Archive for the ‘Trotskysme’ Category

Des photos inédites de Trotsky

23 février 2016

Dix-huit négatifs inédits de Trotsky et ses proches au Mexique, pris par Gilbert Walusinski, collaborateur de la revue La Révolution prolétarienne, ont été mis en ligne aujourd’hui sur le site http://delibere.fr, ici.

Au premier plan, Léon Trotsky et Alfred Rosmer. Au second plan, Seva Volkov, Marguerite Rosmer et Natalia Sedova (1939)

 

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Documentación histórica del trosquismo español (2:1939-1948)

15 juin 2014

Deuxième partie de l’anthologie dirigée par Agustín Guillamón: 54 documents compilés au format pdf (142 pages):

SEGUNDA PARTE

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Agustín Guillamón nous signale que bien que son seul nom figurait sur la couverture en 1996, il s’agissait d’un travail collectif de:

  • Paolo Casciola, éditeur des Quaderni Pietro Tresso et du site http://www.aptresso.org/
  • Eulogio Fernández, traducteur et collaborateur de l’éditions des Obras completas de Munis
  • Agustín Guillamón, historien du mouvement ouvrier et révolutionnaire, éditeur de la revue Balance
  • Marco Novarino, collaborateur de la revue Spagna Contemporanea.

avec des aides occasionnelles de Fausto Bucci, Dolors Genovés et Rodolphe Prager.

Documentación histórica del trosquismo español (I:1936-1938)

14 juin 2014

Agustín Guillamón nous a envoyé la première partie des documents de l’anthologie du livre publié en 1996, dont seulement quelques-uns étaient mis en ligne sur notre site jusqu’ici. Il nous signale que bien que son seul nom figurait sur la couverture en 1996, il s’agissait d’un travail collectif de:

  • Paolo Casciola, éditeur des Quaderni Pietro Tresso et du site http://www.aptresso.org/
  • Eulogio Fernández, traducteur et collaborateur de l’éditions  des Obras completas de Munis
  • Agustín Guillamón, historien du mouvement ouvrier et révolutionnaire, éditeur de la revue Balance
  • Marco Novarino, collaborateur de la revue Spagna Contemporanea.

avec des aides occasionnelles de Fausto Bucci, Dolors Genovés et Rodolphe Prager.

Cette première partie relative à la guerre civile est surtout composée de tracts, manifestes et articles de presse. Elle compile dans l’ordre chronologique 80 textes (en espagnol). Nous la publions au format pdf (156 pages):

PRIMERA PARTE

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Les nationalisations (Pennetier-Gallienne, 1947)

23 mars 2014

Extrait du texte « Pour une politique nouvelle » publié dans un numéro ni daté ni numéroté du Bulletin intérieur du P.C.I. (cf. ici). Le groupe de Marcel Pennetier et Jacques Gallienne, partisans de la thèse de l’URSS comme capitalisme d’Etat, quittera le PCI à l’automne 1948 et participera à l’Union Ouvrière Internationale avec G. Munis, B. Péret et Ngo Van.

Dans notre texte pour le 3° Congrès, nous avons déjà expliqué notre opposition à ce mot d’ordre sur le plan de l’agitation. Il est nécessaire cependant d’y revenir aujourd’hui bien que la question ne soit pas brûlante du point de vue de l’actualité immédiate, car il subsiste dans l’esprit de beaucoup de camarades des illusions au sujet de ce problème.

Nous devons dire à présent que nous rejetons ce mot d’ordre d’une façon absolument catégorique, et ce sur tous les plans.

La tendance actuelle du capitalisme vers une concentration toujours plus grande fait que les nationalisations, sous toutes leurs formes, servent en définitive les intérêts de la bourgeoisie, car c’est elle qui se trouve derrière le mythe Etat.

Les nationalisations réalisées dans le « Glacis » montrent clairement que ce mot d’ordre n’a aucun caractère progressif, bien au contraire, il contribue à serrer dans les masses des illusions qui, en en faisant des partisans des nationalisations, font le jeu du stalinisme.

C’est une campagne pour le contrôle ouvrier, contrôle de la production, des échanges, du ravitaillement, que nous devons opposer au dirigisme de PHILIP, à la campagne de la réaction pour la liberté commerciale et à la défense des nationalisations par les staliniens. Cette campagne sera liée au développement des luttes économiques, les organismes de contrôle pouvant être les Comités de regroupement (de lutte, de grève, etc.) que les travailleurs constitueront dans les combats pour la défense de leurs moyens d’existence.

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Voir aussi:

– sur la tendance Pennetier-Gallienne et la crise du trotskysme en 1948:

– sur la question des nationalisations depuis la crise de 2008:

Bulletin préparatoire à la conférence de l’opposition communiste de gauche (1933)

1 mars 2014

Document de 44 pages au format pdf dont nous avions déjà publié les textes relevant de la Gauche communiste (groupe Rosmer): Réponse au groupe de la banlieue ouest, Sur la question russe et Sur les relations entre l’Opposition de gauche et les partis staliniens. Extrait d’un pdf plus lourd numérisé par l’IISH d’Amsterdam.

bulletinconf1933-1

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Nationalisations : l’État au service des capitalistes !

9 février 2013

Article paru dans Convergences révolutionnaires N°85, janvier-février 2013. Il nous a paru suffisamment « méritant » pour un groupe trotskyste (la fraction lEtincelle) pour que nous dérogions à notre préférence pour les textes inédits et le reproduisions ici.

Nationalisations : l’État au service des capitalistes  !

Difficile de comprendre le rôle des nationalisations sans comprendre celui de l’État. Ce sont les États, par leur puissance financière et leur bras armé qui ont permis au capitalisme de se développer et de perdurer. Les nationalisations ne sont qu’une facette de l’intervention des États dans le fonctionnement de l’économie capitaliste, pour cette économie.

L’État capitaliste nationalise pour trois raisons essentielles

L’une est l’incapacité des capitalistes privés de développer des pans entiers de l’économie nécessaires à son fonctionnement ou de prendre en charge des secteurs non rentables. C’est le cas des nationalisations d’après-guerre : EDF, SNCF, Charbonnages, Santé… Les investissements nécessaires à la relance de la machine économique étaient tellement énormes que seuls les États (France, Angleterre, Allemagne, etc.) étaient en capacité de le faire sans pour autant que ce soit une socialisation des moyens de production. Une autre raison des nationalisations, comme celles faites par Mitterrand en 1981, est de permettre de restructurer l’appareil de production capitaliste en difficulté. La troisième raison est d’absorber par la nationalisation les pertes du secteur privé, comme ce fut le cas pour la sidérurgie, entre autres.

En 1982, vague de nationalisations sous Mitterrand

Les quatre grandes banques françaises (Crédit Lyonnais, Société générale, Comptoir national d’Escompte et BNCI qui devaient donner la BNP) avaient été nationalisées en 1946 sous de Gaulle. En 1982, sous Mitterrand, nationalisation de seize autres banques (dont Paribas, Suez, CIC, Crédit du Nord, Crédit commercial de France, Banque Rothschild, Banque Worms…) Nationalisation également de Dassault et Matra et de cinq groupes industriels (CGE, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, Pechiney-Ugine-Kuhlmann, Thomson-Brandt). Pour le milieu de gauche de l’époque, naissait l’espoir que ces nationalisations pourraient être un début de socialisation de l’économie, espoir bien entretenu par le PC et le PS aux commandes gouvernementales. La droite hurlait au loup, plus pour faire monter les enchères que par spoliation, car elle comprenait parfaitement la nécessité de cette intervention de l’État dans la première crise d’après-guerre que connaissait le monde capitaliste. Ces entreprises n’étaient pas en difficulté financière, mais ne pouvaient et ne voulaient plus investir pour faire face à la concurrence mondiale.

En tout premier lieu, les actionnaires des entreprises nationalisées ont touché la modique somme de 40 milliards de francs d’indemnisations, soit plus de 30 % de ce qui était prévu initialement ! Somme qu’ils ont naturellement fait fructifier ailleurs. En second lieu, l’État a investi dans ces entreprises nationalisées 50 milliards de Francs en 3 ans, ce que les capitalistes ne faisaient plus, en modernisant et restructurant, c’est-à-dire en supprimant des milliers d’emplois ! L’État s’est comporté comme n’importe quel capitaliste privé, à la différence que toutes les restructurations se sont faites en ponctionnant les contribuables directement ! Mais ce que les socialistes avaient en vue, par l’intermédiaire des nationalisations du gouvernement Mauroy, c’était uniquement de relancer la machine économique par l’injection aux capitalistes d’argent frais suite aux indemnisations ou injections dans le capital des banques. Mais aussi nourrir le capital privé par le biais des investissements publics faits dans le secteur nationalisé. Ajoutez à cela les multiples cadeaux fiscaux aux capitalistes pour maintenir l’activité économique dans la même période et l’on assiste à une montée de l’endettement de l’État, qui pour en limiter les dégâts, se voit contraint de brader ses « bijoux de famille ». Entreprises et banques nationalisées en 1982, remises à flot par l’État, retournent dans les années 1980 et 1990 les mains du privé, et certaines pour une bouchée de pain.

Dans ces nationalisations de 1981-82, les travailleurs n’y ont rien gagné, par contre pour les actionnaires, ce fut du gagnant-gagnant. Gagnant sur l’indemnisation, gagnant sur le rachat.

René SENS

***

La nationalisation de la sidérurgie : 75 000 emplois supprimés !

Usinor et Sacilor, deux grosses sociétés sidérurgiques françaises, étaient lourdement endettées. Installations en partie vétustes, défaut d’investissement, difficulté face à la concurrence, il n’en fallait pas moins pour qu’un gouvernement de droite les nationalise en 1978. Et c’est un libéral, Raymond Barre, qui en est à l’origine ! L’État injecte 22 milliards de Francs et devient actionnaire majoritaire. Dans le Nord et dans l’Est, 22 000 emplois sont supprimés.

En 1981, l’État remet 21 milliards de Francs dans le pot. 12 000 emplois sont de nouveau supprimés.

En 1984, injection de 30 milliards de francs et 21 000 emplois disparaissent.

En 1986, nouvelle recapitalisation d’une dizaine de milliards et encore 20 000 emplois de moins.

En 1989, après que l’État eut déboursé près d’une centaine de milliards de francs et viré plus de 75 000 salariés, la sidérurgie dégageait enfin des bénéfices, critère capitaliste pour que les actionnaires veuillent bien en reprendre les commandes. Ce fut chose faite en 1995 sous Juppé.

Parfait exemple, malheureusement, où la nationalisation sert à remettre en selle un secteur de production non rentable par l’État pour le remettre entre les mains du privé une fois toiletté. Mais dans tous les cas, privé ou étatisé, ce sont les travailleurs qui trinquent !

***

La socialisation… des dettes du Crédit Lyonnais

En 1981, l’État achève la nationalisation du Crédit Lyonnais. Il éponge ses dettes à hauteur de 800 millions de francs. Une bagatelle au regard des 100 milliards de francs que les contribuables paieront pour renflouer la banque en vue de sa privatisation en 1999. C’est qu’entre temps, les spéculateurs du Lyonnais avaient vidé les caisses dans des opérations autant hasardeuses que bénéfiques pour nombre d’industriels !

Nationalisés ? Les milliers de salariés qui ont vu leur emploi supprimé pour les futurs actionnaires en gardent un goût amer !

 

« Militarisation du travail » et « incompétence des masses » ou gestion ouvrière en Russie (Papaioannou, 1963)

28 novembre 2010

Extrait de l’article de Kostas Papaioannou « Classe et parti (II) » paru dans Le Contrat social vol. VII, n°5 (Institut d’histoire sociale, sept.-oct. 1963, extr. pp. 280-281 sur pp. 274-284).

Trotski, « patriarche des bureaucrates »

Trotski n’a jamais caché la méfiance qu’il éprouvait à l’égard de toute forme de gestion ouvrière. Le système des administrations élues, disait-il déjà en mars 1918…

… est la réaction toute naturelle d’une classe jeune, révolutionnaire, opprimée hier encore, qui répudie l’autorité personnelle de ses maîtres d’hier et les remplace partout par ses représentants élus. C’est une réaction révolutionnaire tout à fait naturelle et saine, au début. Mais ce n’est pas le dernier mot de l’édification économique de l’État prolétarien « .

Un an plus tard, il était d’accord avec Lénine pour dénoncer la direction collégiale comme une « désastreuse utopie »: « un collège de malades ne remplace pas le médecin. 25 » En outre, disait- il, en passant l’éponge sur les acquisitions les plus fondamentales du marxisme, le socialisme ne concerne pas « la forme de direction des diverses entreprises » 26. D’ailleurs, la désorganisation quasi complète de l’industrie et des transports, la dépréciation de la monnaie, la famine rendaient sans objet les discussions académiques sur le socialisme. Puisqu’il était impossible d’attirer les ouvriers dans les usines en leur promettant des salaires décents et un ravitaillement régulier, Trotski en conclut qu’il fallait recruter la main- d’œuvre industrielle de la même manière qu’on recrutait les soldats pour l’armée :

Nous n’avons nulle possibilité de trancher ces difficultés par l’achat de la main-d’œuvre, par suite de la dépréciation de l’argent et de l’absence presque complète d’articles manufacturés. (…)

(…) Avec l’appui entier de Lénine, Trotski demanda au parti et aux syndicats de reconnaître…

… le droit de l’État ouvrier d’envoyer tout homme ou toute femme qui travaille à l’endroit où l’on, a besoin d’eux pour l’accomplissement de tâches économiques, (…) de punir le travailleur qui refuse d’exécuter l’ordre de l’État. (…) La militarisation du travail est la méthode indispensable et fondamentale pour l’organisation de notre main-d’œuvre [appel de note illisible].

Lorsque, le 12 janvier 1920, Lénine et Trotski demandèrent à la fraction bolchévique des syndicats d’accepter la militarisation du travail, deux chefs bolchéviks seulement, sur plus de soixante, votèrent pour. Mais le IX° Congrès (mars 1920) du parti accepte la militarisation: la « mobilisation totale », la totale Mobilmachung dont rêvait Ludendorff à la même époque, fut proclamée comme le droit souverain de l’État:

Aucune autre organisation sociale, excepté l’armée, ne s’est cru le droit de se subordonner aussi complètement les citoyens, de les dominer aussi totalement par sa volonté, que ne le fait le gouvernement de la dictature prolétarienne. L’armée seule (précisément parce qu’elle a tranché à à sa manière les questions de vie et de mort des nations des États, des classes dirigeantes) a acquis le droit d’exiger de chacun une complète soumission aux tâches, aux buts, aux règlements et aux ordres (Terrorisme et communisme, pp. 213-214).

Dans le feu de l’argumentation, Trotski alla jusqu’à faire l’apologie du travail forcé. Répondant, au III° Congrès des syndicats (avril 1920), à ses contradicteurs menchéviks, lesquels avaient fait remarquer que « le travail obligatoire n’a jamais été que peu productif », il déclara que l’homme est « un animal paresseux » (ibid., p. 202) et que seule la contrainte pourrait l’amener à travailler:

Que le travail libre soit plus productif que le travail obligatoire, c’est une vérité, en ce qui concerne le passage de la société féodale à la société bourgeoise. Mais il faut être un libéral, ou, à notre époque, un kautskyste, pour éterniser cette vérité et l’étendre à notre époque de transition du capitalisme au socialisme. (…) L’État ouvrier se considère en droit d’envoyer tout travailleur là où son travail est nécessaire (ibid., p. 215).

Est-il bien vrai que le travail obligatoire ait toujours été improductif ? C’est le plus pauvre et le plus libéral des préjugés. (…) Même le servage a été, dans certaines conditions, un progrès et a amené à une augmentation de la production (p. 217)…

En réclamant l’étatisation des syndicats, en menaçant même de « démissionner » les dirigeants élus des syndicats et de les remplacer par des fonctionnaires dociles, Trotski, alors plus stalinien que Staline, mérita pleinement le titre de « patriarche des bureaucrates » que, par une étrange ironie du sort,  Staline lui décerna par la suite. Lénine qui, dans son « Testament », lui reprochera un « engouement exagéré pour le côté administratif des choses », se désolidarisa de lui et appela le parti à lutter contre le « centralisme dégénéré » et les « formes militarisées et bureaucratiques de travail ». L’État dont parle Trotski est une « abstraction », déclara-t-il : « Notre État n’est pas ouvrier, mais ouvrier et paysan », et de plus, « présentant une déformation bureaucratique » (XXXII, 16-17). Les syndicats devraient rester autonomes pour « défendre les ouvriers contre leur État ».

La bureaucratie était alors à l’ordre du jour. Chaque conférence, chaque congrès du parti comportait presque obligatoirement une dénonciation solennelle, de plus en plus alarmiste, de la « plaie » bureaucratique. Seul Trotski ne paraissait pas s’en inquiéter outre mesure. La bureaucratie, expliquait-il, « n’est pas une découverte du tsarisme. Elle a représenté toute une époque dans le développement de l’humanité », et cette époque était loin d’être révolue. Le pays ne souffrait pas des excès, mais de l’absence d’une bureaucratie rationnellement organisée. Tel n’était pas l’avis des militants bolchéviks que leur travail ou leur activité syndicale mettaient tous les jours en contact avec la classe ouvrière.

L’Opposition ouvrière

Rassemblés dans la fraction dite de l’Opposition ouvrière, les principaux militants communistes du syndicat des ouvriers métallurgistes (le plus combatif des syndicats russes) et du syndicat des mineurs, étaient les seuls – avec les menchéviks – à exprimer les doléances du prolétariat industriel. Pour eux, le rejet de la gestion collective avait vidé le régime de l’ « essentiel du communisme », restauré l’« autocratie du capital » et ramené les ouvriers à leur ancienne passivité. Écoutons Alexandra Kollontaï:

Les ouvriers demandent: Qui sommes-nous? Sommes-nous réellement la base de la dictature de classe ou seulement un troupeau docile qui sert à soutenir ceux qui, après avoir coupé tous leurs liens avec les masses, appliquent leur propre politique et développent l’industrie sous le couvert assuré de la marque du parti sans se soucier de nos opinions, ni de nos possibilités créatrices ?

L’Opposition ouvrière rappelait que le programme du parti prescrivait aux syndicats de « parvenir à concentrer effectivement entre leurs mains la direction de toute l’économie nationale, considérée comme un ensemble économique unique ». Elle ajoutait que « la participation des syndicats et des larges masses qu’ils initient à la gestion de l’économie, constitue, en même temps, le moyen principal pour lutter contre la bureaucratisation de l’appareil économique du pouvoir des soviets, et permet d’instaurer un véritable contrôle du peuple sur les résultats de la production ».

Le parti, les soviets et l’organisation économique auraient dû être rigoureusement séparés ; un organisme central, un organisme central, élu par le « congrès des producteurs de Russie », aurait dirigé l’ensemble de l’économie nationale tandis que, dans chacune des entreprises, la direction aurait été confiée à un comité ouvrier relevant uniquement de l’organisme syndical hiérarchiquement supérieur. Si le parti ajournait continuellement la réalisation de son propre programme (« dans vingt-cinq siècles… », disait ironiquement Chliapnikov), c’était parce qu’il avait perdu sa base prolétarienne (selon Alexandra Kollontaï, il n’y avait guère plus de 17 % d’ouvriers aux postes-clés) et s’appuyait principalement sur les professionnels de la politique. De plus, il « faisait la chasse aux hérésies » et étouffait l’initiative et la libre discussion. Il fallait donc épurer le parti de ses éléments non prolétariens et rétablir des mœurs plus démocratiques. Il fallait, en outre, rendre obligatoire le travail manuel pour tous les membres du parti, du sommet à la base, trois mois par an, sauf en cas d’exemption médicale. Ainsi le parti retrouverait son âme prolétarienne et rétablirait le contact perdu avec les masses.

Critiqué avec acharnement par une fraction qui rassemblait une grande partie, sinon la majorité des éléments ouvriers du parti, placé devant l’échec irrémédiable de son propre programme, condamné à se renier pour conserver le pouvoir face aux émeutes et aux grèves qui se multipliaient dans les villes et dans les campagnes, Lénine se retrouva, au moment de la révolte de  Cronstadt, dans le même isolement sectaire qu’à l’époque où il rédigeait Que faire? La similitude des situations provoqua l’identité des réflexes. Mais en 1921 Lénine n’était plus l’animateur d’un groupuscule de révolutionnaires professionnels ; il était le chef d’un État dont les prétentions totalitaires et la structure bureaucratisée et militarisée semblaient réaliser, jusqu’à la caricature, les principes oligarchiques qu’il avait depuis toujours inculqués au parti. Cette fois, la contestation de la « spontanéité » du prolétariat s’élargira jusqu’à une négation totale, radicale, de l’autonomie de la société civile, et le primat de l’avant-garde se doublera d’un appel solennel et définitif au monopole totalitaire.

Primat de la politique, hétéronomie de la classe

L’Opposition ouvrière accusait Lénine de « semer la terreur » avec le mot « syndicalisme » (XXXII, 205). En effet, pendant les années décisives 1920-22, le « syndicalisme » prend la place du « trade-unionisme » dans le rôle du méchant de la fable. La gestion ouvrière, la démocratie économique, l’« autogouvernement des producteurs » dont parle Marx désignent désormais une « déviation anarcho-syndicaliste petite-bourgeoise » ; pire : une « bourde », une « ineptie ». « Que signifie cela ? s’écrie Lénine. Chaque ouvrier saurait-il administrer l’État ? Les gens pratiques savent que c’est une fable » (Ibid, p. 56). « Les syndicats peuvent-ils assurer la gestion ? Tous ceux qui ont plus de trente ans et ont quelque expérience pratique de l’édification socialiste, éclateront de rire » (p. 61). Mais l’éternel argument de l’ « incompétence des masses » s’insère dans une vaste répudiation de tout ce que le marxisme et le mouvement ouvrier avaient jusqu’alors considéré comme la quintessence du socialisme, répudiation qui culminera dans une proclamation solennelle de la subordination de la classe et de l’économie au parti et à la politique.

Notes:

Cité par Trotski : Terrorisme et Communisme, 1920 (éd. française, 1963, p. 183).

25. Ibid., p. 245.

26. Ibid., p. 243.

27. Ibid., pp. 204-205.

28. Cité par EH Carr : The Bolshevik Revolution, II, p. 110.

G. Munis, un révolutionnaire méconnu (Guillamón, 1993)

19 juillet 2010

Article d’Agustin Guillamón paru dans les Cahiers Léon Trotsky en mai 1993. Nous avions déjà publié cet article en espagnol ici, dans une version révisée en 2009. Après une courte et très hostile notice nécrologique de Munis publiée dans leur N° 38 en juin 1989, les Cahiers de P. Broué se « rattrapaient » donc avec cet article de référence (Agustin Guillamón a aussi écrit la notice de G. Munis pour le Maitron).

Manuel Fernandez Grandizo (18 avril1911-4 février 1989), plus connu sous le pseudonyme de G. Munis, était natif d’Extremadura, de Llerena. Ses parents émigrèrent au Mexique quand il était encore enfant. Il commença très jeune ses activités politiques. Au Mexique, il contribua à la fondation clandestine de l’Opposition trotskyste. Arrêté dans un meeting, il fut expulsé du pays. Arrivé dans la péninsule, il intervint dans les grèves paysannes de Llerena en 1928. Il fut aussi l’un des fondateurs de l’Opposition communiste de gauche en Espagne, c’est-à-dire de l’organisation internationale impulsée en France par Léon Trotsky. Il collabora à la presse de la Gauche communiste d’Espagne (nouveau nom de l’Opposition communiste, La Antorcha, El Soviet, Comunismo. De 1932 à 1933, il fut membre du groupe Lacroix. A la fin de son service militaire, il fut désigné, au début de 1934, comme représentant de la Gauche communiste à l’Alliance ouvrière de Madrid. Après l’insurrection d’octobre, il fut emprisonné. Partisan de l’entrisme dans les Jeunesses socialistes, comme le proposait Trotsky, il suivit la tendance dirigée par Fersen et Esteban Bilbao. La tendance de Nin et Andrade alla à la fusion de la Gauche communiste avec le Bloc Obrer i Camperol (BOC), parti marxiste et catalaniste, pour fonder en septembre 1935 le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM). La tactique entriste des trotskystes échoua complètement quand eut lieu la fusion des Jeunesses socialistes et communistes [1].

La Guerre civile

Au début de 1936, Munis se rendit au Mexique d’où il revint en apprenant le soulèvement militaire et l’insurrection ouvrière de juillet. Il participa avec ses camarades aux combats du front de Madrid, dans les rangs des milices socialistes. En novembre 1936, Munis fonda à Barcelone une nouvelle organisation, la section bolchevik-léniniste d’Espagne, pro-IVe Internationale. Les trotskystes étaient peu nombreux en Espagne, divisés en deux groupes rivaux et en outre le POUM avait repoussé leur demande de s’organiser en fraction en son sein. Les deux groupes trotskystes existants qui comptaient surtout des militants étrangers, étaient connus par le nom de leurs publications respectives : La Voz Leninista et El Soviet. La Voz Leninista était le groupe officiel formé de Munis, Jaime Fernández, Costa, Cid, l’Allemand Moulin, le poète surréaliste français Benjamin Péret, les Italiens Carlini et Lionello Guido, le poète surréaliste cubain Juan Breá, entre autres. Le Soviet était le groupe hétérodoxe qui suivait les dissidents Raymond Molinier et Pierre Frank qui publiaient en France l’hebdomadaire La Commune. Ce groupe était dirigé par l’Italien Nicola di Bartolomeo, connu sous le pseudonyme de Fosco et qui, du fait d’un malentendu fut nommé par le POUM quelque chose comme délégué à l’accueil et au contrôle des étrangers, charge qu’il occupa de juillet à septembre. Il écrivit même un article dans La Batalla, l’organe du POUM. L’organisation fondée par Munis publia un bulletin à partir de janvier 1937, qui prit en avril le nom de La Voz Leninista, dans lequel on critiquait la CNT et le POUM pour leur collaboration avec le gouvernement de la bourgeoisie républicaine au moment où il fallait combattre pour la formation d’un Front ouvrier révolutionnaire pour prendre le pouvoir, faire la révolution et gagner la guerre. En mai 37, se produisit une insurrection ouvrière spontanée en défense des conquêtes révolutionnaires de juillet. A la nouvelle alarmante de l’attaque de la police contre l’édifice de la Telefonica, gérée par les syndicats,les patrouilles de contrôle et les comités de défense des quartiers construisirent des barricades et se rendirent rapidement maîtres de la ville (Barcelone — CLT), à l’exception du centre. Dans ce centre disputé de la ville, il y avait deux camps, chacun d’un côté de la barricade : d’un côté, les forces républicaines de Sécurité de la Généralité, avec ses Milices pyrénéennes, les nationalistes anti-cénétistes de l’Estat Catala et le PSUC, et, de l’autre, la CNT et le POUM, mais surtout les travailleurs en armes. Seuls le groupe des Amis de Durruti et les trotskystes de La Voz Leninista lancèrent des tracts qui luttaient pour la poursuite de la lutte et s’opposaient à un cessez-le-feu. Ce furent les seules organisations qui essayèrent de donner une direction révolutionnaire au mouvement spontané des travailleurs. Ces derniers, cénétistes dans leur immense majorité, résistèrent aux mots d’ordre pacificateurs et défaitistes de leurs propres dirigeants mais finirent par céder devant l’absence d’alternative révolutionnaire de la part de la CNT. Les trotskystes espagnols, eux, manquaient d’organisation, leur nombre était infime [2a] et leur influence sur la classe ouvrière inexistante. Nous pouvons affirmer que leur activité se limitait presque entièrement à la publication de leur presse et aux tracts lancés en mai. On ne peut pas non plus parler d’une collaboration ou d’un contact d’aucune sorte entre les Amis de Durruti et la Section bolchevik-léniniste qui, simplement, coïncidèrent en mai dans la rue, avec un appel semblable adressé aux travailleurs [2b].

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Quant à la création dans le POUM d’une fraction de gauche, favorable aux thèses révolutionnaires, malgré les invitations répétées dans La Voz leninista, on ne peut pas non plus parler de contact ni de collaboration pratique [3]. Seul Josep Rebull, administrateur de La Batalla et membre du comité central, auteur de contre-thèses [4] préparées pour le congrès du POUM, très critique à l’égard de la collaboration poumiste au gouvernement de la Généralité, avait présenté au comité exécutif de son parti un plan de Barcelone dans lequel il détaillait et défendait la prise du pouvoir manu militari dans les Journées de Mai. Ce plan fut repoussé par Nin, Andrade et Gorkin, qui considéraient que ce n’était pas un problème militaire, mais politique. Les contacts de Josep Rebull avec Jaime Balius ne donnèrent rien de pratique [5].

Ainsi, mai 37 ne trouva pas une direction révolutionnaire capable de transformer l’insurrection spontanée en une révolution, comme cela ne s’était pas produit non plus en juillet 1936. Ni en juillet ni en mai ne fut posé le problème de la prise du pouvoir par la classe ouvrière.

Munis affirmait que, dans l’Espagne en juillet 36, il s’était créé une situation de double pouvoir entre le gouvernement républicain et les nouveaux organes de pouvoir des travailleurs, les comités. Du fait de l’absence d’un parti révolutionnaire capable d’unifier et de renforcer ces comités à l’échelle nationale, la contre-révolution, incarnée idéologiquement par le stalinisme et organisationnellement par le Front populaire, avança pas à pas contre les conquêtes révolutionnaires de juillet jusqu’à porter,en mai 37, le coup définitif au centre névralgique de la révolution, la classe ouvrière barcelonaise.

La répression stalinienne, après la chute du gouvernement de Largo Caballero, obtint la mise hors la loi et le procès du POUM, mais aussi des Amis de Durruti et de la Section bl. L’assassinat des anarchistes Berneri, Barbieri et de tant d’autres moins connus, fut suivi de la disparition et de l’assassinat des poumistes Nin et Landau, mais aussi des camarades de Munis, Moulin (Hans Freund), l’ex-secrétaire de Trotsky Erwin Wolf et Carrasco, ami personnel de Munis depuis le service militaire.

Munis lui-même , avec la majorité des militants du groupe bl, fut emprisonné en février 1938 [6]. Ils furent accusés de sabotage et espionnage au service de Franco, de projeter l’assassinat de Negrin, la Pasionaria, Diaz, Comorera, Prieto et beaucoup d’etc., de même que l’assassinat commis sur la personne du capitaine russe Narvitch, agent infiltré dans le POUM. Il furent jugés par un tribunal semi-militaire, à huit clos et, initialement, sans défense juridique. Le procureur réclama la peine de mort contre Munis, Carlini et Jaime Fernandez Rodriguez. Les pressions internationales, ainsi que la volonté des autorités que fût repoussé après celui qui était préparé contre le POUM, firent ajourner la session au 21 janvier 1939!

Emprisonnés au château de Montjuich, dans le quartier des condamnés à mort, Munis et Carlini réussirent à s’évader au dernier moment. Ils franchirent la frontière avec le gros des réfugiés républicains qui fuyaient devant l’avance des troupes franquistes. Des années plus tard, déjà en exil, Munis apprit confidentiellement l’existence d’une directive pour exécuter tous les détenus révolutionnaires avant de passer la frontière. A Paris, La Lutte ouvrière, organe de la section française de la IVe Internationale publia dans ses numéros du 24 février et du 3 mars 1939 une interview de Munis. Il expliquait la chute de Barcelone sans résistance par le fait que la guerre avait perdu son sens pour les travailleurs depuis mai 1937. Selon son analyse, la révolution espagnole fut délibérément détruite par Moscou et ses sectateurs staliniens en Espagne.

L’exil mexicain

A la fin de 1939, Munis prit la direction du Mexique. Il établit une relation personnelle assidue avec Léon Trotsky et sa femme Natalia Sedova. Trotsky le chargea de la direction de la section mexicaine. En mai 1940, il participa à ce que l’on appela la « conférence d’alarme » de la IV° Internationale.

En août 1940, après l’assassinat de Trotsky aux funérailles duquel il prit la parole [7], il intervint de façon répétée dans le procès intenté à l’assassin, en tant que représentant de la partie civile. Il affronta de façon résolue les parlementaires staliniens ainsi que la campagne de la presse stalinienne qui accusait Munis, Victor Serge, Gorkin et Pivert d’être des agents de la Gestapo. En dépit de la menace de mort lancée contre lui par les staliniens, il défia les députés mexicains qui le calomniaient de renoncer à leur immunité parlementaire pour l’affronter devant un tribunal.

A partir de 1941, il s’allia à Benjamin Péret, également exilé au Mexique, et à Natalia Sedova, dans leurs critiques à l’égard du Socialist Workers Party (SWP), le parti trotskyste des États-Unis qui (selon eux – NDLR) prenait parti pour l’un des camps de la guerre impérialiste, l’antifascisme [8].

Les divergences s’accentuèrent avec la critique du groupe espagnol aux partis français et anglais, appuyés par la direction de la IVe Internationale, qui prenaient des positions favorables à la participation aux différentes résistances nationales contre les nazis. L’immense mérite de Munis, Péret et Natalia était dans leur dénonciation de la politique de défense de l’État ouvrier dégénéré d’URSS conjointement au refus de l’appui aux résistances nationales antifascistes. Le camp militaire des Alliés, qu’ils fussent russes, américains, français ou anglais, n’était ni meilleur ni pire que celui des nazis. Abandonner la traditionnelle position marxiste de neutralité dans la guerre impérialiste, c’est-à-dire opter pour l’un des camps en conflit supposait l’abandon de toute perspective révolutionnaire de lutte de classes et de transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. L’avance des troupes russes ne supposait aucun progrès de la révolution, mais au contraire l’expansion du stalinisme, c’est-à-dire de la contre-révolution triomphante en Russie qui avait déjà étranglé la révolution espagnole pour sa politique extérieure et qui, dans le cours de sa conquête militaire, réprimait toutes les manifestations révolutionnaires en Pologne, Finlande ou Roumanie.

Par ailleurs, Munis, Péret et Natalia rejetaient aussi le mot d’ordre de lutte contre le nazisme et de défense de la démocratie, comme contre-révolutionnaire. Le choix ne devait pas être fascisme ou démocratie, mais communisme ou barbarie, l’alternative même défendue par Rosa Luxemburg et Lénine pendant la Première Guerre mondiale.

Les divergences entre le groupe espagnol et la direction de la IVe Internationale ne cessèrent de s’aggraver de façon insurmontable. Les positions de Munis, Péret et Natalia rencontraient un écho dans diverses sections de la IVe Internationale: en Italie, le POC, dirigé par Romeo Mangano, en France, la tendance Pennetier-Gallienne du PCI, ainsi que la majorité des sections anglaise et grecque.

Le groupe espagnol au Mexique édita à partir de février 1943 une publication de caractère théorique intitulée Contra la Corriente, destinée à défendre les principes de l’internationalisme marxiste, qui, à partir de mars 1945, fut remplacée par une nouvelle publication de caractère plus pratique et de combat, intitulée Révolucion.

Dans la maison d’édition mexicaine du même nom, Munis et Péret, ce dernier sous le pseudonyme de Peralta, publièrent diverses brochures dans lesquelles ils développèrent leurs théories sur la nature de l’État russe défini comme capitalisme d’État, sur la guerre impérialiste et le rôle des révolutionnaires, sur la guerre civile espagnole et le rôle contre-révolutionnaire joué par le stalinisme ainsi que ses critiques à la IVe Internationale. En juin 1947, Munis, Péret et Natalia Sedova entamèrent un processus de rupture avec deux textes qui critiquaient durement la direction trotskyste : la Lettre ouverte au parti communiste international(iste — NDLR), section française de la IVe Internationale et La IVe Internationale en danger, préparé pour la discussion interne du congrès mondial.

De la Lutte contre le franquisme à la fondation de FOR

C’est en 1948, alors que Munis et Péret s’étaient déjà établis en France, que se produisit la rupture définitive avec le trotskysme dans le IIe congrès de la IVe Internationale. Le congrès refusa de condamner la participation des révolutionnaires à la défense nationale, c’est-à-dire à la Résistance et approuva une résolution qui présentait la rivalité EU-URSS comme la principale contradiction mondiale. Cela, plus le mot d’ordre de défense inconditionnelle de la Russie, parce que, malgré tout, on la considérait comme un État ouvrier dégénéré, supposait la défense du stalinisme. Et ce qui était encore bien plus grave : cela supposait la substitution à la contradiction marxiste fondamentale de la lutte de classes entre bourgeoisie et prolétariat de celle, nationaliste, de l’appui à l’URSS dans sa rivalité avec les EU.

Munis qualifia ces positions du IIe Congrès de la IVe Internationale d’aberrantes et élabora un document de rupture avec le trotskysme de la part de la section espagnole dans lequel il approfondissait et confirmait la définition de la Russie comme un capitalisme d’État, sans vestige socialiste aucun, et comme une puissance impérialiste [10].

Les trotskystes espagnols exilés en France avaient publié Comunismo dans la clandestinité de l’occupation hitlérienne, avec l’idée d’orienter les Espagnols dans leur collaboration avec les masses françaises dans un sens de classe. A partir du début de 1945, ils commencèrent la publication d’un périodique imprimé intitulé Lucha de Clases dans lequel ils défendaient l’alternative marxiste classique « socialisme ou barbarie » face à l’alternative bourgeoise de défense de la démocratie face au au fascisme [11]. La réorganisation du groupe en France était le premier pas pour le début de la lutte clandestine en Espagne. Le groupe réussit à établir une petite infrastructure à Barcelone. Ils publièrent et diffusèrent quelques brochures et tracts dans lesquels ils dénonçaient les horreurs et la nature véritable du stalinisme espagnol et de la dictature fasciste. En mars 1951, pendant la grève générale des tramways de Barcelone, le groupe lança des tracts [12] dans lesquels était défendu le caractère spontané du mouvement contre une propagande franquiste qui les attribuait aux maçons et aux communistes payés par l’or de Moscou. C’est à cause de ces tracts et de ces brochures qui dénonçaient la politique contre-révolutionnaire des staliniens en Espagne que Munis et plusieurs de ses camarades furent condamnés à dix ans de prison. Ils avaient été arrêtés au premier anniversaire de la grève des tramways. A sa sortie de prison en 1958, Munis reprit en France son activité politique. Il fonda avec Benjamin Péret, le poète surréaliste français, et d’autres vieux camarades de lutte, le groupe FOR (Fomento Obrero Revolucionario) dans lequel il milita jusqu’à sa mort et qui, à partir de 1958 jusqu’à aujourd’hui, publie Alarma. Benjamin Péret mourut en 1959.

Munis fut expulsé de France. Il résida pendant quelques années à Milan, où il prit contact avec les groupes et les idées de la Gauche communiste italienne (bordiguistes et proches). Il eut de longues et amples discussions avec Onorato Damen, le dirigeant du groupe Battaglia comunista, d’où naquit un respect et une sympathie mutuels. Les thèses de FOR furent diffusées en Italie par la revue Azione Comunista. C’est à Milan qu’il fit deux de ses textes théoriques les plus importants: Los sindicatos contra la revolucion, en 1960, et Second Manifeste communiste, en 1961.

Les syndicats contre la révolution

Dans le livre consacré aux syndicats [14], il continua l’analyse historique du syndicalisme commencée par feu Péret, en le définissant avec brio comme un organe fondamental du système capitaliste au sein du prolétariat. Pour Munis et Péret, le syndicat est inconcevable sans le travail salarié, lequel à son tour présuppose l’existence du capital. Et la fonction du syndicat est de réglementer la vente de la force de travail. Et cette fonction est devenue indispensable à l’ordre capitaliste contemporain. D’où leur importance actuelle toujours grandissante, partout, en tant que structures complémentaires de l’appareil d’État. Les syndicats sont en train de passer, selon Munis, d’une phase de libre concurrence entre l’offre et la demande à une phase d’encadrement de l’offre (de travail) en vue de la demande. Ou, ce qui est le même : les syndicats ont abandonné leur fonction d’intermédiaire entre l’achat /vente de la marchandise force de travail pour celle d’un contrôle rigide de cette marchandise par un syndicat transformé en appareil étatique ou en monopole capitaliste. De fait, dans nombre de pays, comme le constatait Munis, les syndicats étaient devenus des sociétés anonymes d’investissement, avec banques et entreprises leur appartenant qui, directement ou indirectement participaient aux bénéfices capitalistes. Les syndicats commencent à dicter directement, au nom du capital, toutes les conditions de travail.

Munis, à partir d’une perspective révolutionnaire, affirma que toute tentative de donner une orientation subversive aux syndicats était condamnée à l’échec. La transition au socialisme impliquerait forcément la destruction des syndicats. Munis expliquait la baisse des effectifs syndicaux par la méfiance et la répugnance des travailleurs. Ils ne vont donc vers le syndicat en cas de conflit ou de violation de leurs droits établis par la législation capitaliste que comme ils vont vers un commissariat de police en cas de vol ou d’agression. Munis affirma que les syndicats avaient une vie propre, sans plus de besoin de la classe ouvrière que celle de se servir d’elle comme d’un élément docile de manœuvre pour la défense de ses propres intérêts institutionnels d’entreprise idéologiques qu’elle suppose. Le capital n’est pas un propriétaire mais une notion économique, un rapport social : celui qui s’établit entre la classe qui achète la force de travail et la classe non-propriétaire qui est obligée de vendre sa force de travail parce c’est son unique moyen de subsistance. Les syndicats sont l’intermédiaire dans cet acte d’achat/vente de la marchandise force de travail et s’adaptent parfaitement au processus de concentration monopoliste du capital. Leur destin est lié à celui du capital non celui de la révolution. A plus grande concentration monopoliste du capital, pouvoir syndical plus grand. Munis affirmait que les dirigeants ouvriers pouvaient à travers la suppression du capitaliste privé, se présenter comme la solution des contradictions sociales : mais cela signifierait le passage à une société de plus grande exploitation.

La Révolution russe, le stalinisme et le capitalisme d’État

Dans son livre intitulé Pro Segundo Manifiesto Comunista, Munis étudia la révolution russe et sa trajectoire jusqu’au stalinisme [15]. Il y affirma que la révolution russe fut une révolution politique, non socialiste, mais permanente, avec le sens que Trotsky donnait au terme dans ses livres 1905 et La Révolution permanente et Lénine dans ses Thèses d’avril. Une révolution qui liait la destruction de la société féodale et tsariste avec les premières tâches de la révolution bourgeoise, assemblées par des moyens socialistes. Mais il fallait la victoire de la révolution communiste en Europe. L’échec de l’extension internationale de la révolution, isolée et acculée en Russie, obligea à instaurer la Nep et le capitalisme d’État qu’elle comportait, même sous contrôle du prolétariat. La Nep signifia en réalité la fin de la révolution permanente et le début d’un recul révolutionnaire. La contre-révolution stalinienne dota la Russie d’un capitalisme d’État aussi impérialiste que son rival américain, bien que beaucoup plus faible. Le grand mensonge qui divisa et enchaîna le mouvement ouvrier international fut de présenter ce capitalisme d’État russe comme le socialisme. Tous les PC jouèrent dans leurs pays respectifs un rôle contre-révolutionnaire inappréciable pour le capitalisme international. Munis qualifia la IVe Internationale et les différentes révolutions nationales communistes dans les pays d’Europe de l’Est, en Chine, à Cuba, en Algérie, etc. comme des pointes avancées de l’extension de la contre-révolution commencée. Et, au cœur des luttes de libération nationale, dans les années soixante, il affirma que toute lutte nationale était réactionnaire. Le texte de Munis, signé FOR, se concluait par la proclamation d’un programme qui unissait les revendications clés de la lutte économique de la classe ouvrière résumées dans la formule « Travailler moins, gagner plus » et des revendications politiques comme la liberté de presse, de grève, de réunion et d’organisation, en-dehors des partis et des syndicats, pour se terminer avec les objectifs communistes programmatiques comme la suppression du travail salarié, la suppression des frontières; et l’instauration de la dictature du prolétariat, inséparable de la démocratie la plus exigeante au sein des masses travailleuses.

De Mai 68 à sa mort

Après avoir écrit ces deux livres qui expriment le sommet de sa pensée, Munis put s’établir de nouveau en France. En 1966 on tenta de relancer à nouveau le groupe dans l’Espagne franquiste et le FOR lança un appel en ce sens [16]. Munis continua son travail d’organisateur dans le FOR et de propagandiste et théoricien.

De 1966 à 1972, il participa à diverses initiatives et débats avec les différents courants révolutionnaires surgis de l’ébullition sociale et politique que mai 68 souleva en France et à l’automne de 69 en Italie. Le passé révolutionnaire de Munis et son travail théorique novateur à l’égard du syndicalisme, du stalinisme et du capitalisme d’État, lui donnaient un certain prestige et nombre de ses apports théoriques furent repris et appropriés par diverses tendances et partis politiques. Ce prestige ne se transforma pas en mode ou en célébrité passagère, du type Marcuse, mais en solide point d’appui théorique dans le marasme et la confusion que cinquante ans de contre-révolution stalinienne avaient imprimés à la pensée marxiste. En 1975, Spartacus publia en français un nouveau livre de Munis qui approfondissait et synthétisait ses critiques du stalinisme et du capitalisme d’État russe [17].

Entre 1973 et 1976, il publia dans Alarma, organe du FOR, de très importants articles théoriques. Dans celui publié en 1973 intitulé « Classe révolutionnaire, organisation politique et dictature du prolétariat », il revint au vieux thème développé par Lénine dans Que faire ? sur le rapport entre masse et avant-garde politique et de l’introduction de la conscience révolutionnaire dans la classe ouvrière par une minorité. C’est extrêmement intéressant l’exposé encyclopédique que fait Munis de la conception de la dictature du prolétariat que développent au cours de l’histoire les différents courants marxistes, depuis Lénine et Otto Rühle jusqu’aux bordiguistes et conseillistes, ainsi que la critique rigoureuse à laquelle il les soumet.

En 1964 parut dans Alarma une critique acérée d’un groupe concret faite par Munis [18], dans laquelle il débattait le caractère de la décadence du capitalisme ainsi que l’existence ou non d’une crise économique de surproduction et l’influence positive ou négative qu’aurait un soulèvement révolutionnaire. Munis niait l’existence d’une crise économique de surproduction et niait en outre que, si elle se produisait, elle puisse être le point de départ d’une situation révolutionnaire.

En 1976, Munis publia dans Alarma un article intitulé « Conscience révolutionnaire et classe pour soi » qui complétait et enrichissait les thèmes traités dans les deux articles que nous venons de commenter [19].

Transition et réaffirmation

Entre 1977 et 1981, avec le début de la transition démocratique commence une nouvelle relance de FOR en Espagne. En avril 1977 apparut le numéro 1 de la 3e série d’Alarma, dont la publication avait commencé en 1958. C’est également de 1977 qu’est daté Reafirmacion, en tant qu’épilogue de la nouvelle édition que la maison Zero-Zyx a faite de son livre sur la guerre civile espagnole [20]. Dans sa réaffirmation, Munis, bien qu’il révise quelques aspects du livre édité en 1948, fait une apologie de la révolution espagnole, qu’il considère comme plus profonde que la révolution russe. Pour Munis, l’insurrection de juillet 36 et les événements de Mai 37 sont le moment culminant de la vague révolutionnaire mondiale commencée en Russie en 1917. Il n’a jamais considéré que mai 37 a été une lutte fratricide entre travailleurs, mais reste fidèle à son analyse trotskyste des années 30. Il a affirmé et il ré-affirme qu’en Espagne la révolution a échoué faute d’un parti révolutionnaire. En juillet 36, les travailleurs désarmés ont vaincu l’armée capitaliste ; en mai 37, les ouvriers armés ont affronté la contre-révolution incarnée par le parti communiste mais ils ont été défaits par leurs propres dirigeants, par leurs propres organisations syndicales et politiques. Sans théorie révolutionnaire, il n’y a pas de révolution. Sans parti révolutionnaire, toute insurrection et vouée à la défaite. En juillet 36, la classe ouvrière était désarmée mais elle avait des objectifs politiques clairs : affronter le fascisme et le soulèvement militaire. L’absence de parti révolutionnaire produisit une situation historique paradoxale : la classe ouvrière en armes était maîtresse de la rue et laissait l’appareil d’État aux mains de la bourgeoisie républicaine. En mai 37, la classe ouvrière armée a voulu les conquêtes révolutionnaires de juillet, mais elle était désarmée politiquement : aucune organisation ouvrière de masse n’a fixé comme objectif la prise du pouvoir. Les organisations minoritaires qui le firent étaient sans autorité, mises hors la loi et persécutées. L’insurrection l’emporta mais elle échoua politiquement. Franco n’eut pas besoin d’écraser la révolution, staliniens et républicains l’avaient déjà fait. Tout en se consacrant à son travail d’organisateur du FOR qui arriva à avoir des sections aux EU et en Grèce, outre l’espagnole et la française, Munis n’abandonna jamais son travail théorique. Il publia en 1983 une brochure de critique des groupes trotskystes [21]. En février 1986, il participa à des journées de bilan révolutionnaire de la guerre civile espagnole convoquées par FOR avec la participation de militants appartenant à un arc-en-ciel très large de courants politiques.

Au moment de sa mort, il nous laissait achevé un nouveau livre pas encore publié consacré à l’étude de l’État et des problèmes que pose sa suppression dans une société communiste.

Épilogue

De mauvais temps courent et des vents pires soufflent pour l’Histoire. La transition du fascisme à la démocratie s’est basée sur le consensus et l’oubli. Aujourd’hui une société profondément apathique, amnésique, acritique, dépolitisée et indifférente fait que le débat, la critique, la recherche théorique, la confrontation d’idées et la pensée politique sont impopulaires ou au moins passées de mode. Mais si en outre cette attitude pèse sur notre hier, si elle remue la mémoire d’un passé historique récent, que nous le voulions ou non, cela nous configure et nous détermine puis inévitablement nous nous retrouvons nageant à contre-courant.

Munis est mort ignoré à Paris le 4 février 1989.

Le XX° siècle a été prodigue en guerres et en révolutions, en progrès techniques et actes barbares, en idéologies politiques et en aberrations. Un des phénomènes qui ont marqué notre siècle a été le stalinisme. En pleine guerre mondiale, quand on n’avait pas encore mis de numéro, la victoire de la révolution d’Octobre parut confirmer et mettre à portée de la main un monde nouveau pour les déshérités de la terre.

Au nom du communisme, des milliers d’hommes dans tous les pays allaient risquer leur vie dans une lutte et une foi qui promettait la libération des opprimés, la construction du paradis sur terre.

Mais la réalité et l’Histoire, avec ses tempêtes et ses misères, ont changé cet idéal en camp de concentration, cette foi en une inquisition, cette espérance en une frustration, ce combat en une trahison, ce communisme en un capitalisme d’État encore plus féroce, ce paradis en un [illisible]. La biographie et la pensée politique de Munis sont un roc dans ce paysage de sables mouvants. Ce fut un militant toujours fidèle au combat de sa classe et extrêmement lucide dans son analyse sur le syndicalisme et le stalinisme. Ce fut l’un des rares marxistes de sa génération écrasée par le stalinisme qui sut résister à l’assaut de la contre-révolution.

Tel fut Munis. Sa mort ne fut pas une information. Il nous laisse comme legs un inappréciable travail théorique qui nous permet de comprendre le présent et de construire l’avenir. Il fut un théoricien marxiste de la dimension de militants comme Onorato Damen, Amadeo Bordiga, Paul Mattick, Karl Korsch, Ottorino Perrone, Bruno Maffi, Anton Pannekoek ou Henk Canne-Meijer, c’est- à-dire membre de plein droit de cette génération de théoriciens et militants marxistes qui, dans les circonstances les plus contraires, exilés, poursuivis, dans la misère totale, calomniés ou menacés de mort surent continuer et enrichir l’analyse marxiste de la réalité sociale et garder le lien avec la génération de Lénine et de Rosa Luxemburg.

Cette pensée marxiste, profondément originale et rigoureuse, a été en outre écrite dans un castillan de racines populaires les plus pures et les plus belles, qui semble sculpté dans la langue littéraire de notre siècle d’or. Le livre de Munis et de Péret sur les syndicats n’a paru qu’en version française et son œuvre posthume sur l’État n’a pas encore été éditée. On a pourtant publié en France les œuvres complètes de Benjamin Péret [22]. Ce n’est pas étrange qu’en Espagne on ignore l’un des penseurs marxistes les plus intéressants et les plus novateurs de notre siècle. Il n’est pas rare non plus que les livres de Munis édités en castillan soient pratiquement inconnus, même de spécialistes en histoire contemporaine et pensée politique [23].

Il est évident que l’ignorance, l’oubli et le dédain pour ce que l’on ignore sont les grandes vertus de la société et de la culture post-franquiste. Celui qui ignore le passé ni ne comprend le présent ne peut pas lutter pour l’avenir. L’Histoire n’oublie pas, celui qui oublie renonce aux signes de son identité.

Notes:

[1] La tendance qui s’opposa au sein de la ICE à la fusion avec le BOC était formée d’Esteban Bilbao, Fersen et Munis. Elle ne parvint pas à réunir plus d’une dizaine de militants. Son entrée dans le PSOE n’impliqua la création d’aucune fraction et n’eut pas le moindre poids. Ainsi peut-on affirmer et fortement souligner que. de septembre 1935 à novembre 1936, Munis resta sans parti dans une période historique cruciale.

[2a] C’est intéressant de se faire une idée du nombre de militants des principales organisations révolutionnaires de mai 37, sans que cela invalide en rien leurs positions politiques : Groupe des Amis de Durruti : de 4 à 5000. Trotskystes de La Voz, de 15 à 30. Trotskystes du Soviet, de 8 à à 10, cellule 72 du POUM : une dizaine. Le nombre indiqué pour les AdD fait référence au nombre de cartes distribuées avant mai 37, suivant les données extraites de la lettre de Balius à Bolloten du 24 juin 1946, confirmées par Jordi Arquer dans son histoire du groupe des Amis de Durruti. Les données sur les organisations trotskystes sont extraites du livre de Mintz & Pecina, Los Amigos de Durruti; los trotsquistas y los sucesos de mayo, Madrid, 1978. Les chiffres sur la cellule 72 du POUM du questionnaire de l’auteur à Rebull (16 décembre 1985).

[2b] Le texte de la feuille des Amis de Durruti disait : « Travailleurs ! Une Junte révolutionnaire. Fusiller les coupables. Désarmer tous les corps armés. Socialiser l’économie. Dissolution des partis politiques qui ont agressé la classe ouvrière. Nous n’abandonnerons pas la rue. La révolution avant tout. Nous saluons les camarades du POUM qui ont fraternisé avec nous dans la rue. Vive la révolution sociale ! A bas la contre- révolution ! » (La Batalla, 6 mai 1937), El Amigo del Pueblo, 20 juillet 1937). Le texte de celle du groupe que dirigeait Munis disait : « Vive l’offensive révolutionnaire ! Pas de compromis. Désarmement de la GNR et de la Garde d’assaut réactionnaire. Le moment est décisif. La prochaine fois, il sera trop tard. Grève générale dans toutes les industries ne travaillant pas pour la guerre jusqu’à la démission du gouvernement réactionnaire. Seul le pouvoir prolétarien peut assurer la victoire militaire. Armement total de la classe ouvrière. Vive l’unité d’action ! Vive le Front révolutionnaire du prolétariat ! Dans les ateliers, les usines, sur les barricades etc. comités de défense révolutionnaire » (Lutte ouvrière, 10 juin 1937)

[3] Interview de Munis par l’auteur à Barcelone le 16 novembre 1984: Y a-t-il eu une collaboration entre la section b.l. et les groupes de gauche révolutionnaires comme les amis de Durruti ou Rebull, qui a critiqué le comité exécutif du POUM et Nin ? Je ne me souviens pas de ces choses. Je n’ai pas gardé les détails en mémoire mais bien sûr, je n’ai rien su ni des Amis de Durruti ni de Rebull ni de tout ça avant Mai. Et après les événements de Mai ? Après, j’ai essayé de contacter Rebull (en France) pour voir si on pouvait agir ensemble, mais il avait régressé. Il a collaboré pendant la guerre à Franc- Tireur. Il est entré dans la Résistance et nous considérions la Résistance comme l’un des camps de la guerre impérialiste, à laquelle les révolutionnaires ne devaient pas participer ».

[4] Cf. Boletin interior n°l, organo de discusion para el II congreso del comité local de Barcelona del POUM, 23 avril 1937 et Boletin n°2, 29 mai 1937. Josep Rebull était le secrétaire de la cellule 72

[5] Questions de Guillamón à Rebull le 16 décembre 1985 : La cellule 72 a-t-elle voulu établir des contacts avec d’autres groupes avec l’intention de créer un Front révolutionnaire,c’est-à-dire avec les Amis de Durruti, les Jeunesses Libertaires, Balius, Munis et autres secteurs du POUM: – Les seuls contacts avec les AdD eurent lieu pendant les Journées de mai, mais la faible importance numérique de ce groupe sans liens à la base et la modeste représentativité de la C.72 ne permirent pas d’aboutir à un accord pratique, comme nous l’aurions voulu en adressant un manifeste commun aux travailleurs en lutte. Je ne me souviens pas d’avoir parlé à Munis avant la fin de l’exil à Paris des conversations sans importance particulière ». L’importance excessive donnée au contact entre Balius et Moulin – résultat plus de l’imagination que de preuves – a entraîné des auteurs comme Clara et Pavel Thalmann à l’idée d’une influence irrésistible de Moulin dans la pensée de Balius : cela me paraît totalement infondé. Même une lecture sommaire de l’Amigo del Pueblo suffit pour constater que Balius et les AdD n’étaient ni marxistes ni influencés en rien par le marxisme. Balius, quant à lui, repousse énergiquement l’idée qu’il y ait eu quelque influence du POUM ou des trotskystes sur les AdD.

[6] On peut suivre dans le détail, dans les numéros de 1938 de La Lutte ouvrière la détention, les péripéties et le jugement des militants bl. L’hebdomadaire menait campagne pour leur défense et pour obtenir des garanties juridiques minimum pour ses camarades espagnols.

[7] Texte de son discours dans Revolucion n°6/7, août-sept. 1940.

[8] G. Munis, Le SWP et la Guerre impérialiste, Mexico, 1945.

[9] G. Munis, Los revolucionarios ante Rusia y el estalinismo mundial, Mexico 1946. Sur l’appui de Natalia aux thèses de Munis et Péret, on peut consulter les documents reproduits en annexe du livre de Roussel, Les Enfants du Prophète, Paris, 1972.

[10] Groupe communiste internationaliste, Explicacion y llamamiento a los militantes, grupos y secciones de la IV International, Paris, sept. 1949.

[11] Cf. Révolution, 2/3, avril/mai 1945.

[12] La tract intitulé « A bas Franco et la Falange, Vive la Grève » était signé par un groupe appelé « groupe des premiers spontanés de la révolution mondiale ». Il est reproduit dans Fomento Obrero Revolucionario, Alarma, prima y segunda serie, 1958-1976, FOR, pp. 37-38.

[13] cf. « Quatre mensonges et deux vérités. Politique russe en Espagne ». ib. p. 16-36.

[14] Péret & Munis, Les syndicats contre la révolution, Paris, 1968.

[15] FOR, Pro Segundo Manifiesto Comunista, Paris, 1965.

[17] FOR, Llamamiento y exhorta a la nueva generacion, Paris, 1966.

[18] Munis , Parti-État stalinisme révolution, Paris, 1975. Munis,  » Trayectoria quebrada de Revolución Internacional « , Alarma, 1974.

[19] Munis, Conciencia revolucionaria y clase para sí. ib. N°31, janv.-avril 1976.

[20] Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria, Madrid, 1977.

[21] Munis, Analisis de un vacio. Cincuenta anos despuès del trotskisme, Barcelone, 1983.

[22] Péret, Oeuvres complètes, Paris, 1989.

[23] Pour toute correspondance avec l’auteur de cet article, s’adresser à Guillamon, Apartado 22 010 Barcelona.

La IV° Internationale et la question russe (tendance Johnson-Forest, 1948)

4 juillet 2010

Résolution de la tendance Johnson-Forest du SWP présentée par Bergson au II° Congrès de la IV° Internationale (avril 1948). Cette résolution fut votée par Castoriadis qui s’était associé à Bergson (Grace Lee -Boggs) dans une courte résolution commune sur la même question.

La clé des difficultés théoriques et politiques de la IV° Internationale réside dans l’examen du développement russe dans le contexte du développement mondial capitaliste et non le développement du capitalisme mondial dans le contexte du développement russe.

La Révolution russe et l’analyse de Trotsky

Le nouveau pouvoir social développé par le prolétariat russe émancipé était tel que sa défaite et la restauration au rôle de producteur de plus-value ne pouvait être accompli que par la tyrannie, la tromperie, les meurtres juridiques, les massacres organisés et l’établissement d’une tyrannie totalitaire au-delà de toutes les expériences préalables et de toutes les prévisions. L’étendue et la force de l’appareil d’oppression sont une preuve non de la faiblesse inhérente du prolétariat mais de l’énorme pouvoir créateur et expansif du prolétariat à cette étape de son développement mondial et après trois révolutions.

Trotsky voyait la société moderne divisée fondamentalement entre la propriété nationalisée (révolution) et la propriété privée (contre-révolution). Ceci a entraîné une série d’erreurs certaines dans l’analyse de la Russie.

Parce que la majorité de la IV° Internationale refuse d’examiner la méthode d’analyse de Trotsky dans ses effets d’accumulation et de la comparer sérieusement avec la réalité, elle s’aligne empiriquement et éclectiquement aux événements et à la lutte intérieure. Les conséquences se font sentir dans toutes les sphères de l’internationale. Ceci, et ceci uniquement, est la cause de la faiblesse et des luttes fractionnelles, non seulement sur la question russe mais sur toutes les autres questions. Que le problème n’est pas simplement celui de la défense de l’URSS, mais qu’il s’agit d’une profonde question théorique, est démontré par le fait que les éléments défensistes (l’actuelle minorité française) et défaitiste (le WP et l’IKD) sont fondamentalement unis dans leur scepticisme comme vis-à-vis de l’accomplissement du pouvoir soviétique.

La question russe depuis la mort de Trotsky

La IV° Internationale ne peut pas répéter, vis-à-vis des nouveaux développements, la vieille formule pour l’analyse de la Russie et pourtant elle ne peut s’en défaire. Elle ne peut plus propager la théorie selon laquelle la bureaucratie veut la restauration de la propriété privée en Russie stalinienne, et ainsi elle l’abandonne sans le dire.

La majorité de la IV° Internationale ajoute continuellement de la quantité au caractère réactionnaire de la domination bureaucratique sur l’économie. Pourtant, dans sa tentative désespérée de refuser de reconnaître le caractère contre-révolutionnaire de la production russe, elle adopte la devise fantastique qui consiste à donner une période concrète (cinq ans) à la bureaucratie comme force progressive, à cause de la destruction de l’économie par la guerre. Par-là, la majorité de la IV° Internationale montre qu’elle ne demande pas un délai pour la bureaucratie, mais pour sa propre théorie intenable.

De plus, la majorité de la IV° Internationale a fait entrer en fraude dans sa théorie, sans un mot d’explication, que la base de la dictature en Russie est dans les « rapports de production ». Par-là, elle répudie subrepticement la théorie fondamentale de Trotsky en substituant aux « rapports de production » les rapports de propriété. La majorité de la IV° Internationale a accepté la loi de la valeur applicable tant au capitalisme qu’au socialisme. De ce fait, non seulement elle crée de la confusion dans l’analyse du capitalisme en particulier, mais également dans celle du matérialisme historique en général. Elle facilite la vaste activité théorique des staliniens qui aujourd’hui est dirigée vers la révision du matérialisme historique et du Capital en y injectant sa théorie.

En refusant de reconnaître et d’en faire sa base programmatique pour le socialisme mondial que le principe même dans une société transitoire de l’expansion de la richesse sociale passe par l’activité créatrice du prolétariat émancipé, la majorité de la IV° Internationale implique que la société transitoire vers le socialisme doit être distinguée par l’accumulation de capital et l’accumulation de la misère.

La défense de la Russie

Dans une tentative désespérée de vaincre les éléments pro-staliniens, la majorité de la IV° Internationale confond à tel point le défensisme et le défaitisme que ces deux éléments peuvent prétendre accepter sa résolution, résultat qui ne peut que renforcer les éléments pro-staliniens et les éléments mencheviques.

La majorité de la IV° Internationale prépare la défense en Europe occidentale, c’est-à-dire en France, pour la prochaine guerre, en faisant du défaitisme une condition de l’existence du puissant mouvement ouvrier en France et un PCI qui ne soit pas sans influence. De cette façon, elle prépare la base pour des conflits mortels dans la IV° Internationale dans le cas où l’Armée rouge entrerait en France. En même temps, et malgré l’expérience avec l’Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la majorité de la IV° Internationale propage la conception qu’il ne faudrait pas s’opposer à l’Armée rouge si elle entrait en France, là où son avance détruirait l’Etat bourgeois national. Dans les circonstances où l’Armée rouge aurait facilité la révolution, la majorité de la IV° Internationale propose ensuite le retrait de l’Armée rouge. C’est du défaitisme révolutionnaire par étapes qu’elle propose en le substituant à sa politique fondamentale de défaitisme, ce qui sème la confusion et renforce toutes les tendances centrifuges.

Une tendance est apparue récemment en dehors de l’Europe qui, tout en acceptant les fondements de la théorie de Trotsky, reconnaît la différence qualitative du caractère de la lutte entre la Russie et les États-Unis aujourd’hui, et place ainsi la priorité de la lutte pour la révolution sociale devant la défense de la propriété nationalisée. Elle propose de ce fait que, contrairement à la politique trotskyste durant la dernière guerre, dans la troisième guerre mondiale la lutte pour le renversement du régime stalinien prédomine et passe avant la d »fense militaire de la propriété nationalisée.Le congrès mondial accepte et encourage ce premier pas hésitant pour mettre la question russe dans le contexte de la situation mondiale telle qu’elle existe aujourd’hui.

L’Europe orientale

L’erreur fondamentale de la position de la majorité de la IV° Internationale se révèle le plus tragiquement dans une série d’erreurs se suivant sans interruption en ce qui concerne les rapports de la Russie stalinienne avec l’Europe orientale. Sa théorie fondamentale concernant l’Europe orientale est que l’ « assimilation structurelle » à la Russie est impossible sans l’action révolutionnaire du prolétariat.

Ceci n’est qu’une expression de ses efforts désespérés et essentiellement superficiels pour tirer une ligne nette entre l’automobilisation prolétarienne et les nationalisations bourgeoises, les rapprochant de ce fait encore plus l’une de l’autre. Les événements démontreront la fausseté de cette théorie. En maintenant cette perspective, la majorité de la IV° Internationale subordonne en réalité l’automobilisation prolétarienne à l’accomplissement des nationalisations par quelque force que ce soit et est elle-même de plus en plus incapable d’établir une base politique pour son existence indépendamment de la III° Internationale.

La majorité de la IV° Internationale est avertie que, si elle devait déclarer que les récents événements en Tchécoslovaquie constitue une révolution sociale, une révolution à l’aide de la police bourgeoise, de l’armée bourgeoise et de l’administration bourgeoise du capital, elle donnerait un coup final à toutes les perspectives pour construire des sections du mouvement en Europe orientale.

Le programme et l’organisation du parti

Mais ce n’est pas seulement sur la question russe, mais sur toute la perspective de la révolution mondiale que la majorité de la IV° Internationale, incapable de faire l’analyse théorique de l’étape actuelle, de la révolution et des contre-révolutions, fut forcée de reculer pas à pas particulièrement en Europe.

En 1944, confiante que l’Armée rouge ferait avancer la révolution mondiale et sous l’impression de la révolution italienne et de la chute imminente de l’armée hitlérienne, la IV° Internationale présentait un programme profondément révolutionnaire. Vers 1946, sous l’influence de la « révolution retardée », des actes « opportunistes » de l’Armée rouge et de la force apparente de l’économie américaine, la IV° Internationale commença à spéculer sur les possibilités de boom économique et de la stabilisation économique.

En 1947, l’année même où la profondeur de la crise a pénétré dans toutes les sections de la société et semé la démoralisation d’un bout à l’autre de la société bourgeoise, la IV° Internationale trouve que l’impérialisme américain « n’a pas épuisé toutes les possibilités d’une expansion mondiale paisible ». Il y a des  » progrès économiques tangibles » en Europe occidentale. « La production industrielle en URSS procède en général suivant le plan. » Du côté du prolétariat, l’UAW (Syndicat des ouvriers de l’automobile) est devenu « l’ancien UAW progressif ». Les partis socialistes sont « rajeunis ». Ainsi est préparée la capitulation devant la théorie des illusions démocratiques des masses: « Ceci est la preuve que les masses ne peuvent commencer leur expérience avec le réformisme dans l’absence d’un parti sincèrement révolutionnaire ». Cela ne veut pas dire que les masses continuent à avoir des illusions démocratiques.

Sur cette base, pas à pas, la théorie de la primauté du parti est substituée à la primauté des masses révolutionnaires. La lenteur du renforcement du parti devient le critère pour juger le « rythme » du développement révolutionnaire. En 1944, le parti se basait sur l’énorme essor et l’étendue du prolétariat – son automobilisation. En 1947, le parti juge l’essor et la vitalité du mouvement des masses par la force de la IV° Internationale.

En 1944, le parti présentait le Programme de transition comme la mobilisation systématique pour la révolution prolétarienne. En 1946, les revendications transitoires, non basées sur le mouvement économique organique, sont complètement diffuses. Vers 1947, « notre tâche est de mettre en avant successivement et audacieusement des mots d’ordre transitoires toujours plus élevés dans la mesure où les luttes ouvrières croissent ou décroissent ». Ces formules de « mots d’ordre toujours plus élevés » ont une longue histoire dans le mouvement révolutionnaire. On ne peut leur permettre, dans aucune circonstance, de cacher des indications d’un simple changement du rythme prévu des événements. Ce sont les formules classiques du centrisme, et le bolchevisme a réglé une fois pour toute les comptes avec ces formules lors des III° et IV° Congrès de l’Internationale communiste.

Dans la mesure où la IV° Internationale n’a pas éduqué ses cadres et propagé sans cesse devant les masses la destruction du contrôle organisationnel stalinien par l’action révolutionnaire des masses, elle ne peut se considérer que comme une direction alternative, accomplissant une tactique de « front commun » avec les staliniens. L’incapacité de la direction numériquement faible d’accomplir une tâche qui dès le début était au-dessus de ses moyens est la cause du rapide déclin théorique des résolutions de novembre. Non seulement la lutte contre les tendances staliniennes mais le processus même de la construction du parti sont envisagés comme exigeant un délai. L’intervalle de la paix, de la paix interimpérialiste, accompagnée de rapports sociaux instables et de trahisons staliniennes, est absolument nécessaire pour ce programme. De là la terrible sous-estimation du danger de la guerre et de la contre-révolution. Cette politique affaiblit le parti et le soumet à des influences opposées. sans une propre base ferme, le parti ne peut pas retenir et consolider des courants qui s’en détachent.

Le parti révolutionnaire dépend du soulèvement révolutionnaire pour son renforcement. Mais il peut seulement se consolider et grandir rapidement si en temps de paix comme en temps de guerre le fondement et la superstructure de sa politique diffèrent clairement des partis qu’il prétend suppléer. Aujourd’hui, l’Internationale ne fait pas cela. Elle ne peut le faire à cause de sa politique sur la question russe. Corriger cette politique devient la première nécessité pour son progrès.

Voir aussi:

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Les animateurs de la tendance Johnson-Forest: Raya Dunayevskaya, CLR James et Grace Lee dans les années 40

Alan Woods exclut sa section iranienne pour joindre la 5° Internationale chaviste

21 avril 2010

Alan Woods, propagandiste zélé de la « Révolution bolivarienne » [1] et dirigeant de la Tendance marxiste révolutionnaire (courant trotskyste « grantiste », de feu l’anglais Ted Grant, défenseur de la théorie de l’État ouvrier dégénéré contre Tony Cliff), représentée en France par le groupe La Riposte qui milite au sein du PCF, a décidé d’exclure la section iranienne dirigée par Maziar Razi. Seul groupe trotskyste existant à notre connaissance parmi les iraniens en exil, cette section, très hostile au communisme-ouvrier, s’opposait toutefois à la défense inconditionnelle du Venezuela et demandait une critique du soutien apporté par Chavez à Ahmadinejad [2]. Chavez a même été le premier à reconnaître l’ « élection » d’Ahmadinejad, quand les manifestants affrontaient le feu dans les rues. Une brochure pdf signalée par le blog ami Entdinglichung vient d’être publiée par le groupe Razi qui compile (en anglais) les documents internes de ce conflit.


pdf externe

Les grantistes avaient lancé la campagne campagne Pas touche au Venezuela!, on ne s’étonnera donc pas de leur réponse à l’appel de Chavez  pour une 5° Internationale, et on se reportera à l’article Pour la Ve Internationale ! (17 mars 2010) où l’on peut lire  que « La politique internationaliste de Chavez, comme ses appels répétés à la révolution mondiale, suscite l’enthousiasme de tous les militants anti-impérialistes à travers le monde » (oui vous avez bien lu: « la politique internationaliste »), et que donc « la TMI s’est prononcée à l’unanimité pour sa participation dans la construction de la Ve Internationale. Nous déclarons notre soutien total à la constitution d’une Internationale révolutionnaire« .

Notes:

[1] Voir par exemple Succès de la tournée d’Alan Woods au Venezuela (La Riposte, 12-2009) .

[2] Voir Chávez backs Ahmadinejad amid Iranian protests (WW4Report, 06-2009) , Chávez “anti-impérialiste” à la sauce pétrolière (BS, 06-2009) et Chavez en Iran (A. Goya, 09-2009) , et Marxists Must Stand Firm Against Ahmadinejad (M. Razi, London progressive journal, 07-2009)

 

A. Woods et Chavez

A Woods et Chavez

Voir aussi:

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