1892-03 Aux ouvriers français en l’honneur du 21e anniversaire de la Commune de Paris [Engels]

Le Socialiste,le 26 mars 1892.
Citoyennes et citoyens
Il y a vingt et un ans aujourd’hui, le peuple de Paris brandit le drapeau rouge et déclara la guerre à la fois au drapeau tricolore français flottant à Versailles et au drapeau tricolore allemand, hissé sur les forts occupés par les Prussiens.
Avec ce drapeau rouge, le prolétariat de Paris se dressait à une hauteur surplombant de loin les vainqueurs aussi bien que les vaincus.
Ce qui fait la grandeur historique de la Commune, c’est son caractère éminemment international, c’est le défi qu’elle lança hardiment à tout sentiment de chauvinisme bourgeois. Le prolétariat de tous les pays ne s’y est pas trompé. Que les bourgeoiscélèbrent leur 14 juillet ou 21 Septembre, la fête du prolétariat sera toujours le 18 Mars.
C’est pourquoi l’infâme bourgeoisie n’a pas cessé d’amonceler les pires calomnies sur la tombe de la Commune. C’est pourquoi aussi l’Association internationale destravailleurs fut la seule qui ait osé s’identifier, dès le premier jour, avec les insurgésparisiens, et, jusqu’au dernier jour et au-delà, avec les prolétaires vaincus. Cela est sivrai que lorsque la Commune fut écrasée, l’Internationale ne put lui survivre: au cri de« Sus aux Communards », l’Internationale fut abattue d’un bout à l’autre de l’Europe.
Eh bien ! il y a aujourd’hui 21 ans qu’eut lieu la reprise des canons de la butte Montmartre. Les enfants nés en 1871 sont aujourd’hui majeurs et, grâce à l’imbécillité des classes dirigeantes, ils sont soldats et apprennent le maniement des armes ainsi que l’art de s’organiser et de se défendre le fusil à la main. La Commune que l’on a déclarée morte, l’Internationale que l’on a cru anéantie à tout jamais, toutes deux vivent au milieu de nous avec une force vingt fois plus grande qu’en 1871. L’union duprolétariat mondial que la vieille Internationale a su prévoir et préparer, est aujourd’hui une réalité. Qui plus est, les fils des soldats prussiens qui occupèrent en 1871 les forts cernant le Paris des Communards, luttent aujourd’hui par millions, au premierrang, bras dessus bras dessous, avec les fils des communards parisiens, pour l’émancipation totale et finale de la classe ouvrière.
Vive la Commune! Vive la révolution sociale internationale!

%d blogueurs aiment cette page :