Archive for the ‘Documents historiques’ Category

U.R.S.S. ou U.S.A.? (Lefeuvre, 1947)

11 juin 2014

Paru dans Masses (N° d’octobre-novembre 1947).

LE 5 octobre, l’Humanité publiait un communiqué relatif à la conférence d’information de quelques partis communistes, et nous avisait qu’un bureau d’informations avait été créé entre un certain nombre de partis communistes appartenant tous à l’Europe continentale et que ce bureau aurait pour tâche « d’organiser l’échange des expériences et, en cas de nécessité, la coordination de l’activité des partis communistes sur la base d’un libre consentement ».

Nos amis pourront lire dans ce numéro le texte de la déclaration qui accompagnait le communiqué. Cette déclaration nous avons tenu à la publier car elle marque le début, inévitablement, d’une nouvelle politique des partis communistes en France et en Europe. Elle vise surtout à modifier la tactique des partis communistes en France et en Italie qui depuis la libération s’étaient comportés comme des groupements parlementaires et électoraux réclamant la participation au pouvoir, y participant le cas échéant. Désormais, ces partis passeront à l’attaque et leurs coups les plus durs seront réservés aux partis socialistes, comme autrefois en Allemagne (en russe surtout) où elle contribua puissamment à la prise du pouvoir par Hitler. Les réactions à cette déclaration ont été diverses dans le monde. La presse américaine, en général, devant la formation du Kominform a demandé de renforcer l’aide à l’Europe occidentale ; le New-York Times, par exemple, écrivait le 7 octobre : « La première mesure qui s’impose est le relèvement de l’Europe occidentale grâce à l’application immédiate de la doctrine de Truman et du plan Marshall ». Le New-York Herald Tribune de son côté ajoutait : « Nos paroles seront futiles si elles ne sont pas accompagnés de vivres et de charbon ». Les autres journaux américains considéraient la création du « Bureau comme une déclaration de guerre aux États-Unis ». Le New-York Daily Mirror demandait que tout communiste américain ou non, fût traité désormais en ennemi des États-Unis.

La presse britannique s’est montrée plus calme. Le Times, le 7 octobre, écrivait même que les puissances occidentales avaient peut-être parfois contribué à la division du monde par des paroles brutales telle l’exposition de la nouvelle doctrine américaine par le président Truman, le 12 mars dernier. De son côté, le New Chronicle soutenait la thèse que la création du Kominform constitue la réponse soviétique à l’idée adoptée aussi bien en U. R. S. S. que par beaucoup d’Américains, selon laquelle le plan Marshall n’a pour objectif que de rassembler les nations de l’Europe occidentale dans la lutte contre le communisme.

Ce qui importe le plus pour nous socialistes de l’occident du continent c’est de ne pas perdre notre propre jugement de ne pas nous laisser entraîner par les propagandes de l’un ou l’autre camp. La création du « Bureau » est certainement une riposte au plan Marshall dans la mesure où celui-ci représente effectivement un moyen d’organisation de l’Europe et par suite met un frein à l’expansionnisme soviétique. Quels que soient les termes de la déclaration, si critiquable que nous paraisse la politique de guerre au socialisme qu’ils impliquent, nous ne devons pas néanmoins oublier que les États-Unis sont un pays capitaliste, un pays où le capitalisme a trouvé peut-être sa dernière expression, sa dernière force impérialiste.

L’U.R.S.S. possède un régime politique original qui n’est plus capitaliste, mais qui n’est pas socialiste. Les définitions et les explications ne manquent pas pour ce régime. Mais elles ne changent rien au fait que le système de gouvernement autoritaire et policier de la caste bolchevique — caste qui a d’ailleurs liquidé 95 % des vieux, des vrais bolcheviks — n’a pas de caractère socialiste ni même démocratique de quelque forme que ce soit, ne prépare pas la Venue d’une organisation socialiste, mais au contraire ne tend qu’à perpétuer la situation présente. Elle l’impose aux pays satellites qu’elle domine par divers procédés et utilise les partis communistes asservis aux fins de sa politique extérieure.

Les États-Unis sont au stade de la nécessaire exportation du capital. Ils ont besoin des marchés extérieurs pour leurs marchandises et leurs dollars. L’isolationnisme a pris fin, même si tous les Américains ne sont pas conscients de la situation. L’heure de l’expansion extérieure est venue. Jamais, dans l’histoire du capitalisme, un pays à la production aussi puissante ne s’est trouvé avoir un tel besoin de débouchés extérieurs.

Nous ne pouvons pas choisir l’U.R.S.S. et l’ignoble régime d’esclavage qu’elle veut partout imposer. Si nous voyons dans l’offre Marshall une possibilité de relèvement et de recul de la misère pour les peuples de l’Europe, nous ne pourrions accepter une tutelle qui barrerait la route à l’évolution vers le socialisme démocratique. Or, cette voie est encore possible. Toutes les conditions nécessaires existent encore en Europe occidentale. A nous de les saisir avec énergie, avec foi. A l’avenir menaçant, au troisième conflit mondial qui se prépare, il faut opposer l’action constructive du socialisme. Quelle doit être celle-ci ? C’est ce que nous nous efforcerons de préciser dans les numéros de notre revue.

René LEFEUVRE.

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Préface à la Critique du programme de Gotha (Dunois, 1922)

7 juin 2014

Note introductive d’Amédée Dunois extraite de l’édition de la Critique du programme de Gotha par Karl Marx par la Librairie de l’Humanité en 1922, au format pdf:

dunois-preface1922-1

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Spartacus (1975-1979) en ligne

5 juin 2014

Dernière revue dirigée par René Lefeuvre, Spartacus a été numérisée sur le site http://archivesautonomies.org:

  • Spartacus N°1 – Novembre-Décembre 1975 GIF - 1.1 ko
    • Spartacus : hier et demain – René Lefeuvre
    • Perspectives politiques
    • Le chantage à l’anticommunisme
    • Au service de l’ordre
    • Trotsky et la révolution espagnole
    • La révolution portugaise
    • Portugal : Quels conseils ouvriers ?
    • Portugal : L’autre combat
    • Portugal : De l’incertitude à la fin des illusions
    • Fascisme brun/Fascisme rouge
    • L’archange chinois contre les droits bourgeois
    • Lettre inédite de Louise Michel
    • Le bref été de l’anarchie
    • Comment lire et ne pas lire Reich
    • Renault 1975
    • Révolution et contre révolution en Catalogne
    • La révolution russe
    • Parti-État
    • À propos de Gramsci
    • Clef pour l’autogestion
    • Rosa Luxembourg : La question nationale
    • Rosa Luxembourg : L’apport de Rosa au marxisme
    • Pacifiquement vers la catastrophe
    • Le chêne et le veau
  • Spartacus N°2 – Mars-Avril 1976 GIF - 1.1 ko
    • Espagne : les fossoyers de la révolution
    • Après le 25 novembre portugais. Répression et résistance en milieu-ouvrier ; des ouvriers et des soldats parlent
    • Le postfranquisme et le changement
    • Mao, Chou, les Gardes Rouges, etc.
    • Rosa Luxembourg et sa doctrine
    • Interview sur le Liban
    • La silicose des cols blancs
    • Antimilitarisme, léninisme et communisme
    • Les enfants du prophète (Trotsky)
    • Le amrxisme introuvable
    • L’évolution du capitalisme français
    • La Russie et les problèmes du socialisme
    • Histoires d’ouvriers
    • La révolution par la terreur. Le système concentrationnaire léniniste
    • Quatre-ans sur le sol limousin. Du côté des petis filles
    • Le Grand Jeu. Varlin. Les Canuts. La Commune.
    • Réussite et échec de Picasso. Des combats dérisoires
  • Spartacus N°3 – Juillet-Août 1976 GIF - 1.1 ko
    • L’honneur perdu de l’Allemagne fédérale – G. Bauer
    • Pour défendre la liberté en Pologne – Lucienne Rey
    • Le Capital monopoliste d’État – Paul Mattick
    • De l’inflation à l’impasse – Galar
    • Vivre la lutte : lettres de Rosa Luxemburg – Guy Sabatier
    • Refus du travail ou lutte pour « le droit à la paresse » – Charles Reeves
    • Une double-page de Charlie-Hebdo – Cabu
    • Les organisations et les masses en Lutte
    • Le mouvement prolétarien autonome en Italie – Michel des Blancs
    • Histoire du Poum – Maurice Jaquier
    • Enseignement de la Révolution Espagnole – L.R.
    • Révolution et Contre-Révolution en Espagne – R.D.
    • De la persuasion du peuple en Europe et en Chine – Serge Bricanier
    • La Russie sous Lénine vue à la lumière chinoise – Louis Rigal
  • Spartacus N°4 – Décembre 1976 GIF - 1.1 ko
    • La dictature du prolétariat – Michel Caron
    • Les moyens et le but – Clacaro Yvir
    • Prolétariat et classe ouvrière – S. Rubak
    • La classe ouvrière face au pouvoir – Michel des Blancs
    • Rosa Luxembourg, Lénine et la dictature
    • Dictature du prolétariat, fin de l’économie et de la politique – Galar
    • Lettre de Madrid
    • Les fractions révolutionnaires dans la 1ère Internationale – C. Michel
    • Le 37e Congrès de la CFDT fera-t-il date dans l’histoire du mouvement ouvrier ?
    • La contestation. Un document : Les syndiqués, l’appareil syndical et la délégation permanente du pouvoir
    • De la façon d’écrire l’histoire et de l’enseigner – B. Roland
    • Le Tiers-monde et ses désillusions
    • « Utopies réalisables » – Michel des Blancs
    • Art et Révolution – S. Rubak
    • Un Kroutchev et un sculpteur – John Berger
    • La Russie et les problèmes du socialisme : Politique mondiale et socialisme – Louis Rigal
    • Pour l’abolition du salariat – Claude Berger
  • Spartacus N°5 – Avril-Mai 1977 GIF - 1.1 ko
    • Le fascisme analysé – Galar
    • Espagne : quelques aspects du nouveau mouvement ouvrier – Paco et Jorge
    • La réforme agraire au Portugal – Ponce Panice
    • Le bloc russe : crise et militarisation – Galar
    • Le mouvement ouvrier face à la troisième guerre mondiale – Berthelet, le Dem J. Jean Péaud
    • La répression anti-ouvrière en Pologne – Lucienne Rey
    • Un évangile morderne : le cinquième ! – Louis Simon
    • Impérialisme et révolution en Amérique Latine – Soluf
    • Hongrie 1956 – C. Michel
    • Minus 8, une revue de Hong-Kong – C.R.
    • Sur la méthode de Marx – Claude Berger
    • La révolution socialiste mondiale – Rigal
    • L’Intelligentsia contre la révolution – Sancho
    • Abolition et extinction de l’État – Camillo Berneri
  • Spartacus N°6 – Juin-Juillet 1977 GIF - 1.1 ko
    • À propos de Karl Heinz Roth : aperçus et discussion sur la situation allemande
    • Un gouvernement de front commun ?
    • La grève des loyers à la Sonacotra
    • Espagne : émergence de tendances révolutionnaires en milieu ouvrier – Jorge
    • Edouard Moreau, Communard
    • Sur les luttes étudiantes en Italie
    • Rosa Luxembourg et sa doctrine
    • De l’opposition à la dissidence
    • Prisons et société à Cuba – Charles Reeves
    • Les ouvriers de Saint-Nazaire
    • Cloche de Pâques pour Frère Jacques – André Laude
    • Paroles et musiques, Le Réfractaire – Jacques Prévert
    • Le camp de concentration cambodgien – Guy Sabatier
    • À propos de la dictature du prolétariat – Camatte
    • Beaucoup de bruit pour rien – Serge Bricanier
    • Histoire d’un bourgeois allemand
    • SUr la méthode de Marx : les associations ouvrières – Claude Berger
    • Les fractions ouvrières dans la gauche allemande
    • Révolution pour la Liberté (Paul et Clara Thalmann)
  • Spartacus N°7 – Novembre-Décembre 1977 GIF - 1.1 ko
    • Contribution à un débat sur le terrorisme politique
    • Les monts et merveilles du Programme Commun – J.M. Kay
    • Programme Commun et économie vulgaire – Galar
    • Qu’est-ce que l’Eurocommuniste ? : Idéologies et perspectives – L. Rigal
    • Écologie Politique : la faune et la flore – J.M. Kay
    • Le vieux contre le neuf : l’Eurocommunisme espagnol et les luttes de classes – Jorge
    • Negaciones, une revue d’Espagne – C.R.
    • Sur les front populaires des années 1930
    • Portugal : encore une révolution trahie ? – Julio Henriques
    • Irlande : Les Ghettos de Belfast et Derry 1969-1972 – Michel D. Perraudeau
    • Trois biographies
    • « CFDT au coeur » de Krumnow
    • La vie sexuelle en Chine moderne
    • La Chine est loin…
    • Où veut en venir Castoriadis ?
    • Sur la métohde de Marx : la lutte révolutionnaire de classe – Claude Berger
    • Le génocide des Indiens : Les mémoires de Géronimo – J.M. Raynaud
  • Spartacus N°8 – Mars 1978 GIF - 1.1 ko
    • Sur la querelle entre les directions du PCF et du PS – S. Rigel
    • La Chine de Gang en Teng – A.Q.
    • Points de vue sur le syndicalisme
      • Les chasseurs d’ombres – Alain Le Den
      • SYndicats, partis et Programme commun – Groupe Échanges
      • Les autoréductions
      • Collegiamenti
      • La CNT et la crise syndicale et politique en Espagne – Charles Reeve
    • Un portrait classique de Staline – H. Abosch
    • Lettre à un vieux camrade – Rigal
    • Le Nationalisme sous toutes ses formes, armes du Capital – Guy Sabatier
    • Connaissez-vous Pannekoek ? – Serge Bricanier
    • Nucléaire et politique – Nicole
    • Sur la méthode de Marx : Lénine contre Marx – Claude Berger
    • Sur le petit commerce marxo-universitaire comme brève réflexion non théorique sur la produciton marxiste contemporaine – André Mistral
    • Week-end chez un « fasciste » breton – André Laude
    • Un évènement démocratique est né en Pologne – Lucienne Rey
    • La Russie et les problèmes du socialisme – L. Rigal
    • Sur une théorie des crises un peu particulière – R. Husson
    • HUrrah !!! ou la révolution par les cosaques – Maurer
    • Le groupe Octobre – S. Rubak
    • La conception matérialiste de l’Histoire (texte intégral) – G. Plekhanov
  • Spartacus N°9 – Mai-Juin 1978 GIF - 1.1 ko
    • 1968 – Dix ans après : leçons et perspectives – L. Rigal
    • La comédie électorale – L. Rigal
    • Sur la délinquance
    • Dossier Italie :
      • Les principes et le fonctionnement – Spartacus
      • Politique des sacrifices et luttes ouvrières en Italie – Nicole
    • Les mineurs américains une grève pour la défense de la grève sauvage
    • Sur la conjoncture – L. Rigal
    • Mort de l’idéologie ? – Galar
    • Avec qui lutter ? – Simon Rubak
    • La crise dans les pays de l’Est
    • L’Europe de l’Est et le commerce mondial – Henri Simon
    • Espagne : la CNT et l’autonomie – C. Reeve
    • Syndicalisme autonomes : même combat – C. Michel
  • Spartacus N°10 – Juillet-Août 1978 GIF - 1.1 ko
    • Plan Barre : Le Capital sans fard – Galar
    • Après les élections : que veut la droite – L. Rigal
    • L’établi – Galar
    • À bas le travail ! À bas le prolétariat ! – J.P. Musigny
    • Italie : Élements de discussion ouvrière – Michel des Blancs
    • La trahison du P.C.I. – Cosimo
    • Aux origines de la Gauche allemande – Guy Sabatier
    • Pannekoek, autogestion, parti + Conseils ouvriers – Guy Sabatier
    • Un journal des femmes libertaires – Nicole
    • Les nouveaux philosophes – Claude Berger
  • Spartacus N°11 – Octobre 1978 GIF - 1.1 ko
    • La perspective française après les élections – Rigal
    • Interview par Lotta Continua – Paul Mattick
    • L’Informatique au service de la répression – Uruguay
    • Quelques procédés de l’anticonseillisme – Bricaner
    • La montée du pouvoir syndical en Grande-Bretagne – Gerry Vignola
    • « Le Droit à la paresse » n’est-il qu’un pamphlet – Simon Rubak
    • Agriculture, économie et Révolution au Portugal – Joao Bernardo
    • Sur la situation de classe en Espagne – Ch. Reeve
    • Espagne : Problèmes de l’autonomie ouvrière – Guy Sabatier
    • Tracts d’ouvriers autonomes
  • Spartacus N°12 – Décembre 1978 GIF - 1.1 ko
    • Les nouveaux historiens – Michel Pichol
    • L’Ère des compétents ? PSU – Rocard – J.M. Kay
    • Crise et révolution – J.M. Heinrich
    • 5 thèses sur la lutte de classes – Pannekoek
    • Immigration du travail, Émigration du capital ? – Galar
    • Portugal, la réforme agraire et l’agriculture – Contra a Corrente
    • Pays arriérés et Occident – Rigal
    • Lettre du Portugal – Dissidents USA – Nouvelle d’Amérique – Joao Bernardo
    • La Nuit du 4 août – Autonomes italiens – Le maquis de Barrême – Rubak
  • Spartacus N°13 – Mars-Avril 1979 GIF - 1.1 ko
    • L’École de Francfort et le marxisme – Alain BIhr
    • Rosa Luxembourg vivante – Guy Sabatier
    • Les vents d’Ouest secouent la Chine (interview)
    • Algérie : d’un colonel à l’autre – Al Bourquii
    • La minorité agissante en Pologne – Lucienne Rey
    • Iran : Déstabilisation en Moyen-Orient – L. Rigal
    • Dossier Italie :
      • Crise et Politiques « Solidarité nationale » : l’exemple de la grève des hospitaliers italiens
      • Politique des sacrifices et riposte ouvrière
    • Portugal : La réforme agraire (suite) – Contra – a – Courente
    • Construire l’utopie (Architecture Berlin 1919-1933) – Alain Spielmanm
    • La montée du pouvoir syndical en Grande-Bretagne (suite et fin) – Gerry Vignola
  • Spartacus N°14 -Avril-Mai 1979 GIF - 1.1 ko
    • Lettres du Portugal – Joao Bernardo
    • Asie du Sud-Este : d’une guerre à l’autre – Sabatier
    • Logique, logique quant tu nous tiens, on peut bien dire, adieur raison – Daniel
    • Conférence, débat : les intellectuels la dissidence – Zinoviev
    • Commentaires – Rina, Paulo
    • Violence et déclin – L. Rigal
    • Encres libres – Maurer
    • Aspects économique de l’intégration de la réforme agraire – Portugal
    • Que la crise s’aggreva – Galar
  • Spartacus N°15 – Juillet-Août 1979 GIF - 1.1 ko
    • L’Europe, giscardiens et staliniens – L. Rigal
    • À travers les revues – Ch. Reeve
    • Modernité polonaise
    • Portugal, aspects politiques de la réforme agraire – Collectif
    • La dissidence, quel intérêt – C. Orsoni
    • Pollution, problème d’urbanisme ou de système social – D.
    • Asie du Sud-Est : d’une grève à l’autre – Guy Sabatier
    • Sur la chronique de la Révolution espagnole de H. Chazé – Guy Sabatier

spartacus

La vigilia della Rivoluzione (Chliapnikov)

4 juin 2014

Traduction en italien d’un extrait du livre d’Alexandre Chliapnikov paru en 8 épisodes dans les suppléments hebdomadaires en italien de l’Humanité en 1924:

vigilia-1

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Voir aussi :

et le livre complet en anglais:

cliquer pour ouvrir le pdf en anglais

Crimes à Barcelone (V. Serge, 1937)

29 mai 2014

Article de Victor Serge paru dans la Révolution prolétarienne N°249 du 25 juin 1937:

1. Le P.O.U.M. hors la loi.

2. Mort suspecte de Bob Smilie.

3. Arrestation de Nin.

4. Prise d’otages !

5. Disparition de Marc Rhein.

Qu’il est facile, par ces temps noirs, ces temps de scélératesses et de silences complices, d’être bon prophète ! On m’accordera que  je n’ai pas eu tort d’annoncer dès août dernier l’extermination de toute la vieille génération bolchévik. J’eusse infiniment mieux aimé me tromper. Et voici que d’un autre bout de l’Europe m’arrivent, prévues, trop prévues, de tragiques nouvelles confirmant littéralement ce que j’écrivais ici même, dans La Flèche, dans Le Crapouillot, l’automne dernier : le guet-apens stalinien en Espagne.

Lors de la crise du cabinet Caballero, le parti stalinien exige la mise hors la loi du Parti Ouvrier d’Unité Marxiste, le P.O.U.M.

Caballero refuse d’étrangler ainsi, à la fois, la constitution républicaine et le mouvement ouvrier révolutionnaire. M. Negrin paraît avoir accepté, puisqu’il le fait.

On sait que dans les sanglantes journées de mai de Barcelone, les masses de la C.N.T. ont réagi de leur propre initiative contre l’agression stalinienne du central téléphonique (le 3 mai), soutenues sans réserves par le P.O.U.M. et implicitement désavouées par les dirigeants de la C.N.T.-F.A.I. La manœuvre stalinienne consiste à rendre le P.O.U.M. seul responsable de la résistance ouvrière. Cette manœuvre, les dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. semblent la vouloir tolérer. Le P.O.U.M., avec ses 40.000 à 50.000 membres, est un petit parti, par rapport à la C.N.T., qui dépasse sans doute de loin le million d’adhérents; et ce petit parti fait une politique très décidée. C’est donc par lui qu’il faut commencer la répression contre-révolutionnaire.

Voici les faits, dans toute leur gravité.

Fin mai, la Batalla, l’excellent quotidien du P.O.U.M., est suspendue à terme indéfini.

Le gouvernement refuse au parti l’autorisation de publier un autre quotidien. Il tord le cou à la liberté de la presse.

Dans un article du 1er mai invitant les ouvriers à se montrer vigilants, l’arme aux pieds et à former le front révolutionnaire, Julien Gorkin est inculpé d’appel à la sédition, mais laissé en liberté provisoire.

Vers le 15 juin, nous apprenons le drame suspect de la mort de Bob Smilie. Correspondant de l’Independant Labour Party auprès du P.O.U.M., arrêté par les autorités espagnoles à la frontière française qu’il s’apprêtait à franchir avec des papiers en règle pour regagner l’Angleterre, il est conduit non à Barcelone, mais à Valence, il meurt presque aussitôt en prison d’une bien inexplicable appendicite. Pauvre vaillant camarade ! On sent dans sa fin je ne sais quoi de russe.

Le 16 juin, quarante arrestations des principaux militants du P.O.U.M. (Comité Central et Exécutif) sont ordonnées par Valence à Barcelone. André Nin et nombre d’autres militants de toutes les heures de la révolution espagnole sont arrêtés. Gorkin et Juan Andrade n’ayant pas été trouvés, on arrête leurs femmes, en qualité d’otages ! Énormité du genre fasciste et style des opérations spécifiquement stalinien, à la fois.

Le poste de T.S.F. du P.O.U.M. est saisi. Le parti est pratiquement mis hors la loi. Que reste-t-il de la démocratie espagnole pour les ouvriers ?

Mundo Obrero et Treball, feuilles staliniennes, demandent la peine de mort pour Gorkin.

Quelle est, devant ces choses, l’attitude de la C.N.T. ?

Ici, un avertissement. André Nin ne souffre d’aucune appendicite chronique. Il est jeune, il a le cœur solide. Nous ne croirons ni à l’appendicite soudaine, ni à l’embolie. Il faut que sa vie soit sous la sauvegarde des véritables organisations ouvrières de Catalogne.

Et posons les questions que personne ne pose : les assassins de Camillo Berneri, policiers de la Généralité et gens du P.S.U.C. (staliniens) sont connus. Font-ils l’objet de poursuites ?

Les assassins de Quico Ferrer, Francisco Ferrer, petit-fils du grand fusillé de Montjuich, lui-même fusillé dans la rue à Barcelone, le 6 mai, par des gens à brassards du P.S.U.C., sont connus. Sont-ils poursuivis ?

Les ravisseurs de Marc Rhein-Abramovitch, jeune ingénieur russe, fils du vieux socialiste russe, membre de l’Exécutif de l’Internationale Ouvrière Socialiste, les ravisseurs de Marc Rhein, disparu depuis six semaines et plus, on les devine. Pourquoi donc un silence si lourd pèse-t-il sur ce crime sans nom ?

V. S.

crimes

Motion de l’Ecole émancipée sur le procès du POUM (1937)

29 mai 2014

Motion de Gilbert Serret présentée au Congrès du Syndicat national des instituteurs (Paris, août 1937):

Le Congrès du SN, vivement ému par les mesures de répression dirigées contre le Parti ouvrier d’unification marxiste et contre la  Confédération générale du travail espagnole, demande au gouvernement de Valence de ne pas sacrifier à des considérations de politique extérieure un parti révolutionnaire et une organisation syndicale dont  les militants ont participé à la lutte pour la défense de la révolution  espagnole. Réclame pour les accusés les garanties normales de toute justice, sécurité des personnes, régime politique, choix des avocats d’instruction, publicité des débats.

congressni37

Du même auteur:

Jean-Baptiste Clément, chansonnier populaire (Vérecque, 1933)

29 mai 2014

Publié dans le Populaire, huit mois avant la mort de Charles Vérecque.

Notre ami Charles Vérecque nous a adressé une intéressante étude sur J.-B. Clément, dont la Fédération de la Seine vient de célébrer le trentième anniversaire de la mort.
Nous donnons les extraits suivants du remarquable article de Vérecque, en nous excusant de ne pouvoir le publier in extenso :

La première chanson de Clément

Durant quelques années, Clément mena une vie de travail et de privations, tout en étudiant les savants et les littérateurs. Dès qu’avec beaucoup de peine il eut économisé la somme de cent  francs, il abandonna le chantier et s’en fut à Paris pour taquiner la Muse et y chercher la fortune. Mais encore, il éprouva des déboires et des désillusions. Vivre de sa plume n’était pas chose facile. Il ne perdit cependant pas patience, et dès qu’il eut bien compo sa première chanson, « Si j’étais le  Bon Dieu », il alla la présenter, comme  il l’a écrit lui-même, avec « une extrême timidité, avec cette émotion inséparable d’un premier début » à l’éditeur Vieillot, qui la lui acheta 15 francs.  En vendant sa première chanson, Clément ressentit vraiment une violente  et sincère émotion :

« J’ai encore dans les oreilles, a-t-il  écrit, le son mélodieux des trois pièces  de cent sous, que l’éditeur me mit dans  la main, et que je serrai fiévreusement  comme si je venais de commettre un  abus de confiance ou un vol par effraction. »

Et Clément courut à son domicile - qui n’était qu’une petite chambrette - et tout heureux, il écrivit à la craie sur la porte :

« Ici on joue au bouchon avec des  pièces de cent sous. »

Je dois à l’extrême obligeance de la veuve du chansonnier, Thérèse Clément, de posséder cette chanson, écrite sous l’Empire vers 1862, et qui n’a jamais été rééditée. Elle n’est pas connue. En voici le texte que les lecteurs liront avec curiosité :

Si j’étais le bon Dieu

Juste ciel que j’aurais à faire
Si je n’étais l’humble mortel
Qui doit s’incliner et se taire
Devant le sublime Eternel!
Mais cesserai-je d’être sage
En pinvoquant un peu ?
Car, j’aurais tant et tant d’ouvrage,
Si j’étais le bon Dieu.

Je réveillerais mon tonnerre,
Et je punirais les méchants.
Les peuples n’auraient plus la guerre,
Et l’onde arroserait les champs.
Détruisant ces fausses idoles,
Par ma flamme et mon feu,
L’on respecterait mes paroles.
Si j’étais le bon Dieu.

L’on ne verrait plus d’indigence,
Ni les pauvres mourir de faim.
Et semant tout sans différence,
les malheureux auraient du pain.
Et quand l’Hiver glace notre âme,
Les orphelins sans feu,
Se réchaufferaient à ma flamme,
Si j’étais le bon Dieu. 

Ces gens avides de richesses,
Qu’on voit courir à la grandeur,
Me paieraient bien cher leurs bassesses
Et leur trafic avec l’honneur.
Je récompenserais le sage,
En son plus humble vœu,
L’on ne vendrait plus mon image,
Si j’étais le bon Dieu.

Et s’aimant comme de bons frères,
Tout le monde vivrait cent ans.

Nos pères et nos pauvres mères,
Pourraient voir leurs petits enfants
Comme les fleurs de la nature.
Ou l’aurore au ciel bleu.
L’âme des humains serait pure,
Si j’étais le bon Dieu.

Et pour user cette chimère,
Le monde entier serait heureux.
Le Paradis serait sur terre
Et les délices dans les cieux,
Ah! que ne puis-je, pour le monde,
Comparaître en tout lieu?
Ah! que ne puis-je, une seconde.
Devenir le bon Dieu ?

La Commune vaincue

Un ami sûr fit cacher Clément pendant deux mois dans une mansarde chez des personnes qu’il ne connaissait pas. On sait aujourd’hui qu’il fut caché chez Picouel, marchand de bois, quai de la Rapée. C’est durant son séjour dans cette cachette, en juin 1871, qu’il écrivit la chanson « La semaine sanglante », que l’on trouvera dans le recueil édité en 1885. Voici le premier et le second couplets, ainsi que le refrain, de cette chanson :

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus sur les chemins
Que des vieillards tristes aux larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux même sont tremblants;
La mode est au conseil de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants.

Oui, mais…
Ça branle dans le manche.
Ces mauvais jours-là finiront,
Et gare à la revanche,
Quand tous les pauvres s’y mettront,

Le peuple au collier de misère,
Sera-t-il donc toujours rivé ?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé?
Jusques à quand la sainte clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?
A. quand, enfin, la République
De la Justice et du Travail?

Le départ pour l’exil

Des amis purent enfin lui procurer un passeport. Il se dirigea vers l’Allemagne. Mais avant d’arriver à la frontière, Clément s’aperçoit que le signalement du passeport ne correspond pas au sien. Il ne se trouble pas cependant; il espère qu’une chance le sauvera.

Dans son compartiment se trouve une vieille femme. Elle aussi doit descendre à la frontière. La gare est pleine de soldats et de gendarmes. Des officiers vérifient les passeports. Dès l’arrêt du train, la vieille femme demande à Clément de l’aider à descendre et de lui donner le bras pour sortir de la gare. Clément prend le bras
de la bonne vieille et l’accompagne jusqu’à la sortie comme si c’était sa mère.

-€” Votre passeport, demande un gendarme.

Clément montre la vieille femme et répond :

-€” Le voilà, mon passeport…

On le laisse passer. Tous deux sortent de la gare. La frontière est franchie. Et comme la vieille femme veut le remercier, Clément l’interrompt :

- Ne me remerciez pas. Vous ne savez pas quel service vous venez de me rendre.

Dans les Ardennes

Au cours des manifestations du 1er mai 1891, J.-B. Clément, fut arrêté et condamné à deux ans de prison et à cinq ans d’interdiction de séjour. En appel, devant la Cour de Nancy, sa peine fut réduite à deux mois.

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La chanson dans la prison

Il purgea sa peine à la prison de Nancy, et c’est dans cette prison qu’il lui arriva de connaître l’émotion la plus douce de sa vie. Un jour, le directeur de la prison le fit appeler dans son bureau :

-€” Clément, lui dit-il, un industriel de Nancy, qui a pour vous la plus grande sympathie, voudrait vous causer. Je vous engage à ne pas refuser. Pour que vous puissiez causer en toute liberté, je vous offre mon jardin.

Quoique étonné, Clément accepta de se rencontrer avec l’industriel nancéen. Il pénétra dans le jardin du directeur. Cet industriel fit connaître à Clément l’estime qu’il avait pour lui, et lui offrit de lui faire parvenir du tabac, des friandises, toutes choses qu’il pourrait désirer ou qui lui seraient utiles. ,

La conversation durait depuis quelques secondes, quand une fenêtre de l’appartement du directeur de la prison s’ouvrit sur le jardin. Et ce qu’entendit alors Clément, venant de la fenêtre ouverte, chanté avec la voix la plus pure par la fille même du directeur, ce fut le « Temps des cerises »…

Clément écouta sa chanson, qu’il ne s’attendait pas à entendre dans ce milieu, et il se prit à pleurer.

L’industriel qui s’entretint avec Clément se nommait Charles Keller. Il avait des idées très avancées. Sous le pseudonyme de Jacques Turbin, il fit paraître des articles et des poésies d’avant-garde. A la mort de Clément, il fit parvenir à sa veuve un secours de 200 francs.

La vie et l’œuvre de J.-B. Clément

Son existence fut celle des hommes de talent qui ne savent pas acheter la célébrité par des platitudes envers les gouvernants ou les Crésus capitalistes.

J.-B. Clément était de cette génération de militants socialistes qui ne veulent pas « arriver » et qui meurent comme ils ont vécu, c’est-à-dire pauvres.

***

L’œuvre de Clément est assez considérable. Il a écrit des chansons qui correspondent, les unes à la première période de sa vie, les autres à la seconde période de sa vie.

Dans la première période, qui va jusqu’en 1871, jusqu’à la Commune, Clément a composé des chansons rustiques, des chansons d’amour, des pastorales, etc., des chansons qu’il a appelées des chansons du morceau de pain.

Dans la seconde période, Clément a écrit des chansons pour le peuple, des chansons de combat, des chansons qu’il a appelées des chansons des grands jours de colère.

On peut affirmer que sa popularité aurait éclipsé celle de Béranger et de Pierre Dupont s’il n’avait été pris dans les filets de la politique.

Clément, avec la générosité et la délicatesse de son cœur, a chanté les ‘beautés de la nature, le travail des champs, les joies et les chagrins de l’amour, les misères et les espérances du peuple.

Charles VERECQUE.

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L’I.W.W. : la sua storia, struttura e metodi (1920)

24 mai 2014

Brochure de 40 pages en italien sur les I.W.W., publiée à New York:

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cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

 

Complément d’information (Pivert & Guérin, 1937)

18 mai 2014

Paru dans Le Populaire du 7 septembre 1937. [pdf]

TRIBUNE DU PARTI

Les articles de cette rubrique n’engagent que la responsabilité de leur auteur

LA REVOLUTION ESPAGNOLE ET NOUS

Complément d’information

Nous avons dit dans un précèdent article les vivas appréhensions que nous inspire l’évolution actuelle de la publique. espagnole. Aujourd’hui nous  sommes en mesure de présenter à  nos lecteurs un complément d’information.

Une délégation internationale, envoyée par le Comité de défense des révolutionnaires antifascistes en Espagne vient, en effet, de se rendre à Valence et à Barcelone. Elle était  conduite par Maxton, président de  l’Independent Labour Party, et notre  ami Weil-Curiel, rédacteur en chef de l’Espagne Socialiste. Elle a pu
s’entretenir là-bas avec un certain  nombre de dirigeants de la République espagnole ; elle a pu également avoir une entrevue avec quelques- uns des leaders du P.O.U.M., dont Gorkin, emprisonnés à Valence. Elle a consigné ses observations dans un rapport. Un tel document ne peut être passé sous silence. En voici l’essentiel.

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L’objet principal de la délégation était d’enquêter sur la disparition du camarade Andres Nin. Si elle fut reçue avac courtoisie par les membres du gouvernement, des journaux comme Frente Rojo et Verirad crurent devoir traiter ses membres « d’agents trotskysto-fascistes.» (sic).

Il résulta de son enquête que le gouvernement de Valence répudie toute responsabilité dans la disparition  de Nin. Nin, après son arrestation, est tombé entre les mains d’éléments ; qui, s’ils appartenaient à la coalition gouvernementale, agissaient en marge du gouvernement régulier. Le ministre de la Justice, Irujo (mais citons le rapport) « se plaint à la légation que la police se soit rendue quasi indépendante et que des éléments étrangers puissent en avoir la contrôle réel€” se plaint de l’influence du Parti communiste sur la police.» Le ministre de l’Intérieur, Zugazagoitia, lui aussi « se plaint très vivement de la police, composée, dit-il, d’éléments recrutés en hâte depuis le 19 juillet, éléments chargés de passions politiques. » Pour le sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil, Prat Garcia, « le gouvernement ne peut être tenu pour responsable des excès de pouvoir d’une police improvisée ». Quant à Indalecio Prieto, ministre de la Défense Nationale, il pense que les responsables de la disparition de Nin « se trouvent dans l’entourage du chef de la police, entourage qui avait été noyau par des éléments communistes, selon: leurs procédés ordinaires… »

Le témoignage de Gorkin corrobore celui des ministres républicains. Les circonstances de son arrestation et de sa détention permettent d’imaginer ce qu’il est advenu de Nin. Arrêté à Barcelone le 16 juin (le même jour que Nin), Gorkin est, d’abord, transféré à Valence le 18, escorté de quatre policiers étrangers de la Guépéou ». Le 23, il est remis en liberté avec quelques camarades sur un, ordre régulier écrit. Mais, « dès qu’il a passé les portes de la prison des policiers s’emparent d’eux et les emmènent à Madrid » ils sont « jetés dans un sous-sol de la brigade spéciale » c’est-à-dire dans une prison « privée ». Ce n’est qu’un mois après qu’ils sont transférés dans une prison d’Etat régulière. Nin n’a pas eu cette chance. Transporté de Barcelone à Valence, puis de Valence à Madrid, de « locaux spéciaux » en « locaux spéciaux », il est finalement séquestré par des policiers dans une maison particulière, à Alcala de Henares. Depuis, on perd sa trace. Le sous-secrétaire d’Etat Prat Garcia hasarde cette hypothèse : « S’il vit, il peut se trouver dans une ambassade… » Le ministre de l’Intérieur croit nécessaire « de mener l’enquête avec une extrême lenteur, car, dit-il, si l’on précipitait les choses, on risquerait de ne retrouver qu’un cadavre ». Est-il nécessaire de commenter ?

Quant à l’accusation odieuse par laquelle on a voulu déshonorer le P.O.U.M., les personnalités interrogées la repoussent nettement. Le ministre de la Justice répète « qu’il n’est plus question d’accuser d’espionnage aucun dirigeant du P.O.U.M. » Il a étudié à fond le dossier de l’affaire ; aucune des soi-disant pièces à conviction n’a résister à l’examen. Ni Prieto, ni Prat Garcia ne croient davantage que les dirigeants du P. U. M. soient des espions. Le procureur de la République, Ortega y Gasset, va jusqu’à exprimer « toute l’estime qu’il avait pour les dirigeants du P.O.U.M. »

Le procès du P.O.U.M., qui va s’ouvrir bientôt devrait donc aboutir à un acquittement. Si vraiment le seul chef d’accusation retenu est la participation des prévenus aux journées de mai à Barcelone, Gorkin n’aura pas de peine à disculper son parti.

Il lui suffira de dire la vérité : ces journées ont été une réponse spontanée des masses à ceux qui voulurent déloger le prolétariat de certaines positions stratégiques comme le Central téléphonique. D’ailleurs, le ministre de la Justice a fait connaître à la délégation son intention de présenter un projet d’amnistie pour les délits politiques et sociaux.

Mais, attention ! Les ennemis du P.O.U.M. n’ont pas désarmé. « L’extrême-droite, avoue le ministre, s’opposera probablement à ce projet ». L’extrême-droite, précise-t-il, ce sont les communistes  »). D’autre part contredisant son ministre, le juge d’instruction,, chargé-d’instruire l’affaire, vient de conclure son rapport en accusant les dirigeants du P.O.U.M. de s’être « mis d’accord avec des individus étrangers appartenant à la Gestapo allemande ».

L’odieuse accusation réapparaît. Nos camarades sont toujours en danger.

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Citons, pour terminer, ces graves déclarations faites par Prieto: « La délégation ne représente que les pays qui ont peu fait pour l’Espagne, elle représente des partis dont l’action est restée inefficace ou de trop peu d’efficacité, tandis que les Russes envoient le s armes qui permettent à la République espagnole de résister à l’assaut du fascisme » (La délégation dit avoir eu la nette impression que le ministre faisait allusion aux compensations politiques exigées par Moscou en échange de son soutien). Ces paroles et leur interprétation par la délégation confirment ce que nous avons écrit ici. Elles confirment qu’il existe une liaison étroite entre la politique de non-intervention, d’une part, et la répression de l’avant-garde révolutionnaire, d’autre part.

Le jour le blocus sera levé, le jour l’U.R.S.S. ne sera plus seule à soutenir nos frères d’Espagne, ce jour-là, non seulement leur République, mais aussi leur Révolution sera sauvée. Ce jour-là, notre Parti, la délégation permanente de la CA P. dont nous demandons l’envoi à Valence, pourront aider le parti frère d’Espagne dans la conduite des opérations militaires et révolutionnaires, pourront se faire entendre de lui.

Mais le temps presse.

Marceau PIVERT et Daniel GUERIN

complement

L’Adresse de l’A.I.T. (Otto Rühle, 1928)

7 mai 2014

Extrait du Karl Marx d’Otto Rühle.

On a perdu la traduction originale de l’Adress and Provisional Rules of the International Working Men’s Association que Marx avait rédigée lui-même.

La première publication qui en fut faite en allemand fut assurée par J.-B. de Schwitzer, qui avait succédé à Lassalle à la direction de l’Association Générale des Ouvriers Allemands. Cette traduction parut en 1864 dans les numéros 2 et 3 de l’organe de l’Association qui s’appelait le Social-Demokrat.

En 1866, J.Th. Becker, qui s’était réfugié en Suisse après le soulèvement palatino-badois, publia également l’adresse dans son Vorbote, organe central des membres de langue allemande de l’Internationale, sous le titre de Manifeste à la Classe ouvrière d’Europe.

Comme les traductions ne concordaient pas parfaitement, Karl Kautsky, par la suite, en fit établir une à laquelle on pût se référer. Elle fut rédigée par Louise Kautsky sous sa direction personnelle.

Il fait remarquer dans la préface qu’il a donnée à sa version que l’Adresse vient, par rang d’importance, dans les écrits politiques de Marx, immédiatement après le
Manifeste communiste. Mais, bien qu’elle concorde avec lui dans sa partie fondamentale, elle présente un autre aspect.

Quand Marx avait lancé au monde le Manifeste communiste, il s’adressait à une « élite intellectuelle des ouvriers » qui, formée à la propagande, instruite de ses devoirs théoriques, devait assumer la direction de la révolution et pousser le mouvement jusqu’au bout. Mais dix-sept ans avaient passé depuis cette époque. Les espoirs qu’on avait fondés sur la révolution s’étaient trouvés déçus. L’essor qu’elle avait pris d’abord avait été bientôt suivi de l’effondrement; une sévère réaction avait sévi dans toute l’Europe et le capitalisme en était sorti dix fois plus fort. La bourgeoisie avait fait alliance avec les restes de la puissance féodale pour former un front imposant. On ne pouvait plus la combattre avec une simple escouade de révolutionnaires fortuitement suivis par une masse aveugle. Il fallait un mouvement de foule, « et que cette foule s’ébranlât d’elle-même, consciente de la voie et du but ». C’était à cette foule-là que s’adressait le nouveau texte de Karl Marx. Et c’est dans cet esprit qu’il avait remplacé l’enthousiasme par l’objectivité scientifique et les perspectives géniales par une liste de tâches concrètes.

L’Adresse commence donc par une comparaison brutale des contrastes créés par le développement capitaliste: richesse enivrante des propriétaires, misère effrayante des autres.

« Le total des exportations et des importations se montait, en 1863, à la somme étonnante de 443 995 000 £, soit trois fois les chiffres de 1843, c’est-à-dire d’une époque assez récente. […] De 1842 à 1852, l’augmentation dans les revenus imposables de ce pays avait été de 6 %; […] dans huit années […] elle a été de 20 % ! Cette augmentation étourdissante de richesse et de puissance […] est entièrement restreinte aux classes qui possèdent.»

Voilà le premier aspect de la situation. Quant à l’autre, voici des faits: une commission de la Chambre des Lords chargée d’enquêter sur la déportation et le travail des condamnés a constaté que les pires criminels d’Angleterre travaillaient moins que les ouvriers et étaient beaucoup mieux nourris. Un médecin, désigné par cette même Chambre, a déterminé la quantité minimale de carbone et d’azote nécessaire à l’homme « pour éviter les maladies de la faim ».
Il a découvert, ce faisant, que la nourriture des ouvriers du coton avait été tellement réduite par la misère qu’elle fournissait à peine cette dose et que le chiffre descendait encore plus bas dans la ration des couturières, des gantiers, des tricoteurs, tisseur de soie, etc. À la campagne, plus d’un cinquième des familles chez lesquelles on a enquêté manquaient du carbone nécessaire et plus d’un tiers de l’azote requis. La population agricole de la province la plus riche du pays était la plus mal nourrie de toutes. Et cependant les journaliers de cette région étaient encore moins malheureux que la grande masse des ouvriers de l’est londonien qui travaillaient à domicile. Telle était donc la situation en Angleterre, « pays modèle »: le plus effrayant des contrastes entre le superflu et la faim.

« La situation anglaise se reproduit dans tous les pays industriels qui progressent sur le continent. On assiste dans tous ces pays, depuis 1848, à un développement inouï de l’industrie […] « L’augmentation des richesses et de la puissance, exclusivement restreinte aux classes possédantes » a été véritablement « grisante ». […] Partout on a vu le gros des classes travailleuses s’enfoncer plus profond, dans la même proportion, à tout le moins, où les classes supérieures se sont élevées dans l’échelle sociale. Il y a une vérité que tout esprit non prévenu tient aujourd’hui pour démontrée, […] c’est que dans tous les pays d’Europe, il n’y a pas de perfectionnement des machines, pas d’applications scientifiques dans la production, pas d’inventions pour communiquer, pas de colonies nouvelles, pas d’émigration, pas d’ouverture de marchés, pas de libre-échange, il n’y a rien, et même si l’on met toutes ces choses ensemble, qui puisse mettre fin à la misère des classes laborieuses ; et qu’au contraire, sur cette base faussée, tout nouveau développement des forces productives doit aboutir à des contrastes sociaux plus vifs, à des antagonismes sociaux plus tranchés. »

L’Adresse, ayant ainsi dépeint la situation économique et sociale, passe au tableau de la politique. Elle constate avec indignation que, depuis 1845, la contre-révolution « a non seulement brisé comme verre toutes les organisations et tous les journaux ouvriers », mais qu’elle « a encore chassé de l’autre côté de l’océan les fils les plus évolués du travail et étouffé au cœur des autres l’énergie révolutionnaire en même temps que le souvenir de leur pauvre rêve de liberté. La défaite des ouvriers du continent, défaite due en grande partie à la diplomatie franco-russe, s’est propagée en Angleterre où elle a rendu la confiance aux seigneurs de la terre et de l’argent.

« Ils retirèrent avec insolence des concessions qu’ils avaient déjà publiquement annoncées. On découvrait alors de nouveaux gisements d’or : l’exode fut immense, et laissa d’irréparables vides dans les rangs du prolétariat britannique. Certains de ses membres, autrefois actifs, se laissèrent prendre à une séduction pourtant bien passagère : travailler plus, gagner plus, et devenir politiquement des « jaunes ». Tous les efforts pour maintenir le mouvement chartiste, ou pour le refondre, connurent un échec retentissant : les organes de presse de la classe ouvrière moururent l’un après l’autre de l’apathie des masses ; et il faut dire que jamais la classe ouvrière d’Angleterre ne sembla si parfaitement résignée à l’état de nullité politique. »

Deux événements projettent seuls une lumière dans la nuit de cette trouble période: l’adoption du bill des dix heures, qui couronne trente années d’efforts, et le début du mouvement coopératif avec les «Pionniers de Rochdale ». La loi de dix heures n’avait pas seulement la portée d’un résultat pratique considérable, mais celle d’une victoire de principe. Et « le mouvement coopératif fut, dans le domaine économique, une victoire encore plus belle », car elle n’avait pas dépendu d’une majorité parlementaire fortuite, mais représentait un évincement du système capitaliste « réalisé en pleine conscience par le prolétariat lui-même. » Et le succès de cet essai « prouvait la supériorité du système de l’association sur le système du salaire ».

Naturellement, « pour délivrer les masses le système coopératif doit être pratiqué par toute la nation ». Il doit donc disposer de la puissance politique.

« La grande tâche des classes travailleuses, c’est de conquérir le pouvoir politique. Il semble qu’elles l’aient compris, car en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, […] on est en trains de faire des efforts simultanés pour réorganiser le parti des ouvriers. »

Les ouvriers ont une chance pour eux : leur masse. Mais cette masse ne peut être jetée dans la balance politique que si elle est organisée et dirigée par la science politique. « Le mépris de la fraternité » a toujours amené l’échec des tentatives de la classe ouvrière pour conquérir sa liberté.

Rappelant la guerre de Sécession, la conquête du Caucase et la répression du soulèvement polonais par la Russie, l’Adresse souligne pour finir le devoir de la classe ouvrière.

« Percer les mystères de la politique internationale, surveiller les agissements diplomatiques de leurs gouvernements respectifs, les contrecarrer au besoin, par tous les moyens qui sont en leur pouvoir ; et s’ils ne peuvent les empêcher, s’entendre pour les dénoncer en même temps, et pour revendiquer les lois élémentaires de la morale et de la justice qui doivent régir les relations entre particulier, comme règle souveraine des rapports entre les nations. La lutte pour une telle politique étrangère fait partie de la lutte générale pour l’émancipation des classes travailleuses.»

Les idées maîtresses de l’Adresse sont résumées encore une fois dans les statuts: la classe ouvrière doit elle-même réaliser son émancipation. Elle ne lutte pas pour des privilèges de classe mais pour la suppression de l’hégémonie de toute classe. L’asservissement de l’ouvrier au propriétaire des moyens de travail, c’est-à-dire des sources de vie, trouve sa cause dans l’esclavage sous toutes ses formes: misère sociale, croupissement intellectuel et dépendance politique. L’affranchissement de la classe ouvrière est donc le grand but auquel tout mouvement politique doit servir de moyen. Les tentatives qu’on a faites jusqu’ici ont toutes échoué par manque d’union entre les divers groupements de chaque nation et les classes ouvrières des diverses nations. L’émancipation des ouvriers n’est pas une tâche locale, ni une tâche nationale, mais une tâche de la société. Elle incombe à tous les pays où existe la société moderne. Elle ne peut être réalisée que par une collaboration concertée de ces pays.

Ces importantes idées expriment encore une fois de la façon la moins équivoque le sens et la portée de l’Internationale. L’ Adresse a beau faire passer, en tant que sujets d’actualité, la question de la journée de dix heures et du mouvement coopératif au premier plan, il ne saurait être question de voir en elle une tendance à s’écarter du but pour se satisfaire de réformes. Rien n’était plus contraire à son esprit que de considérer l’opportunisme comme une panacée aux maux du prolétariat. Elle s’inquiétait, bien au contraire, – les arguments du Manifeste communiste étant passés sans laisser de trace dans l’esprit de la grande masse, – d’éveiller chez les ouvriers le sens de la nécessité d’une alliance internationale en faisant ressortir à leurs yeux des avantages pratiques, concrets. Son but était de réunir en un tout réellement vivant les classes ouvrières d’Angleterre, de France, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne et de grouper à la fois chartistes, owenistes, blanquistes, proudhoniens, mazzinistes et lassalliens autour d’un programme qui ne heurtât de front aucun de ces partis et ne fermât la porte à nulle bonne volonté. À cet égard, et dans sa forme et dans son fond, l’adresse était le plus puissant moyen de propagande.

ait


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