1901 Au conseil national du P.O.F. [Luxemburg]

Chers camarades,

Publié dans Le Socialiste du 5-12 mai 1901

Le Premier Mai est, avant tout, une revue des forces internationales du socialisme, de ses progrès, de ses formes. Que la situation des bataillions ouvrières est différente, aujourd’hui, de ce qu’elle était il y a douze ans, lors de la célébration de cette journée !

Mais la crise intérieure que nous traversons plus ou moins partout ? Mais les doutes, le scepticisme, les déviations dans nos rangs ? Eh bien, eux aussi ne sont autre chose qu’un symptôme de notre croissance.

Dans les dix dernières années, par suite de l’effondrement définitif de la démocratie bourgeoise, de nouvelles couches de la société ont peu à peu passé tout entières à nous, principalement du sein de la petite bourgeoisie et de ses idéologues : les intellectuels.

Mais ces éléments, qui ont été poussés vers nous par la misère sociale, politique et intellectuelle des conditions actuelles, amènent avec ceux une manière de penser qui nous est tout à fait étrangère, une conception différente du but et de la méthode de lutte du socialisme. Il faut d’abord qu’ils soient élevés par l’éducation au point de vue de classe du prolétariat, il faut qu’ils soient subordonnés, assimilés au socialisme prolétarien.

Cela ne va pas, à la vérité, sans de rudes frottements, sans déperdition de forces, sans crises violentes. Mais ces crises elles-mêmes ne sont que les faux frais du développement de notre puissance ; ce sont des phénomènes accessoires de notre croissance, inévitables au point de vue de notre évolution historique.

La France fut, autrefois, la terre classique, le champ d’expérience des méthodes révolutionnaires anciennes, du coup de main, des barricades.

La France, aujourd’hui, est le grand champ d’expériences des soi-disant « méthodes pratiques » du socialisme, se proposant, non de détruire la société capitaliste, mais des y infiltrer, de se fondre avec elle en une mixture composite.

Mais la France, le pays auquel nous devons la démonstration internationale pour la journée de huit heures, cette idée à la fois la plus révolutionnaire et la plus pratique, la France socialiste sortira victorieuse de cette crise encore.

Camarades, vous combattez aujourd’hui un rude combat, vous êtes placés aux postes les plus exposés pour la défense de base même de l’émancipation prolétarienne : la lutte de classe. C’est au nom, c’est dans l’intérêt de tous, de la démocratie socialiste internationale, que vous défendez l’avenir du socialisme en France. Et qui connaît le passé du Parti Ouvrier français, qui connaît son histoire, le dévouement de ses troupes de premier ordre, celui-là sait que vous ferez, comme jusqu’à ce jour, votre devoir jusqu’au bout – jusqu’au triomphe !

Salut et fraternité

 

Rosa Luxemburg

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