois), 336

- Les grèves de 1947 en France Courant Alternatif), 349

- Chronologie des grèves 1944/1947 (Courant Alternatif), 358

- 1948 : La grève des mineurs, (Combat com­mu­niste), 364

- 1950-1953 : Une pér­iode de recul (Combat com­mu­niste), 366

- Août 1953 (Combat com­mu­niste), 368

- 1955 (Combat com­mu­niste), 371

- Les ouvriers face à la bureau­cra­tie (Cornelius Castoriadis, Socialisme ou Barbarie), 374

- 1961-1963 : Les mineurs en lutte (Combat com­mu­niste), 378

- Luttes de clas­ses en France (1964-1967) (Combat com­mu­niste), 396

- Mai-Juin 1968 : une occa­sion man­quée par l’auto­no­mie ouvrière (Mouvement com­mu­niste), 403

Remerciements

Cette antho­lo­gie n’aurait pas été pos­si­ble sans le tra­vail des com­pa­gnons et cama­ra­des qui ani­ment les sites sui­vants:

http://www.sinis­tra.net/

http://ocli­ber­taire.free.fr/

http://bataille­so­cia­liste.word­press.com/

http://www.mou­ve­ment-com­mu­niste.com/

http://www.ency­clo­pe­die-anar­chiste.org/

Nous tenons aussi à remer­cier le per­son­nel de la biblio­thèque de l’ISSG, Institut d’his­toire sociale d’Amsterdam, tou­jours prêt à aider les visi­teurs.

Qu’ils soient ici, toutes et tous, cha­leu­reu­se­ment remer­ciés !

486 pages, 12 euros. (frais de port com­pris) Pour toute com­mande écrire à yves­co­le­man wana­doo.fr

Ni patrie ni frontières n° 27/28/29 (octobre 2009)

1 novembre 2009

Cliché 2009-11-01 18-56-34Présentation

Ni patrie ni frontières reparaît après un an de silence. Nous espérons que nos lecteurs ne nous en tiendront pas rigueur et que le volume et l’intérêt de ce numéro compenseront notre retard… Nous publions en même temps que ce numéro triple, une compil’ de textes (inédits ou parus dans d’autres publications) présentés dans la revue entre 2002 et 2008 : De la violence politique.
D’octobre 2008 à septembre 2009 un certain nombre de débats ont traversé les milieux militants et notre revue tente de s’en faire ici l’écho.
Tout d’abord, la crise économique mondiale, abordée par des camarades espagnols et néerlandais. Les auteurs utilisent des mots simples et le lecteur n’aura nul besoin de se plonger dans un dictionnaire pour en comprendre la teneur.
Ensuite, la revue s’interroge de nouveau sur les rapports entre les « soutiens » [voire, pour certains, les « aidants » ! (1)] et le mouvement des « sans papiers ». Ni patrie ni frontières publie des extraits d’une brochure qui, loin de tout misérabilisme ou paternalisme, relate la lutte des travailleurs « clandestins » du Comité de grève de Viry-Chatillon. Nous reproduisons aussi la réponse de la Coordination des sans-papiers 75 au tract de la CGT qui a préparé le terrain à l’intervention du commando syndical du 21 juin 2009 contre les occupants des bâtiments de la rue Charlot, à Paris, et deux autres tex-tes qui traitent des problèmes posés par cette intervention. Une ex-adhérente nous donne son avis très critique (et souvent injuste) vis-à-vis du Réseau Éducation sans frontières. Et nous nous interrogeons sur les limites de la forme Réseau à travers le compte rendu d’un livre intitulé La Chasse aux enfants. Un article analyse « La grande loterie des camps », c’est-à-dire des centres de rétention administrative, les CRA. Son auteur pose de bonnes questions mais offre une vision caricaturale de l’intervention des militants de base de la CIMADE sur le terrain, militants qui combattent les expulsions gouvernementales, même si les textes de cette organisation sont – jusqu’ici – très en retrait.
La revue s’intéresse ensuite aux courants spontanéistes du « gauchisme post-moderne » (2). Pour ce faire, après le « Manifeste pour la désobéissance générale », nous reproduisons les éléments d’une discussion réalisée, entre décembre 2007 et février 2008, avec trois militants de sensibilité libertaire autour de deux livres : Les mouvements sont faits pour mourir et L’insurrection qui vient. Bien avant donc que le second ouvrage ne devienne un « best-seller » et qu’un présentateur de la chaîne réactionnaire Fox News ne conseille aux téléspectateurs américains d’en acheter la traduction anglaise pour démasquer le « véritable ennemi intérieur » aux… États-Unis !
Au-delà des différences importantes entre ces deux ouvrages (le premier étant nettement plus intéressant que le second, exactement à l’inverse de sa promotion médiatique), l’objectif était pour nous de comprendre ce qui pouvait, après le mouvement anti-CPE de 2006, expliquer le succès de tels bouquins parmi les étudiants les plus révoltés ; il s’agissait aussi de dévoiler la confusion de l’idéologie radicale-spontanéiste, qu’elle se réclame de l’ « autonomie », du situationnisme, des « mouvements sociaux » ou d’un patchwork de références allant de Nietzsche et Foucault aux diverses versions des théories de la décroissance, en passant par un « conseillisme » privé de toute substance, car il fait totalement abstraction de l’existence et du rôle de la classe ouvrière.
Pour illustrer la répression actuelle qui frappe certains militants étiquetés « anarcho-autonomes » par les RG et les médias, il valait mieux donner la parole à certains de ceux qui ont été emprisonnés, raison pour laquelle nous reproduisons trois de leurs lettres. Claude Guillon expose ce qu’est, selon lui, la « Généalogie d’une invention » à propos de cette « mouvance » introuvable. « Des précaires » expliquent pourquoi la gauche et l’extrême gauche ont eu peur, dans un premier temps, de s’engager autour des inculpés de Tarnac. Un article de la brochure « Mauvaises intentions » n° 2 expose ce que pourrait être cette solidarité à propos de trois jeunes (Isa, Juan et Damien) dont les « affaires » n’ont jamais bénéficié de la moindre médiatisation. Et des camarades italiens donnent leur point de vue sur la stratégie de défense des inculpés de Tarnac et surtout de leurs « soutiens ». Cette partie se conclut par une « Mise au point du Comité invisible » datée du 5 février 2009, suivie d’un texte sur les mirages de l’illégalisme, auparavant publié par la revue anarchiste À corps perdu, qui nous offre une réflexion très riche à partir de l’expérience italienne et des rapports, dans l’imaginaire populaire, entre mafieux, braqueurs de banques et militants illégalistes.
Puis Temps critiques pose son regard acéré sur « Les luttes dans l’Education nationale » et leurs limites.
Nous reproduisons ensuite plusieurs textes sur les limites et l’utilité des « contre-sommets » dont l’idéologie est souvent douteuse et confuse, quoi qu’en disent les participants qui s’expriment ici. Sacha Ismail et Colin Barker dévoilent les aspects réactionnaires d’un certain anti-impérialisme de gauche, idéologie très présente dans ces « contre-sommets ». Ces deux articles constituent une bonne introduction générale aux articles et interviews sur le Venezuela. L’expérience de ce pays est souvent présentée, par ses partisans comme par ses adversaires, à travers une propagande aussi grossière que fallacieuse. D’où l’intérêt des articles à propos de la grève du métro de Caracas, de la répression antisyndicale et de la visite du « libertaire » Chomsky au Caudillo de Caracas ainsi que l’interview des camarades d’El Libertario.
La dernière intervention israélienne a Gaza a suscité, comme d’habitude, beaucoup de polémiques. Plusieurs articles expriment des points de vue différents sur Israël et le sionisme. Les « Luftmenschen » tentent de cerner les particularités de l’« antisionisme à la française », « Sinistre Spectacle » démonte le pantin qu’est Alain Soral et le Réseau Solidaire d’Allocataires relate la visite du Dieudobus à Argenteuil.
Revenant à une question qui rôdait dans le débat autour des inculpés de Tarnac, nous offrons quelques éléments de réflexion sur les rapports conflictuels entre anarchisme et insurrectionnisme (ce dernier courant étant influencé par les écrits d’Alfredo Maria Bonanno).
Dans deux articles, le groupe Mouvement communiste revient sur la grève des ouvriers de la raffinerie de Lindsay et l’échec de Total, mais aussi quelques particularités du mouvement ouvrier et syndical britannique.
Antoine Hasard présente « La Garde rouge raconte », livre d’Emilio Mentasti sur le comité d’usine de Magneti Marelli en 1975-1979.
Le Colectivo Passa Palavra (Portugal/Brésil) nous expose quels sont ses « Points de départ » et les camarades de De Fabel van de illegaal nous décrivent la situation des Antillais néerlandais dans ce paradis de la « tolérance » qu’est la Hollande…
Bonne lecture et… à bientôt (3) !
5/10/2009
Ni patrie ni frontières

1. J’ignore si ce terme est courant dans les milieux militants, mais je l’ai entendu dans la bouche d’une membre de RESF, ce qui m’a particulièrement choqué, étant donné que ce vocable fait partie du langage paramédical. Un aidant est en effet une « personne qui prête son concours à quelqu’un ayant une déficience, une incapacité ou se trouvant en situation de handicap ». On parle des « aidants » d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Comparer les « sans-papiers » à des personnes atteintes d’un handicap est pour le moins inquiétant, du moins sur le plan politique !
2. Ce qualificatif déplaira certainement aux plus radicaux d’entre eux. Bien qu’ils se retrouvent ponctuellement sur des actions ou dans des manifestations communes, il faut distinguer les courants spontanéistes radicaux (les électrons libres de l’anarchisme et de l’« autonomie ») des courants légalistes qui, parmi les altermondialistes, les « désobéissants », les écologistes, les mouvements gays, lesbiens, antiracistes, etc., ont une orientation réformiste, se sentent partie prenante de la « gauche de la gauche », voire de la gauche officielle.
Les partisans de cette gauche post-moderne légaliste désirent ardemment que leur association ou leur ONG reçoive une plus grosse part de la manne de l’Etat-providence. Ils n’imaginent même pas pouvoir « militer » sans subventions publiques et ne peuvent donc pas mordre la main qui les nourrit. Par conséquent, ils se refusent à tout affrontement avec la police (contrairement aux radicaux spontanéistes et aux gauchistes ou libertaires post-modernes). Ces lobbies citoyens (et citoyennistes) peuvent parfois gauchir un peu leur langage mais ils respectent l’ordre capitaliste, et se sont résignés à ne pas tenter de le renverser.
En ce sens, ils sont très différents des premiers mouvements féministes ou homosexuels des années 60 qui considéraient que seule une révolution sociale et socialiste pourrait libérer les femmes, briser les chaînes du patriarcat, en finir avec l’homophobie, etc. C’est ainsi qu’on est passé du FHAR à la Gay Pride (pardon, la « Marche des Fiertés ») subventionnée par les grandes entreprises et la Mairie de Paris, du MLF à la lutte pour la parité et le « respect des différences et de l’Autre » au sein des institutions bourgeoises.
3. Le prochain numéro sera composé d’un recueil de textes de Loren Goldner. Un premier volume a déjà été publié sous le nom de « Demain la révolution ». Le second contiendra uniquement des textes inédits en français.

Sommaire

Quatre crises
– Quatre crises et aucune solution en vue (Eric Krebbers, De Fabel van de illegaal), 10
– Cinq thèses fondamentales sur le capitalisme d’aujourd’hui (Balance, Cuadernos de historia), 19

Mouvements autonomes de « sans papiers » et « soutiens »
– Réponse au quatre pages de la CGT (CSP 75), 24
– Pourquoi nous refusons de quitter le boulevard du Temple, 27
– Ceux qui ont approuvé l’évacuation (blog ouvalacgt), 29
-RESF : point de vue d’une ex-militante, 33
– La chasse aux enfants, un livre du Groupe Miroir de RESF, Michel Bennassayag et Angélique del Rey (Y.C.), 45
– La grande loterie des camps, 53
– Comité de grève de Viry-Châtillon (Waara), 61

Le gauchisme post-moderne en débat 89
– Manifeste pour la désobéissance générale (Sous-Comité décentralisé des gardes-barrières en alternance), 93
– Introduction au débat sur L’insurrection qui vient et Les mouvements sont faits pour mourir, 105
– À propos de L’insurrection qui vient (débat), 113
– À propos de Les mouvements sont faits pour mourir (débat), 124

Tarnac et après ? 135
– Lettres de prison, 136 ; « Nous n’avons que trop de raisons de nous révolter » (Juan), 136 ; « Aller en taule tout en continuant à lutter pour la liberté » (Damien), 139 ; « Nous ne serons ni des boucs émissaires, ni des martyrs » (Isa), 141
– « Dissociés » italiens … et radicaux chics hexagonaux (Y.C.), 146
– Mouvance anarcho-autonome : généalogie d’une invention (Claude Guillon), 149
– La Catenaire qui cachait la Forêt, (Des précaires) 154
– Qu’est-ce que la solidarité ? 166
– Éditeur « révolutionnaire » cherche auteurs travaillant gratos, 168 ; Les rapports de classe, ça existe aussi dans l’édition dite « de gauche », 170 ; Qui tient la plume et qui remplit l’encrier ? 174 ; « Gauche radicale » : Discussions et régressions (Y.C.), 177
– Mise au point du Comité invisible, 179
– Violence et sabotage : pendant les « affaires », le débat continue (Claude Guillon), 188
– Lettre ouverte aux camarades français (Quelques anarchistes italiens), 191
– Les cendres des légendes. Pour en finir avec l’apologie illégaliste, 195

Luttes dans l’Education nationale (Temps critiques), 207

Contre-sommets, 219
– Casser du flic ou devenir indicateur ? (Y.C.) 220
– Contestation du G20. Une manifestation ou une diversion ? (Communist Workers Organization), 223
Manifester contre le G20 ? (Socialisme mondial) 226
– De la nécessité de déserter les contre-sommets illustrée par le siège de Strasbourg (Fred, CNT-AIT) 228
– Sur les contre-sommets (compte rendu d’une discussion) 233

Sur l’anti-impérialisme réactionnaire, 245
– La gauche et l’anti-impérialisme réactionnaire : la théorie de l’adaptation (Colin Barker), 246
– L’islamisme et la nouvelle gauche arabe (Sacha Ismail) 254
– Venezuela Grève des travailleurs du Métro de Caracas, 258 ; Le gouvernement bolivarien contre l’autonomie des syndicats, Rafael Uzcategui 261 ; Interviews d’El Libertario, 266 ; Chomsky, le bouffon de Chavez, Octavio Alberola, 280
– Irak : Les superstitions, les lois et les coutumes religieuses sont la honte du XXIe siècle (Houzan Mahmoud) 286

Massacres à Gaza. Sionisme et antisionisme, 291
– Pour l’arrêt immédiat de l’offensive israélienne contre Gaza ! (texte collectif), 292
– Le drame palestinien (Michel), 296
– À propos de « Pour l’arrêt immédiat de l’offensive israélienne contre Gaza » (Patsy), 297
– Questions-réponses sur le sionisme, Israël et le soutien au « peuple palestinien » (Y.C.), 299
– Sur Israel/Palestine : Guerre et génocide (Y.C.) 321
– Israel/Palestine : Guerre et génocide (Will Barnes), 322
Qui a eu raison, les sionistes ou les socialistes ? (Socialisme mondial) 331
– Un problème bien mal posé (Y.C.), 335
– Une politique internationaliste est-elle encore possible en Israël-Palestine ? (Débat révolutionnaire), 338
– Limites de l’antisionisme (11) (Y.C.), 347
– Sur l’antisionisme à la française (Luftmenschen), 355
– Antisionistes encore un effort ! (Luftmenschen), 365
– Guesdisme et antisémitisme 372
– À propos d’Alain Soral (Sinistre spectacle), 377
– La machine à précariser s’accélère, l’extrême droite de Dieudonné tente de faire diverSion (Réseau Solidaires d’Allocataires) 391

Anarchisme et insurrectionnisme 397
– Notes sur l’anarchisme insurrectionnel (Venomous Butterfly, Willful Desobedience), 399
– À propos des noyaux autonomes de base, 407
– Critique de l’insurrectionnisme (Joe Black), 410
– Quelques précisions, José Antonio Gutiérrez D., 431

International : Grande-Bretagne, Italie, Brésil, Pays-Bas
– Lindsey : une lutte empêtrée dans le nationalisme (Mouvement communiste), 440 ; suivi de L’échec de Total 458
– Préface à La Garde rouge raconte d’Emilio Mentasti (Antoine Hasard), 467
– Points de départ, Colectivo Pasa Palavra, 471
– Trafic de drogue aux Pays, un prétexte pour diffamer les Antillais 478

Prix de la revue: 12 euros, frais de port compris.

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De la violence politique

21 octobre 2009

De la violence politique

Introduction

Les questions de la violence politique et du terrorisme (ou plutôt des terrorismes) font régulièrement la une des médias, mais sont débattues également au sein des groupes d’extrême gauche, des organisations libertaires ou altermondialistes, voire des milieux « autonomes » ou « ultragauches ». Le problème de l’usage de la violence ne leur est pas indifférent car cette forme de combat politique fait partie de leur imaginaire collectif, elle fait écho au désir des individus d’aboutir le plus vite possible à un changement radical de société, voire de faire advenir, au forceps, un « autre monde », qu’il s’agisse d’un capitalisme mieux régulé, plus équitable et plus humain (comme le souhaitent les altermondialistes) ou de l’abolition du salariat, de l’Etat et de l’argent (comme le veulent d’infimes minorités radicales).
De la guerre en Irak menée au nom de l’aide à la « construction de nouvelles nations démocratiques » (1) aux massacres de Bombay en novembre 2008, en passant par les attentats de Madrid en mars 2004, de Londres en juillet 2005 et les attentats suicides de plus en plus fréquents en Afghanistan ; de la terreur que fait peser la « Résistance » irakienne sur la population à la mort lente des prisonniers d’Action directe dans les prisons françaises, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué de débattre des différentes formes de « terrorisme », de « lutte armée » ou de violence politique :
– terrorisme d’Etat américano-britannique,
– terrorisme « religieux » d’al-Quaida,
– terrorisme nationaliste d’ETA (faussement accusé des attentats de Madrid),
– terrorisme (d’extrême gauche) d’Action directe,
– terrorisme passé (réel ou supposé) des militants italiens réfugiés en France et menacés d’extradition,
– sans oublier les actes terroristes de l’armée française contre la population de la Côte d’Ivoire ou ceux de l’armée israélienne contre la population palestinienne, pour ne prendre que quelques exemples récents.
Il ne peut être question, en un seul livre, de faire le tour de ces questions complexes, d’autant que, si l’on voulait être exhaustif, il faudrait ajouter que le terme de terrorisme s’applique aussi aux méthodes de défense d’une révolution (la Commune) ou d’un Etat dit « ouvrier » (l’URSS de la guerre civile). La plupart des textes présentés dans cette compil’ ont été publiés dans le n° 2 de la revue Ni patrie ni frontières en décembre 2002 et dans le n° 11-12 en février 2005. Certains sont des traductions inédites en français, d’autres reprennent des articles déjà parus dans le passé.
Nous avons rajouté, pour ce livre, quatre articles de L’Encyclopédie anarchiste parus en 1934. Ce petit saut en arrière dans le temps peut être utile, car revenir aux classiques du mouvement ouvrier permet d’éclaircir certaines questions, notamment du point de vue des principes politiques, ainsi que de mesurer ce que nous pouvons conserver du passé et ce qui ne s’applique plus au monde actuel.
La première partie de ce livre rappelle les positions classiques de certains penseurs marxistes et anarchistes face à l’usage de la violence, au sabotage, au vol, à l’illégalisme et aux différentes formes de terrorisme.
On nous objectera qu’entre voler un pain dans une boulangerie et poser une bombe sur un marché, il n’y a aucun lien. Certes, cela ne fait aucun doute. Néanmoins, dans l’attitude des courants révolutionnaires face au non-respect ou à la violation des lois de la société bourgeoise, il y a des continuités et des ruptures.
Un révolutionnaire est un individu qui, par définition, ne respecte pas les lois existantes. Que ce soit celles d’un pays démocratique ou d’un régime fasciste.
Car ce sont les mêmes lois qui défendent le droit de propriété, et donc protègent les biens et marchandises individuels comme les bâtiments collectifs ; les mêmes lois qui prétendent défendre la vie des individus, qu’il s’agisse de celle d’un général, d’un policier tortionnaire ou d’un « civil innocent ». C’est pourquoi nous avons inclus dans cette compil’ un texte sur la position des anarchistes face au vol, même si l’immense majorité des articles de ce livre concernent la question de la violence politique contre les personnes.
Ces questions sont intimement liées, en tout cas pour nous, à l’appréciation que l’on a de l’éthique qui préside (ou ne préside pas) aux combats révolutionnaires, source de nombreuses discussions et polémiques depuis des décennies.
La seconde partie de ce livre reproduit des textes plus récents, parus depuis les années 1970 jusqu’en 2008, à propos de certaines « questions d’actualité » qui ont provoqué des débats au sein de l’extrême gauche, des milieux libertaires ou des courants dits « ultra-gauches ». Elle contient aussi des lettres de lecteurs qui expriment leurs points de désaccord ou d’accord avec certaines positions défendues par la revue.
Cette compilation ne prétend pas, bien sûr, répondre de façon définitive et exhaustive à toutes les interrogations soulevées. Les textes présentés vont de 1848 à 2008, de Karl Marx au sous-commandant Marcos.
C’est dire qu’il ne s’agit pas d’un ensemble idéologique monolithique offrant des réponses toutes faites aux lectrices et aux lecteurs. Espérons que l’arc temporel et la diversité politique choisis leur permettront de prendre un peu de distance avec les questions abordées pour mieux y réfléchir et combattre plus efficacement demain.
Y.C.
Juillet 2009

1. Traduction du concept de nation building au centre de la politique étrangère prônée par les néo-conservateurs américains.

P.S. : Le numéro 11-12 de Ni patrie ni frontières de 2004, dont l’essentiel est repris dans ce livre, avait été préparé en collaboration avec Karim Landais, décédé l’année suivante, en 2005. C’est la raison pour laquelle certaines introductions sont faites à deux voix et signées Y.C. et Karim Landais.

Sommaire

Introduction (Y.C.) 3
Présentation (Y.C.)
Karim Landais : Questions et définitions du terrorisme 6

PREMIERE PARTIE

Florilège marxiste sur le terrorisme (1849-1938) 15
Y.C. : Violence révolutionnaire et amoralisme 16
Karim Landais : Les marxistes et le terrorisme 19
Friedrich Engels, Karl Marx, V.I. Lénine, L. Trotsky 21
Léon Trotsky : La faillite du terrorisme individuel (1909) 28
Léon Trotsky : Pourquoi les marxistes s’opposent au terrorisme individuel (1912) 33

Résistance, terrorisme, défense légitime, illégalisme, vol,
violence, sabotage et action directe 39
Présentations Y.C et Karim Landais 40
Voltairine de Cleyre : L’action directe (1910) 43
A. Berkman : L’anarchisme est-il synonyme de violence ? (1929) 66
Dix articles extraits de l’Encyclopédie anarchiste (1934) :
L. Barbedette : Terrorisme 74
P. Besnard : L’action directe 78
M. Pierrot : L’illégalisme (Le vol) 85
E. Armand (88) A. Lapeyre (93) et S. Mac Say (98): L’illégalisme
G. Yvetot : Sabotage 112
J. Marestan : Violence, 126
Défense légitime, 134
G. Yvetot : Résistance, 137

DEUXIEME PARTIE

Terrorismes d’Etat, terrorisme d’extrême gauche : Fraction Armée Rouge, Brigades rouges et autonomie italienne 141
Combat communiste (1977-1979) : Le vrai terrorisme, c’est celui de l’Etat ! 142 – L’extrême gauche et la Fraction Armée Rouge, 144 – A propos de l’enlèvement d’Aldo Moro, 149– Terrorisme et communisme, 152 – Le terrorisme et les révolutionnaires, 158 – La logique d’une politique, 161
Paolo Bertella Farnetti et Primo Moroni : Collectif autonome de la Barona – Éléments pour une histoire impossible (1984), 164
Y.C. : Comparer les effets incomparables des terrorismes « noir » et « rouge » occulte des questions importantes 193
Y.C. : Attentats et « accidents de travail » : une théorie confuse et dangereuse 196
Lettre de Nicole T. (2004) 200
Lettre de Jacques Wajnsztejn. 202
Annexe : Quelques remarques par rapport à notre discussion (2004) 204
Lettre de Michel (2004) 209

Réfugiés politiques italiens
Comité pour une défense politique de Paolo Persichetti : Contre l’amnésie collective et sélective, soutenons les réfugiés politiques italiens (2004) 213
Temps critiques : Passé, présent, devenir. Des luttes italiennes des années 1970 aux extraditions d’aujourd’hui : un état d’exception permanent. (2004) 216

11 septembre et Irak
Mansoor Hekmat : Mettre fin au terrorisme est notre tâche (2001) 223
Toma Hamid : Communisme ouvrier et lutte armée en Irak 228

ETA
Sous-commandant Marcos (2002) : Extraits de lettres à l’ETA et au peuple basque 232

11 MARS 2004
AWL : Contre les terroristes ! Solidarité internationale de la classe ouvrière ! (2004) 236
Gerry Byrne : Madrid, 11 mars 2004 et « moralisme » : leur morale et la nôtre 244
Jacques Wajnsztejn : Commentaire sur l’article de Gerry Byrne (2004) 248

Sur les différentes formes de lutte armée (2008) (Y.C.) 251

270 pages, 10 euros (frais de port inclus)

Les textes se trouvent aussi sur le site mondialisme.org, rubrique Ni patrie ni frontières

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Grève à Ssangyong (Corée du Sud)

22 juillet 2009

La lutte à Ssangyong Motor continue (27 juillet)

Ce témoignage nous a été envoyé par un travailleur d’une usine voisine qui soutient la grève.

(Pour ceux qui entendent parler de cette grève pour la première fois, elle concerne une occupation d’usine à Pyeongtaek, Corée du Sud, qui a commencé le 22 mai 2009 quand la direction a annoncé des mises à la retraite anticipée et le licenciement de 2 000 des 7 000 ouvriers près de Séoul.)

Depuis qu’une ordonnance de la cour a été prise le 20 juillet 2009, plus de 3 000 policiers anti-émeute, notamment une unité de rangers, tentent de s’emparer de l’usine et ont ordonné aux travailleurs de quitter l’entreprise. Après que les ouvriers ont rejeté cet ordre, les flics ont lancé une série d’attaques contre les travailleurs qui occupent l’usine depuis 7 jours consécutifs, et ils ont recruté pour cette attaque des voyous et des jaunes qui font partie des individus non licenciés.

Les défenseurs de l’ordre mènent en même temps une propagande idéologique constante, et un hélicoptère de la police vole à basse altitude pour empêcher les travailleurs de dormir, les épuiser et les provoquer.

Ils ont coupé l’approvisionnement en eau et en gaz et de l’usine et ils refusent l’entrée à toute aide humanitaire médicale. (L’électricité a été laissée pour empêcher la peinture et d’autres matières inflammables dans l’usine de peinture de se décomposer.)

Depuis le 21 juillet, la police lance des grenades lacrymogènes à partir de ses hélicoptères sur les travailleurs qui sont placés sur le toit du département peinture. Elles contiennent un gaz toxique qui peut faire fondre le caoutchouc éponge.

Par intermittence, lorsque les policiers anti-émeute essayent d’entrer dans l’usine de peinture, ils se servent d’une arme de tir utilisant 50 000 volts ainsi que des clous, tandis que les briseurs de grève emploient des frondes pour bombarder les grévistes à partir de l’immeuble d’en face.

Naturellement, nous luttons contre la police avec des barres de fer et des cocktails Molotov dans la rue en face de l’usine pour défendre la grève.

Environ 700 travailleurs sont enfermés dans l’usine et ils mangent une boule de riz chaque jour et boivent de l’eau de pluie bouillie. Bien que de nombreux travailleurs aient été blessés au cours de la lutte, ils poursuivent leur lutte avec détermination.

Le 20 juillet, la femme d’un responsable syndical s’est suicidée à son domicile. Même si son mari n’était pas sur la liste des licenciés, il participait à la lutte, malgré plusieurs menaces de la direction. Son épouse avait seulement 29 ans. Jusqu’à présent, cinq personnes sont mortes ou se sont suicidées en liaison avec cette grève.

Les syndicats ont appelé aux grèves suivantes:

22 juillet : le KMWU (Korean Metal Workers Union, qui organise l’usine) a appelé à 4 heures de grève.

Le 23 Juillet : KMWU: 6 heures de grève.

Le 25 juillet KCTU (Korean Confederation of Trade Unions) a tenu un rassemblement en face de la gare de Pyeongteck.

Le 25 juillet, les travailleurs et d’autres participants, armés de barres de fer et de pierres extraites du trottoir, se sont affrontés à la police anti-émeute à la fin de ce meeting, tout en essayant de marcher vers les portes de l’usine de Ssangyong. Une attaque brutale de la police nous a forcé à nous retirer et à quitter les abords de l’usine. Des combats ont continué jusque tard dans la nuit dans les rues de Pyeongtaek.

Les syndiqués de la KMWU doivent en principe participer à 6 heures de grève générale le 29 juillet, mais il est difficile de mobiliser tous les membres du syndicat pour cette grève. La direction cherche à miner le moral des grévistes, en prétendant qu’elle va être acculée à la faillite.

Face à la pression croissante de certaines organisations de la société civile, et de certains députés, la direction et le syndicat de Ssangyong devaient se réunir le 25 juillet 2009. Mais la direction a annulé cette réunion, unilatéralement, pour le seul motif fallacieux que les travailleurs lançaient encore des boulons contre les flics et qu’elle ne peut pas accepter la revendication du syndicat d’annuler les licenciements et de payer, par rotation, les travailleurs licenciés en puisant dans les fonds de retraite.

La direction du syndicat a rejeté cette concession, et maintenu les licenciements.

Aujourd’hui (27 juillet), les travailleurs de Ssangyong ont tenu une conférence de presse et organisé un autre rassemblement en face de l’usine de peinture, pour échapper pendant quelques heures à l’atmosphère étouffante qui règne à l’intérieur du bâtiment.

Les revendications de ce rassemblement étaient les suivantes:

1) Retrait de la police
2) négociation directe avec le patronat et le gouvernement
3) Clôture de l’enquête pour utilisation illégale de la technologie du moteur hybride diesel.

Enfin, pour conclure, je citerai les dernières phrases de la conférence de presse :

«…. Nous avons fait de notre mieux pour résoudre ce conflit de façon pacifique et par le dialogue. Néanmoins, si ce genre de répression brutale, meurtrière se poursuit, nous déclarons ouvertement notre volonté résolue de lutter jusqu’à la mort. Nous qui sommes rassemblés ici sommes prêts à montrer notre détermination à mourir non seulement en tant que travailleurs mais aussi en tant qu’êtres humains. Nous allons nous battre sans compromis, récupérer nos droits et rentrer chez nous quand nous gagnerons. »

PS. Au moment où je suis allé me coucher, j’ai appris que les policiers avaient lancé une autre attaque brutale contre les travailleurs. Les jours qui suivent seront décisifs.

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Pour plus de détails sur la classe ouvrière de Corée du Sud on lira avec profit l’article de Loren Goldner paru dans le numéro 23-24 de la revue Ni patrie ni frontières

http://www.mondialisme.org/spip.php ?article1108

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22 juillet 2009

Ce petit article nous a été envoyé par un camarade coréen qui travaille dans une usine voisine. La grève de Ssangyong représente la confrontation de classe la plus importante depuis des années en Corée du Sud. (Ni patrie ni frontières)

Après que nous ayons terminé l’équipe de nuit à 05h30 ce matin (mardi 21 juillet) nous nous sommes rendus à la porte de l’usine Ssangyong où la lutte continue comme hier. Entre 09 h 00 et 10 00h du matin, de nombreux cars bourrés de flics anti-émeute sont arrivés devant cette porte, en même temps qu’une vingtaine de camions de pompiers.

Alors que 2000 flics anti-émeute essayaient de s’approcher du Département peinture, les ouvriers ont riposté avec un énorme lance-pierres et parfois des cocktails Molotov. Ce lance-pierres tire des clous et des boulons. Sa portée est de 200-300 mètres et traumatise l’ennemi.

Des pneus enflammés ont été installés par les ouvriers pour empêcher les flics d’avancer, et le ciel au-dessus de l’usine était noir de fumée.

L’entreprise a coupé l’eau et le gaz et a imposé un blocus total de l’usine, empêchant les ouvriers de recevoir toute aide matérielle extérieure, y compris médicale. La direction semble tenter une stratégie d’épuisement, pour faire sortir les ouvriers de l’usine « spontanément ».

En rentrant du champ de bataille pour reprendre le boulot en équipe de nuit, j’ai appris qu’un hélicoptère des flics lançait des gaz lacrymogènes contre des ouvriers qui se battaient sur les toits des maisons. Aujourd’hui, mardi 21 juillet, la KCTU (Korean Federation of Trade Unions, la centrale syndicale la plus importante) a décrété une grève générale, principalement dans le but de soutenir la grève de Ssangyong du 22 au 24 juillet, et a décidé d’organiser des manifestations ouvrières dans tout le pays samedi 25 juillet.

Le KMWU (Korean Metal Workers Union – syndicat des métallos, qui organise les ouvriers de Ssangyong), syndicat le plus important affilié à la KCTU, lancera lui aussi une grève les 22 et 24 juillet pour soutenir Ssangyong et les négociations en cours. Donc demain plus de 5000 ouvriers seront à la porte principale de Ssangyong, et de nouveaux combats auront lieu.

Ssangyong

Venezuela: les travailleurs du Métro de Caracas ne se laisseront pas plumer !

22 mars 2009

[Voici le texte d’un tract distribué le 19 mars 2009 dans le principal système de transport urbain de la capitale vénézuélienne. Nous avons intégré entre parenthèses quelques notes pour mieux comprendre ce conflit et ses acteurs. El Libertario (Venezuela)]

Nous, travailleurs du métro, ne voulons pas renoncer au contrat homologué

Cela fait maintenant presque un mois que s’est tenue la plus importante assemblée impulsée et dirigée par les travailleurs super motivés du Métro de Caracas, afin de défendre de façon unitaire le contrat qui a satisfait à toutes les démarches légales pour être homologué par le ministère du Travail. Depuis cette date, le moral et la décision des travailleurs du métro n’ont pas varié : nous exigeons le respect du contrat homologué.
Il y a quelques jours, le gouvernement a demandé au peuple de le soutenir pour faire passer son amendement constitutionnel (il s’agit de celui permettant à Chavez de se représenter encore plusieurs fois aux élections présidentielles, NdT), mais il a par contre dressé toute une série d’obstacles contre nous dans le seul but de briser notre moral et de nous imposer un contrat au rabais, un contrat de famine. En effet, le gouvernement pense que s’il réussit à imposer aux travailleurs du métro un tel contrat, il pourra alors l’imposer à d’autres secteurs qui sont également en lutte.

Il s’agit d’une politique désastreuse, néfaste. Tout d’abord, le président Hugo Chávez a commencé par nier que « la crise du capitalisme puisse toucher le Venezuela ». Ensuite, il a déclaré que « si les prix du pétrole tombaient à zéro », cette crise ne nous toucherait pas non plus.
Enfin, le gouvernement s’est retrouvé coincé avec la patate chaude et le 15 Février, une fois que l’amendement constitutionnel a été adopté, il a fini par « admettre » que nous sommes en crise et par proposer de nous serrer la ceinture.

Puis nous avons entendu, à Ciudad Piar, la DISIP (la police politique) et la DIM ( les services secrets de l’armée) lancer toutes sortes de mena-ces à l’encontre des travailleurs d’autres entreprises dans l’Etat de Guayana (une zone industrielle au sud-ouest du pays, berceau de grandes industries de base). Un tel déploiement de sincérité est accablant. Le gouvernement parle désormais, mais surtout agit, de façon claire et il prétend se décharger sur nos épaules, nos familles et celles du reste des travailleurs dans le pays, de tout le poids de la crise capitaliste dont souffre l’humanité, en nous imposant des contrats de misère.
Pour couronner le tout, il nous vante les bienfaits du programme Madres del Barrio (programme gouvernemental d’aide sociale), comme si nous voulions retirer du budget de ces missions les ressources financières nécessaires pour respecter le contrat signé et homologué. On nous attaque en prétendant que ce contrat coûterait trop cher au pays, alors que l’unique chose qui coûte trop cher au pays c’est cette prétendue « transition au socialisme » fondée sur les salaires et les conditions de vie privilégiés des députés, des ministres, des présidents de sociétés, et du ministre des Affaires étrangères qui prétend non seulement être un fonctionnaire de l’Etat mais aussi un dirigeant syndical.
Il s’agit d’une campagne de terreur dans le seul but de casser notre moral.

Et nous devons la dénoncer avec force. Cette campagne est menée par Claudio Farias (président du Metro de Caracas), le ministre Diosdado Cabello (haut fonctionnaire et l’un des chefs de file de la bolibourgeoisie), Nicolas Maduro (actuel ministre des Affaires étrangères et boli-bourgeois notoire, qui a autrefois été syndicaliste du métro), et Francisco Torrealba (bureaucrate syndical super-chaviste) et avec l’assistance du Président Hugo Chávez, comme il l’a lui-même admis dans son discours à Ciudad Piar.

Ils unissent donc leurs efforts et mettent le paquet afin de ruiner les aspirations des travailleurs du Metro, et créer un précédent pour les autres travailleurs de ce pays. Tout cela n’a rien de socialiste. Derrière ce discours, se cachent la barbarie de l’exploitation capitaliste et l’intention claire de nous faire payer la crise, à nous les travailleurs.
Nous avons déjà mis en garde contre le rôle que joue le syndicat lors de l’assemblée du 17 février, et nous demandons la démission de sa direction. Cette équipe syndicale n’a jamais été à la hauteur de nos exigences, elle n’a pas montré la solidité et la détermination nécessaires durant la période de discussion du contrat, et encore moins durant la période conflictuelle qui s’est ouverte ensuite. Après avoir organisé cette assemblée, la direction du syndicat n’a plus jamais consulté les travailleurs et n’a fait aucun effort pour organiser la pression des travailleurs et les mobiliser. Elle fait courir le bruit que, dans quelques heures ou quelques jours, elle arrivera à conclure un accord « intermédiaire » avec la société du Métro de Caracas, et nous devons être vigilants, car il est très probable qu’elle va essayer d’imposer ce nouveau contrat au rabais sans consulter les travailleurs. Cela s’appelle une trahison, cela n’a pas d’autre nom, la trahison de nos revendications votées lors de l’assemblée du 17 février, pour défendre le contrat homologué.

Nous, travailleurs du métro, faisons appel à tous les travailleurs du pays. Nous lançons un avertissement solennel pour que tous soient vigilants et empêchent cette mesure que tente de nous imposer le gouverne-ment, qu’ils l’empêchent de briser la lutte et les aspirations des travail-leurs. Ce gouvernement qui veut bloquer les droits des travailleurs, limi-ter voire de suspendre notre droit d’avoir une convention collective, res-treindre le fonctionnement libre et autonome de nos syndicats et s’ingérer dans leur fonctionnement, menacer notre droit à la grève, en nous en-voyant la Garde nationale (cette garde « bolivarienne » est une police militarisée traditionnellement chargée de réprimer les protestations sociales) et la DISIP pour qu’elles encerclent les installations du métro. Cela, ce n’est pas le chemin vers le socialisme. Sans la lutte autonome des travailleurs, jamais nous n’avancerons vers le socialisme.

Le paternalisme et l’intervention de l’État n’ont qu’un seul but: que nous, les travailleurs, payons la crise et nous, travailleurs du métro de Caracas, le refusons. Nous ne renonçons pas à notre contrat homologué, nous rejetons toute tentative du syndicat de le modifier dans notre dos, et appelons à la constitution d’un vaste réseau de soutien et de solidarité avec notre lutte.

(Traduit par Ni patrie ni frontières, mondialisme.org)