Archive for the ‘Révolution espagnole’ Category

La represión contra la CNT y los revolucionarios

30 juin 2015

Agustín GUILLAMÓN vient de sortir un nouveau livre: La represión contra la CNT y los revolucionarios (Ediciones Descontrol, Barcelona, 2015,  484 p., 15 euros.) Demander les frais de port à Descontrol: descontrol@riseup.net.

Durante las sangrientas jornadas de mayo de 1937 los comités revolucionarios desbordaron a los comités superiores cenetistas. La insurrección de los trabajadores no fue derrotada militarmente, sino políticamente, cuando los líderes anarcosindicalistas dieron la orden de alto el fuego.

El hambre y el desarme eran los dos objetivos necesarios para el inicio del proceso contrarrevolucionario, que desencadenó toda su fuerza represiva contra los militantes cenetistas y las minorías revolucionarias en el verano de 1937.

La represión de los estalinistas y de la justicia republicana fue de carácter SELECTIVO: intentó integrar a los comités superiores en el aparato estatal, al mismo tiempo que desencadenaba una feroz represión contra los revolucionarios y encarcelaba a los dirigentes que habían tenido cargos de responsabilidad en Orden Público.

Después de mayo la CNT desapareció en algunas comarcas y poblaciones catalanas, disminuyendo en todas partes su influencia. El regreso de las antiguas fuerzas del orden (guardias de asalto y guardia civil) fue una reconquista que exigía el castigo de los componentes de los comités revolucionarios de julio de 1936, considerados ahora como “usurpadores e incontrolados”, aunque su intervención frente al fascismo había sido imprescindible para la supervivencia de la República.

Esa represión del anarcosindicalismo fue acompañada por una actitud pasiva de los comités superiores, que optaron por una defensa individual y jurídica de los presos, en lugar de una defensa colectiva y política. Los millares de presos anarcosindicalistas exigieron a los comités superiores un mayor compromiso y solidaridad, que sólo consiguió una campaña de prensa clandestina en favor de los presos, sin renunciar nunca al colaboracionismo. Los presos cenetistas anunciaron una huelga de hambre para obtener esa solidaridad, denegada al principio por los comités superiores en nombre de la lealtad institucional al gobierno

De la violencia revolucionaria de los comités contra la burguesía y los fascistas, característica de julio de 1936, se había pasado a la violencia represiva de las fuerzas burguesas del orden capitalista y de la justicia republicana contra la CNT y los revolucionarios. En el seno de la CNT esa represión de la oposición revolucionaria interna era simultánea a la integración de los comités superiores en el aparato estatal. No se trataba de ninguna “traición” de los dirigentes, sino de las dos vertientes necesarias y complementarias de un mismo proceso contrarrevolucionario: represión y persecución de los revolucionarios e institucionalización de los comités superiores.

El orden público burgués se fundamentaba en la unidad antifascista de todas las organizaciones, con el objetivo único de ganar la guerra. Ese objetivo suponía la plena sumisión de la CNT a un Estado fuerte, así como la extensión de la militarización al trabajo, a la economía y a todas las relaciones sociales y políticas

En junio de 1937 se creó la Comisión Asesora Política (CAP), recuperación de un ejecutivo fuerte y ágil de la CNT (como había sido el Comité de comités de julio de 1936) capaz de impedir un nuevo desbordamiento de la militancia, como había sucedido en mayo.

Juan García Oliver y los comités superiores repitieron el 20 de septiembre de 1937 su papel de bomberos e impidieron la resistencia contra el asalto del PSUC y las fuerzas de orden de la Generalidad al edificio de los Escolapios, sede del sindicato de la alimentación, de diversos grupos anarquistas y del último comité de defensa de barriada aún existente.

En octubre de 1937 la guerra y la constante dejación de principios habían devorado ya a la revolución.

Portada La represión c. la CNT

L’assassinat et l’enterrement de Berneri et Barbieri à Barcelone, mai 1937

22 juin 2015

Documentation envoyée par Agustín Guillamón, traduite en français par le CATS de Caen.

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Barricade dressée en mai 1937 sur la Plaza Dostoievski (aujourd’hui Plaza del Angel), au début de la rue Llibreteria. Cette photo serait la vision qu’on aurait de la barricade en sortant du porche où vivait Berneri, en regardant vers la droite vers le Palais de la Généralité. Elle était située face au Syndicat Agua, Luz y Fuerza (électricité) de l’UGT. Cette barricade avait été érigée par des militants du PSUC pour se protéger contre toute avance qui pourraient s’effectuer depuis la vía Layetana pour attaquer la Généralité. (Agustín Guillamón)

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Vision de la même barricade depuis la rue Llibreteria. Au fond, en dessous du drapeau, une affiche qui dit Sindicato de Trabajadores de Agua, Luz y Fuerza de l’UGT (Syndicat de Travailleurs Eau, Lumière et Force), sur un édifice situé dans la rue Durruti (Layetana). À gauche, entre deux colonnes, le portail où vivait Berneri, en pleine Plaza del Angel (Dostoievski), au numéro 2, second étage, première porte. La photo montre clairement que le portail de l’édifice, où vivait Berneri, se trouvait à la merci du feu croisé entre la barricade du PSUC et les balcons du syndicat de l’UGT. Sur la photo, on peut de plus apprécier que le porche de la maison où vivait Berneri était entouré par une barricade qui allait depuis la rue Durruti (aujourd’hui Layetana) jusqu’au centre de la Plaza Dostoievski (aujourd’hui Plaza del Ángel). Personne ne pouvait entrer ou sortir du porche sans l’autorisation des maîtres de la barricade. Sur la terrasse de l’édifice, des mitrailleuses furent positionnées pour tirer vers la rue Durruti et la Maison CNT-FAI, située à environ 200 mètres. Ainsi, donc, le lieu était totalement contrôlé par le PSUC-UGT: la barricade de la rue Llibretería, la barricade de la Place et le siège du syndicat ugétiste. C’était une norme élémentaire de sécurité que les staliniens enquêtent et fouillent les étages de l’édifice où vivait Berneri, qui était au centre du système défensif stalinien. Berneri et Barbieri étaient dans le pire endroit possible, au pire des moments. Les anarchistes italiens qui vivaient dans l’édifice furent identifiés lors d’une première visite (mardi 4 mai à dix heures du matin), les armes (trois fusils) furent saisies lors d’une seconde fouille (mardi 4 à trois heures de l’après-midi) et on leur donna l’ordre de ne pas quitter l’édifice, la troisième fois ils revinrent avec « l’ordre supérieur » d’arrêter Berneri et Barbieri (mercredi 5 mai 1937, à six heures de l’après-midi). La nuit du 5 au 6 mai le cadavre de Berneri apparut très près du Palais de la Généralité, à peine à cinquante mètres de la Plaza del Ángel. Le cadavre de Barbieri fut trouvé sur les Ramblas. Seuls les staliniens pouvaient les arrêter, seuls les staliniens pouvaient les assassiner, seuls quelques noms pouvaient donner l’ordre supérieur de l’exécution : le consul soviétique Antono Ovseenko, le dirigeant du PSUC dans l’ombre Gerö (« Pedro »)… ( Agustín Guillamón)

Autopsie de Camillo Berneri

« L’autopsie pratiquée sur le cadavre de notre camarade Berneri démontre la facilité avec laquelle oeuvrèrent les assassins pour mener à bien leur exploit. Voyons comment. Le corps présente une blessure par arme à feu avec un orifice d’entrée par derrière la ligne de l’aisselle droite et de sortie au mamelon droit au niveau de la septième côte. Le projectile marque une direction de gauche à droite, DE L’ARRIÈRE VERS L’AVANT ET DE HAUT EN BAS, De même apparaît une autre blessure par arme à feu dans la région temporale-occipitale droite AVEC UNE DIRECTION DE HAUT EN BAS ET DE L’ARRIÈRE VERS L’AVANT. À en juger par la situation des bords des blessures, celles-ci ont été produites à courte distance et à une mesure minimale de 0,75 mètres. Les blessures furent causées l’agresseur étant situé derrière ou sur le coté par rapport à l’agressé, pour ce qui fait référence à la blessure abdominale et sur un plan de supériorité en ce qui concerne celle de la tête [1] ».

*

C’est à dire qu’on lui tira un premier coup de feu qui lui traversa la poitrine depuis l’aisselle droite jusqu’au mamelon droit et ensuite, tombé au sol, on lui donna le coup de grâce dans la tempe droite, avec une sortie de la balle par la nuque.

*

« Et telle a été la mort du camarade Berneri, au coté de Barbieri. Voici les procédés qui ont été mis en pratique aujourd’hui, comme à la mi-avril furent mis en jeu d’autres analogues pour faire disparaître Mark Rein, le fils du menchevique Abramovih, rédacteur en chef du journal Democratic Kraten. La Police pratiqua alors des gestions pour trouver le disparu. Il n’y eut pas de succès dans celles-ci. Exactement pareil que ce qui arrivera dans ce cas, quand on se lance dans des enquêtes pittoresques sur la mort de ces camarades »[2].

Notes:


[1] Solidaridad Obrera, mardi 11 mai 1937, page 2.

[2] Idem.

L’enterrement de Berneri

En mai 1937 l’édifice de l’Hôpital Clinique hébergeait la Morgue Judiciaire, lieu où l’on conduisait toute personne décédée dans les rues de la ville, en pratiquant une autopsie et en débutant l’enquête judiciaire correspondante, si nécessaire.

Le 4 mai, à 16 heures entrèrent les cadavres de Lorenzo Diperetti et Adriano Ferrari, et à 16h et quinze minutes le cadavre de Marcon Pietro. Le 6 mai, à 6 heures du matin, entrèrent les cadavres de Camilo Verneri et Francisco Barbieri.

À chacun d’entre eux, on donna un numéro d’ordre, et l’on remplit sur la fiche d’entrée les rubriques habituelles.

Lorenzo Diperetti [Lorenzo di Peretti], numéro d’ordre 942-Barcelone, 4 mai, 16 heures, provenant de la Généralité, tribunal numéro 3, médecin légiste qui pratiqua l’autopsie: Dr. Cunillera.

Adriano Ferrari, numéro d’ordre 943-Barcelone, 4 mai, 16 heures, provenant de la Généralité, tribunal numéro 3, médecin légiste qui pratiqua la autopsie: Dr. Cunillera.

Marcon Pietro [Marco Pietro], numéro d’ordre 949-Barcelone, 4 mai, 16 heures et quinze pays, provenant du Paseo de Gracia numéro 14, tribunal numéro 3, médecin légiste qui pratiqua la autopsie: Dr. Cunillera.

Camilo Verneri [Camillo Berneri], numéro d’ordre 1039-Barcelone, 6 mai, 6 heures du matin, provenant du Plaza de la República, tribunal numéro 4, médecin légiste qui pratiqua l’autopsie: Dr. Condemines.

Francisco Barbieri [Francesco Barbieri], numéro d’ordre 1040-Barcelone, 6 mai, 6 heures du matin, provenant des Ramblas, tribunal numéro 4, médecin légiste qui pratiqua l’autopsie: Dr. Condemines.

Quant au lieu de recueil des cadavres des cadavres et étant donné que le Palais de la Généralité est sur la Plaza de la República [Aujourd’hui Plaza de Sant Jaume], on doit constater que trois des cinq cadavres furent recueillis sur cette petite place, où étaient et sont situés les édifices de la municipalité et du gouvernement autonome. Il faut indiquer de plus que la Plaza del Ángel [durant la guerre Dostoievski] est à environ 200 mètres de la Plaza de la República.

11 mai, mardi.

Les Comités Régionaux de la CNT, de la FAI et des Jeunesses Libertaires distribuèrent un manifeste [3] conjoint, dans lequel on faisait le bilan des Journées de mai. Ils qualifiaient de provocation la tentative d’assaut contre l’édifice de la Telefónica par Rodríguez Salas et Artemi Aguadé, « dont le Conseil de la Généralité n’avait pas connaissance ». La responsabilité était donc mise sur ces deux personnes, disculpant ainsi le Gouvernement de la Généralité2. La réponse à cette provocation était considérée comme « spontanée », sans entrer dans des considérations plus profondes.

Les Évènements de Mai se réduisaient à « trois jours de lutte fratricide à Barcelone. Trois jours de chasse à l’homme, systémique et terrible ».

On relatait les assassinats de douze militants de la CNT à San Andrés « emmenés dans une ambulance au cimetière de Sardañola », les cinq hommes de la

ronde d’Eroles (un groupe armé d’enquête), les quinze militants assassinés dans les alentours de Tarragona, le cadavre de l’italien Berneri, pour terminer en regrettant « toutes les victimes d’un coté ou d’un autre ».

On soulignait le danger d’une intervention étrangère, avec la présence dans le port de Barcelone « de six navires français et anglais », durant « le mercredi et le jeudi de la semaine passée ».

La CNT et la FAI « furent contrainte au mouvement par une manoeuvre monstrueuse dans laquelle intervinrent de nombreux acteurs différents dont nous prononcerons les noms, en les accusant avec des preuves, quand l’occasion se présentera ».

On ne tirait pas d’autres leçons que la dénonciation de provocateurs et de provocations à venir, avertissant de cela la force publique et l’UGT, avec un appel à l’unité ouvrière « contre l’ennemi commun, celui de l’intérieur et de l’extérieur, celui du front et de l’arrière».

*

Le matin la cérémonie d’enterrement de Domingo Ascaso s’effectua discrètement. Celle de Camillo Berneri se fit l’après-midi. Les autorités d’Ordre Public, secondées par les recommandations à la concorde des comités supérieurs de la CNT, avaient interdit les cortèges funéraires pour ne pas enflammer les esprits. Défiant cette interdiction, les cadavres des militants anarchistes italiens Camillo Berneri, Francesco Barbieri, Adriano Ferrari, Lorenzo di Peretti et Marco Pietro1 furent accompagnés, depuis l’Hôpital Clinique jusqu’au cimetière de Sants, par un défilé de plusieurs milliers de compagnons et d’amis, emmené par le drapeau noir du Groupe allemand DAS [4] . Il y avait cinq chars funèbres, tirés chacun par deux chevaux.

<Les rédacteurs de Guerra di classe signalèrent la présence, depuis le début, de la compagne de Barbieri et l’intégration, par la suite, en pleine rue, de la compagne et de la fille de Berneri, arrivées en auto depuis la frontière de Port-Bou. « Il n’y eut aucun discours », ni d’autres hommages que celui du drapeau noir incliné sur les cinq cercueils [5], et le jour suivant ils furent inhumés dans les différentes fosses assignées, dont la section italienne de la CNT était titulaire.

Le 30 décembre 1940 les restes de Marco Pietro et Francisco Barbieri furent transférés à la fosse commune du cimetière de Sants. Le 7 novembre 1941 il se produisit la même chose avec les restes d’Adriano Ferrari et Lorenzo di Peretti. Finalement les restes de Camilo Berneri furent transférés dans la fosse commune de ce cimetière le 16 novembre 1951.

Agustín Guillamón.

Traduction du CATS de CAEN

 

 

Notes:

[1] CNT-FAI-FIJL-AIT: « Las organizaciones regionales de Cataluña afectas a la CNT, FAI y FIJL a la opinión pública ». Manifeste/Feuille volante. [AEP- C 606].

[2] Il est suffisamment prouvé de manière documentée que l’ordre d’occuper l’édifice de la Telefónica provenait du Président de la Généralité, et qu’il n’avait pas été approuvé par le Conseil, dans lequel il y avait une participation cénétiste.

[3] Lettre à l’auteur des Cimetières de Barcelone (9 octobre 2013), qui rectifie le nom erroné publié dans Guerra di classe: « Pietro Macon ».

[4] Nelles, Piotrowski, Linse et García: Antifascistas alemanes en Barcelona (1933-1939). Sintra, Barcelone, 2010, p.353, note 12. Également dans Guerra di classe (25 mai 1937).

[5] Guerra di classe (25 mai 1937), couverture.

Les volontaires internationaux dans les Milices du POUM

12 juin 2015

Texte d’une conférence d’Andy Durgan en 1997, disponible jusqu’alors en anglais sur le site de la Fondation Andreu Nin et sur Libcom.org, qui vient d’être traduit en français (féminisé) par le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen.

Disponible au format pdf:

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Antonio Martín, « Le Durruti de la Cerdagne »

15 mai 2015

Article biographique par Antonio Gascón et Agustín Guillamón publié en novembre et décembre 2014 dans Catalunya, le journal de la CGT de Catalogne, traduit en français par nos amis du C.A.T.S. de Caen (traduction relue par Agustín Guillamón qui nous l’a envoyée, le CATS nous en ayant autorisé la publication).

Antonio Martín Escudero, plus connu sous le surnom péjoratif d’« el Cojo de Málaga » (« le Boiteux de Málaga ») naquit à Belvis de Monroy (Cáceres). Il était le fils de Celestino Martín Muñoz, cultivateur, et d’Ascensión Escudero Jara, « femme au foyer ». À la naissance d’Antonio, tous deux avait 26 ans. La boiterie dont il souffrait était dûe à une blessure reçue durant les journées révolutionnaires de la Semaine Tragique de Barcelone [1] (1909). Selon d’autres versions la cause de la boiterie fut une ostéite. Contrebandier spécialisé, avec César Flores, dans le passage d’armes par la frontière pour ravitailler les groupes d’action [2]. En 1922, tous deux furent des collaborateurs actifs et habituels du groupe Los Solidarios [3], dont ils faisaient partie.

Exilé en France de 1924 à 1934. Il géra une minuscule échoppe de cordonnier dans un recoin à coté d’une charbonnerie auvergnate, sur le Boulevard Montparnasse à Paris. En 1927, résidant à Aubervilliers, il eut avec une compagne, dont nous ne connaissons pas le nom complet, une fille appelée Florida Martín Sanmartín, qui survécut à sa mort en 1937. Dans cette ville il travailla d’abord dans la construction et ensuite dans un garage.

Après les faits révolutionnaires d’octobre 1934 [4], Martín rentra à Barcelone, on ne sait pas si c’est sur sa propre décision ou sur mandat de l’Organisation, ce qui démontre comme fausse la légende selon laquelle il aurait été emprisonné durant trois semaines à cause des Évènements d’Octobre, ou celle selon laquelle on le voyait conspirer dans quelques villages.

Ce fut alors qu’il décida de s’installer en Cerdagne, où il travailla dans diverses entreprises et métiers (maçon, journalier, serveur) des deux cotés de la frontière : ouvrier à la laiterie SALI à Puigcerdá, maçon à Bellver, journalier à Sallagosa, serveur à Font-Romeu, ou piochant la pierre sur la route de Meranges, au forfait selon les mètres cubes extraits, ou dans l’entreprise Py de Osseja, en Cerdagne française.

En mars 1936, il agit à Puigcerdá comme leader et porte-voix syndicaliste face au patronat, participant à divers meetings locaux. En mai 1936, il assista au Congrès de la CNT à Saragosse, comme délégué pour les syndicats de la Cerdagne. Ces deux faits démontrent qu’il était un militant cénétiste connu.

Il avait un demi-frère, Blanco Martín Milar, qui au début de la guerre fut au Conseil de Défense [5], se faisant appelé Rojo au lieu de Blanco, et dont nous ne savons rien de plus.

En juillet 1936, il n’y eut à Puigcerdá aucun affrontement ni lutte d’importance, étant donné que la fuite des militants de droite vers la France fut très facile. Il est faux d’avancer que Martín sortait de prison en ces journées, comme l’affirment certains, car il n’était pas prisonnier mais client de l’Auberge de Ca l’Aragonais, où logeait également son ami Segundo Jordá Gil, mort prématurément, fusillé à Gérone en 1943.

À partir de la Mutua Puigcerdanesca (La Mutuelle de Puigcerdá), et grâce à diverses collectivisations du commerce et à l’expropriation de diverses industries locales, il se constitua une Coopérative Populaire, qui tendit à la création d’un monopole commercial à Puigcerdá et aux alentours, et qu’on tenta d’étendre à toute la Cerdagne, avec la création de nouvelles coopératives dans différentes localités.

Le Comité de Puigcerdá, présidé par Antonio Martín, contrôlait la frontière et, par conséquent, le passage d’armes et d’aliments, ainsi que la fuite de curés et de militants de droite, et bien entendu la fuite de déserteurs de la cause républicaine. Il tenta d’imposer progressivement à toute la Cerdagne un prix juste pour le blé, le lait et la viande produite, avec l’objectif d’empêcher la spéculation des propriétaires et de fournir à une Barcelone affamée une production alimentaire à des prix accessibles.

Le 9 septembre 1936, Martín était en train d’effectuer une tournée en France, collectant argent, armes et aliments pour la Révolution. Il ne se trouvait donc, par conséquent, pas à Puigcerdá au moment de la tuerie de 21 militants de droite. Mais quelques jours après, il revendiqua, en assemblée populaire, ces exécutions de fascistes, posant comme alternative, en cas de refus de cette action répressive, la démission en bloc du Comité Révolutionnaire de Puigcerdá. L’assemblée décida la continuité du Comité, qui à la fin octobre prit le nouveau nom de Comité Administratif, dans lequel Martín avait le portefeuille de l’Intérieur.

Joan Solé, le maire de Bellver, négociant en bétail et petit propriétaire éleveur et cultivateur du canton (une mule, environ 20 vaches et occasionnellement un taureau), prit la tête de la résistance de ce village, dans lequel l’Esquerra (ERC) avait réussi à maintenir sa force en ne participant pas au soulèvement d’octobre 1934. D’autre part, Solé apparaissait sous la cape d’une entité civique locale : le Bloc Républicain Catalaniste. Joan Solé s’opposait aux prétentions hégémoniques du Comité de Puigcerdá, tentant de défendre ses intérêts économiques particuliers. Comme négociant de bétail, il était partisan du libre marché et il s’opposait viscéralement, comme beaucoup d’autres propriétaires de Bellver, à la politique collectiviste et « monopolisatrice » du Comité de Puigcerdá.

Il n’y avait rien de personnel, ni non plus d’affrontement idéologique, Antonio Martín et le Comité révolutionnaire de Puigcerdá, étaient, aux yeux des négociants de bétail et des petits propriétaires de Bellver, des « étrangers », anarchistes et sauvages, qui portaient atteinte à leur mode de vie traditionnel, pour s’enrichir personnellement sur leur dos à eux, catalans défenseurs de la propriété privé et de l’ordre
civilisé « de toujours ».

Là est l’origine de la légende noire du « Boiteux de Málaga ». Antonio Martín était un authentique diable pour les propriétaires de Bellver, parce qu’il essayait de leur imposer un prix inférieur pour le kilo de viande, 1,25 peseta de moins que ce qu’ils voulaient, et parce qu’il essayait de faire de même avec le lait et le blé, et parce qu’en plus il voulait leur fermer une autre source traditionnelle de revenus, très lucrative : la contrebande (y compris celle de bétail) et le passage clandestin de personnes par la frontière, opération dont se chargeaient des gens d’Estat Català et du PSUC, qui percevaient ainsi d’importantes quantités d’argent.

Le Comité révolutionnaire de Puigcerdá avait créé La Comunal, une coopérative de production et de consommation, qui tendait à monopoliser toute la production agricole et de bétail de la Cerdagne, avec l’objectif d’éviter la spéculation et de vendre à des prix bon marché le blé, la viande et le lait à une Barcelone affamée. Ce fut le « grand délit » de Martín le Boiteux : éviter que les petits propriétaires de Bellver s’enrichissent en profitant de la faim des travailleurs et travailleuses de Barcelone.

Après l’échec du coup indépendantiste contre Companys [6], en novembre 1936, grâce à l’intervention de la CNT, une des unités qui devait participer à ce coup d’État, le Régiment Pyrénéen N°1 de Catalogne, décida d’envoyer sa compagnie de skieurs à La Molina, en décembre, avec l’objectif d’en finir avec l’hégémonie des anarchistes de Puigcerdá. Sous le prétexte de garder et protéger la frontière, ils établirent des patrouilles permanentes à Bellver, ce qui permit à ce village de créer une série de conflits avec le Conseil de Puigcerdá, conflits derrière lesquels se cachait la défense à outrance des intérêts économiques des propriétaires de bétail. Entre janvier et février 1937, se concentrèrent à Bellver divers groupes armés, avec les excuses les plus bigarrées, composés de gens d’Estat Catalá, de l’ERC et du PSUC, et y compris un groupe de mercenaires commandés par « el Penja-robes », probablement un sympathisant stalinien infiltré parmi les cénétistes de Puigcerdá.

Le 10 février 1937, Joan Solé Cristòfol obtint de nouveau la mairie de Bellver, qu’il avait tenu depuis janvier 1934 jusqu’à octobre 1936.

À son tour, Martín, fatigué de tant d’ingérences et en accord avec les miliciens du POUM en garnison au Sanatorium d’Alp, décidèrent de donner l’assaut au Chalet de La Molina et de faire prisonnier toute la compagnie de skieurs. L’opération militaire se déroula à l’aube du 1er mars 1937. Le succès fut total, étant donné que, sans tirer un coup de feu, on fit prisonnier tous les skieurs, officiers compris. Ces derniers furent envoyés immédiatement à Puigcerdá, comme otages.

Les officiers retenus, les hommes de Martín expédièrent la troupe en direction de Barcelone, où ce même jour étaient parvenues des nouvelles téléphoniques concernant ce qui s’était produit, grâce à deux skieurs qui s’étaient enfuis du Chalet dans un moment de confusion.

Le samedi 6 mars Tarradellas et Santillán [7] sortirent en auto à destination de Puigcerdá et de Bellver pour s’informer des graves faits qui s’y étaient déroulés. Le 8 mars, Tarradellas informa la presse barcelonaise de son voyage en Cerdagne.

Tarradellas avait commencé précipitemment des négociations avec la CNT pour obtenir la rapide libération des otages. Ses interlocuteurs furent, en plus de Santillán, le Conseiller de la Défense Francesc Isgleas et Antonio Martín lui-même, qui passèrent avec Taradellas un accord entre gentlemen : les officiers ne seraient pas fusillés, comme le menaçait au début le « Consell de Puigcerdá », mais remis en liberté, à la condition que les troupes pyrénéennes ne réapparaissent pas dans ce secteur, la Généralité s’engageant en plus à ne pas envoyer là-bas d’autres forces, de quelque type que ce soit. Les officiers otages furent immédiatement libérés, mais le gouvernement de la Généralité ne tint pas son engagement.

À six heures et demi de l’après-midi du 8 mars 1937 se réunit le Conseil de la Généralité, sous la présidence de Tarradellas, avec l’assistance de tous les Conseillers, à l’exception de celui de la Justice. Tarradellas informa sur son voyage en Cerdagne, qu’il fit en compagnie de Santillán. Il expliqua qu’ils tinrent une réunion avec toutes les organisations représentées dans le gouvernement, étant informé de la situation dans la comarque [8]. Accompagnés de Juan Montserrat, délégué à la Défense, et par une section du Bataillon de la Mort, ils montèrent au Château d’Alp, occupé par environ 80 militants du POUM, où « ils s’étaient fortifiés sous l’excuse d’un sanatorium, qui est une espèce d’hôtel de passe, avec des miliciens et de prétendues infirmières. Tous ces miliciens touchent une solde de la Généralité et terrorisent la comarque ».

Cette calomnie si grossière qui diffamait les Poumistes était seulement possible du fait de leur expulsion du gouvernement, et elle s’ajoutait au processus de marginalisation et de mise en accusation de ce parti, auquel on attribuait toutes les difficultés du gouvernement d’unité antifasciste. Le Château d’Alp était un sanatorium pour les miliciens du POUM. Il s’agissait de discréditer ces militants comme premier pas à leur expulsion de la comarque, vu que leur présence affaiblissait les forces contre-révolutionnaires du
PSUC, de l’ERC et du gouvernement de la Généralité.

Antonio Martín fut requis à Puigcerdá pour que « soient retirées toutes les forces avec lesquelles il maintenait bloqués différents villages, en attendant la requête ». Tarradellas retira du lieu un lieutenant qui, par son comportement et son caractère, tendait à aggraver les conflits et il ordonna la remise en liberté de tous les prisonniers.

Tarradellas informa sur les « innovations irréalisables » qui constituent « le programme de ceux qui gouvernent Puigcerdá et le canton », qui « sous le prétexte d’une coopérative générale se sont emparé de tout le village et ne se privent pas de contraindre pour acheter tous les produits à bas prix et les vendre plus chers à Barcelone », créant un problème économique à la solution difficile.

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Antonio Martin - le Durruti de la Cerdagne

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Notes:

1 Soulèvement populaire contre l’envoi des réservistes pour faire la guerre au Maroc.
2 Le terme désigne des groupes anarchistes armés qui menaient dans les années 1920 des attentats et des opérations de représailles contre le patronat, des dignitaires religieux, des politiciens, des officiers connus pour persécuter et assassiner les militants anarchistes. Ils affrontaient la terreur conjointe du patronat et de l’État contre les syndicalistes.
3 Célèbre groupe d’action anarchiste dont faisaient partie, entre autres, Durruti, García Oliver et Ascaso.
4 Tentative avortée de soulèvement populaire contre le gouvernement de droite. Le mouvement catalaniste tenta de prendre le contrôle de Barcelone mais se débanda dès que les forces de répression sortirent dans la rue. Il n’y eut que dans les Asturies que l’insurrection fut réelle et elle fut sauvagement réprimée par l’armée.
5 Le terme désigne le ministère de la défense du gouvernement semi-autonome de la Catalogne, la Généralité.
6 Tentative rocambolesque de renversement du président de la Généralité par un coup d’État fomenté par des ultras catalanistes très marqués à droite. Ils avaient l’intention de proclamer l’indépendance catalane et de réprimer brutalement toute expression anarchiste. La conjuration fut éventée par les services de renseignements cénétistes.
7 Tarradellas était le premier ministre dela Généralité, Santillan (CNT) était le ministre de l’économie de la Généralité.
8 Le terme désigne une entité administrative propre à l’Espagne dont la taille se situe entre celle d’un gros canton et d’un petit département.

L’anarchisme d’État et la Commune de Barcelone

29 avril 2015

Livre à paraître bientôt aux Éditions Ni patrie ni frontières (N° ISSN : 1637-3103 Prix : 10 €).

Nous ne prétendons pas, dans ce livre, donner des réponses aux nombreuses questions que le passé nous a laissées. Nous espérons toutefois relancer la discussion autour des questions de la prise du pouvoir par la classe ouvrière et du contenu du socialisme après la révolution. Les 17 et 19 juillet 1936, pour contrer le coup d’État franquiste, les prolétaires se saisissent eux-mêmes des armes dans les casernes et les arsenaux. Ils se défendent à Barcelone, à Madrid, dans le nord de l’Espagne, en Aragon, au Levant, en Estrémadure et en Andalousie et conquièrent ainsi le pouvoir de leurs propres mains. Le gouvernement de la République les avait trahis et avait refusé de leur fournir les armes. Une fois victorieux, les travailleurs se trouvent aux côtes de la CNT, maîtres du pouvoir. Ils étaient organisés par cette dernière depuis de très nombreuses années.

Aujourd’hui, de nombreux militants ignorent que les instances dirigeantes de la CNT et de l’AIT justifièrent théoriquement et politiquement leur collaboration avec la bourgeoisie antifranquiste et les staliniens. Les explications cyniques d’Helmut Rüdiger offrent un témoignage saisissant et très actuel sur la façon dont des révolutionnaires décident de tourner leur veste, en arguant toujours de la prétendue « arriération » des prolétaires et de « conditions nationales spécifiques » qui empêchent de mener à bout la révolution sociale.

Ce livre présente plusieurs documents pour mieux comprendre les enjeux de l’anarchisme d’Etat autour du « rapport secret » d’Helmut Rüdiger, document rédigé pour la CNT à l’occasion du congrès de la FAI de 1937 et qui fut finalement traduit et publié en Espagne :
– une introduction d’Agustín Guillamón,
– des extraits importants du rapport lui-même,
– un article de Frank Mintz,
– une contribution d’Agustín Guillamón sur Les Amis de Durruti en France,
– et un témoignage de Hugo Oehler sur l’insurrection de Barcelone en mai 1937.

Michel Olivier

Couverture Rudiger 21 octobre

Les militantes du P.O.U.M.

20 avril 2015

Note de lecture parue sur le blog Zones subversives du livre de Cindy Coignard que nous sommes justement en train de lire. Nous signalons que la militante Teresa Rebull est morte à l’âge de 95 ans à Banyuls dans la nuit du 14 au 15 avril 2015.

Le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) joue un rôle important dans la révolution espagnole de 1936-1937. L’universitaire Cindy Coignard se penche sur les militantes du POUM, doublement opprimées, en tant que prolétaires et en tant que femmes.

Le POUM regroupe le courant marxiste révolutionnaire à partir de 1935. Joaquin Maurin et Andres Nin apparaissent comme ses deux dirigeants. Ils se réfèrent à la Révolution russe de 1917 et aux écrits de Lénine et Trotsky. Mais ils s’appuient sur la tradition plus ancienne du mouvement ouvrier espagnol. Surtout, ils considèrent que la dictature du prolétariat ne résulte pas de la domination d’une seule organisation mais de l’alliance de tous les prolétaires sans exception. Ces marxistes dissidents demeurent actifs au sein de la CNT qui porte un syndicalisme révolutionnaire. Le POUM se compose de nombreux ouvriers.

En octobre 1934, les marxistes révolutionnaires initient un premier mouvement de grève insurrectionnelle. La lutte échoue en raison de la passivité de la CNT et d’une absence de perspective politique. Nin insiste sur la nécessité d’une organisation et d’un programme. Cet évènement permet la possibilité d’une plus grande participation des femmes dans la sphère publique. Mais les rôles semblent toujours sexuellement différenciés. Les femmes se situent du côté des sentiments tandis que les hommes restent présentés comme forts et vaillants au combat.

Le POUM et les femmes

La réflexion du POUM sur le statut de la femme repose sur la pensée marxiste. La libération de la femme demeure un moment incontournable de la révolution sociale. « On observe d’ailleurs une relation dialectique entre femmes et révolution socialiste : d’un côté la révolution est nécessaire pour la libération de la femme et, d’un autre côté, les partis communistes doivent mobiliser les masses féminines pour mener à bien l’entreprise révolutionnaire », résume Cindy Coignard. Les femmes doivent s’extraire des contraintes familiales et de leur rôle traditionnel de membres reproductifs de la société. Elles doivent exercer des activités créatives et productives.

Selon Engels, la famille nucléaire monogame émerge pour transmettre la propriété privée d’une génération à une autre. Avec la Révolution russe, les femmes s’appuient sur les forces ouvrières pour transformer la société. Alexandra Kollontaï insiste sur la condition féminine qui demeure éludée par le Parti communiste. Elle propose l’union libre et l’émancipation des deux sexes. La famille doit également être radicalement transformée. De nombreuses avancées pour les droits des femmes s’observent au début de la Révolution russe. L’adultère et l’homosexualité ne sont plus pénalisés. En revanche, la situation se dégrade. Staline valorise même la famille et le bonheur d’être mère.

Le POUM, fidèle à un marxisme réductionniste, estime que la condition féminine dépend uniquement du capitalisme. Pourtant, l’oppression des femmes découlent du patriarcat avec la domination des femmes par les hommes. L’amour libre et les sentiments doivent permettre de briser le cadre de la monogamie pour favoriser de véritables relations amoureuses et sexuelles.

Les militantes du POUM valorisent le plaisir sexuel contre la morale religieuse. Mais cet aspect demeure peu abordé par les femmes comme par les hommes. L’inhibition sexuelle demeure forte dans l’Espagne des années 1930. Les prostituées semblent dénigrées tandis que la mère reste valorisée.

Les femmes adhèrent au POUM en raison de leur socialisation. L’influence de la famille semble déterminante. Les militantes du POUM demeurent issues d’un milieu marxiste ou anarchiste, biberonnées par un imaginaire de révoltes sociales. Mais la famille demeure également un pilier du patriarcat avec une division sexuelle des rôles, notamment dans le domaine des tâches domestiques.

Les femmes adhèrent au POUM pour suivre un modèle familial masculin comme le père, le frère ou le mari. Le POUM attire également les femmes car il favorise une formation politique. Ceux qui se tourne vers le POUM privilégient la rigueur théorique contre la rhétorique simpliste des anarchistes. Les évènements de la guerre précipitent également les femmes dans la nécessité de l’engagement politique. Le POUM participe au Front populaire pour ne pas subir l’isolement. Mais la lutte ouvrière et la révolution socialiste restent prioritaires.

Les femmes dans la lutte révolutionnaire

Le POUM ne distingue pas les militantes des militants. Les convictions politiques semblent primer sur la distinction de genre. Les miliciennes brisent l’image traditionnelle de la femme. Mika Etchebéhère se retrouve à la tête de la colonne motorisée du POUM. Cette femme contribue à faire évoluer les mentalités et oblige les hommes à passer le balai.

Un secrétariat féminin du POUM est créé. Les femmes remplacent les hommes partis se battre. Le POUM fait appel aux femmes pour remplir les tâches indispensable à l’arrière. La confection et la distribution de vêtements s’accompagne aussi d’un travail de propagande avec la distribution de journaux et de tracts, le collage d’affiches murales, la distribution clandestines d’objets aux militants en prison. Les femmes peuvent également s’engager dans une formation militaire. Les femmes exercent davantage une fonction d’infirmière au sein du Secours Rouge international. Elles organisent également le ravitaillement du front. Elles organisent également des activités culturelles et d’indispensables collectes fonds.

Les femmes participent également à certains espaces dans lesquels elles étaient peu investies avant la guerre. Les femmes participent à la rédaction de journaux. Même si ces militantes semblent issues de professions intellectuelles. Ce sont souvent des enseignantes ou des journalistes. L’analphabétisme demeure encore important, notamment pour les femmes, et les rédactrices de journaux demeurent peu nombreuses. Les femmes écrivent surtout sur l’éducation et moins sur la théorie politique. Ensuite, elles demandent souvent de l’aide à leur entourage masculin. Les femmes s’emparent également de la radio. Cet outil de propagande diffuse une information politique, sociale et culturelle. La radio permet de toucher une grande partie de la population qui ne sait pas lire.

Les femmes nourrissent l’importante réflexion du POUM au sujet de l’éducation. L’école ne doit plus reposer sur une distinction de classe. Riches et pauvres doivent étudier ensemble. Ensuite, les notions de comparaison et de mesure entre les individus doivent disparaître. Le POUM insiste sur l’hygiène à l’école. Il dénonce également l’emprise de la religion et valorise la réflexion rationnelle. Ensuite, les nouvelles pédagogies mettent l’enfant au centre de l’éducation. La hiérarchie entre le maître et l’élève doit être atténuée. Les enfants doivent apprendre et jouer ensemble, sans distinction de sexe. L’enseignement doit également porter sur des activités de la vie quotidienne et inclure des travaux manuels, avec des fleurs ou des plantes par exemple.

En mai 1937 à Barcelone, des affrontements opposent les staliniens et les révolutionnaires. D’un côté se situent les communistes et les socialistes, de l’autre les militants de la CNT et du POUM. Les staliniens veulent prendre le contrôle du mouvement et empêcher la possibilité d’une rupture révolutionnaire. Des grèves éclatent spontanément et les staliniens tentent de contrôler le mouvement. Ils veulent éradiquer le POUM. Ils éliminent Andres Nin, son principal dirigeant. Ils discréditent le POUM, associé au trotskysme. Le POUM devient l’ennemi à abattre pour l’URSS car il cristallise les espoirs des prolétaires qui désirent une révolution mondiale. « Pour le POUM, il ne s’agissait pas seulement de changer le gouvernement en Espagne, cela allait beaucoup plus loin ; on devait se battre pour instaurer une véritable révolution sociale dans la péninsule Ibérique mais aussi pour consolider une force prolétarienne internationale qui puisse s’opposer au mouvement fasciste qui était en train de se développer », décrit Cindy Coignard.

En 1937, les militantes du POUM doivent rentrer dans une double clandestinité, face au franquisme et face au stalinisme. Elles peuvent se retrouver en prison qui, en plus des conditions de vie ignobles, renforce les stéréotypes de genre et oblige les femmes prier. Elles peuvent aussi rejoindre d’autres pays, notamment la France et l’Amérique latine, pour fuir le nouveau régime. Elles subissent une perte de repères et semblent s’effondrer, à l’image de tous ceux qui ont participé au mouvement révolutionnaire. Mika Echebéhère, considérée comme une combattante très courageuse, sort dévastée par la guerre. La mort de son mari mais aussi l’effondrement d’une révolution qui semblait enfin possible détruit toute possibilité de se projeter dans l’avenir.

Une activité culturelle

Mika Etchebéhère écrit dans le journal Argentina Libre depuis son exil. La militante du POUM insiste sur la nécessité financière d’écrire dans des journaux avant tout pour survivre. Mais elle écrit surtout des articles politiques qui témoignent d’une continuité de son engagement. Ses textes s’inscrivent dans un antifascisme manichéen. Le camp du Bien incarné par le POUM et la CNT s’oppose au camp du Mal avec les fascistes. Le peuple est décrit comme bon et généreux tandis que les fascistes sont mauvais et manipulateurs. La journaliste cultive également une nostalgie révolutionnaire pour l’Espagne de 1936 et les soulèvements populaires en France. Mais l’antifascisme prime sur tout autre combat. Les idées féministes et révolutionnaires sont mises au second plan par rapport à l’antifascisme.

Les militantes du POUM privilégient les activités culturelles à travers les Casals. Teresa Rebull, à Paris à partir de 1947, s’appuie sur la chanson pour entretenir l’imaginaire révolutionnaire. Ce moyen de communication populaire permet de transmettre des sentiments pour donner envie de se battre. La militante du POUM utilise également la chanson pour défendre la langue catalane. Les chansons de Teresa Rebull évoquent l’amour et l’érotisme, contre le puritanisme qui règne en Espagne. La militante évoque évidemment la guerre et l’exil avec les violences de la police. Elle consacre aussi de nombreuses chansons à la condition du prolétariat et au désir de liberté.

Mary Low utilise également l’écriture et la créativité pour entretenir un esprit de liberté. Proche du mouvement surréaliste, elle se réfère aux poètes André Breton et Benjamin Péret. Pour ce mouvement, la poésie et la créativité s’inscrivent dans une démarche émancipatrice et accompagnent la révolution sociale. L’écriture doit permettre de libérer les automatismes pour retrouver le merveilleux dans le quotidien et la dimension poétique de la vie.

Des écrits sur l’amour côtoient des poèmes et des collages sur le combat et la guerre. Des rencontres insolites sont également provoquées par le procédé du collage avec des morceaux de statues, de parties de corps humain et d’animaux qui sont associés. Cet art surréaliste permet de dépasser les frontières du réel pour inventer une nouvelle vision du monde. Le mouvement surréaliste semble proche du POUM avec son désir de révolution contre les valeurs traditionnelles et l’ordre établi, les tabous sociaux et le règne mécanique de la rationalité. Une nouvelle société doit reposer sur la poésie, la liberté, l’amour.

Dans les années 1960 et 1970, un mouvement féministe semble particulièrement dynamique en Espagne. L’égalité totale entre hommes et femmes demeure la principale revendication. Ensuite, les groupes de femmes associent des discussions sur la politique générale avec des échanges sur la situation spécifique des femmes. Le POUM reproduit les discriminations à l’égard des femmes, comme dans le reste de la société. Il existe toujours des préjugés lorsque des femmes prennent part à des actions. Les femmes restent peut nombreuses au sein du POUM. Leurs points de vue et revendications spécifiques ne sont pas mis en avant.

Marxisme critique et femmes en lutte

L’étude de Cindy Coignard permet d’éclairer un épisode méconnu de l’histoire en se penchant sur la guerre d’Espagne. Surtout, l’universitaire évoque des aspects méconnus de cette période.

Le POUM apparaît alors comme une petite organisation de marxistes révolutionnaires. Ce mouvement semble éclipsé par la puissance de la CNT. Ce petit parti semble pourtant celui qui c’est tenu le plus éloigné du pouvoir. La CNT a défendu la République et ses bureaucrates sont même devenus ministres. En revanche, le dirigeant du POUM, Andres Nin, a été assassiné. Même si cette organisation demeure fortement hiérarchisée avec sa petite classe dirigeante. Le POUM conserve également un vision programmatique et réformiste de l’action politique.

En revanche, le marxisme espagnol demeure l’un des courants les plus lucides au niveau politique. Des marxistes révolutionnaires s’éloignent du dogme trotskiste. Ils semblent attachés aux formes d’auto-organisation et aux pratiques libertaires. Mais, contrairement aux anarchistes, ils ne se contentent pas d’une vague morale propice à la confusion et aux comromissions avec le pouvoir. Ils s’attachent à clarifier leurs positions théoriques pour faire une analyse précise des luttes afin de comprendre leurs possibilités mais aussi leurs limites. Le livre de Cindy Coignard évoque trop peu ce marxisme révolutionnaire incarné par le POUM, mais aussi par le groupe autour de Grandizo Munis.

L’intérêt du livre de Cindy Coignard réside surtout dans son point de vue centré sur les femmes. La révolution espagnole, comme toutes les révolutions, privilégie un imaginaire très viril et masculin. Les guerriers forts et courageux sont particulièrement valorisés dans la culture révolutionnaire. Les femmes ne se sentent donc pas toujours à leur place dans ces mouvements. La figure de Mika Etchebéhère permet de briser tous les préjugés et l’assignation de genre. Cette militante du POUM incarne une figure de combattante qui semble loin de l’image de la femme au foyer valorisée par le fascisme et le puritanisme.

Surtout, l’importance des femmes montre que la révolution espagnole ne se réduit pas à sa dimension militaire. Les femmes participent souvent au combat révolutionnaire sans nécessairement prendre les armes. Elles animent des radios et écrivent dans des journaux. En l’absence des hommes, elles montrent qu’elles se révèlent tout aussi capables qu’eux pour participer aux tâches révolutionnaires du quotidien habituellement considérées comme les plus nobles. Les militantes du POUM expriment une créativité  qui montrant d’autres aspects que l’image virile de la révolution armée, disciplinée et militarisée.

Z.S.

Cindy Coignard, Les militantes du POUM 1935-1980, Presses Universitaires de Rennes, 2015

militantes_poumVoir aussi:

Presentación del libro « La guerra del pan »

12 novembre 2014

Texte (en espagnol) de présentation par Agustín Guillamón de son livre La guerra del pan réalisée le 17 octobre dernier.
[Presentación el 17 de octubre de 2014 de La guerra del pan, de Agustín Guillamón, en Anónims de Granollers].

LA GUERRA DEL PAN. Hambre y violencia en la Barcelona revolucionaria. De diciembre de 1936 a mayo de 1937. Aldarull/Dskntrl, Barcelona, 2014, 564 páginas, PVP 15 euros.

Este libro analiza las características y el desarrollo del proceso contrarrevolucionario estalinista, vivido en Cataluña en la primavera de 1937

Comorera contra los comités de barrio.

El 20 de diciembre de 1936, Joan Comorera (PSUC), consejero de Abastos, pronunció un importante discurso, en catalán, en la sala del Gran Price de Barcelona, recogido parcialmente en la Crónica diaria del Gobierno de la Generalidad de ese mismo día y reproducida en los días siguientes en la prensa, generalmente en una forma resumida, que no transmitía la importancia, provocación y dureza de su intervención. Sí que aparecía de forma destacada, en ocasiones como nota al margen del discurso, sus declaraciones sobre la carencia casi total de alimentos en la ciudad de Barcelona.

Comorera inició su discurso admitiendo que el PSUC había provocado conscientemente la reciente crisis de gobierno de la Generalidad con el objetivo concreto de expulsar al POUM del gobierno, militarizar las milicias y fortalecer la Generalidad mediante un pacto de la UGT con la CNT.

Rememoró la importancia de la alianza entre CNT y UGT en octubre de 1936, que consiguió la aprobación, el 24 de octubre de 1936, del decreto de Colectivizaciones, el decreto de Movilización general, el Decreto de Militarización de las Milicias Populares y el Decreto de recogida de armas en la retaguardia. Recordó como al día siguiente (25 octubre) se celebró el mitin de unidad sindical en la Monumental, en el que Comorera pudo explicar “a aquella inmensa multitud hermanada, marxistas y anarquistas” el alcance de los acuerdos tomados sobre colectivizaciones, militarización y recogida de armas en la retaguardia, “que estaban en manos de aquellos que se denominan grupos incontrolados pero que en el fondo no son más que los grupos parásitos de la revolución. Y a menudo, no ya grupos parásitos de una manera más o menos pasiva, o activa, que viven de la revolución, sino que a veces también son los gángsteres de la revolución”.

Pero esos decretos, se lamentaba Comorera, se “habían escrito en papel mojado”, porque no se cumplieron los Decretos de movilización ni de recogida de armas en la retaguardia, y “hasta hubo en el mismo frente una especie de pronunciamiento contra el Decreto de movilización y unificación de las Milicias”.

Comorera se preguntaba si aquel fracaso del gobierno era admisible. Y recordó los esfuerzos realizados para reconducir aquella situación: “Se tuvo en la Generalidad una especie de Gran Consejo, presidido por Companys, con los consejeros y los Comités responsables de todas las organizaciones representadas en el Gobierno, reunión plenaria que acabó con un voto de confianza plena al Consejo, que no pasó de ser pura literatura, como era lógico, dada la situación existente”.

Tras repasar Comorera todos los esfuerzos realizados para coordinar con la CNT una política conjunta, para afrontar con éxito los graves problemas que planteaba la guerra, señaló que el 24 de noviembre el PSUC presentó “a los compañeros de la CNT y de la FAI un documento firmado por el PSUC y la UGT”, que proponía “la depuración gubernamental”, es decir, “eliminar todos los factores de discordia sistemática y de infantilismo revolucionario”, exigiendo “que, en el nuevo Consejo [Gobierno de la Generalidad], no formara parte ningún representante de la fracción trosquista, que se ha apoderado de un movimiento responsable que no había creado”.
Comorera justificaba la exclusión del POUM “por muchas razones. Porque esta fracción trosquista de una manera sistemática ha hecho una política de división. Nos ha recordado y ha recordado a la CNT, con mala intención, todo aquello que nos podía separar, todo lo que nos podía llevar a pelearnos, todo lo que nos podía obligar, de continuar así, a una ruptura del pacto de unidad de acción que habíamos firmado”.

Comorera acusaba al POUM de efectuar una actividad contrarrevolucionaria, que consistía “en agudizar el recelo, la desconfianza que han sentido, y que quizás aún sienten, algunos grupos responsables de la dirección de la CNT”, diciéndoles que las Brigadas Internacionales serían mañana, vencido ya el fascismo, un instrumento del Partido comunista contra los anarquistas, como ya había pasado en Rusia. Esta labor “sistemática” del POUM no tenía otro objetivo que el de impedir “la colaboración de las dos Centrales sindicales, sin la cual la guerra contra el fascismo podía darse por perdida”.

Tras una larga perorata de Comorera contra la política internacional del POUM, que no tenía más objetivo “que debilitar el frente antifascista”, resumía que el motivo esencial de la crisis del gobierno de la Generalidad (en diciembre de 1936), planteada por el PSUC, fue la de conseguir un gobierno homogéneo de plenos poderes, constituyendo un gobierno de prestigio ante la clase trabajadora.

Comorera argumentó que ese gobierno fuerte, de plenos poderes, debía ser capaz de hacer cumplir unos decretos que no se quedasen en papel mojado, como había sucedido con el primer gobierno Tarradellas, en el que participó Nin por el POUM. Un gobierno fuerte, capaz de llevar a cabo una política militar eficiente, que agrupara todas las fuerzas existentes en el frente.

En materia económica afirmó que “era necesario asegurarse que nadie romperá ni pasará por encima del decreto de colectivizaciones”, en clara alusión a los sindicatos de industria de la CNT, que pretendían socializar sectores enteros de la producción, “porque ya no es hora de la iniciativa de grupos, y hay que tener una visión integral del problema” y favorecer el prestigio del colectivismo.

Afirmó que “la política económica nos plantea hoy problemas angustiosos”, porque Cataluña había dilapidado en unos meses “la riqueza acumulada en generaciones anteriores” y ahora la “fiesta” se había acabado. Tras constatar la quiebra de la industria catalana por la incapacidad de compensar en el extranjero los mercados perdidos en el interior de España, a causa de la sublevación fascista, y la desaparición de otras industrias, como la construcción, a causa de la guerra; dio como solución el cumplimiento “estricto, sin poner ni una coma más, del decreto de colectivizaciones, porque ese decreto tiene un pensamiento económico que si puede desarrollarse podremos construir a buen ritmo nuestra economía”. También planteó Comorera el problema de la redistribución del trabajo, advirtiendo a los trabajadores que con el aplastamiento de los fascistas había desaparecido todo un mundo, toda una estructura económica, había desaparecido la burguesía, y con ella habían desaparecido muchos oficios y profesiones. “Hay una industria parasitaria que ha desaparecido definitivamente”. Era necesario que los trabajadores de esa industria desaparecida, o paralizada en tiempos de guerra (como la construcción), se incorporarse a nuevas actividades.

Por otra parte, argumentó Comorera que era necesaria una política fiscal y una municipalización de los servicios públicos, para enfrentarse a las necesidades imperiosas de la guerra.

No era posible que los trabajadores en paro cobrasen la semanada completa, mientras los que trabajaban cobrasen tres días a la semana si sólo trabajaban tres días. Dijo que “la Generalidad ha pagado, en cinco meses que dura la guerra, en concepto de salarios y compensación de salarios, más de noventa millones de pesetas. Ha pagado salarios de todo tipo. Incluso ha pagado salarios a los invertidos del Barrio Chino. ¡No lo digamos demasiado alto!”. Constató que todo esto llegaba a su fin porque la Generalidad ya no tenía más dinero. Resumió lo dicho en una especie de eslogan: “Una nueva política fiscal, íntimamente ligada a una política económica, eran las bases de una buena política militar”.

El parlamento de Comorera, que había sido un discurso político de altos vuelos, más propio del presidente de la Generalidad que de un consejero, se limitó a partir de aquí a la política de Abastos, propia de la consejería de la que acababa de tomar posesión. Su oratoria se hizo ahora más concreta, pero también mucho más agresiva.
“Hace un día que soy consejero de Abastos y me encuentro con que en Cataluña no hay trigo, que en Cataluña no hay huevos, que en Cataluña no hay carne, que en Cataluña casi no hay pescado, que en Cataluña hay poca leche, y me encuentro, en Barcelona, con colas interminables, donde nuestras compañeras son martirizadas, por la espera y la angustia, y por el desengaño, por el pan, por la leche, por los huevos, por la carne, por artículos todos ellos de primera necesidad. ¿Qué ha pasado? Ha pasado que hemos consumido toda, o casi toda nuestra riqueza en esta fiesta de cinco meses, y que ahora nos costará, no ya rehacer nuestra vieja economía, sino que nos costará aliviar esta falta, casi total, de artículos de primera necesidad”.

De forma un tanto populista y demagógica, Comorera relacionó directamente la falta de productos de primera necesidad con la abundancia de comités de todo tipo, especialmente los comités de defensa de barriada, en Barcelona, y sus almacenes de abastos, así como los comités revolucionarios existentes en cada localidad, fuera de Barcelona: “Compañeros: me he encontrado con una cantidad extraordinaria de comités […] que dan órdenes de no dejar salir de su comarca los productos que en Barcelona son necesarios, y que en algunos pueblos incluso pueden sobrar; comités que no permiten la libre circulación de las mercancías, que son no sólo indispensables para sostener la energía de mujeres y hombres que viven y luchan para la guerra, sino que con su falta ponen en peligro la vida de nuestro hijos. Comités hasta en Barcelona; unos fantásticos comités de defensa que sólo defienden situaciones de privilegio creadas en los primeros momentos de esta revolución, de esta guerra. Comités de defensa que, todos y cada uno de ellos, se han creado su pequeño almacén de abastos, cuando las mujeres proletarias de Barcelona se ven obligadas a hacer cola y regresan a casa sin llevar el pan para sus hijos. Comités de defensa que han sustituido, en perjuicio de la colectividad, a los viejos intermediarios, porque quienes forman esos comités, de Barcelona y de fuera de Barcelona se creen con derecho a cobrar impuestos sobre cada fardo que lleven los ciudadanos. Y así es cómo se han encarecido las subsistencias en Barcelona. No se han encarecido, como se ha dicho rutinariamente, por culpa de los pequeños vendedores; porque la fantástica diferencia que hay entre el precio pagado al campesino y el precio que se cobra al consumidor, esa diferencia fantástica va a manos no del vendedor, sino casi íntegramente a manos de esos comités”.

Comorera atribuía, pues, la carencia y el encarecimiento de alimentos a la existencia de los comités de defensa, no al acaparamiento y especulación de los detallistas. Era el discurso que justificaba y explicaba el eslogan de las pancartas y octavillas de las manifestaciones de mujeres de fines del año 1936 y comienzos de 1937: “más pan y menos comités”, promovidas y manipuladas por el PSUC. Era evidente el enfrentamiento entre dos políticas de Abastos opuestas, la del PSUC y la del Sindicato de Alimentación de la CNT. El Sindicato de Alimentación, a través de los trece almacenes de abastos de las barriadas, custodiados por los comités revolucionarios de barrio (o mejor dicho, por sus secciones de defensa), suministraba gratuitamente alimentos a los comedores populares, donde podían acudir los parados y sus familiares, y sostenían además centros de atención a los refugiados que, en abril de 1937, en Barcelona, ascendieron ya a 220.000 personas. Era una red de abastos que rivalizaba con los detallistas, que sólo obedecían a la ley de la oferta y la demanda, y que intentaba, sobre todo, evitar el encarecimiento de los productos, ya que el alza de precios los hacía inasequibles a los trabajadores, y, por supuesto, a parados y refugiados. El mercado negro era el gran negocio de los detallistas, que realizaban excelentes ganancias gracias al hambre (literalmente) de la mayoría. La guerra del pan de Comorera contra los comités de abastos de las barriadas, no tenía otro objetivo que el de arrebatar a los comités de defensa cualquier parcela de poder, aunque esa guerra implicase el desabastecimiento de Barcelona y la penuria alimenticia.

La estrategia de Comorera, en los meses siguientes, añadió a la política militar (de militarización de las Milicias populares), económica (de estricta aplicación del decreto de colectivizaciones, evitando la socialización de las ramas industriales y como método de control de todas las empresas por la Generalidad) y financiera (los decretos financieros de S´Agaró, que decretó Tarradellas en enero de 1937, como instrumento de dominio estatal de toda la economía catalana) “una política implacable de abastos”, que suprimiera esa red de distribución de abastos de los comités revolucionarios y de defensa, e implantara el libre mercado, dominado por los detallistas. Para llevar a cabo esas políticas era necesario un gobierno fuerte, cuyo primer paso había sido la exclusión del POUM, un gobierno capaz de convertir los decretos en órdenes y medidas efectivas, que se cumplieran realmente.

Ese gobierno fuerte pasaba por la unificación de las dos centrales sindicales. A esa política de unidad, según Comorera: “No se opone la UGT, ni se opone el PSUC; no se opone ERC; no se opone la Unió de Rabassaires. Tampoco se opone la CNT. Me consta y lo digo muy alto y muy sinceramente. Nos consta a nosotros, por el trato y la convivencia, que los hombres representativos de la CNT hacen magníficos esfuerzos sinceros y leales, para poder crear con nosotros estas nuevas condiciones. Me consta y lo proclamo porque es verdad”.

Comorera planteó ante su auditorio, como excelente orador que era, una pregunta retórica, pero a la vez intrigante y excluyente: “¿Quién puede oponerse, pues, a que esto [la unidad antifascista] que todos anhelamos, llegue a ser una realidad?”, para contestar que “en primer lugar, la demagogia seudo-revolucionaria que por precipitar los acontecimientos, por querer precipitar la revolución, pone en peligro la victoria. Están los parásitos de la revolución que no quieren que cambien las condiciones, que no quieren que cambie la situación actual. Están los agentes provocadores, agentes provocadores que tanto pueden estar en nuestras filas como en las filas de cualquier otra organización, agentes provocadores que vierten la sangre de nuestro compañeros en la retaguardia […] que actúan en la base y envenenan los sentimientos de los militantes; agentes provocadores que os esperan en una curva de la carretera, o asaltan por la noche un domicilio y asesinan a los hombres que les molestan”.

A la demagogia y a los agentes provocadores, Comorera añadió los gángsteres: “También está además el gángster de la revolución. El gángster, hombre que se aprovecha, miembro del bandidismo, fenómeno conocido en toda revolución, en todo período revolucionario. Es el hombre que no quiere la revolución sino lo que sirve a sus intereses personales […]. Es el cacique, el nuevo sátrapa que se da en tantas comarcas de Cataluña. Pequeños sátrapas rodeados por sus mercenarios, mejor armados que los hombres del frente. Pequeños sátrapas que dicen que no quieren ninguna dictadura, y han impuesto, allí donde están, la dictadura de su irresponsabilidad”.

Es muy curioso, y quizás responde a su excelencia oratoria, que Comorera apenas utilizara la palabra clave del momento, y haya evitado hablar reiterativamente de “los incontrolados”, que con toda seguridad su auditorio esperaba oír, una y otra vez, durante su discurso. En su lugar usó una variada cantidad de sinónimos, hablando de demagogos, agentes provocadores y gángsteres, esto es, de irresponsables.
Comorera finalizó su discurso con un llamamiento a la responsabilidad de todas las organizaciones, en aras a conseguir una férrea unidad antifascista. Para comprender el discurso de Comorera es necesario tener en cuenta la estrategia, propugnada por Gerö, de efectuar una política SELECTIVA frente al movimiento anarquista, que consistía en integrar a los dirigentes en el aparato de Estado, al mismo tiempo que se practicaba una bestial represión de los sectores revolucionarios, calificados infamantemente como incontrolados, gángsteres, asesinos, agentes provocadores e irresponsables; que Comorera identificaba muy claramente en los comités de defensa.

Los Comités de barrio contra Comorera.

En Solidaridad Obrera del 29 de diciembre de 1936, la Comisión de Enlace de los comités revolucionarios de barriada publicó un “comunicado a la opinión pública” sobre el problema del pan, que ya había sido publicado dos días antes por La Vanguardia.

Antes de comentar la importancia de ese comunicado, será necesario explicar quién era ese Comité de Enlace. El domingo 26 de julio de 1936, al mismo tiempo que se acordaba, en un Pleno de Regionales y Comarcales, la definitiva aprobación de la entrada (que hasta entonces sólo tenía un carácter provisional) de la CNT en el Comité Central de Milicias Antifascistas, por unanimidad, se acordaba también la formación de un Comité Central de Abastos, como anexo indispensable del CCMA.
Ese CC de Abastos era un organismo revolucionario, formado por los comités de abastos de cada barrio, que a su vez no eran otra cosa que secciones o departamentos de los comités revolucionarios de barriada. Existían en Barcelona trece almacenes de abastos de barriada, que aseguraban el aprovisionamiento básico de la ciudad de Barcelona. Su origen no era otro que la logística de aprovisionamiento existente en cada comité de defensa de barrio, antes y durante las jornadas revolucionarias del 19 y 20 de julio.

El decreto de la Generalidad del 21 de julio de 1936, que aprobaba unas Milicias Ciudadanas, sometidas y controladas por el gobierno de la Generalidad, fue desbordado por la formación real de un CCMA dominado por la CNT-FAI, que se había constituido como organismo de colaboración de los sindicatos, partidos obreros y burgueses más el gobierno de la Generalidad. Su misión era sobre todo dirigir la guerra y el orden público. Como complemento importante del CCMA había nacido el CC de Abastos, controlado y dirigido en exclusiva por los comités revolucionarios de barrio; nuevo nombre adoptado por los comités de defensa de barrio tras la victoria armada. Los comités de abastos y los comités de defensa se convirtieron, después del 19-20 de julio, en secciones de los comités revolucionarios de barriada. Ejercían un poder real, que los decretos de la Generalidad procuraban ocultar y no mencionar, aunque sí integrar en el aparato estatal.

Ese CC de Abastos actuaba en colaboración con la regidoría de Abastos del Ayuntamiento de Barcelona y con el resto de organizaciones, que también constituían el CCMA, tanto en la cesión de locales municipales para constituir comedores públicos, como para emitir vales desde las tenencias de alcaldía.

En la reunión del Pleno de Comarcales y Locales del 26 de julio de 1936 se acordó por unanimidad la colaboración de la CNT con el resto de organizaciones antifascistas y con el gobierno de la Generalidad, en el CCMA. Como complemento indispensable del CCMA se creaba el Comité Central de Abastos, que tenía como objetivo abastecer a los milicianos del frente de Aragón, alimentar a las familias de los milicianos (que se quedaban sin su salario) y a los numerosos parados sin recursos. Los comedores populares gratuitos fueron el primer logro revolucionario, ya que para muchas familias de trabajadores era la primera vez que “iban a un restaurante”, o sabían que al día siguiente “comerían de verdad”, pero sobre todo era una preocupación fundamental de los milicianos voluntarios: asegurar el sostén de sus familiares mientras estaban en el frente. Los milicianos no empezaron a cobrar su soldada hasta mediados de septiembre. Así pues el CC de Abastos era un órgano revolucionario que complementó, en los primeros momentos, un requisito fundamental para los milicianos voluntarios. Posteriormente Comorera llamó, a eso, desperdicio de recursos y “la fiesta” de los primeros días. El Bando del 26 de julio de 1936 daba cuenta de la importancia del CC de Abastos como complemento del CCMA.

Dada la importancia de la labor que ejercían esos comités de abastos no pudieron ser obviados en la constitución de la Consejería de Abastos, después de la disolución del CCMA a primeros de octubre de 1936.

La Consejería de Abastos se creó por decreto del 4 de agosto, pero fue prácticamente inoperante hasta el 14 de octubre, tras la disolución del CCMA y de los comités locales, cuando se decretó la organización efectiva de la Consejería de Abastos, para la cual había sido nombrado el cenetista Doménech. La colaboración con los comités de abastos de barriada era indispensable para garantizar el funcionamiento eficiente de la Consejería de Abastos en la nueva situación revolucionaria, surgida tras las jornadas de Julio.

El artículo 12, del decreto orgánico de organización de la Consejería de Abastos, recogía así esa necesidad de colaborar con los comités de abastos de barriada, en Barcelona: “La Oficina de Enlace Local estará integrada por una representación de este Departamento del Ayuntamiento de Barcelona y un representante de cada uno de los Comités de Abastos de las barriadas barcelonesas. Este Comité intervendrá con carácter informativo en todo lo referente a abastos de Barcelona-capital”. Esa Oficina Local (de Barcelona) dispondría de un Jefe y varios funcionarios a sus órdenes.

Disuelto el CCMA se imponía la disolución del CC de Abastos, que no se produjo hasta el 20 de octubre; pero dada la necesidad de contar con la existencia real, insustituible e inasimilable de esos comités de abastos de barriada, se optó por integrarlos en la Oficina de Enlace Local: “Decreto: Art. 1º: Se disuelve el Comité Central de Abastos. Art. 2º: Las funciones ejercidas por el citado Comité, a partir de la publicación del presente decreto, estará a cargo de la Oficina de Enlace Local, en la forma establecida en el artículo 12 del Decreto orgánico del Departamento de Abastos”.

Otro decreto de la misma fecha creaba el Consejo de la Gastronomía, para atender “la manutención del personal sin trabajo, indigentes y refugiados”. Los comedores populares revolucionarios, de julio y agosto de 1936, que atendían indistintamente a los milicianos y sus familias, y a los parados, daban paso a una beneficencia burguesa, que no dudaba en clasificar a la población en la infame amalgama de parados, refugiados, vagos e indigentes.

Así, pues, la Comisión de Enlace, que se dirigía a la opinión pública con este artículo era, nada más y nada menos, que la representación de los comités revolucionarios, y de sus secciones de abastos, en las barriadas de la ciudad de Barcelona, último bastión de aquel organismo revolucionario que fue el CC de Abastos, complemento del CCMA.

La Comisión de Enlace empezó su artículo con una incisiva presentación de quienes eran:

“La Comisión de Enlace, al margen de la política de partido y vinculada con las necesidades del pueblo y de la Revolución, tiene necesidad de salir públicamente al paso de unas manifestaciones y acusaciones hechas por elementos cuyo único interés, por ellos descubierto, consiste en defender una popularidad que revolucionariamente hablando no merecen, y aunque para ello tengan que convertir las calles de Barcelona en “campos de batalla” donde los camaradas de la UGT y de la CNT tengan que disputarse lo que es de todos y para todos.

Esto no sucederá, mal pese a Comorera, a Vachier, y a todos cuantos estén identificados con esa conducta peligrosa e irresponsable de provocar luchas sangrientas entre los trabajadores de Cataluña y de España”.

Comorera ya había identificado, diáfanamente, en su discurso del Price del 20 de diciembre, a su enemigo principal: los comités de defensa. La Comisión de Enlace, es decir, los representantes en el Ayuntamiento de Barcelona de los comités revolucionarios de barriada (con sus secciones de defensa y abastos), también identificaban en este artículo a su enemigo principal: el dirigente del PSUC, Joan Comorera. Ambos enemigos se habían reconocido, ya, claramente, a los pocos días de la toma de posesión de la Consejería de Abastos por el dirigente del PSUC. Las espadas estaban en alto: Comorera versus comités de defensa. El campo de batalla, también estaba listo: el aprovisionamiento alimenticio de la ciudad de Barcelona, y muy especialmente del pan.

La Comisión de Enlace recordaba que se habían presentado al nuevo consejero de Abastos, Comorera, “para ofrecer su colaboración al consejero entrante”. Oferta decepcionante: “Nos recibió Vachier, quien con hipócritas palabras (sus últimas manifestaciones lo demuestran) nos hizo comprender lo que tenía de lógico el que cambiase la política de Abastos habiéndose cambiado al consejero”.

La Comisión de Abastos preguntó directamente por su situación a partir de aquel momento. La respuesta de Vachier fue tan sincera como brutal: “No puedo deciros nada – contestó – porque es Comorera quien tiene que resolverlo; aunque sí puedo adelantaros que esta Comisión no ha cumplido, estrictamente, la función impuesta por el Decreto que le dio vida legal, y también, que los Comités de barriada, que tan eficientemente han actuado hasta hoy, tienen que desaparecer; pues es necesario que se incorporen a la revolución aquellas instituciones y organismos que viven del erario público y que hoy no hacen nada”.

Vachier identificaba claramente quienes eran y a quien representaban la Comisión de Enlace: a los comités de barriada (con sus secciones de defensa y abastos). Curiosa y provocativa era su argumentación, que reconocía la eficiencia demostrada por los comités de barriada en su función de aprovisionamiento de la ciudad de Barcelona, desde el 19 de julio de 1936, para señalar arbitrariamente que había llegado el momento de que desaparecieran, cuando no existía aún quien o qué les sustituyera.

La Comisión de Enlace preguntó a Vachier “¿Conoces el funcionamiento de los Comités de barriada?”. Vachier contestó: “Sí, y mañana, después del Consejo, os diremos cuál es el nuevo plan de Abastos y cuáles han de ser vuestras funciones”. El Comité de Enlace constataba: “Nada se nos ha dicho”.

Comorera intentaba sencillamente prescindir totalmente de esos comités y crear ex novo una nueva red de distribución de abastos, totalmente dependiente de la Consejería de Abastos. La empresa era arriesgada y provocativa en un momento de crisis alimenticia, y no tenía otro objetivo, puesto que incluso Vachier había reconocido la eficiencia demostrada por los comités de barrio, que el control político de la distribución de abastos por el PSUC y el de la supresión de los comités, a cualquier precio.

Bonet, secretario de la Comisión de Enlace, y autor del comunicado, aprovechó la ocasión para explicar a la opinión pública el funcionamiento de los comités revolucionarios de barrio: “hay trece almacenes de distribución en toda Barcelona, o sea, uno para cada barriada; están formados por cuatro o cinco trabajadores y éstos cargan y descargan sacos; aseguran en todo lo posible, los alimentos para los enfermos, la leche para los niños, el que se venda el carbón, las patatas, el azúcar, etcétera, lo más racionalmente posible, y en defecto de la “tarjeta de racionamiento”, muchos de ellos cobran del taller o fábrica donde trabajaban y entre todos los Comités de Abastos de barriada no suman ni cien “burócratas” (que dice Vachier), y muchos otros no cobran sino con cuatro patatas y un kilo de arroz de vez en cuando. En cuanto a otros aspectos, la Comisión de Enlace tiene que decir, no sólo que la “distribución” por barriadas, y éstas a los detallistas, se hace proporcional y equitativamente, sino que tiene los libros administrativos a disposición de quien pueda dudar de la honradez de los hombres de la CNT y de la FAI y demostrar, por consiguiente, que no son los que están “los nuevos ricos”, sino los [que] quisieran estar”.

Bonet daba aquí una de las claves del enfrentamiento con el PSUC. Los almacenes de abastos de los comités de barrio controlaban qué, cómo, cuánto y a qué precio de venta al público se aprovisionaba a los detallistas, una vez satisfechas las necesidades “revolucionarias” del barrio, esto es, de enfermos, niños, parados, comedores populares, etcétera. Comorera propugnaba la desaparición de esos comités revolucionarios de barrio y el libre mercado. Sabía, además, que una cosa implicaba la otra, y que, sin la supresión de los comités de defensa, el libre mercado sería una quimera.

Bonet intentaba, pese a todo, mediar una solución para evitar la confrontación directa con Comorera. Por una parte, culpaba a Vachier de la falta de entendimiento entre la consejería y los comités; y por otra, proponía que se diera entrada en los comités de barrio, que eran cien por ciento cenetistas, a un porcentaje de ugetistas, que situaba en el treinta por ciento.

Bonet preguntaba, un tanto inocentemente: “¿Por qué han de disolverse estos almacenes de distribución? ¿Para formar otros?”; para proseguir algo más realista, pero tan iluso como antes: “¿Es que el acierto de la política de Abastos que quiere seguir Comorera la puede demostrar dando un mitin y tratando de “gángsteres”, de “agiotistas”, de “parásitos” y “cobardes” a los que tiene que colaborar con él”. Bonet aún creía, pues, que se podía colaborar con Comorera, cuando en ese discurso del Price ya había anunciado, claramente, que pretendía suprimir todos los comités, empezando por los comités de defensa.

El estalinismo era un fenómeno nuevo, difícil de comprender y asimilar, y, por eso mismo, Bonet no podía creer que en la UGT, otro sindicato “obrero” en la mentalidad cenetista, no surgieran voces de concordia con la CNT, que rechazaran a Comorera: “No son horas de discursos. No son horas de echar las culpas a nadie: falta el pan, y hay que buscarlo. Sin pan no habrá UGT, CNT, Comorera, ni consejero alguno que pueda contener al pueblo, las mujeres con sus hijos en brazos pidiendo pan, pues nosotros, siempre con ellas, sabremos encontrar a los responsables, si es que los hay”.

Y sin embargo, pese a la retórica populista de Bonet, ya habían empezado manifestaciones de mujeres, pidiendo “más pan y menos comités”, al mismo tiempo que enarbolaban otras consignas del PSUC.

Bonet terminaba su comunicado desmintiendo la existencia de esos 1200 burócratas, que Vachier atribuía a los comités de barrio, y con un llamamiento a la colaboración y al respeto mutuo, que los meses siguientes demostrarían que era imposible: “es intencionadamente falso lo dicho por Vachier y referente a los 1200 burócratas, y que esta Comisión no aceptaría dirección alguna del consejero y que sean los agiotistas del momento […] Y lamentamos sinceramente que se produzcan estos hechos, cuando todos deberíamos ir unidos por el objetivo común, que no puede ser otro sino COLABORACIÓN y respeto los unos a los otros”.

El artículo estaba firmado por P. Bonet, como secretario de la Comisión de Enlace. Comorera había identificado decididamente al enemigo que quería destruir: los comités de defensa; pero éstos, aunque identificaban a Comorera como un enemigo mortal, todavía se hacían ilusiones sobre la posibilidad de colaboración entre UGT y CNT, porque creían firmemente que se trataba del entendimiento entre trabajadores de base.

Aún no habían comprendido que la guerra del pan, propulsada por Comorera, prefería el desabastecimiento de Barcelona a que se conservara el mínimo poder de los comités de barrio. El único objetivo que se habían propuesto los estalinistas del PSUC era la destrucción de todos los comités de barrio, aunque ello supusiera la falta de pan.

Fundamentos económicos y políticos de la guerra del pan.

Un abastecimiento racional, previsor y suficiente de Barcelona, y Cataluña, hubiera supuesto ceder a las pretensiones del Consejero de Economía cenetista, Joan P. Fábregas, que batalló inútilmente de septiembre a diciembre de 1936, en las reuniones del Consejo de la Generalidad, por conseguir el monopolio del comercio exterior, ante la oposición del resto de fuerzas políticas. Mientras tanto, en el mercado de cereales de París, diez o doce mayoristas privados catalanes competían entre sí, encareciendo las compras. Pero ese monopolio del comercio exterior, que ni siquiera era una medida de carácter revolucionario, sino sólo apropiada a una situación bélica de emergencia, atentaba contra la filosofía del libre mercado, propugnada por Comorera.

Había una relación directa entre las colas del pan en Barcelona y la irracional competencia de los mayoristas privados en los mercados europeos de cereales, armamento o materias primas. Es muy curioso que la historiografía oficial subraye que el 17 de diciembre de 1936, tras una crisis de gobierno provocada por el PSUC, se expulsó del Gobierno al poumista Nin, por su denuncia del estalinismo; pero en cambio apenas comenta que también se expulsó al cenetista Fábregas, impulsor nada más y nada menos que del Decreto de Colectivizaciones y Control Obrero, aprobado el 24 de octubre.

La salida de Fábregas del gobierno supuso que ese Decreto de Colectivizaciones no sería desarrollado por su impulsor, sino por Tarradellas y Comorera, que lo desvirtuaron y manipularon hasta lo inimaginable, convirtiéndolo en un instrumento de dominio de la economía catalana, y de todas las empresas colectivizadas, por la Generalidad. La Generalidad podía nombrar un omnipotente interventor-director a su gusto, y sobre todo tenía el poder de hundir a aquellas empresas díscolas o reacias a someterse, mediante la retirada de la financiación para pagar salarios o comprar materias primas, sin las cuales las empresas se veían abocadas a una total parálisis.

La eliminación de Fábregas supuso además la desaparición del principal defensor de establecer ese necesario monopolio del comercio exterior, que fue sustituido por el libre mercado. Comorera tenía vía libre para imponer la dictadura de los tenderos, enriquecidos con el hambre de los trabajadores.

El programa estalinista, fundamentado en esa defensa de los intereses burgueses, y en la defensa de un Estado fuerte, capaz de hacer cumplir los decretos y de ganar la guerra, convirtió al PSUC en la vanguardia de la contrarrevolución.

Conclusiones

La pugna entre el PSUC y la CNT, de diciembre de 1936 a mayo de 1937, fue un conflicto ideológico, pero ante todo el enfrentamiento de dos políticas opuestas de abastecimiento y gestión económica de la gran urbe barcelonesa.

Comorera, desde la Consejería de Abastos, priorizaba el poder del PSUC al abastecimiento del pan o la leche a la ciudad de Barcelona. Mejor sin pan ni leche, que un pan y una leche suministrados por sindicatos de la CNT. Hambre y penurias de los barceloneses eran el precio a pagar por el incremento del poder del PSUC y de la Generalidad, en detrimento de la CNT.

El hambre de los trabajadores fue causada por la maniobra consciente de los partidos burgueses y contrarrevolucionarios, desde ERC hasta el PSUC, para debilitar y derrotar a los revolucionarios. A ese proceso le hemos denominado guerra del pan.

El desarme de los trabajadores era el objetivo fundamental de esos partidos. También los comités superiores libertarios vieron en los comités de barrio a sus peores enemigos, cuando éstos se negaron a acatar los decretos de desarme pactados con el gobierno.

A finales de abril, los comités revolucionarios desbordaron a los comités superiores cenetistas. La insurrección de los trabajadores, en Mayo de 1937, no fue derrotada militarmente, sino políticamente, cuando los líderes anarcosindicalistas dieron la orden de alto el fuego.

El hambre y el desarme eran los dos objetivos necesarios para el inicio del proceso contrarrevolucionario, que desencadenó toda su fuerza represiva contra los militantes cenetistas y las minorías revolucionarias en el verano de 1937.

Agustín Guillamón

Libros de Agustín Guillamón

  • Barricadas en Barcelona. Tercera edición por Dskntrl
    (Publicado en francés en Spartacus)
  • Los comités de defensa de la CNT en Barcelona (1933-1938). Cuarta edición en Aldarull/Dskntrl.
    (Publicado en inglés (AK Press), italiano (Gatto rosso) y francés (Coquelicot)
  • Los Amigos de Durruti. Historia y antología de textos
    Aldarull/Dskntrl
  • El terror estalinista en Barcelona (1938)
    Aldarull/Dskntrl
  • Espagne 1937: Josep Rebull. La voie révolutionnaire
    (Sólo en francés, en Spartacus)
  • TRILOGÍA sobre:
    Hambre y violencia en la Barcelona revolucionaria”:
  • 1.- La revolución de los comités. Aldarull/El grillo libertario, 2012.Segunda edición corregida. El grillo libertario, 2014.
  • 2.- La guerra del pan Aldarull/Dskntrl, 2014).
  • 3.- La represión anticenetista y el asalto a Los Escolapios (En preparación).

Los pedidos de libros a Ediciones Dskntrl pueden hacerse a este e-mail: dskntrl_ed@riseup.net

o bien, en esta web: http://www.lamalatesta.net/advanced_search_result.php?osCsid=gbqmk4biiiukgesmcp8v6h64s1&keywords=Guillam%C3%B3n&search_in_description=1&osCsid=gbqmk4biiiukgesmcp8v6h64s1&x=9&y=10

Los pedidos de libros en francés pueden hacerse en esta web:
http://www.librairie-quilombo.org/spip.php?page=recherche&recherche=Guillamon

o en la de Editions Coquelicot: http://www.lecoquelicot.info/commandes.html

Josep Rebull, la voie révolutionnaire

29 octobre 2014

Connaître la Révolution espagnole, c’est non seulement connaître et reconnaître les faits (certains staliniens n’en sont même pas encore là), mais aussi connaître les points de vue révolutionnaires sur cette expérience, à commencer par ceux qui l’ont vécue. Josep Rebull, militant au cœur des Journées de mai 1937 et voix d’une « gauche » du P.O.U.M., avait déjà été évoqué et étudié dans le livre de Chazé Chroniques de la Révolution espagnole (Spartacus, 1979), dans la revue barcelonaise Balance N°19-20 (2000) et les Cahiers Léon Trotsky N°71 (2000). Nous avons contribué, sur MIA d’abord puis sur ce site, a faire connaître et traduire cet auteur. Agustín Guillamón, infatigable historien de cette période, a publié une étude complète reprenant et complétant les textes et en soulignant leur importance et leur originalité dans un livre publié chez Spartacus en juin dernier: Espagne 1937 – Josep Rebull, la voie révolutionnaire. On y découvre ou redécouvre son point de vue sur l’insuffisance des comités de juillet 1936, sa dénonciation des renoncements, des limites d’une collectivisation relevant du « capitalisme syndical », et d’une mise à la remorque de la C.N.T. par la direction de son parti, ce POUM auquel il restera pourtant fidèle, porteur d’une opposition interne loyale. Traduit par nos amis du CATS de Caen, le livre ne coûte que 12 euros port compris (http://spartacus.atheles.org/commander?ref_livre=3037). Une lecture vivement conseillée (et indispensable pour tou-te-s les passionné-e-s par la Révolution espagnole).

S.J.

rebull

Note en espagnol (traduction trouvée sur http://barcelona.indymedia.org et http://www.kaosenlared.net):

Conocer la revolución española es no sólo conocer y reconocer los hechos (nivel al que algunos estalinistas aún no han llegado), sino conocer además los puntos de vista revolucionarios sobre esa experiencia, empezando por aquellos que la han vivido.

Josep Rebull, militante que participó de pleno en las Jornadas de mayo de 1937 y portavoz de la Izquierda del POUM, ya había sido evocado y estudiado en el libro de Chazé: Chroniques de la Révolution espagnole (Spartacus, 1979), en la revista barcelonesa Balance, números 19 y 20 (2000) y en Cahiers Leon Trotsky número 71 (2000). Hemos contribuido, en el Marxist Internet Archive (MIA) primero, y luego en el sitio de La Bataille Socialiste, a difundir y traducir a este autor.

Agustín Guillamón, infatigable historiador de ese período, ha publicado un completo estudio que retoma y amplía los textos de Rebull, subrayando su originalidad, en un libro publicado por Spartacus, en junio pasado: Espagne 1937 – Josep Rebull, la voie révolutionnaire.

Se descubre o redescubre el punto de vista de Rebull sobre la insuficiencia de los comités de julio de 1936, su denuncia de las renuncias, de los límites de un colectivización que no supera el capitalismo sindical, y de un seguidismo de la dirección del POUM respecto a la dirección de la CNT, ese POUM al que sin embargo permanecerá siempre fiel, portavoz de una oposición interna leal.

Traducido al francés por nuestros amigos del CATS de Caen, este libro sólo cuesta 12 euros, gastos de envío incluidos (en Francia). Puede pedirse aquí: http://spartacus.atheles.org/commander?ref_livre=3037
Se trata de una lectura que aconsejamos fervientemente, y que es indispensable para todos aquellos apasionados por la Revolución española.

S.J.

Balance N°38

24 septembre 2014

En este cuaderno número 38 de Balance se reproduce la correspondencia mantenida de 1970 hasta 1979 entre Juan García Oliver, uno de los más destacados militantes anarcosindicalistas de los años veinte y treinta, y Diego Camacho Escámez, militante anarcosindicalista desde los años cuarenta hasta su muerte, autodidacta y sobresaliente historiador, autor bajo el seudónimo de “Abel Paz”, de una biografía sobre Durruti, traducida a 17 idiomas y plagiadísima por una legión de oportunistas plumíferos, que la industria cultural fomenta y paga, porque pulidas las aristas y aguado el contenido, todo puede y debe recuperarse, venderse y consumirse.

La correspondencia abarca el período en el que Diego Camacho está ultimando la redacción de su primer libro sobre Durruti, y en el que García Oliver está redactando sus memorias. La relación entre ambos es muy difícil, y adquiere por parte de García Oliver unos tintes de despotismo y rechazo iniciales, que sólo la paciencia, la condescendencia y sobre todo la excelencia e inteligencia de las reflexiones de Diego Camacho consiguen sostener y prolongar.

En 1978 Juan García Oliver publicó en Ruedo Ibérico su libro de memorias, titulado El eco de los pasos. La redacción del libro fue una auténtica batalla campal, frase a frase, palabra a palabra, corrección a corrección, de García Oliver contra Martínez, su editor. En el archivo del Ateneu Enciclopèdic Popular (AEP) se guarda el manuscrito original; en el que se puede consultar unas páginas que rebosan correcciones de todo tipo: gramaticales, sintácticas, de estilo, etcétera. La edición del libro fue, pues, una guerra entre editor y autor, prolongada, agotadora y minuciosa.

Se trata de un libro de memorias redactado sin consultar fuente alguna de archivo, fiado a una memoria portentosa, pero no infalible, y por tanto fuente de errores que aquí no vamos a detallar ni analizar. El lector, en este mismo número de Balance, podrá leer la reseña que le hizo Abel Paz, en 1979.

Ha de advertirse al lector que se respetan siempre las mayúsculas y los subrayados de los textos originales de García Oliver y de Diego Camacho (“Abel Paz”), pero que las negritas son siempre responsabilidad de la revista Balance, cuando se ha querido resaltar al lector las afirmaciones realizadas por uno y otro.

Del mismo modo, salvo indicación en contra, las notas a pie de página son autoría de Balance, y pueden ser de tres tipos:

1.- Para indicar la fuente.

2.- Para ampliar la información o hacer comprensible el texto al lector.

3.- Para efectuar algún comentario.

Todas las cartas reproducidas se encuentran depositadas en el Centro Ascaso-Durruti de Montpellier, archivo y biblioteca a cuya fundación y sostenimiento Diego Camacho dedicó sus esfuerzos durante años. A ese centro cedió lo mejor y la mayor parte de su biblioteca y de su archivo personal, porque no halló en Barcelona ningún archivo ni biblioteca que se interesara seriamente por conseguir su cesión y custodia. Solía explicar la anécdota de cómo echó de su casa, a patadas. al director de un destacadísimo archivo barcelonés, porque le ofreció una cantidad ridícula por su archivo y biblioteca, al tiempo que Diego gritaba que él era y había sido pobre toda su vida, pero que miserable no lo había sido nunca, ni lo sería, y que su oferta era un insulto a la inteligencia y la honestidad. Ignoro si el excelentísimo director del archivo, azorado entre empujones y patadas en el culo, comprendió nunca la diferencia entre ser pobre y ser un miserable.

El interés de esta correspondencia entre García Oliver y Diego Camacho reside en la pasión, a veces obsesión, de ambos militantes anarcosindicalistas, de dos generaciones distintas, por una serie de hechos, problemas y temas fundamentales de la revolución y la guerra de julio de 1936, que se centran sobre todo en uno sólo: el Pleno de Locales y Comarcales de la CNT que aceptó el colaboracionismo de los anarcosindicalistas con el resto de fuerzas antifascistas y decidió la creación del Comité Central de Milicias Antifascistas (CCMA), organismo de colaboración de clases con el que se renunciaba a “ir a por el todo”, y también a la profunda revolución que se estaba produciendo en las calles de Barcelona.

Las reflexiones expresadas por uno y otro, en la correspondencia sostenida entre ambos, tienen la virtud de ser concisas, pero de una gran altura intelectual y de una enorme valía militante, como se intentará poner de manifiesto a lo largo de todo el texto y en las conclusiones.

Agustín Guillamón

Page1 de BALANCE 38

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Interview with Agustín Guillamón (2013)

21 août 2014

Entretien paru en catalan dans in Catalunya (journal de la CGT catalane) N° 149 (avril 2013), traduit en anglais par Paul Sharkey.

Tell us about how and why you became politically aware?

Agustín Guillamón: My paternal grandfather was the youngest in a family with eleven children, born in the “Ravine of Hunger”, as its inhabitants called the mountains of the region of Alt Millars, between Castellón and Teruel. During the First World War they moved to Barcelona. The terrible shortage of both work and housing there caused them to leave Poblenou for the safe refuge (from the police or hunger) of the house of his sister, in Olesa. My grandfather, along with several of his brothers, was a member of a Confederal Defense Committee. He had a CNT membership card dated from April 1931. He went to work in the chemical industry. When the fascists entered Terrassa, one of my grandfather’s brothers, Pascual, who was wounded in battle on July 19 in Barcelona, disappeared, apparently shot by the Phalangists. My grandfather Eliseo went into exile, first in a concentration camp in Algeria and then later in a labor battalion working on the fortifications of the Atlantic Wall, from which he would escape in order to take refuge in the mountains, barely surviving in the forest as a charcoal burner. He took part in the Maquis of The Gers, not so much out of his own political inclinations, but because it was the only way he could survive. He would participate in the liberation of the town of Mirande, where he lived until his death in 1970.

Meanwhile, in Barcelona, now occupied by the fascists, my grandmother had to somehow get by with five young children. They were very hungry and very afraid. I will recount a couple of anecdotes from those hard times. One day, the padrina de guerra [a “military godmother” whose job was to support the morale of the soldier at the front with encouraging letters, “care packages”, etc.—Translator’s note] of her brother Vicente, who had been forcibly conscripted by the nationalists and was killed by a stray bullet on the Madrid front a few days before the end of the war, arrived at her house, which had been searched several times by the fascist police. The neighbors did not know what was happening: constant police investigations and now all the pomp of a Phalangist leader who came to offer condolences on Amistat Street. And another incident: the forced baptism of my aunts by some Phalangist women. They renamed my aunt Natura, Ana, but she always wanted to be called Nita. My aunt Libertad was renamed Cruz, but everyone called her Nati, so that five years later, when she wanted to get married, the church would not let her, because her birth names Cruz/Libertad did not coincide. The church finally yielded since the only alternative was for the couple to live “in sin”.

The absence of my grandfather, in a bleak, unjust and hostile world, led them to ask many questions, which received no other response than that he was guilty of having lost a war, before I was even born.

Who has exercised the greatest influence on you?

My parents, and their perseverance in the pursuit of education, freedom and justice, goals that they managed to reach by way of reading, hard work and culture; and their demanding ethical standards, which intransigently rejected alcohol, gambling and all other vices, as the traps of capital and the employers. The example of their lives, during my innocent and happy childhood in a world of fascist values, will always be the beacon that illuminates my horizon.

What books have influenced you?

In History: the work of the medievalist Georges Duby, Broué, Brinton, Bolloten, Bernecker, Carr, Peirats, Volin, Michelet, Soboul, Mathiez and Abel Paz. In Theory: Darwin, Canfora, Marx, Kropotkin, Rocker, Munis, Dauvé and Cahiers Spartacus. In Literature: Quevado, Cervantes, Shakespeare, Troyes and the medieval literature published by Siruela, Gide, Malaquais, Yourcenar and Diderot, not to forget the Meditations of Marcus Aurelius, The Adventures of Ulysses by Lamb and The Nature of Human Brain Work by Joseph Dietzgen.

What groups or political organizations have you been a member of or participated in?

During the early seventies I was a member of Plataformes. I was in contact with groups like the ICC and FOR, without becoming actively involved. I became interested in the Italian communist left, councilism and workers autonomy. And I have always studied and tried to acquire an in-depth understanding of the causes of the defeat of the revolutionaries during the Civil War.

What led you to study the Civil War?

My family history. The oppressive reality of Francoism, a dictatorship without any other justification than its victorious war against its own people, and especially against the working class. I thought it was necessary to answer these two questions: Why was the war lost? Why was the revolution defeated?

Why have you devoted yourself to history?

To gain, to disseminate and to foster a more profound knowledge of revolutionary history, to refute the falsehoods and distortions designed or spread by the “sacred” bourgeois history. To reveal the real history of the class struggle, written from the point of view of the revolutionary proletariat, is already itself a struggle for history, for revolutionary history. A struggle that forms part of the class struggle, like any wildcat strike, factory occupation, revolutionary insurrection, The Conquest of Bread or Capital. The working class, in order to appropriate its own history, must fight against social democratic, neo-Stalinist, Catalanist, liberal and neo-Francoist views. The proletarian struggle to understand its own history is one struggle, among so many others, in the ongoing class war. It is not purely theoretical, or abstract or banal, because it forms part of class consciousness itself, and is defined as the theoretical understanding of the historical experiences of the international proletariat, and it is undeniable that Spain must understand, assimilate and appropriate the experiences of the anarchosyndicalist movement of the 1930s.

What lessons can be drawn from the Civil War?

The capitalist state, both its fascist as well as its democratic versions, must be destroyed. The proletariat cannot conclude any kind of alliance with the republican (or democratic) bourgeoisie in order to defeat the fascist bourgeoisie, because such an agreement already presupposes the defeat of the revolutionary alternative, and the renunciation of the revolutionary program of the proletariat (and of its methods of struggle), for the purpose of adopting an anti-fascist unity program with the democratic bourgeoisie, in the name of winning the war against fascism.

What were the functions of the Defense Committees? How did they relinquish power? What happened to the Defense Committees after the counterrevolution of May 1937?

It would take me much too long to respond to these questions. These questions are addressed in my book, The CNT Defense Committees in Barcelona. Their principal limitation was their inability to organize and carry out coordination outside the confederal apparatus. The superior committees politically and organizationally suffocated the revolutionary committees, which had become their worst enemies and the most serious obstacle to their long-sought necessary integration into the apparatus of the bourgeois state, with the final goal of their institutionalization.

What kind of relations and what kinds of differences existed between the Defense Committees and the anarchist affinity and action groups?

The Defense Committees could be defined as the revolution’s underground army, deeply devoted to serious tasks related to information, armaments, training, strategy and preparation for the workers insurrection. They were institutionally subordinate parts of the CNT, because they were financed by the trade unions and it was the members of the latter that filled their ranks.

The affinity groups constituted the organizational structure of the FAI. They were basically groups of friends and/or militants, united by ideological affinity, who assumed common tasks, positions and tactics. The Iberian Anarchist Federation (FAI) was merely a common platform, or coordinating center, for affinity groups, which often disagreed with the Peninsular or Regional Committees.

The action groups, during the era of pistolerismo (1917-1923), were formed as groups for the self-defense of the trade unionists and of the organization, because their only purpose, faced with the brutal terrorism of the state, and the militarization and financing of the gunmen of the Free Trade Union by the Catalan employers association, was to ensure the mere survival of the CNT militants, in order to prevent the disappearance of the CNT as a result of the assassination of its members and the resulting massive resignations of trade unionists.

Was there a revolution in 1936? Did the CNT’s pact with the Generalitat put an end to the possibility of revolution?

In July 1936, in Barcelona, there was a revolutionary situation. For the first time in history, however, a victorious insurrection of the revolutionary workers did not seize power, it left the apparatus of the bourgeois state intact. The CNT-FAI, which was the dominant working class organization in Barcelona and Catalonia, did not possess an adequate revolutionary theory and opted for collaboration with the other anti-fascist organizations and chose to participate in the governmental tasks of the autonomous government of the Generalitat. Its only goal was to win the war against fascism. Its leaders renounced the revolution at the very moment when the revolutionary neighborhood committees (in Barcelona) and local revolutionary committees (throughout Catalonia), the factory committees, the committees of the barricades, the supply committees and committees of all kinds, were expropriating the property of the bourgeoisie, the Church and the state, in the absence of any visible forces of public order (which were all biding their time, waiting for the counterrevolution).

Why were the barricades of July 1936 successful while those of May 1937, raised against the Stalinists, were not?

The difference between the insurrections of July 1936 and May 1937 resides in the fact that, in July, the revolutionaries were unarmed, but possessed a precise political goal—the defeat of the military uprising and of fascism—whereas in May, with arms and organization superior to what they possessed in July, they were politically disarmed. The working class masses would begin an insurrection against Stalinism and the bourgeois government of the Generalitat, with overwhelming popular support and with their organizations, and without their leaders, but they would prove to be incapable of pursuing the fight to the end without their organizations and against their own leaders. The barricades raised in July of 1936 were still standing months later, while those built in May of 1937 would disappear immediately, except for a few that the PSUC would allow to remain as a testimonial to its power and to its victory.

What was the cause of May 1937?

May 1937 was undoubtedly the consequence of the growing discontent with rising prices, food shortages, the internal struggles underway in the enterprises for the socialization of the economy and workers control, the escalation of the Generalitat’s efforts to disarm the rearguard and to obtain control over the forces of public order, etc., etc., and was above all the result of the necessary armed defeat of the proletariat, which required that the counterrevolution must finally put an end to the revolutionary threat to the bourgeois and republican institutions.

Who are the persons who are most responsible for distorting and falsifying the history of the Civil War?

It is not so important who distorted it, as the fact that it was distorted. Those who do the distorting are the same ones as always: neo-Stalinists, social democrats, liberals, Catalanists and neo-Francoists, that is, the sacred history of the bourgeoisie.

Can you provide us with an example of such distortion?

For instance, the confrontation between the CNT and the PSUC. This was a political conflict, in the Greek sense of the term, that is, a struggle between two different strategies with regard to the provisioning of the Barcelonian “polis”: that of the neighborhood committees, which placed the highest priority on the egalitarian, efficient and adequate distribution of bread and staple foods; and that of the PSUC, which sought to reinforce the power of the government of the Generalitat regardless of any other considerations. And this strategy of the PSUC required, above all else, the liquidation of the neighborhood committees and the imposition of the free market. The free market meant completely unrestricted prices, and favored the enrichment of the small shopkeepers, at the cost of the hunger of the population. The ideological and theoretical justification of the PSUC was that the free market, and unrestricted prices, favored the distribution on the market of products that would otherwise be hoarded. What actually took place was that the free market fostered the hoarding of food and speculation, resulting in higher prices. The theoretical free market would rapidly become a black market, and hunger soon spread among the workers.

The official prices of staple foods, which were acquired with a ration card, were only nominal, because the supplies were immediately exhausted and they could only be obtained on the black market. The statistics do not reflect this shortage of regulated staple foods. Nor do they reflect the prices on the black market, which only responded to the law of demand. Anxiety, hunger, waiting for hours in long lines, and the expeditions to the agricultural towns to get supplies of food by means of barter, coercion, looting or robbery became generalized for the entire population of Barcelona after the spring of 1937.

Beginning in February 1938, the provisioning of the city would be militarized; this militarization would be complete by August 1938, when three categories of rationing would be established: combatants, armed rearguard and civil population. The Stalinists and the bourgeoisie tried to defeat the revolutionaries by means of hunger.

Can you provide some names of those who have falsified our history?

Miquel Mir, of the junkyard school of history. Rather than a historian, he is a novelist and a deceiver who invents, manipulates and modifies documents. He is financed by the Cercle Eqüestre, a Catalan aristocratic association with profoundly Francoist convictions. His attempt to defame the anarchists failed and discredited the Catalan upper bourgeoisie, whose ancestors were so frightened by the anarchists in 1936. Pío Moa, César Alcala and others of the same ilk, from the neo-Francoist school.

They repeat the usual fallacies of the Francoists and the extreme right, for the purpose of justifying and praising the bloody massacres under the Dictatorship of the Galician Franco: Martín Ramos and a long etcetera of the neo-Stalinist school. They dominated most of the Catalan universities for many years. They dogmatically denied that a social revolution took place in Barcelona in 1936, going so far as to refuse to recognize it as a school of historiography. Today they reject the notorious name of Stalinists and prefer to consider themselves to be social democrats. They hate the anarchists and are the main proponents of the black legend of Catalan anarchism, whose adepts are depicted as bloodthirsty vampires … originated and propagated by the saintly founders of the PSUC and their predecessors (Max Rieger, Ehrenburg, Stepanov, Perucho) whose purpose was to transform advertising partners into forgers of reality, at the same time that they unleashed the repression against the CNT in the summer of 1937, which would cause the CNT to disappear in many areas and would fill the prisons with thousands of libertarian prisoners. They claim to be objective and scientific, but they are fiercely sectarian and the most effective defenders of the obsolete capitalist system and the corrupt democratic bourgeoisie. Their works are published in the journal L’Avenç (and by the publisher of the same name) and in El Viejo Topo. This list of university figures would omit a handful of notable exceptions: Izard, Muniesa, Pagès … and a few others.

From the neo-liberal school, there are prestigious historians like Viñas, or Catalans marginalized by their neo-Stalinist colleagues, like Ucelay Da Cal. They are more intelligent and less compromised than the neo-Francoists, and less dogmatic than the neo-Stalinists. They are destined to succeed and replace them, if only as a result of the generational decline of the now obsolete divide between Francoists and anti-Francoists.

One of the alternatives to collaborating with the Generalitat was the “Go for Everything” strategy, as it was called by García Oliver, which he defined as an anarchist dictatorship. Regarding this “Go for Everything” strategy; was it not a possible option for the revolution? Could it have put an end to the power of the ruling bourgeoisie?

At the CNT-FAI headquarters, which occupied the two buildings confiscated from the Employers Association and the Casa Cambó, the proposal of Companys that the CNT should participate in a Central Committee of Anti-fascist Militias was submitted for the formal approval of a Regional Plenum of Trade Unions, convoked by the Regional Committee of Catalonia.

After the introductory report read by Marianet, José Xena, representing the district of Baix Llobregat, proposed the withdrawal of the CNT delegates from the CCMA and a commitment to carry on with the revolution and establish libertarian communism. Juan García Oliver stood up following the debate and characterized the decision that had to be made as a choice between an “absurd” anarchist dictatorship and collaboration with the other anti-fascist forces in the Central Committee of Militias in order to continue the struggle against fascism.

In this way García Oliver, whether deliberately or not, rendered the confused and ambiguous choice of “Go for Everything” unviable. As opposed to an intransigent “anarchist dictatorship”, the defense presented by Federica Montseny of the principles of anarchism against all dictatorships would appear to be more logical, balanced and reasonable, reinforced by Abad de Santillán’s arguments about the perils of isolation and foreign intervention. A third position would emerge, advocated by Manuel Escorza, who proposed that the government of the Generalitat be used as an instrument of socialization and collectivization, which would then be dismantled when it ceased to be of use to the CNT.

The Plenum proved to be in favor of the collaboration of the CNT with the other anti-fascist forces on the Central Committee of Militias, and voted against the proposal of the representative from Baix Llobregat. The majority of those who attended the Plenum, including Durruti and Ortiz, remained silent, because they thought, like so many others, that the revolution had to be postponed until the problem of Saragossa was resolved, and fascism was defeated. A resolution was passed, without any more debate or philosophizing, to consolidate and institutionalize the Liaison Committee between the CNT and the Generalitat, which had been formed before July 19, and transform it, reinforce it and expand it into the CCMA which, by means of the anti-fascist unity of all its component parties and trade unions, would be responsible for imposing order on the rearguard and organizing and supplying the militias that had to fight the fascists in Aragon.

The authentically revolutionary alternative was not the “Go for Everything” of García Oliver, which was nothing but the seizure of power by a minority of anarchosyndicalist leaders, but the revolutionary committees that were in the streets, expropriating the factories, recruiting and equipping the militiamen, manning the barricades, running the city’s services, forming security patrols … and, in a word, replacing all the state functions and exercising all power, in practice.

Who is the revolutionary figure of 1936 for whom you hold the highest esteem? And why?

The revolutionary committees of the Barcelona neighborhoods, because they were the potential organs of power of the working class.

Can there be a revolution without violence?

For revolutionaries, the great lesson of the revolution of 1936 is the unavoidable necessity of destroying the state. Violence is not a question of will or ethics, but of the relation of forces between the classes in struggle.

Law and order can only be understood as institutionalized violence. Law and order is opposed to and confronted by revolutionary violence. The state defends the institutions of bourgeois society and possesses the monopoly of violence, which it exercises by way of the so-called forces of law and order, and this state of affairs appears to be the “normal condition” of capitalist society. Revolutionary violence, which shatters this monopoly, is presented as an exceptional, chaotic, arbitrary and abnormal phenomenon, that is, as an alteration of bourgeois law and order, and therefore as criminality.

The military uprising made it clear that violence was the solution to social and political conflicts. In a war conflicts are resolved by killing the enemy. The exceptional situation of institutional crisis and social revolution, provoked by the military uprising and the civil war, proved to be a fertile terrain for the multiplication of revolutionaries, slandered as “incontrolados”, who would execute justice on their own account.

In a situation characterized by the collapse of all institutions and a power vacuum, the revolutionary committees, and also some specialized investigative committees, would assume the job of judging and executing fascist enemies, and trying all those suspected of being enemies, priests, landowners, rightists, rich or disaffected. And the weapons they held in their hands were used to exercise this power and to carry out the “duty” of exterminating the enemy. Because it was time to deliver the death blow to fascism, and there was no alternative but to kill or be killed, because they were at war with the fascists. If no one ever blames a soldier for killing an enemy, why would anyone be blamed for killing an enemy by ambushing him in the rearguard? In a war, the enemy is killed for being an enemy: there is no other law, or any other kind of moral rule, or philosophy.

After the passage of many years, learned academics elaborate complicated elucidations and theories in explanation, but all the historical documents on the subject indicate that the militia was never “passive” when faced with a priest, an employer or a fascist, it applied a very simple rule: in a war, the enemy kills you, or you kill the enemy. Everyone from Federica Montseny, the Minister of Health, to Pasqual Fresquet, Captain of the Death Brigade; from Vidiella of the PSUC, Minister of Justice, to the PSUC group leader Àfrica de les Heras; from Joan Pau Fàbregas of the CNT, Minister of the Economy, to the most humble militiaman or member of the control patrols, all, absolutely all of them, argue with exactly the same reasoning.

Are violence and revolution inseparable?

Violence and power are the same thing. In eras of revolutionary violence, as long as there is more destruction (of the old order) than construction (of the new order), the revolutionaries cannot rule, and always encounter their executioners, anonymous or not. From the French Revolution to all the others. But when this violence, which emerged in connection with the revolutionary situation of July, and an atomized power, began to be subjected to regulation in October 1936 (in its new character as legitimate and/or legal violence of the “new” public order) by the new anti-fascist authorities, it ceased to be revolutionary, collective, popular, just, festive and spontaneous violence, because it was then transformed into a cruel phenomenon, alien and incomprehensible to the new counterrevolutionary, bourgeois, republican, centralized and monopolist order, which was established precisely for the purpose of controlling and extirpating the previous revolutionary situation.

Federica Montseny, at the rally in the Olympic stadium on July 21, 1937, would denounce the judicial harassment of CNT members, who were undergoing vicious persecution for the revolutionary events of July, because they did not consider it a crime or murder to have killed priests, military personnel, gunmen or rightists, solely because they were priests, etc. And this criterion was shared by the immense majority of anarchosyndicalists. In September, when this persecution would also affect the militants of the UGT, Vidiella (PSUC) would use arguments similar to those of Montseny.

What lessons can be learned from the experiences of the anarchosyndicalists and from the Revolution of ’36?

During the Civil War, the political project of statist anarchism, which constituted itself as an anti-fascist party, utilizing methods of class collaboration and government participation, bureaucratically organizing for the principal goal of winning the war against fascism, would fail miserably on every terrain; but the social movement of revolutionary anarchism, organized in revolutionary neighborhood committees, local committees, committees for workers control, defense committees, etc., would constitute the embryo of a workers power that would carry out feats of economic management, popular revolutionary initiative and proletarian autonomy that even today illuminate and anticipate a future that is radically different from capitalist barbarism, fascist horror or Stalinist slavery.

Even though this revolutionary anarchism, however, would finally fall victim to the systematic and coordinated repression directed at it by the state, the Stalinists and the superior committees, we have been bequeathed the example and the struggle of minorities, such as the Friends of Durruti, the Libertarian Youth and various anarchist groups in the Local Federation of Barcelona, whose examples allow us to engage in theoretical reflection on their experiences, learn from their errors and keep their struggle and their history alive. After the victorious insurrection of the workers and the defeat of the army, and after the forces of law and order refused to leave their barracks, the destruction of the state ceased to be an abstract futuristic utopia.

The destruction of the state by revolutionary committees was a very real and concrete task, in which these committees assumed all the roles that the state had exercised prior to July 1936.

Have you censored yourself or been censored?

Never. I prefer not to publish if subjected to censorship of any kind.

Tell us about the books you have published and intend to publish in the future.

Barricades in Barcelona is an attempt to explain how the ideology of anti-fascist unity was based on the abandonment by the superior committees of any revolutionary program, in the name of winning the war against fascism. This book was also published in a French edition. The CNT Defense Committees in Barcelona (1933-1938) is an introduction to the topic of the war and the revolution in Catalonia from the perspective of these clandestine institutions of a revolutionary army, which is what the defense committees became. This book has been published in an Italian edition.

The Revolution of the Committees (July-December 1936) is the first volume of a trilogy that will be followed by The War for Bread (December 1936-May 1937) and The Repression of the CNT (May-September 1937). These three books share a common subtitle: Hunger and Violence in Revolutionary Barcelona: From July to December 1936). The second and third volumes of the trilogy are awaiting publication. Each of these books may be read independently of the others, but it is obvious that they form part of the same work on the Spanish Revolution, in Catalonia, which allows the participants to speak for themselves, it is full of previously unpublished documents and basically addresses hunger and revolutionary violence, revealing and shedding light on how the Stalinists and the government of the Generalitat would defeat the revolutionaries by means of hunger and the restoration of the monopoly over violence in the Barcelona rearguard.

You are the director, historian, editor and distributor of the history journal, Balance. Could you provide us with a balance sheet for Balance?

Balance has been published since 1993. It is an attempt to rehabilitate “the damned” of the Civil War, who have on so many occasions been rejected, “forgotten”, “sanctified” or slandered by their own organizations and more generally by the bourgeois “sacred history”: Josep Rebull (left wing POUMista), the Friends of Durruti, Munis, Fosco, Mary Low, Benjamin Péret, Balius, Orwell, Nin, etc. It also deals with the Stalinist murderers: Gero (Pere), Stepanov, and their Spanish fellow travelers. Various issues of the journal, such as the one dedicated to the Friends of Durruti and others, have been translated and published in English, French, Italian, etc. Many of these articles can be consulted at the website of “La Bataille Socialiste”: http://bataillesocialiste.wordpress.

Where can your books and the journal, Balance, be purchased?

At the Barcelona bookstores Aldarull (Torrent de l’Olla, 72) and La Rosa de Foc (Joaquín Costa 34). In Madrid at La Malatesta (Jesús y Maria 24). On the internet, at the website: http://www.lamalatesta.net/product.

Tell us about your column in Catalunya, the “Militant’s Dictionary”, which can be found on the back of every issue.

It is an attempt to publicize the history of the workers, and the biographies of its militants, as well as the basic concepts of the workers movement: Seguí, Ascaso, direct action, the lockout, the unitary trade union, Stalinism, capitalism….

You are also an active member of l’Ateneu Enciclopèdic; what do you do in that group?

Archive, catalogue and classify old papers, like those of Abel Paz and others.

What is your assessment of the current state of the workers movement?

Struggle or death. Revolution or barbarism. The proletariat is not just the industrial working class, it is not just the active working population, it includes not only all the wage earners, but also the unemployed, the temporary workers, the retirees, and everyone who does not have reserves on which they can survive. At the present time we are witnessing a merciless attack by capital and the state on the living conditions of the proletariat. This attack can only be answered by class struggle. Without this struggle the proletariat will have no more perspective than the sixty million killed by the Second World War and the destruction of the greater part of world industry.

What is your opinion of today’s libertarian movement?

Amidst a hard reality, in these hopeless and drab times, we can feel the grass growing. The social, political and economic situation of this country, and not just this country, is explosive. The system has no solution to the crisis. There is no future for anyone. The only way out, the only realistic option, is struggle, either to destroy the state, which is the guarantor of the system’s perpetuation, or to dispute with capital and/or the state over wages and welfare, in which only a pitiless struggle can succeed.

What do you think of the divisions within anarchosyndicalism and the libertarian movement?

They should have the ability to act in unison, based on diversity and mutual respect, and emphasize what they have in common rather than what separates them. They should go forward together, strike in unison, build a house where they can all live together.

You are most sympathetic to the Friends of Durruti, the CNT members who were critical of the collaboration of the leaders of the CNT. What can we learn today from their ideas and their practice?

While the superior committees were meeting to subordinate everything to victory in the war against fascism, the neighborhood committees, in the streets, were still fighting for the program of a workers revolution.

The process of institutionalization initiated by those superior committees of the CNT-FAI would transform them into servants of the state, the worst enemies of which were the revolutionary neighborhood committees, as the Regional Committee would define them at the meeting of the superior committees of the libertarian movement held on November 25, 1936.

The institutionalization of the CNT would inevitably have important consequences for its organizational and ideological character. The entry of the most well-known militants into various levels of the state administration, from city councils to cabinet ministers of the republican government, and ministers of the Generalitat or new “revolutionary” institutions, would create new functions and needs that would have to be addressed by a limited number of militants in order to carry out the responsibilities of the posts to which they were appointed.

The functions of direction and power exercised by these superior committees would create a set of interests, methods and goals that were different from those of the confederal rank and file militants. This resulted in generalized demobilization and disillusionment among the affiliated organizations and rank and file militants, who were facing hunger and repression. It also led to the emergence of a revolutionary opposition, basically embodied in the Friends of Durruti, the Libertarian Youth of Catalonia, some anarchist groups from the Local Federation of the Affinity Groups of Barcelona, especially after May 1937, an opposition which had, however, already developed, in the summer of 1936, in the neighborhood and defense committees of the residential areas of Barcelona.

A new phenomenon would arise, closely watched and of great concern—the appearance, already in July 1936, of a Committee of Committees, a kind of highly concentrated executive committee composed of well-known leaders which, given the importance and urgency of the problems that had to be resolved, problems that could not possibly be addressed by way of slow horizontal and assembly-based processes and their long debates, replaced the organization with regard to decision-making.

This Committee of Committees, which the superior committees would convene in secret sessions, was publicly consolidated, in June 1937, under the name of the Political Advisory Commission (PAC), and one month later in the so-called Executive Committee of the Libertarian Movement. As a result, a clear dividing line was drawn between state anarchism and revolutionary anarchism.

Is there anything else you would like to say?

Existence precedes consciousness. Without theoretical reflection on the historical experiences of the proletariat, there can be no revolutionary theory or theoretical progress. There could be a time lag between theory and practice, of greater or lesser duration, in which the arms of critique are transformed into the criticism of arms. When a revolutionary movement makes its appearance in history it makes a clean break with all dead theories, and the long-awaited moment for revolutionary action arrives, which alone is worth more than any theoretical text, because it reveals the errors and insufficiencies of theory. This practical experience, lived collectively, levels useless barriers and transcends their clumsy limitations, which had been established during the long counterrevolutionary periods. Revolutionary theories prove their validity in the historical laboratory.

Class frontiers excavate a deep chasm between revolutionaries and reformists, between anti-capitalists and the defenders of capitalism. Those who wave the flag of nationalism, sentence the proletariat to disappearance or defend the eternal nature of Capital and the State are on the other side of the barricades, whether they call themselves anarchists or Marxists. The choice must be faced by revolutionaries, who seek to abolish all borders, tear down all flags, dissolve all armies and police forces, destroy all states; either make a clean break with every kind of totalitarianism and messianism by self-emancipatory and assembly-based practices, put an end to wage labor, surplus value and the exploitation of man throughout the entire world; put a stop to the threat of nuclear annihilation, defend natural resources for future generations … or become preservers of the established order, guardians and spokespersons for its owners, and defend capitalism and make excuses for it.

The proletariat is summoned to the class struggle by its own nature as a wage earning and exploited class, without any need for any kind of teaching; it engages in the struggle because it needs to survive. When the proletariat is constituted as a conscious revolutionary class, confronting the party of capital, it needs to assimilate the experiences of the class struggle, it must look for support in its historic conquests, both theoretical and practical, and overcome its inevitable mistakes, critically correct the errors it does make, reinforce its political positions by means of reflection on its shortcomings or omissions, and complete its program, in short, resolve the problems that were not resolved previously.

It is necessary to learn the lessons that history itself has provided. And this learning process can only take place in the practice of the class struggle of the different revolutionary affinity groups and the various organizations of the proletariat.

Guillamon


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