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Un militant nommé Lefeuvre (1985)

19 juillet 2012

Publié dans le mensuel Enjeu: pour la république et le socialisme n° 24, juillet-août 1985.

« Ma vie n’est pas très intéressante tu sais ! »: voilà comment débute un entretien avec René Lefeuvre. Modestie caractéristique de ces intellectuels ouvriers qui ont en dépôt une part de la mémoire du Mouvement ouvrier. Et pourtant, à 83 ans, quelle expérience ! Rappelons quelques traits de son itinéraire. Il est né en 1902 en Ille-et-Vilaine. Son père était maçon et sa mère brodeuse. A 16 ans, il deviendra apprenti maçon. Après l’armée, il monte à Paris et, en 1928, il devient commis d’entreprise, avant de se reconvertir pour « cause de chômage ». Il sera dorénavant correcteur. Nous sommes en 1934.

En 1930, secrétaire des Amis de Monde, l’hebdomadaire d’Henri Barbusse, il avait créé divers groupes d’études : études sociales et histoire du mouvement ouvrier, économie politique, groupe artistique, etc. Ces groupes ont donné naissance à la revue Masses en 1933, d’où sortirent, en 1934, Les Cahiers de Spartacus… Un demi-siècle au service de l’édition militante.

Quand va se faire chez toi la rupture avec le stalinisme, puis le bolchévisme ?

— J’étais soldat à Paris. Et pendant ces années 1923-24, j’achetais le Bulletin Communiste de Souvarine. Bien entendu, quand Souvarine a été exclu du PC, ça m’a posé des questions. Mais je n’étais pas, à ce moment-là, formé politiquement pour en tirer toutes les conclusions.

— Tu n’as jamais adhéré au PC ?

— Non, jamais. J’ai sympathisé seulement un temps. Mais quand j’ai été nommé secrétaire des Amis de Monde, je fréquentais déjà les cercles Souvarine. Et les questions que je posais à l’égard de l’URSS impliquaient des réserves très grandes. Mais je n’avais pas à provoquer des discussions à ce sujet dans le groupe. On faisait quand même des conférences d’un esprit aussi large que possible. Et il était difficile aux rédacteurs de Monde, qui étaient des anti-staliniens convaincus, comme Rossi et Laurat, de ne pas faire passer à travers leurs interventions leurs réserves, qui étaient d’ailleurs fort bien perçues par les camarades un peu avertis. Par contre, dans Masses, j’ai publié des articles doctrinaux qui affirmaient des positions en rupture avec le bolchévisme.

masses

— Tu adhères quand à la SFIO ?

— C’est un peu plus tard, en 1934. On a été traumatisé par les événements de février. On a été écœuré de la collusion entre les communistes, plutôt les staliniens, car je n’aime pas salir le mot de communiste à leur sujet, et les fascisants, lors des manifestations de février 1934. Cela a amené une bonne fraction des collaborateurs de Masses à adhérer au Parti socialiste. Pour ma part j’adhère à la 5° section, à la tendance la « Bataille Socialiste », animée alors par Jean Zyromski et Marceau Pivert. Zyromski appartenait, d’ailleurs, à la 5e section. Puis, Marceau Pivert prend contact avec moi et quelques autres, et on décide de former une nouvelle tendance, la « Gauche Révolutionnaire ». A ce moment-là, j’avais cessé la publication de Masses parce que j’avais perdu mon travail, et que ça posait des problèmes de financement. On m’a alors demandé de me charger du bulletin La Gauche Révolutionnaire, ce que j’ai fait. Je m’occupais aussi particulièrement de la rubrique syndicale, je me suis mis d’accord avec Marceau pour pouvoir ressortir, parallèlement à ce bulletin, qui était interne au Parti socialiste, Masses, en remplaçant les articles qui posaient des problèmes intérieurs au Parti par des contributions d’anciens collaborateurs de Masses, contributions concernant des problèmes doctrinaux et d’histoire du Mouvement ouvrier. Malheureusement, toute initiative suscitant des jaloux, certains ont mené campagne pour que j’arrête Masses prétextant qu’ils en avaient déjà lu une partie dans La Gauche Révolutionnaire. C’est alors que j’ai décidé de lancer Les Cahiers de Spartacus.

— Qu’est-ce qui a séparé Zyromski et Pivert ?

Les positions de Marceau sur le plan révolutionnaire étaient plus nettes que celles de Zyromski. Et Zyromski, qui deviendra après la guerre sénateur communiste, avait déjà une attitude équivoque à l’égard de l’URSS. Cela le gênait que le problème de l’URSS soit posé. Si Marceau n’en faisait pas un cheval de bataille, l’esprit était nettement anti-stalinien.

Comment la « Gauche Révolutionnaire » arrivait-elle à concilier sa politique très unitaire à l’égard du PC et une attitude clairement anti-stalinienne ?

En fait, c’était assez difficile à tenir pour moi. J’étais anti-stalinien à fond. Je savais, par Souvarine et par les copains du Cercle Communiste Démocratique, ce qui se passait en URSS et ce qui se préparait. C’était en 1936 et on n’ignorait pas que la vieille garde bolchévique était condamnée. Mais, en même temps, il y avait un esprit unitaire en 1936 qui a emporté tout le monde. Même les gens deLa Révolution prolétarienne, la revue syndicaliste révolutionnaire de Rosmer et Monatte. Mais, contrairement à Zyromski, la « Gauche Révolutionnaire » menait son action unitaire tout en osant poser les problèmes concernant l’URSS.

A propos de Blum, Daniel Guérin, alors militant de la « Gauche Révolutionnaire », écrit dans son livre sur le Front populaire : « Nous avons contribué nous-mêmes à la sacralisation de Léon Blum (…) Qui est metteur en scène de ce culte ? Nul autre que Marceau Pivert. Un peu plus tard, trop tard, il invitera les militants à sa libérer d’une « certaine religiosité » qui leur interdit de juger sainement la politique des « militants les plus prestigieux » (mai 1937) ; mais en attendant c’est lui qui fait office de grand prêtre »1

— C’est un peu vrai que la « Gauche Révolutionnaire » a participé à la création d’un « mythe Blum » et que cela s’est retourné contre elle. Mais elle a surtout participé, en fait, à l’enthousiasme général que créait le Front Populaire. Des nuances, il y en avait, mais au fond elles n’étaient pas tellement accusées face au Parti qui prenait le pouvoir. La « Gauche Révolutionnaire » a été entraînée par le mouvement.

Que peux-tu dire des rapports entre la SFIO et le gouvernement ?

C’était la même chose pour le Parti. Il y avait une nette influence de la situation sur lui. Il jouait le jeu, avec des réticences peut-être, mais il jouait le jeu. A ce propos, je vais te citer une anecdote qui m’a été racontée par Marceau Pivert. Cela se passait lors d’une réunion de la C.A.P. (Commission Administrative Permanente) du Parti socialiste où il était question de manifestations au cours desquelles il y avait du sang. Marceau préconisant la résistance aux éléments fascisants, Blum s’est alors écrié : « Oh, du sang, du sang dans la rue, je ne veux pas ! ». Il a piqué une crise, presque hystérique. Alors, le vieux Bracke lui a dit : « Mais, enfin, Léon, nous sommes des révolutionnaires »… Cette anecdote m’est toujours restée en mémoire.

Et la poussée de la Gauche au sein de la SFIO ? Au 34e congrès de Marseille, juillet 1937, la « Gauche Révolutionnaire » et la « Bataille Socialiste » font, si on totalise leurs votes, plus de 45 %…

Oui, incontestablement, il y avait une poussée de la gauche. Mais nous nous sommes heurtés à la force de l’appareil, dominé par Paul Faure et des municipalités. Il faut toutefois préciser que l’appareil de la SFIO n’avait rien à voir avec la puissance d’un appareil stalinien. Alors, les grandes idées sur lesquelles on a réuni occasionnellement une majorité n’étaient pas appuyées sur un mouvement solide, structuré. Malgré, par exemple, un début de développement des « Amicales Socialistes » d’entreprise, impulsées par la « Gauche Révolutionnaire »2, dans lesquelles je n’étais pas directement impliqué, et qui étaient conçues comme complémentaires à l’action électorale. Il n’empêche que cette majorité occasionnelle a quand même flanqué la frousse à Paul Faure. Mais il a su jouer habilement – c’était un fin manoeuvrier – sur les divergences réelles qui existaient entre la « Gauche Révolutionnaire » et la « Bataille Socialiste ». Et puis, il a manoeuvré pour faire apparaître la « Gauche Révolutionnaire » comme scissioniste. En fait, un des rares scissionistes clairement déclaré au sein de la « Gauche Révolutionnaire » était Daniel Guérin. Finalement, on a été poussé par l’appareil à la scission à cause de la dissolution de la Fédération de la Seine alors animée par Marceau et la « Gauche Révolutionnaire ». Personnellement, j’étais contre cette scission et la création du PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan) qui l’a accompagnée. J’ai suivi parce que je ne pouvais pas quitter les gens avec lesquels j’étais en accord. J’ai donc suivi, mais en considérant, contrairement à Guérin, que c’était une blague. Seulement, il n’était pas de bon ton de le dire. Mais je l’ai quand même dit. Cela ne pouvait que conduire à l’échec, les gens étant extrêmement attachés au Parti. Et Marceau lui-même, c’est à contre-coeur qu’il l’a fait.

On parle d’environ 6 000 adhérents au PSOP dont 4 000 dans la région parisienne, sur 30 000 sympathisants de la « Gauche Révolutionnaire ».

Ces chiffres ne m’étonnent pas.

L’hétérogénéité de la « Gauche Révolutionnaire » a provoqué des divisions internes, notamment sur la guerre d’Espagne. Ainsi Marceau Pivert, dans un premier temps, tout en participant à l’aide clandestine à la République espagnole, va approuver la politique de non-intervention de Blum, puis il reviendra sur sa position pour rejoindre la lutte contre l’embargo…

Ça, c’est la contradiction qu’il y avait en Marceau Pivert lui-même, qui était un pacifiste. C’était, il ne faut pas l’oublier, un ancien « gazé » de 14-18.

Au début, il y a eu alors désaccord entre Pivert et ceux qui, comme Colette Audry et Michel Collinet, participaient avec des militants de la « Bataille Socialiste », par exemple Longuet et Zyromski, au Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne (CASPE). Dans cette controverse, tu te situais comment ?

J’étais pour le soutien à l’Espagne et la levée de l’embargo. J’avais déjà été en rapport personnel avec le POUM 3 (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste) pour lequel j’avais beaucoup de sympathie. La « Gauche Révolutionnaire » a d’ailleurs fortement développé ses contacts avec le POUM. Marceau entretenait une correspondance monumentale : c’est fou, l’importance qu’il accordait aux liaisons avec les groupes révolutionnaires des autres pays !

D’autres divergences vont apparaître, notamment lors du 1er congrès du PSOP en mai 1939. En gros, on va voir s’opposer les « pacifistes intégraux » à ceux qui, comme Guérin, se présentent comme des « pacifistes révolutionnaires » et ceux qui, comme Michel Collinet, insistent sur la différence entre le fascisme et les démocraties bourgeoises. Dans son livre, Guérin critique la position de Collinet, jugée par lui proche du « social-patriotisme » de Zyromski. Tu as pris quelle position dans ces débats ?

Tu sais, Guérin n’était pas avare de jugements sur les autres mais il ne faisait pas souvent son autocritique. Il y avait une tendance générale à appliquer les schémas de la Première Guerre mondiale à ce qui se préparait. Le pacifisme issu de la Première Guerre a pu, alors, freiner la prise de conscience face à l’hitlérisme. Personnellement, je considérais qu’on allait fatalement à la guerre et qu’on ne pouvait pas être déserteur. Mais en tant que secrétaire de rédaction de Juin 36, l’organe du PSOP, j’ai vu parfois se passer des choses qui étaient loin de me plaire. Et, contrairement à Guérin qui est parti à l’étranger, j’ai accepté la mobilisation. J’ai plus été entraîné par le mouvement, d’ailleurs, que je n’ai pris position pour la mobilisation. Puis, j’ai été fait prisonnier à Dunkerque et amené en Allemagne où j’ai passé le reste de la guerre. J’ai vu alors la terreur que le totalitarisme pouvait faire régner sur un pays. Mais il y avait aussi des opposants, par exemple, cet ancien social-démocrate qui a été un de mes gardiens et qui me parlait des réunions clandestines qu’il tenait avec ses camarades. Pour en revenir aux débats du PSOP, je me situais assez nettement aux côtés de Collinet.

Lors de ce congrès du PSOP, tu es monté au créneau contre les « activités fractionnelles » des trotskystes…

Oui, c’est ce qui m’a alors vivement opposé à mon vieil ami-ennemi Guérin qui était trotskysant à cette époque et qui, d’ailleurs, me traite dans son livre de « Fouquier-Tinville au petit pied ». Car je n’ai pas hésité à demander au congrès l’exclusion des trotskystes. Je ne suis pas, par tempérament, un épurateur, mais quand tu vois venir dans ton organisation des gens qui sont assez bavards et assez crétins pour dire : « On vient pour ramasser des jeunes pour les emmener chez les trotskystes » et foutre en l’air les jeunes du PSOP, eh bien, je pense qu’on n’a qu’une chose à faire : leur répondre « va-t-en faire ton boulot ailleurs ! » et les flanquer dehors. Or, ils étaient aussi nets que ça. Guérin le savait parfaitement, mais il ne fallait pas les toucher. Une des choses fantastiques était leur facilité de bluff, et elle est permanente. Quand ils sont entrés au PSOP, ils étaient, paraît-il, 500, mais on n’en a jamais vu plus de 50… Et puis, les trotskystes restaient très bolchévisés.

Quelles ont été les brochures que tu as publiées avant la guerre dans le cadre de Spartacus ?

— On a publié La Révolution russe de Rosa Luxemburg — j’avais déjà publié en 1934 dans Masses le « Discours sur le programme de la ligue spartakiste », prononcé par Rosa en décembre 1918 et qui m’avait fortement marqué, 16 fusillés à Moscou de Victor Serge, Union sacrée de Rosmer et Modiano, Au secours de l’Espagne socialiste de Prader, ainsi que plusieurs autres brochures sur la Révolution espagnole et les crimes staliniens en Espagne.

A la Libération, tu as participé au secrétariat de rédaction du Populaire, Pivert va lui-même rejoindre la SFIO. Il fait partie d’ailleurs de la coalition « de gauche » qui porte Guy Mollet au secrétariat contre Daniel Mayer

Ce qui n’a pas été pour le mieux… Après le Populaire, je suis passé aux Éditions de la Liberté, les éditions du Parti dirigées par Mme Fuzier. Certaines brochures ont été ainsi co-publiées par les Éditions de la Liberté et Spartacus, que j’avais repris, notamment des textes de Jaurès. Mais en 1949-50, une chute des ventes, liée au climat général de désintérêt pour la critique politique, m’a amené à arrêter Spartacus. Et puis, avec la politique coloniale de Mollet, j’ai quitté la SFIO, mais sur la pointe des pieds, sans fanfare… J’avais quitté auparavant les Éditions de la Liberté qui tombaient en quenouille. Parce qu’une des caractéristiques de Mollet alors, c’était son désintérêt pour la formation culturelle et doctrinale des militants. Après sa mise à l’écart du PS, il a créé l’OURS, qui n’est pas mal, qui apporte des éléments intéressants, mais ce n’était pas du tout le cas quand il était Secrétaire général. Après, je n’ai guère eu d’activité politique jusqu’à ma retraite, car j’étais assez découragé. En 1957, j’ai entrepris la construction d’un maison sur un terrain de banlieue. Un maçon est orphelin, s’il n’a pas de maison…

Est-ce que tu connais les conditions dans lesquelles Zyromski est entré au PC à la Libération ?

Je ne le sais pas précisément. Ce serait à travers la Résistance, le PC lui aurait offert un poste de sénateur. Je ne veux surtout pas le rabaisser. Je crois que c’était un type honnête au fond. Du moins tel que je l’ai connu, tel que je l’ai vu vivre à la 5e section. Il n’a pas été parmi les acharnés contre Marceau Pivert. En général, quand les gens se séparent, ils se salissent mutuellement. Je n’ai jamais entendu dire qu’il l’ait fait.

Tu as redémarré l’édition quand ?

En 1968. J’avais 66 ans et je disposais d’un stock important de brochures dont la vente avait repris. Entre 1968 et 1979, je vais publier 15 numéros de la revue Spartacus et une centaine de bouquins : Pannekoek, Korsch, Mattick, Archinov, etc. A la fois des marxistes hétérodoxes et des libertaires, ce qui a fait découvrir au public des éléments de l’histoire et de la pensée révolutionnaires qui étaient encore peu connus. Même Rosa Luxemburg, Maspéro n’a commencé à s’y intéresser qu’une fois que les bouquins que j’avais publiés dans les années 50 ont été remis en vente.

Quelle est ton attitude aujourd’hui par rapport au marxisme ?

Je serais pour un marxisme libertaire. Je considère encore que l’apport de Marx est fondamental. Mais il a quand même donné naissance à des courants autoritaires. Par exemple, Lénine, qui s’est recommandé de lui en le tortillant comme il pouvait, en le trahissant selon moi. Et il y a dans le marxisme des idées parfois contradictoires qui demandent à être révisées. De toute façon, il n’existe pas un marxisme, il existe de multiples interprétations de Marx, multiplicité qui est assez justifiée par les nuances mêmes de la pensée de Marx qui a évolué. Par exemple, il n’aurait pas écrit, après la Commune, le « Manifeste Communiste » de la même façon. Et puis, il y a l’apport non négligeable de gens comme Bakounine. Sur un autre plan, Marx et Bakounine utilisaient des moyens vraiment « politiciens » pour se tirer dans les pattes. Pour en revenir à ta question, je considère le marxisme comme la base la plus solide jusqu’à ce qu’on ait trouvé quelque chose de nouveau. Mais aujourd’hui, il s’agit surtout de tirer des leçons des expériences et des mouvements révolutionnaires qui se sont produits depuis la dernière guerre, et surtout tirer les leçons de ce qu’on a pu faire du marxisme à travers le bolchévisme, qui est une véritable négation du marxisme tel que je le comprends.

(propos recueillis par Philippe Corcuff)

Notes:

[1] Daniel Guérin : « Front populaire, révolution manquée. Témoignage militant », Ed. Maspéro, 1970.

[2] Cf. Jean-Pierre Rioux : « Les socialistes dans l’entreprise au temps du Front Populaire. Quelques remarques sur les Amicales socialistes, 1936-1939 », revue Le Mouvement social, janvier-mars 1979.

[3] Le POUM était un parti essentiellement catalan, d’abord trotskysant mais qui a finalement rompu avec Trotsky. Il était considéré comme « le parti frère » de la Gauche Révolutionnaire, Michel Collinet ayant même la double appartenance. Il subira la double répression des franquistes et des agents de Staline.

Il faut en finir (tract de la Fédération socialiste de la Seine, avril 1938)

15 juillet 2012

(Texte disponible ici).

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(Merci à J.G.)

Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière (1912-1921)

3 mai 2012

Liste des volumes

Première publication en 1912-1913:

Compléments en 1921:

La nationalisation par rachat des chemins de fer (Guesde, 1911)

12 avril 2012

Intervention de Jules Guesde au Congrès de Saint-Quentin de la S.F.I.O. (lundi 17 avril 1911, l’après-midi).

GUESDE. – Je demande la parole pour traiter la question de la nationalisation des chemins de fer, qui vient d’être portée à l’ordre du jour par le citoyen Milhaud.

(…)

JULES GUESDE. – Si j’ai demandé la parole ce n’est pas pour intervertir l’ordre du jour du Congrès ou pour y introduire des questions qui n’y étaient pas portées. Mais étant donné qu’on soulève ici une question absolument imprévue, sur laquelle nos Fédérations n’ont pas eu à se prononcer, j’ai dit, et je répète, qu’avant même d’en saisir la Commission du Congrès, il faudrait au moins qu’une discussion générale s’engageât devant le Congrès lui-même. Que voulez-vous que fasse la Commission à laquelle vous renverrez la proposition Milhaud ? à quel titre, au nom de qui va-t-elle l’adopter ou va-t-elle la repousser ou l’amender ? Où sont ses pouvoirs ? Quelles sont les Fédérations qui en ont discuté ? Aucune. A moins que vous ne la renvoyiez à la Commission à fin d’enterrement. Alors j’en serais et je renoncerais à la parole; mais ce que j’affirme, c’est qu’aucune Commission ne peut se substituer aux Fédérations d’abord, au Congrès ensuite. (Applaudissements.)

Comment ! on soulève, par voie de motion, cette grande question de ce qu’on a appelé, les uns, les services publics, les autres (des partis socialistes considérables comme la démocratie socialiste allemande), tout simplement du capitalisme d’État; et on enlèverait ici le vote d’une pareille motion où l’on permettrait à une Commission sans mandat de trancher la question, c’est absolument impossible. Je demande que la question de la nationalisation ou de l’étatisation des chemins de fer soit renvoyée au prochain Congrès. Je demande que les Fédérations en soient régulièrement saisies et puissent en discuter à fond. On vient de nous dire que la manière de venir en aide aux cheminots, d’aider à leur libération, c’est de les mettre directement entre les mains de l’État, en rachetant les chemins de fer; si c’était vrai, demain ce sont les ouvriers textiles qui vont se lever et vouloir que l’État rachète les tissages et les filatures. (Applaudissements.) Ce sont les mineurs qui, à leur tour, vont exiger que les mines soient rachetées par l’État. (Applaudissements, interruptions.) … Avec quoi allez-vous faire tous ces rachats ? Où allez-vous trouver les 200 et quelques milliards nécessaires à une pareille opération… (Interruptions.) … Le Parti socialiste n’est pas le Parti du rachat, il est le parti de l’expropriation (Applaudissements.) Il n’a pas à racheter, il a à reprendre par et pour le prolétariat, ce qui a été volé au prolétariat; et pour un pareil but, il n’y a qu’un moyen qui s’impose: c’est la prise du pouvoir politique, condition de la reprise de la propriété capitaliste. Là est tout le socialisme et quand vous entrez dans la voie des rachats, si fructueux pour les capitalistes, vous faites purement et simplement les affaires de ces requins dont parlait tout à l’heure la proposition Milhaud (Applaudissements et protestations.)

Il y avait des requins derrière les chemins de fer des Charentes en déconfiture, qui rachetés au prix que vous savez, ont constitué le premier chemin de fer de l’État. Il y avait des requins derrière l’Ouest, non moins en déconfiture, qui s’est fait racheter dans des conditions telles que les actions ont monté de plus de cent francs (Applaudissements, protestations.) Ce n’est pas là du socialisme, encore une fois, c’est du contre-socialisme. Je comprends très bien que des capitalistes avisés cherchent à se faire racheter dans la société actuelle, ne serait-ce que pour ne pas être expropriés demain. (Applaudissements, interruptions.)

Je répète qu’une Commission nommée par le Congrès ne saurait trancher une question comme celle-là. Si on veut qu’elle soit abordée utilement, elle doit être d’abord discutée par les Fédérations et renvoyée par elles à un Congrès. Jusque-là, nous avons à rester le Parti socialiste, et à ne pas nous suicider; surtout dans des manifestations qui font, qu’on le veuille ou non, le jeu d’une fraction de la classe capitaliste, sinon de toute la classe capitaliste. (Applaudissements et protestations.)

Voir aussi:

Appel de femmes socialistes (1919)

4 mars 2012

A l’occasion de la Journée mondiale des femmes du 8 mars (initiée en 1910 par Clara Zetkin), nous republions cet appel de femmes socialistes paru dans l’Humanité le 15 septembre 1919 :

Appel aux femmes

Malgré toutes les promesses, la France va être consultée sans que nous puissions jouir de nos droits de citoyennes.

Notre devoir est de parler au pays.

Le Congrès socialiste réuni extraordinairement à la veille des élections joint sa protestation à la notre en présence de l’injure que nous fait le Sénat en nous considérant comme incapables de participer aux destinées de la nation.

Françaises et internationalistes, nous tenons à faire remarquer à toutes celles qui espèrent la réalisation du désarmement général qu’il ne sera assuré que par l’évènement de la Révolution sociale ; l’abolition du capitalisme entraînant celle des militarismes.

Elles doivent entrer en masse dans le seul Parti politique qui a toujours réclamé nos droits. Elles pourront alors s’intéresser utilement aux problèmes économiques et politiques qui s’imposent à l’attention des travailleurs du monde entier.

Elles ne peuvent plus rester indifférentes et ne pas clamer avec nous leur indignation d’une continuation sournoise de la guerre, de l’intervention criminelle contre des peuples coupables de vouloir la paix dans la liberté ! Elles seront avec nous pour dénoncer un traité de paix, germe de guerres futures ; elles s’uniront à nous pour demander compte à notre militarisme de l’assassinat en Russie de notre compatriote Jeanne Labourbe et exiger l’amnistie immédiate pour ses autres victimes du temps de guerre.

Nous envoyons, du haut de cette tribune, notre salut à nos camarades de tous les pays, confuses de notre infériorité sociale dans une France qui renie son passé et sa Révolution.

Les citoyennes : Jeanne Mélin, Marthe Bigot, Annette Charreau, Louise Bodin, Alice Jouenne, Léonie Kauffmann, Marianne Rauze, Monette Thomas, Leycia-Thérèse Maurin, Lithucci, Bully, Lucy Paille, Doizié, Féliziani, etc.

Grand dictionnaire socialiste (1924)

10 février 2012

Le Grand dictionnaire socialiste de Compère-Morel est désormais disponible en ligne sur le site Gallica de la B.N.F.:

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Du même auteur:

Les Cahiers rouges (1937)

7 janvier 2012

Les trois premiers numéros des Cahiers rouges, revue de la Gauche révolutionnaire, ont été numérisés par le site RADAR, qui met en ligne ses pdf page par page.

  • N°1 (mai 1937)
  • N° 2 (juin-juillet 1937)
  • N°3 (août-septembre 1937)

La Jeune Garde (1936)

12 décembre 2011

Les anciens numéros de La Jeune Garde, organe des Jeunesses socialistes SFIO de la Seine, ont été numérisés par le site RADAR, qui met en ligne ses pdf page par page.

  • N°1 (juillet 1936)
  • N°2 (août 1936)
  • N°3 (29 août 1936)
  • N°4 (12 septembre 1936)
  • N°5 (26 septembre 1936)
  • N°6 (10 octobre 1936)

Après Puteaux: La minorité continue (Pivert, 1937)

25 novembre 2011

Article éditorial dans Les Cahiers rouges N°1 (mai 1937), revue qui remplace La Gauche révolutionnaire. La Gauche révolutionnaire vient d’être dissoute formellement et devient « minorité de la CAP »(cf. Les “crimes” de la Gauche révolutionnaire [1] et [2] ).

Dans une apostrophe enregistrée par toute la presse, le secrétaire général du Parti s’est adressé à nous comme à des « CRIMINELS », des « TRAITRES » et des « FACTIEUX ».

Des milliers de camarades, socialistes et révolutionnaires irréprochables, ont été profondément meurtris par cette fulgurante et révoltante attaque directe.

Nous n’imaginions pas que notre propagande, strictement conforme aux principes constitutifs du Parti, avait accumulé tant de colère et d’injustice à notre égard.

A tout prendre, on a essayé de démontrer que nous étions:

– Ou bien des agents de l’ennemi, camouflés en socialistes pour noyauter ou détruire le Parti.

– Ou bien des inconscients et des imbéciles, manœuvrés de l’extérieur par des forces de désintégration qui cherchent à détruire le Front populaire et le Parti.

*

Cependant, nous n’avions pas voulu répliquer sur le même ton.

Cependant, nous avons eu, NOUS, le souci constant de l’unité du Parti.

Que serait-elle devenue si nous avions répondu avec la même véhémence, douté avec la même mauvaise foi de la sincérité et du désintéressement de ceux qui nous attaquent ?

Que serait-elle devenue, si nous avions interprété la brutalité et l’illégalité des méthodes répressives employées contre nous comme le signe d’une mauvaise conscience, qui n’ose pas se présenter devant les Juridictions normales du Parti ?

Que serait-elle devenue si nous avions fait le bilan des erreurs de prévision, des défaillances d’organisation, des insuffisances d’activité qui sont à l’origine, dans une large mesure, du malaise intérieur de notre Parti ?

*

NOUS NE L’AVONS PAS VOULU.

Nous sommes attachés à notre Parti. Nous entendons le servir de toutes nos forces. Nous nous soumettons à ses règles, à ses décisions, à sa nature essentiellement démocratique. Nous ne le confondons pas avec un appareil, avec des méthodes bureaucratiques qui substituent la calomnie à la discussion loyale, qui préfèrent la « mise à l’index » de la minorité à l’utilisation de ses capacités incontestées. Nous sentons qu’il mérite mieux; que toute une élite de jeunes militants indépendants se forme et se lève dans toutes les fédérations, et qu’une équipe encore solide de vieux militants chevronnés, qui ont participé à toutes les batailles, à toutes les amertumes, à toutes les tristesse des jours sombres de défaite, ne permettra pas que la vie intérieure du Parti soit transformée au point de rendre impossible le travail en commun, dans l’intérêt commun.

Nous avons senti à travers toutes les attaques dirigées contre nous l’hostilité sourde envers nos CONCEPTIONS, qui sont cependant conformes à l’idéologie socialiste la plus classique: INTERNATIONALISTE et RÉVOLUTIONNAIRE. Que ces attaques viennent d’éléments réformistes qui n’ont jamais accepté les principes de la méthode d’investigation marxiste ou qui n’ont jamais cru à la NÉCESSITÉ de la révolution prolétarienne, passe encore. Mais que d’autres, qui ont derrière eux tout un passé de propagande spécifiquement SOCIALISTE – au moins verbale et théorique – nous accablent à l’heure où cette révolution socialiste monte à l’horizon, voilà ce que nous ne voulons pas expliquer pour le moment, dans l’intérêt même du parti.

*

Mais il faut que tout le monde sache, dans le Parti, qu’on n’étouffera pas notre voix.

Il faut que chacun considère comme une obligation stricte de nous connaître TELS QUE NOUS SOMMES (et non tels que l’on souhaiterait que nous soyons) avant de discuter ou de repousser nos idées.

La vie intérieure du Parti doit être aujourd’hui plus active, plus ardente, plus riche, qu’à aucune autre époque de son histoire. Parce qu’il n’a jamais été aussi puissant, numériquement, parce qu’il n’a jamais été aussi fragile, politiquement. Ces milliers et ces milliers d’ouvriers, de paysans, de petits commerçants, de fonctionnaires, d’employés, doivent prendre corps à corps les difficultés que nous rencontrons sur notre route. Ils doivent penser PAR EUX-MÊMES, et se reporter sans cesse, comme unique système de référence, aux principes fondamentaux du socialisme: LUTTE DE CLASSE, CROISSANCE DES ANTAGONISMES, ENTENTE ET ACTION INTERNATIONALES DES TRAVAILLEURS, NÉCESSITÉ DE LA CONQUÊTE DU POUVOIR POLITIQUE, etc.

L’exercice du pouvoir devrait permettre précisément de renforcer cette propagande spécifiquement socialiste, de mettre en évidence, avec une clarté éblouissante, la NATURE de l’État de classe, la nécessité de sa DESTRUCTION préalable à tout effort constructif sérieux, la nécessité de la dictature du prolétariat, comme période transitoire destinée à briser toutes les résistances et à briser tous les vestiges de la classe ennemie. Au lieu de cela, le secrétariat du Parti envoie à ses 6.000 sections des documents « éducatifs » révélant un niveau idéologique effroyablement bas: telle cette lettre-document de B. Chochoy reprochant à un jeune chômeur d’avoir eu l’audace de demander du travail, puis, l’ayant obtenu, d’oser penser autrement que ce « socialiste » à mentalité de mauvais patron; ou encore cette autre document digne de la collection du « MATIN » d’août 1914, où l’on vous démontre que le Front populaire a remporté une vgictoire éclatante sur l’or, humilié, maîtrisé, vaincu, qui rentre dans les caisses du Trésor après avoir tenté une vaine évasion !

C’est parce que nous sommes et que nous serons impitoyables en présence de telles déviations monstrueuses que nous nous sommes attiré des aversions solides. Mais nous ne faillirons pas à notre tâche, dont nous savons le prix, et qui est de rappeler sans cesse les vérités fondamentales qu’une MAUVAISE CONCEPTION DE L’EXERCICE DU POUVOIR risque d’étouffer ou de dissimuler à l’heure même où les masses devraient S’EMPARER de ces vérités pour un armement idéologique irrésistible.

C’est pourquoi nous ne nous détournerons de notre effort d’explication marxiste, et d’éducation révolutionnaire, pour nous occuper des réactions des hommes et de « l’appareil » que dans la mesure où ces réactions nous fourniront des éléments démonstratifs pour confirmer nos appréciations.

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Et nous pouvons faire ce travail « EN AMIS » (nous l’avons déjà prouvé), sans jamais manquer à la solidarité du Parti… mais seulement à l’égard de ceux qui cherchent à nous comprendre, ou qui ne nous considèrent pas comme des ennemis parce que nous menaçons, semble-t-il, leurs habitudes ou leur tranquillité bureaucratique.

C’est dans cet esprit de libre recherche ou de critique indépendante que nous avons rédigé notre motion politique pour le Congrès national.

C’est à titre de contribution sérieuse et réfléchie à la détermination de la politique du Parti que nous livrons à nos camarades des commentaires, des justifications, des arguments pour ses divers paragraphes.

La mission du Parti et la tâche propre du Gouvernement ne peuvent que gagner an autorité et en puissance si tous les militants font le même effort, ou se donnent au moins la peine de le discuter.

Marceau PIVERT.

La Révolution avant la guerre (Pivert, 1935)

15 octobre 2011

Brochure de 48 pages de Marceau Pivert écrite pendant l’été 1935, répondant à L’ Internationale et la guerre (O. Bauer, Th. Dan, A. Dunois et J. Zyromski), qui prélude l’éclatement définitif de la Bataille socialiste en deux courants, numérisée au format pdf image. Nous avions publié il y a deux ans le texte de l’Avant-propos.

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