Gautier (1881-1965)

Maurice Gautier

Né le 30 décembre 1881 à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 18 juin 1965 à Oissel (Seine-Inférieure) ; menuisier aux chemins de fer de l’État ; syndicaliste unitaire ; militant communiste, puis oppositionnel ; maire d’Oissel (1929-1944), député de Seine-Inférieure (1924-1928).

Fils d’un voyageur de commerce, abandonné par ses parents, Maurice Gautier fut élevé par l’Assistance publique et ne put fréquenter l’école que jusqu’à l’âge de dix ans. Employé comme ouvrier agricole, il entra aux Chemins de fer de l’État après son service militaire et adhéra à la CGT en 1906, puis au Parti socialiste l’année suivante.

Secrétaire de la section d’Oissel du syndicat des cheminots de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure), il provoqua un mouvement de grève dans son atelier ; sanctionné par la direction, il fut déplacé à Rennes le 25 juillet 1913. Secrétaire des cheminots de Rennes de 1914 à 1916, il réussit à se faire renommer à Sotteville où il revint le 1er décembre 1916.

Élu secrétaire de la section d’Oissel en 1917, Maurice Gautier entreprit une active propagande en faveur des minoritaires et réussit à supplanter Edmond Dubois, le secrétaire de l’Union départementale, à la tête des cheminots de Sotteville. Secrétaire en mars 1918, il fut délégué au congrès de Saintes, porte parole des minoritaires et c’est lui qui présenta leurs thèses en juin 1918.

En conflit permanent au sein de l’Union départementale, avec le bureau majoritaire, il développa une intense propagande en faveur des minoritaires aidé de ses « lieutenants » Gustave Blard, François Mauge, Charles Hardy, Gaston Raulin, Émile Bachelet et d’influents militants comme Victor Engler, Germaine Goujon, Louis François, Georges Delahaye…

Délégué à tous les congrès confédéraux ou fédéraux, il lança les cheminots dans une grève surprise le 8 novembre 1919, pour protester contre le non-paiement d’un rappel au personnel temporaire. En dépit de l’échec du mouvement, il réussit à faire lever les sanctions que la direction avait prises à l’encontre des grévistes. Après avoir dirigé la grève de février-mars 1920, il fut poursuivi pour provocation de militaires à la désobéissance et propagande anarchiste, mais il fut acquitté par le tribunal de Rouen en avril 1920.

Maurice Gautier organisa la grève des cheminots, et se préparait à diriger la lutte syndicale dans le département, lorsqu’il fut arrêté le 3 mai en compagnie de Gustave Courage. Transféré peu après, à Paris, il fut incarcéré à la Santé avec les autres dirigeants minoritaires.

Révoqué des chemins de fer dès le 5 mai, il publia plusieurs articles dans la Vie ouvrière, sous le pseudonyme de Maurice Auclou. Il fut remis en liberté le 23 juillet 1920 et bénéficia d’un non-lieu le 28 février 1921.

Au cours de l’été 1920, il s’associa à son ami Gustave Courage, et ils ouvrirent un commerce de légumes à Oissel. Tous deux adhérèrent au PC dès le début de l’année suivante ; puis Maurice Gautier abandonna son commerce de légumes pour assister au congrès de l’UD qui s’ouvrit à Dieppe le 3 juillet 1921. Les minoritaires ayant obtenu la majorité des mandats, il fut élu secrétaire de l’UD.

Après la scission de décembre, il constitua l’Union départementale unitaire dont il fut élu secrétaire. Une carte de représentant de commerce favorisa alors une intense propagande afin de reconstituer les organisations « squelettiques » et faire adhérer les syndicats hésitants à la nouvelle Confédération.

Au cours de l’été, il dirigea avec Quesnel la grande grève des métallos tandis que, sur le plan politique, il s’imposait comme le principal dirigeant après une condamnation à trois mois de prison, pour un violent discours prononcé le 12 janvier 1923 contre l’occupation militaire de la Ruhr. Trois jours après sa sortie de prison, il fut réélu triomphalement secrétaire de l’UDU le 8 juillet.

Moins d’un an plus tard, le 11 mai 1924, il fut élu député de Seine-Inférieure avec 25 624 voix dont 3 395 à Rouen. Le 5 octobre, il était élu conseiller municipal d’Oissel, fonction qu’il conserva l’année suivante aux élections du 5 mai. Il confia alors l’UD à Victor Caruel pour se consacrer à son mandat, tout en conservant la gérance du Communiste du Nord-Ouest puis en septembre 1926 du Prolétaire normand, l’organe du PC en Seine-Inférieure et dans l’Eure (assumant la responsabilité des articles publiés, il fut plusieurs fois condamné en 1926 et 1927).

Maurice Gautier reçut un blâme du comité central, pour avoir fait circuler la lettre des 250, octobre 1925, dont il avait été le rédacteur (« j’en suis l’auteur, et je le revendique hautement, avec quelques-uns de mes camarades », déclara-t-il au congrès de Lille, en juin 1926.

L’écho de cette lettre au comité exécutif de l’Internationale communiste lui permit d’intervenir longuement, et à plusieurs reprises, à la séance du 22 juin. Il expliqua la situation du groupe parlementaire, dit pourquoi il avait pris l’initiative de la Lettre et, en soulignant les divergences entre Semard, Treint et Doriot, conclut : « Un parti qui n’a pas d’opinion, qui n’a pas de tendances, est un parti qui meurt. » (compte rendu, p. 230, 236 et 245). Lorsque le Bureau politique décida le 17 février 1926 d’exclure Victor Engler* et Germaine Goujon, il se fixa pour objectif d’essayer de retenir Gautier qui serait cependant convoqué devant la commission de contrôle (I.M.Th., bobine 149). Celle-ci le blâma « sévèrement et publiquement » pour avoir, à la conférence du rayon de Rouen le 3 mars 1926, voté contre les exclusions (113 pour, 2 contre). Plusieurs cellules auraient réclamé sa mise hors du parti mais la direction ne donna pas suite.

À la Chambre des députés, Maurice Gautier avait défendu les intérêts des marins-pêcheurs et des cheminots, en particulier de ses collègues révoqués en 1920. Lors des élections législatives des 22 et 29 avril 1928, M. Gautier se présenta dans la 2e circonscription de Rouen mais fut battu au second tour par l’industriel Edmond Blondel, avec 9 736 voix contre 11 398. La même année, il entra comme communiste au conseil général. Bientôt Gautier se rallia à la Révolution prolétarienne, tendance syndicaliste révolutionnaire animée par Pierre Monatte. Le Comité central du Parti communiste lui demanda de renoncer à son mandat de conseiller général et, devant son refus, l’exclut le 19 avril 1929.

Maurice Gautier constitua alors une liste de communistes indépendants avec laquelle il conquit la municipalité d’Oissel le 5 mai 1929. Le mois suivant, Gautier, Victor Engler* et Germaine Goujon tentèrent de regrouper les militants oppositionnels autour d’un « grand journal défendant les idées d’un Parti communiste libéré du joug de Moscou ». Ça ira du 21 janvier 1930 annonça son ralliement au Parti ouvrier paysan (POP) qui en fusionnant avec l’Union socialiste communiste (USC) devint, à la fin l’année 1930, le Parti d’unité prolétarienne (PUP). Il fonda avec son vieil ami Émile Bachelet une section pupiste à Oissel et fut candidat au PUP aux élections législatives d’avril 1936. Il rejoignit en mars 1937, avec la majorité des militants du PUP, le Parti socialiste SFIO et créa une section dans sa ville. M. Gautier qui avait sollicité sa réintégration aux Chemins de fer de l’État en novembre 1928, obtint satisfaction à une date non précisée (avant 1932). Il resta maire d’Oissel jusqu’en 1944.

Retraité à Oissel, veuf de Louise, Julianie Pitte, il mourut à l’âge de quatre-vingt-trois ans, le 18 juin 1965.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13091, F7/13093, F7/13256, F7/13261, F7/13619. — Arch. Dép. Seine-Inférieure, 4 MP 2604. — I.M.Th., bobines 149, 166, 222, 279, 741. — Le Prolétaire normand, passim. — La Dépêche de Rouen, passim. — Le Réveil ouvrier, organe de l’Union départementale CGT, 1918-1921. — La Révolution Prolétarienne, 1er mai 1929. — Compte rendu du congrès communiste tenu à Lille en juin 1926, Paris, Bureau d’éditions, 1927. — Le Travailleur (ronéoté), n° 25, février 1929 (édité par la cellule des Tréfileries du Havre, février 1929, exemplaire dans Arch. Nat. F7/13118). —Ça ira, 1930. — L’Unité, n° 97, 6 octobre 1934. — Cahiers du Bolchevisme, 1er février 1927. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, t. II, Paris, Presses Universitaires de France, Paris, 1962. — Renseignements fournis par la mairie d’Oissel, 7 septembre 1981. — Notes de Jacques Girault, Jean Maitron et Claude Pennetier.

Marcel Boivin (notice dans le Maitron)

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