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Lettre au Parlement ouvrier ( Labour parliament) (Marx, 1854)

23 octobre 2014

Paru dans The People’s Paper du 18 mars 1854. Traduit dans Économies et sociétés (Etudes de marxologie n° 26 d’août 1987). [cf. en anglais ici] Le 6 mars 1854 se réunissait à Manchester un « Parlement ouvrier » sous l’impulsion d’Ernest Jones et dans le contexte de la grève du textile de Preston avec lock-out patronal. Le mouvement chartiste évolue ainsi en s’attaquant à la question sociale. Au passage, on notera que dans le vieux débat sur la faisabilité du socialisme face à l’abondance/pénurie, Marx écrivait dès 1854 que « l’abondance générale est devenue possible« .

9 mars 1854.

Je regrette profondément d’être dans l’impossibilité, pour le moment tout au moins, de quitter Londres et d’être ainsi empêché d’exprimer de vive voix mes sentiments de fierté et de gratitude pour l’invitation à siéger comme Délégué honoraire du Parlement ouvrier. La simple convocation d’un tel parlement marque une nouvelle époque dans l’histoire du monde. La nouvelle de ce grand événement éveillera les espérances de la classe ouvrière à travers l’Europe et l’Amérique.

Plus que tout autre pays, la Grande-Bretagne a vu se développer au plus haut degré le despotisme du capital et l’esclavage du travail. En aucun autre pays, les conditions intermédiaires entre le millionnaire commandant à des armées industrielles entières et l’esclave salarié, qui ne vit qu’au jour le jour, n’ont été aussi progressivement balayées de la surface de la terre. Là, il n’existe plus, comme dans les pays continentaux, de grandes classes de paysans et d’artisans qui dépendent presque autant de leur propriété que de leur propre travail. Un divorce complet entre la propriété et le travail s’est produit en Grande-Bretagne. C’est pourquoi, en aucun autre pays, la guerre entre les deux classes qui constituent la société moderne n’a pris des dimensions si colossales et des traits si distincts et palpables.

Mais c’est précisément pour ces raisons que la classe ouvrière de Grande-Bretagne est plus que toute autre apte et appelée à agir à la tête du grand mouvement qui doit aboutir à l’émancipation absolue du travail. Elle l’est en raison de la claire conscience de sa situation, de son immense supériorité numérique, des désastreuses luttes de son passé, de sa force morale dans le présent.

Ce sont les millions d’ouvriers de Grande-Bretagne qui ont, les premiers, jeté les bases réelles d’une nouvelle société ㅡl’industrie moderne, laquelle a transformé les forces destructives de la nature en puissance productive de l’homme. Avec une invincible énergie, à la sueur de leurs fronts et de leurs cerveaux, les travailleurs anglais ont créé des moyens d’ennoblir le travail lui-même et de multiplier ses fruits à un degré tel que l’abondance générale est devenue possible.

En créant les inépuisables forces productives de l’industrie moderne, ils ont rempli la première condition de l’émancipation du travail. Il leur faut maintenant en réaliser la seconde. Il leur faut libérer ces forces productrices de richesse des chaînes infâmes du monopole et les soumettre au contrôle commun des producteurs, lesquels, jusqu’à présent, ont permis que les produits même de leurs mains se tournent contre eux et se changent en autant d’instruments de leur propre asservissement.

La classe laborieuse a conquis la nature; elle doit maintenant conquérir l’homme. Pour réussir dans cette entreprise, il ne lui manque pas la force mais l’organisation de sa force commune, l’organisation de la classe laborieuse à une échelle nationale; tel est, à mon avis, le grand et glorieux objectif vers lequel tend le Parlement ouvrier.

Si le Parlement se montre fidèle à l’idée qui lui a donné vie, tel historien futur devra rappeler qu’en l’année 1854, il existait deux parlements en Angleterre, un parlement à Londres et un parlement à Manchester ㅡ un parlement des riches et un parlement des pauvres ㅡ, mais que des hommes siégeaient seulement au parlement des travailleurs et non au parlement des maîtres.

Sincèrement à vous.

Karl Marx.

NCA card

La question polonaise au Congrès international de Londres (Rosa Luxemburg, 1896)

21 octobre 2014

[Republication en article d’un document déjà publié en page il y a 4 ans]

Article de Rosa Luxemburg publié simultanément dans Sprawa Robotnicza N°25 (juillet 1896) et dans Critica Sociale N°14 (juillet 1896).

Il y a trente-deux ans, lorsque les fondateurs de ce qui allait devenir l’Internationale se sont rencontrés pour la première fois à Londres, ils ont ouvert leurs travaux par une protestation contre l’asservissement de la Pologne, qui était alors engagée, pour la troisième fois, dans une lutte stérile pour l’indépendance. Dans quelques semaines, le Congrès de l’Internationale ouvrière se réunira, également à Londres, et y verra présenté une résolution en faveur de l’indépendance polonaise. La similitude des circonstances amène tout naturellement à comparer ces deux événements dans la vie du prolétariat international.

Le prolétariat a parcouru un long chemin dans son développement au cours de ces  trente-deux dernières années. Les progrès sont manifestes dans tous les domaines, et de nombreux aspects de la lutte de la classe ouvrière se présentent très différemment d’il y a trente-deux ans. Mais l’élément essentiel de cet essor pourrait se résumer dans la phrase suivante: d’une secte d’idéologues, les socialistes sont devenus un grand parti unifié capable de gérer ses propres affaires. Alors qu’ils existaient à peine dans de petits groupes isolés en marge de la vie politique des pays, ils représentent aujourd’hui le facteur dominant dans la vie de la société. C’est particulièrement vrai dans les grands pays civilisés, mais aussi partout, ils sont un élément que le gouvernement et la classe dirigeante doivent prendre en compte. S’il fallait au départ diffuser le nouveau message, aujourd’hui, la question primordiale est de savoir comment la vaste lutte des masses populaires, désormais baignée de socialisme, peut être au mieux tendue vers son objectif.

Le Congrès international des travailleurs a connu des changements  équivalents. A ses débuts, le Bureau international était surtout un conseil qui se réunissait pour formuler les principes de base du nouveau mouvement, aujourd’hui c’est surtout, voire exclusivement, un organe de délibérations concrètes par un prolétariat conscient sur les questions urgentes de l’ordre du jour de sa lutte. Toutes les tâches et tous les objectifs y sont rigoureusement étudiés quant à leur faisabilité; ceux qui semblent dépasser les forces du prolétariat sont mis de côté, quel que soit leur attrait ou leur effet d’annonce. C’est la différence essentielle entre la conférence de cette année au Hall Saint-Martin et celle qui a eu lieu trente-deux ans auparavant, et c’est de ce point de vue que la résolution déposé devant le Congrès doit être examinée.

La résolution sur la restauration de la Pologne qui sera présenté au Congrès de Londres se lit comme suit. [1]

 » Considérant que l’asservissement d’une nation par une autre ne profite qu’aux capitalistes et aux despotes, qu’elle est également néfaste et à la classe ouvrière de la nation opprimée et à celle de la nation oppresseur; qu’en particulier le tsarisme russe, qui puise sa force intérieure et son poids extérieur dans l’asservissement et le partage de la Pologne, constitue une menace permanente pour le développement du mouvement ouvrier international, le Congrès déclare que l’indépendance de la Pologne représente une impérative exigence politique  tant pour le prolétariat polonais et pour le mouvement ouvrier international mouvement dans son ensemble.

La demande d’indépendance politique de la Pologne est défendue avec deux arguments: premièrement, la nature nuisible des annexions du point de vue des intérêts du prolétariat et, deuxièmement, l’importance particulière de l’asservissement de la Pologne quant au maintien du tsarisme russe, et donc, implicitement, l’importance de l’indépendance polonaise pour contribuer à sa chute. »

Commençons par le second point.

Le tsarisme russe ne puise ni sa force intérieure, ni son poids extérieur de la domination de la Pologne. Cette affirmation de la résolution est fausse de A à Z. Le tsarisme russe tire sa force intérieure des rapports sociaux au sein même de la Russie. La base historique de l’absolutisme russe est une économie naturelle qui repose sur les relations archaïques de propriété communautaire de la paysannerie. L’arrière-plan de cette structure sociale – et il y en a  encore de nombreux vestiges dans la Russie d’aujourd’hui – ainsi que la configuration générale des autres facteurs sociaux, constituent la base du tsarisme russe. La noblesse est contenue sous le joug du tsar par un flot incessant taxe sur la paysannerie.  La politique étrangère est menée au profit de la bourgeoisie, avec l’ouverture de nouveaux marchés comme objectif principal, tandis que la politique douanière met le consommateur russe à la merci des fabricants. Enfin, l’activité interne même du tsarisme est au service du capital: organisation d’expositions industrielles, construction du chemin de fer de Sibérie, et autres projets de même nature sont menés en vue de faire progresser les intérêts du capitalisme. De façon générale, la bourgeoisie joue un rôle très important dans le cadre du tsarisme dans l’élaboration de la politique intérieure et étrangère, un rôle que son inconséquence numérique ne serait jamais  lui permettre de jouer sans le tsar.  C’est cela, la combinaison de facteurs qui donne  au tsarisme sa force interne. S’il continue à végéter, c’est parce que les formes  sociales obsolètes n’ont pas encore complètement disparu, et que les rapports de classe embryonnaires d’une société moderne ne se sont pas encore pleinement développés et cristallisés.

A nouveau: le tsarisme  ne tire pas sa force du partage de la Pologne, mais des particularités de l’Empire russe. Ses vastes masses humaines lui fournissent une source illimitée de ressources financières et militaires, disponibles presque à la demande, qui élève la Russie au niveau d’une puissance européenne de premier plan. Son immensité et  sa situation géographique donnent à la Russie un intérêt tout particulier dans la question d’Orient, où il rivalise avec les autres nations également impliqués dans cette partie du monde. Les frontières de la Russie avec les possessions britanniques en Asie le mènent vers une confrontation inévitable avec l’Angleterre. En Europe aussi, la Russie est profondément impliquée dans les questions vitales des puissances européennes. Surtout en ce dix-neuvième siècle, la lutte de classe révolutionnaire émergente a placé le tsarisme dans le rôle de gardien de la réaction en Europe, ce qui contribue également à sa stature à l’étranger.

Mais surtout, si l’on doit parler de la position extérieure de la Russie, en particulier au cours des dernières décennies, ce n’est pas du partage de la Pologne, mais uniquement et exclusivement de l’annexion de l’Alsace-Lorraine qu’il tire son pouvoir: en divisant l’Europe en deux camps hostiles, par la création d’une menace de guerre permanente, et en conduisant la France dans les bras de la Russie.

De fausses prémisses donnent de fausses conclusions: comme si l’existence d’une Pologne indépendante pourrait priver la Russie de ses pouvoirs chez elle ou à l’étranger… La restauration de la Pologne  ne pourrait provoquer la chute de l’absolutisme russe que si elle supprimait en même temps la base sociale du tsarisme en Russie même, à savoir, les restes de la vieille économie paysanne  et l’utilité du tsarisme pour à la fois la noblesse et la bourgeoisie. Mais bien sûr cela n’a aucun sens:  avec ou sans la Pologne, cela n’y changera rien. L’espoir de briser  la toute-puissance russe grâce à la restauration de la Pologne est un anachronisme qui remonte à ce temps révolu où il ne semblait y avoir aucun espoir que des forces au sein même de la Russie y soient jamais capable de viser la destruction du tsarisme. La Russie de l’époque, une terre d’économie naturelle, semblait, comme l’ont fait ces pays,  s’embourber dans la stagnation sociale  la plus totale. Mais depuis les années soixante elle a mis le cap vers le développement d’une économie moderne et, ce faisant, a semé le germe d’une solution au problème de l’absolutisme russe. Le tsarisme se trouve contraint de soutenir une économie capitaliste, mais, ce faisant, il scie la branche sur laquelle il est assis.

Par sa politique financière, il détruit ce qui reste des anciennes relations agricoles communes, et donc élimine les fondements de la pensée conservatrice chez les paysans. Qui plus est, dans son pillage de la paysannerie, le tsarisme sape ses  propres fondements matériels en détruisant les ressources avec lesquelles il a acquis la loyauté de la noblesse. Enfin, le tsarisme s’est visiblement fait une spécialité de ruiner la plupart des consommateurs pour l’embarras de la bourgeoisie, ce qui laisse les poches  assez vides  aux seuls qui pourraient vouloir sacrifier un peu de leurs intérêts à ceux de la nation. Une l’agent de l’économie bourgeoise dépensé, la bureaucratie pèse de tout son poids.  Le résultat en est l’accélération de la croissance du prolétariat industriel, la seule force sociale à laquelle le tsarisme ne peut pas s’allier et à laquelle il ne peut pas céder sans mettre en péril sa propre existence.

Ces sont donc là les contradictions sociales dont la solution implique la chute de l’absolutisme. Le tsarisme fonce directement vers  ce moment fatal, comme une pierre roule du haut de la montagne. La montagne c’est le développement du capitalisme et ses flancs sont les poings de la classe ouvrière prête au combat. Seule la lutte politique du prolétariat dans tout l’empire de Russie peut accélérer ce processus. L’indépendance de la Pologne a relativement peu à voir avec la chute du tsarisme, de même que le partage de la Pologne avait peu à voir avec son existence.

Prenons maintenant le premier point de la résolution.  « La soumission d’une nation par une autre», y lit-on, « ne peut servir que les intérêts des capitalistes et des despotes, tandis qu’elle est également néfaste et à la classe ouvrière de la nation opprimée et à celle de la nation oppresseur…  » C’est sur cette base que la proposition de l’indépendance de la Pologne est censée devenir une exigence impérative du prolétariat. Ici, nous avons une de ces grandes vérités, si grande, en effet, que s’en est un lieu commun, et en tant que tel, ne peut mener à la moindre conclusion pratique. Si, en affirmant que l’assujettissement d’une nation par une autre est dans l’intérêt des capitalistes et des despotes,  on en conclut que toutes les annexions sont injustes, et peuvent être éradiquées dans le cadre du système capitaliste, alors raisonnons dans l’absurde, car ça ne tient pas compte des principes de base de l’ordre existant.

Il est intéressant de noter que ce point dans la résolution relève presque du même argument que la fameuse résolution néerlandaise: [2] « la conquête et le contrôle d’une nation par une autre et le combat d’un peuple par un autre ne peuvent être utiles qu’aux classes dirigeantes » … où le prolétariat doit accélérer la fin de la guerre en organisant des grèves militaires. Les deux résolutions sont fondées sur la croyance naïve qu’il suffit de reconnaître qu’un fait quelconque est avantageux pour les despotes  et nuisible pour les travailleurs, pour l’éliminer sur-le-champ. La similitude va plus loin. Le mal qui doit être écarté est dans son principe le même dans les deux résolutions: la résolution néerlandaise veut prévenir de futures annexions futures en mettant fin à la guerre, alors que la résolution polonais veut défaire les guerres passées en supprimant les annexions. Dans les deux cas, il s’agit pour le prolétariat d’éliminer la guerre et les annexions dans le cadre du capitalisme, sans éliminer le capitalisme lui-même,  alors que les deux font, de fait, partie de la nature même du capitalisme.

Si le truisme que nous venons de citer ne sert pas à grand chose pour l’abolition générale des annexions, il offre encore moins de raison d’abolir l’annexion  en question en Pologne. Dans ce cas particulier, sans une évaluation critique des conditions historiques concrètes, rien de bon ne peut être utile.  Mais sur ce point, sur la question de savoir comment – et si – le prolétariat peut libérer la Pologne, la résolution garde un profond silence profond. La résolution néerlandaise est plus élaborée à cet égard: elle propose au moins un moyen spécifique: un accord secret avec l’armée,  ce qui nous donne la mesure du côté utopique de la résolution. La résolution polonais reste en-deçà et se contente de « demander », ce qui n’est guère moins utopique  que le reste.

Comment le prolétariat polonais peut-il construire un État sans classes? Face aux trois gouvernements au pouvoir en Pologne, face de la bourgeoisie du Congrès polonais vendu au trône de Saint-Pétersbourg et rejetant toute idée d’une Pologne ressuscitée comme un crime et un complot contre son propre agenda, face aux grandes propriétés foncières de Galice représentées dans l’administration Badani, [3] qui vise  l’unité de l’Autriche (garantissant le partage de la Pologne) et, enfin, face aux Junkers prussiens qui alimentent le budget militaire pour sauvegarder les annexions; face à tous ces facteurs, que peut faire le prolétariat polonais? Toute révolte  serait matée dans le sang. Mais si aucune tentative de rébellion n’est faite, rien  d’autre ne se fera, car l’insurrection armée est la seule façon de réaliser l’indépendance polonaise. Aucun des États concernés ne renoncera volontairement à ses provinces, où ils ont régné pendant un long siècle. Mais dans les conditions actuelles, toute rébellion du prolétariat serait écrasée – il ne pourrait en résulter rien d’autre. Peut-être le prolétariat international pourrait-il aider? Il  ne serait pas  en position d’agir comme le prolétariat polonais lui-même, mais tout au moins peut-il déclarer sa sympathie.  Supposons  pourtant que toute la campagne en faveur de la restauration de la Pologne se limite à des manifestations pacifiques?  Eh bien, dans ce cas, bien sûr, les États qui l’ont partagé pourront continuer à régner sur la Pologne en toute tranquillité. Si donc le prolétariat international fait du rétablissement de la Pologne sa revendication politique – comme la résolution l’exige – il n’aura fait rien d’autre que prononcer un vœu pieux. Si l’on « exige » quelque chose, il faut se donner les moyens de cette exigence. Si l’on ne peut rien faire, l’ « exigence » creuse pourra bien tonner dans les airs, mais il ça n’ébranlera certainement pas le pouvoir des États sur la Pologne.

L’adoption de la résolution social-patriotique par le Congrès international pourrait toutefois avoir des implications plus vastes qu’il ne peut sembler à première vue. Tout d’abord, cela contredirait les décisions du précédent Congrès, en particulier relatifs à la résolution néerlandais sur la grève militaire. À la lumière d’arguments essentiellement équivalents et d’un contenu identique, l’adoption de la résolution social-patriotique réouvrirait la porte à la néerlandaise. Comment les délégués polonais, après avoir voté contre la résolution Nieuwenhuis, ont-ils réussi à proposer ce qui est pour l’essentiel une résolution identique, c’est là un point que nous ne discuterons pas pour le moment. En tout cas, ce serait bien pire si le Congrès dans son ensemble entrait dans une telle contradiction avec lui-même.

Deuxièmement, cette résolution, si elle était adoptée, aurait un effet pour le mouvement polonais que les prochains délégués au Congrès n’ont sûrement même pas osé imaginer. Ces trois dernières années – comme je l’ai détaillé dans mon article dans la Neue Zeit, numéros 32 et 33 [4] – on a tenté d’imposer aux socialistes polonais un programme pour le rétablissement de la Pologne, avec l’intention de les séparer de leurs camarades allemands, autrichiens et russes en les unifiant dans un parti polonais  construit sur une ligne  nationaliste. Compte tenu de l’utopie de ce programme et de sa contradiction avec toute lutte politique efficace, les défenseurs de cette tendance n’ont pas encore été en mesure de fournir d’argument à leur visées nationalistes qui résiste à la critique. C’est ainsi qu’ils n’ont guère, jusqu’à présent, mis en avant leur tendance sur la scène publique. Alors que les partis polonais des secteurs autrichien  et prussien n’ont pas adopté le point relatif au rétablissement de la Pologne dans leur programme, l’avant-garde de la tendance nationaliste, le groupe de Londres qui se fait appeler Zwiazek Polskich Zagraniczny Socjalistow, [5] a travaillé ferme  à susciter des sympathie dans les partis d’Europe occidentale, notamment via le journal Bulletin Officiel et par d’innombrables articles dans: Socialist Poland , The Poland of the Workers , Democratic Poland , The Independent Republic of Poland, etc les mêmes proses ont tourné en boucle en polonais, en allemand et en français. C’est ainsi qu’a été préparé le terrain pour l’adoption dans le programme d’un État de classe polonais. Le couronnement de tout ce processus devait être le congrès de Londres, avec l’adoption de la résolution du courant nationaliste passant en contrebande sous le drapeau international.  Le prolétariat international est sans doute censé lever le drapeau rouge sur le vieil édifice nationaliste et le consacrer temple de l’internationalisme. Ensuite cette consécration par les représentants du prolétariat international devrait couvrir l’absence d’une quelconque motivation scientifique et élever le social-patriotisme au rang de dogme qu’il serait vain de critiquer. Enfin cette décision devrait encourager les partis polonais à adopter, une fois pour toutes, le programme nationaliste et à s’organiser sur des bases nationales.

L’adoption de la résolution social-patriotique créerait un précédent important pour le mouvement socialiste dans d’autres pays. Ce qui vaut pour l’un vaut pour les autres. Si la libération nationale de la Pologne devait être élevée au rang d’objectif politique du prolétariat international, pourquoi pas aussi la libération de la Tchécoslovaquie,  de l’Irlande, et de l’Alsace-Lorraine? Tous ces objectifs sont tout autant utopiques, et ne sont pas moins justifiés que la libération de la Pologne. La libération de l’Alsace-Lorraine, en particulier, serait même beaucoup plus importante pour le prolétariat international, et bien plus probable: derrière l’Alsace-Lorraine il y a quatre millions de baïonnettes françaises, et dans les questions d’annexions bourgeoises, les baïonnettes ont plus de poids que les manifestations morales. Ensuite si les polonais des trois  parties occupées s’organisent selon  des critères de nationalités pour la libération de la Pologne, pourquoi les autres nationalités en Autriche n’agiraient-elles pas de la même façon, pourquoi pas les Alsaciens ne s’organiseraient-ils pas en commun avec les Français? En un mot, la porte serait ouverte aux luttes nationales et aux organisations nationalistes. A la place de l’organisation des travailleurs et en fonction des données politiques et étatiques, on rendrait hommage au principe de l’organisation selon la nationalité, procédé qui nous a souvent égarés dès le début.  Au lieu de programmes politiques de classe, on établirait des programmes nationaux.  Le sabotage de la lutte politique unitaire du prolétariat menée dans chaque État déboucherait sur une série de luttes nationales stériles.

Voilà la signification principale de la résolution social-patriotique, si elle devait être adoptée. Nous avons évoqué en commençant les progrès que le prolétariat a fait depuis l’époque de la première Internationale, son développement à partir de petits groupes  pour devenir un grand parti capable de gérer ses propres affaires. Mais à quoi prolétariat doit-il ce progrès? Seulement à sa capacité de comprendre la primauté de la lutte politique dans son activité. L’ancienne Internationale a fait place à des partis organisés dans chaque pays en conformité avec les conditions politiques propres à ces pays, sans, pour cela, s’occuper de la nationalité des travailleurs. Seule la lutte politique en conformité avec ce principe rend la classe ouvrière forte et puissante. Mais la résolution social-patriotique suit son cours en opposition diamétrale à ce principe. Son adoption par le Congrès serait renier trente-deux ans d’expérience accumulée par le prolétariat et d’enseignement théorique.

La résolution social-patriotique a été formulé très habilement: c’est derrière la protestation contre le tsarisme qu’on proteste contre l’annexion – mais après tout, la  revendication d’indépendance de la Pologne s’adresse aussi bien à l’Autriche et à la Prusse qu’à la Russie: elle sanctionne une tendance nationaliste ayant des intérêts internationaux; elle essaie d’obtenir l’appui du programme socialiste sur la base d’une manifestation morale générale. Mais la faiblesse de son argumentation est encore plus grande que l’habileté de sa formulation: quelques lieux communs sur la malfaisance des annexions et des sottises sur l’importance de la Pologne pour le tsarisme – cela et rien de plus – c’est tout ce que cette résolution est capable d’offrir.

Notes:

[1] Le texte de la résolution est reproduit d’après la forme présentée par Rosa Luxemburg dans son essai, Der Sozialpatriotismus in Polen, dans Neue Zeit. Cf. Collected Works , I, I, 39ff.

[2] Il s’agit d’une référence à un projet de résolution néerlandaise au Congrès socialiste international de Zurich en 1893. It was rejected in favor of a German resolution on the same theme. Il a été rejeté au profit d’une résolution allemand sur le même thème. Cf. Protokoll des Internationalen Sozialistischen Arbeiterkongresses in der Tonhalle Zurich vom 6 bis 12 August 1893 , Zurich 1894, p.25.

[3]  Référence à un membre de la noblesse polonaise de la Pologne autrichienne, Premier ministre de 1895 à 1897.

[4] Neue Strömungen in der polnischen sozialistischen Bewegung in Deutschland and Österreich ( New Tendencies in the Polish Socialist Movement in Germany and Austria ), in Collected Works , I, I.

[5] Union  à l’étranger des socialistes polonais , comité spécial associé au PPS.

Le mouvement ouvrier pendant la guerre (note de lecture, 1937)

25 août 2014

Note de lecture parue dans La Révolution prolétarienne du 10 mars 1937.

ROSMER
Le mouvement ouvrier pendant la guerre

UN LIVRE VÉCU

J’arrive un peu tard pour présenter ici ce beau livre de Rosmer qui devait être écrit et dont nous attendons la suite impatiemment. Ce compte rendu, d’autres devaient l’écrire, plus autorisés peut-être par les luttes qu’ils ont menées. Mais ils n’ont pas tenu la promesse qu’ils avaient faite au cuisinier de la R. P. C’est pourquoi je viens payer aujourd’hui mon tribut d’admiration et de gratitude à Rosmer pour ce qu’il eut, lui et ses compagnons, le courage de faire, pour cette histoire qu’il a écrite après l’avoir vécue.

En éditant ce gros ouvrage, dont l’acquisition est un peu onéreuse, la Librairie du Travail ne se dissimulait pas les difficultés de l’écouler. Mais elle se devait de le publier, comme elle a publié le Livre Noir, comme elle lança, vers la fin de la guerre, les brochures pacifistes et révolutionnaires du Comité pour la reprise des relations internationales. Ce qu’il y a de singulier dans ce cas, c’est que l’auteur et l’éditeur, Rosmer et Hasfeld, en résistant jadis à l’esprit de guerre, scellaient déjà leur collaboration, écrivaient à l’époque les pages vivantes de cette histoire. Ils n’ont eu qu’à puiser dans leur passé pour y découvrir la substance de ce long récit.

D’avoir été écrit par un partisan, par un lutteur de l’internationalisme prolétarien, ce livre y gagne d’être passionné, de prendre parfois l’accent de la vengeance et de la justice. Il est en effet un témoignage, en même temps qu’un acte rétrospectif d’accusation. Du train où l’on va, dans cette Union sacrée avant-guerrière qui se cimente dans la jobardise jacobine, ce livre ne manquera pas de devenir hérétique, et puis certains roublards nous objecteront sûrement que le passé ne compte plus, qu’il faut en secouer la poussière. Mais n’importe, du moment que ce livre de courage et de fidélité peut donner une indignation tonifiante à ceux qui douteraient d’eux-mêmes et se décourageraient devant les reniements scandaleux !

Mais si ce livre est rempli de passion, quelle n’est pas sa supériorité sur les histoires du mouvement ouvrier, politique ou syndical, que fausse un parti pris de secte ! On sait, en effet, que, fidèles aux méthodes des théologiens catholiques, certains de leurs confrères en bolchévisme, enfants chéris d’une troisième période bien dépassée, projettent en arrière leur doctrine momentanée pour étriquer à ses proportions les événements de la guerre. Ils ne voient des internationalistes de 1914 que leurs faiblesses, du moment que ceux-ci ne pensaient pas tout à fait comme Lénine pensa plus tard. Visiblement, ils sont irrités que l’opposition à la guerre soit venue de ce méprisable petit anarcho-syndicalisme. Ici, au contraire, dans le livre de Rosmer, nous saisissons le pacifisme de guerre avec son contenu réel, son authenticité, sa vraie grandeur. L’histoire n’en est pas faussée, ni ratatinée. Les syndicalistes français d’opposition y pensent comme ils pensaient, non comme ils auraient dû penser.

Il ne sera plus possible désormais d’escamoter leurs accusations et leurs actes comme l’ont fait certaines publications du syndicalisme officiel. Et leur action prendra toute sa valeur dans les futurs travaux des historiens qui pourront, s’ils ont l’esprit assez compréhensif, saisir la portée dramatique de cette lutte qui mit aux prises une poignée d’hommes clairvoyants contre la guerre organisée, la pensée asservie des fonctionnaires syndicaux, des politiciens, des intellectuels déchaînés qui déshonoraient l’esprit. Les textes cités par Rosmer, dont la plupart sont devenus introuvables pour la nouvelle génération, sont autant de preuves authentiques. Ceux d’entre elle qui réfléchissent et qui luttent reconnaîtront un peu de leur pensée dans ces écrits de combat qui devaient ne pas disparaître. Ils auront aussi un regard attendri pour une illustration émouvante qui aide à évoquer cette dure époque où des hommes travaillaient à la fois pour la paix et l’honneur ouvrier.

HISTOIRE D’UN RENIEMENT

Il est impossible de consigner ici toute la substance de cette histoire qui débute par un aperçu lumineux sur le mouvement ouvrier depuis la Commune pour s’arrêter à septembre 1915 (Conférence de Zimmerwald). Nous nous résignerons à la plus grande sobriété, d’autant plus que nos lecteurs qui n’ont pas lu le livre en trouveront la substance condensée dans une brochure, préfacée par Marcel Martinet, autre témoin et autre acteur, qui constitue le n° 2 des Cahiers de Spartacus (1).

L’un des aspects les plus marquants du syndicalisme d’avant 1914 fut son internationalisme. Les motions de ses congrès dirigées contre la guerre, avec la menace de la grève générale révolutionnaire expressément formulée à Marseille en 1908, ne pouvaient laisser aucun doute. Par ailleurs, l’attitude de la C. G. T. devant les menaces de guerre fut énergique et son antimilitarisme (Sou du Soldat) brava la répression.

Jusqu’aux derniers jours, après Serajevo, elle fut fidèle à sa ligne de conduite. En 1913, contre la loi de Trois Ans, elle collabora, ce qui était nouveau, avec le Parti socialiste. Il est vrai qu’elle se montra méfiante et hésitante dans son opposition pour ne pas céder à ceux de ses éléments qui manifestaient une volonté insurrectionnaliste inspirée par l’hervéisme et l’anarchisme.

Quoi qu’il en soit, et sans nous arrêter ici sur ce prétendu « changement de tir » de la G. C. T., notons que, sans illusion sur les guerres et leur nature capitaliste, elle ne faisait aucune concession à la guerre. C’est le 25 juillet 1914 que l’ultimatum autrichien à la Serbie fut repoussé. Le 26, la C. G. T. publia une déclaration et rappela ses décisions de congrès en faveur de la grève générale. Ce soir-là et le lendemain, les ouvriers de Paris manifestèrent dans les rues. Un grand meeting devait se tenir le 29 salle Wagram : il fut interdit, ce qui provoqua des bagarres avec la police. La veille siégea un C. C. N. qui s’opposa à la guerre, sans lancer d’ailleurs de mot d’ordre précis.

C’est qu’on espère encore, malgré tout. Jaurès fait toujours confiance au gouvernement pour maintenir la paix. Mais, lui tombé, le 31 juillet au soir, la cause de la guerre semble gagnée. La foule, révoltée, erre sans consigne dans les rues. On lui conseille le calme. Le lendemain, c’est la mobilisation et déjà l’Union sacrée. La C. G. T. a capitulé sans avoir combattu.

Elle non plus, la IIe Internationale n’a pas livré de combat. La plupart des chefs anarchistes ont fait de même, avec la pensée de céder à une fatalité écrasante.

Défaite, mais aussi reniement. Dans son énorme majorité, le mouvement ouvrier raisonne même, légitime son acceptation de la guerre. Il est des militants qui sont partis avec le désarroi dans la pensée, le désespoir au cœur. Mais beaucoup croient aller se battre contre le militarisme allemand, pour la paix et le socialisme.

Illusion terrible certes, mais les plus coupables sont ces hommes responsables du socialisme, du syndicalisme qui ne pensent pas autrement que la masse et la poussent au combat. Comme les organisations n’ont plus de vie réelle, seule la presse ouvrière donne le ton. La Bataille Syndicaliste est souvent plus chauvine que l’Humanité.

Déjà le 4 août, aux obsèques de Jaurès, Jouhaux excite les travailleurs contre l’impérialisme allemand. Après lui, le mouvement syndical s’installe dans la guerre, devient facteur de défense nationale et de paix sociale. Il est désormais l’un des plus sûrs garants de l’Union sacrée.

Chapitre douloureux de l’histoire prolétarienne.

Le remords aidant tout de même, les tentatives de justification sont venues, avec ces entorses à la vérité qui servent les mauvaises causes. La peur du carnet B, dont le fricoteur Malvy sut faire un moyen de corruption, l’appât des sursis d’appel et puis toujours cette crainte de ne pouvoir faire plus, voilà les facteurs humains qui eurent à intervenir.

Et puis, le tempérament réformiste est là, qui flaire toujours les possibilités, qui a le sens de l’opportun. Il dit alors : « Défendons la classe ouvrière non mobilisée, imposons au gouvernement des mesures favorables au prolétariat, préparons la reprise économique, cherchons à renouer les liens internationaux. »

Il est évidemment difficile d’apprécier ce que pouvait faire le mouvement syndical, ce que pouvait tenter le socialisme, du moment qu’ils n’ont rien tenté. La classe ouvrière a courbé la tête sous la rafale, tandis que les malins se garaient.

Ils tenaient dans l’union sacrée, ils tenaient dans l’état de siège et la censure ne brisait pas leur plume. Ils prenaient la revanche de leur humiliation en brimant les minoritaires qui cherchaient la vérité à tâtons et qui s’enhardissaient à la proclamer au péril de leur vie.

LES PIONNIERS DE LA PAIX

Ce qui caractérise alors le mouvement pacifiste, c’est qu’il est représenté seulement par des individus ou tout au plus par des organisations de base : quelques fédérations syndicales ou socialistes, quelques unions départementales. Mais dans ce dernier cas, il s’agit d’une poignée de résistants qui prennent peu à peu l’audace de dire leur pensée.

Le livre de Rosmer nous raconte tout au long l’histoire de ces réfractaires, d’août 1914 à septembre 1915. Jusqu’à Zimmerwald et même d’ailleurs pendant l’année 1916, le mouvement pacifiste n’a pas groupé autour de lui de larges masses.

Ce n’est pas aux lecteurs de la Révolution prolétarienne qu’il faut rappeler le rôle joué pendant la tourmente par l’ancien noyau de la Vie ouvrière.

Monatte, Rosmer, Martinet entretinrent alors, avec quelques autres, le foyer minoritaire. Les socialistes russes Martov et Trotsky travaillaient en liaison avec eux. Soutenus seulement par leur foi, ces hommes si divers assistaient à des lâchages qui ne les décourageaient pas.

Pourtant, bien faible était encore leur appui dans la classe ouvrière. Les minoritaires socialistes hésitaient encore avant de conquérir quelques fédérations et d’abord celle de la Haute-Vienne Le Comité confédéral national était dans la C. G. T. la seule assemblée où l’on pouvait discuter. Merrheim y protesta au nom de la Fédération des Métaux, contre l’attitude de Jouhaux, sa participation au Comité de secours national, son départ à Bordeaux.

Cette fédération devint alors, suivie par quelques autres, l’élément d’opposition le plus important.

Le Bulletin de l’Union des Métaux, l’Ecole Emancipée des instituteurs, rusant avec la censure, menèrent le bon combat pacifiste, tandis que la Bataille Syndicaliste, en proie à des rédacteurs sans mandat, donnait de façon éperdue dans un nationalisme grandiloquent. Le Comité pour la reprise des relations internationales parvenait à nouer quelques rapports par-dessus les frontières.

Mais les neutres des Pays Scandinaves ayant projeté de réunir une conférence, vouloir y participer fut taxé d’hérésie. Cependant, au C. C. N., 22 voix seulement contre 20 et 2 abstentions purent se grouper contre cette participation. Pour protester par un geste public contre l’attitude du Bureau confédéral, Monatte démissionna du C. C. N. et divulgua sa lettre de démission. Il ne tarda d’ailleurs pas à aller faire cette guerre qu’il maudissait et dont nul sursis d’appel ne l’abrita.

La déclaration de Liebknecht au Reichstag (2 décembre 1914) et le manifeste des minoritaires allemands montrèrent aux pacifistes français qu’ils étaient dans la bonne voie. Le premier Mai 1915 ne passa pas dans un silence honteux et le Bulletin des Métaux publié ce jour fut un réconfort pour tous ceux qui détestaient la guerre de toute leur raison.

La Conférence de Zimmerwadl vint couronner, en septembre 1915, les efforts du Comité pour la reprise. Elle fut réunie sur l’initiative de Grimm, militant socialiste suisse. On sait que pour la France seuls y participèrent Merrheim et Bourderon, délégués par les deux Fédérations des Métaux et du Tonneau. La conférence émit un vote unanime qui soulignait le caractère impérialiste de la guerre et se prononçait contre l’union sacrée, pour la paix sans annexion.

C’était là l’opinion moyenne des délégués. Déjà les bolcheviks russes présentèrent leur thèse d’une transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, mais la plupart des zimmerwaldiens ne partageaient pas ces vues, le mouvement contre la guerre qu’ils avaient soutenu dans leurs pays n’en était pas arrivé à cette étape, ce qui n’empêcha pas la conférence d’adopter unanimement la motion qui conclut les débats.

Il est donc vain de vouloir, comme l’ont fait il y a quelques années des historiens d’occasion bien dans la ligne, opposer la « gauche » et la « droite » de Zimmerwald en taxant cette droite d’opportunisme, les bolcheviks détenant, eux, la sainte vérité. Rosmer n’a point de peine à prendre en défaut ces théologiens orthodoxes qui ne peuvent se résigner à accepter que Lénine, alors inconnu en France, n’y ait pas tout fait.

C’est évidemment, dans ce cas, la vérité qui a tort. Il est regrettable que ces minoritaires, que ces pionniers du pacifisme aient été presque tous des syndicalistes révolutionnaires. L’histoire pourtant doit le reconnaître et, quant à nous, nous en éprouvons une certaine fierté. Cela nous enseigne à ne pas désespérer de la classe ouvrière, même lorsque les partis officiels ne savent pas se dégager de l’idéologie nationaliste, même lorsque le syndicalisme réformiste s’engage comme aujourd’hui dans une union sacrée préparatoire au massacre.

Les lecteurs de la R. P. qui n’ont pas connu l’ancienne Vie ouvrière seront, en lisant le livre de Rosmer, reconnaissants à l’équipe qui l’animait de son esprit révolutionnaire.

Ils apporteront à tous les réfractaires d’aujourd’hui, qu’ils se réclament d’une idéologie politique ou simplement d’un pacifisme humain, la résolution de ne pas être infidèles à cet héritage spirituel et de ne jamais séparer l’amour de la paix de celui de la Révolution.

Si leur geste n’eut rien de théâtral et de désespéré comme celui du héros de Roger Martin du Gard qui, sa vie sacrifiée d’avance, veut sauver l’honneur de l’homme en se révoltant contre le destin, ceux qui luttèrent opiniâtrement au cours de la tourmente pour préparer dans les consciences la révolte contre le crime n’en eurent pas moins leur mérite plus modeste et plus touchant aussi. Et puis enfin, ils sont réels, ils sont nos amis, leur passé nous est cher. Ils ont su depuis, simplement, ne pas se renier. Leur vie nous peut servir d’exemple et, dans la littérature prolétarienne, l’ouvrage de Rosmer prendra une place de choix, celle où vont de confiance le cœur et la raison.

A. RICHARD.

(1) S’adresser à J. Lefeuvre, 140, boulevard Saint-Germain, Paris (6e). Le prix de la brochure est de 2 francs.

***

L’ouvrage de Rosmer est en vente au prix de 36 francs au lieu de 45 — pour les lecteurs de la R. P. — à la Librairie du Travail, 17, rue de Sambre-et-Meuse, Paris (10e).

Rosmer et la famille Trotski 1921

Alfred Rosmer et la famille de Trotsky en 1921

Lettre à Monatte (Marie Guillot, 1914)

11 août 2014

Centenaire 1914-1918

Saint-Martin d’Auxy, 29 décembre 1914.

Cher ami,

Je reçois votre manifeste.

Je suis bien d’accord avec vous quant aux fautes commises par le Comité confédéral. La dernière est peut-être de toutes la plus formidable. — Est-ce que des révolutionnaires éclairés ne savent pas que la classe ouvrière, plus que toute autre, paye les frais de la casse; est-ce qu’il ne doivent pas comprendre qu’un pays comme l’Allemagne ne s’anéantit pas et que la guerre ne peut qu’exaspérer les défauts de son esprit public, si tant est que les Allemands soient plus aveugles que nous — : faire la révolution, libérer un peuple de la tyrannie — à coups de canon, c’est toute l’idéologie de 1793 qui reparaît là. On sait à quoi ça aboutit — Les Allemands sont bons pour se libérer eux-mêmes ; et la paix mettra de meilleurs armes en leurs mains que la guerre — Faisons donc notre travail qui est de développer nos organisations de lutte et laissons donc nos voisins faire le leur — On dit: ne pas abattre l’Allemagne, c’est lui laisser la possibilité de prendre une revanche — Admettons l’Allemagne abattue (pourra-t-elle l’être plus que la France en 70, et peut-on empêcher une nation qui a la volonté de vivre, de renaître de ses cendres) oui, admettons — les chances de guerre ne seront nullement diminuées, elles seront seulement déplacées: le centre sera à Petersbourg et Londres, au lieu d’être à Berlin et Vienne — Il y a encore de beaux jours pour le désordre capitaliste. Et le meilleur moyen et le plus rapide — malgré sa lenteur extrême, d’éviter les guerres, c’est de tuer la société capitaliste, c’est d’instaurer un régime de justice sociale où les rivalités économiques seront remplacées par des calculs économiques internationaux.

Quand je lis ce que l’Humanité fait digérer à ses lecteurs — mais, croyez-le, tous ne le digèrent pas, et les comptes se feront — j’en gémis sur la nouvelle mentalité socialiste — c’est le retour à la brutalité ancestrale: rossons-les et tuons-les pour leur porter la liberté — On se demande: est-ce démence, sottise, ou.. chauffe ?

Le devoir des organisations ouvrières était de tout mettre en œuvre pour préparer la paix: on y aura déjà assez de mal — Et nous ne devions pas décourager les neutres dans leur effort d’humanité et de clairvoyance ouvrière.

— Peut-être, un neutre dont on ne se préoccupe pas assez, le choléra, viendra-t-il mettre tout le monde d’accord. Et au printemps, peut-être verrons-nous se signer une paix du choléra, comme durent la signer Turcs et Bulgares — Mais voilà, nous pourrons compter nos pauvres gars.

Quant aux causes de la guerre et aux responsabilités, il est prématuré d’en parler: elles sont au fond d’ordre économique, je le sais — et chaque pays porte son fardeau — Tout sera tiré au clair après quelques années de paix — Et notre devoir sera d’en informer largement la classe ouvrière pour lui faire comprendre que, comme toujours, c’est elle le dindon de la farce, farce atrocement tragique.

La C.G.T. aura besoin d’une forte purge. Et il ne faut pas que Merrheim et les autres vous imitent; il faut à l’intérieur, de bons pilotes pour parer le mieux possible.

Votre démission, utile pour attirer l’attention des groupes — doit rester unique; il suffira aux autres camarades d’approuver vos raisons — du moins, c’est mon avis — Ne noyons pas tout, le travail de sauvetage serait impossible.

Mes amitiés à votre femme et à vous-même. A quand ce Conseil ? c’est l’épée de Damoclès qui ne se décide pas à tomber…

J’avais perdu votre adresse de la rue des Mignottes.

Cordialement.

Marie Guillot.

Marie Guillot

Voir aussi:

Cachin et les « alliés » (Modiano, 1936)

9 août 2014

Centenaire 1914-1918

Extrait de Quelques extraits de la vie des saints d’Hélène Modiano, partie de la brochure Union sacrée 1914-193.. (Spartacus, 1936).

Le 2 août 1914, Cachin parle à la grande réunion de la Fédération de la Seine à Wagram. L’Humanité rapporte ainsi son intervention:

« En termes qui déchaînent un tumulte d’enthousiasme, il montre Jaurès signalant aux ministres l’abîme ouvert où les a entraînés, et depuis peu avec plus de force que jamais, la plus aveugle politique européenne. Il faut accomplir maintenant, comme l’a proclamé Jaurès, tout notre devoir envers la patrie, mais comme des hommes conscients et libres, amis de l’univers tout entier. Nous promettons, conclut solennellement Cachin, de faire à la fois tous nos devoirs de Français et de socialistes fidèles à l’Internationale. » Ainsi Jaurès n’est pas encore enterré, et déjà on ose utiliser son cadavre. De l’aveu même de Cachin, Jaurès a vu clairement, « Sans sa dernière démarche, la politique aveugle, ou trop clairvoyante, des dirigeants français. Il se préparait à le dire, à dénoncer toutes les responsabilités, quand il fut assassiné, , par une coïncidence étrange… Le devoir envers la patrie, pour Jaurès, consistait peut-être dans la proclamation de la grève générale au dernier moment, pour faire reculer le gouvernement, et, par son intermédiaire, la Russie. Quinze jours plus tôt, moins bien informé, il préconisait cette solution , et Jaurès n’était pas Jouhaux… Personne n’avait le droit d’affirmer, le 2 août 1914, que Jaurès aurait convié le peuple français à se rendre, en rangs serrés, à l’abattoir « comme des hommes conscients et libres », ni à se montrer « amis « des hommes de l’univers entier » à coups de grenades et de mitraille. Jaurès n’aimait pas le peuple français de la même façon que Saturne aimait ses enfants (en les dévorant), ni le peuple allemand comme la Sainte Inquisition ses victimes (en les torturant pour sauver leur âme)…

Chacun fait la guerre comme il peut et où il peut. Cachin, qui n’a pas de vocation pour la vie des « hommes conscients et libres » dans les tranchées, estime (à juste titre !) qu’il sera plus utile dans la diplomatie. En qualité de « socialiste fidèle à l’Internationale », il serait bien aise qu’aucune section de l’Internationale ne reste  à l’abri de la catastrophe. Il désire que toutes celles qui sont restées neutres viennent au secours de l’impérialisme français. Il devient le grand spécialiste de l’entrée en guerre de l’Italie. Celle-ci est à vendre. Les dirigeants sont tout prêts à faire la guerre, mais ils ne savent pas encore avec qui. Cela dépend du prix qu’on y mettra. On assiste alors à ce spectacle : Südekum, député au Reichstag, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement allemand, pour remplir à la fois son « devoir d’Allemand » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Cachin, député, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement français, pour remplir à la fois son « devoir de Français » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Et vive l’internationalisme prolétarien ! Qu’en pensent les socialistes italiens ? Réunis en conférence le 19 octobre à Bologne, ils considèrent que la guerre est un conflit des impérialismes rivaux et se prononcent pour la neutralité  absolue. Seul, Mussolini se prononce pour « une neutralité active et opérante »! « Il est impossible pour les socialistes, dit-il, de rester spectateurs de ce drame grandiose et tragique ! » Que Mussolini l’ait pensé, et l’ait dit, il  n’y a rien là qui puisse nous étonner aujourd’hui, de la part du bourreau sanglant du peuple italien et du peuple éthiopien. Mais que Cachin ait été enthousiasmé par ce délire belliciste, voilà qui doit nous donner à réfléchir. Il entre aussitôt en contact avec Mussolini. Il lui apporte le concours financier du gouvernement français. Mussolini quitte la rédaction de l’Avanti, journal officiel du parti italien, et fonde, le 15 novembre, le Popolo d’Italia, annoncé partout comme un « nouveau journal socialiste contre la neutralité ». Dans la conclusion d’un de ses premiers articles, il lance un nouveau cri de ralliement : « Le cri est un mot que je n’aurais jamais prononcé en temps normaux, mais qu’au contraire je lance aujourd’hui d’une voix forte, d’une voix claire, sans réticences, avec une foi absolue : un mot terrible et fascinateur: GUERRA !»

Et Cachin, dans l’Humanité, savoure le triomphe de sa diplomatie:

« Dans la section italienne de l’Internationale elle-même, voici Mussolini qui, dans le Popolo d’Italia, aujourd’hui à son quarantième numéro et qui a là-bas le plus vif succès, rappelle avec éclat que « la Révolution, c’est une idée qui a trouvé des baïonnettes ». NOUS ENREGISTRONS AVEC JOIE CES SYMPTÔMES NOMBREUX ET CONCORDANTS.»

La joie de Cachin! Il est heureux. Il a réussi à faire entrer dans le jeu de la mort des centaines et des centaines de milliers d’hommes qui auraient pu rester à l’écart, et travailler à la reprise des relations internationales, au rétablissement de la paix, à la Révolution mondiale. Il est heureux. Et puis, quelle tête doit faire Südekum !

Cachin écrit encore:

« Nul ne peut plus douter aujourd’hui des intentions de l’Italie. Elle va participer au conflit et il n’y a pas un habitant de la Péninsule qui n’en soit convaincu à cette heure. CE N’EST PAS QU’ON Y MONTRE PARTOUT UN GRAND ENTHOUSIASME ; mais qui oserait reprocher à un pays de ne pas se jeter dans l’aventure redoutable sans en prévoir les conséquences ? (!!!) Pour être juste, disons que L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS LA GUERRE ; mais chacun sent que les événements sont plus forts que les volontés et qu’on y est entraîné malgré soi, sans que la résistance soit possible ». (Cachin, l’Humanité du 27 avril 1915.)

« L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS DE LA GUERRE » ! Et cependant, Cachin n’hésite pas à les y précipiter, dans « l’intérêt national » d’un pays qui n’est pas le leur. Voilà qui éclaire peut-être la situation présente, et le peu de cas que ferait Cachin des sentiments pacifiques du peuple français, pour peu que la diplomatie soviétique voie d’un bon œil une conflagration à l’ouest de l’Europe…

Cachin continue à s’employer pour la défense nationale. Il s’engage… à faire partie d’une équipe de conférenciers nationaux dans laquelle figure Léon Daudet ! C’est déjà l’époque de la main tendue… Plus tard encore, il ira en mission en Russie, pour y encourager la lutte « jusqu’au bout »… Dans Strasbourg reconquise, il versera les larmes de joie que l’on sait. Ce jour-là, il est récompensé de quatre ans de luttes désintéressées, passées dans la peine et la souffrance… des autres. Puis, il deviendra défaitiste révolutionnaire (après la guerre…). Et puis encore, il reviendra à ses premières amours, et expliquera aux prolétaires que si la guerre devait surgir, au moins leurs souffrances ne seraient pas vaines, « cette guerre servirait à abattre le fascisme hitlérien, c’est-à-dire le militarisme germanique, et serait ainsi… la dernière des guerres. Et maintenant, votons les crédits militaires, et préparons le Front français !!!

Encore un mot sur l’Italie: Jouhaux mena, côté syndicats, la même action que Cachin, côté socialiste…

Manifeste des instituteurs syndicalistes (juin 1915)

9 août 2014

Centenaire 1914-1918

Texte préparé par Marie Mayoux qui le présente à la réunion de Tours du 13 juin 1915, imprimé à Saumur (daté du 1er juillet 1915), rejeté par le conseil fédéral de l’enseignement. Cité dans Trente ans de combats (L. Bouët) et Le syndicalisme dans l’enseignement (t. II).

Instituteurs syndiqués et syndicalistes, en août 1914, parce que nous avons reconnu, comme ceux des nôtres qui ont répondu « présents » à l’appel de la Patrie, la brutale nécessité d’une défense rapide et efficace contre l’envahisseur; nous n’avons pas parlé depuis, malgré le deuil de nos cœurs au long du douloureux calvaire gravi par l’Europe cet hiver, parce que nos sympathies, acquise à toutes les victimes de l’innommable tuerie, allaient d’abord et tout droit à l’héroïque Belgique, à notre France meurtrie.

Mais aujourd’hui, le constant échec de l’offensive allemande sur tout le front occidental, l’entrée en ligne de l’Italie, nouvelle et précieuse alliée, nous créent l’impérieux devoir de crier: « Assez de sang versé« . Notre conviction intime et profonde est qu’à l’heure actuelle une proposition de paix pourrait humainement être faite par n’importe lequel des adversaires mais que ce geste honorerait grandement les Alliés.

Sans entrer dans les détails de la question, l’intérêt d’une paix prochaine nous apparaît comme évident. L’humanité et le patriotisme sont ici d’accord. Des milliers de jeunes hommes seront ainsi sauvés et, pour nous, éducateurs, qui entourons l’enfant de nos soins constants, qui savons combien est lente et difficile la formation de la personnalité, qui, par suite, avons le respect de la vie humaine, pour nous comme pour toutes les mères, cette raison est capitale. D’autre part, l’anéantissement de l’Allemagne est une proposition enfantine; il doit suffire que la monstruosité et la vanité du rêve pangermaniste de domination universelle soient démontrées. Au peuple allemand – à qui nous tendons une main fraternelle – de faire son œuvre. En se débarrassant de ses hideux tyrans, il hâtera l’établissement inévitable des États-Unis d’Europe.

Car cette guerre ne signifie rien, si elle n’est pas une révolte consciente d’hommes libres contre le militarisme barbare.

La France se doit de compléter son geste de défense par l’offre spontanée de mettre fin à la boucherie. ce sera son honneur éternel devant l’histoire.

%Mais, diront certains, si la guerre se termine sans résultats décisifs, elle recommencera dans quelques années. Nous ne le pensons pas. L’écrasement de l’un de deux adversaires, faisant germer l’esprit de revanche, une nouvelle lutte se préparera. La guerre se terminant, au contraire, sans succès décisif de part et d’autre, malgré les sacrifices consentis, quel est le parti militariste qui osera préconiser à nouveau des armements à outrance ?

Et qu’on ne se méprenne pas sur nos intentions. Après la terrible épreuve, nous demeurons ce que nous étions hier. A ceux qui, nous comprenant mal ou pas du tout, nous jetteraient comme une injure l’épithète de « mauvais Français », nous répondrions par une phrase, et un nom: « Si être patriote c’est vouloir une France toujours plus prospère, mais aussi toujours plus humaine et plus juste, eh bien! nous sommes résolument patriotes« . Voilà la phrase, elle est extraite de notre Manifeste de 1912. Et voici le nom, c’est celui de l’instituteur qui dirigeait avec entrain et bonne humeur notre mouvement d’alors et qui, l’année dernière, est mort au champ de bataille, après avoir été promu caporal et cité à l’ordre du jour: Chalopin!

La guerre est l’accident.La paix seule est normale. Il faudra tôt ou tard parler de paix. Nous demandons donc au gouvernement de proposer un armistice à tous les belligérants et d’autoriser la discussion des bases sur lesquelles la paix pourrait être réalisée.

Nous estimons que ces bases doivent être:

1. Liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

2. Désarmement général par l’arbitrage obligatoire.

En réclamant pour le peuple qui lutte si unanimement ce droit de discussion, nous restons dans notre tradition républicaine et révolutionnaire.

Notre intervention sera, nous l’espérons, comprise et soutenue par tous ceux qui, en France, et ailleurs sont partisans de la paix, de la lumière et de la liberté.

Nous avons voulu par ce geste, répondre selon nos moyens à la bravoure et à la confiance des nôtres qui, depuis onze mois, nous donnent le plus sublime des exemples en faisant, eux pacifistes, la guerre pour avoir la paix.

30ans

Voir aussi:

Le P.S.O.P répond aux attaques de l’ « Humanité » (1938)

1 août 2014

Paru dans l’Echo d’Alger du 2 août 1938.

Le Parti socialiste ouvrier et paysan de M. Marceau Pivert communique la déclaration de sa commission administrative permanente qui répond à diverses attaques et notamment à un article publié par M. Gitton dans l’ « Humanité ». Elle déclare que la Parti socialiste ouvrier et paysan combat non le rassemblement des masses populaires de 1936, mais la trahison des partis dirigeants du Front populaire au profit de la réaction capitaliste en général, et du gouvernement actuel en particulier. Le parti demande des agarnties de justice pour les accusés du P.O.U.M. à Madrid et s’étonne que le parti communiste français ne propose pas la publicité des débats de ce procès, ainsi que la présence de délégations étrangères et le libre choix des avocats pour les accusés. Sans prendre à son compte les actes et les opinions des condamnés de Moscou, le P.S.O.P. souligne le tort immense fait à la cause prolétarienne par le massacre systématique des pionniers de la révolution d’octobre.

presse1938

U.R.S.S. ou U.S.A.? (Lefeuvre, 1947)

11 juin 2014

Paru dans Masses (N° d’octobre-novembre 1947).

LE 5 octobre, l’Humanité publiait un communiqué relatif à la conférence d’information de quelques partis communistes, et nous avisait qu’un bureau d’informations avait été créé entre un certain nombre de partis communistes appartenant tous à l’Europe continentale et que ce bureau aurait pour tâche « d’organiser l’échange des expériences et, en cas de nécessité, la coordination de l’activité des partis communistes sur la base d’un libre consentement ».

Nos amis pourront lire dans ce numéro le texte de la déclaration qui accompagnait le communiqué. Cette déclaration nous avons tenu à la publier car elle marque le début, inévitablement, d’une nouvelle politique des partis communistes en France et en Europe. Elle vise surtout à modifier la tactique des partis communistes en France et en Italie qui depuis la libération s’étaient comportés comme des groupements parlementaires et électoraux réclamant la participation au pouvoir, y participant le cas échéant. Désormais, ces partis passeront à l’attaque et leurs coups les plus durs seront réservés aux partis socialistes, comme autrefois en Allemagne (en russe surtout) où elle contribua puissamment à la prise du pouvoir par Hitler. Les réactions à cette déclaration ont été diverses dans le monde. La presse américaine, en général, devant la formation du Kominform a demandé de renforcer l’aide à l’Europe occidentale ; le New-York Times, par exemple, écrivait le 7 octobre : « La première mesure qui s’impose est le relèvement de l’Europe occidentale grâce à l’application immédiate de la doctrine de Truman et du plan Marshall ». Le New-York Herald Tribune de son côté ajoutait : « Nos paroles seront futiles si elles ne sont pas accompagnés de vivres et de charbon ». Les autres journaux américains considéraient la création du « Bureau comme une déclaration de guerre aux États-Unis ». Le New-York Daily Mirror demandait que tout communiste américain ou non, fût traité désormais en ennemi des États-Unis.

La presse britannique s’est montrée plus calme. Le Times, le 7 octobre, écrivait même que les puissances occidentales avaient peut-être parfois contribué à la division du monde par des paroles brutales telle l’exposition de la nouvelle doctrine américaine par le président Truman, le 12 mars dernier. De son côté, le New Chronicle soutenait la thèse que la création du Kominform constitue la réponse soviétique à l’idée adoptée aussi bien en U. R. S. S. que par beaucoup d’Américains, selon laquelle le plan Marshall n’a pour objectif que de rassembler les nations de l’Europe occidentale dans la lutte contre le communisme.

Ce qui importe le plus pour nous socialistes de l’occident du continent c’est de ne pas perdre notre propre jugement de ne pas nous laisser entraîner par les propagandes de l’un ou l’autre camp. La création du « Bureau » est certainement une riposte au plan Marshall dans la mesure où celui-ci représente effectivement un moyen d’organisation de l’Europe et par suite met un frein à l’expansionnisme soviétique. Quels que soient les termes de la déclaration, si critiquable que nous paraisse la politique de guerre au socialisme qu’ils impliquent, nous ne devons pas néanmoins oublier que les États-Unis sont un pays capitaliste, un pays où le capitalisme a trouvé peut-être sa dernière expression, sa dernière force impérialiste.

L’U.R.S.S. possède un régime politique original qui n’est plus capitaliste, mais qui n’est pas socialiste. Les définitions et les explications ne manquent pas pour ce régime. Mais elles ne changent rien au fait que le système de gouvernement autoritaire et policier de la caste bolchevique — caste qui a d’ailleurs liquidé 95 % des vieux, des vrais bolcheviks — n’a pas de caractère socialiste ni même démocratique de quelque forme que ce soit, ne prépare pas la Venue d’une organisation socialiste, mais au contraire ne tend qu’à perpétuer la situation présente. Elle l’impose aux pays satellites qu’elle domine par divers procédés et utilise les partis communistes asservis aux fins de sa politique extérieure.

Les États-Unis sont au stade de la nécessaire exportation du capital. Ils ont besoin des marchés extérieurs pour leurs marchandises et leurs dollars. L’isolationnisme a pris fin, même si tous les Américains ne sont pas conscients de la situation. L’heure de l’expansion extérieure est venue. Jamais, dans l’histoire du capitalisme, un pays à la production aussi puissante ne s’est trouvé avoir un tel besoin de débouchés extérieurs.

Nous ne pouvons pas choisir l’U.R.S.S. et l’ignoble régime d’esclavage qu’elle veut partout imposer. Si nous voyons dans l’offre Marshall une possibilité de relèvement et de recul de la misère pour les peuples de l’Europe, nous ne pourrions accepter une tutelle qui barrerait la route à l’évolution vers le socialisme démocratique. Or, cette voie est encore possible. Toutes les conditions nécessaires existent encore en Europe occidentale. A nous de les saisir avec énergie, avec foi. A l’avenir menaçant, au troisième conflit mondial qui se prépare, il faut opposer l’action constructive du socialisme. Quelle doit être celle-ci ? C’est ce que nous nous efforcerons de préciser dans les numéros de notre revue.

René LEFEUVRE.

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Préface à la Critique du programme de Gotha (Dunois, 1922)

7 juin 2014

Note introductive d’Amédée Dunois extraite de l’édition de la Critique du programme de Gotha par Karl Marx par la Librairie de l’Humanité en 1922, au format pdf:

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cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

Spartacus (1975-1979) en ligne

5 juin 2014

Dernière revue dirigée par René Lefeuvre, Spartacus a été numérisée sur le site http://archivesautonomies.org:

  • Spartacus N°1 – Novembre-Décembre 1975 GIF - 1.1 ko
    • Spartacus : hier et demain – René Lefeuvre
    • Perspectives politiques
    • Le chantage à l’anticommunisme
    • Au service de l’ordre
    • Trotsky et la révolution espagnole
    • La révolution portugaise
    • Portugal : Quels conseils ouvriers ?
    • Portugal : L’autre combat
    • Portugal : De l’incertitude à la fin des illusions
    • Fascisme brun/Fascisme rouge
    • L’archange chinois contre les droits bourgeois
    • Lettre inédite de Louise Michel
    • Le bref été de l’anarchie
    • Comment lire et ne pas lire Reich
    • Renault 1975
    • Révolution et contre révolution en Catalogne
    • La révolution russe
    • Parti-État
    • À propos de Gramsci
    • Clef pour l’autogestion
    • Rosa Luxembourg : La question nationale
    • Rosa Luxembourg : L’apport de Rosa au marxisme
    • Pacifiquement vers la catastrophe
    • Le chêne et le veau
  • Spartacus N°2 – Mars-Avril 1976 GIF - 1.1 ko
    • Espagne : les fossoyers de la révolution
    • Après le 25 novembre portugais. Répression et résistance en milieu-ouvrier ; des ouvriers et des soldats parlent
    • Le postfranquisme et le changement
    • Mao, Chou, les Gardes Rouges, etc.
    • Rosa Luxembourg et sa doctrine
    • Interview sur le Liban
    • La silicose des cols blancs
    • Antimilitarisme, léninisme et communisme
    • Les enfants du prophète (Trotsky)
    • Le amrxisme introuvable
    • L’évolution du capitalisme français
    • La Russie et les problèmes du socialisme
    • Histoires d’ouvriers
    • La révolution par la terreur. Le système concentrationnaire léniniste
    • Quatre-ans sur le sol limousin. Du côté des petis filles
    • Le Grand Jeu. Varlin. Les Canuts. La Commune.
    • Réussite et échec de Picasso. Des combats dérisoires
  • Spartacus N°3 – Juillet-Août 1976 GIF - 1.1 ko
    • L’honneur perdu de l’Allemagne fédérale – G. Bauer
    • Pour défendre la liberté en Pologne – Lucienne Rey
    • Le Capital monopoliste d’État – Paul Mattick
    • De l’inflation à l’impasse – Galar
    • Vivre la lutte : lettres de Rosa Luxemburg – Guy Sabatier
    • Refus du travail ou lutte pour « le droit à la paresse » – Charles Reeves
    • Une double-page de Charlie-Hebdo – Cabu
    • Les organisations et les masses en Lutte
    • Le mouvement prolétarien autonome en Italie – Michel des Blancs
    • Histoire du Poum – Maurice Jaquier
    • Enseignement de la Révolution Espagnole – L.R.
    • Révolution et Contre-Révolution en Espagne – R.D.
    • De la persuasion du peuple en Europe et en Chine – Serge Bricanier
    • La Russie sous Lénine vue à la lumière chinoise – Louis Rigal
  • Spartacus N°4 – Décembre 1976 GIF - 1.1 ko
    • La dictature du prolétariat – Michel Caron
    • Les moyens et le but – Clacaro Yvir
    • Prolétariat et classe ouvrière – S. Rubak
    • La classe ouvrière face au pouvoir – Michel des Blancs
    • Rosa Luxembourg, Lénine et la dictature
    • Dictature du prolétariat, fin de l’économie et de la politique – Galar
    • Lettre de Madrid
    • Les fractions révolutionnaires dans la 1ère Internationale – C. Michel
    • Le 37e Congrès de la CFDT fera-t-il date dans l’histoire du mouvement ouvrier ?
    • La contestation. Un document : Les syndiqués, l’appareil syndical et la délégation permanente du pouvoir
    • De la façon d’écrire l’histoire et de l’enseigner – B. Roland
    • Le Tiers-monde et ses désillusions
    • « Utopies réalisables » – Michel des Blancs
    • Art et Révolution – S. Rubak
    • Un Kroutchev et un sculpteur – John Berger
    • La Russie et les problèmes du socialisme : Politique mondiale et socialisme – Louis Rigal
    • Pour l’abolition du salariat – Claude Berger
  • Spartacus N°5 – Avril-Mai 1977 GIF - 1.1 ko
    • Le fascisme analysé – Galar
    • Espagne : quelques aspects du nouveau mouvement ouvrier – Paco et Jorge
    • La réforme agraire au Portugal – Ponce Panice
    • Le bloc russe : crise et militarisation – Galar
    • Le mouvement ouvrier face à la troisième guerre mondiale – Berthelet, le Dem J. Jean Péaud
    • La répression anti-ouvrière en Pologne – Lucienne Rey
    • Un évangile morderne : le cinquième ! – Louis Simon
    • Impérialisme et révolution en Amérique Latine – Soluf
    • Hongrie 1956 – C. Michel
    • Minus 8, une revue de Hong-Kong – C.R.
    • Sur la méthode de Marx – Claude Berger
    • La révolution socialiste mondiale – Rigal
    • L’Intelligentsia contre la révolution – Sancho
    • Abolition et extinction de l’État – Camillo Berneri
  • Spartacus N°6 – Juin-Juillet 1977 GIF - 1.1 ko
    • À propos de Karl Heinz Roth : aperçus et discussion sur la situation allemande
    • Un gouvernement de front commun ?
    • La grève des loyers à la Sonacotra
    • Espagne : émergence de tendances révolutionnaires en milieu ouvrier – Jorge
    • Edouard Moreau, Communard
    • Sur les luttes étudiantes en Italie
    • Rosa Luxembourg et sa doctrine
    • De l’opposition à la dissidence
    • Prisons et société à Cuba – Charles Reeves
    • Les ouvriers de Saint-Nazaire
    • Cloche de Pâques pour Frère Jacques – André Laude
    • Paroles et musiques, Le Réfractaire – Jacques Prévert
    • Le camp de concentration cambodgien – Guy Sabatier
    • À propos de la dictature du prolétariat – Camatte
    • Beaucoup de bruit pour rien – Serge Bricanier
    • Histoire d’un bourgeois allemand
    • SUr la méthode de Marx : les associations ouvrières – Claude Berger
    • Les fractions ouvrières dans la gauche allemande
    • Révolution pour la Liberté (Paul et Clara Thalmann)
  • Spartacus N°7 – Novembre-Décembre 1977 GIF - 1.1 ko
    • Contribution à un débat sur le terrorisme politique
    • Les monts et merveilles du Programme Commun – J.M. Kay
    • Programme Commun et économie vulgaire – Galar
    • Qu’est-ce que l’Eurocommuniste ? : Idéologies et perspectives – L. Rigal
    • Écologie Politique : la faune et la flore – J.M. Kay
    • Le vieux contre le neuf : l’Eurocommunisme espagnol et les luttes de classes – Jorge
    • Negaciones, une revue d’Espagne – C.R.
    • Sur les front populaires des années 1930
    • Portugal : encore une révolution trahie ? – Julio Henriques
    • Irlande : Les Ghettos de Belfast et Derry 1969-1972 – Michel D. Perraudeau
    • Trois biographies
    • « CFDT au coeur » de Krumnow
    • La vie sexuelle en Chine moderne
    • La Chine est loin…
    • Où veut en venir Castoriadis ?
    • Sur la métohde de Marx : la lutte révolutionnaire de classe – Claude Berger
    • Le génocide des Indiens : Les mémoires de Géronimo – J.M. Raynaud
  • Spartacus N°8 – Mars 1978 GIF - 1.1 ko
    • Sur la querelle entre les directions du PCF et du PS – S. Rigel
    • La Chine de Gang en Teng – A.Q.
    • Points de vue sur le syndicalisme
      • Les chasseurs d’ombres – Alain Le Den
      • SYndicats, partis et Programme commun – Groupe Échanges
      • Les autoréductions
      • Collegiamenti
      • La CNT et la crise syndicale et politique en Espagne – Charles Reeve
    • Un portrait classique de Staline – H. Abosch
    • Lettre à un vieux camrade – Rigal
    • Le Nationalisme sous toutes ses formes, armes du Capital – Guy Sabatier
    • Connaissez-vous Pannekoek ? – Serge Bricanier
    • Nucléaire et politique – Nicole
    • Sur la méthode de Marx : Lénine contre Marx – Claude Berger
    • Sur le petit commerce marxo-universitaire comme brève réflexion non théorique sur la produciton marxiste contemporaine – André Mistral
    • Week-end chez un « fasciste » breton – André Laude
    • Un évènement démocratique est né en Pologne – Lucienne Rey
    • La Russie et les problèmes du socialisme – L. Rigal
    • Sur une théorie des crises un peu particulière – R. Husson
    • HUrrah !!! ou la révolution par les cosaques – Maurer
    • Le groupe Octobre – S. Rubak
    • La conception matérialiste de l’Histoire (texte intégral) – G. Plekhanov
  • Spartacus N°9 – Mai-Juin 1978 GIF - 1.1 ko
    • 1968 – Dix ans après : leçons et perspectives – L. Rigal
    • La comédie électorale – L. Rigal
    • Sur la délinquance
    • Dossier Italie :
      • Les principes et le fonctionnement – Spartacus
      • Politique des sacrifices et luttes ouvrières en Italie – Nicole
    • Les mineurs américains une grève pour la défense de la grève sauvage
    • Sur la conjoncture – L. Rigal
    • Mort de l’idéologie ? – Galar
    • Avec qui lutter ? – Simon Rubak
    • La crise dans les pays de l’Est
    • L’Europe de l’Est et le commerce mondial – Henri Simon
    • Espagne : la CNT et l’autonomie – C. Reeve
    • Syndicalisme autonomes : même combat – C. Michel
  • Spartacus N°10 – Juillet-Août 1978 GIF - 1.1 ko
    • Plan Barre : Le Capital sans fard – Galar
    • Après les élections : que veut la droite – L. Rigal
    • L’établi – Galar
    • À bas le travail ! À bas le prolétariat ! – J.P. Musigny
    • Italie : Élements de discussion ouvrière – Michel des Blancs
    • La trahison du P.C.I. – Cosimo
    • Aux origines de la Gauche allemande – Guy Sabatier
    • Pannekoek, autogestion, parti + Conseils ouvriers – Guy Sabatier
    • Un journal des femmes libertaires – Nicole
    • Les nouveaux philosophes – Claude Berger
  • Spartacus N°11 – Octobre 1978 GIF - 1.1 ko
    • La perspective française après les élections – Rigal
    • Interview par Lotta Continua – Paul Mattick
    • L’Informatique au service de la répression – Uruguay
    • Quelques procédés de l’anticonseillisme – Bricaner
    • La montée du pouvoir syndical en Grande-Bretagne – Gerry Vignola
    • « Le Droit à la paresse » n’est-il qu’un pamphlet – Simon Rubak
    • Agriculture, économie et Révolution au Portugal – Joao Bernardo
    • Sur la situation de classe en Espagne – Ch. Reeve
    • Espagne : Problèmes de l’autonomie ouvrière – Guy Sabatier
    • Tracts d’ouvriers autonomes
  • Spartacus N°12 – Décembre 1978 GIF - 1.1 ko
    • Les nouveaux historiens – Michel Pichol
    • L’Ère des compétents ? PSU – Rocard – J.M. Kay
    • Crise et révolution – J.M. Heinrich
    • 5 thèses sur la lutte de classes – Pannekoek
    • Immigration du travail, Émigration du capital ? – Galar
    • Portugal, la réforme agraire et l’agriculture – Contra a Corrente
    • Pays arriérés et Occident – Rigal
    • Lettre du Portugal – Dissidents USA – Nouvelle d’Amérique – Joao Bernardo
    • La Nuit du 4 août – Autonomes italiens – Le maquis de Barrême – Rubak
  • Spartacus N°13 – Mars-Avril 1979 GIF - 1.1 ko
    • L’École de Francfort et le marxisme – Alain BIhr
    • Rosa Luxembourg vivante – Guy Sabatier
    • Les vents d’Ouest secouent la Chine (interview)
    • Algérie : d’un colonel à l’autre – Al Bourquii
    • La minorité agissante en Pologne – Lucienne Rey
    • Iran : Déstabilisation en Moyen-Orient – L. Rigal
    • Dossier Italie :
      • Crise et Politiques « Solidarité nationale » : l’exemple de la grève des hospitaliers italiens
      • Politique des sacrifices et riposte ouvrière
    • Portugal : La réforme agraire (suite) – Contra – a – Courente
    • Construire l’utopie (Architecture Berlin 1919-1933) – Alain Spielmanm
    • La montée du pouvoir syndical en Grande-Bretagne (suite et fin) – Gerry Vignola
  • Spartacus N°14 -Avril-Mai 1979 GIF - 1.1 ko
    • Lettres du Portugal – Joao Bernardo
    • Asie du Sud-Este : d’une guerre à l’autre – Sabatier
    • Logique, logique quant tu nous tiens, on peut bien dire, adieur raison – Daniel
    • Conférence, débat : les intellectuels la dissidence – Zinoviev
    • Commentaires – Rina, Paulo
    • Violence et déclin – L. Rigal
    • Encres libres – Maurer
    • Aspects économique de l’intégration de la réforme agraire – Portugal
    • Que la crise s’aggreva – Galar
  • Spartacus N°15 – Juillet-Août 1979 GIF - 1.1 ko
    • L’Europe, giscardiens et staliniens – L. Rigal
    • À travers les revues – Ch. Reeve
    • Modernité polonaise
    • Portugal, aspects politiques de la réforme agraire – Collectif
    • La dissidence, quel intérêt – C. Orsoni
    • Pollution, problème d’urbanisme ou de système social – D.
    • Asie du Sud-Est : d’une grève à l’autre – Guy Sabatier
    • Sur la chronique de la Révolution espagnole de H. Chazé – Guy Sabatier

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