Archive for the ‘Impossibilisme’ Category

Les travailleurs indiens piégés en Arabie saoudite

1 août 2016

(Traduction militante sommaire par nos soins)

Il y a environ trois millions de citoyens indiens vivant en Arabie Saoudite, un pays qui compte sur une vaste population de travailleurs étrangers à bas salaires pour une main-d’œuvre pas chère dans des secteurs comme la construction. Les mauvaises conditions de travail pour les travailleurs expatriés en Arabie Saoudite et dans les pays du Golfe voisins ont été condamnées par les associations de défense des droits dans le passé.

Les bas prix du pétrole ont amené le gouvernement saoudien à faire des coupes dans les dépenses depuis l’année dernière, en mettant une forte pression sur les finances des entreprises locales de construction qui dépendent des commandes de l’État. En conséquence, certaines entreprises ont eu du mal à payer les travailleurs étrangers et en ont mis à pied des dizaines de milliers, les laissant sans argent pour se nourrir et encore moins pour acheter des billets pour rentrer à la maison.

L’Inde a dit qu’elle enverra un ministre en Arabie saoudite pour tenter de rapatrier plus de 10.000 travailleurs indiens qui font face à une «crise alimentaire» parce qu’ils sont incapables de payer après la perte de leur emploi. Certains travailleurs ont obtenu un peu de soulagement auprès du consulat indien qui leur a distribué près de 16.000 kg de nourriture.

Beaucoup de travailleurs sont descendus dans les rues samedi pour protester contre le conglomérat Saudi Oger Ltd. et ont dit qu’ils veulent être payés avant qu’ils ne quittent le pays. Ils ont pas reçu leur salaire depuis sept mois et n’ont pas reçu de nourriture de la compagnie depuis le 20 Juillet.

«Nous voulons nos salaires, nos passeports et notre billet d’avion pour la maison », a déclaré un travailleur appelé Deepak Kumar, qui vit dans le royaume saoudien depuis 2009.

«Ils ne nous redonnent pas nos passeports. La société a déclaré que nous devions acheter nos propres billets et ensuite nous obtiendrions nos passeports  », a déclaré Adam Ali qui travaille chez Saudi Oger depuis six ans sur un salaire mensuel de 1.215 riyals saoudiens (324 $). «Nous sommes malheureux et nous sommes fatigués. Nous ne savons pas quoi faire. Il y a huit à neuf personnes vivant dans chaque chambre. Nous buvons l’eau que nous utilisons normalement pour prendre un bain  ».

Parti socialiste mondial (Inde):

257 Baghajatin ‘E’ Block (Est), Kolkata – 700086,
Tel: 2425-0208,
E-mail: wspindia@hotmail.com

Site Web: http://www.worldsocialistpartyindia.org/

ojer_workers1

Publicités

Le millerandisme répudié (De Leon, 1904)

23 novembre 2015

Article de Daniel De Leon paru dans le  Daily People, 28 août 1904. Traduit de l’anglais par Ivan Jurkovic.

Le Congrès International condamne la résolution Kautsky – De Leon est en première ligne et présente habilement la position du Parti ouvrier socialiste d’Amérique.

Amsterdam, le 18 août. – Le Congrès International tenait une session depuis dimanche dernier, ce qui fait cinq jours. Cette session réunissait un comité sur l’orientation politique internationale qui avait en vue de rectifier les erreurs faites lors du dernier Congrès International de 1900, avec l’adoption de la résolution de Kautsky. Le sujet était si brûlant, ceci avant même que ce comité le juge également tel, et pour une large partie de la convention, si ce n’est pour tous ses participants entassés dans le hall de la chambre du comité, que, pendant un jour et demi les sessions de la Convention furent toutes suspendues, et un autre jour et demi la convention a été autorisé à tenir ses sessions et transactions superflues. Ainsi, alors que la Fédération social-démocrate Hyndman « divertissait » le congrès mutilé par des propositions banales et notamment avec le membre hindou de sa délégation, Dabhahai Naoradji, la partie plus sobre de la convention assistait aux débats du comité. Ces dernières ont duré du lundi après-midi, le 15, à ce jour, jeudi 18, à midi.

Pour résumer la situation au sein du comité : Un quart du comité était parfaitement satisfait de la résolution Kautsky. Cette tendance était caractérisée par Jaurès: il aurait aimé voir la résolution Kautsky entérinée, et si possible, faite plus adaptée à son penchant utopique ; le reste de cette tendance, constitué par les Belges, les Danois, les Suédois, les Norvégiens, le Néerlandais, les Autrichiens, un Polonais et un délégué suisse, préférait dans l’ensemble le status quo. Les trois autres quarts du comité étaient mécontents de la résolution Kautsky, et ils voulaient se débarrasser d’elle par quelque moyen. Parmi ceux-ci je tenais la position extrême – extrême au sens où je me suis prononcé explicitement et clairement pour son abrogation. Ma position n’était pas typique pour cette tendance ; la majeure partie de celle-ci, soit par considération pour Kautsky ou encore pour la social-démocratie allemande, ou pour d’autres raisons, préféra avancer une main tendre et tourner autour du pot.

Le débat s’ouvrit au début de l’après-midi du lundi 15, avec un court discours de Guesde. Jaurès lui répondit ; Kautsky répondit à Jaurès ; je répondis moi-même à Kautsky. Je dis en substance :

« Kautsky autant que Jaurès ont convenu qu’un Congrès international ne peut pas faire plus qu’établir des principes cardinaux généraux ; et tous deux conviennent que les mesures concrètes d’une orientation politique doivent être laissées aux soins de chaque pays. Ainsi, je m’y tiens. Kautsky a remarqué, contre Jaurès, que ce dernier ne peut pas contester les décrets adoptés par le Congrès en matière d’orientation politique concrète parce qu’il a voté à Paris pour la résolution de Kautsky. Cet argument est également correct, et étant tel, il se retourne dans le même temps contre Kautsky lui-même. Son argument est en fait l’aveu que sa résolution va au-delà de la sphère théorique qui, selon lui-même, est du ressort d’un Congrès international. Il faut admettre que les pays de la sororité des nations ne sont pas tous au même stade de développement social. Nous savons que la plupart d’entre eux sont encore entravés par des conditions féodales. Les tactiques concrètes et applicables admissibles en eux, sont inapplicables et inacceptables dans une république comme celle des États-Unis par exemple. Mais les travers de la résolution Kautsky sont bien plus graves que cela. Kautsky a simplement déclaré que sa résolution envisageait seulement le cas d’extrême urgence – d’une guerre par exemple, et qu’il n’a jamais pu envisager ou même considérer le cas d’un socialiste assis dans un cabinet aux côtés d’un Gallifet. C’est ce qu’il affirme. Nous devons le croire. Mais, tandis qu’il contemplait le lointain – la possibilité imaginaire d’une guerre qui n’était d’ailleurs pas à l’horizon – tous les autres au Congrès de Paris avaient à l’esprit une chose qui, elle, était bien en vue. Une chose qui palpitait et vrombissait avec une impulsion fiévreuse ; oui, un spectacle en vertu duquel l’ouverture même du Congrès de Paris se fit avec de fortes convulsions. Et quel spectacle était-ce ? – Le véritable spectacle était celui d’un socialiste assis dans un cabinet côte à côte, non seulement avec UN, mais avec LE Gallifet. Quoique Kautsky peut avoir pensé lorsqu’il a présenté sa résolution et voté pour elle, nous avons ses propres mots, officiellement enregistrées, qui tendent à montrer qu’il savait par quoi les esprits de tous été alors remplis. J’ai ici, dans mon cartable, le rapport officiel de la Convention de Dresde. Dans son discours, qui a été enregistré, il dit lui-même que Auer, le porte-parole de la délégation allemande en faveur de la résolution Kautsky, a dit au sujet de sa résolution : « Nous, en Allemagne, n’avons pas encore un Millerand ; nous ne sommes pas encore à ce jour ; mais j’espère que nous pourrons bientôt être à ce point – ce qui signifiait dans tous les esprits – Millerand, l’associé de Gallifet.

« Il est évident qu’une résolution adoptée alors que son propre initiateur était obnubilé par une situation d’urgence qui n’était pas à l’horizon, et tandis que tous les autres gardaient leurs yeux rivés sur cette énormité malodorante, allait venir cogner contre leur nez et choquer la conscience socialiste du monde. Il va sans dire qu’une telle résolution, adoptée dans ces conditions, aurait jeté le monde socialiste dans les convulsions de discussions que nous avons tous connu au cours des quatre dernières années. Il va sans dire qu’une telle résolution pourrait être l’objet d’interprétations contradictoires, et c’est ce qui eu lieu à un point tel que la résolution Kautsky en est venu à être connue comme la « Résolution Caoutchouc ». (éclats de rire.)

« Compte tenu de ce fait, la première chose à faire est de dégager la route d’un tel bourbier. Pour cette raison, je propose l’adoption de la résolution suivante :

« Considérant que, la lutte entre la classe ouvrière et la classe capitaliste est un conflit permanent et irrépressible, un conflit qui tend chaque jour plutôt à s’intensifier plutôt que ramollir ;

« Considérant que les gouvernements en place sont des comités de la classe dominante visant à sauvegarder le joug de l’exploitation capitaliste sur la classe ouvrière;

« Attendu que, lors du dernier Congrès international tenu à Paris en 1900, une résolution généralement connue comme résolution Kautsky, a été adoptée, posant les clauses ultimes de ceux qui pensent pouvoir sauver la classe laborieuse en acceptant une fonction de la main de tels gouvernements capitalistes, SUPPOSE LA POSSIBLE IMPARTIALITE DES GOUVERNEMENTS DE LA CLASSE DOMINANTE DANS LES CONFLITS ENTRE LA CLASSE LABORIEUSE ET LA CLASSE CAPITALISTE ; et

« Considérant que, ces clauses – applicables, peut-être, dans des pays pas encore tout à fait libérés des institutions féodales – ont été adoptées dans des conditions que ce soit en France et lors du Congrès de Paris lui-même, qui justifient des conclusions erronées sur la nature de la lutte de classe, sur la nature des gouvernements capitalistes et sur les tactiques qui sont impératives pour le prolétariat dans la poursuite de sa campagne pour renverser le système capitaliste dans les pays, qui, comme les États-Unis d’Amérique, ont totalement anéanti les institutions féodales ; par conséquent, que soit

« Résolu, d’abord, que la dite résolution Kautsky est abrogée comme principe des tactiques socialistes générales ;

«Deuxièmement, admis que dans des pays capitalistes complètement développés comme l’Amérique, la classe ouvrière ne peut pas, sans trahir la cause du prolétariat, remplir aucune fonction politique autre que celle de conquérir pour et par eux-mêmes.

« Proposé par Daniel De Leon, délégué du Parti ouvrier socialiste d’Amérique, avec l’approbation des Partis ouvriers socialistes d’Australie et du Canada. »

« De New York à la Californie, le Parti ouvrier socialiste, que je représente ici, a ressenti le choc de cette résolution Kautsky. L’Evening Post l’a présentée comme une illustration de la « santé mentale » des socialistes européens contre nous, les socialistes « fous » d’Amérique. De la façon dont vous avez reçu ma proposition de rectifier l’erreur, je pense que ma proposition ne sera pas acceptée. Tant pis pour vous. Mais acceptée ou non, je serai en mesure de revenir en Amérique, comme la délégation de notre Parti ouvrier socialiste rentra de Paris il y a quatre ans, avec mes mains et les jupes du Parti lavées de tout blâme, ce qui, dans cette affaire, est la véritable victoire. »

Pendant le reste de ce lundi après-midi, puis pendant l’ensemble du mardi suivant, du mercredi jusqu’à 19 et 20 heures, et enfin jusqu’à aujourd’hui, à midi, le débat fait rage. Les représentants de toutes les nations (il y en avait deux de chaque dans le comité) prirent la parole. Mes remarques liminaires ont montré quelles positions ils avaient. Le dernier discours était un discours d’une heure et demi prononcé par Jaurès. Ce fut un déploiement grandiose de socialisme utopique, que Guesde démonta immédiatement en répondant pendant vingt minutes. Ceci clôtura le débat.

La pratique parlementaire ici en vogue est unique. D’après celle-ci, en plus de la mienne, il y avait cinq autres résolutions. Chacune reflète une nuance d’opinion différente. L’une d’elle était positivement humoristique. Elle venait des Suisses. Elle affirmait qu’aucune nation ne peut apprendre de l’expérience d’autres nations ; que les maux de ce qu’ils ont appelé la politique de « co-opération des classes », signifiant l’orientation de Jaurès au sujet de la résolution Kautsky, doit d’abord être suivie par toutes les nations avant qu’elles soient assez sages pour la condamner et la rejeter. La résolution permettait à chaque nation de « suivre son propre bon vouloir », son propre « cake walk » comme on dirait en Amérique. Une autre résolution, proposée par Adler pour l’Autriche, conjointement avec Vandervelde de Belgique, consistait en l’adoption de la résolution de Dresde avec de tels amendements qui, tels des sucreries, lui aurait faite perdre toutes ses dents. Le contingent d’allumés britanniques du comité était sans voix devant cette proposition. Une autre résolution était d’adopter la résolution du Congrès de Dresde. Cette proposition fut faite par nos amis du « Parti de Guesde », le Parti socialiste français. La majeure partie des membres du comité se rangea derrière cette résolution pour les raisons indiquées ci-dessus. La résolution condamnait catégoriquement sans précision les véritables erreurs de la résolution Kautsky. Elle les condamnait donc avec tant d’insistance que, afin de permettre à Kautsky, et aux socialistes allemands en général, de se calmer doucement, la résolution de Dresde affirmait que ses condamnations étaient en accord avec la ligne de la résolution Kautsky (!!). Jaurès, lui, les opposait catégoriquement. Le classement de ces résolutions fit de la résolution de Dresde la motion première ; de la proposition Adler-Vandervelde le premier amendement ; d’autres propositions des amendements à l’amendement ; venait ensuite ma motion ; et avant tout, la proposition suisse. L’ensemble a été soumis au vote dans l’ordre inverse que j’ai exposé ici, en obtenant à chaque fois moins de voix, la mienne ne recevant que mon propre vote, jusqu’à ce que le vote eu lieu au sujet de la résolution de Dresde. La véritable épreuve arriva au moment où la bouillie Adler-Vandervelde fut soumise au vote. Elle fut défaite par vingt-quatre voix contre seize, moi votant avec la majorité. Lorsque le vote toucha à la résolution de Dresde, il fut porté par vingt-sept voix contre trois, avec la Belgique, le Danemark, la Norvège, la Suède ; un délégué de la Pologne et de la Suisse s’abstenant chacun. Les trois voix contre provinrent pour deux de l’Argentine et une (celle de Jaurès) de la France. Ma propre motion ayant été rejetée, et celle d’Adler-Vandervelde, avec toutes les autres motions pro-résolution Kautsky, ayant également été rejetées, il ne me restait rien à faire sinon à voter pour la résolution de Dresde, comme étant la meilleure chose pouvant être obtenue dans ces circonstances. Voter contre aurait signifié ranger le Parti ouvrier socialiste d’Amérique aux côtés de Jaurès ; s’abstenir aurait été un détour pour faire la même chose. En votant comme je le faisais, j’expliquais que ma position consistait à condamner le plus fermement possible que les circonstances me le permettaient, la politique de Jaurès et la résolution Kautsky ; et j’affirmais que j’expliquerai ma position au Congrès lorsque j’y présenterai à nouveau ma résolution.

Une vive discussion, uniquement possible d’ailleurs dans le cadre de ces pratiques parlementaires, éclata au sujet de la rédaction du rapport du Congrès par le comité. Bebel exprima son horreur du fait que cette question ait à nouveau été omise tout le long du Congrès. Il espérait qu’aucune des propositions vaincues ne soit réintroduite par la suite ; et il proposa que Vandervelde, dont la proposition avait été rejetée, soit le rapporteur de la commission, qu’il fasse, non pas un rapport pour la majorité, mais un rapport complet pour l’ensemble du comité, à charge pour chaque côté de lui fournir une courte déclaration devant ensuite être incorporée dans son rapport général. Je lui ai fourni la déclaration suivante qu’il a correctement intégrée dans son rapport :

« Le Parti ouvrier socialiste d’Amérique a voté à Paris en 1900 contre la résolution Kautsky, et il continue à s’y opposer.

« Il l’a fait et le fait parce que cette résolution contient deux clauses:

« D’abord, elle prévoit la participation de la classe ouvrière aux gouvernements capitalistes par la grâce de fonctionnaires capitalistes ;

« Deuxièmement, elle suppose l’impartialité possible de la part des gouvernements bourgeois dans les conflits opposant la classe laborieuse à la classe capitaliste.

« Je porte le mandat expresse de voter pour l’abrogation de cette résolution ; et en l’obéissance à celui-ci, j’ai présenté la résolution suivante. [La résolution donnée ci-dessus continue ici] :

« La majorité du comité n’a pas considéré la résolution Kautsky tel que le Parti ouvrier socialiste d’Amérique le fait. Mais il était évident pour moi que le comité était en accord avec le S.L.P. en ce que la résolution Kautsky a conduit à de si nombreux malentendus qu’ils se sont condensés autour de la résolution de Dresde qui corrige les défauts de la résolution Kautsky.

« Par conséquent, ma motion pour abroger la résolution Kautsky ayant été rejetée, je rejoins la majorité, en faveur de la résolution de Dresde, car quoiqu’elle prétende approuver la résolution Kautsky, ses termes soutiennent en fait l’abrogation de la résolution Kautsky, résolution à laquelle mon Parti est irrévocablement opposé. »

La séance d’aujourd’hui a débattu de cette question, et à l’exception de Bebel et de Jaurès, la plupart des membres du comité se sont abstenus de s’exprimer avant le début du Congrès, de manière à donner aux autres délégués une chance de prendre la parole. La décision du comité a été approuvée par le Congrès. Il y a une bonne partie de mécontentement dans le Congrès provenant du résultat du débat au comité, alors qu’au Congrès ne furent exposés que quelques résidus de celui-ci. La grogne est d’autant plus forte du fait que cette question était la seule et véritable digne d’intérêt. Mais comment faire autrement ? Voici une véritable tour de Babel, une vingtaine de nationalités, de tempéraments et d’habitudes et enfin et surtout, à peine six jours pour gérer une question qui en exigerait autant de mois.

Tout ce que je souhaite ici ajouter à ce rapport est une caractérisation des discours prononcés dans le comité. Ces discours étaient, à une exception près, plein d’informations pratiques et précieuses, et la plupart d’entre eux regorgeaient de principes théoriques. Le discours de Ferri (Italie) était essentiellement théorique et concernait les méthodes politiques. Celui d’Adler (Autriche) a bien été caractérisé par Rosa Luxemburg (aile polonaise) comme de la saucisse ou du haché. Celui de Vandervelde (Belgique) a été théâtral. Celui de Plekhanov (Parti ouvrier social-démocrate de Russie) satirique ; ses pointes stylistiques firent se tordre Adler et Vandervelde ; il caractérisa leur position comme étant du « doute systématique » ; à leur tour, ils répondirent par l’accusation selon laquelle il était facile pour lui d’avoir une unité dans son parti, parce que celui qui était en désaccord était exclu. (Cela n’a-t-il pas un son familier à nos oreilles américaines ?) Les discours de MacDonald (une combinaison de la Socialist Democratic Federation anglaise (S.D.F.) et du Labor Representation Comittee) étaient des produits authentiques d’où ils venaient. Bax, par exemple, s’opposa au terme « civilisation », auquel il préférait « socialisation » et parla longuement à ce sujet ; Macdonald prétendait représenter « Des millions. » Les deux furent accueillis par un éclat de rire général. Nemec (Menke?) (Bohême) a déclaré que le manque de rigueur actuel avait remplacé l’anarchie sur son propre terrain ; même à Berlin lors d’une réunion de 1500 gaillards, pas une seule voix n’est s’est soulevée face à un anarchiste qui accusait la social-démocratie allemande d’être une affaire de bourgeois avec une parure socialiste. Hilquit (Parti socialiste d’Amérique) a déclaré que la résolution Kautsky était précise et bien et qu’elle lui convenait. Il nia avoir choqué les ouvriers américains ayant une conscience de classe. Cela pourrait sembler étrange, mais du moins pour moi, c’en était l’effet ; le discours de Bebel fut parmi les plus faibles en substance. Son volume augmenta avec une attaque contre Jaurès qui avait donné sa préférence à la République française plutôt qu’à la monarchie allemande. Certes, Bebel a dit qu’il préférait aussi une république, mais son argument contre certaines paroles de Jaurès s’est dangereusement rapproché d’un nativisme germanique. En outre, il dit beaucoup de bonnes choses.

Avec le vote de la convention à ce sujet, le Congrès peut être dit ajourné de facto.

Daniel De Leon.

.

amsterdam-1904

 

Le S.P.G.B. et les conseillistes hollandais en 1947

4 novembre 2015

Les archives en ligne d’Internationalisme évoquant une conférence internationale de petits groupes en mai 1947 à l’initiative du Communistenbond Spartacus avec la mention d’ «une longue lettre du Parti Socialiste de Grande-Bretagne adressée à la Conférence», nous avons interrogé nos camarades du S.P.G.B. qui, s’ils nous pas encore retrouvé ladite lettre, nous ont transmis les documents suivants:

  • Dans le Socialist standard de juillet 1947 la mention de la conférence et d’un courrier qui lui a été adressé:

24-08-2015july47

  • Dans le Socialist standard d’août 1947 la mention du compte-rendu de la conférence évoquant la lettre envoyée.

24-08-2015august

  • Dans le Socialist standard d’octobre 1947 l’accord pour envoyer un délégué à une prochaine conférence à Noël qui ne semble pas avoir eu lieu.

24-08-2015october

C’est donc une confirmation que dans l’immédiat après-guerre, le S.P.G.B. et ses partis compagnons (aux USA avec la collaboration de Paul Mattick au Western socialist, en Australie avec des documents récemment publiés sur ce site) entretenaient sinon des relations suivies, du moins des relations non seulement épistolaires ou locales, mais occasionnellement officielles, bref plutôt multiples, avec les communistes de conseil.

S.J.

Non market socialism (Buick, 2012)

26 octobre 2015

Chapitre rédigé par Adam Buick, militant du S.P.G.B., de l’ouvrage collectif Life without money, disponible au format pdf:

adam_chapitre

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf externe

Brochures du S.P.G.B. (1905-1940)

25 octobre 2015

15 brochures du Parti socialiste de Grande-Bretagne (S.P.G.B.), organisation marxiste non-léniniste que les habitué-e-s de notre site commencent à connaître, dont seulement 4 sont actuellement numérisées. Tout nouveau scan sera le bienvenu.

N°1: Manifesto of the Socialist Party of Great Britain. With declaration of principles and rules (1905)

spgbmanifesto[texte]

N°2: From handicraft to capitalism (Karl Kautsky). (Specially translated from the German by H.J. Neumann for the Socialist Party of Great Britain and approved by the author) (1906)

fromhandicraftto00kautuoft_0003

pdf

N°3: Art, Labour and Socialism (William Morris) (1907)

spgb_morris[texte]

N°4: The Working Class (The Proletariat) (Karl Kautsky) (1908)

N°5: The Capitalist Class (Karl Kautsky) (Specially translated from the German by H.J. Neumann for the Socialist Party of Great Britain and approved by the author) (1908)

kautsky_cc

N°6: Socialism & religion (1910)

socialism-religion_1911-1

pdf

N°7: The Socialist Party vs The Liberal Party (1911)

[texte sur le site SPGB][texte sur wikisource]

N°8: Socialism Versus Tariff Reform : Being a Report of a debate between J. Fitzgerald, Representing the Socialist Party of Great Britain And Mr. Samuel Samuels Prospective Conservative Candidate (1912)

N°9: Socialism (1920)

spgb41

pdf

N°10: Why capitalism will not collapse. Our view of the crisis (1932)

spgb10

N°11: The SPGB and Questions Of The Day (1932)

brochurespgb11

[Il existe un pdf numérisé de la réédition de 1953]

N°12: The Socialist Party, its principles and policy (1934)

pdf

N°13: War and the working class (1936)

spgb13[texte]

Hors numérotation: The Czech crisis and the workers (1938)

the-czech-crisis-and-the-workers

N°14: Should socialists support Federal Union? Report of a debate between Federal Union (Barbara Wootton) and Socialist Party of Great Britain (E. Hardy) (1940)

should_socialists_support_federal_union_br

Les brochures suivantes ne semblent plus être numérotées « S.P.G.B. Library ».

Socialism and war : the Marxist attitude to Nazism (ca. 1943)

22 octobre 2015

Brochure probablement de 1943, éditée par le Workers’ Literature Bureau de Melbourne (qui publiera après-guerre J.A. Dawson et Paul Mattick), compilant notamment des articles du Western socialist de Boston et du Socialist standard de Londres (et indiquant en avant-dernière page la liste des « partis compagnons » du S.P.G.B.). Les autres textes seraient cependant de J.A. Dawson, qui aurait adhéré un temps au Parti socialiste d’Australie (cf. Left communism in Australia: J.A. Dawson and the « Southern Advocate for Workers’ Councils », Steven Wright, 1980). Cette brochure a été numérisée par la Bibliothèque d’Etat de Victoria en Australie:

Untitled

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf externe

Voir aussi:

Socialism & religion (S.P.G.B., 1911)

20 octobre 2015

Brochure du Parti socialiste de Grande-Bretagne, disponible au format pdf:

socialism-religion_1911-1

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

The « impossibilist revolt » in Britain: the origins of the S.L.P. and the S.P.G.B (1956)

16 septembre 2015

Article (en anglais) de Chushichi Tsuzuki sur les origines du courant « impossibiliste » en Grande-Bretagne, paru dans International Review of Social History, disponible ici au format pdf. Chushichi Tsuzuki est notamment l’auteur d’une biographie d’Eleanor Marx en 1967.

cliquer sur l'image pour ouvrir le pdf

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

Correspondance P.I.C./Socialisme Mondial (1981): Marx et la question nationale

29 juillet 2015

Echange de courrier entre le groupe Pour une Intervention Communiste et Socialisme Mondial, le bulletin francophone proche du S.P.G.B. et du Parti socialiste du Canada dont nous avons mis en ligne les archives. Le pdf ci-dessous est extrait de Jeune Taupe N°36 (avril-juin 1981):

correspondance-jtsm_Page_1

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

De Leon : les chefs de la plèbe

18 juillet 2015

Extrait de L’expérience plébéienne: une histoire discontinue de la liberté (Martin Breaugh, 2007).

Si l’œuvre de Ballanche est aujourd’hui tombée dans l’oubli, celle de Daniel De Leon demeure carrément inconnue hors des cercles spécialisés dans l’histoire du mouvement ouvrier américain. Sa contribution à la théorie politique reste pourtant importante: autant mouvement ouvrier américain. Sa contribution à la théorie politique reste pourtant importante : autant V.I. Lénine que A. Gramsci et R. Michels ont été marqués par ses écrits.

Daniel De Leon (1852-1914) naquit dans les Caraïbes et fut éduqué en Allemagne. Polyglotte, il effectue des études de droit à l’université Columbia à New York pour ensuite enseigner pendant six ans à l’École de science politique de Columbia. Avocat de formation, il quitte par la suite la vie universitaire pour se consacrer pleinement au militantisme politique. Il adhère en 1 890 au Socialist Labor Party of America (SLP) et devient aussitôt le leader intellectuel (mais non politique) du mouvement. En tant que rédacteur en chef du quotidien officiel du SLP, The People, De Leon définit les grandes orientations du parti pendant plus de vingt ans.

C’est ce qui explique que l’idéologie préconisée par le SLP se confonde avec la pensée politique et sociale de D. De Leon. Le SLP est l’héritier direct de l’Association internationale des travailleurs (AIT) fondée par Karl Marx en 1864. Suite aux incessantes querelles entre les partisans de Marx et ceux de Bakounine, il fut convenu en 1872 que le siège de la Ière Internationale déménagerait de Londres à New York. Après la dissolution de l’AIT en 1876, les adhérents, pour la plupart germanophones, fondent un parti politique, le Socialistic Labor Party. Le SLP, première mouture, devient la succursale américaine de la IIe Internationale et prône un mélange depropositions réformistes et révolutionnaires (178). En 1877, le Socialistic Labor Party abandonne abandonne le recours à la voie réformiste et opte pour la révolution. Pour marquer ce changement de direction, il devient le Socialist Labor Party. En 1890, lorsque D. De Leon adhère au parti, celui-ci n’est qu’un groupuscule germanophone sans influence auprès de de la classe ouvrière américaine. En disséminant la pensée socialiste, le SLP devient, sous la direction intellectuelle de De Leon, une force importante quoique éphémère dans l’organisation du mouvement ouvrier aux États-Unis. Le SLP prône, dans un premier temps, l’infiltration des trade-unions américains (syndicats réformistes) afin de faire avancer la cause révolutionnaire.

Ses rapports avec l’American Federation of Labor (AFL) sont particulièrement difficiles puisque le président de celui-ci, Samuel Gompers, préconise la doctrine du syndicalisme « pur et simple », c’est-à-dire une approche réformiste et résolument apolitique des luttes syndicales. L’ antimarxisme de Gompers fera de lui une cible récurrente de la prose deleoniste. Néanmoins, les tentatives d’infiltration par les militants du SLP demeurent sans succès. L’AFL, ainsi que l’autre grand syndicat américain, Knights of Labor, résistent aisément aux manoeuvres du SLP.

C’est pourquoi en 1895, sous l’influence décisive de De Leon, le SLP abandonne l’idée d’infiltrer les syndicats réformistes et crée son propre syndicat aux orientations révolutionnaires. Le Socialist Trades and Labor Alliance (STLA) devient ainsi la branche économique et syndicale du SLP. Mais la question du rapport aux syndicats réformistes provoque un schisme au sein du parti. Une fraction importante du SLP, favorable à la politique d’infiltration et craignant la marginalisation face aux grands syndicats, quitte le SLP pour fonder le Socialist Party of America (SPA). Cette scission est d’autant plus difficile pour le SLP que le STLA est « mort-né « . De Leon et le SLP tentent alors de former une alliance avec un nouveau syndicat de tendance révolutionnaire, Industrial Workers of America (IWW), mais un désaccord politique met fin à celle-ci après trois années seulement. Ainsi, la préoccupation première et centrale de l’action politique du SLP et de De Leon porte sur la nature des rapports qu’il faut entretenir avec le syndicalisme.

Mais par-delà son engagement révolutionnaire et les luttes politiques qu’il a menées, quelles sont les grandes lignes de la pensée de De Leon ?

D’inspiration marxiste, D. De Leon est un penseur et un militant du « syndicalisme industriel révolutionnaire ». Récusant l’idée selon laquelle l’étatisation des entreprises est nécessaire, De Leon préconise, par le terme « syndicalisme industriel révolutionnaire », la prise en charge démocratique des industries par le truchement des conseils ouvriers. Ce faisant, il veut mettre un terme à l’exercice coercitif du pouvoir en abolissant l’Etat ainsi que les multiples formes de domination de l’homme sur l’homme. Pour atteindre ce but, il souhaite que le SLP prenne démocratiquement le pouvoir. Privilégier la voie électorale implique un respect pour les procédures démocratiques de la Constitution américaine. Selon De Leon, le recours à l’élection permet au mouvement ouvrier de déjouer les pièges de la conspiration, celle-ci ne pouvant qu’attiser la méfiance et provoquer la violence de l’État. De Leon redoute un massacre des ouvriers par les détenteurs du « monopole légitime de la violence » aux États-Unis. Toutefois, la participation électorale du SLP ne vise pas l’exercice du pouvoir politique. Aussitôt au pouvoir, la tâche première du parti serait de remettre le contrôle des industries aux ouvriers eux-mêmes. Les conseils ouvriers se substitueraient aux organes décisionnels du secteur privé. Par ailleurs, la gestion des domaines d’intérêt public, comme l’éducation, la santé et l’agriculture, serait assurée par des délégués élus par les ouvriers. Une fois ce nouveau système de gouverne mis en place, le SLP mettrait un terme à son existence puisqu’il aurait effectué le passage du gouvernement des hommes à « l’administration des choses ».

Tant les combats politiques que la pensée politique et sociale de D. De Leon transparaissent dans Two Pages From Roman History, texte qui contribue à une pensée de la plèbe. En effet, les propos de ce texte s’inscrivent dans le débat sur la nature des rapports que la classe ouvrière doit entretenir avec les chefs des syndicats réformistes. De plus, ce discours reprend certaines des articulations principales de la pensée deléoniste. Comme le titre l’indique, De Leon cherche à mettre en lumière deux enseignements puisés dans l’Antiquité romaine. La « première page », portant sur les « chefs de la plèbe et les chefs syndicaux », traite directement de l’expérience plébéienne, alors que la « deuxième page », sur les réformes mises en œuvre par les Gracques, n’aborde pas la question de la plèbe. C’est pourquoi nous nous efforcerons uniquement de dégager le sens de la « première page » des Two Pages From Roman History.

D. De Leon affirme d’emblée dans Two Pages que le combat politique qu’il mène au sein du SLP vise l’établissement d’une République socialiste, synonyme selon lui de « l’émancipation de la classe ouvrière ». Celle-ci est une « terre promise » représentant la fin de la domination de classe qui régit depuis toujours les sociétés humaines. Toutefois, pour que la République socialiste advienne, il faut consacrer plus de temps à l’observation et à la réflexion sur les modalités d’action nécessaires à la réalisation de l’émancipation. Une connaissance stratégique du mouvement ouvrier et de ses adversaires est essentielle pour faire avancer la cause socialiste. Par contre, précise D. De Leon, la connaissance stratégique ne renvoie pas à la duperie ou à la ruse. Penser de manière stratégique n’équivaut pas à élaborer des stratagèmes visant à tromper les gens. Il s’agit plutôt de dresser la « topographie du champ d’action et des moyens du commandement ».

La première page sur « les chefs de la plèbe et les chefs syndicaux » s’inscrit justement dans cette quête d’une meilleure connaissance d’un « château-fort stratégique » tenu par les adversaires du mouvement socialiste: les chefs syndicaux.

Le chef syndical est, d’après De Leon, une espèce propre au monde anglo-saxon. Elle apparaît en Angleterre, aux États-Unis, au Canada et en Australie, mais ne semble pas présente, sous la même forme, ailleurs en Occident. Qu’un seul homme soit à la fois le représentant et le leader d’un syndicat et bénéficie ainsi pleinement des pouvoirs de celui-ci n’est pas sans susciter de questions ou poser de problèmes. En effet, De Leon élucide, dans cette première partie des Two Pages, certaines grandes interrogations sur le chef syndical, notamment celle portant sur sa position stratégique par rapport à la question sociale. Il souhaite également déterminer  si le chef syndical sert davantage à promouvoir les intérêts du mouvement ouvrier ou ceux des partisans du système capitaliste. Suivant les conseils de K. Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, De Leon porte son regard analytique vers le passé afin de mieux traduire et comprendre le présent. Car, écrit-il, « d’autres nations, aujourd’hui disparues, ont également été obligées de s’occuper de leur question sociale ».

De Leon se tourne vers Rome pour comprendre comment la République a pu faire face à la question sociale. Pour lui, la période républicaine est essentielle pour comprendre l’évolution de Rome puisqu’elle marque le début de la fin de cette civilisation. C’est son traitement de la question sociale qui met en place les éléments menant au déclin de la République romaine. Pour comprendre cet épisode décisif de l’histoire, il faut connaître la nature de la division sociale qui règne à Rome, c’est-à-dire le conflit des ordres. Il existe, d’une part, des patriciens qui détiennent un statut religieux, un pouvoir politique et économique et l’usage exclusif de la parole publique. D’autre part, face aux détenteurs du prestige des grandes familles, se trouvent les plébéiens. Or ces derniers se définissent plus difficilement que les patriciens.

(…)

De Leon (2)