Archive for the ‘Haïti’ Category

Lettre ouverte de Batay Ouvriye à la Présidente du Brésil

12 juin 2014

Port-au-Prince, ce mercredi 11 juin 2014

LETTRE OUVERTE À MADAME DILMA ROUSEFF PRESIDENTE DU BRÉSIL
Par l’intermédiaire de M. José Luis Machado E. Costa Ambassadeur du Brésil en Haïti

Madame la présidente,

À l’occasion de la Coupe du Monde 2014 qui se déroulera au Brésil, nous appuyons sans réserve et donnons notre pleine et entière solidarité aux mobilisations du peuple brésilien qui réclame santé, éducation, logement, de meilleurs salaires, des transports gratuits, parmi d’autres revendications… au lieu des milliards qui ont été dépensés en stades et logistique. Nous connaissons l’amour du peuple brésilien pour le foot-ball. S’il en est arrivé là, c’est qu’il a vraiment marre. Marre de sa vie exécrable, de l’exploitation qu’il souffre de la part des grands capitalistes, nationaux comme internationaux, et de la domination qu’il subit par l’intermédiaire de votre gouvernement.

Les milliards dépensés iront comme toujours au bénéfice du grand capital. Mêmes les billets d’entrée atteignent des coûts exorbitants pour un citoyen moyen. La présence d’un gouvernement sorti des rangs d’un parti de travailleurs n’arrange rien à la situation, sauf apporter la mystification que l’on connaît, comme le font, en ces temps-ci, tous les gouvernements populistes de l’Amérique Latine.

En ce sens, votre gouvernement ferait mieux de répondre aux revendications populaires, au lieu de réprimer aveuglément dans le but uniquement de garantir la suprématie capitaliste.

Dans ce même ordre d’idées, nous rappelons au gouvernement que vous dirigez que la MINUSTAH n’a rien apporté non plus au peuple haïtien. Au contraire : en plus de coûter très cher, cette mission n’a fait que répandre maladies, viols, exactions de tous genres et répression généralisée, toujours pour la protection des grands capitalistes, des grands propriétaires terriens et autres « grands mangeurs » du gouvernement.

Pire : aujourd’hui, le plan global de « développement » (en d’autres termes : d’exploitation et de domination des travailleurs) est appliqué par un gouvernement neo-duvaliériste déclaré. Avec le fonctionnement ouvertement totalitaire, propre à sa nature. Si, dans un premier temps, la présence de la « seleção » avait pu tromper le peuple, aujourd’hui, après dix ans d’exaction et de répression : il est temps que cette sinistre mission s’en aille !
Par ailleurs, nous savons très bien que les dirigeants en place ne porteront jamais cette revendication souveraine. Ils l’avouent eux-mêmes : la MINUSTAH est leur principal appui dans l’implantation du plan sanguinaire d’exploitation sans limite et de domination totalitaire qu’ils ont à exécuter. Il faut donc être clairs : c’est ce gouvernement qu’aujourd’hui vous appuyez !

Ainsi, nous dénonçons publiquement la domination sans honte avec laquelle un gouvernement issu d’un parti de travailleurs essaie d’écraser et humilier le peuple haïtien, comme il tente de le faire également contre le peuple brésilien.

Pour Batay Ouvriye
Didier Dominique

BO entete

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Haïti et la lutte de Batay ouvriye (2006-2014)

22 mai 2014

Brochure pdf de 38 pages:

haiti-1

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Décès d’un dirigeant de Batay ouvriye

19 juillet 2011

Gérard Murat, dit Dyab, est décédé le 11 juillet. Il était l’un des principaux fondateurs de l’organisation haïtienne Batay ouvriye. Fils d’un musicien très connu en Haïti, il était rentré d’exil en 1986. Des hommages lui seront rendus à Port-au-Prince et à New-York.

L’armée américaine aide la répression des syndicats du textile en Haïti

29 avril 2010

Interview vidéo (en anglais) de Didier Dominique, syndicaliste et un des porte-paroles de Batay Ouvriye:

(Émission TheRealnews du 29 avril 2010)

Haïti: Premier bilan des aides reçues par Batay Ouvriye

26 mars 2010

A la date d’aujourd’hui, dans le cadre du soutien solidaire de l’après-séisme du 12 janvier 2010, Batay Ouvriye a reçu :

1.         En espèces (US $)

Miami Autonomy and Solidarity $                 2,330.00
Revolutionary Poets Brigade (California) $                   420.00
Solidarity Committee $                   110.00
Solidarity Center $                 2,620.00
Conlutas (Brésil) $               87,843.60
Peuples Solidaires de France $               10,161.00
Convergencia de Izquierda de Argentina $                   978.00
Groupe Révolutionnaire Socialiste de Martinique $                 1,430.00
Pour un TOTAL à date de : $             105,892.60

2.         En nature

Action Carême Suisse 4 grandes tentes
2 moyennes bâches
2 bidons d’eau
Solidarity Center 5 moyennes bâches
2 cartouches d’encre pour duplicateur
80 kits complets de nourriture, produits de maison et autres facilités d’urgence
Kòdinasyon Nasyonal Vodouizan Ayisyen 7 sacs de riz de 50 kilos
6 tentes moyennes
1 caisse de nourriture pré-préparée
Donateurs divers 1 grande bâche
1 tente familiale
10 bâches grandes

Port-au-Prince, ce 25 mars 2010

***

Notre site a mis en avant, pour des raisons de facilités pratiques, le paiement Paypal de la collecte organisée par le Comité de solidarité internationale des I.W.W.

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Dans les camps d’Haïti

20 mars 2010

Communiqué de Batay Ouvriye, 12 mars 2010.

Aux amis et camarades des camps

Tandis que le gouvernement a achevé de démontrer son incapacité, sa parfaite inaptitude à notre prise en charge correcte ;
Tandis qu’il se révèle conforme à lui-même en cherchant à continuer de consolider sa position avec les mafias-criminels qu’il mettait en place ;
Tandis que les sénateurs et députés corrompus reprennent leurs magouilles pour pouvoir reparaître publiquement et ainsi assurer la continuité de leurs mandats déjà épuisés ;
Tandis que les impérialistes, sur la base de l’« aide » qu’ils sont venu « donner », où ce sont les ONGs qui progressent à une allure fulgurante en consommant les trois-quarts de cet argent, envahissent notre territoire de militaires, comme si ce pays, libéré par un peuple d’esclaves, était à présent un terrain vague ;
Tandis que Préval et son gouvernement ouvre le pays à tous ceux qui désirent bénéficier de l’exploitation accrue des entreprises et usines, au point ou certaines ouvrières meurent de cette domination ; tandis que les bourgeois continuent à faire leurs bénéfices, tirant profit de l’occasion pour augmenter encore plus leur exploitation dans les industries et manufactures…
Tandis que tous les conservateurs collaborent en cherchant à se faufiler de plus en plus près du pouvoir et ainsi participent à la réhabilitation des anciennes structures pourries.

Nous, sous les tentes, sous les bâches, sous de vieux draps, sous des cartons… continuons à endurer les pluies, souffrons, subissons des humiliations et mourrons même dans une situation où nous a placé la misère ; une misère engendrée par les grands propriétaires fonciers, les grands bourgeois, les gloutons « grands mangeurs » et le grand capital étranger, avec leur armées et polices, pour nous forcer d’accepter d’en être arrivés là.

Nos Comités de Camp

Dans beaucoup de camps, des Comités ont été organisés pour extirper « l’aide », pour nous permettre de vivre après la catastrophe naturelle du séisme du 12 janvier 2010. Face à cette catastrophe naturelle, certains ont profité pour nous faire croire qu’il s’agissait d’une malédiction, ce pour nous maintenir dans l’attentisme et masquer le rôle des classes dominantes et de l’Etat réactionnaire dans la création de notre présente situation.
Certes, il existe de nombreux Comités, mais beaucoup d’entre eux sont constitués de petits escrocs alliés à de grands voleurs pour régler leurs affaires personnelles et ensuite se faufiler au sein du pouvoir grand-mangeur. Nos comités à nous ne pourraient être cela. Ils doivent être d’autant plus dynamiques, mais surtout honnêtes, sérieux, conséquents, AUTONOMES ! Ils doivent pouvoir véritablement représenter les populations des camps. Ensuite, nous devrons tenter d’établir une COORDINATION correcte parmi nous, pour avoir plus de force. Dans ce mouvement collectif, nous devrons nous TRANSFORMER pour non seulement pouvoir contrer tous ces larrons qui cherchent à profiter personnellement de la situation, nous utilisant, mais aussi et surtout pour affronter le projet de domination et d’exploitation que les classes dominantes et l’Etat comptent déferler sur nous à nouveau.

Nous, face au projet des classes dominantes de domination et d’exploitation

Le projet de domination et d’exploitation continue à exister, PIRE encore. Effectivement, c’est sur nos dos, à nous travailleurs, nous des masses populaires, qu’il tente de s’asseoir en nous forçant à travailler pour des salaires de misère, tandis que c’est nous qui allons subir, souffrir, tout comme toujours. Nous devons pouvoir RÉSISTER FACE À CE PROJET. C’est pourquoi nous devons développer notre action dès les Comités pour commencer à prendre conscience, commencer à comprendre la situation qui nous affronte clairement, et puis prendre les dispositions pour résister face au martyr qu’ils souhaitent nous imposer à nouveau. Ainsi, les Comités de Camps doivent pouvoir se TRANSFORMER en Comités s’opposant à tout ce qui se présente en face de nous, qu’il s’agisse des petits voleurs ou du projet des classes dominantes d’exploitation et de domination, surtout. Ils doivent se transformer en COMITÉS DE LUTTE. Pour cela, nos intérêts à nous, les intérêts des travailleurs, des masses populaires doivent être placés à l’avant.

La situation politique d’avant le 20 janvier 2010 n’a aucunement changée

La situation politique concrète que nous confrontions avant le séisme du 12 janvier n’a aucunement changée ! Il s’agit toujours de la même situation, même si actuellement les réactionnaires, voleurs et corrompus parlent de changement. Nous avons déjà montré notre désaccord avec cette situation : c’est ainsi que nous nous tenions loin du processus électoral frauduleux qui s’organisait ; ainsi, nous commencions à nous remobiliser pour défendre nos revendications, pour arracher nos droits. Nous nous sommes mobilisés pour tenter d’arracher les misérables 200 gourdes de salaire minimum journalier : Préval nous a bloqué ! Nous nous mobilisions pour tenter d’obtenir les salaires qui nous étaient dus depuis de nombreux mois : la police nous réprima ! Nous nous sommes mobilisés contre les privatisations, contre l’occupation : ils nous ont ignorés ! Nous nous mobilisions pour exiger un enseignement alternatif où il n’y aurait plus d’écoles « loteries » (où l’élève a infiniment plus de chances de « perdre » que de « gagner ») ni d’universités bancales : la police et la MINUSTAH nous tuaient ! Préval les en félicita. En fin de compte, le jour même du 12 janvier, les forces réactionnaires entreprenaient des assassinats en plein jour, prémédités !
A présent, nous entendons dire qu’ils souhaitent nous « déplacer », nous envoyer dans des lieux que nous ne connaissons pas, où nous ne pourrons pas vivre, où nous dépendrons sans fin de cette « aide » venue pour nous « sauver » : ils profitent du séisme pour nous expulser. NOUS NE L’ACCEPTERONS PAS !

La scène politique

Nous nous MOBILISONS pour défendre nos droits, pour ARRACHER NOS DROITS ! Pour cela, nous devons envahir la SCÈNE POLITIQUE véritablement! C’est là que tout se règle actuellement. Nous ne devons plus permettre qu’elle demeure la chasse gardée des voyous, réactionnaires et voleurs, seuls ayants droit à la parole. Nous devons parler aussi, FORT, tout le temps, avec nos intérêts à nous au premier plan. NOUS DEVONS FAIRE LA SCÈNE POLITIQUE DEVENIR LA NOTRE ! NOUS DEVONS METTRE LA RUE SUR LA SCÈNE POLITIQUE !

Cet État n’est pas le notre !

Face à tout cela, nous devons comprendre très clairement que l’Etat existant ne nous représentera pas, ce n’est pas notre État ! Au contraire, c’est l’Etat des affairistes, l’Etat des grands-mangeurs, c’est l’Etat des grands bourgeois, des grands propriétaires fonciers, du grand capital impérialiste. Cet État est CONTRE NOUS ! Pour représenter et défendre nos intérêts véritablement, il va falloir que nous affrontions la répression qu’ils chercheront à déployer contre nous, tout en réfléchissant, ensemble, et en travaillant, ensemble, pour METTRE SUR PIED UN AUTRE ÉTAT, avec nos intérêts à l’avant-plan, seul moyen pour nous d’assurer nos vies, nos avenirs et ceux de nos enfants. À Batay Ouvriye, nous œuvrons vers cela. JOIGNONS NOS FORCES !

A BAS LE PROJET DE DOMINATION ET D’EXPLOITATION OÙ LES CLASSES DOMINANTES ET L’ÉTAT RÉACTIONNAIRE PROJETTENT DE NOUS ENFONCER ENCORE, ET PIRE ! À BAS LES POLITICIENS VÉREUX ! A BAS LES GRANDES GUEULES, GRANDS MENTEURS QUI CONSIDÈRENT LA SCÈNE POLITIQUE COMME LEUR PROPRIÉTÉ PERSONNELLE ! À BAS L’ETAT GLOUTON, CORROMPU, MAFIA, CRIMINEL DÉFENDANT LES GRANDS PROPRIÉTAIRES FONCIERS, LES GRANDS BOURGEOIS, LE GRAND CAPITAL IMPÉRIALISTE ! À BAS LES DÉPLACEMENTS CRIMINELS QU’ILS VEULENT NOUS IMPOSER ACTUELLEMENT, EN PLUS DE TOUS LES MALHEURS QUE NOUS SUBISSONS DÉJÀ !
VIVE LA LUTTE DES MASSES POPULAIRES HAÏTIENNES !

Voir aussi:

Solidarité avec les travailleurs et la jeunesse haïtienne

5 février 2010

Motion présentée par la tendance Émancipation au Congrès national de la FSU à Lille le 4 février (motion repoussée, ayant obtenu 18,63 % des voix):

Dans le monde entier, les travailleurs et leurs organisations témoignent de leur solidarité avec les travailleurs et la jeunesse d’Haïti victimes du tremblement de terre du 12 janvier. Cela se fait de manière totalement désintéressée. Il n’en est pas de même de l’intervention des grandes puissances. Il suffit de voir le déploiement massif des troupes américaines et de l’ONU, alors même que dans les quartiers dévastés, des comités populaires se créent pour préserver la sécurité. Mais la première crainte des impérialismes américain et français, c’est que la population haïtienne prenne les choses en main face à un gouvernement discrédité, incapable, simple marionette de l’impérialisme. Que, comme elle le fit à plusieurs reprises dans l’histoire elle balaie ce régime corrompu, considérant que la véritable raison derrière leur souffrance n’était pas la nature, mais un gouvernement asservi à l’impérialisme, et, au-delà, le système capitaliste.

En effet, la vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes de toute nature n’est pas accidentelle. L’absence de plans d’urbanisme, l’absence de constructions antisismiques, la corruption généralisée, sont la conséquence d’une asphyxie économique et politique organisée depuis deux siècles. Faut-il rappeler que l’impérialisme français n’a jamais accepté la proclamation d’indépendance en 1804 avec la première république constituée par des esclaves noirs ayant brisé la domination coloniale? Les travailleurs haïtiens n’ont pas plus oublié l’occupation américaine subie de 1915 à 1934, puis les dictatures soutenues par l’impérialisme. A la chute du clan Duvalier (1957-1986), la dette du pays était évaluée à 800 millions $, et aujourd’hui, Haïti continue à crouler sous la dette.

Depuis 2004, sous couvert de « mission humanitaire », Haïti est occupé par les troupes de la Mission des nations unies pour la stabilisation d’Haïti (MINUSTAH). Alors que les travailleurs haïtiens tentaient de défendre leurs droits face à la multiplication des zones franches, la décomposition du régime Aristide et sa soumission croissante aux intérêts américains, ont en effet permis, à l’automne 2003 aux impérialismes rrançais, américain, flanqués du Canada de mettre sous tutelle Haïti. Quant à Sarkozy, son empressement est guidé par le souci de préserver les intérêts du capitalisme français face aux Etats-Unis. Il entend en particulier défendre l’accord de partenariat France-Haïti (2008-2012), qui échange l’aide au « co-développement » contre la lutte anti-immigrés et le renvoi des migrants.

Les organisations syndicales haïtiennes qui, il y a quelques mois, se sont mobilisées pour un salaire minimum, contre l’occupation de leur pays (pour le retrait des troupes de la Minustah, forces de répression des grévistes), contre l’accord franco-haïtien de gestion concertée des flux migratoires et contre l’accord de partenariat économique (APE) signé avec l’Union européenne en appellent aujourd’hui à la solidarité internationale. En réponse à leur appel, la FSU [*] exige:

  • Annulation immédiate et totale de la dette (multilatérale et bilatérale), et ce, sans aucune condition.
  • Paiement des réparations! Restitution immédiate par le gouvernement français des 900 millions d’euros de la fortune Duvalier; argent extorqué par le dictateur au peuple haïtien.
  • Remboursement des 150 millions de francs-or (21 milliards d’euros) payés après leur indépendance par les Haïtiens pour « dédommager » les esclavagistes.
  • Que l’argent versé (et autres ressources) soient sous contrôle des travailleurs haïtiens et de leurs organisations.
  • Arrêt immédiat de l’occupation militaire: départ de toutes les troupes (américaines et de la Minustah).
  • Liberté totale de circulation des Haïtiens. Droit d’asile: accueil sur le territoire français (métropole et outre-mer) de tout Haïtien qui en fait la demande.
  • Régulation immédiate de tous les Haïtiens (qui se trouvent en métropole et outre-mer).

Note:

[*] Rappel: Cette motion n’a pas été adoptée par le congrès de la FSU auquel elle était présentée.

Haïti: Appel à la Solidarité (Batay Ouvriye)

24 janvier 2010

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Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince, Haïti, nous a lourdement frappé au niveau des masses populaires.

En effet, aux côtés des bâtiments publics effondrés en grand nombre, ce sont nos quartiers populaires qui ont été les plus détruits. Ceci n’est pas surprenant, ce sont les plus fragiles, les plus instables : c’est là que l’État n’a jamais su répartir les services minima, allez voir chercher à consolider nos maisons, allez voir s’en occuper sérieusement. Au contraire, nous avons toujours été menacé d’expulsion, de « déplacement », de sorte que nous-mêmes n’avons jamais su non plus, encore moins pu nous concentrer sur l’amélioration de notre propre habitat.

Pendant que certains capitalistes cherchent à forcer les ouvriers à retourner travailler dans des usines fissurées ; pendant que les propriétaires des grands magasins se refusent à distribuer gratuitement leurs marchandises et exigent même que leurs prix augmentent ; pendant que tout le monde peut constater l’absence flagrante et honteuse de l’État, son incapacité, son incompétence (lui qui, certainement, ne sait que voler, « magouyer », en ne défendant que les grands propriétaires fonciers, les bourgeois et autres multinationales) ; pendant que la police nationale, soi-disant là pour « protéger et servir », brille également par son absence devant la catastrophe d’une part, et, d’autre part, face aux gangs qui sévissent (certainement, elle ne sait que réprimer le peuple) ; pendant que les forces impérialistes profitent de l’aide qu’ils administrent pour, de manière éhontée, approfondir leur domination et transformer les relations en une véritable tutelle sans partage… les ouvriers, travailleurs de tous genres, masses populaires en général subissent cette situation catastrophique où elles se retrouvent les bras cassés.

Une certaine presse a favorisé le développement d’aspects franchement progressistes, permettant un minimum de coordination à partir du terrain même, des comités populaires conséquents travaillent sans relâche à porter aide et secours. Seulement, partout, les moyens font énormément défaut. En vérité, en plus de nous avoir frappé violemment, le tremblement de terre nous laisse sans recours autonome et nous dépasse complètement.

À Batay Ouvriye, même si la plupart de nos cadres et membres ont pu sauver leur vie, plusieurs d’entre nous ont perdu des membres de leur famille, leur maison, leurs rares biens… plusieurs sont blessés, estropiés et, en plus d’avoir à enterrer nos morts, la survie nous devient de plus en plus difficile.

Dans la mesure du possible, nous essayons d’éviter de passer par les circuits officiels dominants mais il est tout aussi vrai que la situation devient intenable ! C’est ce qui nous amène aujourd’hui à lancer cet APPEL À LA SOLIDARITÉ en direction de tous les ouvriers, travailleurs et progressistes conséquents du monde entier pour tâcher de nous aider à sortir de cette terrible passe.

Selon un inventaire provisoire rapidement réalisé, nos besoins les plus immédiats sont les suivant et s’élèvent à :

  • Maisons à réparer US $ 50,000.00
  • Pertes de biens 20,000.00
  • Soins aux blessés et aux estropiés 10,000.00
  • Survie immédiate 30,000.00
  • S’occuper des morts 10,000.00
  • Total provisoire US $ 120,000.00

A cela, il nous faut ajouter 40% d’inflation, étant donné que les prix ne cessent d’augmenter et que nous ne savons pas où cela nous mènera. Pour un TOTAL plus certain, d’alors : US $ 170,000.

Maintenant, divers contacts que nous avons commencé à développer suite à la dernière grande mobilisation autour du salaire minimum sont eux aussi dans des conditions similaires. Nous devons les aider également. Ceci demande une somme additionnelle. D’un autre côté, dans les zones où vivent nos principaux militants, des mouvements de solidarité populaire ont été mis sur pied. Nous devons les intégrer résolument, tout en y apportant l’orientation que nous pensons nécessaire en ce moment. Immédiatement également, dans le cadre de la reconstruction que les classes dominantes commencent déjà à planifier, nous devons prendre l’initiative organisée de mettre sur pied nos propres orientations afin de faire face à la prochaine catastrophe qu’elles nous préparent. Ceci également exigera des dépenses.

En tout et pour tout, nos calculs s’élèvent alors à un GRAND TOTAL de US $ 300,000.00. C’est ce qui permettra à nos membres de survivre, d’aider nos divers contacts de tout genre et, enfin, de commencer déjà à construire et propager une orientation politique ample, forte et collective, aujourd’hui dedans la lutte de survie même mais déjà apte à prévoir et faire face de manière structurée à l’autre genre de catastrophe qui nous attend : la future domination impérialiste qui, conjointement avec les classes dominantes locales et leur Etat réactionnaire, prend déjà des formes extrêmes.

Nous remercions à l’avance tous ceux qui comptent contribuer. Le moment d’une telle débâcle demande non seulement une SOLIDARITÉ renforcée mais encore un rapprochement conscient, initial ou en approfondissement, pour une lutte commune internationale.

Pour ceux qui comptent nous faire parvenir de la nourriture, de l’eau ou encore des vêtements, des médicaments, des petits mobiliers… l’adresse de notre local principal à Port-au-Prince est :

Batay Ouvriye, Delmas 16, # 13 bis.

Pour ceux qui comptent envoyer du cash, notre compte bancaire est le :

  • Bank Name : City National Bank of New Jersey
  • Bank Address : 900 Broad Street, Newark, NJ 07102
  • ABA Number : 0212-0163-9 City of NJ Newark

For further credit to :

  • Account Number : 01 000 9845
  • Account Name : Batay Ouvriye
  • Account Address : FONKOZE, Ave. Jean Paul II, # 7, Port-au-Prince, HAÏTI

Naturellement, nous rendrons public toutes les sommes reçues et nous informerons de nos activités au fur et à mesure de leur déroulement.

BATAY OUVRIYE Port-au-Prince, ce 20 janvier 2010

***

Pour ses facilités de paiement en ligne par les particuliers et sa fiabilité, notre site suggère aussi de passer par le Comité de solidarité internationale des I.W.W. dont la collecte sera redistribuée à Batay Ouvriye et à la Confédération des travailleurs haïtiens. Cette collecte propose en effet un paiement Paypal.

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Le FMI, shylock d’Haïti

17 janvier 2010

Article de la section de Montréal des I.W.W.

Imaginez que des familles pauvres (…) se retrouvent à la rue à cause d’un incendie. Sans assurances, ces familles doivent compter sur la solidarité pour s’en sortir. Arrive maintenant un shylock qui propose à ces familles des « prêts d’urgence » assortis de conditions sévères et de taux d’intérêts élevés. Que diriez-vous ? Nul doute que vous en seriez scandalisés. C’est pourtant ce que le FMI vient de faire en Haïti.

Dans le programme d’aide d’urgence qu’il vient d’annoncer, le FMI ne fait que poursuivre le même genre de politiques qui ont fait d’Haïti une zone d’extrême précarité, même avant le tremblement de terre. En grande pompe, le FMI a annoncé un nouveau prêt de 100 millions à Haïti. Haïti a désespérément besoin de ce prêt, mais celui-ci a été fait selon un programme doté de conditionnalité.

La conditionnalité de l’aide est le principe de « bonne gouvernance » selon lequel les prêts fournis par le FMI et la Banque Mondiale le sont en fonction de conditions définies par les bailleurs de fonds, conditions qui doivent évidemment être respectées par l’emprunteur. Les prêts fournis par le FMI sont généralement assortis de conditions plus sévères que les prêts de la Banque Mondiale, car le FMI agit en tant que prêteur d’urgence, alors que la BM fourni du financement pour des projets à long terme. L’aide du FMI, c’est un peu comme quand vous allez à la banque pour faire une consolidation de dettes: les taux d’intérêts seront élevés et les conditions de remboursement sont sévères.

Le journal en ligne The Nation rapporte en effet que des activistes pour l’annulation de la dette lui ont expliqué que les conditions de la nouvelle aide annoncée par le FMI incluent des hausses de tarifs d’électricité, un gel des salaires du secteur public et des mesures « anti-inflationnistes », un euphémisme cher aux économistes pour désigner le contrôle des salaires, et ce dans un pays où les salaires comptent parmi les plus bas du monde. En un mot, le FMI saute sur un pays exsangue pour lui imposer des mesures d’ajustement structurels largement connues pour être désastreuses.

Petite histoire d’un pays enchaîné

La vulnérabilité d’Haïti aux désastres naturels et à la famine, la pauvreté endémique, la déforestation et le manque flagrant d’infrastructures ne sont pas des phénomènes accidentels. Le fait de dire qu’Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental passe sous silence les causes de cette pauvreté: Haïti a été mis dans cette situation par la France, les États-Unis, le Canada, – bref les nations occidentales riches – et par le FMI et la Banque Mondiale.

Pour Haïti, c’est donc ici l’histoire qui se répète. Depuis sa lutte héroïque pour l’indépendance (obtenue en 1804) et l’abolition de l’esclavage, principalement menée contre la France, mais aussi contre les autres puissances coloniales de l’époque qui s’étaient liguées contre la toute nouvelle république, Haïti a été la proie des puissances impériales. Dès 1825, le nouvel état Haïtien a dû s’endetter de manière importante auprès de la France, celle-ci exigeant sous la menace militaire une compensation pour les pertes subies par les planteurs blancs suite à l’abolition de l’esclavage. Cette dette extrêmement importante, qui représentait jusqu’à 80% du PIB estimé d’Haïti au XIXe siècle, n’a été remboursée entièrement qu’en 1948 !

Après la dictature des Duvaliers, l’élection d’Aristide et le coup d’État militaire de Raoul Cédras, la junte militaire commença a appliquer les nouvelles politiques du « consensus de Washington », nom donné à l’ensemble des politiques d’appauvrissement prônées par les institutions internationales actives dans l’aide au développement. Le retour d’Aristide au pouvoir à l’aide d’une intervention militaire américaine, en 1994, a été accompagné de l’obligation, pour celui-ci, de suivre les politiques d’austérité budgétaires prônées par le FMI et la BM.

Un exemple catastrophique de ces politiques a été la libéralisation du marché du riz dans les années 1990. Suite à la libéralisation de ce marché, les importations de riz en provenance des États-Unis ont progressivement remplacé la production locale de riz, laissant les paysans Haïtiens sans revenus et renforçant la dépendance des haïtiens vis-à-vis des marchés internationaux.

Dans la même période, l’aide internationale a envahi Haïti, au point où près de 80% des services normalement fournis par l’État proviennent des ONG, et que ceux-ci ont des budgets souvent plus importants que les ministères qui leur correspondent. À la fin des années 1990, Aristide décide d’augmenter légèrement le salaire minimum sous la pression populaire. Résultat: l’aide internationale, principalement américaine, se tarit.

Voilà ce que c’est, la conditionnalité de l’aide: obliger les « bénéficiaires » de l’aide à ouvrir leur marchés au dumping des pays prêteurs, avec comme conséquence la déstabilisation des économies locales. Obliger les « bénéficiaires » à devenir – ou rester – des pays de cheap labour et de main-d’oeuvre surexploitée, sans possibilité d’augmenter les maigres salaires. Enfin, une instrumentalisation des ONG permet la constitution d’un espèce de gouvernement parallèle.

Mais la situation Haïtienne va encore s’empirer dans les années 2000. Quand Aristide gagne les élections législatives et présidentielles de 2001, on lâche contre lui les organisations d’une pseudo société civile – en fait les représentants de la bourgeoisie industrielle – qui se constituent en « opposition démocratique » et minent la crédibilité du gouvernement en place par des accusations répétées de fraudes électorales relayées par les organisations américaines d’aide et de soutien à la « démocratisation ». Ces accusations répétées, ainsi qu’une guérilla d’anciens tortionnaires de Duvalier, probablement financée par la CIA, finissent par causer le départ d’Aristide et l’invasion d’Haïti par le Canada, les USA et la France en 2004. (voir ici pour plus de détails)

Aristide, miné par la corruption, affaibli par sa docilité envers les politiques du FMI et de la BM, ne pourra alors profiter du soutien populaire qui lui aurait été nécessaire pour affronter à la fois la guérilla et sa propre bourgeoisie. Les USA installent alors Gérard Latortue, un ancien fonctionnaire international, qui appliquera docilement les politiques dictées par le consensus de Washington jusqu’à la victoire électorale de René Préval, le dauphin d’Aristide, qui poursuivra les mêmes politiques d’obéissance envers les puissances occidentales.

Le problème de la dette

En 2008, un rapport du Center for International Policy a montré qu’en 2003, Haïti a dépensé $54,7 millions pour son service de la dette, alors que l’aide internationale totale pour les soins de santé, l’éducation et les autres services n’a été que de $39,21 millions. En d’autres mots, Haïti, un pays dévasté par la pauvreté, a continué à voir sa richesse être extraite du pays et dirigée vers l’étranger.

La dette Haïtienne se chiffre à $891 millions, presque toute contractée après 2004, donc après le coup d’État qui évinça Aristide et mis Latortue au pouvoir. Elle représente une somme faramineuse pour un pays ruiné, en proie à des désastres à répétition, et qui est étranglé par les grandes puissances qui le maintiennent dans un état de dépendance et de pauvreté révoltant.

L’attitude de Shylock du FMI vis-à-vis Haïti fait partie d’un processus international qui permet au capital de maintenir certaines zones « périphériques » sous la dépendance des pays riches et puissants, qui s’en servent comme réservoir jetable de main-d’oeuvre à bon marché, et comme terrain de déversement de leurs surplus agricoles, au mépris des conditions de vie des populations locales. Pour Haïti, le seul véritable espoir de changement réside dans l’abolition de ce système inique.

PS: Une autre dégueulasserie: Gildan quitte Haïti à cause du tremblement de terre.

Haïti dévasté par un tremblement de terre

14 janvier 2010

Communiqué de l’organisation brésilienne Conlutas (Coordination Nationale des Luttes), Sao Paulo, 13 janvier. (Traduit avec l’aide de la version espagnole d’E. Herrera).

La solidarité de classe est une urgente nécessité

Hier 12 janvier un tremblement de terre de niveau 7 a dévasté Haïti. L’ampleur peut en être vue sur des photos diffusées par la presse. Selon le Centre d’Études Géologiques des États-Unis (USGS), le tremblement de terre est arrivé à 16h53 heure locale. La capitale Port-au-Prince est dévastée. On ne connait pas précisément le nombre de victimes. Selon la Croix-Rouge jusqu’à 3 millions de personnes ont été affectées par le tremblement de terre. Selon des spécialistes, c’est le plus grand tremblement des 200 dernières années dans le pays.
La situation dans les quartiers les plus pauvres est très grave. Les communications ont été en grande partie coupées. Il n’y a plus d’électricité dans plusieurs villes (…) Il y a des décombres dans toute la capitale, Port-au-Prince, qui qu’empêchent la circulation des véhicules. La majorité des édifices se sont  effondrés. Les baraques et les maisons précaires n’ont pas résisté au tremblement de terre. Le principal hôpital s’est aussi effondré, compliquant davantage les secours aux blessés. Le tremblement  de terre a causé des incendies dans quelques localités, l’Université de Port-au-Prince a été concernée et il y a des gens sous les décombres.
Le plus gros problème est la logistique, la difficulté d’accès pour les sauveteurs. C’est un pays qui souffre déjà beaucoup de la pauvreté qui se trouve dévasté, un pays qui n’est pas  armé pour affronter de grandes catastrophes. Les images de la presse montrent les gens dans les rues, désemparés et blessés.
Conlutas manifeste sa solidarité au peuple haïtien confronté à la catastrophe arrivée dans la journée d’hier.

Pour autant, nous ne pouvons cesser d’exiger la fin immédiate de l’occupation militaire étrangère, qui assassine aussi le peuple haïtien. Nous exigeons du gouvernement Lula qu’il annule les dépenses militaires du Brésil consacrées à l’occupation d’Haïti, et reverse ces dépenses pour l’aide humanitaire si nécessaire en ce moment.
Conlutas s’est mise en contact avec Batay Ouvriye et d’autres organisations d’Haïti, pour savoir quelles mesures concrètes on peut prendre pour aider le peuple haïtien.

Nous convoquons les syndicats et organisations de travailleurs de notre pays qui sont mobilisés, en vue de recueillir des secours qui peuvent être envoyés aux organisations de travailleurs d’Haïti, dans un exercice concret de solidarité de classe.