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De la guerre d’Espagne à la guerre mondiale (Benjamin Lewinski, 1986)

12 avril 2016

Témoignage publié dans Matériaux pour l’histoire de notre temps (vol. 5 & 6) en 1986:

1

Par un beau soir de mars 1984, peu avant ma retraite, je rentrais chez moi avec un exemplaire de La Vanguardia sous le bras, qu’un client catalan avait laissé dans sa chambre, en quittant l’hôtel de Nice où je travaillais.

J’étais à cent lieues de me douter que la lecture de ce journal de Barcelone, allait me bouleverser à un tel point qu’elle provoquerait en moi une émotion si forte que, cette nuit- là, toute une période dramatique de ma vie allait resurgir dans ma tête, me ramenant brusquement cinquante ans en arrière, aux événements tragiques qui avaient entraîné la brutale disparition de la jeune République espagnole, écrasée par le fascisme international, sous les regards, presque indifférents, des pays démocratiques, s’abritant derrière une cynique non-intervention, la conscience tranquille.

Ayant rarement l’occasion de lire la presse espagnole, je lus La Vanguardia de «cabo a rabo» et tombais soudain en arrêt, sous l’emprise d’une indicible émotion, en parcourant un article de la rubrique littéraire, où un philosophe américain expliquait les motivations d’un certain George Orwell, écrivain anglais, auteur du best-seller «1984», qui l’avaient incité — à la fin de 1936 — à s’engager dans les Milices du POUM, parti politique de gauche, marxiste et léniniste, de tendance trotskyste, pour aider les républicains espagnols — désarmés — à se défendre contre le fascisme.

Comment un Français, juif polonais d’origine, dont la langue maternelle devait être le yiddish, était-il si familiarisé avec l’idiome de Cervantes et ému à un tel point, par un article à première vue anodin ?

L’explication en est fort simple car, à la fin de 1936 et à peine âgé de 20 ans, j’étais le capitaine commandant l’unité internationale du POUM, unité fort disparate, composée d’une centaine de jeunes catalans, encadrés par des volontaires étrangers, dont beaucoup étaient des vétérans de la guerre 14/18 et parmi lesquels il y avait une forte section de britanniques dont quelques personnalités remarquables de l’Independent Labour Party.

J’eus beau tourner et retourner ce nom dans ma tête, George Orwell me restait complètement inconnu. M’imaginant alors qu’il pouvait s’agir d’un «pen’s name», je pris le problème à rebours et m’arrêtai finalement sur un syndicaliste fort connu et respecté — Bob Edwards — et sur un grand échalas d’intellectuel — Eric Blair — les seuls, à mon avis; ayant les qualités potentielles d’un possible écrivain parmi mes compagnons anglais, les miliciens qui combattaient avec moi en 1937 et dont je me souvenais parfaitement des noms.

Après ma mise à la retraite, je me rendis un jour à la bibliothèque municipale de Nice et consultai les titres disponibles de ce mystérieux George Orwell. Une traduction de son Homage to Catalonia m’attira immédiatement, je la demandai aussitôt et dès l’avant-propos je vis que je ne m’étais pas trompé. Orwell, mon mystérieux Orwell n’était autre que mon vieil ami Eric Blair, le seul Anglais à parler un excellent français et qui m’avait été d’un grand secours lorsque j’avais des problèmes linguistiques avec mes camarades britanniques.

Dans les Milices espagnoles, au début de la guerre civile, une grande camaraderie régnait entre officiers et simples miliciens. Les miliciens avaient le droit de donner leur opinion et les officiers en tenaient souvent compte.

Donc, le livre en main et sachant qui l’avait écrit, je le dévorai d’une traite étreint par une émotion incommensurable car, dès le second chapitre, il. me fit une large place dans son récit. Il me fit revivre nos souffrances de l’époque, nos constantes privations, la crasse due au manque d’eau et nos combats, nos coups de main plutôt, car nous manquions d’armes offensives, pas d’artillerie, très peu de mitrailleuses, le POUM se heurtant constamment au blocage que le PSUC (parti communiste stalinien) provoquait contre nous dans les hautes sphères «del Ejercito del Este» (Armée de l’Est).

Ses grands dons d’écrivain me mirent les larmes aux yeux lorsqu’il relata le long calvaire de George Kopp. mon chef direct, ce colosse au grand cœur, mon grand ami qui m’avait mis à la tête de la compagnie de miliciens que je commandais.

Je dévorais les pages et, au fur et à mesure de leur lecture, je réussis à percer le mystère des événements des journées de mai 1937 à Barcelone et les raisons de la dissolution de la 29e Division Lénine du POUM, durant l’été de cette même année, dissolution à laquelle j’avais assisté, contraint et forcé, dans une caserne de Barbastro — entre Lérida et Huesca — m’obligeant à suivre les conseils de mes compagnons d’armes de l’Armée régulière : changer de nom et me rendre —contrairement à mes désirs — à Albacete pour me mettre à la disposition des Brigades internationales, pour pouvoir continuer la lutte.

Que s’était-il passé en Espagne ? Orwell et Kopp, pourchassés sauvagement par les staliniens du PSUC, ne. purent participer qu’à la première année de la guerre civile. L’Anglais, la mort aux trousses, obligé de fuir l’Espagne qu’il était venu défendre contre le fascisme et qu’un ennemi imprévisible — le national-communisme stalinien qui s’était implanté en Catalogne— menaçait à son tour. Quant au commandant Kopp, arbitrairement emprisonné, il attendait stoïquement les douze coups d’un peloton d’exécution de la Tcheka catalane. Je vais essayer de compléter le récit d’Orwell, ayant eu la chance de sortir vivant du front d’Aragon en. 1936/1937, des menaces sournoises du parti stalinien durant l’hiver 1937/1938 et des combats durant l’offensive de Gandesa, à la tête d’une compagnie de l’Armée régulière, commandant une unité entièrement composée d’Espagnols, de la 44e Division Pastor, Bataillon «Mencia».

Pour moi, tout avait commencé après les flons-flons des bals du 14 juillet 1936. Les lampions à peine éteints, un coup de tonnerre venu d’Espagne m’annonça, dans les journaux du 19 juillet 1936 que la veille, un Caudillo nommé Francisco Franco Bahamonde avait provoqué un soulèvement pour écraser la République espagnole, démocratique et souveraine — autant que légale — car elle était issue des urnes, contrairement aux usages des nazis et autres fascistes, dont le système de gouvernement était basé sur la brutalité la plus odieuse.

L’indignation du peuple français, révolté par l’action d’une caste militaire, était à son comble. Les combats de rues à Barcelone et à Madrid — où le peuple ne disposait que de ses mains nues pour faire face aux mitrailleuses — faisaient le une de la presse parisienne et finalement après des journées de combats sanglants et indécis, la résistance des démocrates espagnols permit de sauver la moitié du pays, dont les villes les plus importantes.

Le Parti communiste français canalisa les efforts des ouvriers et des intellectuels de gauche, pour former des Brigades internationales et les diriger sur le front de Madrid où les combats faisaient rage.

Franco reçut immédiatement l’aide logistique des Allemands et des Italiens. Quant aux républicains, seuls l’Union soviétique et le Mexique leur envoyèrent une aide mais pour considérable qu’elle fût, elle ne suffisait pas et les pays démocratiques européens avaient inventé la non-intervention.

L’armée espagnole étant passée au fascisme, la République dut créer des milices de bric et de broc. Je me tenais au courant de ce qui se passait dans la péninsule voisine et j’entrevoyais sérieusement la possibilité — moi aussi — de rejoindre l’Espagne démocratique […]

Désirant me joindre aux républicains espagnols qui faisaient face au fascisme hitlérien, lequel voulait s’implanter en Espagne et convaincu qu’en aidant les démocrates espagnols j’aidais mes malheureux correligionnaires juifs d’Allemagne, spoliés, roués de coups et même assassinés par les nazis, je décidai de me rendre en Espagne par mes propres moyens.

Un matin de fin juillet 1936, ayant lu dans la presse parisienne qu’un cargo espagnol — le Cabo San Antonio — effectuait à Marseille un chargement de matériel et de denrées alimentaires devant appareiller sous peu pour Barcelone, je pris le premier train du soir pour le grand port phocéen.

La surveillance très étroite exercée par la police portuaire de La Joliette m’empêcha de me mettre en rapport avec les marins espagnols et, n’ayant pas beaucoup d’argent, je me rendis — à pied et en autostop — en direction de la frontière espagnole.

Je mis deux ou trois jours pour atteindre Puerto de la Selva — sur la Costa Brava — que j’atteignis après avoir franchi, de nuit, les Pyrénées entre Cerbère et Port-Bou, avec tous les risques que cela comportait, en contournant les nombreux ravins et en escaladant les rochers des montagnes, trop abruptes pour l’alpiniste néophyte que j’étais.

Arrivé à Puerto de la Selva, je fus pris en charge par des gars du POUM et conduit à Figueras, où d’autres volontaires étrangers se trouvaient déjà. Ayant appris que le POUM était un parti marxiste non stalinien, je sympathisai immédiatement avec mes camarades du partido obrero de unificación marxista et bientôt nous rejoignîmes Barcelone et fûmes hébergés à l’hôtel Falcon, sur la Rambla, en face de Novedades.

Après être passé par la même filière que celle décrite par George Orwell dans son livre Homage to Catalonia, j’arrivai sur le front de Huesca en pleine ebullition. La forteresse médiévale de Monte-Aragon venait d’être prise d’assaut, ainsi que le col de Estrecho Quinto, libérant ainsi la route directe de Sietamo à Huesca. Tout le monde crut que Huesca allait tomber d’un jour à l’autre, mais Huesca ne fut jamais prise et Franco lui conféra le titre de Huesca La Invicta — Huesca l’invincible — .

L’unité à laquelle j’appartenais contrôlait la zone entre Tierz et Quicena. Je ne sais si ces villages existent toujours, mais la petite bosse que je conserve sur l’arcade sourcillière gauche se souvient très bien de la Fábrica de Guano de Quicen où, à l’aube d’un matin d’octobre 1936, étant de faction, une balle franquiste frappa la dite arcade, qui se fendit tout net et, tel un boxeur sur le ring, la face ensanglantée, je poussai un cri, plutôt de surprise que de douleur, avant d’être emporté vers le botiquín le plus proche, où un practicante, tout étonné de me voir encore tenir debout, s’exclama «Vaya suerte muchacho ! ».

Pendant que je me remettais de mes émotions, se présenta un jour un énorme bébé de près de cent kilos et mesurant un mètre quatre vingt cinq, à la figure souriante et aux joues roses, me dépassant de la tête et des épaules.

Je partageais ma «casita» avec un vieil anarchiste italien qui s’était réfugié en France, grande gueule, fort sympathique malgré ses soixante «piges» et dont ie hobby était la cuisine, italienne naturellement, et tous deux nous étions en train de savourer «ses» gnocchi qu’il venait de préparer, lorsqu’on frappa à la porte. A mon adelante ! nous vîmes apparaître ce gros bébé qui se présenta, d’une voix tonitruante et en français : commandant Georges Kopp, belge, de l’état-major de Rovira qui était le nom du général qui commandait notre 29e Division.

Mon ami Mario Traverso, l’anarchiste, s’empressa de l’inviter à notre banquet et tout en s’asseyant, le «Comandante» Kopp me regardait attentivement puis, pointant son index vers moi me dit : Benjamin El Whisky, c’est bien toi ? En guise de réponse, je lui souris en acquiesçant d’un hochement de tête, connaissant l’innocente manie de mes camarades catalans qui m’avaient donné ce sobriquet.

Tout en savourant notre repas, Kopp se mit à me parler, sautant d’une langue à l’autre, en espagnol, en allemand et en anglais. J’étais un peu vert dans cette dernière langue mais mon ami Mario nous interrompit en italien en lui disant de parler français, pour que tout le monde comprenne et Kopp nous expliqua aussitôt l’objet de sa visite.

S’adressant directement à moi, il m’informa que le POUM occupait sur la route de Saragosse, dans la Sierra de Alcubierre, un secteur dont il devait relever l’unité qui s’y trouvait pour l’envoyer à l’arrière, pour un repos bien mérité. Pour cette relève, il disposait d’une centaine de jeunes Catalans de la région de Lérida et pour les encadrer il comptait sur trente ou quarante étrangers, principalement des Belges francophones et des Anglais. Quant aux germanophones, ils étaient envoyés systématiquement au Bataillon de choc du commandant Ritter, un antifasciste allemant, ex-officier de Tannée allemande durant la première guerre mondiale.

Le problème de Kopp était qu’il n’avait pas encore d’Espagnol tant soit peu polyglotte pour «coiffer» cette nouvelle unité et il était à la recherche d’un étranger parlant espagnol ; ayant entendu parler de moi comme d’«un valiente franchute, algo polaco y mucho judío» qui parlait le castillan correctement et assez bien le catalan, il était donc venu me voir.

Drôle d’affaire qu’il me proposait là. Je savais bien manier un fusil, un «naranjero» (pistolet-mitrailleur), un mitrailleuse, éventuellement un petit mortier de 60′, peut-être lire correctement une carte d’état-major, mais à peine âgé de 20 ans et jeune ouvrier fourreur je ne me sentais pas de taille à assumer une telle responsabilité et je le lui dis.

Le commandant Kopp était un homme de décisions rapides et brusquement il me dit : «Tu seras nommé capitaine avant huit jours et comme tu te sens si jeune j’ajouterai à ta «filiación» (état civil) quatre ans de plus. Je reviens après-demain te chercher pour t’emmener à Alcubierre. Tu prendras le commandement de la Milice internationale que je te confierai. Si tu as des problèmes, tu te débrouilleras avec les Anglais ou les Wallons qui ont fait la guerre de 14/18. Comme tu parles allemand, j’essayerai de t’envoyer un adjoint, avec de l’expérience, du «Batallón de Choque» du Commandant Ritter !» Adjoint fantôme que je n’ai jamais vu.

Puis il partit me laissant complètement abasourdi, devant un Mario qui me fit un cérémonieux salut militaire et comme un vieux taquin qu’il était, il se paya ma tête en m’envoyant des «auguri ! auguri ! Signore Capitano. Che fortuna, amico !».

Et voilà comment je fus nommé capitaine, commandant une Milice du POUM. Nous étions en hiver sur les hauteurs des ingrates sierras des steppes aragonaises à plus de 1 500 m d’altitude, il n’y avait ni eau pour se laver ni bois pour se chauffer. Quelques semaines plus tard se présenta un Anglais du nom de Eric Blair qui, sous le pseudonyme de George Orwell, raconta notre odyssée dans un livre qu’il intitula Homage to Catalonia.

A l’époque des tragiques événements de Barcelone — en mai 1937 — je me trouvais de nouveau sur le front de Huesca et je n’avais qu’un faible écho de ce qui se tramait contre le POUM. En lisant le livre d’Orwell, je fis un retour en arrière et je compris enfin, un demi- siècle plus tard, les raisons qui amenèrent le Haut-Commandement «del Ejercito del Este» à dissoudre notre 29e Division Lénine du POUM à Barbastro, en plein été de 1937. Dissolution à laquelle j’assistai triste et impuissant.

Des officiers espagnols, qui ne s’occupaient que de la guerre et pas de politique, me conseillèrent de me rendre à Albacete, où se trouvait le commandement des Brigades internationales. Là aussi, je n’ai réalisé qu’avec un demi-siècle de retard pourquoi mes amis insistèrent pour que je change de nom et, pour appuyer leur amicale insistance, ils m’établirent un sauf-conduit pour Barcelone et l’un d’eux me remit même une lettre d’introduction pour un de ses amis, le général soviétique Antonov-Ovseenko qui se trouvait au Consulat russe de la capitale catalane. Par cette lettre, il recommandait, chaleureusement, son camarade français — Bernard Launoy — qui désirait combattre sur le front de Madrid, dans les Brigades internationales. (Je rappellerai que le général Antonov-Ovseenko fut fusillé sur ordre de Staline à son retour en URSS en 1938).

A Albacete, où tous les rouages étaient entre les mains des communistes français, je me présentai un jour devant le commissaire politique de la base arrière des Brigades. Il me demanda si je voulais rester à son service, comme interprète. J’acceptai et je restai à Albacete jusqu’en janvier 1938.

En dehors de mes fonctions d’interprète — surtout avec le personnel espagnol de la base et les passagers ne parlant pas français — j’étais chargé du contrôle des tickets de repas, dans un mess situé dans notre immeuble, en face de la voie de chemin de fer.

Un jour, un élégant lieutenant, un Français blond et sympa avec l’air d’un fils à papa, vint me voir au sujet des tickets de repas et me montra ses papiers au nom de Henri Suhard. Machinalement, je lui demandai si par hasard il ne serait pas le «fils» du Cardinal Suhard, si célèbre en France. Il me répondit froidement que non, mais que Son Eminence — frère aîné de son père — était bel et bien son oncle. Du coup, j’eus un peu honte de ma plaisanterie. Ne voulant pas être en reste, je lui serrai la main en me présentant : Bernard Launoy, «arrière petit-fils du Grand-Rabbin de Varsovie». Le nom était faux, la qualité réelle, mais il crut le contraire […]

Il m’apprit que sa blessure — contractée sur le front de Madrid — étant guérie, il était en attente d’une nouvelle affectation. Ce matin-là, le chef d’état-major, qui était un Yougoslave du nom de Josip Broz (le futur Maréchal Tito) lui avait proposé la direction du Centre de convalescence de Dénia, près d’Alicante, où se refaisaient une santé les grands blessés et les grands malades des Brigades internationales. Des malades du Centre s’étant plaints qu’un marché noir éhonté s’était organisé — à la tête même de l’administration — l’état-major était à la recherche d’un intellectuel dont l’honnêteté et la probité ne feraient aucun doute. Un officier antifasciste, neveu d’un cardinal devait faire l’affaire, Henri Suhard avait pensé qu’à nous deux nous pourrions nous en occuper parfaitement.

Le lendemain nous partîmes pour Dénia via Murcia, où nous devions prendre livraison d’une ambulance désaffectée et qui devait nous servir de camionnette, comme moyen de transport du Centre. On devait également nous remettre — à Murcia — des médicaments, des cigarettes américaines, des vêtements, du chocolat et d’autres douceurs pour soulager les souffrances de nos camarades.

A l’hôpital de Murcia, j’eus le loisir de rencontrer de nombreux médecins juifs, avec qui je m’entretins en yiddisch, et je leur racontai les raisons de mon voyage… Mais avec la menace franquiste de couper la zone républicaine en deux — du côté de Tortosa — après avoir confié le centre à un couple de médecins bulgares, nous partîmes, Henri et moi, pour Barcelone.

Henri Suhard, voyant la partie perdue, rentra à Paris immédiatement. Je l’y ai retrouvé au début de 1939, puis à la déclaration de la guerre, au moment où il allait s’incorporer dans son unité.

On m’informa que j’avais été nommé officiellement au grade de capitaine, ma nomination ayant paru au Diario oficial en même temps que celle d’autres officiers de la 29e Division, les choses s’étant calmées après la dissolution de la fameuse Division du POUM, dont presque tous les éléments furent incorporés dans l’armée régulière.

Nous discutâmes de la situation politique et militaire ; ce n’était guère brillant du côté républicain. Néanmoins, l’offensive — surprise déclenchée par le colonel Modesto sur l’Ebre dans la région de Gandesa — avait l’air de progresser favorablement et je me risquai à rester en Espagne croyant aux miracles.

Je me présentai donc à l’état- major «del Ejercito del Este» où on s’empressa de m’affecter à la 44e Division Pastor.

Quelques jours plus tard, je rejoignis mon nouveau Corps et je pris le commandement d’une compagnie — entièrement composée de jeunes Espagnols — du Bataillon Mencia.

Un jour, une grande opération fut montée dans la région de Villanueva de la Barca, au bord du Rio Segré. Nous devions traverser la rivière, soutenus par quelques blindés, le rio ne charriant pas beaucoup d’eau. Toutefois, les franquistes nous jouèrent un sale tour en ouvrant les vannes d’un barrage en amont du Segré, immobilisant nos blindés, qui restèrent en rade au milieu de la rivière, notre belle attaque tombant «à l’eau» dans tous les sens du terme. Quelques heures plus tard, une noria de bombardiers allemands ou italiens nous cloua sur place nous occasionnant de nombreuses pertes. Lorsque l’alerte fut déclenchée, j’éparpillai mes hommes autour d’une église toute proche, précaution qui permit à ma compagnie de sortir presque indemne des terribles effets du bombardement.

En novembre 1938, Juan Negrin, le Premier Ministre espagnol, demanda aux étrangers de rentrer chez eux, dans le vain espoir que Franco en ferait autant. Il n’en fut rien. L’armée républicaine se sépara de ses volontaires étrangers mais les nazis et autres fascistes restèrent, pour achever ieur oeuvre de destruction.

Un matin de novembre 1938, je dis «Adios» à mes «valientes compañeros» et je partis à pied à travers champs, sous un fort bombardement d’artillerie et sous une pluie froide et désagréable. A mesure que j’approchais de l’autocar qui tenait lieu de quartier général à la Division, les obus de «diez y medio» (105) tombaient à foison.

Malgré tout, je parvins sain et sauf à l’autocar du Commandement de la 44e Division, où on me remit les papiers de démobilisation, que j’eus la précaution de demander au nom de Bernard Launoy, né à Longwy-Haut (Meurthe & Moselle). J’eus du mal à faire comprendre à l’officier qui devait établir mes papiers, que la Commission française de rapatriement ne m’autoriserait pas à rentrer en France, en tant que Benjamin Lewinski né à Varsovie (Pologne). Il finit par comprendre et m’établit les documents selon mes désirs.

Documents que je déchirai et j’en éparpillai les morceaux sur la voie de chemin de fer, dès que j’eus dépassé Perpignan, croyant que mon aventure espagnole était terminée à jamais. Il a fallu que je tombe — près d’un demi-siècle plus tard — sur La Vanguardia, pour que mon vieux copain — Eric Blair — me fasse revivre ce drame, une seconde fois.

En quittant l’Espagne, je savais que la démocratie espagnole agonisait et qu’elle était sur le point de succomber sous les coups de la brutalité des nazis. La péninsule ibérique — j’en étais convaincu — était jonchée des cadavres des premières victimes de la seconde guerre mondiale, je venais donc de participer aux prémices des futurs holocaustes.

La République espagnole agonisait, succombant non seulement sous les coups de ses ennemis, mais victime, également, des coups bas de ses amis, soi-disant tels et qui l’avaient trahie, les pays démocratiques l’abandonnant à son triste sort. Ils ne tarderont pas à payer leur lâcheté […]

En 1936 — à Barcelone — avant de partir pour le front de Huesca, j’avais entamé un réel effort pour apprendre rapidement l’espagnol. Je lisais ia presse catalane, entre autres La Batalla du POUM et Solidaridad obrera des anarchistes (imprimés en castillan) et Treball, en catalan d’obédience stalinenne (organe du PSUC, Partido socialista unificado de Cataluña), mais où les socialistes n’avaient pas voix au chapitre. Toutefois, grâce à l’italien et au français, il m’était plus facile de comprendre le catalan que le castillan.

La lecture du Treball était édifiante. Ses pages étaient destinées — presque exclusivement — à dénigrer le POUM et les anarchistes. Ils en oubliaient complètement le véritable ennemi, Franco et ceux qui aidaient Hitler et Mussolini, les ennemis jurés de la démocratie espagnole.

Parmi mes amis du POUM, il y avait un éventail d’hommes de gauche, de véritable démocrates tels que Joaquín Maurín, Andres Nín, Andrade Gorkín, etc. et tous étaient traités de fascistes. Même Joaquín Maurin qui avait été assassiné en Galice au début de la guerre civile n’était pas oublié dans leur sarcasmes.

Début décembre 1938, lors de mon retour à Paris, j’appris le lâchage, la lâcheté de Munich. Après l’Autriche, la Tchécoslovaquie venait d’être sacrifiée…

Lorsque je partis pour l’Espagne, je tiens à le répéter, j’étais surtout poussé par ma sensibilité de démocrate et de «jeune» homme de gauche. Mais en voyant le fascisme allemand intervenir, je voyais que le danger hitlérien massacrant déjà les Juifs depuis plus de trois ans, menaçait les démocrates espagnols. Ma solidarité avec le peuple espagnol était ma façon d’aider les Juifs allemands, pourchassés, spoliés et massacrés, sans pitié.

Les balles nazies tuaient ceux de ma race en Allemagne et leurs bombes massacraient les enfants espagnols à Guernica et à Almería. Il était de mon devoir de Juif, de Polonais et d’homme de sensibilité française, d’aider, autant que faire se peut, les Espagnols, qui couraient le même danger. J’étais parvenu à la conclusion que le 18 juillet 1936 était, bel et bien, le commencement de la seconde guerre mondiale. Mais il m’était difficile de prévoir qu’un demi-siècle plus tard, le monde en souffrirait encore les conséquences.

2

Me voilà à Paris, en septembre 1939, à quelques jours de l’automne et je fais la queue du côté de la Gare Saint-Lazare, dans un drôle de bureau d’embauché. Oui ! je fais la queue pour aller faire la guerre, une guerre que la France et l’Angleterre ont été obligées de déclarer à l’Allemagne nazie, la Pologne, mon pays natal, ayant été envahie, assommée, triturée et écrasée sous les bombes.

Je fais la queue ce matin-là, ayant lu la veille, dans la presse parisienne, que des régiments de marche seraient formés pour permettre aux étrangers, résidant en France, de s’engager pour défendre leur nouvelle patrie.

Depuis un mois, moi, je n’ai plus de patrie du tout, les Polonais ne voulant plus de moi. Au retour d’Espagne, pour renouveler ma carte de séjour – périmée -, la Préfecture de Police de Paris a exigé de moi un passeport polonais, en bonne et due forme. Étant arrivé en France en 1925, à l’âge de 9 ans, porté sur le passeport de ma grand-tante qui m’avait élevé, je n’en possédais pas. Le consul de Pologne à Paris, consulté, me déclara tout de go qu’il pouvait m’en fournir un POUR UN VOYAGE ALLER EN POLOGNE, afin d’y accomplir mon service militaire, vu que j’avais 23 ans et que mes obligations, en tant que citoyen polonais, m’y astreignaient.

Sachant et avec certitude que Hitler allait envahir la Pologne d’un jour à l’autre, j’en fis la remarque au consul, qui voulut me jeter dehors. Devant mes protestations, il appela le sympathique flic qui était de faction devant le Consulat, à qui j’expli- quait mon cas, lui disant que je refusais de me rendre en Pologne pour me faire massacrer. Finalement, on me remit un papier stipulant que, bien que né à Varsovie, je ne remplissais pas les conditions prouvant ma citoyenneté polonaise.

En tant qu’apatride, ma carte ds séjour fut renouvelée et je pus, quelques mois plus tard, m’engager dans les RMVE, c’est-à-dire les Régiments de Marche de Volontaires Étrangers, pour la durée de la guerre.

Que je le voulus ou non, j’étais obligé d’être volontaire. Mes origines d’abord et mes convictions de démocrate m’y obligeaient. Un juif, né en Pologne et habitant en France ne pouvait agir autrement. En faisant la queue,, je gambergeais. Il y a moins d’un an que je suis revenu de la guerre d’Espagne où je suis resté

plus de deux ans et demi à combattre les fascistes de tous bords. Les bombardements, les attaques à la grenade, les privations et la crasse, la crasse sur la peau et dans la tête des gens. Finalement, je signe mon acte d’engagement : Benjamin Lewinski, né à Varsovie (Pologne), nationalité : apatride. Puis je demande : et maintenant, qu’est-ce que je fais ? On me répondit : Vous serez convoqué pour être incorporé dans deux ou trois semaines.

J’habitais et je travaillais chez un cousin artisan fourreur, dont la mère, une sœur de ma grand-mère maternelle, m’avait élevé en Pologne, depuis 1920, année de l’effroyable épidémie de typhus qui fit, à Varsovie, des dizaines de milliers de morts. C’était aussi l’époque de la meurtrière guerre d’Indépendance de la Pologne contre l’invasion bolchevique. Durant cette épidémie moururent ma mère et mes grands- parents. Quant à mon père, soldat polonais du Tsar, il était prisonnier des Allemands depuis 1917.

En septembre 1939 – à la déclaration de la guerre – mon cousin fit évacuer sa femme et ses deux enfants vers Le Mans. Lui et moi étions restés à Paris pour y travailler et sa mère s’occupait de la maison. Une semaine avant la convocation de l’Intendance, je décidai d’aller dire au revoir à mes petits cousins que je considérais comme mes petits frères.

Je partis donc pour Le Mans en enfourchant un vieux vélo. 215 km à parcourir. Entre Chartres et Nogent-le-Rotrou, je croisais des troupes, anglaises et françaises, se dirigeant probablement vers l’Est. Je croyais revoir les troupes, les mêmes équipages de chevaux que dans les films sur la guerre 14/18 tels que «A l’Ouest rien de nouveau» ou «Les croix de bois». Je regardais défiler une armée à peine mieux lotie que l’armée républicaine espagnole. Les franquistes avaient d’autres armes, un matériel allemand bien plus moderne dont une artillerie autotractée plus mobile et mieux préparée pour une guerre nouvelle.

Depuis 1933, il était visible que les nazis s’organisaient pour prendre leur revanche sur la défaite subie en 1918. N’importe quel esprit sain pouvait s’en rendre compte, à condition de bien vouloir le voir !

Lorsque Hitler remilitarisa la Rhénanie, il n’y eut que de vagues protestations de la part des gouvernements français et anglais. Je me rappelais une conversation que j’eus avec Orwell en 1937 qui me fit part de son indignation envers une certaine noblesse britannique qui faisait étalage de son admiration – ostensiblement – envers Adolf Hitler. Toujours est-il que Hitler, ayant liquidé la Pologne, se sentant à l’aise du côté slave, grâce à son pacte de non-agression, faisait venir vers l’Ouest ses divisions blindées pour «s’occuper» derechef de la France. Où m’étai-je donc fourré ? De toute façon, je n’y pouvais rien. Rien d’autre qu’attendre.

Début octobre 1939, je fus convoqué par l’Intendance de la rue de Reuilly et, au cours du même mois, je partis avec des milliers d’autres étrangers, en train, dans les Pyrénées Orientales dans l’immensité sablonneuse du Camp de Barcarès, pour y suivre une instruction militaire. Décidément, quand il y a de la bagarre dans l’air, c’est toujours en Catalogne que je me retrouve. En Espagne, c’était de l’autre côté des Pyrénées et maintenant c’est de ce côté-ci.

A Barcarès (certains disent «au» Barcarès) où nous étions plus de vingt mille étrangers ayant répondu à l’appel de la France, on nous enseigna rapidement l’art et la manière de nous faire massacrer à Soissons et à Péronne. Ainsi, Georges Kopp, mon ami et mon supérieur hiérarchique dans la 29e Division en Espagne, s’étant échappé de la Tchéka catalane de Barcelone, y a laissé sa santé, grièvement blessé sur les bords de la Marne. Il est mort des suites de ses blessures, presque en même temps que son camarade et beau-frère Orwell en 1951.

Pourquoi ne me trouvai-je pas sur les champs de «massacre» entre la Marne et la Belgique ? Le hasard, ce hasard que, si j’étais croyant, j’appellerais la Providence. En janvier 1940, mon «instruction militaire» terminée, une note de service, affichée sur la porte du bureau de ma compagnie, attira mon attention. Elle disait, plus ou moins, ce qui suit :

«Un bataillon spécial sera formé par des volontaires étrangers. Il fera partie d’un corps expéditionnaire destiné aux États du Levant (Syrie et Liban). Les volontaires peuvent s’y faire inscrire. La liste sera close dès que l’effectif de ce bataillon sera atteint».

Naturellement, je fus l’un des premiers à m’inscrire, à l’étonnement de mes camarades et à la stupeur de ma famille. La liste ne fut jamais close, le quota n’ayant pas été atteint. Je savais que ma chance était là et je ne me trompais pas.

En février 1940, notre Bataillon fut embarqué sur le Patria et huit jours plus tard nous débarquâmes à Beyrouth pour être immédiatement dirigés sur Baalbeck, dans la vallée de la Bekaa où à ce qu’il paraît Dieu installa le Paradis Terrestre pour l’homme, mais dont l’homme fit un enfer tel que celui du Dante avait l’air d’un barbecue.

Arrivé à Baalbeck, notre Bataillon fut baptisé IIe BMVE – Bataillon de Marche de Volontaires Étrangers – et on nous installa dans une très belle et moderne caserne, proche de la gare, sur la route de Beyrouth. On apercevait, de l’autre côté de la ville, les magnifiques et très hautes Colonnes de Jupiter.

En 1940, il y avait à Baalbeck d’autres militaires, un Bataillon du 6e Régiment étranger d’Infanterie de la Légion. A cette époque, la plupart des légionnaires étaient des réfugiés antifascistes allemands, polonais, tchèques, yougoslaves et surtout de nombreux républicains espagnols. En somme, les Régiments étrangers étaient composés d’éléments qui ressemblaient – à s’y méprendre – aux Brigades Internationales, que j’avais connues en Espagne.

Après le 10 mai, les journaux français de Beyrouth nous apprirent la tournure tragique que prenaient les combats en France. Tous les jours je traduisais, pour mes camarades espagnols, les comptes-rendus du carnage et de la débâcle. Puis survint l’armistice de la honte et du désespoir. Mes amis espagnols étaient aussi désespérés que moi.

Comme l’Angleterre continuait la guerre, beaucoup de volontaires espagnols désertèrent pour passer en Palestine et continuer le combat avec les Britanniques. Ils partirent à bord de camions qu’ils réquisitionnèrent à la hâte. Presque tous furent arrêtés avant d’atteindre la frontière dans le triangle Tyr-Sidon- Merdjayoun, par les légionnaires du 6e REI et les gendarmes Tcherkesses.

Moi aussi, je désirais ardemment passer en Palestine, mais grâce à un ami Chiite, j’étais au courant de ces arrestations massives. C’est lui qui m’informa de l’appel du Général De Gaulle et que des milliers de soldats français, de retour de Norvège, s’étaient rangés sous ses ordres et qu’une bonne partie des colonies d’Outremer s’étaient jointes au Général.

Une idée germait dans mon esprit. Je pensais qu’il était préférable de se présenter aux Turcs, plutôt que de déserter par la voie directe, vers la Palestine, les «pétainistes» nous attendant au tournant, à la frontière.

Vers la fin juin, j’en parlai avec des amis espagnols, comme moi ancien officiers de l’armée républicaine. L’idée leur plut et nous commençâmes à organiser notre fuite «vers l’avant». Un beau matin, à l’aube, nous réquisitionnâmes deux camions Citroën et nous partîmes (98 espagnols ainsi que deux autres juifs) avec deux jours de vivres. Nous fonçâmes en direction de Homs- Hama-Alep et Abou Kemal où j’estimais que devait se trouver la première ville turque, non loin de la frontière. Les réservoirs de nos camions étaient pleins à ras-bord, et nous pensions pouvoir atteindre cette frontière sans trop de problèmes, profitant de la pagaille qui régnait dans l’armée.

Entre Hama et Alep, nous fûmes arrêtés par un barrage, que des militaires avaient établi sur la route, à peine avions-nous contemplé les magnifiques jardins sur l’Oronte – chers à Pierre Benoit – les oreilles encore assourdies par le vacarme de l’immense noria – grâce à laquelle ces jardins sont irrigués – à l’entrée de la sinistre ville de Hama, dont les femmes vêtues, ou plutôt couvertes, de la tête aux pieds de leurs tchadors noirs donnaient à cette cité un air sinistre.

Arrêtés, nous fûmes incarcérés à Homs, dans les locaux disciplinaires du camp des Polonais, qui eux avaient réussi à passer en Irak, avec les Anglais. Du moins je le crois.

Durant deux mois, nous restâmes emprisonnés. Entre temps, le IIe BMVE fus dissous… et rejoignit Homs. Dissolution dictée par la commission allemande d’armistice. Les volontaires continuèrent – comme tous les militaires – à porter le même uniforme, à conserver leurs armes et à être payés selon leur grade. La seule différence était qu’ils émargeaient sur des feuilles de paie spéciales du Groupement des Travailleurs Étrangers du Levant.

A la fin de l’automne 1940, le GTEL fut ramené à Baalbeck et en janvier 1941 – pendant que j’essayais d’organiser une autre désertion en escaladant le Hermon, pour passer en Galilée par le Golan – j’eus un lamentable accident. Mon chirurgien était un jeune toubib, le Docteur Huot, qui fut mobilisé au début de la guerre. Je m’aperçus un jour de manière fortuite qu’il était, comme moi, un sympathisant de De Gaulle. Il me dit un jour de façon très rapide : Dans la chambre 12, il y a un blessé palestinien «un juif» qui a peut-être besoin d’aide !

Jusqu’à mon lit de mort je me rappellerai cet échange émouvant entre deux juifs estropiés, moi l’ashkenaze et lui le Sabra Sefarad. Il avait été arrêté par la police de Vichy, lorsqu’il essayait de faire passer en Palestine des juifs, des transfuges venant d’Europe via la Turquie. Au moment de l’interrogatoire, il avait essayé de s’échapper en sautant par la fenêtre du 1er étage, s’était fracturé une jambe et aussitôt emmené à l’hôpital. Il me dit aussi que sa jambe guérissait plus vite qu’il ne s’y attendait, grâce à l’excellent docteur qui le soignait et qu’il comptait «s’envoler» de l’hôpital dans une semaine ou deux.

Mes genoux guérissaient lentement mais ils guérissaient, je commençais à pouvoir les plier, les rotules et les ménisques répondaient à mes sollicitations. En mai 1941, je tombai par hasard sur un poste palestinien qui donnait des informations en yiddish et je sus ainsi que les FFL se trouvaient en Palestine, dans un camp proche de Haiffa. Du coup, je n’eus rien d’autre en tête que de hâter ma guérison. Mon idée était de rejoindre mon unité à Baalbeck et – grâce à ma convalescence – organiser une nouvelle «fugue» pour rejoindre les Forces Françaises Libres, qui se trouvaient à moins de 200 km à vol d’oiseau.

Arrivé à Baalbeck, avec un mois de convalescence en poche, j’eus tout loisir d’organiser ma «belle» et je me mis rapidement en cheville avec deux Roumains, deux Tchèques et un Suisse. Au dernier moment, se joignit à nous un Marocain espagnol. C’était un «réfugié espagnol», ex-déserteur de la cavalerie maure de Franco.

Comme les dimanches matin il n’y avait pas d’appel, nous partîmes un samedi soir, nos musettes bien remplies de boîtes de conserve et nos bidons de deux litres pleins d’eau.

Notre intention était de rejoindre le Mont-Hermon et, si nous parvenions à l’escalader sans incident, la descente vers la Galilée serait facile et la réussite de notre «virée» ne ferait aucun doute. Il nous fallut presque une semaine pour atteindre le sommet du Hermon qui culmine à 2 825 mètres. Heureusement, même au début juin, il y avait de la neige à plus de 2 500 mètres d’altitude et nous pûmes remplir à nouveau nos bidons, complètement vides. Nous nous déshabillâmes et prîmes un formidable bain de soleil et «de neige».

Nous nous reposâmes un peu, en attendant que la nuit tombât. Un campement entouré de barbelés nous arrêta bientôt. Dans la pénombre, nous distinguions des baraquements – bien alignés – à l’européenne. Ce ne pouvait être qu’un kibboutz et, brusquement je pris mon courage à deux mains et me mis à crier, de toutes mes forces et en yidish que nous étions sept militaires français, en uniforme, mais sans armes, dont un juif, originaire de Varsovie et six «Goïms» (chrétiens). Bientôt une voix de jeune fille me répondit dans la même langue. Soudain, plusieurs baraquements s’éclairèrent et des jeunes gens armés nous ouvrirent, en dégageant les chevaux de frise qui bouchaient l’entrée. Je leur dis, d’une voix forte Toda Raba ! (Merci beaucoup) et brusquement une jeune fille se sépara du groupe, courut vers moi et m’embrassa sur la bouche de toutes ses forces.

Le lendemain, tard dans la matinée et après avoir dormi dans une grange, bien reposés et bien propres, la police anglaise vint nous chercher. On nous interrogea. Puis je rejoignis les FFL La 13e Demi- Brigade de Légion Étrangère de la 1ère Division de la France Libre était une Unité «française», cantonnée à Qastina, dans la banlieue de Haiffa. Le camp français était presque vide, le gros des FFL était déjà en Syrie, dans la région de Damas. A Qastina ne restaient que quelques bureaux et une Cie sous le commandement du Capitaine Paris de la Bollardière.

Ce fut devant lui que je signai mon acte d’engagement pour les Forces Françaises Libres et pour la durée de la guerre, et je fus aussitôt affecté à sa compagnie, dont la plupart des «anciens» avaient participé au débarquement de Narvik, en Norvège, en avril 1940.

A ma connaissance, la 13e DBLE est peut-être la seule unité française ayant combattu – sans défaillance – durant les six années de la seconde guerre mondiale, jusqu’à la signature de l’armistice. Dans ses rangs, ont combattu de nombreux officiers et soldats, rescapés de la malheureuse armée républicaine espagnole, avec abnégation et courage. Combien en ai-je vu tomber sous les coups des nazis durant les quatre années que nous combattîmes ensemble, en Libye, en Italie et en France.

Au bout de quelques jours, le camp de Qastina se vida des éléments de la France Libre, nous partîmes pour la Syrie.

De furieux combats eurent lieu. Personnellement, je m’en sortis miraculeusement, un 88 allemand, un obus qui explose toujours eut pitié de moi en… n’explosant pas ce jour-là, tombant entre mon ami Kelemen et moi, pendant que nous nous creusions un trou individuel pour nous protéger. Nous nous relevâmes, plus morts que vifs, couverts

de sable de la tête aux pieds, nous regardant, blancs comme des statues de sable avec le sentiment d’être revenus vivants du jugement dernier.

La Campagne de Syrie terminée et pendant que les combats faisaient encore rage au Liban, les Russes, qui se croyaient à l’abri, reçurent l’avalanche meurtrière des hordes nazies, qui cherchaient à s’emparer des récoltes ukrainiennes et du pétrole de Bakou. L’invasion eut lieu plus tôt que prévu, les calculs de Staline s’avérèrent faux, les «capitalistes» français n’ayant résisté que quelques semaines, donnant une victoire éclair à la Wehrmacht, qui lui permit -moins d’un an après – de fondre sur l’Armée rouge, désemparée depuis trois ou quatre ans, Staline l’ayant décapitée.

Oui ! l’Armée rouge, décapitée par Staline ne put résister au terrible choc des Allemands et reculait de toutes parts. La terre russe était rougie des flots de sang, versés par ses enfants, surtout à cause de la malfaisante politique stalinienne envers cette armée dont les principaux chefs furent lâchement assassinés sur son ordre.

La 13e DBLE se réorganisa avec l’aide des Anglais et les FFL furent incorporés dans la 8e Armée, en automne 1941. Au début de 1942, nous quittâmes nos quartiers d’hiver d’Alep que deux ans auparavant je n’avais pas été capable d’atteindre, et en avant ! pour les tempêtes de sable de Libye, que les Anglais appelaient The Western Desert. Au début de cette guerre saharienne, nous n’eûmes que peu de problèmes avec les Italiens de la Division Ariete, mais lorsque Rommel mit son grain de… sable avec son formidable Afrika Korps, la vraie guerre commença.

En juin 1942, ce fut un sauve qui peut général, une traversée du désert dans tous les sens du terme. Mon camion de ravitaillement, grâce à une réserve de fûts d’essence et d’eau, ne s’arrêta qu’à Helouan, dans la banlieue du Caire.

Fin octobre 1942, la 8e Armée, remise à neuf par Montgomery, avec des chars plus modernes et une excellente artillerie fort nombreuse, une aviation maîtresse du ciel égyptien, nous reprîmes l’offensive, pour ne nous arrêter qu’en Tunisie – en mai 1943 – où l’Afrika Korps et les débris des fameuses armées mussoliniennes, encerclées dans la presqu’île du Cap Bon, durent se rendre et sans conditions.

A cause des luttes intestines en Afrique du Nord, nous, les Forces Françaises Libres, fûmes obligés d’aller en Libye et de retourner dans les sables près de Tripoli.

J’étais persuadé, lorsque les Forces Françaises du Maréchal Juin furent ramenées des Marches de la Toscane vers le Sud de l’Italie, et embarquées dans les ports de Tárente, Bari, Brindisi et même des ports d’Afrique du Nord, j’étais persuadé que nous allions débarquer sur les plages yougoslaves où, avec l’aide de la guerrilla de Tito, notre Corps expéditionnaire, fort de plus de trois cents mille hommes, balayerait facilement les unités allemandes d’éclopés ramenés de Russie en de bien mauvaises conditions. Si Tito leur infligeait des pertes sévères nous, nous pouvions arriver à Vienne en moins d’un mois. Pendant ce temps-là, les Allemands, ne sachant plus où donner de la tête, se replieraient rapidement derrière le Rhin, sur le front français, feraient remonter vers le Nord les troupes de Grèce, malmenées et harcelées par la résistance grecque. Les troupes débarquées en Normandie et celles débarquées en Yougoslavie feraient rapidement leur jonction du côté de Prague, ou même plus à l’Est et la guerre pouvait se terminer avant la Noël 1944.

Aussi, quel ne fut pas mon étonne- ment et ma déception, lorsque le 13 août 1944 au soir, le bateau sur lequel j’avais été embarqué avec le 1er bataillon de la 13e DBLE, cingla vers l’Ouest, le lendemain matin notre bateau filait plein Nord, donc vers le midi de la France, quelque part entre Toulon et Nice pour y être – facilement débarqués -. Ma déception fut atténuée par le fait que j’allais enfin retrouver la France, mais je ne comprenais pas…

Nous étions dans le vrai, mes camarades belges et anglais et moi-même, lorsque «nos penseurs», les Kopp, Orwell et Edwards nous expliquaient – et avec quelle clarté – lorsque nous combattions sur le front d’Aragon – que ce 18 Juillet 1936 était le commencement de la seconde guerre mondiale.

Benjamin LEWINSKI

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Portrait de Benjamin Lewinski en juillet 1939.

Collectivization in Spain (Korsch, 1939)

11 novembre 2015

Article de Karl Korsch publié dans Living Marxism N°6 (avril 1939), consistant en plus qu’une note de lecture de L’oeuvre constructive de la Révolution Espagnole. Recueil de documents (CNT, 1937), disponible au format pdf:

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The Spanish Revolution (POUM, 1936-1937)

7 novembre 2015

Bulletin hebdomadaire (puis moins régulier) du P.O.U.M. en langue anglaise, prenant la suite d’un simple Information Bulletin of the P.O.U.M. que nous avions déjà mis en ligne.

N°1 (21 octobre 1936):

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N°2 (28 octobre 1936):

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N°3 (4 novembre 1936):

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(extrait texte)

N°4 (11 novembre 1936):

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N°5 (18 novembre 1936):

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N°6 (25 novembre 1936):

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N°7 (2 décembre 1936)!

sr1-7-1N°8 (9 décembre 1936):

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N°9 (23 décembre 1936):

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vol. II N°1 (6 janvier 1937):

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vol. II N° 2 (3 février 1937):

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vol. II N°3 (17 février 1937):

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vol. II N°4 (3 mars 1937):

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vol. II N°5 (17 mars 1937):

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vol. II N°6 (31 mars 1937):

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vol. II N°7 (21 avril 1937):

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vol. II N°8 (19 mai 1937):

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The Civil War in Spain (Mattick, 1936)

3 novembre 2015

Numéro d’octobre 1936 d’International Council Correspondance spécialement consacré à la situation en Espagne, entièrement rédigé par Paul Mattick.

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Voir aussi:

La represión contra la CNT y los revolucionarios

23 octobre 2015

Présentation par Agustín Guillamón le 19 octobre dernier de son dernier livre ( LA REPRESIÓN CONTRA LA CNT Y LOS REVOLUCIONARIOS. Descontrol, Barcelona, 2015, 484 p., 15 euros). Disponible en espagnol au format pdf:

Portada La represión c. la CNT

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La mort d’Etchebehere dans La Batalla (1936)

25 juillet 2015

(Une partie du texte, illisible, n’a pu être traduit)

Un grand camarade est mort: LUIS HIPOLITO ETCHEBEHERE

Un fatidique télégramme urgent apporte la douloureuse, la tragique nouvelle : « Luis Hipólito Etchebehere, de notre colonne de Madrid, est mort en vrai révolutionnaire dans le combat livré aujourd’hui à Atienza contre les fascistes – Comité de Madrid. »

J’ai peine à croire la nouvelle, pourtant je dois me résigner à l’expliquer. Il n’y a que 48 heures que je me séparai de lui à Madrid pour partir vers Barcelone. Vendredi dernier, Etchebehere est allé à Madrid pour assister à une réunion du Comité. Il y était pour régler les difficultés de notre colonne madrilène à Sigüenza. Plein d’optimisme et d’énergie, il était parti sur le front de Sigüenza.

Le télégramme des camarades de Madrid ne donne pas de détails, mais dit l’essentiel: « Mort comme un véritable révolutionnaire », c’est-à-dire comme il avait toujours vécu. Etchebehere était plus connu en France et en Allemagne qu’en Espagne, où il était arrivé il y a trois mois. C’était un vrai révolutionnaire professionnel, au sens le plus juste du terme. (…). Excellent auteur, dont les articles sur les révolution allemande dans « Masses », sous le pseudonyme de « Juan Rústico » (…). Extraordinaire (…), d’une grande culture (…). Il était un un militant complet.

Dès le début du mouvement, Etchebehere se présenta immédiatement à notre section de Madrid, sollicitant un poste au front. Qa grande capacité, la confiance illimitée que sa sérénité nous inspirait, et ses relatives connaissances militaires vues les circonstances, conduisirent le Comité de Madrid a le nommer aussitôt chef de notre colonne.

(…) profonde tristesse qu’une telle perte irréparable produira dans notre (…) de Siguenza. Et pas seulement chez nous, mais parmi tous les combattants du front de Guadalajara, qui avaient trouvé en lui le meilleur militant et homme de confiance.
(…) Il y a quelques jours, les paysans demandaient de ses nouvelles suite à un petit rhume (…)

Etchebehere appartenait au groupe « Que faire ? », de Paris, avec lequel [?]. Il s’identifiait politiquement avec Landau. (…)

Notre colonne de Sigüenza a perdu un chef (…). Le mouvement ouvrier international un de ses meilleurs militants.

Etchebehere était de nationalité franco-argentine. Il était venu en Espagne pour trouver un (…) contres les (…) et (…) intérêt politique pour notre pays. Entre Sigüenza et Atienza, il a perdu la vie.

Nous partageons l’expression de notre douleur et solidarité la plus absolue avec la camarade Mika Etchebehere, qui a (…) recueilli le corps encore tiède de son compagnon bien-aimé. Mika, « la madredita » [petite mère] comme la connaissent les miliciens de notre colonne, fait aussi partie de la (…) sur le front de Sigüenza comme dirigeante militaire du P.O.U.M. Mais (…) sa mission est aussi de prodiguer l’affection d’une vraie mère aux «garçons» de notre colonne, comme elle le dit.

Juan Andrade

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Extrait de La Batalla du 18 août 1936

(second article, non traduit)

Nuevos detalles sobre la heroica muerte del camarada Etchebehere.

Con motivo de la muerte de nuestro querido camarada Luis Hipólito Etchebehere, la Columna del P.O.U.M. de Madrid, que opera en Sigüenza, ha recibido numerosos testimonios de solidaridad de todos los trabajadores, tanto socialistas, como comunistas y anarquistas, que actuan en aquel frente.
(foto) Nuestro camarada Luis Hipólito Etchebehere, muerto heroícamente en el combate librado el día 17 en Atienza contra los fascistas.
En una carta que recibimos de nuestros camaradas de Madrid, se completan los informes sobre las circunstancias en que tuvo efecto la muerte de nuestro heroíco camarada Etchebehere.
« La muerte del camarada Etchebehere-dice la carta de los compañeros de Madrid, se produjo en la siguiente forma. Estábamos al pie del pueblo, sin nada que nos guareciese del fuego enemigo. Esto nos obligaba a permanecer tumbados. En estas [?], Etchebehere se levantó para inspeccionar el campo enemigo, y al volver a su sitio tuvo la mala fortuna de que lo alcanzase una bala enemiga.
El capitán Martínez presente nos hizo ver la imposiblidad de recoger el cadáver para llevarlo a Sigüenza y después a Madrid. Dicha operación habría de costar varias vidas, y ello nos obligó a desistir, con gran sentimiento de todos, que a toda costa queríamos traernos el cadáver de nuestro camarada. Le muerte del camarada Etchebehere ha producido en toda la columna hondo sentimiento. Todos los milicianos de todas las tendencias obreras estrecharon las manos de nuestros camaradas como prueba de solidaridad ante el dolor que a todos nos ha producido la muerte de Etchebehere.

El prestigio de nuestro Partido ha crecido enormemente. Los [?] y las gentes del pueblo han considerado la toma de Atienza como una cuestión de honor para el P.O.U.M. Al llegar a Sigüenza se acercaron a nosotros algunos anarquistas que se expresaron poco más o menos de la siguiente manera : somos anarquistas, pero sentíamos hacia nuestro jefe gran devoción por su bondad y sobre todo por su valor personal. Creemos que nos será dificil encontrar otro camarada de las condiciones de Etchebehere.
Estas pruebas de solidaridad por parte de todos los milicianos, alientan a nuestros camaradas que hoy no sienten más que deseos de vengar en breve al camarada Etchebehere. Como se desprende de las anteriores líneas de nuestros camaradas madrileños, Etchebehere ha muerto como un verdadero revolucionario, y su cadáver quedó en el campo de batalla. Nuestro sentimiento es doble por haberlo perdido y por no poder dedicarle nuestra despedida emocionada. Esperamos, como dicen nuestros camaradas de Madrid, que pronto será vengado.

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Extrait de La Batalla du 20 août 1936

Petit Guide de la Révolution espagnole

19 juillet 2015

Pdf de 12 pages à télécharger librement:

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La represión contra la CNT y los revolucionarios

30 juin 2015

Agustín GUILLAMÓN vient de sortir un nouveau livre: La represión contra la CNT y los revolucionarios (Ediciones Descontrol, Barcelona, 2015,  484 p., 15 euros.) Demander les frais de port à Descontrol: descontrol@riseup.net.

Durante las sangrientas jornadas de mayo de 1937 los comités revolucionarios desbordaron a los comités superiores cenetistas. La insurrección de los trabajadores no fue derrotada militarmente, sino políticamente, cuando los líderes anarcosindicalistas dieron la orden de alto el fuego.

El hambre y el desarme eran los dos objetivos necesarios para el inicio del proceso contrarrevolucionario, que desencadenó toda su fuerza represiva contra los militantes cenetistas y las minorías revolucionarias en el verano de 1937.

La represión de los estalinistas y de la justicia republicana fue de carácter SELECTIVO: intentó integrar a los comités superiores en el aparato estatal, al mismo tiempo que desencadenaba una feroz represión contra los revolucionarios y encarcelaba a los dirigentes que habían tenido cargos de responsabilidad en Orden Público.

Después de mayo la CNT desapareció en algunas comarcas y poblaciones catalanas, disminuyendo en todas partes su influencia. El regreso de las antiguas fuerzas del orden (guardias de asalto y guardia civil) fue una reconquista que exigía el castigo de los componentes de los comités revolucionarios de julio de 1936, considerados ahora como “usurpadores e incontrolados”, aunque su intervención frente al fascismo había sido imprescindible para la supervivencia de la República.

Esa represión del anarcosindicalismo fue acompañada por una actitud pasiva de los comités superiores, que optaron por una defensa individual y jurídica de los presos, en lugar de una defensa colectiva y política. Los millares de presos anarcosindicalistas exigieron a los comités superiores un mayor compromiso y solidaridad, que sólo consiguió una campaña de prensa clandestina en favor de los presos, sin renunciar nunca al colaboracionismo. Los presos cenetistas anunciaron una huelga de hambre para obtener esa solidaridad, denegada al principio por los comités superiores en nombre de la lealtad institucional al gobierno

De la violencia revolucionaria de los comités contra la burguesía y los fascistas, característica de julio de 1936, se había pasado a la violencia represiva de las fuerzas burguesas del orden capitalista y de la justicia republicana contra la CNT y los revolucionarios. En el seno de la CNT esa represión de la oposición revolucionaria interna era simultánea a la integración de los comités superiores en el aparato estatal. No se trataba de ninguna “traición” de los dirigentes, sino de las dos vertientes necesarias y complementarias de un mismo proceso contrarrevolucionario: represión y persecución de los revolucionarios e institucionalización de los comités superiores.

El orden público burgués se fundamentaba en la unidad antifascista de todas las organizaciones, con el objetivo único de ganar la guerra. Ese objetivo suponía la plena sumisión de la CNT a un Estado fuerte, así como la extensión de la militarización al trabajo, a la economía y a todas las relaciones sociales y políticas

En junio de 1937 se creó la Comisión Asesora Política (CAP), recuperación de un ejecutivo fuerte y ágil de la CNT (como había sido el Comité de comités de julio de 1936) capaz de impedir un nuevo desbordamiento de la militancia, como había sucedido en mayo.

Juan García Oliver y los comités superiores repitieron el 20 de septiembre de 1937 su papel de bomberos e impidieron la resistencia contra el asalto del PSUC y las fuerzas de orden de la Generalidad al edificio de los Escolapios, sede del sindicato de la alimentación, de diversos grupos anarquistas y del último comité de defensa de barriada aún existente.

En octubre de 1937 la guerra y la constante dejación de principios habían devorado ya a la revolución.

Portada La represión c. la CNT

L’assassinat et l’enterrement de Berneri et Barbieri à Barcelone, mai 1937

22 juin 2015

Documentation envoyée par Agustín Guillamón, traduite en français par le CATS de Caen.

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Barricade dressée en mai 1937 sur la Plaza Dostoievski (aujourd’hui Plaza del Angel), au début de la rue Llibreteria. Cette photo serait la vision qu’on aurait de la barricade en sortant du porche où vivait Berneri, en regardant vers la droite vers le Palais de la Généralité. Elle était située face au Syndicat Agua, Luz y Fuerza (électricité) de l’UGT. Cette barricade avait été érigée par des militants du PSUC pour se protéger contre toute avance qui pourraient s’effectuer depuis la vía Layetana pour attaquer la Généralité. (Agustín Guillamón)

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Vision de la même barricade depuis la rue Llibreteria. Au fond, en dessous du drapeau, une affiche qui dit Sindicato de Trabajadores de Agua, Luz y Fuerza de l’UGT (Syndicat de Travailleurs Eau, Lumière et Force), sur un édifice situé dans la rue Durruti (Layetana). À gauche, entre deux colonnes, le portail où vivait Berneri, en pleine Plaza del Angel (Dostoievski), au numéro 2, second étage, première porte. La photo montre clairement que le portail de l’édifice, où vivait Berneri, se trouvait à la merci du feu croisé entre la barricade du PSUC et les balcons du syndicat de l’UGT. Sur la photo, on peut de plus apprécier que le porche de la maison où vivait Berneri était entouré par une barricade qui allait depuis la rue Durruti (aujourd’hui Layetana) jusqu’au centre de la Plaza Dostoievski (aujourd’hui Plaza del Ángel). Personne ne pouvait entrer ou sortir du porche sans l’autorisation des maîtres de la barricade. Sur la terrasse de l’édifice, des mitrailleuses furent positionnées pour tirer vers la rue Durruti et la Maison CNT-FAI, située à environ 200 mètres. Ainsi, donc, le lieu était totalement contrôlé par le PSUC-UGT: la barricade de la rue Llibretería, la barricade de la Place et le siège du syndicat ugétiste. C’était une norme élémentaire de sécurité que les staliniens enquêtent et fouillent les étages de l’édifice où vivait Berneri, qui était au centre du système défensif stalinien. Berneri et Barbieri étaient dans le pire endroit possible, au pire des moments. Les anarchistes italiens qui vivaient dans l’édifice furent identifiés lors d’une première visite (mardi 4 mai à dix heures du matin), les armes (trois fusils) furent saisies lors d’une seconde fouille (mardi 4 à trois heures de l’après-midi) et on leur donna l’ordre de ne pas quitter l’édifice, la troisième fois ils revinrent avec « l’ordre supérieur » d’arrêter Berneri et Barbieri (mercredi 5 mai 1937, à six heures de l’après-midi). La nuit du 5 au 6 mai le cadavre de Berneri apparut très près du Palais de la Généralité, à peine à cinquante mètres de la Plaza del Ángel. Le cadavre de Barbieri fut trouvé sur les Ramblas. Seuls les staliniens pouvaient les arrêter, seuls les staliniens pouvaient les assassiner, seuls quelques noms pouvaient donner l’ordre supérieur de l’exécution : le consul soviétique Antono Ovseenko, le dirigeant du PSUC dans l’ombre Gerö (« Pedro »)… ( Agustín Guillamón)

Autopsie de Camillo Berneri

« L’autopsie pratiquée sur le cadavre de notre camarade Berneri démontre la facilité avec laquelle oeuvrèrent les assassins pour mener à bien leur exploit. Voyons comment. Le corps présente une blessure par arme à feu avec un orifice d’entrée par derrière la ligne de l’aisselle droite et de sortie au mamelon droit au niveau de la septième côte. Le projectile marque une direction de gauche à droite, DE L’ARRIÈRE VERS L’AVANT ET DE HAUT EN BAS, De même apparaît une autre blessure par arme à feu dans la région temporale-occipitale droite AVEC UNE DIRECTION DE HAUT EN BAS ET DE L’ARRIÈRE VERS L’AVANT. À en juger par la situation des bords des blessures, celles-ci ont été produites à courte distance et à une mesure minimale de 0,75 mètres. Les blessures furent causées l’agresseur étant situé derrière ou sur le coté par rapport à l’agressé, pour ce qui fait référence à la blessure abdominale et sur un plan de supériorité en ce qui concerne celle de la tête [1] ».

*

C’est à dire qu’on lui tira un premier coup de feu qui lui traversa la poitrine depuis l’aisselle droite jusqu’au mamelon droit et ensuite, tombé au sol, on lui donna le coup de grâce dans la tempe droite, avec une sortie de la balle par la nuque.

*

« Et telle a été la mort du camarade Berneri, au coté de Barbieri. Voici les procédés qui ont été mis en pratique aujourd’hui, comme à la mi-avril furent mis en jeu d’autres analogues pour faire disparaître Mark Rein, le fils du menchevique Abramovih, rédacteur en chef du journal Democratic Kraten. La Police pratiqua alors des gestions pour trouver le disparu. Il n’y eut pas de succès dans celles-ci. Exactement pareil que ce qui arrivera dans ce cas, quand on se lance dans des enquêtes pittoresques sur la mort de ces camarades »[2].

Notes:


[1] Solidaridad Obrera, mardi 11 mai 1937, page 2.

[2] Idem.

L’enterrement de Berneri

En mai 1937 l’édifice de l’Hôpital Clinique hébergeait la Morgue Judiciaire, lieu où l’on conduisait toute personne décédée dans les rues de la ville, en pratiquant une autopsie et en débutant l’enquête judiciaire correspondante, si nécessaire.

Le 4 mai, à 16 heures entrèrent les cadavres de Lorenzo Diperetti et Adriano Ferrari, et à 16h et quinze minutes le cadavre de Marcon Pietro. Le 6 mai, à 6 heures du matin, entrèrent les cadavres de Camilo Verneri et Francisco Barbieri.

À chacun d’entre eux, on donna un numéro d’ordre, et l’on remplit sur la fiche d’entrée les rubriques habituelles.

Lorenzo Diperetti [Lorenzo di Peretti], numéro d’ordre 942-Barcelone, 4 mai, 16 heures, provenant de la Généralité, tribunal numéro 3, médecin légiste qui pratiqua l’autopsie: Dr. Cunillera.

Adriano Ferrari, numéro d’ordre 943-Barcelone, 4 mai, 16 heures, provenant de la Généralité, tribunal numéro 3, médecin légiste qui pratiqua la autopsie: Dr. Cunillera.

Marcon Pietro [Marco Pietro], numéro d’ordre 949-Barcelone, 4 mai, 16 heures et quinze pays, provenant du Paseo de Gracia numéro 14, tribunal numéro 3, médecin légiste qui pratiqua la autopsie: Dr. Cunillera.

Camilo Verneri [Camillo Berneri], numéro d’ordre 1039-Barcelone, 6 mai, 6 heures du matin, provenant du Plaza de la República, tribunal numéro 4, médecin légiste qui pratiqua l’autopsie: Dr. Condemines.

Francisco Barbieri [Francesco Barbieri], numéro d’ordre 1040-Barcelone, 6 mai, 6 heures du matin, provenant des Ramblas, tribunal numéro 4, médecin légiste qui pratiqua l’autopsie: Dr. Condemines.

Quant au lieu de recueil des cadavres des cadavres et étant donné que le Palais de la Généralité est sur la Plaza de la República [Aujourd’hui Plaza de Sant Jaume], on doit constater que trois des cinq cadavres furent recueillis sur cette petite place, où étaient et sont situés les édifices de la municipalité et du gouvernement autonome. Il faut indiquer de plus que la Plaza del Ángel [durant la guerre Dostoievski] est à environ 200 mètres de la Plaza de la República.

11 mai, mardi.

Les Comités Régionaux de la CNT, de la FAI et des Jeunesses Libertaires distribuèrent un manifeste [3] conjoint, dans lequel on faisait le bilan des Journées de mai. Ils qualifiaient de provocation la tentative d’assaut contre l’édifice de la Telefónica par Rodríguez Salas et Artemi Aguadé, « dont le Conseil de la Généralité n’avait pas connaissance ». La responsabilité était donc mise sur ces deux personnes, disculpant ainsi le Gouvernement de la Généralité2. La réponse à cette provocation était considérée comme « spontanée », sans entrer dans des considérations plus profondes.

Les Évènements de Mai se réduisaient à « trois jours de lutte fratricide à Barcelone. Trois jours de chasse à l’homme, systémique et terrible ».

On relatait les assassinats de douze militants de la CNT à San Andrés « emmenés dans une ambulance au cimetière de Sardañola », les cinq hommes de la

ronde d’Eroles (un groupe armé d’enquête), les quinze militants assassinés dans les alentours de Tarragona, le cadavre de l’italien Berneri, pour terminer en regrettant « toutes les victimes d’un coté ou d’un autre ».

On soulignait le danger d’une intervention étrangère, avec la présence dans le port de Barcelone « de six navires français et anglais », durant « le mercredi et le jeudi de la semaine passée ».

La CNT et la FAI « furent contrainte au mouvement par une manoeuvre monstrueuse dans laquelle intervinrent de nombreux acteurs différents dont nous prononcerons les noms, en les accusant avec des preuves, quand l’occasion se présentera ».

On ne tirait pas d’autres leçons que la dénonciation de provocateurs et de provocations à venir, avertissant de cela la force publique et l’UGT, avec un appel à l’unité ouvrière « contre l’ennemi commun, celui de l’intérieur et de l’extérieur, celui du front et de l’arrière».

*

Le matin la cérémonie d’enterrement de Domingo Ascaso s’effectua discrètement. Celle de Camillo Berneri se fit l’après-midi. Les autorités d’Ordre Public, secondées par les recommandations à la concorde des comités supérieurs de la CNT, avaient interdit les cortèges funéraires pour ne pas enflammer les esprits. Défiant cette interdiction, les cadavres des militants anarchistes italiens Camillo Berneri, Francesco Barbieri, Adriano Ferrari, Lorenzo di Peretti et Marco Pietro1 furent accompagnés, depuis l’Hôpital Clinique jusqu’au cimetière de Sants, par un défilé de plusieurs milliers de compagnons et d’amis, emmené par le drapeau noir du Groupe allemand DAS [4] . Il y avait cinq chars funèbres, tirés chacun par deux chevaux.

<Les rédacteurs de Guerra di classe signalèrent la présence, depuis le début, de la compagne de Barbieri et l’intégration, par la suite, en pleine rue, de la compagne et de la fille de Berneri, arrivées en auto depuis la frontière de Port-Bou. « Il n’y eut aucun discours », ni d’autres hommages que celui du drapeau noir incliné sur les cinq cercueils [5], et le jour suivant ils furent inhumés dans les différentes fosses assignées, dont la section italienne de la CNT était titulaire.

Le 30 décembre 1940 les restes de Marco Pietro et Francisco Barbieri furent transférés à la fosse commune du cimetière de Sants. Le 7 novembre 1941 il se produisit la même chose avec les restes d’Adriano Ferrari et Lorenzo di Peretti. Finalement les restes de Camilo Berneri furent transférés dans la fosse commune de ce cimetière le 16 novembre 1951.

Agustín Guillamón.

Traduction du CATS de CAEN

 

 

Notes:

[1] CNT-FAI-FIJL-AIT: « Las organizaciones regionales de Cataluña afectas a la CNT, FAI y FIJL a la opinión pública ». Manifeste/Feuille volante. [AEP- C 606].

[2] Il est suffisamment prouvé de manière documentée que l’ordre d’occuper l’édifice de la Telefónica provenait du Président de la Généralité, et qu’il n’avait pas été approuvé par le Conseil, dans lequel il y avait une participation cénétiste.

[3] Lettre à l’auteur des Cimetières de Barcelone (9 octobre 2013), qui rectifie le nom erroné publié dans Guerra di classe: « Pietro Macon ».

[4] Nelles, Piotrowski, Linse et García: Antifascistas alemanes en Barcelona (1933-1939). Sintra, Barcelone, 2010, p.353, note 12. Également dans Guerra di classe (25 mai 1937).

[5] Guerra di classe (25 mai 1937), couverture.

Les volontaires internationaux dans les Milices du POUM

12 juin 2015

Texte d’une conférence d’Andy Durgan en 1997, disponible jusqu’alors en anglais sur le site de la Fondation Andreu Nin et sur Libcom.org, qui vient d’être traduit en français (féminisé) par le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen.

Disponible au format pdf:

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