Archive for the ‘Seconde guerre mondiale’ Category

Images du Samudaripen, le génocide Rom dans l’Europe fasciste

26 août 2011
carte

carte

Vienne, 1939

Vienne, 1939.

Camp de Ravensbrueck

Camp de Rivesaltes, 1942

Camp de Rivesaltes, 1942

Marzahn

Marzahn, premier camp d’internement en Allemagne

Belzec

Belzec

Bergen-Belsen

Bergen-Belsen

déportation en Croatie, été 1942

déportation en Croatie, été 1942

Elisabeth Emmler et ses enfants, déportés comme tziganes, et assassinés à Auschwitz

Elisabeth Emmler et ses enfants, déportés comme tziganes, et assassinés à Auschwitz

Enfants roms et sinti au camp d'Auschwitz

Enfants roms et sinti au camp d’Auschwitz

Regroupement de Roms et Sintis à Hohenasperg (Allemagne, 1940) en vue de leur déportation vers la Pologne

Regroupement de Roms et Sintis à Hohenasperg (Allemagne, 1940) en vue de leur déportation vers la Pologne

Auschwitz

Auschwitz

Fiche d'identification d'une déportée "tzigane" à Auschwitz

Fiche d’identification d’une déportée « tzigane » à Auschwitz

Camp de concentration pour Tsiganes de Montreuil-Bellay (France)

Camp de concentration pour Tsiganes de Montreuil-Bellay (France)

Plaque commémorative à Poitiers (France)

Plaque commémorative à Poitiers (France)

(Dossier photographique collecté par les animateurs de la page Facebook A bas le racisme anti-roms )

La naissance du groupe Thalmann

7 juillet 2011

Nous avons récemment publié un extrait sur l’ Histoire du Groupe Révolutionnaire Prolétarien par P. Lanneret et un article (Pourquoi des conseils d’usine ?,1944) de ce groupe. Nous en continuons l’étude avec cet extrait de Combats pour la liberté (Pavel et Clara Thalmann, La Digitale, 1983). D’après la présentation/chronologie du GRP-UCI parue dans Tempus Fugit N°2, le noyau fondateur début 1942 comprenait: Roger Bossière, Maximilien Rubel, Jean Justus (ouvrier hongrois) et sa femme Anna, Pavel Thalmann (ancien secrétaire des JC suisses et combattant en Espagne) et Clara Ensner.

Depuis notre retour d’Espagne, nous n’avions eu aucune activité politique. Nous avions définitivement rompu avec les trotskistes. La théorie lapidaire de l’État ouvrier dégénéré nous semblait dépassée et nous n’acceptions pas l’argument de la « nécessité historique » qui justifiait tout, que ce soit la façon de faire un gâteau ou les bestialités de la bureaucratie stalinienne… Les trotskistes, à l’instar des staliniens, continuaient à aduler une révolution qui, depuis des années déjà, n’en était plus qu’une grotesque caricature. Les soviets et la démocratie avaient été envoyés au diable, le Guépéou, les travaux forcés et les exécutions hâtives de tout opposant  politique, étaient les points culminants de cette évolution socialiste. La nouvelle constitution imposée au pays par le tyran du Kremlin et ses complices, fut louée par les communistes de tous les pays et leurs acolytes bourgeois, comme la constitution la plus démocratique du monde. Or, il suffit de lire un seul article de cette constitution pour démasquer cette supercherie: celui qui stipule la peine de mort pour tout sabotage économique, même pour les enfants de douze ans. Trotski restait prisonnier de son passé glorieux et d’une doctrine périmée du parti qui lui donnait une vision erronée de l’avenir. Pour nous, l’Union Soviétique était devenue un nouvel Etat impérialiste spoliateur, dans lequel l’exploitation de l’homme par l’homme n’avait pas été abolie, mais continuait bel et bien, sous d’autres formes. Il restait encore à définir le nouvel ordre social russe et à le démystifier. Avec de telles idées, toute collaboration avec les trotskistes était exclue; on nous traita de renégats et de traîtres. La section française se distinguait par son étroitesse d’esprit toute particulière et par ses luttes fractionnelles abjectes.

Au printemps 1941, il n’y avait pas encore aucune trace d’un mouvement de résistance quelconque à Paris. Les organisations fascistes françaises, travaillant main dans la main avec les occupants, avaient partout leurs espions dans la population civile. Le service de protection aérienne faisait la chasse à la moindre petite lumière qui perçait à travers les rideaux. Après le couvre-feu d’onze heures du soir, toute personne surprise dans la rue était arrêtée par les patrouilles allemandes, emmenée au poste et devait, dans le meilleur des cas, cirer des bottes toute la nuit. En général, nos visiteurs venaient seuls, mais, afin de passer inaperçus, certains se faisaient accompagner par leur femme ou leur amie.

Nous tentâmes de dégager une ligne générale de nos débats houleux et confus et tombâmes d’accord sur trois points:

1 – L’Union Soviétique  est un nouvel Etat impérialiste, une société de classes, fondée sur la nationalisation des moyens de production et qui n’est ni socialiste, ni capitaliste dans le sens classique de ce terme.

2 – La guerre actuelle est une guerre impérialiste à laquelle les révolutionnaires ne peuvent participer, ni d’un côté ni de l’autre.

3 – L’objectif final de la doctrine socialiste est encore valable, mais le mouvement ouvrier tel qu’il existait jusqu’à présent, est mort. Un nouveau surgira des cendres de la guerre et devra chercher sa propre voie, en se démarquant totalement du parti bolchévik.

Sur la base de ce vaste « programme » nous fondâmes alors un groupe dénommé fièrement « L’Union des Communistes Internationalistes ». A l’aide d’un duplicateur mécanique que j’avais réussi, ainsi qu’une demi-douzaine de machines à écrire, à sauver des mains de l’occupant, nous imprimions régulièrement un petit bulletin, aussi bien pour notre propre information que pour engager un dialogue avec d’autres groupes. Notre activité, qui jusque là n’avait été troublée par personne, nous rendit plus audacieux; nous imprimâmes des tracts contre la guerre, en français et en allemand, dans lesquels nous appelions à la résistance contre le fascisme allemand et le bolchévisme russe. Par groupes de deux, la plupart du temps un homme et une femme, nous sortions au crépuscule pour distribuer les tracts dans les boîtes aux lettres, les éparpiller dans les entrées et les cours d’immeubles, devant ou dans les garages, dans les bâtiments réquisitionnés, pour les troupes d’occupation, dans leurs cinémas et dans les ateliers où travaillaient des soldats allemands. Cela n’était pas toujours possible, car être pris en flagrant délit signifiait l’arrestation immédiate. Nous réussîmes cependant plusieurs fois à lancer des tracts par-dessus les murs des casernes et à disparaître rapidement.

Conformément à nos principes nous refusions de travailler avec la Résistance française qui commençait à s’organiser. Nous combattions son caractère nationaliste et restâmes fidèles à ce principe durant toute la guerre, à l’exception de quelques liaisons pratiques et de contacts avec d’autres petits groupes révolutionnaires. Cette attitude intransigeante nous a protégés contre l’infiltration d’espions tous azimuts dont la Résistance était infestée et contre une arrestation certaine.

Les Thalmann rue Friant à Paris

Histoire du GRP (P. Lanneret, 1989)

4 juillet 2011

Extrait d’un article de Pierre Lanneret paru dans les Cahiers Léon Trotsky , Numéro 39 (1989) a propos du groupe qui publiait le Réveil prolétarien d’où est issu le texte précédemment publié sur ce site. Cet article de Lanneret a été développé dans une brochure parue chez Acratie en 1995, disponible en ligne en anglais et en italien.

Groupe des révolutionnaires prolétariens – Union des communistes internationalistes (G.R.P.-U.C.I.)

A la fin de l’année 1941, des militants isolés, d’origine diverse, se rencontrent pour renouer des contacts anciens et prendre une décision. Il faut remarquer qu’à cette époque, bordiguistes et RKD se trouvaient dans le Midi de la France. Un accord général se fait sur la nature impérialiste de la guerre et sur la définition de la Russie comme un système capitaliste d’Etat.

Les membres viennent de groupes trotskystes, anarchistes, et de divers groupes d’opposition allemands, et représentent plusieurs nationalités. En fait, certaines discussions se font en allemand, les Français étant minoritaires.

En 1943, le G.R.P. fait paraître un manifeste qui affirme que la guerre impérialiste devrait être transformée en guerre civile contre tous les gouvernements capitalistes, le but final étant la république internationale des conseils. Comme mesure pour l’immédiat, le manifeste préconise la propagande et la fraternisation avec les soldats et les ouvriers allemands, dénonciation des buts impérialistes, soutien des revendication économiques des travailleurs, la lutte contre la déportation de travailleurs en Allemagne, organisée par le gouvernement de Vichy et les nazis, et la formation de groupes révolutionnaires dans les usines, premier pas vers la constitution de milices ouvrières et de cmités d’usine. Après avoir rendu hommage à Trotsky, le manifeste déclare que la IV° Internationale a été incapable d’unifier les trotskystes et l’est par conséquent encore plus de regrouper tous les révolutionnaires. Leurs méthodes bureaucratiques l’ont vidée de toute vie réelle et son attachement dogmatique à l’expérience russe est un obstacle à tout  progrès théorique. Il faut édifier une véritable Internationale.

En raison de sa composition sociale et des nationalités qui s’y côtoient, le groupe est vulnérable et particulièrement démuni de moyens matériels. De façon tout à fait légitime, ses ambitions sont modestes. Des contacts sont établis avec quelques jeunes trotskystes et beaucoup plus tard les RKD et avec un groupe anarchiste qui s’est récemment constitué en vue d’une action concertée. Ces deux derniers contacts n’apportent rien A la libération de Paris, le groupe essaie de se procurer quelque argent et du matériel, mais n’y parvient pas. Des opuscules bilingues sont distribués — plus par désir de faire un geste que dans l’illusion qu’ils auront un effet quelconque. En 1944, faisant une concession aux jeunes adhérents français qui ont encore un attachement sentimental à la tradition trotskyste, le G.R.P. devient l’Union des communistes internationalistes pour la IV° Internationale.

Les publications du G.R.P.-U.C.I. sont bien connues pour la médiocrité de leur impression. Jusqu’à janvier 1945, le groupe fit paraître 16 numéros du Réveil prolétarien et 5 ou 6 d’une revue théorique, La Flamme. Dans les deux derniers numéros (imprimés de façon honnête en 1946), l’évolution du groupe vers les positions des communistes des conseils apparaît nettement.

Après la Libération de Paris, un travail de pénétration limitée chez les Jeunesses socialistes apporte un sang nouveau dans le groupe et la possibilité de nouveaux contacts. Mais le G.R.P.-UCI — c’est aussi le cas des autres organisations — est mal préparé à assimiler ces nouveaux sympathisants qui, sans aucun doute, sont motivés par une saine réaction contre la collaboration de classe mais qui sont politiquement inexpérimentés et enclins à se décourager facilement par l’atmosphère raréfiée du groupe et son absence de possibilité d’expression. Quelques membres quittent le groupe, certains, des étrangers, quittent la France, pas tellement à cause de réelles divergences que par désir d’explorer d’autres possibilités. Le groupe  entre dans le déclin et cesse de fonctionner en 1947. Il a rempli un rôle utile pendant la guerre et il convient de remarquer qu’en dépit d’évolutions différentes, les anciens membres du groupe semblent avoir maintenu entre eux des contacts amicaux.

La Flamme, revue de l'Union des communistes internationalistes (1946)

La Flamme, revue de l’Union des communistes internationalistes (1946)

Voir aussi:

Pourquoi des conseils d’usine ? (GRP, 1944)

4 juillet 2011

Article extrait du Réveil prolétarien, mars 1944, organe du Groupe  révolutionnaire prolétarien de P. Thalmann.

Demain quand la guerre impérialiste aura obtenu son premier objectif, l’écrasement de « l’ennemi » chaque ouvrier se trouvera devant un cas de conscience:

CHOISIR: soit d’accepter le point de vue du « vainqueur » en réclamant l’extermination sans pitié du « vaincu »; soit vouloir faire triompher la cause de la révolution prolétarienne, la cause de ceux qui travaillent et supportent tout le fardeau de la guerre.

Choisir signifie prendre conscience des causes de la guerre. prendre conscience que « démocratie » « liberté » ou « honneur » et « espace vital » etc; couvrent la même chose: la domination totale du capitalisme organisé, sa lutte pour arracher de nouveaux territoires au concurrent.

C’est pour assurer ces conquêtes que les ouvriers sont enrôlés dans les armées et dans les usines.

Ayant le crâne dûment bourré par la propagande du cinéma, de la presse et de la radio, les ouvriers haïssent comme leurs gouvernements le désirent, soit le « boche » soit le « juif » soit le « ploutocrate » soit le « macaroni ».

Mais la destruction gigantesque que ces capitalistes ont déchaînée contre la classe ouvrière dépasse leurs buts et prévisions, les entraîne irrésistiblement vers une situation nouvelle. La fin de la guerre de 14-18 a amené à une situation semblable, mais la classe ouvrière n’a pas pu en tirer profit. RÉSULTAT: NOUVELLE GUERRE IMPÉRIALISTE, NOUVEAUX MASSACRES.

Demain nous nous trouverons dans une situation semblable: les privations, la mort, l’incertitude ébranleront tous les gouvernements: C’EST  CE MOMENT LA QU’IL FAUT SAISIR.

Quels sont nos buts ? Transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, c’est-à-dire extermination de tous ceux qui sont responsables de la guerre.

La transformation de la société capitaliste en société sans classe.

Pour que ce travail puisse être fait il faut s’y préparer. Pour que la transformation sociale ne soit pas un vain mot, il faut la collaboration politique et économique la plus large de la classe ouvrière.

Seule la préparation dès aujourd’hui des noyaux de conseils d’usine, organisation de la base, peut permettre à la révolution prolétarienne:

D’ECRASER SES ADVERSAIRES,

D’ORGANISER UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE,

LUI ASSURER LA DUREE,

ET EMPECHER QUE BUREAUCRATES OU POLITICIENS SANS SCRUPULES VOLENT PAR LA RUSE OU PAR LA FORCE LE POUVOIR.

C’est le pouvoir des comités que nous appelons la dictature du prolétariat. Pouvoir exercé par la classe ouvrière à travers son organisme de classe; le comité (ou soviet) éligible, contrôlable, révocable à chaque instant. La mise en pratique de tels principes demande une préparation politique et économique solide, de l’acharnement et du dévouement, de développement de la solidarité de la part de l’ouvrier.

Chaque usine a ses caractéristiques mais elle fait partie de la production, a son importance locale, régionale, nationale, internationale.

Le capitaliste lui, le sait, il y est préparé, il fait sa guerre par toi camarade !

Veux-tu lui répondre ? Veux-tu manifester ta force par ta préparation à la lutte économique et politique ? Il faut tout refaire, le syndicat est pourri et déserté, « socialistes » et « staliniens » sont pour la victoire des « Alliés », les collaborationnistes sont pour celle de l’Allemagne ! Mais toi ! Est-ce que tu as intérêt à ce que ce soit l’un d’eux qui « gagne » ?

Prépare toi sur la base de l’usine à la révolution, prépare la gestion de l’usine en étudiant avec les camarades sûrs, prépare la liaison avec les usines du voisinage, nous t’aiderons en action par la solidarité révolutionnaire. Prévois ton attitude en cas de débarquement pour ne pas devenir ouvrier chez Hitler ou soldat chez Churchill ou pour Staline.

Prépare toi à la révolution prolétarienne avec nous…

Les communistes révolutionnaires allemands et français (R.K.D. et C.R.)

10 mars 2010

Extrait de Les internationalistes du troisième camp en France pendant la Seconde guerre mondiale/Pierre Lanneret (disponible en italien et en anglais )

Le groupe connu pendant la guerre sous le nom de Revolutionären Kommunisten Deutschlands, fait à l’origine partie du mouvement trotskyste autrichien et est reconnu en 1938 comme la section autrichienne de la IV° Internationale (R.K.O.).

Contraint à l’exil par la répression, le R.K.O. entre rapidement en conflit avec le mouvement trotskyste et ses délégués votent contre la proclamation officielle de la IV° Internationale en septembre 1938. Bien que continuant à être d’accord avec l’analyse trotskyste de l’URSS comme un état ouvrier dégénéré, ils divergent de Trotsky sur l’attitude en cas de guerre dans les pays qui pourraient prêter leur aide à la Russie. Ils préconisent un défaitisme révolutionnaire dans tous ces pays et se rapprochent des positions de l’American Revolutionary Workers League (le « groupe Oehler ») qui, en septembre 1939, publie ses « Quatorze points » comme base préalable à un nouveau regroupement international.

En 1941, le R.K.O. devient le R.K.D. et se sépare du trotskisme. Le R.K.D. définit l’URSS comme un pays capitaliste et s’oppose catégoriquement à sa défense. Il attaque le trotskisme comme un courant congénitalement centriste qui rejette le bolchevisme « pur »‘ de l’époque de Lénine. Après l’effondrement de la France, le R.K.D. s’installe dans le Midi de la France et déploie une activité remarquable, publiant régulièrement le R.K. Bulletin (17 numéros jusqu’en 1943), puis Spartakus, dont le premier numéro (mai 1943) contient un appel aux travailleurs du monde à briser leurs chaînes et à fonder la république internationale des conseils d’ouvriers et de soldats: « Nous ne sommes ni social-démocrates, ni staliniens, ni trotskystes. Les questions de prestige ne nous intéressent pas. Nous sommes des communistes, des spartakistes révolutionnaires ».

En plus de cette production impressionnante, il faut ajouter Fraternisation prolétarienne, organe des communistes révolutionnaires de France (dont l’organisation n’existait pas encore) et un certain nombre d’autres opuscules et textes théoriques. Les bases de contacts avec des soldats allemands sont lancées et des liaisons sont établies avec la clandestinité.

Bien qu’aguerris aux activités clandestines, le R.K.D. n’est pas à l’abri de la répression. En 1942, trois femmes sont arrêtées et condamnées respectivement à des peines de quatorze   mois, trois ans et quinze ans. L’une d’elles, déportée en Allemagne, survivra. Une autre reprend ses activités clandestines à l’expiration de sa peine. La troisième, Mélanie Berger, est libérée par le R.K.D., qui utilise à cette fin de faux papiers allemands. Deux autres membres du R.K.D., Ignaz Duhl et Arthur Streicher, sont arrêtés et assassinés par la Gestapo. Karl Fischer-Emile, arrêté en 1944, sort vivant de Buchenwald, mais est ensuite kidnappé en Autriche par la police russe, en 1947, et passe huit ans en Sibérie. Ces exemples ne sont pas exhaustifs.

Meurtri, mais non détruit, le R.K.D. déménage fréquemment: Montauban, Marseille, Grenoble, Lyon. Au printemps 1944, l’organisation transfère ses activités à Paris.

Même les personnes qui ont participé aux activités du R.K.D. ne peuvent être considérées comme des sources autorisées pour juger de l’importance de leur recrutement qu’on évalue, sans garantie aucune, à une douzaine de militants (parmi lesquels quelques Français) à la libération de Paris. L’organisation est dirigée par un Autrichien, Scheuer (Armand) qui, sans aucun doute, connaît à fond le travail clandestin. Un cloisonnement strict est maintenu par le groupe. Les membres ne sont pas toujours bien informés de l’influence exacte d’une organisation qui ne crache pas sur la propagande. Le R.K.D. est expert dans l’art d’établir et d’exploiter liaisons et contacts, maniant tour à tour flatterie ou dénonciation virulente. En octobre 1942, appelant à la formation d’une nouvelle Internationale authentique, il adresse une lettre au groupe trotskyste de La Seule Voie, déclarant  que la répression anti-trotskyste a écarté l’un des obstacles qui empêchaient d’avancer dans la voie de cette réalisation. Cette ouverture plutôt malheureuse provoque une réponse indignée de La Seule Voie: « Vous vous êtes trompés d’adresse, camarades! » Des contacts individuels se révèlent plus fructueux et le R.K.D. exerce une certaine influence sur de jeunes trotskystes de Toulouse, Lyon et Paris.

En avril 1944, trois organisations trotskystes françaises, le P.O.I., le C.C.I. et le groupe Octobre, fusionnent et forment le Parti communiste internationaliste. La petite Union communiste de Korner-Barta, éditeur de Lutte de Classe, refuse de s’y rallier. Le R.K.D. dénonce violemment la proclamation commune des trois groupes: « Cet appel, au lieu de dénoncer les déviations pro-fascistes anglophiles et pro-staliniennes qui abondent dans les articles et bulletins des P.O.I. et C.C.I. (La seule Voie), trompe sciemment la classe ouvrière en prétendant que les dits groupes n’ont jamais cessé de dénoncer cette guerre comme impérialiste ». Néanmoins, une organisation plus large signifie des possibilités de travail politique plus importantes et les nouvelles recrues françaises du R.K.D. se constituent en fraction à lk’intérieur du nouveau parti.

En aaût 1944, pendant la libération de Paris, le R.K.D. et les C.R. français, pour la première et la dernière fois, jouent un rôle dans un véritable mouvement ouvrier: des militants C.R. prennent la tête du comité de grève à la grande usine Renault. L’euphorie règne: à la cafétéria, les C.R., des trotskystes orthodoxes – qui entrent en scène avec quelque retard – et deux typographes du G.R.P.-U.C.I. (qui doivent composer l’affiche du comité) fraternisent, tandis qu’un stalinien, perché sur une table, fait allusion à des « éléments irresponsables ». La réaction des staliniens ne se fait pas attendre. Un militant C.R. est malmené. Renault retombe franchement sous la coupe des staliniens, mais les gauchistes y restent présents et vont jouer un rôle dans la grève de 1947, déclenchée au mépris des directives de la C.G.T. stalinienne.

En octobre 1944, la tendance C.R. fait une déclaration au congrès du P.C.I. et quitte ce parti. Le groupe français, Organisation communiste révolutionnaire, compte alors peut-être 40 membres et publie une abondante littérature, seul ou conjointement au R.K.D.: Rassemblement communiste révolutionnaire, également Pouvoir ouvrier, pour les C.R., Vierte Kommunistische Internationale pour le R.K.D. et l’Internationale, organe de la Commission internationale créée par le C.R et le R.K.D. Mais tandis que se dissipe pour chacun l’illusion qu’une vague révolutionnaire va submerger l’Europe, le besoin de tracer des perspectives à long terme se fait sentir; il fait discuter des bases théoriques. On s’interroge sur Cronstadt, la Nep, Brest-Litovsk et, en fin de compte, le léninisme lui-même. Le rôle de guide de l’ancienne direction du R.K.D. est contesté. la tension grandit et les défections se multiplient. Quelques militants rejoignent la Gauche communiste internationale (bordiguiste) tandis que d’autres créent une nouvelle organisation qui ne dure pas, C.R.-Contre le courant (Pouvoir ouvrier) et bientôt rejoignent également les bordiguistes. Le leader du R.K.D. se rapproche des anarchistes. Le reste de l’organisation se disperse en 1946.

Indépendamment de tout jugement politique, le travail étonnant accompli dans des circonstances difficiles et dangereuses par cette poignée de militants autrichiens et allemands R.K.D. inspire le respect.

Voir aussi:

La guerre de Finlande

4 décembre 2009

Il y a 70 ans, la Russie stalinienne envahissait la Finlande. A cette occasion nous publions un extrait du livre d’A. Rossi (pseudonyme d’Angelo Tasca): Les communistes français pendant la drôle de guerre 1939-1940 (1951).

Carte du conflit

L’intervention soviétique en Pologne détermine le grand tournant du Parti communiste français (…). Au début de décembre [1939], il se produit en Europe un autre événement, qui va pousser le Parti encore plus loin sur la voie du « défaitisme révolutionnaire »: c’est l’agression de l’U.R.S.S. contre la Finlande. Dans les deux cas, l’U.R.S.S. est en jeu et la réaction communiste est acquise à l’avance. Il peut sembler plus difficile de justifier la nouvelle intervention soviétique: en Pologne – avaient affirmé les partisans de Moscou – l’U.R.S.S. n’était entré qu’au moment où l’État polonais était déjà en pleine désagrégation sous les coups de boutoir de l’offensive allemande; elle y a « libéré » des territoires qui appartenaient auparavant à la Russie tsariste et les majorités biélorusses et ukrainiennes qui les peuplaient. Tel n’est pas le cas pour la Finlande, pays en paix avec tous, jouissant d’une assiette politique et économique solide et n’ayant pas à ses frontières de minorités à « libérer ». Mais ce serait mal connaître la nature des liens qui unissent les partis communistes à leur « patrie soviétique » que d’imaginer qu’ils puissent être gênés d’une façon quelconque dans leur mobilisation en faveur de la guerre que l’U.R.S.S. vient de déclencher contre la Finlande, sans même prendre la peine de la lui déclarer.

Le prétexte choisi par le Gouvernement soviétique pour l’ouverture des hostilités est l’ « incident » classique que tous les agresseurs inventent ou utilisent, sans autre effort d’imagination. Des obus finlandais seraient tombés, le 26 novembre, en territoire soviétique, tuant et blessant quelques soldats. Le jour même, Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, proteste et demande dans une note que « le Gouvernement finlandais retire sans retard, dans l’isthme de Carélie, ses troupes de la frontière, à une distance de 20 à 25 kilomètres (…) » En répondant le lendemain, le Gouvernement d’Helsinki conteste formellement, avec des données qui paraissent valables, l’affirmation de la note soviétique, propose une enquête commune sur l’incident et se déclare disposé à un « déplacement mutuel des troupes à une certaine distance de la frontière ». Le 28, Molotov réplique en dénonçant le traité de non-agression qui lie l’U.R.S.S. à la Finlande et en rompant, le 29, les relations diplomatiques avec ce pays. Le 1° décembre, l’Armée rouge traverse la frontière. E supposant même que l’incident invoqué par Molotov fût réel, il existait entre l’U.R.S.S. et la Finlande un traité qui permettait, qui exigeait qu’il fût réglé par des moyens pacifiques : le traité de non-agression et de règlement pacifique des conflits de janvier 1932, prorogé en 1934 jusqu’à la fin décembre 1945. Ce traité prévoyait, à l’article 5, que « tous les litiges, de quelque nature ou origine qu’ils soient », seraient réglés entre les deux parties « exclusivement aux moyens pacifiques », et en les soumettant à une « commission mixte de conciliation », dont la procédure était fixée par un accord d’avril 1932.

(…) entre la dénonciation soviétique du traité de non-agression et l’offensive militaire contre la Finlande, il ne se passe qu’un jour et demi.

Aussi bien, l’incident que les « provocations » finlandaises ne sont relevés qu’après l’échec de la tentative soviétique d’imposer à la Finlande un pacte d’ « assistance mutuelle », avec cession de bases militaires, analogue à celui qui avait été arraché aux trois pays baltes immédiatement après le deuxième voyage de Ribbentrop à Moscou. La propagande communiste et soviétique de l’époque a expliqué que la Finlande avait refusé les propositions « très raisonnables » de l’U.R.S.S. sous la pression de l’Angleterre et de la France. Lorsque les pourparlers finno-soviétiques sont encore en cours, L’Humanité dénonce déjà ceux qui excitent la Finlande réactionnaire à refuser le règlement amiable proposé par Moscou » [1]. Au moment où la guerre commence, un manifeste soi-disant du Parti communiste finlandais accuse le Gouvernement d’être « à la solde des capitalistes étrangers » et appelle les travailleurs à aider activement l’Armée rouge [2]; les provocateurs du conflit, ce sont les « dirigeants finnois » qui, « excités par leurs patrons de Londres et de Paris, ont repoussé les propositions de l’U.R.S.S. et pris la responsabilité d’allumer un foyer de guerre » [3]. « Pourquoi cette guerre ? », demande un tract du Parti. Un homme de la rue serait tenté de répondre : « Parce que l’U.R.S.S. a attaqué la Finlande. » Ce serait trop simple, répond le même tract, les maîtres actuels de la Finlande, ce sont les capitalistes internationaux, grands acheteurs de bois et métaux de la Finlande [4] ; parce que, comme en Pologne, l’exploiteur capitaliste a vu le danger pour lui de la communauté des frontières, créant la communauté d’idées des ouvriers et des paysans avec l’Union Soviétique, terre de liberté, pays sans banquiers, sans profiteurs, sans crise et sans chômage, qu’ils veulent abattre ; parce que, pour sortir de la crise qui les étrangle, les capitalistes ont déclenché la nouvelle guerre impérialiste pour un nouveau partage du monde, ayant pour cela la complicité des chefs traîtres socialistes et réformistes, à la Blum, à la Jouhaux, à la Tanner »[5]. On saisit ici, sur le vif, un des procédés de la propagande communiste qu’on pourrait appeler du « brouillage » : on verse dans la cervelle du militant ou du catéchumène une série d’ « arguments «  qui n’ont entre eux que de faibles liens, mais dont chacun peut se rattacher, par la voie d’images ou de sentiments, à du « déjà entendu », et puis on secoue le tout, de sorte que les arguments, en perdant leur spécificité, échappent à tout ce qu’il peut y avoir entre eux de contradictoire et concourent à une sorte de bruit obsédant qui les absorbe et les domine. Puisque ce procédé se présente ici presque à l’état pur, comme si on l’avait préparé dans un laboratoire, il vaut la peine de s’y attarder quelque peu. La guerre russo-finlandaise serait le résultat de la volonté des « capitalistes internationaux » de continuer à acheter le bois et les métaux de Finlande. Mais, si telle est leur volonté, n’ont-ils pas, au contraire, tout intérêt à ce que la Finlande reste neutre, comme elle désire vivement le rester ? La guerre ne peut qu’interrompre, compromettre leurs achats. A moins qu’on ne veuille dire que la Russie, une fois la guerre gagnée, gardera pour elle le bois et les métaux finlandais. Mais dans ce cas, c’est la Russie qui se battrait pour des buts sordides… L’ « exploiteur capitaliste » veut la guerre pour éviter la communauté des frontières entre lui et l’Union soviétique. Mais avec la Finlande et la Pologne, la communauté de frontières existait déjà, et la guerre, quelle qu’en soit l’issue – et que la frontière se déplace un peu à l’est ou à l’ouest – ne pourra éviter cette communauté. Pour le cas de la Pologne, ce ne sont pas les « capitalistes internationaux » qui l’ont attaqué, mais l’Allemagne hitlérienne d’abord, la Russie stalinienne ensuite. Il résulte donc que Hitler n’a rien de commun avec ces « exploiteurs capitalistes » puisqu’il ne craint point, lui, de se donner une frontière commune avec la « terre de liberté »…

Aucun des documents publiés jusqu’à présent ne légitime l’hypothèse que, entre le début d’octobre et la fin novembre 1939, il y ait eu une intervention de Londres ou de Paris à Helsinki pour conseiller la résistance. Une telle hypothèse a surtout contre elle le fait que la Finlande (…) n’avait aucun besoin d’être « excité » pour se refuser à la mainmise soviétique. (…) La Finlande proclame, le 1° septembre, sa ferme volonté d’observer « une stricte neutralité » pendant la guerre qui vient d’éclater ; elle n’a aucun désir de transformer son territoire en un champ de bataille et pense n’y avoir aucun intérêt, position qu’elle a en commun avec les autres pays du Nord (Norvège, Suède, Danemark).

Dès le premier accord secret germano-soviétique de Moscou, le partage des zones d’influence laisse la Finlande à l’U.R.S.S. [6]. Staline dispose donc sur la Finlande d’une hypothèque analogue à celle que Hitler lui a consentie sur la Pologne orientale, les Pays baltes, la Bessarabie, et il n’est pas homme à garder dans un coffre et laisser périmer de telles lettres de crédit. Il les réalise les unes après les autres, avec une rapidité et une rigueur qui déconcertent Hitler, qui ne savait pas avoir affaire à un créancier aussi implacable et aussi pressé. La Pologne est partagée à chaud, car la ligne de démarcation prévue est celle même sur laquelle s’arrêtent les deux armées ; les trois pays baltes doivent subir le traité d’ « alliance mutuelle » exigé par Moscou dans les quelques jours qui vont du 28 septembre au 10 octobre ; le 5 octobre, le Gouvernement soviétique demande que les représentants finlandais viennent conférer avec lui. Si la Finlande s’était résignée, à l’instar des trois autres gouvernements, il n’y aurait pas eu d’incident de frontière, ni de « provocation ». Molotov aurait prononcé un discours en se félicitant de l’accord et en frémissant d’indignation contre les « calomniateurs » qui attribuaient à l’U.R.S.S. l’intention d’intervenir dans le régime intérieur de la Finlande et de violer son indépendance nationale [7] ; mais en juin 1940, ou peu après, la Finlande aurait partagé le sort de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie ; elle serait devenue, comme elles, une « République populaire », et ensuite une République soviétique incorporée dans l’U.R.S.S.

(…) Hitler ne s’est certainement pas résigné sans déplaisir à laisser, en 1939, la Finlande à Staline, mais les avantages que lui assure la complicité de Moscou dans la guerre contre la Pologne, et surtout dans son conflit avec les puissances occidentales, sont assez décisifs pour justifier le sacrifice à ses yeux. (…) De son côté, pour payer le prix des accords de Moscou, l’U.R.S.S. intensifie, pendant la campagne de Finlande, son concours à l’Allemagne hitlérienne sur tous les plans : elle continue à appuyer sa « campagne de paix » ; elle conclut, le 11 février 1940, un accord économique par lequel Staline tient la promesse d’une « aide généreuse » qu’il a faite au Reich en guerre ; elle reconnaît le nouvel État slovaque en recevant son ministre à Moscou et en expulsant le représentant de la défunte Tchécoslovaquie, Fierlinger ; elle proteste contre le blocus anglo-français imposé à l’Allemagne et exerce sur la Turquie une pression croissante pour l’amener à briser les liens qui l’unissent encore à l’Angleterre et à la France.

Entre-temps, la guerre se poursuit sur le front finlandais. Mais y-a-t-il vraiment une guerre entre l’U.R.S.S. et la Finlande ? Pendant quelques semaines, Moscou le nie. Cales maîtres du Kremlin ont affiché une extraordinaire trouvaille : c’est, peut-être, l’exemple le plus parfait d’hypocrisie diplomatique dans l’histoire de tous les temps, qui cependant n’en manque point. Ils mobilisent les communistes finlandais émigrés en U.R.S.S. depuis de longues années (…) et ils fabriquent en toute hâte un « gouvernement populaire », qu’on dit installé à Térioki – la première ville occupée par l’Armée rouge – mais dont les principaux membres continuent à vivre à Moscou, en attendant que l’avance soviétique les amène au pouvoir. A la tête de ce gouvernement est placé O.V. Kuusinen, qui a quitté la Finlande depuis environ vingt-deux ans, et qui est l’un des secrétaires de l’Internationale communiste. Ce gouvernement fantôme est utilisé à fond : son caractère factice est, en l’espèce, plutôt un avantage. Dès le 1° décembre, le jour même où les troupes traversent la frontière, il lance un appel à l’U.R.S.S., en l’invitant à « accorder à la République démocratique de Finlande tout le concours nécessaire des forces de l’Armée rouge », et un appel au peuple finlandais, en lui demandant de se soulever contre le Gouvernement d’Helsinki et de former des corps de volontaires pour aider l’armée « libératrice ». Avec une rapidité qui serait surprenante si on ne savait pas que tout est réglé sur place à Moscou, le 2 décembre le soi-disant gouvernement de la République démocratique de Finlande conclut avec le Gouvernement soviétique un traité d’assistance mutuelle et d’amitié et accepte de céder à la Russie les bases militaires et les territoires que le Gouvernement d’Helsinki lui avait refusés ; le « traité » entre en vigueur immédiatement. (…) Lorsque au début de décembre les représentants des États-Unis et de la Suède interviennent à Moscou dans le sens de l’apaisement et de la médiation, Molotov leur répond sans sourciller que l’ancien gouvernement n’existe plus et que l’U.R.S.S. reconnaît uniquement le « gouvernement » Kuusinen.

(…) Molotov va encore plus loin: lui qui vient de protester et qui protestera encore contre le blocus britannique appliqué à l’Allemagne, annonce, dans une note du 8 décembre, aux représentants diplomatiques à Moscou, qu’à partir de ce jour le Gouvernement soviétique institue le blocus des côtes finlandaises «  à la demande du gouvernement de la République finlandaise » elle-même [8].

Cette farce sinistre pousse les communistes français à souligner, plus que le caractère « défensif » de l’initiative militaire soviétique, son rôle « libérateur ». Dès le début de décembre, le Parti adresse un message de félicitations au Parti communiste de l’U.R.S.S. qui, « répondant à l’appel du peuple finlandais et de son gouvernement populaire », leur prête le concours de « la glorieuse Armée rouge libératrice des peuples »; un autre message va au Parti communiste finlandais: il exprime la conviction qu’ «avec le concours de son armée populaire, en collaboration fraternelle avec la glorieuse Armée rouge, le peuple finlandais recouvrera son indépendance, établira les bases d’une indissoluble amitié avec l’Union Soviétique (…) ».

Les dirigeants communistes insistent sur cet aspect « dynamique » des événements finlandais, qui leur ouvre de radieuses perspectives: « Il n’est pas un ouvrier, affirment-ils, qui ne salue avec joie l’aide de l’Armée rouge au prolétariat si exploité et si brimé de la « République » de Finlande et l’instauration d’un nouvel État populaire » [9]

(…) La guerre de Finlande constitue une expérience importante de « défaitisme » communiste, et elle offre un antécédent encore plus important de la politique soviétique des « démocraties populaires ». C’est à propos de la Finlande que la technique de l’utilisation de ce genre de régime pour l’expansion politique et militaire de l’U.R.S.S. est appliquée pour la première fois. La tentative n’a pas réussi, mais tout était prêt pour une évolution analogue à celle qui se produira après 1945 dans les pays de l’Europe centrale, orientale et balkanique soumis à la tutelle de Moscou. Si le gouvernement populaire avait pu s’installer à Helsinki, la « République démocratique » de Finlande aurait été proclamée et le Parti communiste finlandais serait devenu le Parti unique au pouvoir. Le programme qu’il diffuse dans son premier appel est exactement le même que celui qui sera adopté, au début, par les différents gouvernements « populaires » dans les années qui ont suivi Yalta et Potsdam [10] (…)

Extrait de "Trait d'Union", le journal stalinien destiné à la propagande parmi les soldats, numéro de mars 1940

Notes :

[1] L’Humanité N° 4 du 7-11-1939.

[2] L’Humanité N°10, 6-12-1939.

[3] L’Humanité N°12, mi-décembre 1939.

[4] La Une de l’Humanité de la fin janvier 1940 explique que les capitalistes font la guerre « pour le nickel » finlandais de Petsamo.

[5] Tract ronéotypé : La Finlande, de janvier ou février 1940. Tanner, leader socialiste finlandais, est le ministre des Affaires étrangères de son pays qui, dans les conversations de Moscou, a résisté le plus énergiquement aux prétentions soviétiques.

[6] Le cas du « changement politico-territorial » prévu à l’article premier du premier protocole secret, s’applique à tous les États de la Baltique, formellement désignés : Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie (voir le texte dans A. ROSSI, Deux ans d’alliance germano-soviétique, p. 52).

[7] Dans un discours du 31 octobre 1939, Molotov dit, au sujet des pactes conclu avec les trois États baltes : « (…) nous déclarons que le bavardage sur la soviétisation des pays baltes n’est profitable qu’à nos ennemis communs et aux provocateurs antisoviétiques de toute espèce… »

[8] Les documents cités ici se trouvent tous dans les Cahiers du bolchevisme de janvier 1940.

[9] L’Humanité N°11, vers le 10 décembre. les conditions de vie des ouvriers finlandais, qui disposaient de syndicats libres, étaient à cette époque et sont restées considérablement supérieures à celles des ouvriers soviétiques.

[10] Ce programme est reproduit dans L’Humanité du 6 décembre 1939.

L’Insurgé : un mouvement socialiste sous l’occupation

27 septembre 2009

Extrait de Les socialistes rhodaniens sous l’occupation (1940-1944), mémoire de fin d’études de Célian Faure à l’Institut d’Études Politiques de Lyon (septembre 2003). [pdf]

L’Insurgé est un petit mouvement de Résistance qui étonne. Créé par Marie-Gabriel Fugère, ex-secrétaire fédéral du Rhône et de la Loire du P.S.O.P., parti scissionniste de Marceau Pivert, apparenté à la gauche révolutionnaire du socialisme, l’Insurgé est un mouvement exclusivement local qui va prendre son importance dans la carte régionale de la Résistance.

Un mouvement organisé

Syndicaliste et militant dynamique, M-G. Fugère a une expérience solide en matière de rassemblement et d’organisation. De surcroît, le poste de secrétaire fédéral qu’il occupait avant-guerre lui facilite la tâche de la reprise de contacts.
Cependant, Fugère ne laisse rien au hasard et est imprégné d’une exigence à la hauteur de ses aspirations. En véritable « professionnel », il fait attention de ne sélectionner au comité central que les individus les plus sûrs et les plus compétents : « Les camarades honnêtes mais trop bavards, qui constituaient un véritable danger furent éliminés. » [1] . Le comité central prend une coloration très proche du P.S.O.P., comme l’ensemble des cadres de l’Insurgé. En plus de Fugère, celui-ci se compose de Barboyon, un jeune syndicaliste S.F.I.O., de Joseph Poncet, ancien pivertiste et révolutionnaire convaincu, de Guilhot, ancien S.F.I.O. et syndicaliste, de Madame Cottin, ancienne S.F.I.O. Il convient d’ajouter plus tard l’adhésion de militants dont l’action eut un rayonnement conséquent. Parmi eux, l’instituteur Julien Godard et l’imprimeur villeurbannais Martinet. Il s’agit d’une composition dans l’esprit pivertiste, dans laquelle l’ouvrier syndiqué est un archétype fiable. Fugère est électromécanicien, Barboyon est aide à la pharmacie de l’hôpital de Grange-Blanche de Lyon, Poncet est ouvrier serrurier, Guilhot est ajusteur aux Carburants Zénith. En accord avec la doctrine de leur chef de file, les militants de l’Insurgé font partie du socialisme de gauche et ne dissocient pas la lutte contre l’occupant de la libération des classes laborieuses.
D’autres groupes se forment à Lyon et dans sa banlieue, à Villefranche sur Saône notamment. Ces groupes se composent de militants P.S.O.P. de façon majoritaire, ainsi que de quelques socialistes, de libertaires et de sans parti. [2] Reprenant le modèle des fédérations, le mouvement divise Lyon en plusieurs secteurs auxquels leur sont attachés des responsables : Louis Seurre dirige le secteur Croix-Rousse-Caluire, Louise Voulat s’occupe de Vaise, Mascaras se consacre au secteur Lyon-centre, et Lyon-rive Gauche est animé par Joseph Poncet.
Soucieux de ne pas dissocier le combat de la lutte prolétarienne et convaincus que la croissance des effectifs passe par la persuasion des classes populaires, les militants de l’Insurgé forment dès septembre 1942 des groupes dans les usines de Lyon et de sa banlieue, ainsi qu’à Saint-Étienne. Les plus importants d’entre eux sont ceux de la Compagnie Electro-Mécanique de Fugère, des Carburateurs Zénith de Guilhot, des usines Rochet-Schneider, de l’hôpital Grange-Blanche où travaille Barboyon.
Un autre aspect de l’organisation de l’Insurgé est incontournable. Il s’agit de son journal, qui comme Combat ou Franc-Tireur, est celui qui a donné son nom au mouvement. C’est Joseph Poncet qui propose « l’Insurgé » en janvier 1942. Il semble que le premier numéro paraisse en mars 1942 [3] . Ce pilote est financé grâce à la cotisation des membres du comité central, à hauteur de 100 Frs par personne. Conçu grâce au « système D », il est surtout l’œuvre des efforts et des risques personnels de Joseph Poncet. Pour le deuxième numéro, Julien Godard trouve une aide pour le financement, en la personne de son ami Mercier. La part principale du financement du journal demeurera dans les dons assurés par les amis du mouvement, notamment grâce au dévouement de ceux qui sont pourtant les plus modestes. Dès le troisième numéro, le tirage est assuré par le petit imprimeur Martinet, 5 rue Mozart à Villeurbanne. Quant à la distribution, elle est assurée par les militants du mouvement qui s’approvisionnent rue Centrale à Lyon, où une cave a été louée [4] .
La rédaction est assurée par Julien Godard, Pierre Stibbe et un militant italien, Joseph Bogoni, et l’Insurgé parvient à sortir son journal tous les mois.

Un mouvement indépendant et militant

Bien que modeste et précaire, le mouvement l’Insurgé cultive sa verve militante et son indépendance. On l’a déjà répété, le mouvement pivertiste s’interdit de séparer l’action résistante de la lutte pour la libération prolétarienne. Le sous-titre du journal ne ment pas : « Organe socialiste de libération prolétarienne ». Dès le premier numéro, on peut trouver ces lignes :

Pourquoi l’Insurgé ? Parce que nous nous insurgeons contre toutes les puissances d’oppression, quelles qu’elles soient : nazisme, fascisme, église, capitalisme, et que nous sommes résolus à opérer la transformation radicale et révolutionnaire de la société pourrie vivant de la guerre et de la misère des classes prolétariennes, en une société socialisante où le bonheur ne sera pas un privilège et la misère une fatalité. [5]

Le journal fait en quelques sortes songer aux cris du cœur d’un adolescent tout à la fois idéaliste et révolté. En associant les termes « nazisme », « fascisme » et « capitalisme », l’Insurgé semble à la fois se justifier et mettre en garde : le mouvement s’est créé avec la guerre et contre les allemands, certes, mais nazisme et fascisme ne viennent que s’ajouter à une liste d’ennemis qui comporte déjà le capitalisme.
Le syndicalisme est inséparable du mouvement, et l’un des griefs principaux de l’Insurgé porte sur les politiques du travail et la toute puissance des trusts. Ainsi les militants diffusent-ils notamment des tracts d’appel à la grève, comme celle des cheminots de Vénissieux, ou encore celles des usines Berliet [6] . L’Insurgé lance également une grande offensive contre les départs en Allemagne au titre de Service de Travail Obligatoire (S.T.O.), en appelant encore à la grève.
Les opinions très tranchées et volontiers assumées de l’Insurgé lui valent d’être un mouvement très indépendant, aussi bien par les distances que l’on souhaite observer à son égard, que par le désir des cadres eux-mêmes de ne pas s’allier avec des individus et groupes aux opinions et aux agissements trop éloignés des leurs. L’Insurgé restera jusqu’au bout un mouvement relativement marginal, conséquence de son originalité doctrinale.
Mais relativement, seulement, puisqu’il serait faux d’affirmer que l’Insurgé n’entretient aucune relation avec les autres organes de la Résistance. Ainsi des contacts ont été pris avec les principaux mouvements [7] . Par exemple, Fugère et Godard entrent en contact avec André Philip et Libération Sud par l’intermédiaire de Pierre Stibbe, qui après avoir été l’un des pionniers de la réunion de Trévoux passe à Libération. Encore, Pierre Stibbe permet un contact avec Franc-Tireur et des rapports brefs sont esquissés avec le M.O.F.
Mais les contacts sérieux demeurent ceux entretenus avec Combat et Libération.
En octobre 1942, Libération Sud demande à l’Insurgé de lui faire régulièrement une partie de ses impressions. Dès novembre 1942, le petit imprimeur villeurbannais clandestin de l’Insurgé Martinet tire 10 000 exemplaires par mois de Libération. Ajouté à cela, des militants de l’Insurgé parmi lesquels Fugère, assurent des livraisons et une partie de la diffusion du grand journal de la Résistance. En échange de bons procédés, Libération fournit à l’Insurgé le papier nécessaire à son tirage [8] et propose de prendre en charge tous ses militants en situation dangereuse. Toujours en octobre 1942, l’Insurgé et Combat entreprennent une action commune contre le S.T.O. Les deux mouvements rédigent un tract en commun signé « L’Insurgé-Combat » [9] . Enfin, notons les bons rapports entretenus avec les toulousains de Libérer-Fédérer, mouvement à bien des égards analogue à l’Insurgé [10] .
Malgré ces rapprochements et coopérations, l’Insurgé reste autonome. Fin 1942, Combat va ainsi tenter de provoquer une fusion, pour combler le manque d’éléments ouvriers dont il fait preuve. Fugère refuse. Libération propose également à l’automne 1942 l’adhésion de l’Insurgé à la France Combattante, mais cela n’aboutit pas [11] , et en juillet 1942, Raymond Aubrac, de Libération, s’insurge contre « ces communistes de 1930 ». En somme, l’Insurgé a toujours souhaité exister et s’est refusé à se perdre sous l’influence d’un « grand » de la Résistance. L’attachement de Fugère pour « son petit enfant », selon les mots de l’imprimeur Martinet, est sans doute également un élément déterminant pour comprendre comment l’Insurgé a pu continuer à exister à côté des Libération et autre Combat malgré sa précarité.

Un mouvement socialiste rhodanien important

L’Insurgé, malgré sa modestie et sa marginalité, doit être considéré comme un mouvement de Résistance  d’importance.
Au niveau régional, le mouvement de M.G. Fugère, atteint un rayonnement conséquent. En plusieurs points de la zone Sud, des contacts sont renoués avec d’anciens militants du P.S.O.P. Le mouvement s’étend dans l’Ain, dans le Languedoc et à Montpellier, où les contacts Louis Tégaro et Valière sont eux-mêmes en relation avec Nîmes, Narbonne et Béziers, dans le Var, et dans les villes de Toulouse, de Saint Etienne, d’Avignon, de Grenoble, d’Annecy, de Clermont-Ferrand, etc.. [12]
En marge de son influence et de sa portée, l’Insurgé se structure de façon identique à un autre « grand » mouvement. Il possède son journal, dont la parution est régulière et la diffusion relativement importante et il émet des tracts, comme ceux dénonçant les S.T.O. Il possède en outre un réseau de faux papiers, notamment à Villefranche sur Saône où se trouve un centre de gravure pour faux tampons (chez le graveur Valla), et recrute dans les milieux ouvriers des spécialistes de la gravure sur bronze pour les fausses cartes d’alimentation et les pièces d’identité. Martinet note qu’en septembre 1942, « les services des identités fonctionnent à plein. [13]». L’Insurgé possède aussi un maquis situé à Annecy, et un service médical assuré par le Docteur L. [14] , au 285 cours Lafayette à Lyon. Pour toutes ces raisons, à considérer l’importance de l’organisation du mouvement, l’Insurgé ne doit pas être sous-estimé.
En outre, il doit également être considéré comme un mouvement socialiste, ou tout du moins comme un mouvement de forte influence socialiste. L’immense majorité de ses cadres et de ses militants sont en effet issus de la S.F.I.O. d’avant-guerre. Il faut cependant remarquer la particularité doctrinale qui anime la plupart d’entre eux, étant issus du P.S.O.P. de Marceau Pivert, mais il faut aussi constater le fait que ce jeune parti n’a fait scission qu’en 1938, et que Marceau Pivert demandera à ses fidèles de réintégrer le parti S.F.I.O. dès la fin de la guerre [15] , comme en témoigne l’une de ses lettres [16] :

Le seul groupe de copains qui n’aient pas abandonné la lutte et l’action, c’est celui de Lyon. Malheureusement, il fut décimé comme vous devez le savoir, et ceux qui ont suivi Rous ont rejoint la S.F.I.O., mais Fugère est décidé à faire quelque chose dans le même sens… Je l’y ai encouragé… Je conseille donc de considérer le P.S.O.P. comme dépassé.

Les acteurs de l’Insurgé doivent donc être considérés comme d’authentiques socialistes, et le mouvement, par l’extrême importance du nombre des socialistes qui l’animent, et par leurs qualités de fondateurs, de rédacteurs du journal et de leaders d’opinion, doit être considéré comme le mouvement de Résistance socialiste rhodanien.

Notes:
[1] A.D.R. (31JB74 et B20)
[2] A.D.R. (31J B20) déposition de Martinet. Marcel Ruby ajoute la présence de communistes n’ayant pas admis le pacte germano-soviétique.
[3] Il y a là une incertitude. La déposition de Martinet aux archives départementales du Rhône note que le premier numéro parait en octobre 1941. Cependant, Marcel Ruby dans son livre Résistance et contre résistance à Lyon et en Rhône—Alpes cite Fugère affirmant que le premier numéro est sorti en mars 1942. Le nom ayant été trouvé en janvier 1942, on privilégiera la date donnée par Fugère, tout en accordant le bénéfice du doute à Martinet. Il se peut qu’un « ancêtre » de l’Insurgé soit paru avant, mais que Fugère ne le considère pas comme tel.
[4] Marcel Ruby, op.cit., p149.
[5] Mémorial de l’Insurgé, textes et documents rassemblés par M.G. Fugère, présentés par Fernand Rude, imprimeries nouvelles, Lyon, 1968.
[6] A.D.R. (31J B20)
[7] A.D.R. (31J B20)
[8] Marcel Ruby, op. cit., p149
[9] Mémorial de l’Insurgé, op. cit.
[10] Libérer-fédérer est, comme l’Insurgé, un petit mouvement régional qui cultive son originalité doctrinale et son indépendance. Lui aussi rassemble des militants catalogués à gauche du socialisme, disciples de l’antifasciste italien Silvio Trentin, dont les trois valeurs maîtresses sont : révolution, socialisme et fédéralisme.
[11] A.D.R. (31 J B20) Martinet précise qu’il s’agit d’un refus des socialistes réformistes, sans s’étendre sur le sujet.
[12] Mémorial de l’Insurgé, op. cit.
[13] A.D.R. (31J B20)
[14] Écrit en l’état dans les A.D.R., il rendit de « prodigieux services » selon Martinet.
[15] Fugère fait parti de la commission des conflits de la fédération S.F.I.O. du Rhône dans les années qui suivent la guerre.
[16] Fond ancien Fernand Rude, carton n° 249.

Lettre à ‘La seule voie’ (RKD, 1942)

24 septembre 2009

Paru dans La Seule Voie N°5-6 (octobre-novembre 1942). La Seule Voie était une  organisation trotskyste qui devait se faire connaître à partir de mars 1943 sous l’appellation de Comité Communiste Internationaliste (CCI). Nous avons récemment publié la très léniniste plateforme des RKD. Ce courrier éclaire leur relation au trotskysme dont ils étaient récemment sortis. La réponse des trotskystes fut aussi claire que prévisible: « Il y a erreur: vous vous êtes trompés d’adresse ».

Camarades du groupe La Seule Voie,

La situation actuelle du mouvement ouvrier est caractérisée:

1° – par un manque absolue du parti révolutionnaire,

2° – par les répression qui sévit dans tous les milieux, staliniens, centristes, et dans nos propres milieux.

Étant persuadés que la sauvegarde d’une organisation politique est indispensablement liée aux conceptions politiques de la dite organisation, nous pouvons constater que la banqueroute de la « IV° Internationale » comme organisation ne fait que prouver et suivre sa banqueroute complète dans le domaine politique. L’effondrement de la « 4ème » était donc inévitable. Inversement, on peut conclure que les organisations révolutionnaires qui ont su résister à la répression et, par-dessus, faire du progrès, dans le domaine politique et organisationnel, prouvent d’une certaine valeur, prouvent de leur juste appréciation de la situation actuelle et de leurs conceptions politiques.

Camarades, rendez-vous compte que nos deux organisations sont les deux seules en France à qui incombent le travail révolutionnaire, la formation du parti révolutionnaire, et la construction de la IV° Internationale Communiste. C’est une responsabilité formidable qui nous incombe. Il faut que chacun de nous soit bien conscient de cette responsabilité envers le prolétariat et, en fin de compte, envers toute l’humanité qui souffre des ravages de la boucherie impérialiste. Or, de ce fait, une collaboration étroite s’impose. Malgré les divergences politiques qui nous séparent, je peux déclarer que dans les questions principielles actuelles (guerre impérialiste, question nationale, perspectives de pouvoir), nous partageons les mêmes points de vue. Déjà ces seules questions nous obligent à un travail étroit, tout en sauvegardant nos organisations indépendantes et en continuant à discuter les autres questions où nos conceptions divergent.

Malgré les divergences politiques encore existantes, le R.K.D. vous considère comme l’organisation frère, comme la section française de la future Internationale Communiste, en se considérant lui-même comme la section A.

La « 4° Internationale Communiste » est morte comme organisation, comme Internationale, elle n’a jamais existé. Un obstacle de plus à la construction de la véritable 4ème Internationale Communiste nous est enlevé. Sachons exploiter cette situation. En avant pour la construction du parti prolétarien. En avant pour la 4ème Internationale Communiste.

Le délégué du R.K.D.

Plateforme programmatique des RKD (1941/43)

24 septembre 2009

Les R.K.D. (Revolutionäre Kommunisten Deutschlands) était un groupe clandestin d’exilés autrichiens et allemands dans le sud de la France, notamment Georg Scheuer. Leur activité va débuter à l’automne 1940 et s’affirmer en janvier 1942. Ce groupe sorti du trotskysme et, comme on va le lire ci-dessous, resté très léniniste, devait bientôt travailler avec des militants français, les CR (communistes révolutionnaires). Il fait partie des groupes étudiés par Pierre Lanneret dans sa brochure Les internationalistes du troisième camp en France pendant la Seconde guerre mondiale (Acratie, 1995). Leur plateforme aurait essentiellement été rédigée en 1941, le texte (inédit sur le net) ci-dessous étant constitué de deux des cinq parties (la 1° et la 3°) présentées à leur deuxième conférence en 1943.

Première partie : L’Arme.
(Le parti de la révolution prolétarienne et de la dictature prolétarienne.)

Toutes les luttes politiques sont ouvertement ou voilées – des luttes de classe et elles sont toujours menées au moyen de partis politiques ; tout parti est un parti de classe, c’est-à-dire qu’il représente les intérêts de n’importe quelle classe dominante ou opprimée. Le prolétariat révolutionnaire plus que tout autre classe a besoin de son parti qui représente et défend dans toutes les circonstances les intérêts historiques et sociaux de la classe prolétarienne.
L’histoire a prouvé que le prolétariat dépourvu de ce parti n’essuie que des défaites sanglantes et est rejeté pour de longues périodes. Les théoriciens anarchistes et « luxemburgistes » prétendent que le prolétariat étant une armée unique n’ait pas besoin d’un parti spécial d’avant-garde, qu’il puisse vaincre spontanément, sans direction. Ces « théories » sont réfutées par les expériences pratiques.
Pour le prolétariat comme pour les classes possédantes, un parti organisé fermement qui concentre les meilleurs éléments, les plus conséquents et les plus prêts à la lutte est nécessaire, pour le prolétariat un tel parti est encore beaucoup plus indispensable que pour la bourgeoisie.
Le prolétariat est une forte armée comptant des centaines de millions et vivant dans le monde entier, qui, déjà pour s’entendre sur les actions communes et internationales de classe, a besoin d’un parti organisé internationalement.
Il n’y a eu dans ce siècle, jusqu’à maintenant, qu’une seule victoire du prolétariat, celle qui a été conquise en octobre 1917, sous la direction du parti bolchevik et de Lénine. Si finalement cette victoire aussi a été perdue, c’est parce que le parti international de la révolution prolétarienne n’a été formé qu’après 1919, c’est-à-dire trop tard ; c’est parce que Lénine, Liebknecht et Luxemburg n’ont quitté qu’en 1914, c’est-à-dire trop tard la Seconde Internationale embourgeoisée pour préparer la Troisième Internationale. Si la scission de la
social-démocratie russe en bolcheviks et mencheviks (1903) s’était étendue, déjà suffisamment avant la première guerre mondiale, sur toute la Seconde Internationale, le prolétariat international aurait été en possession de son parti révolutionnaire international déjà avant la première guerre mondiale, il aurait pu transformer cette guerre en des guerres civiles victorieuses pour le prolétariat, la révolution d’octobre ne serait pas restée isolée et n’aurait pas sombré en Russie et nous aurions été épargnés de la deuxième guerre
impérialiste mondiale, du fascisme et du stalinisme. Pour éviter de plus grandes tueries dépourvues de sens il faut internationaliser et continuer l’œuvre commencée en 1903, rattraper ce qui a été raté avant 1914 et 1918 pour empêcher de nouveau 1918/19, 1933, 1939, ou encore pire.
Quand le prolétariat révolutionnaire avançait, tout marxiste savait que les révolutionnaires les plus clairvoyants et les plus actifs doivent être formés en parti pour se trouver à la tête de l’armée prolétarienne et pour résister victorieusement à tous les partis bourgeois bien organisés et aux mesures de terreur et aux duperies du capital. Sans cette avant-garde, le prolétariat révolutionnaire est sans direction et livré à l’ennemi de classe comme un enfant rebelle. L’ennemi de classe tremble devant ce parti de la révolution prolétarienne. Il n’y a pas pour lui de plus grand épouvantail que le parti bolchevik de Lénine ; même la momie de ce parti mort depuis longtemps (le « parti » de Staline) donne à la bourgeoisie mondiale le frisson.
Elle tremble devant Spartakus qui en Allemagne tentait trop tard de former le parti bolchevik d’Allemagne. Chaque essai pour préparer un pareil parti est corrompu ou cruellement réprimé par la classe capitaliste. Déjà en voyant cette attitude de l’ennemi de classe nous devrions comprendre la signification d’un pareil parti.

1/ L’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat.

La conscience de la classe du prolétariat est une conscience d’une classe opprimée. Toute classe est exposée sans cesse à l’influence idéologique (politique, religieuse, morale, culturelle, etc.) exercée par la classe dominante et pour ne pas subir cette influence et être vaincue par elle, elle doit la combattre sans cesse.
Plus que la bourgeoisie opprimée des temps passés, le prolétariat est exposé à l’influence des classes dominantes parce qu’il est une classe dépossédée.
L’influence idéologique des classes capitalistes sur le prolétariat s’opère au moyen de différentes institutions destinées à ce but : famille, églises, écoles, presse, cinéma, radio, syndicats, partis politiques, etc. Toutes ces institutions sont en société capitaliste des instruments des classes capitalistes pour influencer toutes les classes opprimées dans un sens bourgeois pour les « embourgeoiser ». Tous les moyens de pouvoir et d’influence sont monopolisés dans les mains des classes dominantes et possédantes. Le prolétariat ne dispose
que de moyens modestes (journaux, organisations prolétariennes) qu’il doit concentrer et développer.
En influençant le prolétariat les classes capitalistes se servent aussi surtout des classes moyennes – de la petite bourgeoisie des villes et des petits paysans. Non seulement la bourgeoisie recrute surtout parmi cette petite bourgeoisie citadine ses politiciens, ministres, instituteurs, journalistes, hommes de sciences,parlementaires et artistes, mais elle exerce en général son influence sur le prolétariat par la masse de la petite bourgeoisie. Par des millions de « capillaires sociaux », la conscience bourgeoise pénètre les cerveaux du prolétariat, trouble et détruit la conscience de classe prolétarienne.

2/ La conscience de classe prolétarienne.

Toute la classe possède une conscience collective plus ou moins développée qui à sa racine dans la position sociale de la classe et qui est représentée, plus ou moins fortement, dans les cerveaux des individus appartenant à cette classe. Le degré le plus bas de la conscience de classe est la conscience d’appartenir à cette classe (par exemple : « Je suis un prolétaire, partie de la classe prolétarienne ») ; la forme la plus élevée est la reconnaissance des devoirs historiques que notre classe a à remplir.
Par les situations communes en tant qu’êtres opprimés et exploités, les prolétaires se rendent compte plus tôt ou plus tard, plus ou moins fort, qu’ils forment une communauté internationale, que leur sort est le même, qu’ils jouent dans tous les pays du monde le même rôle dans le processus de production, qu’ils forment une seule classe. La conscience des autres classes sociales qu’elles soient exploitées ou exploitantes se forme d’une façon analogue. Ce n’est d’abord pas une idéologie subjective qui crée cette conscience mais la situation sociale résultant du développement objectif, automatique et suivant les lois inhérentes à la société de classes. Ce n’est que plus tard que des idéologies subjectives font leur apparition.
Dans le cerveau de n’importe quel prolétaire, la conscience de classe est formée plus ou moins fortement suivant les différentes périodes et moments ; la résultante de toutes les consciences individuelles est la conscience collective que nous appelons la conscience de classe. Dans certaines périodes la simple conscience de classe des prolétaires se lève jusqu’à la conscience révolutionnaire ; c’est-à-dire la connaissance d’appartenir à une classe internationale exploitée et opprimée se lève jusqu’à la conscience que seule l’action commune et révolutionnaire peut apporter le salut et la libération.
Le prolétariat moderne est un produit du capitalisme moderne ; le capitalisme a créé le prolétariat et il le crée tous les jours de nouveau (prolétarisation des couches moyennes, colonisation et industrialisation de nouvelles régions en Asie, en Afrique, en Amérique du sud, etc.), il crée aussi, toujours de nouveau, la conscience de classe prolétarienne. Les contradictions croissantes du développement capitaliste (crises, guerres mondiales, famines et esclavage d’une part, abondance d’autre part) – donc des causes objectives, des conditions générales – amènent contre leur gré une élévation saccadée de cette conscience de classe : de
la connaissance primitive et de la simple solidarité pour de meilleures conditions de travail dans une usine, en passant par une série de luttes de classe, s’accentuant jusqu’à la révolution mondiale, la lutte systématique, consciente et internationale pour le pouvoir ouvrier, des destructeurs de machines (qui faisaient des attentats désespérés contre la technique moderne) jusqu’à la lutte organisée pour la société socialiste.

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Left N°53 (1941)

18 juillet 2009

Le site ami Entdinglichung a numérisé au format pdf la revue britannique Left de février 1941, avec notamment des textes de Michael Foot, Julian Gorkin et Luis Araquistain:

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