Archive for the ‘Histoire des luttes’ Category

Une belle grève de Femmes : Douarnenez (Lucie Colliard, 1925)

21 octobre 2015

Brochure de Lucie Colliard disponible au format pdf:

Douarnenez_couv

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

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La revue « Gavroche » en ligne

16 novembre 2014

La collection complète de l’ancienne revue Gavroche (1981-2011) est désormais consultable et téléchargeable (format pdf par numéro) ici. Un travail de numérisation par le site http://archivesautonomies.org (166 numéros) d’une revue exceptionnelle, une véritable mine, qu’il faut saluer.

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La lutte de 25000 ouvriers du caoutchouc à Akron (1913)

10 août 2013

Publié dans L’Humanité du 28 juin 1913.

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Ces temps derniers, les Etats-Unis ont vu. ‘toute une série de grandes grèves aux péripéties dramatiques. Successivement ce furent les luttes émouvantes de Lawrence; de Paterson, dans le New- Jersey; de la Virginie occidentale enfin, où la bataille des mineurs continue et est suivie avec un intérêt passionné par tout la prolétariat des Etats-Unis.

Moins tragique, mais cependant d’un haut intérêt, a été la grande grève des ouvriers du caoutchouc de la maison Goodrich and Co, à Akron, dansl’Ohio.

800 pour cent de bénéfice !

D’immenses usines y ont été construites, qui couvrent 75 arpents et n’occupent pas moins de 25,000 ouvriers. Les hauts barons du caoutchouc, auxquels elles appartiennent, ont réalisé des bénéfices formidables dans ces dernières années: leurs dividendes atteignent jusqu’à 800 pour cent en 1912 ! En revanche, les salaires des ouvriers sont restés misérables.

Organisés par les militants socialistes de cet ardent Etat de l’Ohio, et notamment par les camarades Midney et Bessemer, sous les auspices de l’organisation économique révolutionnaire les « Industrial Workers of the World », les ouvriers de Akron soumirent leurs revendications à leurs patrons. Ils se heurtèrent à un refus orgueilleux et brutal. Ils décidèrent alors de déclarer la grève, au nombre de 18,000, puis de 20,000, réclamant: 1° la journée de 8 heures; 2° la suppression du travail aux pièces; 3° la suppression du système Taylor; 4° une augmentation de 25 % des salaires.

La grève se déroula pacifique et formidable, donnant lieu à de magnifiques démonstrations.

Spirituelle réponse ouvrière

Au bout de plusieurs semaines, le directeur général des usines, M. Shaw, déclara, suivant le refrain, connu « que si cette grève continuait plus longtemps, les patrons transporteraient ailleurs leur industrie. »

Loin de se laisser intimider par cette menace classique, un certain nombre de jeunes ouvriers grévistes ainsi que le montre notre cliché y firent la réponse la plus spirituelle en promenant à travers la ville de vastes pancartes portant ces mots:

On demande de l’aide pour transporter l’usine Goodrich. Oh Shaw !̃

La dernière exclamation a un sens ironique bien anglo-saxon.

Ajoutons qu’après cinq-semaines de lutte cette grève s’est terminée par un compromis dans lequel les ouvriers ont obtenu dans une large mesure satisfaction.

J.-L

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AG de lutte contre toutes les expulsions à Caen

16 juillet 2013

A Caen, des dizaines de personnes, pour la plupart demandeurs-euses d’asile (dont certain-e-s sont débouté-e-s, donc de facto désormais sans papiers), ont été expulsé-e-s des foyers d’hébergement d’urgence du “115″ suite au tarissement des budgets. La préfecture ne souhaite apparemment pas débloquer de nouveaux financements et ce sont près de 700 personnes qui vont vraisemblablement finir à la rue d’ici août, dont des familles avec des enfants en bas âge, voire des nourrissons. Pour l’instant, près de 70 personnes ont déjà été expulsées des foyers du “115″.

Un collectif local d’organisations (le collectif 14 pour le respect du droit des étrangers) a lancé la mobilisation sur le sujet. Voyant que les manifestations et les entrevues avec la Préfecture ne donnaient rien, ce collectif n’a guère eu d’autre choix que d’appeler à des AG de lutte ouvertes. Cela a permis à d’assez nombreuses personnes n’ayant rien à voir avec les organisations composant le collectif 14 de trouver progressivement une place dans la mobilisation en cours.

Un ancien foyer d’hébergement a été occupé fin juin au 202 rue de Bayeux, à l’initiative de l’Assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions, pour accueillir une partie des expulsé-e-s et constituer un point de convergence et d’organisation pour la lutte.

Des manifs ont lieu tous les lundis devant la préfecture, la mairie et dernièrement devant le local du PS. Des diffs de tracts ont lieu régulièrement.

Le lieu occupé accueille désormais une trentaine de personnes dont des enfants en provenance d’Asie, du Caucase, d’Europe et d’Afrique. Le lieu est salubre et bien entretenu par les occupant-e-s, qui participent à l’AG de lutte, et l’accueil dans le quartier est plutôt bon.

Les revendications de l’AG de lutte contre toutes les expulsions sont : Relogement pérenne des expulsé-e-s, personne à la rue et régularisation des sans papiers.

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pdf du bulletin de l’AG de lutte N°1

Pour contacter l’AG: ag-contre-expulsions@mailoo.org

Voir aussi:

solidariteaveclesexpulsescaen

Manif du 15 juillet 2013

Intervention de Germaine Goujon au Congrès de la C.G.T.U. (1929)

31 mars 2013

Germaine Goujon est aussi l’auteur d’un article: Ce que fut la grève du Textile de Rouen, dans La Révolution prolétarienne n°77 (avril 1929).

Avant d’entamer mon exposé, je voudrais dire un petit mot a notre camarade Deveaux qui, ce matin, a parlé des mœurs établies et dans le Parti et dans la C. G. T. U.

Ce matin, on s’étonnait de lettres volées je voudrais dire que c’est parce que Deveaus ne connaît pas encore toutes les vertus des néo-bolcheviks, sans cela il y a longtemps qu’il serait au courant de ces mœurs. Je vais vous citer un petit fait. Quand notre camarade Engler est allé à Moscou, il a eu l’occasion d’entendre Doriot expliquer avec un cynisme tout à fait révoltant comment on devait voler les lettres envoyées par Ruth Fischer à Maslov, emprisonné en Allemagne, car cela permettait de connaître la position de ces deux camarades et de les combattre plus commodément. Voilà les mœurs, voilà l’honnêteté néo-bolchevique qu’on emploie dans les organisations (Applaudissements.)

J’en viens à mon sujet, je voudrais parler des grèves. Il y a différentes genres de grèves, il y a ce qu’on appelle les grèves « sporadiques », il y a les grèves
préparées par les syndicats, par les corporations il y a les grèves préparées de toutes pièces que l’on veut déclencher d’une façon, artificielle.

Et c’est pourquoi nous disons qu’il ne peut pas y avoir une stratégie unique des grèves, il y a une ipsychologie des grèves, il y a un savoir-faire des militants il y a une expérience, une connaissance des militants, de la masse. Je dis que, dans le mouvement ouvrier, il y a des, grèves heureuses et malheureuses, il y a des grèves victorieuses et des grèves qui sont des défaites; mais il faut, dans la majorité des cas, essayer d’obtenir le maximum de résultats. C’est cela qu’il faut avoir, en vue..

Nous disons que, dans les grèves sporadiques, déclenchées bien souvent par des camarades inorganisés, les militants doivent s’orienter d’une façon sérieuse. Tout dépend de la clairvoyance des militants, qui doivent s’occuper des desiderata de la masse, de sa mentalité, de bien connaître à fond la situation, et si ces grèves sporadiques sont bien dirigées, bien orientées, on obtient le maximum de résultats.

Il y a d’autres grèves, les grèves préparées par les syndicats de la corporation. Là, c’est le travail de tous les jours, c’est le travail permanent des militants;
nous devons en tout temps, en toutes circonstances, avoir les yeux sur cette masse, nous devons rester tout le temps en contact avec ces ouvriers, connaître leurs aspirations, connaître leur mentalité, veiller toujours au grain. Quand nous sentons que la masse est prête, que le moment est venu, que les ouvriers sont décidés à la lutte, alors le moment est bon ‘et il appartient aux syndicats, avec les ouvriers, de déclencher le mouvement.

Mais, je le répète, les grèves ne sont pas toujours victorieuses, et tout l’heure je m’expliquerai sur ce point.

Il y a encore d’autres grèves que l’on peut déclencher artificiellement. Pour cela, on réunit quelquefois des comités, des conférences, où il vient bien souvent des délégués triés sur le volet, à qui on fait la leçon ils se trouvent ainsi bercés d’illusions, ils croient que le moment est venu, alors que la masse n’est pas prête, on lance le mouvement et on aboutit alors à un fiasco.

Nous disons que c’est la masse elle-même et les militants qui sont toujours auprès d’elle, qui doivent voir si le moment est mûr ou pas. Il arrive, en effet, que dans ces comités, ou dans ces conférences, ou dans ces Congrès ouvriers, on établit des revendications. Ces revendications ne sont pas toujours établies par les militants responsables de la corporation bien souvent des camarades irresponsables, qui ne connaissent pas la mentalité de la corporation veulent imposer des mots d’ordre, imposer des revendications qui ne sont pas comprises des masses. (Applaudissements.)

Nous disons que ce qu’il faut c’est surtout une expérience approfondie des grèves, il nous faut des militants sérieux, qui connaissent la situation de l’industrie, la situation des camarades, et qui travaillent d’une façon adroite, puis, au moment du’déclenchement de la grève et pendant la grève, il y a surtout beaucoup d’adresse à employer pour éviter les bêtises.

C’est pourquoi, quand on nous dit que le rôle dirigeant des grèves doit revenir au Parti communiste, nous disons que non. Nous disons que si, à l’intérieur du syndicat, il y a des militants communistes organisés, s’ils sont les meilleurs combattants, bien sûr nous serons d’accord pour qu’ils aient leur part de responsabilité, ils entreront dans le comité de grève et nous accepterons leurs suggestions, s’ils sont membres responsables de la corporation. S’ils ne le sont pas, s’ils ne connaissent rien dans la corporation, nous disons Non. Voilà comment nous entendons, nous, mener les grèves. (Applaudissements.)

Je dois tenir compte de ce que le temps est limité, mais quand même je dois parler des grèves de notre région. J’y suis bien obligée, puisque nous avons été tellement salis dans les journaux ouvriers, dans les rapports fournis par la C. G. T. U. aux organisations, à La Vie Ouvrière et dans L’Humanité. Nous savons que certains, camarades ont des mandats impératifs, mais je dis que ces camarades ont une conscience et qu’ils devront réfléchir quand ils auront été éclairés.

Chez nous, vous avez vu par les journaux, par les rapports, qu’on a parlé de la grève textile de Rouen-Darnétal. Ce fut une grosse grève. On a dit « A Rouen, pas de préparation, pas de comité de grève véritable, pas de solidarité, pas d’organisation! Rien, moins que rien !»

Nous sommes un vieux syndicat, comme on l’a dit cette semaine à la Fédération Textile, et nous avons la prétention d’être près de la masse et de  connaître ses aspirations.

On a dit « Pas de préparation ! ». La grève a été déclenchée le 26 octobre, les revendications générales ont été envoyées à la Chambre patronale le 8 août, une lettre envoyée à la Fédération Textile le 9 août indiquait que les revendications générales avaient été envoyées à la Chambre patronale, les revendications particulières de chaque usine aux directions des usines. Les procès-verbaux en font foi.

Les revendications générales ont été établies par les ouvriers syndiqués dans leurs assemblées générales.

Il est certain que, pour la grève, il n’y avait pas de cahier de revendications dans toutes les usines parce que nous n’avions pas de syndiqués dans toutes les usines, mais partout où il y en avait, il y a eu des cahiers de revendications. On a dit que les ouvriers méconnaissaient les revendications nous disons, nous, que c’est faux. Partout où il y avait des syndiqués, des cahiers étaient établis et, là où nous n’avions pas de syndiqués, les revendications étaient diffusées par tracts à 1a porte des usines, et l’on priait les ouvriers de, les commenter et de les expliquer à l’intérieur des usines.

Après cette préparation à la porte des usines, il est certain que cela grondait. On a dit que c’était à la suite de la grève de Darnétal. Il est certain que les ouvriers qui avaient déterminé un peu leurs revendications avec le mot d’ordre sur lequel nous n’étions pas d’accord n’étaient pas du même avis que les autres. On disait qu’il fallait réclamer 10 sous d’augmentation, mais les 10 sous n’étaient pas un mot d’ordre général et les revendications devaient être adaptées aux milieux, suivant les habitudes de la corporation ou de la région. Ce sont les ouvriers eux-mêmes qui sont qualifiés pour élaborer les revendications.

Pour presque toute la corporation, à l’exception des apprêts, teinture et blanchiment, dans le travail aux pièces, ce sont les pourcentages, les primes de vie chère, etc., qui jouent.

Par exemple, dans le Nord, c’est la prime de vie chère à Elbeuf et à Louviers aussi, alors que, chez nous, c’est un pourcentage qui joue sur la production.

Nous sommes les adversaires du pourcentage, il y a longtemps que nous l’avons déclaré, mais, tant qu’on n’a pas la force de faire reviser les tarifs pour obtenir une augmentation, on est obligé momentanément de demander un pourcentage qui correspond à une augmentation de salaire.

En attendant, nous avions donc demandé, dans nos revendications, 65 au lieu des 42 que l’on avait sur les tarifs de 1920.

Si nous réussissions à obtenir cette augmentation, cela renforçait nos possibilités de recrutement et, par la suite, la revision du tarif s’imposait. Nous n’avons pas l’habitude de mettre la charrue avant les bœufs, nous travaillons sérieusement et méthodiquement.

Nous avons donc présenté des revendications qui ont été connues de tous les ouvriers par diffusion de tracts à la porte des usines.

Comment la colère a-t-ellé éclaté ? Elle a éclaté parce que les ouvriers savent bien faire leur compte, ils savent bien que 42 % leur donne tant et que 65 leur donnera tant. Ils ne sont pas si bêtes qu’on veut bien le dire! (Applaudissements.)

Les ouvriers comptaient bien, après avoir posé leurs revendications, obtenir au moins 10 s’ils n’obtenaient pas le maximum de leur demande. Comme les
patrons ont affiché 4%, la colère est venue, les ouvriers ont dit: « On se fout de nous! Les patrons vont trop fort. Le Syndicat demande 23 et on nous offre 4% d’augmentation! » La colère a donc grondé.

Il y avait déjà eu une propagande faite par le Syndicat, comme l’indiquent les lettres adressées à la Fédération Textile. Déjà, nous faisions des adhésions.
nous avions des usines avec de bonnes sections et, dans ces usines, la colère était beaucoup plus forte que dans les autres.

Je citerai La Foudre, où on parlait de partir depuis longtemps, de même chez Marchand, de même chez Mumm.

Nous avions le devoir de retenir les ouvriers d’une façon adroite et nous avons continué notre propagande.

Quand les patrons ont affiché les 4 %, une usine oit il n’y avait pas d’organisés est venue nous trouver et nous a dit: « Nous avons réclamé au patron, mais celui-ci nous a renvoyé au syndicat » Nous lui avons répondu que nous allions établir immédiatement son cahier de revendications et que les ouvriers devaient dire à leur patron que, dès le lendemain, nous irions en délégation accompagnée de la secrétaire du syndicat.

Entre temps, on me faisait demander, à Darnétal, à l’usine Thaon. Je vais à cette réunion et je dis aux camarades : « Il y a trois usines de cette firme à Darnétal. Demain, il doit y avoir une grande réunion de propagande, vous verrez vos camarades de cette même firme, mettez-vous d’accord avec eux, établissez votre cahier de revendications et quand vous serez bien d’accord, vous partirez sur le même mot d’ordre ! »

A Rouen, cela grondait également et nous ajoutions « Tenez-nous au courant de ce qui se passera à Darnétal pour que nous puissions partir ensemble ! »

En revenant de Darnétal, j’ai été trouver l’usine Mahieu et lui ai dit: « Attendez à demain ! Vous me ferez demander et nous pourrons partir ensemble  ! »

Le lendemain, j’étais à cette usine et nous allions immédiatement dire : « Puisque les usines grondent, nous allons envoyer un ultimatum au patronat. »
La première lettre avait été envoyée le 8 août, une deuxième avait été envoyée le 13.

Le 23 octobre, nous envoyons une lettre-ultimatum signifiant aux patrons qu’il nous fallait une réponse pour le jeudi 24 octobre ou que nous ne répondions plus de la situation.

Le mercredi, nous faisons tract sur tract. Nous en faisons distribuer à profusion à la porte des usinés. Résultat le jeudi, à la Bourse du Travail, la salle était trop petite pour contenir tous les ouvriers. Cela nous prouvait que les trois usines n’étaient plus isolées, que les camarades étaient disposés à marcher. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud il ne faut pas attendre d’avoir 150 de chances pour faire une grève suffisent, et là nous n’avons pas hésité à dire: « Camarades, demain c’est la grève ! »

Rouen - Bourse-du-Travail

La Bourse du travail de Rouen (bâtiment détruit en 1944)

Le lendemain matin, vendredi, neuf usines ‘étaient arrêtées. Nous avons fait le débauchage. A midi, nous avions 14 usines d’arrêtées le samedi matin, 17.
Ceci prouve que la grève avait été préparée, que les revendications étaient comprises des ouvriers.

Le déroulement de la grève. On a dit: pas de comité. de grève. Nous avions fait désigner cinq camarades par usine pour former le comité de grève. Pour
17 usines en grève, avec un comité de cinq camarades par usine, j’avoue qu’il n’y avait pas toujours la discipline voulue, parce que les camarades manquaient d’expérience.

Quand nous avons vu cela, nous avons tracé un travail pour chacun et un camarade par usine a été désigné pour former le comité central de grève avec
les membres responsables des organisations locales, régionales et centrale. Donc, nous disons que le comité de grève a fonctionné.

Autre chose. On dit « Pas de solidarité ».

« Pas de solidarité » ! Nous avons commencé dès le lendemain, malgré l’interdiction du imaire, à faire des quêtes en ville. Malgré que nos quêteurs aient été quelquefois menés au poste de police, nos quêtes en ville ont rapporté des sommes assez rondelettes. Des syndicats nous ont aidés. Les Dockers de Rouen nous ont donné 2.000 francs sur leur caisse. Voilà tout ce que nous avons reçu. Quand vous voyez au rapport financier de la C.G.T.U. qu’il y a eu 24.000 fr. de versés pour les grèves de Rouen-Darnétal, nous pouvons dire aux camarades de la majorité que’le Syndicat de Rouen a eu un beau zéro. pour la solidarité. (Applaudissements.)

MARTIN. — OÙ est passé l’argent?

Germaine Goujon. Nous ne craignons aucun démenti. Il a été écrit dans Le Prolétaire Normand que nous avions reçu des subsides. Je dis que nous n’avons rien reçu. Qu’on nous apporte des reçus signés, et nous verrons si nous avons touché un sou.

Quel est l’argument qu’on a fourni ? La semaine dernière on m’a dit « On vous a offert de l’argent. » Une première fois c’était « Vous n’avez rien demandé. »

Dans une corporation comme celle du Textile, où c’est la misère, où les ouvriers vivent au jour le jour, où, bien souvent, le lendemain de la quinzaine il n’y a plus de sou, surtout quand il y a des gosses, il est impossible d’avoir des avances.

Voilà pour la solidarité. Vous voyez si elle joue bien.

On nous a reproché de n’avoir pas bien organisé la solidarité. Mais, camarades, dans une grande ville comme Rouen, où les ouvriers demeurent un peu partout, à cinq ou six kilomètres à la ronde, il est bien difficile d’organiser la solidarité avec des vivres. Nous avons été obligés, pour assurer les premiers
secours, de donner de l’argent.

Comme il y avait 5.000 grévistes à Rouen et 2.500 à Darnétal, si nous avions reçu la part qui nous revenait, nous aurions pu faire une solidarité sérieuse,
effective, et peut-être bien que notre grève aurait été victorieuse. (Applaudissements.)

On a dit aussi qu’il n’y avait pas d’organisation.

Nous devons répondre qu’à la faveur de ce mouvement nous avons exécuté les ordres de l’I. S. R. qui écrit dans un rapport qu’à la faveur des mouvements on doit recruter, que c’est possible quand on sait s’y prendre.

Oui, nous avons fait du recrutement et, avant la reprise du travail, nous avons organisé solidement notre syndicat. Nous avons créé des sections d’usine, avec des collecteurs et des délégués d’usine. Nous pouvons dire que le syndicat fonctionne sérieusement, malgré que nous ayons été obligés de rentrer le treizième jour.

Il n’y a pas que des grèves victorieuses. Le mouvement de classe est fait de i’ictoires et de défaites. Notre mouvement a été une défaite. Nous sommes rentrés le treizième jour, mais avec une organisation solide.

Voila comment s’est déroulée la grève de Rouen et quel a été son résultat.

Autre chose A Bordeaux, on a parlé ardemment du resserrement syndical.

A Rouen, nous avons depuis longtemps un syndicat d’industrie, formé de section syndicales. Pour les besoins de la cause, par esprit de tendance, ce sont les représentants de la majorité confédérale qui ont divisé notre syndicats, parce que nous n’avons pas voulu accepter dans notre comité général des  membres irresponsables, ne travaillant pas en usine. On a séparé la section de Darnétal du syndicat de Rouen pour former un syndicat à Darnétal. A Pavilly, nous disons que ce n’est pas un syndicat, mais une section syndicale qu’il fallait former.

Voyez comme on comprend le resserrement syndical dans la majorité confédérale quand il s’agit de servir les besoins de la cause.

Autre point: Dans le rapport d’activité, il y a des grèves que l’on connaît, et d’autres que l’on méconnaît. Par exemple, la grève du port de Rouen, grève victorieuse, menée par ces « sales réformistes » que sont Engler et consorts. Cette grève victorieuse ne figure pas dans le rapport d’activité. La grève des chauffeurs d’auto, menée par les militants de l’Union locale de Rouen, on ne la connaît pas plus.

UN DÉLÉGUÉ. Charbit non plus ne la connaît pas.

GERMAINE Goujon. La grève des tramways de Rouen, conduite par les militants de l’Union locale de Rouen, avec l’aide de la Fédération des Moyens de transport, avec laquelle nous étions entièrement d’accord, on ne la commît pas davantage.

Le rapport d’activité parle également des. inorganisés. Il y a là une innovation. Les inorganisés ont joué un rôle de premier plan dans toutes les grèves: à eux toutes les initiatives à eux probablement la direction des mouvements ouvriers. Et tout cela, uniquement parce que l’on a l’habitude de mettre la charrue avant les bœufs.

Dans l’ensemble, on a écrit pas mal d’erreurs sur le rôle des inorganisés, Dans La Vie Ouvrière, sous la signature d’Henry, on a pu lire que ce sont les inorganisés qui donneraient encore des leçons aux sceptiques et aux réformistes que nous sommes et qu’on leur laisserait la tribune, dans ce Congrès, où ils devaient avoir tous les pouvoirs. Mais l’accord n’a pas duré longtemps et l’on a pris bientôt, au Bureau confédéral, une résolution qui fixe le rôle des inorganisés.

Bref, on a fini par où on aurait dû commencer.

Le Bureau me demande de dire au Congrès combien la C. G. T. U. a dépensé pour les dockers de Rouen. Je regrette, mais je ne connais pas le chiffre exact. Celui que je connais bien, par exemple, c’est celui des sommes dépensées par les syndicats de cette ville, qui ont vidé leurs caisses avant que la C. G. T. U.
ne vienne à leur aide. C’est que la C. G. T. U. avait dit « Nous ne soutiendrons la grève des dockers de Rouen que lorsque le syndicat aura vidé sa caisse. »
(Applaudissements.)

J’ajoute également que les dockers de Dunkerque n’ont pas attendu, eux, que la caisse du syndicat de Rouen soit vide pour envoyer à deux reprises 10.000 francs en faveur de leurs camarades.

Pour en revenir aux inorganisés, on répète toujours que ce sont eux qui déclenchent les grèves. C’est qu’en effet il y a parmi eux, comme parmi les syndiqués, des sursauts de révolte devant la pression de la bourgeoisie et devant la rationalisation contre la classe ouvrière. Mais alors, ne voyez-vous pas que c’est à ce moment que les militants doivent intervenir ? Puisqu’ils sont avec nous an moment de la lutte de classe, il faut en profiter pour les organiser, car, une fois la lutte terminée, ils oublient et se séparent à nouveau de nous. C’est parce que l’on n’agit pas dans ce sens que l’on voit, au sortir des grèves, les effectifs de la C. G. T. U. diminuer au lieu d’augmenter.

On a cru arranger tes choses en invitant les inorganisés à nos travaux. Le Congrès les intéressera. Cela fera de la propagande dans les usines et nous verrons nos camarades inorganisés se rapprocher peu’ à peu de nous. Tel n’est pas notre avis. camarades. Le Congrès ne peut pas les intéresser il ne peut pas intéresser des camarades inexpérimentés. Ayons le courage de revenir en arrière et nous nous souviendrons de nos propres débuts, alors que nous n’étions pas encore aptes à saisir toutes les discussions de ces Congrès. Rappelons-nous combien il était difficile de les assimiler et plus encore de les interpréter devant les autres. C’est pourquoi nous disons qu’il est impossible à des camarades sans expérience d’aller faire part exactement aux autres de ce qui se passe dans nos réunions, puisqu’ils ne les comprendront pas toujours eux-mêmes.

Ce n’est point comme cela que l’on peut faire de la propagande auprès des inorganisés. C’est, au contraire, tous les jours, à l’usine, par des mots d’ordre sérieux et concrets, .que tous pourront comprendre. C’est par une propagande directe, mais adroite, que nous arriverons à faire leur éducation, à les attirer vers nos syndicats et surtout à les y garder. Tant que l’on lancera des mots d’ordre que les ouvriers ne comprendront pas, parce qu’ils les dépassent, nos camarades diront qu’on se moque’ d’eux, n’auront pas confiance et s’éloigneront de nous.

Car tout cela, voyez-vous, c’est une question de confiance. Si nous sommes véritablement des militants sérieux, si nous savons intéresser les camarades à
des choses qui sont leur portée, nous les verrons venir à nous en grand nombre.

Une autre question, c’est la question de l’étiquette. Il est possible de dire aux ouvriers : « La C. G. T. U., c’est une organisation d’exploités qu’il vous appartient d’orienter et où tout le monde a le droit de cité. » Mais si vous leur dites « La C. G. T. U. est dirigée par le Parti communiste vos grèves seront dirigées par les communistes; vos mots d’ordre sortent du Parti communiste. » Si vous dites cela aux ouvriers qui ne sont pas encore communistes, quoi qu’on dise vous les effrayerez et ils ne viendront pas. C’est que, je le répète, la plupart des ouvriers sont encore très éloignés du communisme et nombreux sont encore ceux qui subissent l’influence de la presse bourgeoise. Leur parler du communisme, c’est les détourner, à priori de nous.

Si nous voulons que nos effectifs ne continuent pas de fondre, mais qu’au contraire ils augmentent pour que vous puissiez plus ‘facilement atteindre le but
que nous poursuivons tous, ce n’est pas ce procédé qu’il faut employer ce sont des moyens plus adéquats qui vous permettront d’organiser la masse. (Applaudissements.)

On a parlé Bordeaux de la Caisse nationale de solidarité. Où sont donc les résultats qu’on en attendait. Je crois qu’on peut les chercher. Or, au Congrès de Bordeaux, nous vous avions fait une proposition. Engler vous avait dit : « Commencez par le commencement. Faites d’abord l’expérience de pareilles caisses de solidarité dans les syndicats. Quant de pareilles caisses auront fait leurs preuves et que vous aurez conquis la confiance des ouvriers, quand ces caisses régionales auront de profondes assises, vous pourrez les grouper et former à coup sûr une caisse nationale de solidarité ».

C’est toujours la même chose on veut tout obtenir d’un seul coup, et finalement, on n’aboutit à rien du tout.

En ce qui concerne le Congrès de Bordeaux, je suis d’accord avec ce que disait Deveaùx ce matin « Dans ce Congrès, comme dans tous les congrès, on voit les camarades voter comme un seul homme, plutôt des deux mains que d’une, toutes les résolutions qu’on leur présente, mais, lorsqu’il s’agit de les appliquer, ces résolutions restent lettre morte. »

Pour nous, nous disons que ce n’est :pas sérieux. On ne doit prendre que les engagements que l’on est capable de tenir. Si l’on n’est pas sur de soi, on doit avoir le courage de le dire.

Ma couclusion sera celle-ci: les syndicats que je représente – moins sept camarades de Saint-Etienne-du-Rouvray, je dois le dire en toute honnêteté qui m’ont dit que je ne devais pas les tromper en votant contre le rapport moral, et je m’exécute, – le syndicat du Bois en grume de Rouen, le syndicat des Cheminots d’Oissel, celui des Tramways de Rouen voteront contre le rapport. En outre, mon syndicat du Textile votera égalenunt contre le rapport financier pour la raison que j’ai indiquée tout à l’heure, savoir que, sur le 24.000 francs, nous n’avons rien vu, alors que, cependant, nous y avions droit.

Je termine, comme le camarade qui m’a précédé, en vous disant : « Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, nous resterons l’intérieur de la C. G. T. U. parce que nous sommes profondément unitaires ». On nous a dit plusieurs fois « Vous êtes des scissionnistes, vous êtes des autonomistes, vous êtes des diviseurs de la classe ouvrière ». Nous, nous disons que nous ne sommes rien de tout cela et que nous entendons rester profondément attachés la C. G. T. U.

Il y a maintenant trop de divisions dans la classe ouvrière qui profitent seulement à la bourgeoisie. Or, camarades, nous sommes toujours des irréformistes, nous restons toujours partisans de la lutte de classes. C’est dire que nous resterons à la C. G. T. U., nous lutterons, nous bataillerons pour ramener la C. G. T. U. dans le bon chemin. (Vifs applaudissements.)

germaine

Germaine Goujon en 1921

Parution d’une biographie de Rosa Luxemburg

6 octobre 2012

Les éditions Spartacus rééditent la biographie de Rosa Luxemburg par John Peter Nettl :

http://atheles.org/spartacus/livres/rosaluxemburg/index.html

Présentation de l’éditeur :

« Par les différentes facettes de sa personnalité, énergique et sensible, penseur et femme d’action, plus encore peut-être par son rôle d’opposante à ceux qu’elle tenait pour responsables du ralliement en 1914 des socialistes à l’Union sacrée, par son assassinat enfin, précurseur des massacres à venir, Rosa Luxemburg a suscité au cours des dernières dizaines d’années nombre d’interprétations et de créations. Pourtant, il reste difficile de trouver en français une biographie qui rende compte non seulement de son existence, mais du contexte où elle s’est déroulée et de la signification des orientations politiques qu’elle a défendues, souvent déformées pour servir telle ou telle cause sans rapport avec les conditions dans lesquelles elle les a élaborées.

Il y a 40 ans que François Maspero a publié l’édition française du Rosa Luxemburg de John Peter Nettl. Dès sa parution en anglais en 1966, ce livre de plus de 900 pages s’est imposé comme une référence : il s’agissait en effet de la première biographie systématique consacrée à Rosa Luxemburg, fondée sur la recherche et l’utilisation du plus grand nombre de sources possibles. Le seul recensement des publications où l’on retrouve ses écrits et ses discours y occupe une cinquantaine de pages.

En 1968, peu de temps avant sa mort accidentelle, John Peter Nettl a terminé une version abrégée de son livre pour le rendre accessible à un plus large public ; elle fut publiée l’année suivante en anglais et en allemand. Depuis, bien des livres ont été consacrés à Rosa Luxemburg ; pourtant, son ouvrage, y compris dans sa version abrégée qui, comme on le voit, reste substantielle, conserve un intérêt tout particulier car il rend compte des débats et des combats qui ont accompagné la naissance et la croissance des organisations de masse du mouvement ouvrier socialiste, contribuant ainsi à notre compréhension des succès relatifs et des défaites effroyables que celui-ci a connus au cours du XXe siècle.

Dès les années 1930, mais surtout à partir de 1946, René Lefeuvre, le fondateur des Cahiers Spartacus, a tenu à faire connaître et à tenir disponibles, contre vents et marées, les principaux textes de Rosa Luxemburg. Notre catalogue n’a cessé de s’enrichir de textes écrits par Rosa Luxemburg ou se rapportant à elle. Il manquait cependant une biographie permettant de les relier entre eux, un rôle que le livre de John Peter Nettl nous semble remplir parfaitement.

Rosa Luxemburg a appartenu à une époque où la révolution socialiste, à la fois désirable et inéluctable, semblait à portée de la main, et, comme d’autres fortes personnalités de l’époque, au caractère souvent solitaire, elle a consacré son existence à l’avènement d’un pouvoir collectif, d’une société où « le libre développement de chacun sera la condition du libre développement de tous ». De cette existence, de cette réflexion tournée vers l’action on ne tirera pas de recettes ; mais John Peter Nettl, en combinant récit et analyse, fournit d’amples matériaux à tous ceux qui pensent que des échecs mêmes du mouvement socialiste des leçons sont à tirer pour œuvrer à cet avènement. »

Italie: les femmes à l’usine FIAT (1970)

5 juillet 2012

Présentation dans Root & Branch N° 2 (1971) de la traduction d’un article publié dans Lotta Continua en février 1970. (Les deux textes ont été traduits et sont téléchargeables sur le site du C.A.T.S. de Caen).

L’idée sous-jacente dans cet article est que la signification d’un combat dans un département au sein de l’usine, par exemple, ou d’une strate au sein de la classe ouvrière, dans ce cas les femmes, peut seulement être compris en termes de relation entre ce point particulier de lutte et les autres. L’importance d’une telle analyse est particulièrement visible dans le cas d’une ville comme Turin, dans laquelle chaque aspect de la vie sociale est déterminé par la stratégie de FIAT. Une écrasante majorité de la force de travail est employée directement par FIAT, ou par les compagnies comme Alpha-Romeo, qui appartient à FIAT. Le système de transport public est dirigé par la Compagnie, dans les mains de laquelle se trouve une part décisive si ce n’est la plupart des propriétés de la ville. Les hôpitaux sont la propriété de FIAT, les journaux sont sous sa coupe. Turin est FIAT. On pourrait même dire que le Nord de l’Italie dans
son ensemble est sous la dictature de l’automobile, avec des industries et d’énormes corporations comme Pirelli (pneus, caoutchouc), strictement corrélée avec l’industrie automobile, ou les usines chimiques à Porto Marghera (près de Venise). Cette dictature s’étend, de plus, au Sud de l’Italie, par son contrôle sur le niveau d’immigration vers le Nord industriel « riche ».

Dans ces circonstances, dans lesquelles le capital peut tenter de coordonner sa domination de la totalité de la vie dans une région complète, il est clairement nécessaire de comprendre et de diffuser des informations sur l’interrelation pas seulement entre différents secteurs de production mais aussi entre le lieu de travail et les aspects de la vie des travailleurs/euses, apparemment séparés mais en fait connectés. Mais la même tâche s’impose elle-même dans des situations sociales/économiques d’une plus grande complexité que celle qui vient d’être décrite et/ou celles dans lesquelles les capitalistes sont moins capables ou désireux de coordonner leurs tentatives de faire des profits. La signification des récentes grèves sauvages des chauffeurs routiers, par exemple, ne peut être comprise sans référence aux relations entre des industries de transport différentes et en concurrence, au rôle du transport dans l’économie d’aujourd’hui, sans parler des conditions générales de l’économie américaine. La prise en considération des luttes des noirEs dans une ville du Nord demande une compréhension de la mécanisation de l’agriculture dans le Sud, de l’étendue et des types d’emploi des noirEs dans le Nord etc… Le document qui suit est une tentative d’appliquer ce type d’analyse aux luttes des femmes ouvrières à Turin.

Il commence par montrer comment FIAT essaye d’utiliser les femmes pour briser la lutte que les travailleurs, principalement des hommes, ont mené dans les usines, spécialement depuis 1968. Il décrit ensuite l’importance grandissante des femmes au sein du combat de la classe ouvrière dans son ensemble, à la fois dans les ateliers et dans la vie sociale en général (famille, logement, santé, transport, école etc…).

Cette manière de regarder la situation découle de, et mène à un point de vue précis sur la manière suivant laquelle les militantEs de Lotta Continua souhaitent aider la lutte à se développer : en montrant comment au sein des intérêts spécifiques des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux et vieilles, des qualifiéEs et des non qualifiéEs, des employéEs et des chômeurs/euses peut être trouvé le même intérêt commun, la base pour une unité de classe qui ne supprime pas mais qui exprime les situations particulières des différents groupes dans la classe qui peuvent être comprises et sur lesquels on peut agir.

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La lutte des chômeurs d’Arras en 1998-1999

22 mai 2012

Un camarade nous a transmis une brochure (*) sur la lutte des chômeurs d’Arras en 1998-99. En décembre 1997 eut lieu un mouvement national d’occupation des Assedic (revendication : prime de Noël). Celle d’Arras est occupée jusqu’au 10 janvier 1998 mais la lutte continue après l’évacuation par la police et Arras devient un des deux « pôles de référence » avec Marseille.

« Dans l’immédiat , après l’ASSEDIC, pour nous la lutte a été d’abord d’empêcher la dispersion de la force produite pendant l’occupation. Tout simplement il fallait un lieu à nous ». Ils obtiennent de la mairie une grande maison rue Méaulens qui devient la « Nouvelle Commune », centre de leur lutte. Les manifestations se multiplient par dizaines (entre 50 et 500 manifestants), un tiers environ des 7000 chômeurs de l’agglomération seront touchés par leurs initiatives. La revendication est claire : augmentation générale des minima sociaux, avec un manifeste-pétition. Une campagne est organisée contre la gestion centralisée des Fonds d’urgence sociale par la préfecture, qui a des barèmes d’attribution opaques et multiplie les refus de dossiers. Cette campagne a un résultat inattendu:le conseil général retire les deux millions de francs qu’il attribuait à ce Fonds au profit de ses aides propres. Des dossiers de demande de compléments sociaux d’urgences, remplis à la Nouvelle Commune, sont déposés auprès du Conseil général, avec des résultats concrets (2500 francs d’aide exceptionnelle par dossier). On lit qu’il fallait « habituer » les chômeurs à manifester pour une augmentation des minima, « mettre sous forme de lutte la demande d’aide ». Les dossiers furent cependant plus nombreux que le nombre de manifestants… N’ayant pas participé nous-mêmes à ces deux années de lutte à Arras, nous ne pouvons que nous en remettre à la brochure, qui compile coupures de presse, articles d’analyses (avec un vrai effort de théorisation), témoignages courts mais émouvants des formulaires, courriers aux responsables institutionnels, photos, etc., sans toutefois éclairer notre lanterne sur la fin dudit mouvement de lutte. On apprend toujours, aussi, d’une lutte sur comment elle s’est terminée. Après ce qui semble être un moment fort de la mobilisation le 23 décembre 1998, la ville étant « entièrement envahie » de forces de l’ordre, le mouvement semble décroître et ses animateurs sont en février-mars 2000 absorbés par un autre conflit : l’occupation des Nouvelles Galeries d’Arras contre leur fermeture. Si les premiers objectifs ont été atteints, celui noté à l’été 1998 d’ «  envisager la relance de la lutte (…) dans le cadre de la construction de parcours unitaires (…) entre chômeurs, précaires et salariés  » avec «  liaison entre minima sociaux et minima salariaux  » a probablement été hors d’atteinte pour un Mouvement de lutte dont on ne nous dit pas grand chose sur le plan organisationnel.

 Il est important que les militants construisent des monographies de leurs luttes et les fassent partager. Ce travail du Mouvement de lutte des chômeurs d’Arras en est un exemple intéressant. Nous proposons de numériser cette brochure après corrections pour la faire davantage connaître si les camarades d’Arras sont d’accord.

S.J.

 

(*) Nouvelle Commune, histoire d’une lutte. Mouvement de Lutte des Chômeurs d’Arras et d’Ailleurs. 74 pages, hors commerce.

Évacuation des ASSEDIC, 10 janvier 1998

1er mai 1998

Manifester contre la « mort sociale »


L’arrestation de Monatte en 1920

4 mai 2012

Le 3 mai 1920, Pierre Monatte, leader de l’aile gauche de la CGT, est arrêté pour complot contre la sûreté de l’État dans le cadre d’une vaste opération de répression contre la grève générale.

Extrait de la Une de l’Humanité du 4 mai 1920:

On arrête Monatte

Hier matin à la première heure, deux commissaires de police, accompagnés de leurs secrétaires et d’Inspecteurs de la Sûreté, frappaient à la porte de Monatte, 21, rue des Mignottes, tout près des Buttes-Chaumont:

On exhiba au directeur-gérant de la Vie ouvrière un mandat de perquisition. Dans un immense panier on se mit alors en devoir d’entasser toute la correspondance reçue par Monatte ces dernières années. Le militant fut invité à accompagner les policiers 96, rue Jemmapes, au bureau de la Vie ouvrière. Là encore, quelques documents furent saisis.

Les perquisitions terminées, M. Faralicq sortit de sa poche un mandat d’amener.

— Vous allez venir avec nous pour dépouiller tout cela, signifia le commissaire de police.

Et Monatte fut conduit quai des Orfèvres, dans les bureaux de la police judiciaire.

Il y resta jusqu’à cinq heures et demie; on l’amena alors au Palais de Justice. Là, nous avons pu nous entretenir longuement avec le militant syndicaliste. De fort bonne humeur, Monatte me conta son arrestation:

— Millerand m’a fait arrêter, dit-il, c’est peut-être son successeur qui me fera remettre en liberté.

On lui a promis le régime politique, et je constate d’ailleurs qu’on l’a traité, contrairement à l’habitude, avec quelque égard. On ne lui a enlevé ni sa cravate, ni les lacets de ses chaussures, et il peut parler librement dans le couloir où nous sommes.

Quels motifs a-t-on invoqué pour délivrer le mandat d’amener, transformé en mandat d’arrêt ? Monatte ne le sait. On a visé les articles 87, 88, 89, qui ont trait au crime contre la sûreté intérieure de l’Etat.

Extrait du Bulletin communiste du 6 mai 1920:

Photographie de P. Monatte prise par la police lors de son arrestation:

Histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli (Milan, 1975-78)

13 septembre 2011

Le site Libcom vient de mettre en ligne le livre d’Emilio Mentasti : La « Garde rouge » raconte. Histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli (Milan, 1975-78). Traduit de l’italien par Yves Coleman et Antoine Hasard (Les nuits rouges, 2009):

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