Archive for the ‘Moyen-Orient’ Category

Déclaration des syndicats d’Iran après la mort de Shahrokh Zamani

25 septembre 2015

Déclaration d’organisations syndicales et ouvrières d’Iran après la mort en détention de Shahrokh Zamani le 13 septembre 2015 :

Shahrokh Zamani, un courageux et infatigable combattant du mouvement ouvrier iranien, est mort dans la prison de Gohardasht. Pour tous, cette nouvelle a été un choc et a été reçue avec incrédulité.

Selon nous, quelques soient les raisons données par les autorité, la responsabilité de sa mort repose complètement sur ceux qui imposent l’esclavage aux travailleurs d’Iran et les privent de leurs droits à s’organiser et à lutter pour leurs droits et sur ceux qui jettent d’honorables et vaillants êtres humains comme Shahrokh Zamani dans les geôles.

La nouvelle brutale de la mort de Shahrokh en prison, sans antécédents médicaux, n’est pas la première mort de ce type dans les prisons, et, vue les actuelles conditions de détention en Iran, ne sera pas la dernière.

Cette mort prématurée ne peut qu’apparaître suspecte à toute personne impartiale. Mais même sans suspicion, les conditions de détention, en particulier pour les militants ouvriers et les prisonniers politiques, sont déjà mortelles en soi, et ce pour mille et unes raisons, des tortures à la nourriture malsaine, des conditions sanitaires inadéquates à l’absence de soins médicaux, des quartiers insalubres aux différentes sortes de pressions mentales et psychologiques.

Shahrokh Zamani n’avait commis aucun crime si ce n’est celui de défendre les droits de ses collègues. Il n’avait pas de position officielle, n’a fraudé personne, n’a fait de mal à personne et n’était le complice d’aucun voleur ou bandit de grand chemin. C’était un ouvrier du bâtiment, membre du Comité pour l’Établissement de Syndicats Indépendant et du Comité de Coordination pour la Re-création du Syndicat des Peintres. Il était membre honoraire du Syndicat des Peintres d’Alborz et de la Province Centrale et son fondateur.

Shahrokh a été jeté en prison en 2011 pour avoir défendu les droits des ouvriers, mais pour un tel combattant courageux, la prison ne signifiait pas la fin de la lutte. Pendant ces cinq années de prison, de sa cellule pour deux personnes à la prison de Gohardasht, il n’a jamais cessé, jusqu’à son dernier souffre, de lutter et de combattre pour des causes justes. Les prisons, les tribunaux, la répression et les pressions des forces de sécurité et des matons n’ont pas pu faire taire Shahrokh. Avec fermeté et avec un courage inégalé, sans un iota d’ambition personnelle, Shahrokh était un véritable symbole de la résistance des travailleurs iraniens et de la lutte pour la libération de l’oppression et de l’exploitation.

La mort de Shahrokh est une perte irremplaçable pour sa famille et ses amis ainsi que pour le mouvement ouvrier iranien dans son ensemble. Nous souffrons sincèrement de cette grande perte et adressons nos condoléances à sa famille, ses amis, ses codétenus et aux travailleurs de tout le pays. Mais malgré cette peine indicible, nous ne reculerons pas dans la douleur et nous ferons de sa mort un drapeau pour l’unité et la solidarité des travailleurs.

Vive l’unité et la solidarité des travailleurs !
Nous te saluons Shahrokh Zamani!

Signataires :

  • Syndicat des Travailleurs de la Canne à Sucre d’Haft Tappeh
  • Syndicat des Peintres de la Province d’Alborz
  • Centre pour la Défense des Droits des Travailleurs
  • Comité pour l’Établissement de Syndicats Indépendants
  • Comité de Coordination pour la Formation d’Organisations Ouvrières Indépendantes
  • Comité de Coordination pour la Re-création du Syndicat des Peintres
  • Syndicat Libre des Travailleurs en Iran

zamani2

Publicités

Message d’Irak

22 août 2015

Réponse à un message de soutien suite aux manifestations de masse en Irak.

Chère camarade Azar Majedi,

Votre soutien chaleureux est le bienvenu et est très apprécié. Nous sommes en train de nous préparer à Bagdad pour vendredi prochain, discutant des mots d’ordre, publiant du matériel pour les manifestants et nous coordonnant avec d’autres groupes. Pendant ce temps les réformistes cherchent à détourner le mouvement avec leurs slogans douçâtres qui visent à maintenir le système politique en place, n’y changeant que quelques figures. Bien sûr ce sont eux qu’aiment les médias qui les présentent comme les leaders de l’insurrection, avec la bénédiction des chiites religieux. La plupart des manifestants de la place Tahrir ont des revendications relatives à la pauvreté, aux meurtres de masse, au manque de services, mettant l’accent sur les incroyables fortunes des membres de la classe dirigeante. Le temps est venu pour les masses d’ébranler le pouvoir de l’islam politique qui a détourné les ressources, renforcé la pauvreté de la majorité des gens et laissé la place au pouvoir de Daesh sur plusieurs villes d’Irak. Les prochains jours seront décisifs: ou bien les masses vont se calmer et applaudir les fausses promesses du premier ministre, ou bien l’agitation peut évoluer en revendications plus radicales contre un gouvernement sectaire et corrompu. Les grands média contiuent de montre leurs alternatives réformistes favorites, ils interviewent les chefs de milices criminelles exigeant que toutes les lois irakiennes deviennent islamistes, ils annoncent à la télé que les communistes sont derrière les manifestations, que l’ont s’occupera d’eux avec elles.

Nous avons besoin du soutien de nos camarades et amis à l’étranger pour expliquer qu’il existe une opportunité d’insurrection radicale contre un gouvernement islamiste dont la mise en place avait été facilitée par l’occupation américaine. le temps est venu de s’attaquer à un gouvernement religieux corrompu par le soulèvement populaire, montrant en même temps au régime islamique d’Iran que leur création d’un gouvernement en Irak est rejeté par les masses. De nombreux soulèvements régionaux sont encourageants.

La lecture de votre message de soutien est une brise fraîche dans les jours brûlants de Bagdad.

Nos chemins pour la liberté et l’égalité se croiseront toujours.

Solidairement vôtre, dans la lutte.

Yanar Mohammed,

Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OWFI), 19 août 2015.

Manif à Bagdad, 21 août 2015

Manif à Bagdad, 21 août 2015

Manif à Bagdad, 14 août 2015

Aidez les réfugié-e-s syrien-ne-s

28 avril 2015

Traduction d’un des tracts laissés par Dashty Jamal lors de sa tournée en France en mars dernier:

Les flammes de la guerre civile se sont répandues à travers la Syrie Les combats ont entraîné la mort de nombreux-ses civil-e-s et contraint beaucoup d’autres à quitter leurs foyers.
D’après la BBC anglaise, il y a environ 5 millions de syrien-ne-s déplacé-e-s dont plus de 2 millions ont été contraint-e-s de quitter le pays en direction du Liban, de la Turquie et de l’Irak. Plus de 200 000 personnes sont désormais dans des camps de réfugié-e-s de fortune à Dumez, Arbat et Sulaimanyia, soumises à de dures conditions de vie. 75% sont des femmes et des enfants.
Nous – un certain nombre d’amoureux-ses de la liberté et de l’égalité, la branche « Kurdistan » de la Fédération Internationale des Réfugié-e-s Irakien-ne-s (IFIR en anglais) et le groupe Zhan – avons fondé le Groupe Hana dans la ville de Sulaimanyia au Kurdistan irakien. Le Groupe Hana a pour but de soutenir les réfugié-e-s syrien-ne-s quelques soient leurs races, leurs langues et leurs nationalités.

Ce que nous faisons

Le premier objectif du Groupe Hana est la fourniture de soutien et d’aide d’urgence. Les réfugié-e-s qui arrivent dans les camps n’ont rien – pas de nourriture, pas de vêtements, pas de couvertures… Jusqu’ici nous avons visité le camp de réfugié-e-s syrien-ne-s à Arbat et distribué des secours et des aides de base aux réfugié-e-s à l’intérieur du camp, y compris des chaussures et des vêtements pour les enfants et les femmes. Nous devons faire plus. S’il vous plaît, aidez nous. Le Groupe Hana n’a pas de ressources. C’est une organisation à but non lucratif de création récente. Tout soutien que vous pouvez offrir ira directement aux réfugié-es syrien-ne-s. Nous pouvons tous et toutes aider à soulager le fardeau financier et psychologique des réfugié-e-s. Des centaines de réfugié-e-s attendent votre aide. Nous en appelons à votre soutien pour aider de la manière qui vous convient. Le Groupe Hana n’a aucun lien avec de quelconques gouvernements ou partis politiques et ne reçoit aucune aide financière d’aucune entité financière. Tout l’argent récolté provient de dons et d’argent public. Comme nous faisons face à une situation d’urgence nous n’avons pas eu le temps de mettre en place un compte bancaire mais la Coalition pour Stopper les Déportations en Irak, basée en Angleterre, nous a amicalement permis d’utiliser le sien.
– Les dons peuvent être envoyés au compte bancaire suivant :
Coalition to Stop Deportations to Irak, numéro de compte : 20188083, nom de la banque : Unity Trust, numéro d’agence : 08-60-01.
– Vous pouvez aussi envoyer de l’argent par paypal sur la page web suivante : hanagroupsyria.wordpress.com

Pour contacter le Groupe Hana ou pour envoyer votre aide et soutien contactez en anglais s’il vous plaît le 09 64 07 71 92 11 268 ou le 00 44 75 77 78 16 26
Le Groupe Hana est basé à : Base de soutien et de collecte, branche « Kurdistan » de la Fédération Internationale des Réfugié-e-s irakien-ne-s, Sulaimanyia , près de Baxchay Gshti (parc public).

hana

Solidarité avec les militants ouvriers emprisonnés en Iran

15 avril 2015

Appel du 1er Mai de la Campagne pour la Libération des Prisonniers Politiques en Iran :

Des centaines de travailleurs et de militants ouvriers sont harcelés, emprisonnés et torturés ; leurs « crimes » sont posséder un livre, publier leur point de vue sur Facebook ou se rassembler pour réclamer le versement de salaires impayés. Ils sont attaqués pour avoir revendiqué le droit de grève, de se rassembler et de former des syndicats indépendants ou d’autres organisations ouvrières.

Actuellement des milliers de prisonniers politiques sont détenus en Iran, sans inculpation ni procès. Ces prisonniers sont âgés de 13 à 75 ans. Les prisonniers sont régulièrement torturés jusqu’à l’obtention d’une « confession » après laquelle la plupart sont exécutés en secret sans même que leurs familles ne soient informées. Parmi ces prisonniers politiques, on trouve des avocats qui ont tenté en vain de défendre des prisonniers, des militants ouvriers, des défenseurs des droits humains, des militantes des droits des femmes et des membres de groupes d’opposition interdits.

Behnam Ebrahimzadeh est l’un de ces prisonniers. C’est un militant ouvrier et défenseur des droits humains. Il a été arrêté en juin 2010 à Téhéran (Iran) et avait déjà purgé quatre années de sa peine de cinq ans de prison lorsqu’il a été à nouveau condamné à 9 ans et demi de prison le 29 décembre 2014. Son avocat n’a pas été autorisé à participer au procès. Il a été soumis à des tortures physiques et psychologiques permanentes alors que le seul enfant de Behnam souffre de leucémie.

En plus de la répression de leurs droits politiques et civils, les travailleurs doivent faire face à la détérioration de leurs conditions économiques en Iran.

Pour la classe ouvrière, cela signifie que des millions de familles sont tombées sous le seuil de pauvreté. Actuellement, il y a de nombreuses protestations contre le régime en Iran. La population proteste contre la brutalité du régime et lutte pour obtenir la liberté d’expression. Il y a aussi un développement du militantisme chez les travailleurs qui s’organisent dans des syndicats indépendants.

Ces protestations ont besoin de votre soutien. Les prisonniers politiques en Iran ont besoin de votre soutien, puisqu’ils ne peuvent pas faire entendre leurs voix. Nous appelons à organiser des piquets devant les ambassades d’Iran et à demander la libération immédiate de tous les prisonniers politiques.

Nous revendiquons :

– L’arrêt de la terreur et de la violence contre les travailleurs en Iran !

– Les travailleurs d’Iran doivent pouvoir exercer librement leur droit fondamental à constituer leurs propres organisations, à s’organiser, à participer à des manifestations, à des assemblées et à des grèves !

– Libération immédiate et inconditionnelle de tous les travailleurs emprisonnés !

CFPPI (Campaign to Free Political Prisoners in Iran)
Contacts :
www.iranpoliticalprisoners.com
shiva.mahbobi@gmail.com
07572 35 6661

iran1m(traduit en français par Camille)

Compte-rendu de la venue de Dashty Jamal à Caen

26 mars 2015

Dans le cadre d’une mobilisation depuis plusieurs mois en solidarité avec les luttes sociales et féministes au Moyen-Orient, Dashty Jamal, secrétaire de la Fédération internationale des réfugiés irakiens et militant du Parti communiste-ouvrier du Kurdistan, est venu à Caen le mercredi 25 mars 2015, à l’invitation du Regroupement révolutionnaire caennais, de Solidarité Irak et d’Initiative communiste-ouvrière. Il a été interviewé pour l’émission Racailles qui sera diffusée sur Radio Bazarnaom (92.3 FM) vendredi 27 mars à 18h00 puis mise en ligne sur internet, et a donné une conférence à l’Université de Caen où il a notamment évoqué la priorité de lutter contre l’État islamique, « nouveau fascisme » (camps de réfugiés, milices d’autodéfense), et la réalité de l’oppression des femmes et de la répression des luttes ouvrières en Irak et au Kurdistan autonome. Une collecte de 85 euros à la fin de la réunion publique a été reversée pour la Fédération internationale des réfugiés irakiens, et un don de 500 euros pour les P.C.O. d’Irak et du Kurdistan a été remis à Dashty Jamal par les militants caennais. Une nouvelle manifestation mensuelle aura lieu à Caen samedi 28 mars, place Bouchard à 15 h00.

S.J.

dashty_caen

interview pour la radio

women_kurdistan

Brochure distribuée par Dashty Jamal

Réunion publique avec Dashty Jamal à Lille

21 mars 2015

Premier rendez-vous de sa tournée en France, rencontre avec Dashty Jamal, secrétaire de la Fédération internationale des réfugiés irakiens, mardi 24 mars à la librairie L’Insoumise à Lille, à 19h. (Rappel: Le lendemain il sera à Caen, puis le 26 à Besançon et le 27 Paris)

dashty_lille

Réunion publique avec Dashty Jamal à Caen

19 mars 2015

Dans le cadre d’une mobilisation depuis plusieurs mois en solidarité avec les luttes sociales et féministes au Moyen-Orient, une réunion publique avec Dashty Jamal, secrétaire de la Fédération internationale des réfugiés irakiens et militant du Parti communiste-ouvrier du Kurdistan, est organisée mercredi 25 mars à 20h, amphi Tocqueville, à l’Université de Caen.

afficheIrakVoir aussi:

Rojava: Fantasmes et réalités

1 janvier 2015

Ce texte est tiré du site « SERVET DÜŞMANI » (http://www.servetdusmani.org/rojava-fantasies-and-realities/) où il a été mis en ligne le 1er novembre 2014. Il a été traduit en français en décembre 2014 par une personne du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/. Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

La résistance de Kobanê qui a passé ses 45 jours a maintenant causé le fait que l’attention des révolutionnaires du monde entier s’est tournée vers le Rojava. Comme résultat du travail mené par l’Action Révolutionnaire Anarchiste1 des camarades anarchistes de nombreuses parties du monde ont envoyé des messages de solidarité à la résistance de Kobanê2. Cette position internationaliste a sans doute une grande importance pour les gens qui résistent à Kobanê. Toutefois, si nous n’analysons pas ce qui est en train d’arriver dans toute sa vérité et si, au lieu de cela, nous romançons, nos rêves se transformeront rapidement en déception.

En outre, afin de créer l’alternative révolutionnaire mondiale qui est urgemment nécessitée, nous devons avoir la tête froide et être réaliste, et nous devons faire des évaluations correctes. Sur ce point laissez nous mentionner en passant que ces messages de solidarité qui ont été envoyés à l’occasion de la résistance de Kobanê démontrent l’urgence de la tâche de créer une association internationale où les anarchistes révolutionnaires et les communistes libertaires peuvent discuter les questions locales et globales et être en lien solidaire durant les luttes. Nous avons ressenti le manque d’une telle internationale durant les quatre dernières années lorsque de nombreux soulèvements sociaux eurent lieu dans de nombreuses parties du monde – nous avons au moins ressenti ce besoin durant le soulèvement qui eut lieu en juin 2013 en Turquie.

Aujourd’hui, cependant, nous devons discuter du Rojava sans illusions et baser nos analyses sur le bon axe. Il n’est pas très facile pour des personnes d’évaluer les développements qui se produisent au sein du cadre temporel dans lequel elles vivent à partir de ce qu’elles voient en ce moment. Évidemment, des évaluations faites avec l’esprit obscurci par le sentiment d’être acculéEs et désespéréEs rendent encore plus dur pour nous le fait de produire des réponses solides.

Nulle part dans le monde d’aujourd’hui n’existe un mouvement révolutionnaire efficace dans notre sens du terme ou un fort mouvement de classe qui peut être un précurseur d’un tel mouvement. Les luttes qui émergent s’amenuisent soit en étant violemment réprimées ou soit en étant entraînées dans le système. Il semble qu’à cause de cela, juste comme dans le cas d’une importante partie des marxistes et des anarchistes en Turquie, des organisations révolutionnaires et des individus dans diverses parties du monde, sont en train d’attribuer à la structure qui a émergé au Rojava un sens qui est au delà de sa réalité. Avant tout autre chose, il est injuste pour nous de charger le fardeau de notre échec à créer une alternative révolutionnaire dans les endroits où nous vivons et le fait que l’opposition sociale est largement cooptée au sein du système sur les épaules des personnes qui luttent au Rojava. Ce Rojava, où l’économie est dans une large mesure agricole et qui est encerclé par des blocs impérialistes menés d’un coté par la Russie et de l’autre coté par les USA, par des régimes répressifs, réactionnaires et collaborateurs dans la région et par des organisations djihadistes brutales comme l’État Islamique qui ont prospéré dans cet environnement. En ce sens, il est également problématique d’attribuer une mission au Rojava qui est au delà de ce qu’il est ou de ce qu’il peut être ou de blâmer ces gens engagés dans une lutte à la vie à la mort parce qu’ils et elles escomptent du soutien de la part des forces de la Coalition ou qu’ils et elles ne mènent pas « une révolution à notre goût ».

Tout d’abord nous devons identifier le fait que le processus du Rojava a des caractéristiques progressistes telles qu’un important bond en avant dans la direction de la libération des femmes, la tentative de construire une structure laïque, en faveur de la justice sociale, démocratique et pluraliste et le fait que les autres groupes ethniques et religieux aient une part dans l’administration. Toutefois, le fait que la nouvelle structure émergente ne vise pas l’élimination de la propriété privée, c’est à dire l’abolition des classes, que le système tribal demeure et que les leaders tribaux prennent part à l’administration montre que le but n’est pas la suppression des relations de production féodales ou capitalistes mais, au contraire, dans leurs propres mots « la construction d’une nation démocratique ».

Nous devons également nous souvenir que le PYD est une partie de la structure politique dirigée par Abdullah Öcalan depuis 35 ans qui vise à la libération nationale et que toutes les limitations politiques que les mouvements nationalement orientés possèdent s’appliquent aussi au PYD. De plus, l’influence des éléments qui appartiennent à la classe dirigeante à l’intérieur du mouvement kurde est en augmentation constante avec le « processus de solution », spécialement en Turquie.

Sur ce point, il est utile d’examiner le Contrat de la KCK3 qui définit le confédéralisme démocratique qui forme la base du système politique au Rojava4. Quelques points dans l’introduction écrite par Öcalan méritent notre attention :

Ce système prend en compte les différences ethniques, religieuses et de classe sur une base sociale. » (..)

« Trois systèmes de lois s’appliqueront au Kurdistan : la loi de l’UE (Union Européenne), la loi de l’État unitaire, la loi confédérale démocratique. »

En résumé, il est déclaré que la société de classe demeurera et qu’il y aura un système politique fédéral compatible avec le système global et l’État-nation. De concert avec cela, l’article 8 du Contrat, intitulé  » Droits personnels, politiques et libertés » défend la propriété privée et la section C de l’article 10 intitulée « Responsabilités basiques » définit la base constitutionnelle du service militaire obligatoire et déclare « En cas de guerre de légitime défense, en tant qu’exigence de patriotisme, il y a la responsabilité de rejoindre activement la défense du pays natal et des droits et libertés basiques ». Tandis que le Contrat déclare que le but n’est pas le pouvoir politique, nous comprenons également que la destruction de l’appareil d’État n’est pas visée, ce qui signifie que le but est l’autonomie au sein des États-nations existants. Quand le Contrat est vu dans son ensemble, l’objectif qui est présenté n’est pas vu comme allant au delà d’un système démocratique bourgeois qui est appelé confédéralisme démocratique. Pour résumer, tandis que les photos des deux femmes portant un fusil, qui sont souvent répandues dans les réseaux sociaux, l’une prise durant la Guerre Civile Espagnole, l’autre prise au Rojava, correspondent à une similarité dans le sens de femmes combattant pour leurs libertés, il est clair que les personnes combattant l’État Islamique au Rojava n’ont pas, en ce moment précis, les mêmes buts et idéaux que les travailleurs-euses et paysanNEs pauvres qui luttaient au sein de la CNT-FAI afin de renverser à la fois l’État et la propriété privée.

En outre, il y a de sérieuses différences entre les deux processus en terme de conditions d’émergence, de positions de classe de leurs sujets, de lignes politiques de celles et ceux qui conduisent le processus et de force du mouvement révolutionnaire mondial.

Dans cette situation, nous ne devons ni être surpris ou blâmer le PYD s’ils et elles sont même forcés d’abandonner leur position actuelle, de manière à trouver une alliance avec les pouvoirs régionaux et globaux afin de briser le siège de l’État Islamique. Nous ne pouvons attendre des personnes qui luttent à Kobanê qu’elles abolissent l’hégémonie du capitalisme à l’échelle mondiale ou qu’elles résistent longtemps à cette hégémonie. Cette tâche peut seulement être réalisée par un fort mouvement de classe mondial et une alternative révolutionnaire.

Le capitalisme est en crise à un niveau global et les impérialistes, qui sont en train d’essayer de transcender cette crise en exportant la guerre à chaque coin du monde, ont transformé, avec l’aide des politiques des régimes répressifs de la région, la Syrie et l’Irak en un enfer. Du fait des conditions où n’existe pas une alternative révolutionnaire, le soulèvement social qui a émergé en Ukraine contre le gouvernement pro-russe et corrompu a eu pour résultat l’arrivée au pouvoir des forces pro-Union Européenne soutenues par les fascistes et la guerre entre deux camps impérialistes continue. Le racisme et le fascisme se développent rapidement dans les pays européens. En Turquie, les crises politiques se succèdent les unes aux autres et la division ethnique et sectaire de la société s’approfondit. Tandis que dans ces circonstances, le Rojava peut apparaître comme une planche de salut sur laquelle s’appuyer, nous devons considérer qu’au delà du siège militaire de l’État Islamique, le Rojava est également sous le siège politique de forces comme la Turquie, Barzani et l’Armée Syrienne Libre. Aussi longtemps que le Rojava n’est pas soutenu par une alternative révolutionnaire mondiale sur laquelle se reposer, il semble qu’il ne sera pas facile pour le Rojava ne serait-ce que de maintenir sa position actuelle sur le long terme.

Le sentier, pas seulement pour défendre le Rojava physiquement et politiquement mais aussi pour l’emmener plus loin, réside dans la création de terrains basés sur la classe pour l’organisation et la lutte, et reliés à une forte alternative révolutionnaire organisée globalement. La même chose s’applique pour prévenir l’atmosphère de conflit ethnique, religieux et sectaire qui saisit un peu plus chaque jour les peuples de la région et pour empêcher les travailleurs-euses de glisser dans un radicalisme de droite face à la crise du capitalisme à un niveau mondial. La solidarité avec Kobanê, bien qu’importante est insuffisante. Au delà de celle-ci, nous avons besoin de voir qu’il est impératif de discuter de ce qu’il faut faire pour créer un processus révolutionnaire et s’organiser pour cela à un niveau international, partout où nous sommes, pas seulement pour celles et ceux qui résistent à Kobanê mais aussi pour des millions de travailleurs-euses à travers le monde entier.

 Zafer Onat

Notes:

1 DAF en turc, pour Devrimci Anarşist Faaliyet. C’est une des principales organisations anarchiste en Turquie.

2 http://meydangazetesi.org/gundem/2014/10/dunya-anarsistlerinden-kobane-dayanismasi/

3 Le Contrat est lisible en français ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-azadi/091114/le-contrat-social-de-rojava. Le sigle KCK désigne le « Groupe des Communautés du Kurdistan », un structure politique émanant du PKK, et qui regroupe le PKK de Turquie, le PYD de Syrie, le PJAK d’Iran et le PÇDK d’Irak ainsi qu’un certain nombre d’organisations sociales qui sont plus ou moins liées à ces partis frères. Le KCK est dirigé par une sorte de parlement appelé « Kongra Gelê » ou Congrès du Peuple du Kurdistan.

4 http://tr.wikisource.org/wiki/KCK_S%C3%B6zle%C5%9Fmesi

daf2

Quel soutien à Kobanê ?

24 décembre 2014

Depuis que les fascistes de Daesh étendent leur territoire et les atrocités qu’ils y commettent, et notamment depuis l’attaque de Kobanê, une question (récurrente dans l’histoire de l’extrême-gauche) divise les militant-e-s: comment être solidaires en restant sur des positions internationalistes ? Certains, campés sur des principes immatériels comme leurs ancêtres lors de la Révolution espagnole en 1936, ne voient que des camps bourgeois dans toute guerre et refusent leur soutien à qui que ce soit. D’autres, plus nombreux, sont prêts à s’engager contre Daesh, mais sont abasourdis par l’enthousiasme acritique du collectif parisien Anarchistes solidaires du Rojava. Que dans le cadre d’une économie de guerre et d’une région où les courants réactionnaires sont nombreux et puissants, on puisse considérer que l’enclave gérée au Nord de la Syrie par le PKK soit relativement progressiste, en tout cas plus que ses voisins, et y soit un point d’appui défendant notamment les droits des femmes, certes, mais de là à s’extasier sur une « révolution » locale et les vertus de la conversion du nationalisme kurde au « confédéralisme démocratique », de là à se retrouver supplétifs béats du PKK, il y a de la marge, et cette marge n’est pas évidente à délimiter concrètement selon les rapports de force militants locaux. A Caen, nous avons eu la « chance » (ce n’est pas que de la chance, c’est aussi le résultat d’un travail important) de faire co-exister dans la mobilisation les kurdes de la ville et des militants internationalistes ne reniant rien de leurs convictions, dans leurs mots d’ordre, leurs banderoles, leurs tracts, leurs prises de parole. Cela n’a pas été possible partout.

En janvier-février, une tournée de militants anarchistes turcs (DAF) dans de nombreuses villes de France permettra peut-être de préciser des choses sur une situation au Rojava dont on ne sait pas tant de choses que ça [*] et d’en débattre. On nous dit par exemple que le « nouveau PKK » est respectueux des minorités non-kurdes. Pourtant Battaglia comunista attire notre attention sur le fait que ce respect ne s’appliquerait peut-être pas à la minorité arabe:

Le PKK (…) s’est maintenant constitué comme le défenseur des minorités du Kurdistan. Ceci, cependant, ne s’applique pas, et ne peut pas s’appliquer aux Arabes. En plus d’une occasion, Salih Muslim, co-leader du PYD, a parlé d’« expulser les arabes », et la possibilité d’une « guerre entre kurdes et arabes ». Clairement, Muslim ne parle pas d’expulser tous les Arabes, « un jour ces Arabes qui ont été amenés dans les zones kurdes devront être expulsés ». Les Arabes dont il parle sont ceux qui ont été transplantés lors de la campagne d’Arabisation de 1973. Étant donné la démographie des pays du Moyen-Orient (l’âge médian en Syrie est juste au dessus de 22 ans), la majorité de ces « ces Arabes qui ont été amenés dans les zones kurdes » sont nés au Kurdistan. Muslim lui-même admet que ces Arabes sont des « victimes » de tout cela. Cela ne l’empêche pas de proclamer que « tous les villages où ils vivent appartiennent maintenant aux kurdes ».

Chacune et chacun, selon les possibilités militantes à sa portée, peut essayer de s’engager contre la réaction sans taire ses critiques et ses réserves. Il n’y a pas besoin d’idéaliser une Révolution pour défendre les femmes et les ouvriers du Moyen-Orient.

S.J.

Caen 20 décembre 2014 (2)

[*] Un interview récent du ministre de l’économie du canton d’Efrin s’avère intéressant: Maintien de la monnaie syrienne, prix maximum de la farine, et encouragement des coopératives dans une logique assumée d’économie mixte. Un rapport de Human rights watch de juin dernier n’est disponible qu’en anglais.

Voir aussi:

Tournée de camarades irakiens en France

7 décembre 2014

Extrait de Communisme-ouvrier N°49.

Depuis cet été, le monde entier assiste horrifié à l’émergence de l’État Islamique en Irak et au Levant (Daesh) et de ces crimes horribles (massacres de Yezidis, de chrétiens, esclavage sexuel de femmes, massacres d’ouvriers en lutte).

Depuis quelques mois, le monde entier assiste plein d’espoir à la lutte héroïque de la population de Kobané, sans appuis des autres Etats contre les forces de Daesh.

Mais Daesh n’est pas seulement présent à Kobané et contrôle le tiers de l’Irak et de la Syrie. Et si la situation est devenue de plus en plus critique ces derniers mois pour la population civile, c’est depuis des années que la guerre civile fait rage en Irak, que la population est prise en otage aussi bien par les groupes intégristes religieux, les milices paramilitaires chiites proches du pouvoir et les divers groupes nationalistes.

Du 4 au 8 novembre, Yanar Mohammed , présidente de l’Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak (OLFI) et Muayad Ahmad, acteur de l’insurrection ouvrière de 1991 au Kurdistan, tous deux membres du Parti Communiste-Ouvrier d’Irak (PCOI) sont venus parler en France (à Lyon, Marseille, Paris et Lille) de la lutte des ouvriers, des femmes, des jeunes, des progressistes et globalement de la population civile en Irak face aux forces réactionnaires.

Les conférenciers ont rappelé la responsabilité des états dominants (USA, Etats européens, Turquie, Arabie saoudite et Qatar d’un coté, Russie, Syrie et Iran de l’autre) dans le chaos actuel, l’Irak étant pour eux un champ de bataille pour leur rivalité. Les États-Unis sont particulièrement responsables de la situation de guerre civile, s’étant appuyés sur les divisions ethniques et religieuses pour réorganiser l’Irak de l’après Saddam.

Les conférenciers ont expliqué que dans beaucoup de villes, la population s’organisait de façon autonome pour résister, que le gens aspirent simplement à la liberté et au bien-être.

refuge_owfi

L’OLFI lutte depuis 2003 pour les droits des femmes. Plusieurs refuges pour femmes menacée de crime d’honneur et pour homosexuels menacés de mort ont été crées dans plusieurs villes. La Fédération internationale des réfugiés irakiens travaille au Kurdistan d’Irak pour soutenir des milliers de réfugiés Yézidis, chrétiens, arabes, kurdes et syriens dont les foyers sont attaqués par Daesh. Les progressistes Irakiens ont particulièrement besoin d’un soutien matériel financier dans leur lutte.

Une cinquantaine de personnes sont venues à chaque conférences débattre et discuter des moyens de solidarités à mettre en œuvre pour aider ces forces progressistes résistants aux réactionnaires.

La tournée a été organisée conjointement par le Réseau Communiste Anti-gestionnaire, l’Union Pour le Communisme, l’Initiative Communiste-Ouvrière, les associations Table Rase et Solidarité Irak ainsi que des individuels.

Rinou

lille2014