Archive for the ‘Documents historiques’ Category

Cachin et les « alliés » (Modiano, 1936)

9 août 2014

Centenaire 1914-1918

Extrait de Quelques extraits de la vie des saints d’Hélène Modiano, partie de la brochure Union sacrée 1914-193.. (Spartacus, 1936).

Le 2 août 1914, Cachin parle à la grande réunion de la Fédération de la Seine à Wagram. L’Humanité rapporte ainsi son intervention:

« En termes qui déchaînent un tumulte d’enthousiasme, il montre Jaurès signalant aux ministres l’abîme ouvert où les a entraînés, et depuis peu avec plus de force que jamais, la plus aveugle politique européenne. Il faut accomplir maintenant, comme l’a proclamé Jaurès, tout notre devoir envers la patrie, mais comme des hommes conscients et libres, amis de l’univers tout entier. Nous promettons, conclut solennellement Cachin, de faire à la fois tous nos devoirs de Français et de socialistes fidèles à l’Internationale. » Ainsi Jaurès n’est pas encore enterré, et déjà on ose utiliser son cadavre. De l’aveu même de Cachin, Jaurès a vu clairement, « Sans sa dernière démarche, la politique aveugle, ou trop clairvoyante, des dirigeants français. Il se préparait à le dire, à dénoncer toutes les responsabilités, quand il fut assassiné, , par une coïncidence étrange… Le devoir envers la patrie, pour Jaurès, consistait peut-être dans la proclamation de la grève générale au dernier moment, pour faire reculer le gouvernement, et, par son intermédiaire, la Russie. Quinze jours plus tôt, moins bien informé, il préconisait cette solution , et Jaurès n’était pas Jouhaux… Personne n’avait le droit d’affirmer, le 2 août 1914, que Jaurès aurait convié le peuple français à se rendre, en rangs serrés, à l’abattoir « comme des hommes conscients et libres », ni à se montrer « amis « des hommes de l’univers entier » à coups de grenades et de mitraille. Jaurès n’aimait pas le peuple français de la même façon que Saturne aimait ses enfants (en les dévorant), ni le peuple allemand comme la Sainte Inquisition ses victimes (en les torturant pour sauver leur âme)…

Chacun fait la guerre comme il peut et où il peut. Cachin, qui n’a pas de vocation pour la vie des « hommes conscients et libres » dans les tranchées, estime (à juste titre !) qu’il sera plus utile dans la diplomatie. En qualité de « socialiste fidèle à l’Internationale », il serait bien aise qu’aucune section de l’Internationale ne reste  à l’abri de la catastrophe. Il désire que toutes celles qui sont restées neutres viennent au secours de l’impérialisme français. Il devient le grand spécialiste de l’entrée en guerre de l’Italie. Celle-ci est à vendre. Les dirigeants sont tout prêts à faire la guerre, mais ils ne savent pas encore avec qui. Cela dépend du prix qu’on y mettra. On assiste alors à ce spectacle : Südekum, député au Reichstag, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement allemand, pour remplir à la fois son « devoir d’Allemand » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Cachin, député, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement français, pour remplir à la fois son « devoir de Français » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Et vive l’internationalisme prolétarien ! Qu’en pensent les socialistes italiens ? Réunis en conférence le 19 octobre à Bologne, ils considèrent que la guerre est un conflit des impérialismes rivaux et se prononcent pour la neutralité  absolue. Seul, Mussolini se prononce pour « une neutralité active et opérante »! « Il est impossible pour les socialistes, dit-il, de rester spectateurs de ce drame grandiose et tragique ! » Que Mussolini l’ait pensé, et l’ait dit, il  n’y a rien là qui puisse nous étonner aujourd’hui, de la part du bourreau sanglant du peuple italien et du peuple éthiopien. Mais que Cachin ait été enthousiasmé par ce délire belliciste, voilà qui doit nous donner à réfléchir. Il entre aussitôt en contact avec Mussolini. Il lui apporte le concours financier du gouvernement français. Mussolini quitte la rédaction de l’Avanti, journal officiel du parti italien, et fonde, le 15 novembre, le Popolo d’Italia, annoncé partout comme un « nouveau journal socialiste contre la neutralité ». Dans la conclusion d’un de ses premiers articles, il lance un nouveau cri de ralliement : « Le cri est un mot que je n’aurais jamais prononcé en temps normaux, mais qu’au contraire je lance aujourd’hui d’une voix forte, d’une voix claire, sans réticences, avec une foi absolue : un mot terrible et fascinateur: GUERRA !»

Et Cachin, dans l’Humanité, savoure le triomphe de sa diplomatie:

« Dans la section italienne de l’Internationale elle-même, voici Mussolini qui, dans le Popolo d’Italia, aujourd’hui à son quarantième numéro et qui a là-bas le plus vif succès, rappelle avec éclat que « la Révolution, c’est une idée qui a trouvé des baïonnettes ». NOUS ENREGISTRONS AVEC JOIE CES SYMPTÔMES NOMBREUX ET CONCORDANTS.»

La joie de Cachin! Il est heureux. Il a réussi à faire entrer dans le jeu de la mort des centaines et des centaines de milliers d’hommes qui auraient pu rester à l’écart, et travailler à la reprise des relations internationales, au rétablissement de la paix, à la Révolution mondiale. Il est heureux. Et puis, quelle tête doit faire Südekum !

Cachin écrit encore:

« Nul ne peut plus douter aujourd’hui des intentions de l’Italie. Elle va participer au conflit et il n’y a pas un habitant de la Péninsule qui n’en soit convaincu à cette heure. CE N’EST PAS QU’ON Y MONTRE PARTOUT UN GRAND ENTHOUSIASME ; mais qui oserait reprocher à un pays de ne pas se jeter dans l’aventure redoutable sans en prévoir les conséquences ? (!!!) Pour être juste, disons que L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS LA GUERRE ; mais chacun sent que les événements sont plus forts que les volontés et qu’on y est entraîné malgré soi, sans que la résistance soit possible ». (Cachin, l’Humanité du 27 avril 1915.)

« L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS DE LA GUERRE » ! Et cependant, Cachin n’hésite pas à les y précipiter, dans « l’intérêt national » d’un pays qui n’est pas le leur. Voilà qui éclaire peut-être la situation présente, et le peu de cas que ferait Cachin des sentiments pacifiques du peuple français, pour peu que la diplomatie soviétique voie d’un bon œil une conflagration à l’ouest de l’Europe…

Cachin continue à s’employer pour la défense nationale. Il s’engage… à faire partie d’une équipe de conférenciers nationaux dans laquelle figure Léon Daudet ! C’est déjà l’époque de la main tendue… Plus tard encore, il ira en mission en Russie, pour y encourager la lutte « jusqu’au bout »… Dans Strasbourg reconquise, il versera les larmes de joie que l’on sait. Ce jour-là, il est récompensé de quatre ans de luttes désintéressées, passées dans la peine et la souffrance… des autres. Puis, il deviendra défaitiste révolutionnaire (après la guerre…). Et puis encore, il reviendra à ses premières amours, et expliquera aux prolétaires que si la guerre devait surgir, au moins leurs souffrances ne seraient pas vaines, « cette guerre servirait à abattre le fascisme hitlérien, c’est-à-dire le militarisme germanique, et serait ainsi… la dernière des guerres. Et maintenant, votons les crédits militaires, et préparons le Front français !!!

Encore un mot sur l’Italie: Jouhaux mena, côté syndicats, la même action que Cachin, côté socialiste…

Manifeste des instituteurs syndicalistes (juin 1915)

9 août 2014

Centenaire 1914-1918

Texte préparé par Marie Mayoux qui le présente à la réunion de Tours du 13 juin 1915, imprimé à Saumur (daté du 1er juillet 1915), rejeté par le conseil fédéral de l’enseignement. Cité dans Trente ans de combats (L. Bouët) et Le syndicalisme dans l’enseignement (t. II).

Instituteurs syndiqués et syndicalistes, en août 1914, parce que nous avons reconnu, comme ceux des nôtres qui ont répondu « présents » à l’appel de la Patrie, la brutale nécessité d’une défense rapide et efficace contre l’envahisseur; nous n’avons pas parlé depuis, malgré le deuil de nos cœurs au long du douloureux calvaire gravi par l’Europe cet hiver, parce que nos sympathies, acquise à toutes les victimes de l’innommable tuerie, allaient d’abord et tout droit à l’héroïque Belgique, à notre France meurtrie.

Mais aujourd’hui, le constant échec de l’offensive allemande sur tout le front occidental, l’entrée en ligne de l’Italie, nouvelle et précieuse alliée, nous créent l’impérieux devoir de crier: « Assez de sang versé« . Notre conviction intime et profonde est qu’à l’heure actuelle une proposition de paix pourrait humainement être faite par n’importe lequel des adversaires mais que ce geste honorerait grandement les Alliés.

Sans entrer dans les détails de la question, l’intérêt d’une paix prochaine nous apparaît comme évident. L’humanité et le patriotisme sont ici d’accord. Des milliers de jeunes hommes seront ainsi sauvés et, pour nous, éducateurs, qui entourons l’enfant de nos soins constants, qui savons combien est lente et difficile la formation de la personnalité, qui, par suite, avons le respect de la vie humaine, pour nous comme pour toutes les mères, cette raison est capitale. D’autre part, l’anéantissement de l’Allemagne est une proposition enfantine; il doit suffire que la monstruosité et la vanité du rêve pangermaniste de domination universelle soient démontrées. Au peuple allemand – à qui nous tendons une main fraternelle – de faire son œuvre. En se débarrassant de ses hideux tyrans, il hâtera l’établissement inévitable des États-Unis d’Europe.

Car cette guerre ne signifie rien, si elle n’est pas une révolte consciente d’hommes libres contre le militarisme barbare.

La France se doit de compléter son geste de défense par l’offre spontanée de mettre fin à la boucherie. ce sera son honneur éternel devant l’histoire.

%Mais, diront certains, si la guerre se termine sans résultats décisifs, elle recommencera dans quelques années. Nous ne le pensons pas. L’écrasement de l’un de deux adversaires, faisant germer l’esprit de revanche, une nouvelle lutte se préparera. La guerre se terminant, au contraire, sans succès décisif de part et d’autre, malgré les sacrifices consentis, quel est le parti militariste qui osera préconiser à nouveau des armements à outrance ?

Et qu’on ne se méprenne pas sur nos intentions. Après la terrible épreuve, nous demeurons ce que nous étions hier. A ceux qui, nous comprenant mal ou pas du tout, nous jetteraient comme une injure l’épithète de « mauvais Français », nous répondrions par une phrase, et un nom: « Si être patriote c’est vouloir une France toujours plus prospère, mais aussi toujours plus humaine et plus juste, eh bien! nous sommes résolument patriotes« . Voilà la phrase, elle est extraite de notre Manifeste de 1912. Et voici le nom, c’est celui de l’instituteur qui dirigeait avec entrain et bonne humeur notre mouvement d’alors et qui, l’année dernière, est mort au champ de bataille, après avoir été promu caporal et cité à l’ordre du jour: Chalopin!

La guerre est l’accident.La paix seule est normale. Il faudra tôt ou tard parler de paix. Nous demandons donc au gouvernement de proposer un armistice à tous les belligérants et d’autoriser la discussion des bases sur lesquelles la paix pourrait être réalisée.

Nous estimons que ces bases doivent être:

1. Liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

2. Désarmement général par l’arbitrage obligatoire.

En réclamant pour le peuple qui lutte si unanimement ce droit de discussion, nous restons dans notre tradition républicaine et révolutionnaire.

Notre intervention sera, nous l’espérons, comprise et soutenue par tous ceux qui, en France, et ailleurs sont partisans de la paix, de la lumière et de la liberté.

Nous avons voulu par ce geste, répondre selon nos moyens à la bravoure et à la confiance des nôtres qui, depuis onze mois, nous donnent le plus sublime des exemples en faisant, eux pacifistes, la guerre pour avoir la paix.

30ans

Voir aussi:

Le P.S.O.P répond aux attaques de l’ « Humanité » (1938)

1 août 2014

Paru dans l’Echo d’Alger du 2 août 1938.

Le Parti socialiste ouvrier et paysan de M. Marceau Pivert communique la déclaration de sa commission administrative permanente qui répond à diverses attaques et notamment à un article publié par M. Gitton dans l’ « Humanité ». Elle déclare que la Parti socialiste ouvrier et paysan combat non le rassemblement des masses populaires de 1936, mais la trahison des partis dirigeants du Front populaire au profit de la réaction capitaliste en général, et du gouvernement actuel en particulier. Le parti demande des agarnties de justice pour les accusés du P.O.U.M. à Madrid et s’étonne que le parti communiste français ne propose pas la publicité des débats de ce procès, ainsi que la présence de délégations étrangères et le libre choix des avocats pour les accusés. Sans prendre à son compte les actes et les opinions des condamnés de Moscou, le P.S.O.P. souligne le tort immense fait à la cause prolétarienne par le massacre systématique des pionniers de la révolution d’octobre.

presse1938

U.R.S.S. ou U.S.A.? (Lefeuvre, 1947)

11 juin 2014

Paru dans Masses (N° d’octobre-novembre 1947).

LE 5 octobre, l’Humanité publiait un communiqué relatif à la conférence d’information de quelques partis communistes, et nous avisait qu’un bureau d’informations avait été créé entre un certain nombre de partis communistes appartenant tous à l’Europe continentale et que ce bureau aurait pour tâche « d’organiser l’échange des expériences et, en cas de nécessité, la coordination de l’activité des partis communistes sur la base d’un libre consentement ».

Nos amis pourront lire dans ce numéro le texte de la déclaration qui accompagnait le communiqué. Cette déclaration nous avons tenu à la publier car elle marque le début, inévitablement, d’une nouvelle politique des partis communistes en France et en Europe. Elle vise surtout à modifier la tactique des partis communistes en France et en Italie qui depuis la libération s’étaient comportés comme des groupements parlementaires et électoraux réclamant la participation au pouvoir, y participant le cas échéant. Désormais, ces partis passeront à l’attaque et leurs coups les plus durs seront réservés aux partis socialistes, comme autrefois en Allemagne (en russe surtout) où elle contribua puissamment à la prise du pouvoir par Hitler. Les réactions à cette déclaration ont été diverses dans le monde. La presse américaine, en général, devant la formation du Kominform a demandé de renforcer l’aide à l’Europe occidentale ; le New-York Times, par exemple, écrivait le 7 octobre : « La première mesure qui s’impose est le relèvement de l’Europe occidentale grâce à l’application immédiate de la doctrine de Truman et du plan Marshall ». Le New-York Herald Tribune de son côté ajoutait : « Nos paroles seront futiles si elles ne sont pas accompagnés de vivres et de charbon ». Les autres journaux américains considéraient la création du « Bureau comme une déclaration de guerre aux États-Unis ». Le New-York Daily Mirror demandait que tout communiste américain ou non, fût traité désormais en ennemi des États-Unis.

La presse britannique s’est montrée plus calme. Le Times, le 7 octobre, écrivait même que les puissances occidentales avaient peut-être parfois contribué à la division du monde par des paroles brutales telle l’exposition de la nouvelle doctrine américaine par le président Truman, le 12 mars dernier. De son côté, le New Chronicle soutenait la thèse que la création du Kominform constitue la réponse soviétique à l’idée adoptée aussi bien en U. R. S. S. que par beaucoup d’Américains, selon laquelle le plan Marshall n’a pour objectif que de rassembler les nations de l’Europe occidentale dans la lutte contre le communisme.

Ce qui importe le plus pour nous socialistes de l’occident du continent c’est de ne pas perdre notre propre jugement de ne pas nous laisser entraîner par les propagandes de l’un ou l’autre camp. La création du « Bureau » est certainement une riposte au plan Marshall dans la mesure où celui-ci représente effectivement un moyen d’organisation de l’Europe et par suite met un frein à l’expansionnisme soviétique. Quels que soient les termes de la déclaration, si critiquable que nous paraisse la politique de guerre au socialisme qu’ils impliquent, nous ne devons pas néanmoins oublier que les États-Unis sont un pays capitaliste, un pays où le capitalisme a trouvé peut-être sa dernière expression, sa dernière force impérialiste.

L’U.R.S.S. possède un régime politique original qui n’est plus capitaliste, mais qui n’est pas socialiste. Les définitions et les explications ne manquent pas pour ce régime. Mais elles ne changent rien au fait que le système de gouvernement autoritaire et policier de la caste bolchevique — caste qui a d’ailleurs liquidé 95 % des vieux, des vrais bolcheviks — n’a pas de caractère socialiste ni même démocratique de quelque forme que ce soit, ne prépare pas la Venue d’une organisation socialiste, mais au contraire ne tend qu’à perpétuer la situation présente. Elle l’impose aux pays satellites qu’elle domine par divers procédés et utilise les partis communistes asservis aux fins de sa politique extérieure.

Les États-Unis sont au stade de la nécessaire exportation du capital. Ils ont besoin des marchés extérieurs pour leurs marchandises et leurs dollars. L’isolationnisme a pris fin, même si tous les Américains ne sont pas conscients de la situation. L’heure de l’expansion extérieure est venue. Jamais, dans l’histoire du capitalisme, un pays à la production aussi puissante ne s’est trouvé avoir un tel besoin de débouchés extérieurs.

Nous ne pouvons pas choisir l’U.R.S.S. et l’ignoble régime d’esclavage qu’elle veut partout imposer. Si nous voyons dans l’offre Marshall une possibilité de relèvement et de recul de la misère pour les peuples de l’Europe, nous ne pourrions accepter une tutelle qui barrerait la route à l’évolution vers le socialisme démocratique. Or, cette voie est encore possible. Toutes les conditions nécessaires existent encore en Europe occidentale. A nous de les saisir avec énergie, avec foi. A l’avenir menaçant, au troisième conflit mondial qui se prépare, il faut opposer l’action constructive du socialisme. Quelle doit être celle-ci ? C’est ce que nous nous efforcerons de préciser dans les numéros de notre revue.

René LEFEUVRE.

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Préface à la Critique du programme de Gotha (Dunois, 1922)

7 juin 2014

Note introductive d’Amédée Dunois extraite de l’édition de la Critique du programme de Gotha par Karl Marx par la Librairie de l’Humanité en 1922, au format pdf:

dunois-preface1922-1

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

Spartacus (1975-1979) en ligne

5 juin 2014

Dernière revue dirigée par René Lefeuvre, Spartacus a été numérisée sur le site http://archivesautonomies.org:

  • Spartacus N°1 – Novembre-Décembre 1975 GIF - 1.1 ko
    • Spartacus : hier et demain – René Lefeuvre
    • Perspectives politiques
    • Le chantage à l’anticommunisme
    • Au service de l’ordre
    • Trotsky et la révolution espagnole
    • La révolution portugaise
    • Portugal : Quels conseils ouvriers ?
    • Portugal : L’autre combat
    • Portugal : De l’incertitude à la fin des illusions
    • Fascisme brun/Fascisme rouge
    • L’archange chinois contre les droits bourgeois
    • Lettre inédite de Louise Michel
    • Le bref été de l’anarchie
    • Comment lire et ne pas lire Reich
    • Renault 1975
    • Révolution et contre révolution en Catalogne
    • La révolution russe
    • Parti-État
    • À propos de Gramsci
    • Clef pour l’autogestion
    • Rosa Luxembourg : La question nationale
    • Rosa Luxembourg : L’apport de Rosa au marxisme
    • Pacifiquement vers la catastrophe
    • Le chêne et le veau
  • Spartacus N°2 – Mars-Avril 1976 GIF - 1.1 ko
    • Espagne : les fossoyers de la révolution
    • Après le 25 novembre portugais. Répression et résistance en milieu-ouvrier ; des ouvriers et des soldats parlent
    • Le postfranquisme et le changement
    • Mao, Chou, les Gardes Rouges, etc.
    • Rosa Luxembourg et sa doctrine
    • Interview sur le Liban
    • La silicose des cols blancs
    • Antimilitarisme, léninisme et communisme
    • Les enfants du prophète (Trotsky)
    • Le amrxisme introuvable
    • L’évolution du capitalisme français
    • La Russie et les problèmes du socialisme
    • Histoires d’ouvriers
    • La révolution par la terreur. Le système concentrationnaire léniniste
    • Quatre-ans sur le sol limousin. Du côté des petis filles
    • Le Grand Jeu. Varlin. Les Canuts. La Commune.
    • Réussite et échec de Picasso. Des combats dérisoires
  • Spartacus N°3 – Juillet-Août 1976 GIF - 1.1 ko
    • L’honneur perdu de l’Allemagne fédérale – G. Bauer
    • Pour défendre la liberté en Pologne – Lucienne Rey
    • Le Capital monopoliste d’État – Paul Mattick
    • De l’inflation à l’impasse – Galar
    • Vivre la lutte : lettres de Rosa Luxemburg – Guy Sabatier
    • Refus du travail ou lutte pour « le droit à la paresse » – Charles Reeves
    • Une double-page de Charlie-Hebdo – Cabu
    • Les organisations et les masses en Lutte
    • Le mouvement prolétarien autonome en Italie – Michel des Blancs
    • Histoire du Poum – Maurice Jaquier
    • Enseignement de la Révolution Espagnole – L.R.
    • Révolution et Contre-Révolution en Espagne – R.D.
    • De la persuasion du peuple en Europe et en Chine – Serge Bricanier
    • La Russie sous Lénine vue à la lumière chinoise – Louis Rigal
  • Spartacus N°4 – Décembre 1976 GIF - 1.1 ko
    • La dictature du prolétariat – Michel Caron
    • Les moyens et le but – Clacaro Yvir
    • Prolétariat et classe ouvrière – S. Rubak
    • La classe ouvrière face au pouvoir – Michel des Blancs
    • Rosa Luxembourg, Lénine et la dictature
    • Dictature du prolétariat, fin de l’économie et de la politique – Galar
    • Lettre de Madrid
    • Les fractions révolutionnaires dans la 1ère Internationale – C. Michel
    • Le 37e Congrès de la CFDT fera-t-il date dans l’histoire du mouvement ouvrier ?
    • La contestation. Un document : Les syndiqués, l’appareil syndical et la délégation permanente du pouvoir
    • De la façon d’écrire l’histoire et de l’enseigner – B. Roland
    • Le Tiers-monde et ses désillusions
    • « Utopies réalisables » – Michel des Blancs
    • Art et Révolution – S. Rubak
    • Un Kroutchev et un sculpteur – John Berger
    • La Russie et les problèmes du socialisme : Politique mondiale et socialisme – Louis Rigal
    • Pour l’abolition du salariat – Claude Berger
  • Spartacus N°5 – Avril-Mai 1977 GIF - 1.1 ko
    • Le fascisme analysé – Galar
    • Espagne : quelques aspects du nouveau mouvement ouvrier – Paco et Jorge
    • La réforme agraire au Portugal – Ponce Panice
    • Le bloc russe : crise et militarisation – Galar
    • Le mouvement ouvrier face à la troisième guerre mondiale – Berthelet, le Dem J. Jean Péaud
    • La répression anti-ouvrière en Pologne – Lucienne Rey
    • Un évangile morderne : le cinquième ! – Louis Simon
    • Impérialisme et révolution en Amérique Latine – Soluf
    • Hongrie 1956 – C. Michel
    • Minus 8, une revue de Hong-Kong – C.R.
    • Sur la méthode de Marx – Claude Berger
    • La révolution socialiste mondiale – Rigal
    • L’Intelligentsia contre la révolution – Sancho
    • Abolition et extinction de l’État – Camillo Berneri
  • Spartacus N°6 – Juin-Juillet 1977 GIF - 1.1 ko
    • À propos de Karl Heinz Roth : aperçus et discussion sur la situation allemande
    • Un gouvernement de front commun ?
    • La grève des loyers à la Sonacotra
    • Espagne : émergence de tendances révolutionnaires en milieu ouvrier – Jorge
    • Edouard Moreau, Communard
    • Sur les luttes étudiantes en Italie
    • Rosa Luxembourg et sa doctrine
    • De l’opposition à la dissidence
    • Prisons et société à Cuba – Charles Reeves
    • Les ouvriers de Saint-Nazaire
    • Cloche de Pâques pour Frère Jacques – André Laude
    • Paroles et musiques, Le Réfractaire – Jacques Prévert
    • Le camp de concentration cambodgien – Guy Sabatier
    • À propos de la dictature du prolétariat – Camatte
    • Beaucoup de bruit pour rien – Serge Bricanier
    • Histoire d’un bourgeois allemand
    • SUr la méthode de Marx : les associations ouvrières – Claude Berger
    • Les fractions ouvrières dans la gauche allemande
    • Révolution pour la Liberté (Paul et Clara Thalmann)
  • Spartacus N°7 – Novembre-Décembre 1977 GIF - 1.1 ko
    • Contribution à un débat sur le terrorisme politique
    • Les monts et merveilles du Programme Commun – J.M. Kay
    • Programme Commun et économie vulgaire – Galar
    • Qu’est-ce que l’Eurocommuniste ? : Idéologies et perspectives – L. Rigal
    • Écologie Politique : la faune et la flore – J.M. Kay
    • Le vieux contre le neuf : l’Eurocommunisme espagnol et les luttes de classes – Jorge
    • Negaciones, une revue d’Espagne – C.R.
    • Sur les front populaires des années 1930
    • Portugal : encore une révolution trahie ? – Julio Henriques
    • Irlande : Les Ghettos de Belfast et Derry 1969-1972 – Michel D. Perraudeau
    • Trois biographies
    • « CFDT au coeur » de Krumnow
    • La vie sexuelle en Chine moderne
    • La Chine est loin…
    • Où veut en venir Castoriadis ?
    • Sur la métohde de Marx : la lutte révolutionnaire de classe – Claude Berger
    • Le génocide des Indiens : Les mémoires de Géronimo – J.M. Raynaud
  • Spartacus N°8 – Mars 1978 GIF - 1.1 ko
    • Sur la querelle entre les directions du PCF et du PS – S. Rigel
    • La Chine de Gang en Teng – A.Q.
    • Points de vue sur le syndicalisme
      • Les chasseurs d’ombres – Alain Le Den
      • SYndicats, partis et Programme commun – Groupe Échanges
      • Les autoréductions
      • Collegiamenti
      • La CNT et la crise syndicale et politique en Espagne – Charles Reeve
    • Un portrait classique de Staline – H. Abosch
    • Lettre à un vieux camrade – Rigal
    • Le Nationalisme sous toutes ses formes, armes du Capital – Guy Sabatier
    • Connaissez-vous Pannekoek ? – Serge Bricanier
    • Nucléaire et politique – Nicole
    • Sur la méthode de Marx : Lénine contre Marx – Claude Berger
    • Sur le petit commerce marxo-universitaire comme brève réflexion non théorique sur la produciton marxiste contemporaine – André Mistral
    • Week-end chez un « fasciste » breton – André Laude
    • Un évènement démocratique est né en Pologne – Lucienne Rey
    • La Russie et les problèmes du socialisme – L. Rigal
    • Sur une théorie des crises un peu particulière – R. Husson
    • HUrrah !!! ou la révolution par les cosaques – Maurer
    • Le groupe Octobre – S. Rubak
    • La conception matérialiste de l’Histoire (texte intégral) – G. Plekhanov
  • Spartacus N°9 – Mai-Juin 1978 GIF - 1.1 ko
    • 1968 – Dix ans après : leçons et perspectives – L. Rigal
    • La comédie électorale – L. Rigal
    • Sur la délinquance
    • Dossier Italie :
      • Les principes et le fonctionnement – Spartacus
      • Politique des sacrifices et luttes ouvrières en Italie – Nicole
    • Les mineurs américains une grève pour la défense de la grève sauvage
    • Sur la conjoncture – L. Rigal
    • Mort de l’idéologie ? – Galar
    • Avec qui lutter ? – Simon Rubak
    • La crise dans les pays de l’Est
    • L’Europe de l’Est et le commerce mondial – Henri Simon
    • Espagne : la CNT et l’autonomie – C. Reeve
    • Syndicalisme autonomes : même combat – C. Michel
  • Spartacus N°10 – Juillet-Août 1978 GIF - 1.1 ko
    • Plan Barre : Le Capital sans fard – Galar
    • Après les élections : que veut la droite – L. Rigal
    • L’établi – Galar
    • À bas le travail ! À bas le prolétariat ! – J.P. Musigny
    • Italie : Élements de discussion ouvrière – Michel des Blancs
    • La trahison du P.C.I. – Cosimo
    • Aux origines de la Gauche allemande – Guy Sabatier
    • Pannekoek, autogestion, parti + Conseils ouvriers – Guy Sabatier
    • Un journal des femmes libertaires – Nicole
    • Les nouveaux philosophes – Claude Berger
  • Spartacus N°11 – Octobre 1978 GIF - 1.1 ko
    • La perspective française après les élections – Rigal
    • Interview par Lotta Continua – Paul Mattick
    • L’Informatique au service de la répression – Uruguay
    • Quelques procédés de l’anticonseillisme – Bricaner
    • La montée du pouvoir syndical en Grande-Bretagne – Gerry Vignola
    • « Le Droit à la paresse » n’est-il qu’un pamphlet – Simon Rubak
    • Agriculture, économie et Révolution au Portugal – Joao Bernardo
    • Sur la situation de classe en Espagne – Ch. Reeve
    • Espagne : Problèmes de l’autonomie ouvrière – Guy Sabatier
    • Tracts d’ouvriers autonomes
  • Spartacus N°12 – Décembre 1978 GIF - 1.1 ko
    • Les nouveaux historiens – Michel Pichol
    • L’Ère des compétents ? PSU – Rocard – J.M. Kay
    • Crise et révolution – J.M. Heinrich
    • 5 thèses sur la lutte de classes – Pannekoek
    • Immigration du travail, Émigration du capital ? – Galar
    • Portugal, la réforme agraire et l’agriculture – Contra a Corrente
    • Pays arriérés et Occident – Rigal
    • Lettre du Portugal – Dissidents USA – Nouvelle d’Amérique – Joao Bernardo
    • La Nuit du 4 août – Autonomes italiens – Le maquis de Barrême – Rubak
  • Spartacus N°13 – Mars-Avril 1979 GIF - 1.1 ko
    • L’École de Francfort et le marxisme – Alain BIhr
    • Rosa Luxembourg vivante – Guy Sabatier
    • Les vents d’Ouest secouent la Chine (interview)
    • Algérie : d’un colonel à l’autre – Al Bourquii
    • La minorité agissante en Pologne – Lucienne Rey
    • Iran : Déstabilisation en Moyen-Orient – L. Rigal
    • Dossier Italie :
      • Crise et Politiques « Solidarité nationale » : l’exemple de la grève des hospitaliers italiens
      • Politique des sacrifices et riposte ouvrière
    • Portugal : La réforme agraire (suite) – Contra – a – Courente
    • Construire l’utopie (Architecture Berlin 1919-1933) – Alain Spielmanm
    • La montée du pouvoir syndical en Grande-Bretagne (suite et fin) – Gerry Vignola
  • Spartacus N°14 -Avril-Mai 1979 GIF - 1.1 ko
    • Lettres du Portugal – Joao Bernardo
    • Asie du Sud-Este : d’une guerre à l’autre – Sabatier
    • Logique, logique quant tu nous tiens, on peut bien dire, adieur raison – Daniel
    • Conférence, débat : les intellectuels la dissidence – Zinoviev
    • Commentaires – Rina, Paulo
    • Violence et déclin – L. Rigal
    • Encres libres – Maurer
    • Aspects économique de l’intégration de la réforme agraire – Portugal
    • Que la crise s’aggreva – Galar
  • Spartacus N°15 – Juillet-Août 1979 GIF - 1.1 ko
    • L’Europe, giscardiens et staliniens – L. Rigal
    • À travers les revues – Ch. Reeve
    • Modernité polonaise
    • Portugal, aspects politiques de la réforme agraire – Collectif
    • La dissidence, quel intérêt – C. Orsoni
    • Pollution, problème d’urbanisme ou de système social – D.
    • Asie du Sud-Est : d’une grève à l’autre – Guy Sabatier
    • Sur la chronique de la Révolution espagnole de H. Chazé – Guy Sabatier

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La vigilia della Rivoluzione (Chliapnikov)

4 juin 2014

Traduction en italien d’un extrait du livre d’Alexandre Chliapnikov paru en 8 épisodes dans les suppléments hebdomadaires en italien de l’Humanité en 1924:

vigilia-1

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Voir aussi :

et le livre complet en anglais:

cliquer pour ouvrir le pdf en anglais

Crimes à Barcelone (V. Serge, 1937)

29 mai 2014

Article de Victor Serge paru dans la Révolution prolétarienne N°249 du 25 juin 1937:

1. Le P.O.U.M. hors la loi.

2. Mort suspecte de Bob Smilie.

3. Arrestation de Nin.

4. Prise d’otages !

5. Disparition de Marc Rhein.

Qu’il est facile, par ces temps noirs, ces temps de scélératesses et de silences complices, d’être bon prophète ! On m’accordera que  je n’ai pas eu tort d’annoncer dès août dernier l’extermination de toute la vieille génération bolchévik. J’eusse infiniment mieux aimé me tromper. Et voici que d’un autre bout de l’Europe m’arrivent, prévues, trop prévues, de tragiques nouvelles confirmant littéralement ce que j’écrivais ici même, dans La Flèche, dans Le Crapouillot, l’automne dernier : le guet-apens stalinien en Espagne.

Lors de la crise du cabinet Caballero, le parti stalinien exige la mise hors la loi du Parti Ouvrier d’Unité Marxiste, le P.O.U.M.

Caballero refuse d’étrangler ainsi, à la fois, la constitution républicaine et le mouvement ouvrier révolutionnaire. M. Negrin paraît avoir accepté, puisqu’il le fait.

On sait que dans les sanglantes journées de mai de Barcelone, les masses de la C.N.T. ont réagi de leur propre initiative contre l’agression stalinienne du central téléphonique (le 3 mai), soutenues sans réserves par le P.O.U.M. et implicitement désavouées par les dirigeants de la C.N.T.-F.A.I. La manœuvre stalinienne consiste à rendre le P.O.U.M. seul responsable de la résistance ouvrière. Cette manœuvre, les dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. semblent la vouloir tolérer. Le P.O.U.M., avec ses 40.000 à 50.000 membres, est un petit parti, par rapport à la C.N.T., qui dépasse sans doute de loin le million d’adhérents; et ce petit parti fait une politique très décidée. C’est donc par lui qu’il faut commencer la répression contre-révolutionnaire.

Voici les faits, dans toute leur gravité.

Fin mai, la Batalla, l’excellent quotidien du P.O.U.M., est suspendue à terme indéfini.

Le gouvernement refuse au parti l’autorisation de publier un autre quotidien. Il tord le cou à la liberté de la presse.

Dans un article du 1er mai invitant les ouvriers à se montrer vigilants, l’arme aux pieds et à former le front révolutionnaire, Julien Gorkin est inculpé d’appel à la sédition, mais laissé en liberté provisoire.

Vers le 15 juin, nous apprenons le drame suspect de la mort de Bob Smilie. Correspondant de l’Independant Labour Party auprès du P.O.U.M., arrêté par les autorités espagnoles à la frontière française qu’il s’apprêtait à franchir avec des papiers en règle pour regagner l’Angleterre, il est conduit non à Barcelone, mais à Valence, il meurt presque aussitôt en prison d’une bien inexplicable appendicite. Pauvre vaillant camarade ! On sent dans sa fin je ne sais quoi de russe.

Le 16 juin, quarante arrestations des principaux militants du P.O.U.M. (Comité Central et Exécutif) sont ordonnées par Valence à Barcelone. André Nin et nombre d’autres militants de toutes les heures de la révolution espagnole sont arrêtés. Gorkin et Juan Andrade n’ayant pas été trouvés, on arrête leurs femmes, en qualité d’otages ! Énormité du genre fasciste et style des opérations spécifiquement stalinien, à la fois.

Le poste de T.S.F. du P.O.U.M. est saisi. Le parti est pratiquement mis hors la loi. Que reste-t-il de la démocratie espagnole pour les ouvriers ?

Mundo Obrero et Treball, feuilles staliniennes, demandent la peine de mort pour Gorkin.

Quelle est, devant ces choses, l’attitude de la C.N.T. ?

Ici, un avertissement. André Nin ne souffre d’aucune appendicite chronique. Il est jeune, il a le cœur solide. Nous ne croirons ni à l’appendicite soudaine, ni à l’embolie. Il faut que sa vie soit sous la sauvegarde des véritables organisations ouvrières de Catalogne.

Et posons les questions que personne ne pose : les assassins de Camillo Berneri, policiers de la Généralité et gens du P.S.U.C. (staliniens) sont connus. Font-ils l’objet de poursuites ?

Les assassins de Quico Ferrer, Francisco Ferrer, petit-fils du grand fusillé de Montjuich, lui-même fusillé dans la rue à Barcelone, le 6 mai, par des gens à brassards du P.S.U.C., sont connus. Sont-ils poursuivis ?

Les ravisseurs de Marc Rhein-Abramovitch, jeune ingénieur russe, fils du vieux socialiste russe, membre de l’Exécutif de l’Internationale Ouvrière Socialiste, les ravisseurs de Marc Rhein, disparu depuis six semaines et plus, on les devine. Pourquoi donc un silence si lourd pèse-t-il sur ce crime sans nom ?

V. S.

crimes

Motion de l’Ecole émancipée sur le procès du POUM (1937)

29 mai 2014

Motion de Gilbert Serret présentée au Congrès du Syndicat national des instituteurs (Paris, août 1937):

Le Congrès du SN, vivement ému par les mesures de répression dirigées contre le Parti ouvrier d’unification marxiste et contre la  Confédération générale du travail espagnole, demande au gouvernement de Valence de ne pas sacrifier à des considérations de politique extérieure un parti révolutionnaire et une organisation syndicale dont  les militants ont participé à la lutte pour la défense de la révolution  espagnole. Réclame pour les accusés les garanties normales de toute justice, sécurité des personnes, régime politique, choix des avocats d’instruction, publicité des débats.

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Du même auteur:

Jean-Baptiste Clément, chansonnier populaire (Vérecque, 1933)

29 mai 2014

Publié dans le Populaire, huit mois avant la mort de Charles Vérecque.

Notre ami Charles Vérecque nous a adressé une intéressante étude sur J.-B. Clément, dont la Fédération de la Seine vient de célébrer le trentième anniversaire de la mort.
Nous donnons les extraits suivants du remarquable article de Vérecque, en nous excusant de ne pouvoir le publier in extenso :

La première chanson de Clément

Durant quelques années, Clément mena une vie de travail et de privations, tout en étudiant les savants et les littérateurs. Dès qu’avec beaucoup de peine il eut économisé la somme de cent  francs, il abandonna le chantier et s’en fut à Paris pour taquiner la Muse et y chercher la fortune. Mais encore, il éprouva des déboires et des désillusions. Vivre de sa plume n’était pas chose facile. Il ne perdit cependant pas patience, et dès qu’il eut bien compo sa première chanson, « Si j’étais le  Bon Dieu », il alla la présenter, comme  il l’a écrit lui-même, avec « une extrême timidité, avec cette émotion inséparable d’un premier début » à l’éditeur Vieillot, qui la lui acheta 15 francs.  En vendant sa première chanson, Clément ressentit vraiment une violente  et sincère émotion :

« J’ai encore dans les oreilles, a-t-il  écrit, le son mélodieux des trois pièces  de cent sous, que l’éditeur me mit dans  la main, et que je serrai fiévreusement  comme si je venais de commettre un  abus de confiance ou un vol par effraction. »

Et Clément courut à son domicile qui n’était qu’une petite chambrette et tout heureux, il écrivit à la craie sur la porte :

« Ici on joue au bouchon avec des  pièces de cent sous. »

Je dois à l’extrême obligeance de la veuve du chansonnier, Thérèse Clément, de posséder cette chanson, écrite sous l’Empire vers 1862, et qui n’a jamais été rééditée. Elle n’est pas connue. En voici le texte que les lecteurs liront avec curiosité :

Si j’étais le bon Dieu

Juste ciel que j’aurais à faire
Si je n’étais l’humble mortel
Qui doit s’incliner et se taire
Devant le sublime Eternel!
Mais cesserai-je d’être sage
En pinvoquant un peu ?
Car, j’aurais tant et tant d’ouvrage,
Si j’étais le bon Dieu.

Je réveillerais mon tonnerre,
Et je punirais les méchants.
Les peuples n’auraient plus la guerre,
Et l’onde arroserait les champs.
Détruisant ces fausses idoles,
Par ma flamme et mon feu,
L’on respecterait mes paroles.
Si j’étais le bon Dieu.

L’on ne verrait plus d’indigence,
Ni les pauvres mourir de faim.
Et semant tout sans différence,
les malheureux auraient du pain.
Et quand l’Hiver glace notre âme,
Les orphelins sans feu,
Se réchaufferaient à ma flamme,
Si j’étais le bon Dieu. 

Ces gens avides de richesses,
Qu’on voit courir à la grandeur,
Me paieraient bien cher leurs bassesses
Et leur trafic avec l’honneur.
Je récompenserais le sage,
En son plus humble vœu,
L’on ne vendrait plus mon image,
Si j’étais le bon Dieu.

Et s’aimant comme de bons frères,
Tout le monde vivrait cent ans.

Nos pères et nos pauvres mères,
Pourraient voir leurs petits enfants
Comme les fleurs de la nature.
Ou l’aurore au ciel bleu.
L’âme des humains serait pure,
Si j’étais le bon Dieu.

Et pour user cette chimère,
Le monde entier serait heureux.
Le Paradis serait sur terre
Et les délices dans les cieux,
Ah! que ne puis-je, pour le monde,
Comparaître en tout lieu?
Ah! que ne puis-je, une seconde.
Devenir le bon Dieu ?

La Commune vaincue

Un ami sûr fit cacher Clément pendant deux mois dans une mansarde chez des personnes qu’il ne connaissait pas. On sait aujourd’hui qu’il fut caché chez Picouel, marchand de bois, quai de la Rapée. C’est durant son séjour dans cette cachette, en juin 1871, qu’il écrivit la chanson « La semaine sanglante », que l’on trouvera dans le recueil édité en 1885. Voici le premier et le second couplets, ainsi que le refrain, de cette chanson :

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus sur les chemins
Que des vieillards tristes aux larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux même sont tremblants;
La mode est au conseil de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants.

Oui, mais…
Ça branle dans le manche.
Ces mauvais jours-là finiront,
Et gare à la revanche,
Quand tous les pauvres s’y mettront,

Le peuple au collier de misère,
Sera-t-il donc toujours rivé ?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé?
Jusques à quand la sainte clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?
A. quand, enfin, la République
De la Justice et du Travail?

Le départ pour l’exil

Des amis purent enfin lui procurer un passeport. Il se dirigea vers l’Allemagne. Mais avant d’arriver à la frontière, Clément s’aperçoit que le signalement du passeport ne correspond pas au sien. Il ne se trouble pas cependant; il espère qu’une chance le sauvera.

Dans son compartiment se trouve une vieille femme. Elle aussi doit descendre à la frontière. La gare est pleine de soldats et de gendarmes. Des officiers vérifient les passeports. Dès l’arrêt du train, la vieille femme demande à Clément de l’aider à descendre et de lui donner le bras pour sortir de la gare. Clément prend le bras
de la bonne vieille et l’accompagne jusqu’à la sortie comme si c’était sa mère.

-€” Votre passeport, demande un gendarme.

Clément montre la vieille femme et répond :

-€” Le voilà, mon passeport…

On le laisse passer. Tous deux sortent de la gare. La frontière est franchie. Et comme la vieille femme veut le remercier, Clément l’interrompt :

Ne me remerciez pas. Vous ne savez pas quel service vous venez de me rendre.

Dans les Ardennes

Au cours des manifestations du 1er mai 1891, J.-B. Clément, fut arrêté et condamné à deux ans de prison et à cinq ans d’interdiction de séjour. En appel, devant la Cour de Nancy, sa peine fut réduite à deux mois.

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La chanson dans la prison

Il purgea sa peine à la prison de Nancy, et c’est dans cette prison qu’il lui arriva de connaître l’émotion la plus douce de sa vie. Un jour, le directeur de la prison le fit appeler dans son bureau :

-€” Clément, lui dit-il, un industriel de Nancy, qui a pour vous la plus grande sympathie, voudrait vous causer. Je vous engage à ne pas refuser. Pour que vous puissiez causer en toute liberté, je vous offre mon jardin.

Quoique étonné, Clément accepta de se rencontrer avec l’industriel nancéen. Il pénétra dans le jardin du directeur. Cet industriel fit connaître à Clément l’estime qu’il avait pour lui, et lui offrit de lui faire parvenir du tabac, des friandises, toutes choses qu’il pourrait désirer ou qui lui seraient utiles. ,

La conversation durait depuis quelques secondes, quand une fenêtre de l’appartement du directeur de la prison s’ouvrit sur le jardin. Et ce qu’entendit alors Clément, venant de la fenêtre ouverte, chanté avec la voix la plus pure par la fille même du directeur, ce fut le « Temps des cerises »…

Clément écouta sa chanson, qu’il ne s’attendait pas à entendre dans ce milieu, et il se prit à pleurer.

L’industriel qui s’entretint avec Clément se nommait Charles Keller. Il avait des idées très avancées. Sous le pseudonyme de Jacques Turbin, il fit paraître des articles et des poésies d’avant-garde. A la mort de Clément, il fit parvenir à sa veuve un secours de 200 francs.

La vie et l’œuvre de J.-B. Clément

Son existence fut celle des hommes de talent qui ne savent pas acheter la célébrité par des platitudes envers les gouvernants ou les Crésus capitalistes.

J.-B. Clément était de cette génération de militants socialistes qui ne veulent pas « arriver » et qui meurent comme ils ont vécu, c’est-à-dire pauvres.

***

L’œuvre de Clément est assez considérable. Il a écrit des chansons qui correspondent, les unes à la première période de sa vie, les autres à la seconde période de sa vie.

Dans la première période, qui va jusqu’en 1871, jusqu’à la Commune, Clément a composé des chansons rustiques, des chansons d’amour, des pastorales, etc., des chansons qu’il a appelées des chansons du morceau de pain.

Dans la seconde période, Clément a écrit des chansons pour le peuple, des chansons de combat, des chansons qu’il a appelées des chansons des grands jours de colère.

On peut affirmer que sa popularité aurait éclipsé celle de Béranger et de Pierre Dupont s’il n’avait été pris dans les filets de la politique.

Clément, avec la générosité et la délicatesse de son cœur, a chanté les ‘beautés de la nature, le travail des champs, les joies et les chagrins de l’amour, les misères et les espérances du peuple.

Charles VERECQUE.

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