Archive for the ‘Révolution espagnole’ Category

The Anarchist Collectives: Workers’ Self-Management in the Spanish Revolution, 1936–1939

16 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Livre en anglais édité en 1974, compilant notamment des textes d’Augustin Souchy et Gaston Leval, téléchargeable au format pdf (164 pages):

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Preface

The Spanish Social Revolution has been long neglected in English language works. Its importance as a revolutionary event and model, and as a concrete example of workers’ self-management by the people is just not recognized. My purpose in this collection is to provide an introduction to this unique experience. In my first chapter and friend Bookchin’s introductory essay, a general overview and context is presented. Most important, of course, is that this was a real experience for the people who took part. Through their words and deeds and the observations of the authors used in this collection, it is hoped that the reader will gain a meaningful understanding of the aims and organization of the anarchist collectives.

The material has been divided into two main sections. The first provides essential background information: the nature of the Spanish Revolution, the collectivist tradition, the development of the libertarian labor movement in Spain, and the historical events leading up to and then culminating in the destruction of the collectives.

The second, and main, section deals with the actual social revolution–the overall characteristics of agrarian collectivization and industrial socialization. It begins with a discussion about economic coordination, the place and nature of money in the collectives, and includes statistics on the number of collectives. It then deals with actual descriptions of life in the collectives, first under industrial socialization, and then in the rural collectives: how the new institutions were established, how they functioned, how production and distribution were handled; about coordination, exchange, relations between collectives, and between collectivized and non-collectivized areas. The book ends with a short evaluation of the anarchist collectives with some comments on their relevance and lessons.

The glossary, bibliography and appendices add to the overall usefulness of this volume. The photographs reproduced within begin to correct the visual bias that has left a plethora of war scenes but very little reflecting the constructive aspects of the Spanish Social Revolution. Most of the pictures are from contemporary sources held by the editor. I would like to thank Victor Berch, Special Collections Librarian at Brandeis University for permission to use the pictures on pages 104, 141, and 142.

The observers speaking in these selections visited the same regions and often the same collectives at different times within the short span of approximately two years. Since each observer stressed what seemed most important to him, their accounts supplement each other, thus providing a more balanced view of the new way of life than any single observer could have done. Under these circumstances, though, some repetition is inevitable. The translations I have made are strict to the meaning, but are not literal, for I have also been concerned with giving the spirit of the words, and with reducing repetitions.

Finally I would like to express my thanks to all the farsighted and brave people whose work I have used in putting together this collection. (A short biography on each is included in the bibliography.) Their efforts have immortalized a social experience of momentous importance. My object has been to present them to the English reader within a context that will be useful.

Acknowledgements

It is with the deepest appreciation that I acknowledge the contributions to the present work of the following persons:

My friend, Chuck Hamilton, for his tireless technical and editorial labors in turning a poorly typed manuscript into the finished book.

To my friend, Dr. Paul Avrich, for reading the manuscript and making valuable suggestions.

To my comrade, Murray Bookchin, who first encouraged me to undertake this project.

Last, but by no means least, my wife Esther who scrupulously examined the manuscript as it was being written and detected many errors.

Sam Dolgoff
New York City
January, 1974

“The first bus built in the workshops of the collectivized General Autobus Company.”

Spain : July 19, 1936 … July 19, 1937

14 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Petite brochure en anglais d’Augustin Souchy publiée à New-York en 1937:

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Vivre l’utopie (Marseille, 19 juillet)

14 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Projection-débat à Marseille le 19 juillet:

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Pour connaître l’Espagne Socialiste (Lefeuvre, 1937)

11 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Préface de René Lefeuvre à la brochure Catalogne 1936-1937 (Spartacus N°6, mars 1937).

Avec cette brochure, nous commençons la publication d’une série d’études sur la Révolution Espagnole.

Nous avons voulu, tout d’abord, donner la parole à nos camarades anarchistes. En effet, la F.A.I. et la C.N.T. ont été incontestablement les organisations de choc de la lutte anti-fasciste en Espagne et plus particulièrement en Catalogne. Leur importance numérique, l’héroïsme de leurs militants ont été déterminants dans la défaite subie par la rébellion militaire dans la moitié de l’Espagne. Leur sens profond des réalités, leur énergie créatrice se sont révélés devant la nécessité de substituer à l’exploitation patronale l’initiative ouvrière dans la direction des usines et d’assurer la marche des services publics.

La faiblesse relative des organisations anarchistes en France n’a pas permis de rompre le carcan de silence ou de combattre les campagnes de calomnies qui atteignent aussi bien les anarchistes de la C.N.T. et de la FAI que les marxistes du P.O.U.M., c’est-à-dire les seules organisations révolutionnaires d’Espagne. Nos prochaines études porteront sur l’évolution politique de la Révolution Ibérique et sur les réalisations économiques « Collectivisations ». Nous ne pouvons encore dire quelle en sera l’étendue, si nous consacrerons une brochure à chacun de ces sujets ou si nous les comprimerons en une seule publication.

Nous publierons également une étude sur le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste. Si la presse stalinienne est tenue d’observer une certaine prudence vis-à-vis de la C N T et de la FAI, eu égard de leur force, elle se rattrape sur le P.O.U.M. Une campagne de calomnies soigneusement orchestrée a remplacé la conspiration du silence des premiers temps de la Révolution espagnole. Tout ce que la presse réactionnaire avait pu baver sur la Révolution Russe est dépassé en ignominie par les jésuitières du bolchevisme stalinien. Le POUM connaît, en effet, trop bien les procédés et les manœuvres du stalinisme et la nécessité de les dénoncer. Il risquerait d’éclairer les camarades anarchistes qui ont tendance à sous-estimer ou même à ignorer l’importance de la menace staliniste. Il faut donc l’isoler des masses à tout prix. Le P.O.U.M., qui a perdu ses meilleurs militants dans la lutte contre Franco, devient donc l’agent du fascisme international. Parce qu’ils préconisent, d’accord avec les anarchistes, la nécessité de la collectivisation, la nécessité d’instaurer la démocratie prolétarienne, condition indispensable du succès de la lutte antifasciste ; pour avoir (avec combien de modération) dénoncé l’ingérence de la diplomatie stalinienne dans la politique intérieure de l’Espagne, les militants de ce parti sont qualifiés de diviseurs « trotskystes contre-révolutionnaires » par ceux qui, trahissant la pensée de Lénine dont ils se réclament, déclarent ouvertement vouloir transformer la lutte pour le socialisme menée pour tout ce que le peuple espagnol compte de meilleur, en une lutte pour le retour à la démocratie bourgeoise.

Crier la vérité sur l’Espagne, l’imposer à ses détracteurs, est un moyen de servir le prolétariat espagnol dans sa lutte contre les puissances de réaction coalisées. Montrer exactement ce qu’est aujourd’hui l’Espagne, c’est-à-dire un pôle révolutionnaire nouveau à l’heure où sombre dans la boue et le sang le régime issu de l’Octobre russe, c’est aider le prolétariat mondial à jeter les bases de sa propre émancipation.

L’élan qui poussa les premières milices catalanes sur le front d’Aragon, cet le même qui créa les premiers organismes du nouveau pouvoir et qui déclencha les premières collectivisations. Pour cette oeuvre, les organisations anarchistes de la FAI et de la C.N.T., l’organisation marxiste de nos camarades du P.O.U.M. se trouvèrent côte à côte.

Quelles que soient les divergences de principe qui les séparent, une double convergence les rapproche: convergence des buts immédiats, convergence d’intérêts. Cette solidarité révolutionnaire, qui est appelée à se resserrer de jour en jour, a pu quelquefois être masquée par l’ignorance) réciproque ou les malentendus, Les anarchistes ayant tendance à voir dans le POUM une simple fraction du « bolchevisme » et le P.O.U.M. n’ayant pas toujours veillé à lever l’équivoque. C’est pourquoi nous saluons les paroles de notre camarade Andrés Nin lors d’un meeting où les travailleurs de Barcelone acclamèrent à la fois la F.A.I. et le P.O.U.M. : « Il y a peu de jours, la FAI lançait un manifeste déclarant qu’ils s’opposeraient à toute dictature exercée par un parti. Nous sommes d’accord avec elle. La dictature du prolétariat ne peut être exercée par un seul secteur du prolétariat, mais par tous les secteurs, sans exception. Aucun parti ouvrier, aucune centrale syndicale n’a le droit d’exercer aucune dictature. »

Puisse cette rencontre d’Andrés Nin avec la conception qui opposait Rosa Luxembourg au bolchevisme totalitaire rapprocher définitivement des fractions militantes qui ont en commun la volonté inébranlable de libérer libérer l’homme de tout asservissement.

René Lefeuvre

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Cartes postales de la Révolution espagnole

11 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Quelques cartes postales pour le 80ème anniversaire de la Révolution espagnole:

Comité des milices antifascistes - carte postale 1936

Comité des milices antifascistes – dessin de R. Marin : Milicienne tirant au fusil (http://cartoliste.ficedl.info)

CNT - carte postale 1937

CNT / Jeunesses Libertaires, 1937 (http://affiches-combattants-liberte.org)

SIA - garderie d'enfant réfugiés basques à Barcelone

SIA – garderie d’enfant réfugiés basques à Barcelone

POUM - carte hasta NB

POUM – miliciens du front, 1936

UGT-CNT

union syndicale

CNT Ouvriers travaillant au blindage de camions Hispano-Suiza 1936

CNT – ouvriers travaillant au blindage de camions Hispano-Suiza, 1936

POUM (53) - caserne Lénine 01

POUM – formation dans la cour de la caserne

targeta

carte-type des Milices antifascistes de Catalogne

Comité provincial des femmes antifascistes

Comité provincial des femmes antifascistes

ugt-cnt-hopitaux

syndicat des hôpitaux

socors-roig-de-catalunya

Secours rouge de Catalogne

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Croix rouge – départ des miliciens vers le front

sia

Solidarité internationale antifasciste (SIA)

sia-viñeta

Solidarité internationale antifasciste (SIA)

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unité syndicale UGT-CNT contre la fascisme

Voir aussi:

La question anarchiste dans la révolution espagnole (Gutiérrez-Álvarez)

10 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

José (dit Pepe) Gutiérrez-Álvarez est un membre de la Fondation Andreu Nin. (Toutefois, si Pepe co-anime une Fondation amie, il convient de préciser qu’il est d’une « sensibilité » politique que nous ne partageons pas. Il a milité à la Ligue communiste en France puis à la L.C.R. espagnole, ne participe pas à notre site.) Son article est paru dans les Cahiers L. Trotsky N°50 en 1993 et a été traduit récemment en anglais sur le web, il nous a paru être une contribution intéressante dans le cadre du 80ème anniversaire de la Révolution espagnole.

On le sait, c’est en Espagne que l’anarchisme mondial trouva sa représentation la plus importante et sa plus grande influence. Ce fait a conduit certains à dire que la présence libertaire avait été le trait le plus original de son histoire contemporaine. Ce qui est certain, c’est qu’elle fut le fait le plus singulier de la guerre et de la révolution de 1936-1939, ces faits absolument cruciaux dans l’histoire de l’anarchie. Après de nombreuses défaites, le mouvement libertaire international crut trouver dans le conflit espagnol une occasion en or pour démontrer au monde et tout particulièrement aux marxistes comment faire une révolution, c’est-à-dire de façon anti-étatique et autogestionnaire, eu suivant d’autres normes que celles du modèle bolchevique de 1917 qu’ils contribuèrent à discréditer.

Au moment où éclatent « les journées de Juillet », l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), fondée à Berlin en 1922 en opposition à la IIe et à la IIIe Internationale, peut se diviser clairement entre sa principale section, l’espagnole, avec plus d’un demi-million d’adhérents qui augmenteront pendant la guerre — et le reste, en majorité des sections décimées — Portugal, Italie, Allemagne – ou décadentes — France, Argentine —, toutes franchement minoritaires.

Après un éclair éphémère avec l’Internationale Anti-autoritaire ou Noire, animée par Bakounine en personne, l’anarchisme fut écarté des principaux centres industriels par l’Internationale socialiste. Au début du siècle, il connut un autre grand moment avec la naissance du syndicalisme révolutionnaire — incarné par Pelloutier et la Charte d’Amiens — mais la Guerre mondiale et surtout la Révolution russe ont donné lieu à une nouvelle crise cette fois au profit de l’Internationale communiste dans les pays semi-industrialisés : nombre de ses cadres sont attirés par le bolchevisme [1]. L’Espagne allait être la grande exception. De sorte que, quand naquit la Ile République et surtout quand éclatèrent la guerre et la révolution, l’anarchisme mondial fit siennes les espérances de la CNT-FAI et nombre de ses plus notables militants vécurent intensément leur guerre d’Espagne [2].

L’exception espagnole

Cette exception espagnole a singulièrement fasciné une fournée d’historiens et d’hispanistes qui ont essayé de donner une explication scientifique du phénomène sur la base d’un schéma socio-économique — l’existence d’un océan de petites industries et de grands domaines —, d’un fondement religieux — l’anarchisme s’explique comme une variante de l’hérésie religieuse historiquement frustrée en Espagne —, sans oublier la variante raciale, si chère aux anarchistes eux-mêmes, qui ont consacré l’idée singulière que « l’Espagnol » — déplus arbitrairement uniformisé — porte dans son « idiosyncrasie » des doses plus ou moins importantes d’anarchisme [3]. Pour ces historiens, il s’agit d’assimiler ce qu’ils considèrent dans une large mesure comme une anomalie —, comme si l’histoire en général et le mouvement ouvrier en particulier pouvaient s’expliquer par des moules et des paradigmes universels, et pour les anarchistes, il s’agit d’accentuer une geste « raciale » dont l’horizon leur paraissait éternel. Il ne manque pas de « patriotisme » militant dans cette dernière conception, qui a été théorisée aussi par une certaine droite et par des gens comme Heleno Sana — et qui fait du phénomène anarchiste espagnol quelque chose de métaphysique et d’intemporel. Ces facteurs tendent en outre à occulter les plus importants : les facteurs politiques. Quelques-uns d’entre eux ont été soulignés par un Maurin dans sa maturité », qui a présenté une version bien plus nuancée de « l’enracinement de l’anarchisme en Espagne » , affirmant que les anarchistes comprenaient bien mieux que les marxistes le caractère radical de la question agraire dans le sud, la nature de l’avant-garde ouvrière de Barcelone face à Madrid bureaucratique, qu’ils étaient des propagandistes beaucoup plus capables , avaient une attitude beaucoup plus réceptive à l’égard des intellectuels avancés et de certaines caractéristiques du peuple espagnol, savaient répondre à la violence institutionnelle (Durruti) et agir dans la clandestinité, avaient aussi plus de brio et d’imagination que les socialistes. Le syndicalisme révolutionnaire fît bien plus que les pressions parlementaires pour l’amélioration des conditions de vie et la dignité du travail ; en outre, les luttes ouvrières animées avant tout par les anarcho-syndicalistes ont arraché les rares réformes légales qui ont été obtenues. Son apolitisme révolutionnaire n’apparaissait pas alors comme une position sectaire du fait de la légèreté morale des politiciens libéraux, et, quand ils présentaient leur projet révolutionnaire, il apparaissait comme la suite logique d’un projet démocratique avancé qui avait été trahi depuis des siècles par la bourgeoisie.

D’un autre côté, l’anarcho-syndicalisme a su combiner diverses formes de lutte et intégrer en son sein un large éventail de tendances libertaires, depuis les pédagogues et les pacifistes jusqu’aux insurrectionnalistes et aux justiciers, et finalement parvint à surmonter la crise créée par le pôle IIIe Internationale en appuyant au début une ligne de convergence tactique — sans oublier les principes de Bakounine — pour se détacher après les événements d’Ukraine et de Cronstadt et le rapport particulier d’Angel Pestana, au moment où commençait déjà la crise du PCE. Ce n’est qu’à Séville et en Catalogne qu’il y eut un problème communiste [4].

Dans sa longue histoire, l’anarchisme espagnol s’est fortifié en surmontant les « épreuves du feu » d’une répression permanente, bien pire que celle que subissait le PSOE. Il survécut à la révolte cantonale de 1873 — où sa responsabilité serait bien moindre que celle que leur a attribuée Engels dans son célèbre pamphlet Les Bakounistes en action —; au « pronunciamiento » du général Pavia en 1874 ; aux obscures manoeuvres policières autour de la « Main Noire » et l’attentat du Corpus. Les premières ont décapité le large mouvement de Jerez et le second essaya de détruire le noyau barcelonais et rendit célèbres les tortures du château de Montjuich ; à l’échec de la grève générale qui constitua le chapitre le plus important de la « Semaine tragique » ; au pistolerisme patronal de principe des années vingt qui extermina une partie de ses cadres les plus capables ; et finalement à la dictature de Primo de Rivera qui essaya de détruire la CNT tout en permettant au PSOE de bénéficier d’une légalité précaire.

Tout cela se produisit dans une période où les ornières apparaissaient comme l’antichambre d’une puissante résurrection et dans laquelle les conflits internes n’empêchaient pas son développement comme ils le firent dans d’autres pays. Les controverses et affrontements, surtout personnels, entre collectivistes — à la Bakounine — et communistes — à la Kropotkine — ont été plutôt durs, pas moins que ceux qui opposèrent les individualistes — Urales y Mane, Mella — et les syndicalistes — Lorenzo, Seguf, etc. —, mais toutes ces tendances finirent par coexister, bien que les divergences aient resurgi avec d’autres problèmes de fond et se soient accentuées à la fin de la Dictature, quand un secteur — la FAI — plaidait pour une ligne de rupture et d’insurrection et quand l’autre — Pestana, Peirô, Lôpez — inclinait à des accords ponctuels avec la gauche républicaine et autonomiste.

Ces contradictions traversent toute la période républicaine jusqu’à la réunification que va consacrer, en janvier 1936, le congrès de Saragosse, pour se reproduire avec d’autres variantes pendant le conflit armé et s’installer de façon chronique dans l’exil jusqu’à la rupture finale dans la période de « transition ». On peut en ce sens parler des « deux âmes » de l’anarchisme et José Peirats nous les présente ainsi pendant la République :

« Il y avait chez les anarchistes deux conceptions révolutionnaires : celle qu’on pourrait appeler jacobine et celle qu’on pourrait taxer d’opportunisme. Les premiers jouaient tout sur un coup d’audace ; les autres croyaient que la révolution a ses délais propres. Elle se fait (ou ne se fait pas) tous les jours. Le plus grand historien de l’anarchisme (Max Nettlau — JGA) appelait cela la continuité de l’histoire. A la conception conspirative s’opposait la conception opportuniste. Les mouvemets conspiratifs insurrectionnels de 1933 mirent clairement en évidence ces deux tendances. La révolution conspirative échouait à répétition. Les mouvements furent aisément réprimés par le gouvernement. Il manquait le climat. Pour les uns, la révolution se forge à froid. A force de pilonner le fer, il s’échauffe et devient rouge vif. La révolution serait l’oeuvre de minorités audacieuses prêtes à offrir l’exemple de leur sacrifice. Echauffé par l’exemple, le peuple suivra. Pour les opportunistes, c’est jouer à la roulette russe. Si on sort sans barbe… Les deux courants croyaient que la révolution n’est pas possible sans l’intervention du peuple. Mais, tandis que les uns croyaient que cette intervention est provocable volontairement, les autres estimaient que seul un événement émotionnel impondérable pouvait saisir les foules. Notre mission consiste à être prêts à souffler sur le feu et mener la révolution toujours plus loin. La conspiration jacobine peut déboucher sur la dictature qui répugne aux deux tendances » [5].

L’étape de la IIe République

Avec la révolution politique du 14 avril 1931, le dilemme jacobinisme/opportunisme va traverser tangentiellement le puissant développement de la CNT. Pour le courant « modéré » regroupé autour du Manifeste des Trente (Angel Pestana, Joan Peirô, Juan Lôpez, etc), toutes les conditions n’étaient pas créées pour la révolution et un travail d’accumulation de forces, de progrès syndical et de prise de conscience culturelle s’imposait. Il ne s’agissait donc pas de rechercher l’affrontement direct avec l’Etat et la bourgeoisie, mais d’utiliser de possibles accords avec ses secteurs les plus avancés comme les catalanistes de gauche, avec lesquels les trentistes possédaient pas mal de ponts. Le modèle social de ce courant — dans lequel s’insèrent de nombreuses variantes mineures comme la variante municipaliste, la variante pacifiste tolstoïenne, etc. — sera une traduction des théories de Pierre Besnard et Christian Comelissen qui défendaient une formule de « tout le pouvoir » aux fédérations syndicales, une idée très en vogue dans le courant historique syndicaliste révolutionnaire (IWW). Ils seront très durement traités par la majorité (Ricardo Sanz ira même jusqu’à écrire un pamphlet intitulé Los treinta Judas) et exclus.

Pendant plusieurs années, ils restèrent marginalisés, à l’écart de la CNT qu’ils finirent pourtant par réintégrer, à l’exception de la fraction représentée par Angel Pestana qui construisit le minuscule Parti syndicaliste, lequel s’efforça sans succès de convaincre les confédéraux de l’importance d’avoir une formation politique. Bien que, pendant la guerre civile, sa politique fût appelée à coïncider largement avec celle d’un secteur cénétiste — d’origine faïste — dirigé par Horacio Prieto.

La majorité qui s’impose pratiquement dans tout l’Etat se vertèbre à travers le schéma organique irrégulier de la FAI sur la base de la prémisse selon laquelle la CNT est insensible sans une hégémonie anarchiste. La montée du mouvement de masses en général et en particulier de son expression anarcho-syndicaliste, signifie pour les théoriciens de la « gymnastique révolutionnaire » que le moment est arrivé d’avancer sur le chemin de la révolution, à travers un vaste mouvement d’insurrections locales — à la manière de Bakounine en Italie — qui seront définies par les « trentistes » comme une forme d’action anarcho-bolchevique (une assimilation abusive du bolchevisme à une simple technique de coup d’État à la manière grotesque de Curzio Malaparte), et qu’on doit caractériser plus correctement comme une variante anarchiste du putschisme . Ce mouvement, commencé à Figols, a eu son chapitre le plus célèbre et le plus transcendant à Casas Viejas où les forces de l’Ordre public firent une démonstration de la façon de traiter ce type d’actions qui ne durèrent jamais plus de quelques heures ou quelques jours, bien que ceux qui les déclenchaient aient été persuadés qu’il ne s’agissait pas de tentatives mais du jour J de la révolution. Ses raisons théoriques plus élaborées ont été le fait du Dr Isaac Puente, principal intellectuel cénétiste de l’époque, qui les a exposées comme suit :

« Une révolution politique peut se faire sur le front urbain… La révolution sociale a besoin du front le plus large, transformant en bastion chaque hameau… Une poignée de camarades audacieux ou un petit syndicat rural peuvent facilement procéder au désarmement des ennemis et à l’armement des révolutionnaires. Dans un village, il est facile de résister plusieurs jours à un blocus parce qu’il y a des réserves alimentaires… Les camarades de la ville ont quelque chose de plus important à faire. Tenir en échec la force armée pour qu’elle ne puisse pas procéder à la soumission de ses frères, les paysans soulevés. Détourner les forces de l’ennemi. Maintenir la grève révolutionnaire et la lutte violente. Faire que l’expérience de la campagne dure le plus longtemps possible pour que personne ne puisse nier l’évidence : le communisme libertaire est réalisable » .

Cette ligne d' »actions exemplaires », qui suscitent l’enthousiasme de gens comme Federica Montseny, dédaigne les programmes — conçus comme une ruse marxiste qui fait obstacle à la libre initiative — se justifient comme une tactique dans laquelle les campagnes encerclent les villes corrompues — en ligne droite, sans procès de transition — d’un communisme libertaire qui ne transige pas avec des hégémonies syndicales ni aucune forme d’Etat. Son objectif est le retour à la vie naturelle, précapitaliste, dans laquelle (il n’est pas bien précisé comment) se rétablira l’équilibre entre individualisme et collectivisme. Il n’y a donc place pour aucune forme de collaboration avec d’autres expressions du mouvement ouvrier et le dilemme est : Etat ou Révolution.

Le rôle de l’hégémonie faïste

A partir de l’histoire, on a généralement présenté cette expérience comme un produit de l’hégémonie faïste, en oubliant au moins que cela répondait à un sentiment très répandu dans les cadres moyens confédéraux — le cœur de la CNT — et parmi les membres, et que c’était interprété comme une alternative révolutionnaire opposée à la médiocrité institutionnelle et professorale de la coalition républicains/socialistes qui se montra beaucoup plus dure à l’égard de l’anarcho-syndicalisme qu’à l’égard de la nouvelle droite (elle mettait des gants blancs pour Sanjurjo et Juan March). Elle posait virtuellement la question de la révolution de manière infantile et sectaire, mais il ne fait aucun doute que la révolution se mettait en marche de façon large et profonde. Quand cette révolution vint h frapper à la porte de la CNT-FAI, celle-ci se trouvait dans une grave crise h laquelle contribuaient aussi le fiasco de sa campagne d »‘apolitisme révolutionnaire » qui avait contribué (aux yeux des travailleurs) à la victoire des droites — qui traitèrent bien plus durement encore les anarchistes que le gouvernement antérieur — et l’apparition d’un danger fasciste international qui sera, de façon isolée, comprise par un témoin de la montée des nazis, Orobôn Fernândez . La majorité faïste, bien qu’en recul, continuait à montrer son sectarisme devant l’Alliance ouvrière.

L’Alliance ouvrière répondait à trois exigences fondamentales :

a) l’unification prolétarienne face à la montée fasciste,

b) la révolution considérée comme la destruction de l’Etat bourgeois,

c) la démocratie prolétarienne comme formule magistrale post-révolutionnaire…

Animée au début à partir de la gauche communiste, l’Alliance s’élargit aux autres groupes dissidents du PSOE et de la CNT — Pestana — et renforça la gauche socialiste dont le processus de radicalisation était nié par la majorité libertaire. L’entrée de la CNT aurait été historiquement décisive, elle pouvait être une alternative déterminante face à la nouvelle coalition des gauches dans laquelle les républicains apportaient le programme et le personnel dirigeant et le mouvement ouvrier la main d’œuvre. Mais la CNT ne prenait pas en compte l’imminence du danger fasciste, ne se posait pas la destruction de l’Etat avec les autres et donc moins encore la nécessité du pluralisme révolutionnaire .

La CNT asturienne est restée tragiquement isolée dans cette année de l’UHP et, pendant que Federica Montseny déclamait contre les marxistes sans aucun effort pour distinguer entre eux, l’asturien José Maria Martmez proclamait que deux anarchistes + deux marxistes faisaient quatre révolutionnaires.

Le thème du front unique est analysé comme une simple manoeuvre politique des différents marxismes, et c’est la main de fer qui s’impose contre ceux qui s”’inflitrent » dans les rangs de la CNT, ce qui n’empêche pas que des libertaires notoires, comme Cipriano Mera, travaillent à l’UGT dans certains centres industriels — comme à Madrid — où les confédéraux ne sont pas enracinés. Pour le reste, l’affirmation unificatrice et unitaire se trouve dans l’esprit de la première CNT et inspire certains moments brillants comme celui de la grève générale d’août 1917. Elle continue à vivre dans de nombreuses fédérations et a ses théoriciens comme Quintanilla et Orobôn Femândez, avec beaucoup d’influence.

L’unité n’est pas le thème central du Congrès de Saragosse, il s’y pose de biais. Le « climat » de coup d’Etat militaire, qui se devine y compris dans l’ambiance, n’est pas non plus abordé, pas plus que le gros nuage fasciste qui recouvre un calme apparent après la victoire de Hitler en Allemagne, et moins encore la situation en URSS où Staline a effectué son spectaculaire tournant à droite, ni même le Front populaire qui va bénéficier de l’appui ouvert de « trentistes » notoires et de l’appui tacite de bien des « faïstes ». Le Congrès se consacre à déterminer comment construire le communisme libertaire et Isaac Puente impose sa veine lyrique : le communisme libertaire ne craint ni la contre- révolution ni l’encerclement international. Mais il paraît évident que son avènement ne pourra se faire en-dehors des conditions concrètes (que l’on minimise quand on les énumère pour d’autres cas historiques — comme le cas soviétique — mais sont décrites ici comme de simples prétextes des « autoritaires »). A Saragosse, la volonté est tout et les conditions ne sont rien. C’est à cette époque, au sommet des « procès de Moscou » que la presse libertaire traite l’affaire avec indifférence et l’explique comme un règlement de comptes entre « camarillas » marxistes.

Anarchisme et Révolution

La révolution ne va évidemment pas se dérouler suivant les normes de l’Idéal, mais selon une ligne brisée par des conditions historiques très complexes et dramatiques et son déroulement ne va pas être le produit d’une grève générale ou de la conjonction d’insurrections, mais va avoir à franchir une double muraille qu’on lui oppose avec des méthodes bien différentes :

— celle de la contre-révolution militaire-fasciste, vertébrée à partir du secteur le plus réactionnaire de l’armée, prêt à écraser totalement le mouvement ouvrier et à anéantir toutes les libertés, y compris les bases culturelles les plus modérées.

— celle d’une anti-révolution qui tient dans le Front populaire l’expression, prétendument légitime, de l' »unité antifasciste », concrétisée dans un Etat républicain qui se situe dans la vague du pacte que l’URSS recherche avec « les démocraties occidentales » et qui, par conséquent, repousse — comme c’est clairement exprimé dans son document constitutif — les revendications socialistes.

En ce qui concerne le premier problème, on constate clairement une sous- estimation de la part du mouvement ouvrier en général et de l’anarcho- syndicalisine en particulier, malgré les antécédents répressifs de 1909, 1917, 1923 et 1934, sans oublier la tentative de coup d’Etat de Sanjuijo en 1932. Cette vocation contre-révolutionnaire de l’armée se renforce quand la classe dirigeante considère comme terminée son expérience « réformiste » dans la Ile République et quand la montée nazi-fasciste la pousse à « une contre-révolution préventive ». L’opposition h l’intérieur de l’armée sera grande mais inarticulée » ; on n’y trouve pas les nœuds d’un travail anti-militariste bien organisé. Mola et Franco sont prêts à écraser une prévisible grève générale : le fait que la riposte soit bien plus large et profonde révèle qu’il existait les conditions subjectives pour une révolution.

Quant au second problème, il faut se souvenir que le Front populaire se justifiait, selon la droite azaniste, comme moyen pour neutraliser par sa modération la possibilité d’un coup d’Etat. Mais il est évident que la réaction prenait en compte non seulement les intentions d’Azafia et de Prieto mais aussi la volonté et le regard des ouvriers et des paysans. Quand le coup militaire se déclencha (après avoir été un secret de Polichinelle que Casares Quiroga tenta de discréditer par une fmerie), la droite républicaine fut totalement débordée, d’abord parce que son attitude face à l’armée était ambivalente ( elle craignait ses tentations de coup d’Etat mais avait besoin d’elle contre une révolution) et ensuite parce qu’elle n’avait au moins pas conscience de ce que signifiait un péril comme le péril fasciste. Son comportement, dès lors, fut grotesque, balançant entre l’indifférence (Quiroga), la compromission (Martmez Barrio), la passivité (refus d’armer les travailleurs), quand ce n’était pas l’oscillation ou la complicité. La confiance des travailleurs dans les gouvernants républicains fut fatale dans nombre de grandes villes.

Rien n’était préparé, mais quand vint le moment, l’héroïsme des multitudes fit le miracle d’arrêter le coup dans la majeure partie de l’Etat et, là aussi, les anarcho-syndicalistes montrèrent leur valeur là où ils savaient le mieux se battre : sur les barricades. Rien ne pouvait se faire sans la CNT, bien que la naïveté ait eu des conséquences tragiques à Séville, Saragosse et Oviedo, sans oublier Majorque et les Canaries, toutes des positions-clés dans la guerre qui venait. Le résultat fut un point de départ victorieux avec quelques défaites. Mais la situation allait se résoudre progressivement en faveur de ceux qui avaient les meilleures armes et une compréhension plus claire des moyens qui leur étaient nécessaires pour vaincre. La contre-révolution avait la terrible certitude de leurs conséquences.

Les grandes options de l’anarchisme

Personne comme les anarchistes ne s’était autant préparé à une révolution. Ils avaient commencé leur odyssée au temps de la 1ère Internationale et s’étaient forgés dans une bataille contre les pouvoirs établis. La CNT condensait dans ses fédérations une majorité militante à la capacité de lutte reconnue et à la volonté déterminée de transformer le monde. Son programme avait été l’anarchie, « l’expression la plus élevée de l’ordre » (Elysée Reclus). Pour lui, ils avaient refusé toute transaction avec la classe dominante. Ils avaient refusé le jeu parlementaire et la « politique » traditionnelle en l’honneur de l’action directe, de la lutte pour la révolution.

Quand, pendant les journées de juillet, ils jouèrent un rôle indiscutable dans la défaite des insurgés, tout paraissait possible. Durruti disait que Barcelone était devenue « la capitale spirituelle du monde » et le mot de liberté se concrétisait en un mouvement libérateur qui soulevait tous les opprimés. Le lien entre la contre- insurrection et la révolution fut parfaitement naturel : les bourgeois surent sans difficulté où se trouvaient leurs barricades et leurs biens furent collectivisés au cours d’une fête égalitaire. Par sa capacité d’organisation, la révolution espagnole se montra bien plus profonde que la soviétique puisque tout fonctionna dès le premier jour. Restait un point faible : celui du pouvoir. La révolution avait « fait sauter l’omelette » mais qui, maintenant, commandait ?

La révolution entre les mains, le sommet de la CNT avait à se poser au moins trois grandes options fondamentales :

1. Celle du congrès de Saragosse, c’est-à-dire de proclamer le communisme libertaire, autrement dit : la Révolution contre l’Etat.

2. Une dans la vague de l’Alliance ouvrière, à savoir de faire l’unité de la gauche révolutionnaire (confédéraux, caballeristes et poumistes), défense de la révolution, démocratie prolétarienne…

3. D’arriver à un accord avec les autorités républicaines à l’intérieur d’un front antifasciste qui ne mettait pas en question la légitimité du Front populaire.

Dans le plénum qui s’est déroulé à Barcelone au lendemain des événements révolutionnaires, le dilemme se réduisit à deux options. Les défenseurs de la première n’étaient guère convaincants, car ils continuaient à poser avec la même optique que toujours, nous et nous seuls, en ligne droite jusqu »‘au tout social ». Son défenseur le plus connu était Garcia Oliver qui, par la suite, passa pour le défenseur le plus conséquent d’une troisième option — selon lui, il ne voulait pas jouer les Trotsky — qui se justifiait sur la base de la reconnaissance des « conditions objectives » : il y avait un ennemi terrible, le fascisme et il existait d’autres forces politiques et syndicales qui prédominaient dans d’autres zones de l’Etat. La première option, disait-on, impliquait — il faut dire qu’on le découvrait — une dictature anarchiste et c’était en contradiction avec les principes. 1 .a question qui nous vient est celle-ci : pensaient-ils auparavant qu’ils allaient appliquer leur programme de communisme libertaire par consensus ? Il est évident que non, les anarchistes n’avaient jamais douté que la révolution ne se faisait pas par consensus mais par la violence révolutionnaire — la forme autoritaire disait Engels — et ils l’appliquaient rondement dans leurs insurrections.

Mais, outre les indiscutables « conditions objectives » il y avait les « subjectives » qui étaient bien plus déterminantes parce que, pour les anarchistes, c’était un principe que le pouvoir était « maudit » (Louise Michel) et qu’à l’occuper, l’homme le plus sain pouvait se transformer en bourreau sanglant (Proudhon). Néamoins ce principe avait un autre aspect : il fallait abolir la malédiction. Que restait-il donc d’autre que de se renforcer, à partir du moment où les anarcho-syndicalistes reconnaissaient une légitimité et consentaient à s’y intégrer avec leurs milices et leurs collectivités. Alors, ce fut quand Solidaridad Obrera écrivit qu’il s’agissait d’une autre classe de pouvoir…

Pendant les « journées » de juillet, ils avaient hérité des barricades, et Companys le reconnut quand, dans une manifestation de l’intelligence politique bourgeoise, il se mit au service de la révolution en la suivant à la tête de la Généralité. Companys avait déjà à l’esprit une manœuvre politique de grande envergure. D’abord, on mettait un petit coussin aux pieds de la CNT pour qu’ils se sentent à l’aise, puis on coexisterait avec eux, récupérant progressivement l’initiative sur tous les terrains, s’appuyant sur sa légitimité, sa maîtrise des ressources financières et surtout l’affaiblissement de la révolution ; dans ce plan, le plus intelligent était d’intégrer les conquêtes révolutionnaires qui allaient dépendre des institutions. Pour cela, il compta sur un allié militant avancé, le PSUC qui, d’accord avec la politique du PCE dans le reste de l’Etat, ne tarda pas à prendre une initiative plus dure qui ne tarda pas à rendre impossible cette coexistence.

Ce furent les anarcho-syndicalistes eux-mêmes qui refusèrent comme saugrenue la première option — sans remettre en question tout le parcours — et en choisirent une « intermédiaire ». Il faut maintenant se demander les raisons pour lesquelles ils ne choisirent pas la deuxième, qui aurait bénéficié de la connivence de la gauche socialiste — qui alla plus loin que le CNT dans son opposition à Giral — et du POUM. Cette option prenait place dans la référence à l’Alliance ouvrière et répondait au sentiment de la majorité de la population qui avait repoussé le fascisme.

La réponse à cette question nous mène à celle de la nature de la CNT. C’était une organisation très puissante qui s’était éduquée dans une compétition avec les marxistes et qui avait préparé un projet révolutionnaire solitaire en dehors du temps et de l’espace. Elle considérait les autres organisations ouvrières avec plus de méfiance que la Gauche catalane avec laquelle elle avait eu de très graves affrontements pendant la Ile République. Elle avait peur que les marxistes n’empiètent sur leur territoire et ne pouvait donc concevoir un front unique à leur initiative. En repoussant la possibilité d’un pouvoir révolutionnaire, ils s’orientaient vers une position apparemment plus conforme à son refus du pouvoir. Ils pensaient qu’en collaborant à diverses institutions ou différents organes de gouvernement ou à ceux dont ils exigèrent pathétiquement qu’on en changeât le nom —, ils pourraient avoir les mains libres pour ce qu’ils considéraient comme prioritaire par rapport à leurs convictions : la consolidation des collectivités. C’est en fonction de cela que le conseil d’Aragon chercha ses alliés chez Companys et les « caballeristes », négligeant tous les autres problèmes. Ils croyaient aussi que cette coexistence — « parfaite » selon Santillân — ne se détériorerait pas. C’est ce qui explique, par exemple, leur joie quand le gouvernement de la Généralité se sépara d’un parti (le POUM) et fit entrer trois syndicalistes de l’UGT…. qui étaient aussi des dirigeants du PSUC !

De même, il est clair que cette option ne trouva pas d’autre avant-garde pour l’imposer. La gauche socialiste aurait pu l’avoir acceptée d’un point de vue plus droitier, mais elle était plus préoccupée par son rôle dans l’appareil d’Etat et le POUM n’avait pas la force suffisante pour accompagner ses propositions. Ni la CNT ni personne — en-dehors des « trotskystes » qui étaient un facteur extérieur — n’imaginaient même ce qu’allait signifier un PCE-PSUC converti en avant- garde la mieux implantée, la plus conséquente et la mieux pourvue de la droite républicaine. On allait assister à un spectacle jamais vu : un parti utilisant les symboles et les méthodes du bolchevisme — la discipline, l’efficacité, l’unité de l’exécutif, l’agitation et la propagande à grande échelle, etc. — pour défaire une révolution et implanter un gouvernement en conformité avec la politique de Staline d’alliance avec les « démocraties occidentales ».

Cette incompréhension ne justifie pas une attitude de complicité. Les dirigeants de la CNT ont pensé qu’ils pouvaient être mieux traités dans la répartition des armes en chantant des louanges pour Staline et l’URSS, et en pratiquant une politique de bon voisinage avec le PCE-PSUC.

L’intégration gouvernementale

La révolution espagnole, animée principalement par les anarcho- syndicalistes, n’a jamais réussi à se concrétiser. Elle fut profonde dans le domaine des industries et des champs, connut des développements très importants dans le domaine des mœurs et connut une importante participation féminine, surtout à travers « les Femmes libres ». Son potentiel fut si indiscutable que ses adversaires les plus irréductibles, les communistes officiels, ne l’attaquèrent pas ouvertement, mais sur ses flancs.

Ces derniers affirmaient qu’il valait mieux la laisser pour après la guerre et montraient qu’elle était inopportune puisqu’elle gênait « l’effort de guerre », les secteurs de gauche représentés dans les milices et à l’arrière comme ceux qui se laissaient emporter par la tradition anticléricale la plus primaire, brûlaient les églises et poursuivaient le fascisme dans la moindre manifestation de religiosité.

La force du PCE et de la droite républicaine était donc aussi dans la faiblesse du secteur révolutionnaire et de sa composante majoritaire, la CNT- FAI. Ces derniers n’avaient pas de stratégie politique et leurs dirigeants, comme Horacio M. Prieto en premier lieu et Mariano Vâzquez (Marianet) ensuite, reflétaient la tendance des cadres dirigeants à une politique pragmatique, c’est-à- dire à travers les institutions qui étaient celles d’un État en reconstruction. Ces dirigeants en vinrent à se dresser ouvertement contre les collectivisations et ceux des leurs qui critiquaient la politique républicaine officielle. Ils s’étaient transformés à leur manière au credo de « d’abord gagner la guerre »…

Ce processus vers la politique institutionnelle culmina avec l’entrée de quatre têtes de l’anarchisme dans le gouvernement de Largo Caballero, un « gouvernement de transition », dans lequel, comme en Catalogne, l’équilibre fut rompu en faveur d’une droite républicaine qui commençait à reconstruire les institutions face à une révolution inachevée et décapitée.

Tous n’acceptèrent pas cette charge avec le même enthousiasme. Juan Peirô et Juan Lôpez, qui avaient été deux éminents « trentistes », n’avaient aucun doute (bien que Peir6 fit plus tard un bilan très autocritique), mais Garcia Oliver ne voulut pas faire le pas sans que le fasse aussi Federica Montseny qui incarnait mieux que personne la tradition puriste. Montseny se posa ce qui avait été une — sinon la principale — marque de l’identité de son courant comme une question d’honneur personnel, mais dans la mesure où elle se trouvait prise dans des positions « circonstancialistes », elle finit par accepter, non sans avoir reçu auparavant la bénédiction de son père Federico Urales, qui estimait qu’il fallait appuyer la démocratie contre le fascisme.

Intégrée au gouvernement, la CNT souffrit de la tempête entre ses deux « âmes » et tandis que la possibiliste en venait à théoriser avec enthousiasme la participation gouvernementale, la spontanéiste, submergée surtout dans la base militante, voyait avec stupeur la destruction, une à une, de toutes les conquêtes révolutionnaires. Les deux positions allaient affleurer quand le processus de « normalisation » républicaine coïncida avec le moment d’en finir avec les ambivalences et qu’il fallut en finir. Les obstacles sur cette voie étaient nombreux, mais avant tout pouvaient se résumer à deux : le poids déterminant de la révolution en Catalogne et en Aragon et l’attitude ambivalente, « centriste » de Largo Caballero et de la Ezquerra. Au milieu de tout cela se trouvait le POUM qui posait aux PCE/PSUC deux problèmes supplémentaires : ils représentaient une option révolutionnaire plus conséquente et constituait donc le danger essentiel pour un changement de situation, d’autant qu’il était suffisamment anti¬stalinien pour être catalogué comme « trotskyste »…

A partir de la fin de 1936, le climat politique est de plus en plus tendu par l’attitude chaque fois plus audacieuse du communisme officiel. Les contradictions étaient à fleur de peau et l’explosion se produisit pendant « les journées de mai 1937 », au cours desquelles on peut distinguer trois phases : a) la provocation de Telefonica donna lieu à une situation révolutionnaire, de façon externe très semblable à celle de juillet mais réduite à l’intérieur à la défensive, b) l’arrivée des ministres anarchistes — surtout Federica Montseny, plus écoutée à cause de son passé révolutionnaire — et l’attitude honteuse des dirigeants de la CNT barcelonaise, donnent lieu à une réaction du mouvement qui ne se construit aucune sauvegarde, c) le mouvement recule et commence une nouvelle offensive de la droite républicaine… Ses conséquences sont bien connues : dans le même moment de la défaite de mai 1937 tombent Nin et de nombreux autres militants (Bemeri, Wolf, Landau ), le POUM est mis hors la loi, le déclin de la CNT s’accentue, le Conseil d’Aragon est déposé manu militari, Largo Caballero tombe et la Catalogne perd son importante autonomie. La CNT, qui s’était surtout efforcée de désavouer ses « enragés » des Amis de Durruti — dont la valeur essentielle est d’exprimer le malaise et la volonté de résistance de la masse militante, mais qui manquent par ailleurs des instruments les plus élémentaires d’analyse politique —, arrive tard au moment de comprendre que la persécution du POUM la vise aussi. Curieusement, Emma Goldman, la plus acharnée théoricienne de l’idée que bolchevisme et stalinisme étaient symétriques, défend alors les « véritables bolcheviks » comme Nin.

Notes:

[1] L’anarcho-syndicalisme avait subi de nombreuses défaites politiques – sans remonter au-delà de celle de la CGT en août 1914 – mais n’avait nulle part joué un rôle aussi important que dans la guerre d’Espagne. Un cas peu connu est celui de la CGT portugaise, très puissante à la veille du coup de Salazar, face auquel elle préconisa une ligne ouvertement suicidaire : « neutralité révolutionnaire ». Je n’ai trouvé parmi ses porte-parole aucun commentaire critique de cette attitude.
[2] Sur cet aspect, voir le prologue de Manuel Sacristan aux Écrits de Marx et Engels sur l’Espagne éd. Ariel, Barcelone, 1966.
[3] Ces types de provocations étaient assez courants. Elles s’appuyaient sur l’existence de quelque désespéré, et parfois même pas. Comme à Chicago en 1885, quelqu’un provoque un massacre et une série de crimes « vengeurs ». Il n’y a pas de preuves et celles qui existent, comme à Jerez, ne sont pas soutenues. Mais la manœuvre servit à décapiter le mouverment.
[4] Eduardo Mendoza interprète très bien ces faits dans La verdad sobre el caso Savolta, le présentant comme un essai de méthodologie fasciste. Dans le programme de la TVE sur la guerre civile, il est attribué au « terrorisme » anarchiste.
[5] Prologue à H.E. Kaminski, Los de Barcelona, Ed del Cotai, Barcelone, 1977.

barricades

Petit guide avant le 80ème anniversaire de la Révolution espagnole

8 juillet 2016

80ème anniversaire de la Révolution espagnole

Republications estivales

A l’approche du 80ème anniversaire de la Révolution espagnole nous rappelons notre pdf de 12 pages à télécharger librement:

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cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

cnt1936

De la guerre d’Espagne à la guerre mondiale (Benjamin Lewinski, 1986)

12 avril 2016

Témoignage publié dans Matériaux pour l’histoire de notre temps (vol. 5 & 6) en 1986:

1

Par un beau soir de mars 1984, peu avant ma retraite, je rentrais chez moi avec un exemplaire de La Vanguardia sous le bras, qu’un client catalan avait laissé dans sa chambre, en quittant l’hôtel de Nice où je travaillais.

J’étais à cent lieues de me douter que la lecture de ce journal de Barcelone, allait me bouleverser à un tel point qu’elle provoquerait en moi une émotion si forte que, cette nuit- là, toute une période dramatique de ma vie allait resurgir dans ma tête, me ramenant brusquement cinquante ans en arrière, aux événements tragiques qui avaient entraîné la brutale disparition de la jeune République espagnole, écrasée par le fascisme international, sous les regards, presque indifférents, des pays démocratiques, s’abritant derrière une cynique non-intervention, la conscience tranquille.

Ayant rarement l’occasion de lire la presse espagnole, je lus La Vanguardia de «cabo a rabo» et tombais soudain en arrêt, sous l’emprise d’une indicible émotion, en parcourant un article de la rubrique littéraire, où un philosophe américain expliquait les motivations d’un certain George Orwell, écrivain anglais, auteur du best-seller «1984», qui l’avaient incité — à la fin de 1936 — à s’engager dans les Milices du POUM, parti politique de gauche, marxiste et léniniste, de tendance trotskyste, pour aider les républicains espagnols — désarmés — à se défendre contre le fascisme.

Comment un Français, juif polonais d’origine, dont la langue maternelle devait être le yiddish, était-il si familiarisé avec l’idiome de Cervantes et ému à un tel point, par un article à première vue anodin ?

L’explication en est fort simple car, à la fin de 1936 et à peine âgé de 20 ans, j’étais le capitaine commandant l’unité internationale du POUM, unité fort disparate, composée d’une centaine de jeunes catalans, encadrés par des volontaires étrangers, dont beaucoup étaient des vétérans de la guerre 14/18 et parmi lesquels il y avait une forte section de britanniques dont quelques personnalités remarquables de l’Independent Labour Party.

J’eus beau tourner et retourner ce nom dans ma tête, George Orwell me restait complètement inconnu. M’imaginant alors qu’il pouvait s’agir d’un «pen’s name», je pris le problème à rebours et m’arrêtai finalement sur un syndicaliste fort connu et respecté — Bob Edwards — et sur un grand échalas d’intellectuel — Eric Blair — les seuls, à mon avis; ayant les qualités potentielles d’un possible écrivain parmi mes compagnons anglais, les miliciens qui combattaient avec moi en 1937 et dont je me souvenais parfaitement des noms.

Après ma mise à la retraite, je me rendis un jour à la bibliothèque municipale de Nice et consultai les titres disponibles de ce mystérieux George Orwell. Une traduction de son Homage to Catalonia m’attira immédiatement, je la demandai aussitôt et dès l’avant-propos je vis que je ne m’étais pas trompé. Orwell, mon mystérieux Orwell n’était autre que mon vieil ami Eric Blair, le seul Anglais à parler un excellent français et qui m’avait été d’un grand secours lorsque j’avais des problèmes linguistiques avec mes camarades britanniques.

Dans les Milices espagnoles, au début de la guerre civile, une grande camaraderie régnait entre officiers et simples miliciens. Les miliciens avaient le droit de donner leur opinion et les officiers en tenaient souvent compte.

Donc, le livre en main et sachant qui l’avait écrit, je le dévorai d’une traite étreint par une émotion incommensurable car, dès le second chapitre, il. me fit une large place dans son récit. Il me fit revivre nos souffrances de l’époque, nos constantes privations, la crasse due au manque d’eau et nos combats, nos coups de main plutôt, car nous manquions d’armes offensives, pas d’artillerie, très peu de mitrailleuses, le POUM se heurtant constamment au blocage que le PSUC (parti communiste stalinien) provoquait contre nous dans les hautes sphères «del Ejercito del Este» (Armée de l’Est).

Ses grands dons d’écrivain me mirent les larmes aux yeux lorsqu’il relata le long calvaire de George Kopp. mon chef direct, ce colosse au grand cœur, mon grand ami qui m’avait mis à la tête de la compagnie de miliciens que je commandais.

Je dévorais les pages et, au fur et à mesure de leur lecture, je réussis à percer le mystère des événements des journées de mai 1937 à Barcelone et les raisons de la dissolution de la 29e Division Lénine du POUM, durant l’été de cette même année, dissolution à laquelle j’avais assisté, contraint et forcé, dans une caserne de Barbastro — entre Lérida et Huesca — m’obligeant à suivre les conseils de mes compagnons d’armes de l’Armée régulière : changer de nom et me rendre —contrairement à mes désirs — à Albacete pour me mettre à la disposition des Brigades internationales, pour pouvoir continuer la lutte.

Que s’était-il passé en Espagne ? Orwell et Kopp, pourchassés sauvagement par les staliniens du PSUC, ne. purent participer qu’à la première année de la guerre civile. L’Anglais, la mort aux trousses, obligé de fuir l’Espagne qu’il était venu défendre contre le fascisme et qu’un ennemi imprévisible — le national-communisme stalinien qui s’était implanté en Catalogne— menaçait à son tour. Quant au commandant Kopp, arbitrairement emprisonné, il attendait stoïquement les douze coups d’un peloton d’exécution de la Tcheka catalane. Je vais essayer de compléter le récit d’Orwell, ayant eu la chance de sortir vivant du front d’Aragon en. 1936/1937, des menaces sournoises du parti stalinien durant l’hiver 1937/1938 et des combats durant l’offensive de Gandesa, à la tête d’une compagnie de l’Armée régulière, commandant une unité entièrement composée d’Espagnols, de la 44e Division Pastor, Bataillon «Mencia».

Pour moi, tout avait commencé après les flons-flons des bals du 14 juillet 1936. Les lampions à peine éteints, un coup de tonnerre venu d’Espagne m’annonça, dans les journaux du 19 juillet 1936 que la veille, un Caudillo nommé Francisco Franco Bahamonde avait provoqué un soulèvement pour écraser la République espagnole, démocratique et souveraine — autant que légale — car elle était issue des urnes, contrairement aux usages des nazis et autres fascistes, dont le système de gouvernement était basé sur la brutalité la plus odieuse.

L’indignation du peuple français, révolté par l’action d’une caste militaire, était à son comble. Les combats de rues à Barcelone et à Madrid — où le peuple ne disposait que de ses mains nues pour faire face aux mitrailleuses — faisaient le une de la presse parisienne et finalement après des journées de combats sanglants et indécis, la résistance des démocrates espagnols permit de sauver la moitié du pays, dont les villes les plus importantes.

Le Parti communiste français canalisa les efforts des ouvriers et des intellectuels de gauche, pour former des Brigades internationales et les diriger sur le front de Madrid où les combats faisaient rage.

Franco reçut immédiatement l’aide logistique des Allemands et des Italiens. Quant aux républicains, seuls l’Union soviétique et le Mexique leur envoyèrent une aide mais pour considérable qu’elle fût, elle ne suffisait pas et les pays démocratiques européens avaient inventé la non-intervention.

L’armée espagnole étant passée au fascisme, la République dut créer des milices de bric et de broc. Je me tenais au courant de ce qui se passait dans la péninsule voisine et j’entrevoyais sérieusement la possibilité — moi aussi — de rejoindre l’Espagne démocratique […]

Désirant me joindre aux républicains espagnols qui faisaient face au fascisme hitlérien, lequel voulait s’implanter en Espagne et convaincu qu’en aidant les démocrates espagnols j’aidais mes malheureux correligionnaires juifs d’Allemagne, spoliés, roués de coups et même assassinés par les nazis, je décidai de me rendre en Espagne par mes propres moyens.

Un matin de fin juillet 1936, ayant lu dans la presse parisienne qu’un cargo espagnol — le Cabo San Antonio — effectuait à Marseille un chargement de matériel et de denrées alimentaires devant appareiller sous peu pour Barcelone, je pris le premier train du soir pour le grand port phocéen.

La surveillance très étroite exercée par la police portuaire de La Joliette m’empêcha de me mettre en rapport avec les marins espagnols et, n’ayant pas beaucoup d’argent, je me rendis — à pied et en autostop — en direction de la frontière espagnole.

Je mis deux ou trois jours pour atteindre Puerto de la Selva — sur la Costa Brava — que j’atteignis après avoir franchi, de nuit, les Pyrénées entre Cerbère et Port-Bou, avec tous les risques que cela comportait, en contournant les nombreux ravins et en escaladant les rochers des montagnes, trop abruptes pour l’alpiniste néophyte que j’étais.

Arrivé à Puerto de la Selva, je fus pris en charge par des gars du POUM et conduit à Figueras, où d’autres volontaires étrangers se trouvaient déjà. Ayant appris que le POUM était un parti marxiste non stalinien, je sympathisai immédiatement avec mes camarades du partido obrero de unificación marxista et bientôt nous rejoignîmes Barcelone et fûmes hébergés à l’hôtel Falcon, sur la Rambla, en face de Novedades.

Après être passé par la même filière que celle décrite par George Orwell dans son livre Homage to Catalonia, j’arrivai sur le front de Huesca en pleine ebullition. La forteresse médiévale de Monte-Aragon venait d’être prise d’assaut, ainsi que le col de Estrecho Quinto, libérant ainsi la route directe de Sietamo à Huesca. Tout le monde crut que Huesca allait tomber d’un jour à l’autre, mais Huesca ne fut jamais prise et Franco lui conféra le titre de Huesca La Invicta — Huesca l’invincible — .

L’unité à laquelle j’appartenais contrôlait la zone entre Tierz et Quicena. Je ne sais si ces villages existent toujours, mais la petite bosse que je conserve sur l’arcade sourcillière gauche se souvient très bien de la Fábrica de Guano de Quicen où, à l’aube d’un matin d’octobre 1936, étant de faction, une balle franquiste frappa la dite arcade, qui se fendit tout net et, tel un boxeur sur le ring, la face ensanglantée, je poussai un cri, plutôt de surprise que de douleur, avant d’être emporté vers le botiquín le plus proche, où un practicante, tout étonné de me voir encore tenir debout, s’exclama «Vaya suerte muchacho ! ».

Pendant que je me remettais de mes émotions, se présenta un jour un énorme bébé de près de cent kilos et mesurant un mètre quatre vingt cinq, à la figure souriante et aux joues roses, me dépassant de la tête et des épaules.

Je partageais ma «casita» avec un vieil anarchiste italien qui s’était réfugié en France, grande gueule, fort sympathique malgré ses soixante «piges» et dont ie hobby était la cuisine, italienne naturellement, et tous deux nous étions en train de savourer «ses» gnocchi qu’il venait de préparer, lorsqu’on frappa à la porte. A mon adelante ! nous vîmes apparaître ce gros bébé qui se présenta, d’une voix tonitruante et en français : commandant Georges Kopp, belge, de l’état-major de Rovira qui était le nom du général qui commandait notre 29e Division.

Mon ami Mario Traverso, l’anarchiste, s’empressa de l’inviter à notre banquet et tout en s’asseyant, le «Comandante» Kopp me regardait attentivement puis, pointant son index vers moi me dit : Benjamin El Whisky, c’est bien toi ? En guise de réponse, je lui souris en acquiesçant d’un hochement de tête, connaissant l’innocente manie de mes camarades catalans qui m’avaient donné ce sobriquet.

Tout en savourant notre repas, Kopp se mit à me parler, sautant d’une langue à l’autre, en espagnol, en allemand et en anglais. J’étais un peu vert dans cette dernière langue mais mon ami Mario nous interrompit en italien en lui disant de parler français, pour que tout le monde comprenne et Kopp nous expliqua aussitôt l’objet de sa visite.

S’adressant directement à moi, il m’informa que le POUM occupait sur la route de Saragosse, dans la Sierra de Alcubierre, un secteur dont il devait relever l’unité qui s’y trouvait pour l’envoyer à l’arrière, pour un repos bien mérité. Pour cette relève, il disposait d’une centaine de jeunes Catalans de la région de Lérida et pour les encadrer il comptait sur trente ou quarante étrangers, principalement des Belges francophones et des Anglais. Quant aux germanophones, ils étaient envoyés systématiquement au Bataillon de choc du commandant Ritter, un antifasciste allemant, ex-officier de Tannée allemande durant la première guerre mondiale.

Le problème de Kopp était qu’il n’avait pas encore d’Espagnol tant soit peu polyglotte pour «coiffer» cette nouvelle unité et il était à la recherche d’un étranger parlant espagnol ; ayant entendu parler de moi comme d’«un valiente franchute, algo polaco y mucho judío» qui parlait le castillan correctement et assez bien le catalan, il était donc venu me voir.

Drôle d’affaire qu’il me proposait là. Je savais bien manier un fusil, un «naranjero» (pistolet-mitrailleur), un mitrailleuse, éventuellement un petit mortier de 60′, peut-être lire correctement une carte d’état-major, mais à peine âgé de 20 ans et jeune ouvrier fourreur je ne me sentais pas de taille à assumer une telle responsabilité et je le lui dis.

Le commandant Kopp était un homme de décisions rapides et brusquement il me dit : «Tu seras nommé capitaine avant huit jours et comme tu te sens si jeune j’ajouterai à ta «filiación» (état civil) quatre ans de plus. Je reviens après-demain te chercher pour t’emmener à Alcubierre. Tu prendras le commandement de la Milice internationale que je te confierai. Si tu as des problèmes, tu te débrouilleras avec les Anglais ou les Wallons qui ont fait la guerre de 14/18. Comme tu parles allemand, j’essayerai de t’envoyer un adjoint, avec de l’expérience, du «Batallón de Choque» du Commandant Ritter !» Adjoint fantôme que je n’ai jamais vu.

Puis il partit me laissant complètement abasourdi, devant un Mario qui me fit un cérémonieux salut militaire et comme un vieux taquin qu’il était, il se paya ma tête en m’envoyant des «auguri ! auguri ! Signore Capitano. Che fortuna, amico !».

Et voilà comment je fus nommé capitaine, commandant une Milice du POUM. Nous étions en hiver sur les hauteurs des ingrates sierras des steppes aragonaises à plus de 1 500 m d’altitude, il n’y avait ni eau pour se laver ni bois pour se chauffer. Quelques semaines plus tard se présenta un Anglais du nom de Eric Blair qui, sous le pseudonyme de George Orwell, raconta notre odyssée dans un livre qu’il intitula Homage to Catalonia.

A l’époque des tragiques événements de Barcelone — en mai 1937 — je me trouvais de nouveau sur le front de Huesca et je n’avais qu’un faible écho de ce qui se tramait contre le POUM. En lisant le livre d’Orwell, je fis un retour en arrière et je compris enfin, un demi- siècle plus tard, les raisons qui amenèrent le Haut-Commandement «del Ejercito del Este» à dissoudre notre 29e Division Lénine du POUM à Barbastro, en plein été de 1937. Dissolution à laquelle j’assistai triste et impuissant.

Des officiers espagnols, qui ne s’occupaient que de la guerre et pas de politique, me conseillèrent de me rendre à Albacete, où se trouvait le commandement des Brigades internationales. Là aussi, je n’ai réalisé qu’avec un demi-siècle de retard pourquoi mes amis insistèrent pour que je change de nom et, pour appuyer leur amicale insistance, ils m’établirent un sauf-conduit pour Barcelone et l’un d’eux me remit même une lettre d’introduction pour un de ses amis, le général soviétique Antonov-Ovseenko qui se trouvait au Consulat russe de la capitale catalane. Par cette lettre, il recommandait, chaleureusement, son camarade français — Bernard Launoy — qui désirait combattre sur le front de Madrid, dans les Brigades internationales. (Je rappellerai que le général Antonov-Ovseenko fut fusillé sur ordre de Staline à son retour en URSS en 1938).

A Albacete, où tous les rouages étaient entre les mains des communistes français, je me présentai un jour devant le commissaire politique de la base arrière des Brigades. Il me demanda si je voulais rester à son service, comme interprète. J’acceptai et je restai à Albacete jusqu’en janvier 1938.

En dehors de mes fonctions d’interprète — surtout avec le personnel espagnol de la base et les passagers ne parlant pas français — j’étais chargé du contrôle des tickets de repas, dans un mess situé dans notre immeuble, en face de la voie de chemin de fer.

Un jour, un élégant lieutenant, un Français blond et sympa avec l’air d’un fils à papa, vint me voir au sujet des tickets de repas et me montra ses papiers au nom de Henri Suhard. Machinalement, je lui demandai si par hasard il ne serait pas le «fils» du Cardinal Suhard, si célèbre en France. Il me répondit froidement que non, mais que Son Eminence — frère aîné de son père — était bel et bien son oncle. Du coup, j’eus un peu honte de ma plaisanterie. Ne voulant pas être en reste, je lui serrai la main en me présentant : Bernard Launoy, «arrière petit-fils du Grand-Rabbin de Varsovie». Le nom était faux, la qualité réelle, mais il crut le contraire […]

Il m’apprit que sa blessure — contractée sur le front de Madrid — étant guérie, il était en attente d’une nouvelle affectation. Ce matin-là, le chef d’état-major, qui était un Yougoslave du nom de Josip Broz (le futur Maréchal Tito) lui avait proposé la direction du Centre de convalescence de Dénia, près d’Alicante, où se refaisaient une santé les grands blessés et les grands malades des Brigades internationales. Des malades du Centre s’étant plaints qu’un marché noir éhonté s’était organisé — à la tête même de l’administration — l’état-major était à la recherche d’un intellectuel dont l’honnêteté et la probité ne feraient aucun doute. Un officier antifasciste, neveu d’un cardinal devait faire l’affaire, Henri Suhard avait pensé qu’à nous deux nous pourrions nous en occuper parfaitement.

Le lendemain nous partîmes pour Dénia via Murcia, où nous devions prendre livraison d’une ambulance désaffectée et qui devait nous servir de camionnette, comme moyen de transport du Centre. On devait également nous remettre — à Murcia — des médicaments, des cigarettes américaines, des vêtements, du chocolat et d’autres douceurs pour soulager les souffrances de nos camarades.

A l’hôpital de Murcia, j’eus le loisir de rencontrer de nombreux médecins juifs, avec qui je m’entretins en yiddisch, et je leur racontai les raisons de mon voyage… Mais avec la menace franquiste de couper la zone républicaine en deux — du côté de Tortosa — après avoir confié le centre à un couple de médecins bulgares, nous partîmes, Henri et moi, pour Barcelone.

Henri Suhard, voyant la partie perdue, rentra à Paris immédiatement. Je l’y ai retrouvé au début de 1939, puis à la déclaration de la guerre, au moment où il allait s’incorporer dans son unité.

On m’informa que j’avais été nommé officiellement au grade de capitaine, ma nomination ayant paru au Diario oficial en même temps que celle d’autres officiers de la 29e Division, les choses s’étant calmées après la dissolution de la fameuse Division du POUM, dont presque tous les éléments furent incorporés dans l’armée régulière.

Nous discutâmes de la situation politique et militaire ; ce n’était guère brillant du côté républicain. Néanmoins, l’offensive — surprise déclenchée par le colonel Modesto sur l’Ebre dans la région de Gandesa — avait l’air de progresser favorablement et je me risquai à rester en Espagne croyant aux miracles.

Je me présentai donc à l’état- major «del Ejercito del Este» où on s’empressa de m’affecter à la 44e Division Pastor.

Quelques jours plus tard, je rejoignis mon nouveau Corps et je pris le commandement d’une compagnie — entièrement composée de jeunes Espagnols — du Bataillon Mencia.

Un jour, une grande opération fut montée dans la région de Villanueva de la Barca, au bord du Rio Segré. Nous devions traverser la rivière, soutenus par quelques blindés, le rio ne charriant pas beaucoup d’eau. Toutefois, les franquistes nous jouèrent un sale tour en ouvrant les vannes d’un barrage en amont du Segré, immobilisant nos blindés, qui restèrent en rade au milieu de la rivière, notre belle attaque tombant «à l’eau» dans tous les sens du terme. Quelques heures plus tard, une noria de bombardiers allemands ou italiens nous cloua sur place nous occasionnant de nombreuses pertes. Lorsque l’alerte fut déclenchée, j’éparpillai mes hommes autour d’une église toute proche, précaution qui permit à ma compagnie de sortir presque indemne des terribles effets du bombardement.

En novembre 1938, Juan Negrin, le Premier Ministre espagnol, demanda aux étrangers de rentrer chez eux, dans le vain espoir que Franco en ferait autant. Il n’en fut rien. L’armée républicaine se sépara de ses volontaires étrangers mais les nazis et autres fascistes restèrent, pour achever ieur oeuvre de destruction.

Un matin de novembre 1938, je dis «Adios» à mes «valientes compañeros» et je partis à pied à travers champs, sous un fort bombardement d’artillerie et sous une pluie froide et désagréable. A mesure que j’approchais de l’autocar qui tenait lieu de quartier général à la Division, les obus de «diez y medio» (105) tombaient à foison.

Malgré tout, je parvins sain et sauf à l’autocar du Commandement de la 44e Division, où on me remit les papiers de démobilisation, que j’eus la précaution de demander au nom de Bernard Launoy, né à Longwy-Haut (Meurthe & Moselle). J’eus du mal à faire comprendre à l’officier qui devait établir mes papiers, que la Commission française de rapatriement ne m’autoriserait pas à rentrer en France, en tant que Benjamin Lewinski né à Varsovie (Pologne). Il finit par comprendre et m’établit les documents selon mes désirs.

Documents que je déchirai et j’en éparpillai les morceaux sur la voie de chemin de fer, dès que j’eus dépassé Perpignan, croyant que mon aventure espagnole était terminée à jamais. Il a fallu que je tombe — près d’un demi-siècle plus tard — sur La Vanguardia, pour que mon vieux copain — Eric Blair — me fasse revivre ce drame, une seconde fois.

En quittant l’Espagne, je savais que la démocratie espagnole agonisait et qu’elle était sur le point de succomber sous les coups de la brutalité des nazis. La péninsule ibérique — j’en étais convaincu — était jonchée des cadavres des premières victimes de la seconde guerre mondiale, je venais donc de participer aux prémices des futurs holocaustes.

La République espagnole agonisait, succombant non seulement sous les coups de ses ennemis, mais victime, également, des coups bas de ses amis, soi-disant tels et qui l’avaient trahie, les pays démocratiques l’abandonnant à son triste sort. Ils ne tarderont pas à payer leur lâcheté […]

En 1936 — à Barcelone — avant de partir pour le front de Huesca, j’avais entamé un réel effort pour apprendre rapidement l’espagnol. Je lisais ia presse catalane, entre autres La Batalla du POUM et Solidaridad obrera des anarchistes (imprimés en castillan) et Treball, en catalan d’obédience stalinenne (organe du PSUC, Partido socialista unificado de Cataluña), mais où les socialistes n’avaient pas voix au chapitre. Toutefois, grâce à l’italien et au français, il m’était plus facile de comprendre le catalan que le castillan.

La lecture du Treball était édifiante. Ses pages étaient destinées — presque exclusivement — à dénigrer le POUM et les anarchistes. Ils en oubliaient complètement le véritable ennemi, Franco et ceux qui aidaient Hitler et Mussolini, les ennemis jurés de la démocratie espagnole.

Parmi mes amis du POUM, il y avait un éventail d’hommes de gauche, de véritable démocrates tels que Joaquín Maurín, Andres Nín, Andrade Gorkín, etc. et tous étaient traités de fascistes. Même Joaquín Maurin qui avait été assassiné en Galice au début de la guerre civile n’était pas oublié dans leur sarcasmes.

Début décembre 1938, lors de mon retour à Paris, j’appris le lâchage, la lâcheté de Munich. Après l’Autriche, la Tchécoslovaquie venait d’être sacrifiée…

Lorsque je partis pour l’Espagne, je tiens à le répéter, j’étais surtout poussé par ma sensibilité de démocrate et de «jeune» homme de gauche. Mais en voyant le fascisme allemand intervenir, je voyais que le danger hitlérien massacrant déjà les Juifs depuis plus de trois ans, menaçait les démocrates espagnols. Ma solidarité avec le peuple espagnol était ma façon d’aider les Juifs allemands, pourchassés, spoliés et massacrés, sans pitié.

Les balles nazies tuaient ceux de ma race en Allemagne et leurs bombes massacraient les enfants espagnols à Guernica et à Almería. Il était de mon devoir de Juif, de Polonais et d’homme de sensibilité française, d’aider, autant que faire se peut, les Espagnols, qui couraient le même danger. J’étais parvenu à la conclusion que le 18 juillet 1936 était, bel et bien, le commencement de la seconde guerre mondiale. Mais il m’était difficile de prévoir qu’un demi-siècle plus tard, le monde en souffrirait encore les conséquences.

2

Me voilà à Paris, en septembre 1939, à quelques jours de l’automne et je fais la queue du côté de la Gare Saint-Lazare, dans un drôle de bureau d’embauché. Oui ! je fais la queue pour aller faire la guerre, une guerre que la France et l’Angleterre ont été obligées de déclarer à l’Allemagne nazie, la Pologne, mon pays natal, ayant été envahie, assommée, triturée et écrasée sous les bombes.

Je fais la queue ce matin-là, ayant lu la veille, dans la presse parisienne, que des régiments de marche seraient formés pour permettre aux étrangers, résidant en France, de s’engager pour défendre leur nouvelle patrie.

Depuis un mois, moi, je n’ai plus de patrie du tout, les Polonais ne voulant plus de moi. Au retour d’Espagne, pour renouveler ma carte de séjour – périmée -, la Préfecture de Police de Paris a exigé de moi un passeport polonais, en bonne et due forme. Étant arrivé en France en 1925, à l’âge de 9 ans, porté sur le passeport de ma grand-tante qui m’avait élevé, je n’en possédais pas. Le consul de Pologne à Paris, consulté, me déclara tout de go qu’il pouvait m’en fournir un POUR UN VOYAGE ALLER EN POLOGNE, afin d’y accomplir mon service militaire, vu que j’avais 23 ans et que mes obligations, en tant que citoyen polonais, m’y astreignaient.

Sachant et avec certitude que Hitler allait envahir la Pologne d’un jour à l’autre, j’en fis la remarque au consul, qui voulut me jeter dehors. Devant mes protestations, il appela le sympathique flic qui était de faction devant le Consulat, à qui j’expli- quait mon cas, lui disant que je refusais de me rendre en Pologne pour me faire massacrer. Finalement, on me remit un papier stipulant que, bien que né à Varsovie, je ne remplissais pas les conditions prouvant ma citoyenneté polonaise.

En tant qu’apatride, ma carte ds séjour fut renouvelée et je pus, quelques mois plus tard, m’engager dans les RMVE, c’est-à-dire les Régiments de Marche de Volontaires Étrangers, pour la durée de la guerre.

Que je le voulus ou non, j’étais obligé d’être volontaire. Mes origines d’abord et mes convictions de démocrate m’y obligeaient. Un juif, né en Pologne et habitant en France ne pouvait agir autrement. En faisant la queue,, je gambergeais. Il y a moins d’un an que je suis revenu de la guerre d’Espagne où je suis resté

plus de deux ans et demi à combattre les fascistes de tous bords. Les bombardements, les attaques à la grenade, les privations et la crasse, la crasse sur la peau et dans la tête des gens. Finalement, je signe mon acte d’engagement : Benjamin Lewinski, né à Varsovie (Pologne), nationalité : apatride. Puis je demande : et maintenant, qu’est-ce que je fais ? On me répondit : Vous serez convoqué pour être incorporé dans deux ou trois semaines.

J’habitais et je travaillais chez un cousin artisan fourreur, dont la mère, une sœur de ma grand-mère maternelle, m’avait élevé en Pologne, depuis 1920, année de l’effroyable épidémie de typhus qui fit, à Varsovie, des dizaines de milliers de morts. C’était aussi l’époque de la meurtrière guerre d’Indépendance de la Pologne contre l’invasion bolchevique. Durant cette épidémie moururent ma mère et mes grands- parents. Quant à mon père, soldat polonais du Tsar, il était prisonnier des Allemands depuis 1917.

En septembre 1939 – à la déclaration de la guerre – mon cousin fit évacuer sa femme et ses deux enfants vers Le Mans. Lui et moi étions restés à Paris pour y travailler et sa mère s’occupait de la maison. Une semaine avant la convocation de l’Intendance, je décidai d’aller dire au revoir à mes petits cousins que je considérais comme mes petits frères.

Je partis donc pour Le Mans en enfourchant un vieux vélo. 215 km à parcourir. Entre Chartres et Nogent-le-Rotrou, je croisais des troupes, anglaises et françaises, se dirigeant probablement vers l’Est. Je croyais revoir les troupes, les mêmes équipages de chevaux que dans les films sur la guerre 14/18 tels que «A l’Ouest rien de nouveau» ou «Les croix de bois». Je regardais défiler une armée à peine mieux lotie que l’armée républicaine espagnole. Les franquistes avaient d’autres armes, un matériel allemand bien plus moderne dont une artillerie autotractée plus mobile et mieux préparée pour une guerre nouvelle.

Depuis 1933, il était visible que les nazis s’organisaient pour prendre leur revanche sur la défaite subie en 1918. N’importe quel esprit sain pouvait s’en rendre compte, à condition de bien vouloir le voir !

Lorsque Hitler remilitarisa la Rhénanie, il n’y eut que de vagues protestations de la part des gouvernements français et anglais. Je me rappelais une conversation que j’eus avec Orwell en 1937 qui me fit part de son indignation envers une certaine noblesse britannique qui faisait étalage de son admiration – ostensiblement – envers Adolf Hitler. Toujours est-il que Hitler, ayant liquidé la Pologne, se sentant à l’aise du côté slave, grâce à son pacte de non-agression, faisait venir vers l’Ouest ses divisions blindées pour «s’occuper» derechef de la France. Où m’étai-je donc fourré ? De toute façon, je n’y pouvais rien. Rien d’autre qu’attendre.

Début octobre 1939, je fus convoqué par l’Intendance de la rue de Reuilly et, au cours du même mois, je partis avec des milliers d’autres étrangers, en train, dans les Pyrénées Orientales dans l’immensité sablonneuse du Camp de Barcarès, pour y suivre une instruction militaire. Décidément, quand il y a de la bagarre dans l’air, c’est toujours en Catalogne que je me retrouve. En Espagne, c’était de l’autre côté des Pyrénées et maintenant c’est de ce côté-ci.

A Barcarès (certains disent «au» Barcarès) où nous étions plus de vingt mille étrangers ayant répondu à l’appel de la France, on nous enseigna rapidement l’art et la manière de nous faire massacrer à Soissons et à Péronne. Ainsi, Georges Kopp, mon ami et mon supérieur hiérarchique dans la 29e Division en Espagne, s’étant échappé de la Tchéka catalane de Barcelone, y a laissé sa santé, grièvement blessé sur les bords de la Marne. Il est mort des suites de ses blessures, presque en même temps que son camarade et beau-frère Orwell en 1951.

Pourquoi ne me trouvai-je pas sur les champs de «massacre» entre la Marne et la Belgique ? Le hasard, ce hasard que, si j’étais croyant, j’appellerais la Providence. En janvier 1940, mon «instruction militaire» terminée, une note de service, affichée sur la porte du bureau de ma compagnie, attira mon attention. Elle disait, plus ou moins, ce qui suit :

«Un bataillon spécial sera formé par des volontaires étrangers. Il fera partie d’un corps expéditionnaire destiné aux États du Levant (Syrie et Liban). Les volontaires peuvent s’y faire inscrire. La liste sera close dès que l’effectif de ce bataillon sera atteint».

Naturellement, je fus l’un des premiers à m’inscrire, à l’étonnement de mes camarades et à la stupeur de ma famille. La liste ne fut jamais close, le quota n’ayant pas été atteint. Je savais que ma chance était là et je ne me trompais pas.

En février 1940, notre Bataillon fut embarqué sur le Patria et huit jours plus tard nous débarquâmes à Beyrouth pour être immédiatement dirigés sur Baalbeck, dans la vallée de la Bekaa où à ce qu’il paraît Dieu installa le Paradis Terrestre pour l’homme, mais dont l’homme fit un enfer tel que celui du Dante avait l’air d’un barbecue.

Arrivé à Baalbeck, notre Bataillon fut baptisé IIe BMVE – Bataillon de Marche de Volontaires Étrangers – et on nous installa dans une très belle et moderne caserne, proche de la gare, sur la route de Beyrouth. On apercevait, de l’autre côté de la ville, les magnifiques et très hautes Colonnes de Jupiter.

En 1940, il y avait à Baalbeck d’autres militaires, un Bataillon du 6e Régiment étranger d’Infanterie de la Légion. A cette époque, la plupart des légionnaires étaient des réfugiés antifascistes allemands, polonais, tchèques, yougoslaves et surtout de nombreux républicains espagnols. En somme, les Régiments étrangers étaient composés d’éléments qui ressemblaient – à s’y méprendre – aux Brigades Internationales, que j’avais connues en Espagne.

Après le 10 mai, les journaux français de Beyrouth nous apprirent la tournure tragique que prenaient les combats en France. Tous les jours je traduisais, pour mes camarades espagnols, les comptes-rendus du carnage et de la débâcle. Puis survint l’armistice de la honte et du désespoir. Mes amis espagnols étaient aussi désespérés que moi.

Comme l’Angleterre continuait la guerre, beaucoup de volontaires espagnols désertèrent pour passer en Palestine et continuer le combat avec les Britanniques. Ils partirent à bord de camions qu’ils réquisitionnèrent à la hâte. Presque tous furent arrêtés avant d’atteindre la frontière dans le triangle Tyr-Sidon- Merdjayoun, par les légionnaires du 6e REI et les gendarmes Tcherkesses.

Moi aussi, je désirais ardemment passer en Palestine, mais grâce à un ami Chiite, j’étais au courant de ces arrestations massives. C’est lui qui m’informa de l’appel du Général De Gaulle et que des milliers de soldats français, de retour de Norvège, s’étaient rangés sous ses ordres et qu’une bonne partie des colonies d’Outremer s’étaient jointes au Général.

Une idée germait dans mon esprit. Je pensais qu’il était préférable de se présenter aux Turcs, plutôt que de déserter par la voie directe, vers la Palestine, les «pétainistes» nous attendant au tournant, à la frontière.

Vers la fin juin, j’en parlai avec des amis espagnols, comme moi ancien officiers de l’armée républicaine. L’idée leur plut et nous commençâmes à organiser notre fuite «vers l’avant». Un beau matin, à l’aube, nous réquisitionnâmes deux camions Citroën et nous partîmes (98 espagnols ainsi que deux autres juifs) avec deux jours de vivres. Nous fonçâmes en direction de Homs- Hama-Alep et Abou Kemal où j’estimais que devait se trouver la première ville turque, non loin de la frontière. Les réservoirs de nos camions étaient pleins à ras-bord, et nous pensions pouvoir atteindre cette frontière sans trop de problèmes, profitant de la pagaille qui régnait dans l’armée.

Entre Hama et Alep, nous fûmes arrêtés par un barrage, que des militaires avaient établi sur la route, à peine avions-nous contemplé les magnifiques jardins sur l’Oronte – chers à Pierre Benoit – les oreilles encore assourdies par le vacarme de l’immense noria – grâce à laquelle ces jardins sont irrigués – à l’entrée de la sinistre ville de Hama, dont les femmes vêtues, ou plutôt couvertes, de la tête aux pieds de leurs tchadors noirs donnaient à cette cité un air sinistre.

Arrêtés, nous fûmes incarcérés à Homs, dans les locaux disciplinaires du camp des Polonais, qui eux avaient réussi à passer en Irak, avec les Anglais. Du moins je le crois.

Durant deux mois, nous restâmes emprisonnés. Entre temps, le IIe BMVE fus dissous… et rejoignit Homs. Dissolution dictée par la commission allemande d’armistice. Les volontaires continuèrent – comme tous les militaires – à porter le même uniforme, à conserver leurs armes et à être payés selon leur grade. La seule différence était qu’ils émargeaient sur des feuilles de paie spéciales du Groupement des Travailleurs Étrangers du Levant.

A la fin de l’automne 1940, le GTEL fut ramené à Baalbeck et en janvier 1941 – pendant que j’essayais d’organiser une autre désertion en escaladant le Hermon, pour passer en Galilée par le Golan – j’eus un lamentable accident. Mon chirurgien était un jeune toubib, le Docteur Huot, qui fut mobilisé au début de la guerre. Je m’aperçus un jour de manière fortuite qu’il était, comme moi, un sympathisant de De Gaulle. Il me dit un jour de façon très rapide : Dans la chambre 12, il y a un blessé palestinien «un juif» qui a peut-être besoin d’aide !

Jusqu’à mon lit de mort je me rappellerai cet échange émouvant entre deux juifs estropiés, moi l’ashkenaze et lui le Sabra Sefarad. Il avait été arrêté par la police de Vichy, lorsqu’il essayait de faire passer en Palestine des juifs, des transfuges venant d’Europe via la Turquie. Au moment de l’interrogatoire, il avait essayé de s’échapper en sautant par la fenêtre du 1er étage, s’était fracturé une jambe et aussitôt emmené à l’hôpital. Il me dit aussi que sa jambe guérissait plus vite qu’il ne s’y attendait, grâce à l’excellent docteur qui le soignait et qu’il comptait «s’envoler» de l’hôpital dans une semaine ou deux.

Mes genoux guérissaient lentement mais ils guérissaient, je commençais à pouvoir les plier, les rotules et les ménisques répondaient à mes sollicitations. En mai 1941, je tombai par hasard sur un poste palestinien qui donnait des informations en yiddish et je sus ainsi que les FFL se trouvaient en Palestine, dans un camp proche de Haiffa. Du coup, je n’eus rien d’autre en tête que de hâter ma guérison. Mon idée était de rejoindre mon unité à Baalbeck et – grâce à ma convalescence – organiser une nouvelle «fugue» pour rejoindre les Forces Françaises Libres, qui se trouvaient à moins de 200 km à vol d’oiseau.

Arrivé à Baalbeck, avec un mois de convalescence en poche, j’eus tout loisir d’organiser ma «belle» et je me mis rapidement en cheville avec deux Roumains, deux Tchèques et un Suisse. Au dernier moment, se joignit à nous un Marocain espagnol. C’était un «réfugié espagnol», ex-déserteur de la cavalerie maure de Franco.

Comme les dimanches matin il n’y avait pas d’appel, nous partîmes un samedi soir, nos musettes bien remplies de boîtes de conserve et nos bidons de deux litres pleins d’eau.

Notre intention était de rejoindre le Mont-Hermon et, si nous parvenions à l’escalader sans incident, la descente vers la Galilée serait facile et la réussite de notre «virée» ne ferait aucun doute. Il nous fallut presque une semaine pour atteindre le sommet du Hermon qui culmine à 2 825 mètres. Heureusement, même au début juin, il y avait de la neige à plus de 2 500 mètres d’altitude et nous pûmes remplir à nouveau nos bidons, complètement vides. Nous nous déshabillâmes et prîmes un formidable bain de soleil et «de neige».

Nous nous reposâmes un peu, en attendant que la nuit tombât. Un campement entouré de barbelés nous arrêta bientôt. Dans la pénombre, nous distinguions des baraquements – bien alignés – à l’européenne. Ce ne pouvait être qu’un kibboutz et, brusquement je pris mon courage à deux mains et me mis à crier, de toutes mes forces et en yidish que nous étions sept militaires français, en uniforme, mais sans armes, dont un juif, originaire de Varsovie et six «Goïms» (chrétiens). Bientôt une voix de jeune fille me répondit dans la même langue. Soudain, plusieurs baraquements s’éclairèrent et des jeunes gens armés nous ouvrirent, en dégageant les chevaux de frise qui bouchaient l’entrée. Je leur dis, d’une voix forte Toda Raba ! (Merci beaucoup) et brusquement une jeune fille se sépara du groupe, courut vers moi et m’embrassa sur la bouche de toutes ses forces.

Le lendemain, tard dans la matinée et après avoir dormi dans une grange, bien reposés et bien propres, la police anglaise vint nous chercher. On nous interrogea. Puis je rejoignis les FFL La 13e Demi- Brigade de Légion Étrangère de la 1ère Division de la France Libre était une Unité «française», cantonnée à Qastina, dans la banlieue de Haiffa. Le camp français était presque vide, le gros des FFL était déjà en Syrie, dans la région de Damas. A Qastina ne restaient que quelques bureaux et une Cie sous le commandement du Capitaine Paris de la Bollardière.

Ce fut devant lui que je signai mon acte d’engagement pour les Forces Françaises Libres et pour la durée de la guerre, et je fus aussitôt affecté à sa compagnie, dont la plupart des «anciens» avaient participé au débarquement de Narvik, en Norvège, en avril 1940.

A ma connaissance, la 13e DBLE est peut-être la seule unité française ayant combattu – sans défaillance – durant les six années de la seconde guerre mondiale, jusqu’à la signature de l’armistice. Dans ses rangs, ont combattu de nombreux officiers et soldats, rescapés de la malheureuse armée républicaine espagnole, avec abnégation et courage. Combien en ai-je vu tomber sous les coups des nazis durant les quatre années que nous combattîmes ensemble, en Libye, en Italie et en France.

Au bout de quelques jours, le camp de Qastina se vida des éléments de la France Libre, nous partîmes pour la Syrie.

De furieux combats eurent lieu. Personnellement, je m’en sortis miraculeusement, un 88 allemand, un obus qui explose toujours eut pitié de moi en… n’explosant pas ce jour-là, tombant entre mon ami Kelemen et moi, pendant que nous nous creusions un trou individuel pour nous protéger. Nous nous relevâmes, plus morts que vifs, couverts

de sable de la tête aux pieds, nous regardant, blancs comme des statues de sable avec le sentiment d’être revenus vivants du jugement dernier.

La Campagne de Syrie terminée et pendant que les combats faisaient encore rage au Liban, les Russes, qui se croyaient à l’abri, reçurent l’avalanche meurtrière des hordes nazies, qui cherchaient à s’emparer des récoltes ukrainiennes et du pétrole de Bakou. L’invasion eut lieu plus tôt que prévu, les calculs de Staline s’avérèrent faux, les «capitalistes» français n’ayant résisté que quelques semaines, donnant une victoire éclair à la Wehrmacht, qui lui permit -moins d’un an après – de fondre sur l’Armée rouge, désemparée depuis trois ou quatre ans, Staline l’ayant décapitée.

Oui ! l’Armée rouge, décapitée par Staline ne put résister au terrible choc des Allemands et reculait de toutes parts. La terre russe était rougie des flots de sang, versés par ses enfants, surtout à cause de la malfaisante politique stalinienne envers cette armée dont les principaux chefs furent lâchement assassinés sur son ordre.

La 13e DBLE se réorganisa avec l’aide des Anglais et les FFL furent incorporés dans la 8e Armée, en automne 1941. Au début de 1942, nous quittâmes nos quartiers d’hiver d’Alep que deux ans auparavant je n’avais pas été capable d’atteindre, et en avant ! pour les tempêtes de sable de Libye, que les Anglais appelaient The Western Desert. Au début de cette guerre saharienne, nous n’eûmes que peu de problèmes avec les Italiens de la Division Ariete, mais lorsque Rommel mit son grain de… sable avec son formidable Afrika Korps, la vraie guerre commença.

En juin 1942, ce fut un sauve qui peut général, une traversée du désert dans tous les sens du terme. Mon camion de ravitaillement, grâce à une réserve de fûts d’essence et d’eau, ne s’arrêta qu’à Helouan, dans la banlieue du Caire.

Fin octobre 1942, la 8e Armée, remise à neuf par Montgomery, avec des chars plus modernes et une excellente artillerie fort nombreuse, une aviation maîtresse du ciel égyptien, nous reprîmes l’offensive, pour ne nous arrêter qu’en Tunisie – en mai 1943 – où l’Afrika Korps et les débris des fameuses armées mussoliniennes, encerclées dans la presqu’île du Cap Bon, durent se rendre et sans conditions.

A cause des luttes intestines en Afrique du Nord, nous, les Forces Françaises Libres, fûmes obligés d’aller en Libye et de retourner dans les sables près de Tripoli.

J’étais persuadé, lorsque les Forces Françaises du Maréchal Juin furent ramenées des Marches de la Toscane vers le Sud de l’Italie, et embarquées dans les ports de Tárente, Bari, Brindisi et même des ports d’Afrique du Nord, j’étais persuadé que nous allions débarquer sur les plages yougoslaves où, avec l’aide de la guerrilla de Tito, notre Corps expéditionnaire, fort de plus de trois cents mille hommes, balayerait facilement les unités allemandes d’éclopés ramenés de Russie en de bien mauvaises conditions. Si Tito leur infligeait des pertes sévères nous, nous pouvions arriver à Vienne en moins d’un mois. Pendant ce temps-là, les Allemands, ne sachant plus où donner de la tête, se replieraient rapidement derrière le Rhin, sur le front français, feraient remonter vers le Nord les troupes de Grèce, malmenées et harcelées par la résistance grecque. Les troupes débarquées en Normandie et celles débarquées en Yougoslavie feraient rapidement leur jonction du côté de Prague, ou même plus à l’Est et la guerre pouvait se terminer avant la Noël 1944.

Aussi, quel ne fut pas mon étonne- ment et ma déception, lorsque le 13 août 1944 au soir, le bateau sur lequel j’avais été embarqué avec le 1er bataillon de la 13e DBLE, cingla vers l’Ouest, le lendemain matin notre bateau filait plein Nord, donc vers le midi de la France, quelque part entre Toulon et Nice pour y être – facilement débarqués -. Ma déception fut atténuée par le fait que j’allais enfin retrouver la France, mais je ne comprenais pas…

Nous étions dans le vrai, mes camarades belges et anglais et moi-même, lorsque «nos penseurs», les Kopp, Orwell et Edwards nous expliquaient – et avec quelle clarté – lorsque nous combattions sur le front d’Aragon – que ce 18 Juillet 1936 était le commencement de la seconde guerre mondiale.

Benjamin LEWINSKI

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Portrait de Benjamin Lewinski en juillet 1939.

Collectivization in Spain (Korsch, 1939)

11 novembre 2015

Article de Karl Korsch publié dans Living Marxism N°6 (avril 1939), consistant en plus qu’une note de lecture de L’oeuvre constructive de la Révolution Espagnole. Recueil de documents (CNT, 1937), disponible au format pdf:

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The Spanish Revolution (POUM, 1936-1937)

7 novembre 2015

Bulletin hebdomadaire (puis moins régulier) du P.O.U.M. en langue anglaise, prenant la suite d’un simple Information Bulletin of the P.O.U.M. que nous avions déjà mis en ligne.

N°1 (21 octobre 1936):

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N°2 (28 octobre 1936):

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N°3 (4 novembre 1936):

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(extrait texte)

N°4 (11 novembre 1936):

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N°5 (18 novembre 1936):

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N°6 (25 novembre 1936):

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N°7 (2 décembre 1936)!

sr1-7-1N°8 (9 décembre 1936):

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N°9 (23 décembre 1936):

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vol. II N°1 (6 janvier 1937):

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vol. II N° 2 (3 février 1937):

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vol. II N°3 (17 février 1937):

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vol. II N°4 (3 mars 1937):

spanish-revolution-ii-4-1

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vol. II N°5 (17 mars 1937):

the-spanish-revolution-17-03-1937-1

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vol. II N°6 (31 mars 1937):

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vol. II N°7 (21 avril 1937):

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vol. II N°8 (19 mai 1937):

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