Bouët (1880-1969)

Louis Bouët

Gabrielle et Louis Bouët au congrès de Grenoble (1926)

Né le 6 avril 1880 à Montfaucon-sur-Moine (Maine-et-Loire), mort le 9 juillet 1969 à Saumier (Maine-et-Loire) ; militant syndicaliste révolutionnaire de la Fédération nationale des instituteurs, élu au comité directeur du Parti communiste lors du congrès de Marseille (décembre 1921), démissionna le 8 février 1922.

Né à vingt kilomètres de Cholet, Louis Bouët fut élevé par un père sabotier et cafetier, anticlérical et peu fortuné. Un grand oncle ecclésiastique offrit de payer pension pour qu’il entre au petit séminaire et devienne prêtre. Mais, Louis n’avait pas la foi et préférait être instituteur. Il servit de moniteur au maître qui l’avait conduit au Certificat d’études primaires et qui le fit travailler après la classe. En même temps l’enfant gagnait quelque argent de poche chez un receveur de l’enregistrement. C’est ainsi qu’il fut reçu en 1897 à l’École normale d’Angers. C’était le temps de l’« Affaire » et Louis Bouët subit l’influence du directeur de l’école, dreyfusard et socialiste. À sa sortie de l’EN, il fut nommé à Trélazé puis, peu après, à Saumur où il resta deux ans, jusqu’à son départ au service militaire. À Saumur, il fréquenta Émile Masson qui le familiarisa avec les doctrines libertaires. Il fit la connaissance de Gabrielle Dechézelles (voir Gabrielle Bouët*), comptable dans une épicerie en gros, qu’il aida à préparer le Brevet élémentaire. Un petit héritage permit le retour au collège et le succès au Brevet supérieur. Gabrielle s’unit alors à Louis Bouët et, désormais, l’on ne connut plus que « les Bouët » dans le mouvement syndicaliste des instituteurs. Ils eurent trois enfants.

Il serait long de retracer les étapes de l’action militante du ménage et nous ne retiendrons ici que les plus marquantes.

En décembre 1905, ils signèrent le Manifeste des instituteurs syndicalistes. Au lendemain du congrès de Chambéry, août 1912, ce sont eux qui rédigèrent le Manifeste des instituteurs syndiqués dont Imberty de la Dordogne et les Mayoux de la Charente eurent l’idée première. Lorsque l’existence même du syndicat fut menacée, au temps du congrès semi-clandestin de Bourges, 1913, ils firent front et contribuèrent à la survie du mouvement.

Un des amis de Louis le voyait alors ainsi : « Grand et mince, d’aspect sévère, la parole lente et fortement articulée, le geste sobre » et ajoutait : « Il témoigne d’une très grande maîtrise de soi, d’un inaltérable sang-froid ; il domine facilement l’auditoire qu’il séduit par la logique, la netteté, la sincérité de son exposé » (Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit. t. I. p. 148.) Et dans son ouvrage Heures héroïques, M. Poperen, qui l’a bien connu et a milité avec lui, l’a décrit ainsi (cf. p. 164) :

« Grand, d’abord sévère, ayant un peu l’allure austère d’un clergyman, Bouët est bien, en fait, – au physique comme au moral – un homme du terroir vendéen, solide comme le granit qui en constitue les assises ou comme ces hauts chênes altiers qui en furent la sombre et magnifique parure, durant tant de siècles. Il est de ces hommes tout d’une pièce, qui se donnent sans retour, identique en cela à ces ancêtres qui, cent ans plus tôt, ralliaient la révolte vendéenne et aux cris de « Dieu et le Roy « , avec fougue et une implacable dureté, combattaient les armées de la République […] « Bouët était incontestablement de la même trempe que ces hommes du passé. Son combat était autre, son idéal tourné vers l’avenir mais il y apportait la même foi, le même esprit résolu, la même abnégation. »

La Première Guerre mondiale fut l’heure de vérité pour tous ceux qui avaient voté sans y croire ou sans réfléchir des ordres du jour révolutionnaires et internationalistes. Les Bouët furent au nombre de ceux, peu nombreux, qui demeurèrent eux-mêmes et ils furent opposants sur le double plan : politique – Louis Bouët avait adhéré au Parti socialiste SFIO en 1906, partisan de G. Hervé avant 1914, réformé : il mena l’action anti « union sacrée » au sein de la Fédération socialiste de Maine-et-Loire – et syndical, aux deux congrès de la Fédération tenus à Paris, août 1915 et juillet 1916.

Au lendemain de la guerre, au congrès syndical de Tours, août 1919, Louis Bouët devint secrétaire fédéral pour deux ans et posa alors les fondements d’une Internationale de l’enseignement. Ensuite, il se consacra à l’École Émancipée pendant quinze ans, 1921-1936.

Signataire de la motion Cachin-Frossard pour le Comité de la IIIe Internationale, Louis Bouët représenta le Maine-et-Loire au congrès de Tours (décembre 1920). Un orateur ayant fait allusion à ses « réserves sur la tactique syndicale » (compte rendu p. 146) il intervint le 27 décembre 1920 pour confirmer sa position : « il ne doit pas y avoir subordination d’une organisation à une autre, il doit y avoir accord ». Les militants du Maine-et-Loire le désignèrent comme secrétaire de la Fédération communiste naissante et lui confièrent la direction de l’Anjou communiste. Son ami Léon Trotsky, qu’il avait connu en août 1916, l’encourageait à accepter des postes de responsabilité à la direction du Parti communiste pour renforcer le courant de gauche. Le congrès de Marseille réuni en décembre 1921 le désigna au Comité directeur mais, Bouët en démissionna le 8 février 1922. En l’absence d’explication de l’intéressé (il déclara seulement ne pas pouvoir assister aux séances, Bulletin communiste 16 février 1922) nous pouvons avancer deux éléments éclairant ce départ. Syndicaliste avant tout, Bouët avait décidé de consacrer l’essentiel de son temps à la direction du journal l’École Émancipée, ainsi refusa-t-il lors du congrès CGTU de Saint-Étienne (juin 1922) de siéger au Bureau confédéral auquel il venait d’être élu. Mais surtout, Louis Bouët n’était pas assez convaincu de la justesse de certaines directives de l’Internationale communiste pour s’en faire le porte-parole : à la ŒŒconférence des secrétaires fédéraux, le 22 janvier 1922, il se prononça contre le Front unique en précisant : « si l’Exécutif a proposé cette résolution, il doit avoir ses raisons. Il faut proposer une solution d’attente » (l’Humanité, 23 janvier 1922). Selon des documents internes du Parti communiste, le bureau politique aurait décidé de lui offrir le secrétariat général de l’Humanité en avril 1924, après la démission d’Alfred Rosmer. Cette proposition resta sans suite, vraisemblablement en raison du refus de Bouët. En désaccord déclaré avec la politique du Parti, il le quitta vers 1927 et adhéra en 1930 au Cercle communiste démocratique.

Louis Bouët et sa femme connurent la répression : réprimande, déplacement d’office, révocation même pour Louis Bouët du 8 août 1920 à février 1925. En juin 1940, il fut arrêté et interné pendant huit mois en Dordogne. À la Libération, il participa à la reconstitution de la tendance École Émancipée qu’il soutint jusqu’à sa mort en 1969.

Bouët signa un long article dans la tribune de discussion dans L’École libératrice le 5 février 1948 titré « Pour l’autonomie du SI et de la FEN », en se présentant Représente comme « un militant du rang, resté attaché au syndicalisme révolutionnaire et qui a vécu toutes les luttes depuis le début du siècle ».

ŒUVRE : Trente ans de combats, 502 p., (1973), monographie du syndicat des instituteurs de Maine-et-Loire, 1905-1935. — Les Pionniers du syndicalisme universitaire, édition de l’E.E. s.d. — Les Militants du syndicalisme universitaire. Ceux de la relève, édition de l’EE, s.d. — Le Syndicalisme dans l’enseignement, Saumur, 1924, 32 p. — En collaboration avec Bernard, Dommanget, Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit.
Les archives de Louis et Gabrielle Bouët sont déposées à l’IFHS.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090 et F7/13743. Arch. PPo. 96. — Arch. J. Maitron. — BMP, bobine n° 62. — « Bibliographie de la correspondance du Fonds Louis et Gabrielle Bouët, 1903-1922 », Les Cahiers du CERMTRI, n° 9, (s.d.). — Ouvrages cités à Œuvre. — M. Ferré, Histoire du Mouvement syndicaliste révolutionnaire chez les instituteurs. Des origines à 1922, Paris, 1955. — Le Congrès de Tours : Édition critique, op. cit. — Note de Jacques Girault.

Jean Maitron, Claude Pennetier

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4 Réponses to “Bouët (1880-1969)”

  1. Les instituteurs et la scission syndicale (Bouët, 1922) « La Bataille socialiste Says:

    […] instituteurs et la scission syndicale (Bouët, 1922) Par lucien Article de Louis Bouët dans l’Humanité du 6 avril […]

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  2. « L’Ecole émancipée » (Bouët, 1921) « La Bataille socialiste Says:

    […] de Gabrielle et Louis Bouët dans l’Humanité du 14 septembre […]

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  3. L’Internationale de l’Enseignement (Bouët, 1922) « La Bataille socialiste Says:

    […] de l’Enseignement (Bouët, 1922) Par lucien Article de Louis Bouët paru dans l’Humanité du 29 juin […]

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  4. Comment dans sa classe perturber le déterminisme social de l’école. | Acteur et instrument Says:

    […] le pacifisme (Ismaël Audoye, Marcel Berge, François Bernard, Julie Bertrand, Alexandre Blanc, Gabrielle Bouët, Louis Bouët, Paul Briard, Hélène Brion, Claude Calzan, Lucie Colliard, Jean Cornec, Jostte Cornec, Paul […]

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