1902-11 A propos des mineurs [Vérecque]

Article de Charles Vérecque paru dans Le Socialiste du 9-16 novembre 1902

Je me garderai bien de critiquer le moment choisi par les mineurs pour se mettre en grève et l’attitude prise par les hommes qu’ils ont chargés de leur défense, je ne veux faire que la constatation suivante : c’est que la grève des forçats du sous-sol, comme la grève des autres corporations, est une conséquence de notre mauvaise organisation sociale ; elle est inhérente à la division de la société en classes antagonistes. Les responsabilités de ces révoltes du travail contre le capital retombent donc entièrement sur le régime bourgeois, et elle ne peuvent être mises à notre compte, au compte des socialistes, comme le prétend volontiers la mauvaise foi de nos adversaires.

De pareils conflits, qui mettent en présence les créateurs des richesses sociales et les fainéants qui les empochent, sont appelés à se reproduire demain, touchant, sinon les mineurs, du moins les employés de chemins de fer, les tisseurs, les charpentiers, ou autres professions. Et l’on est presque tenté de dire que les travailleurs y seront pour quelque chose.

Ces conflits n’existeraient plus, il n’aurait plus de raison d’être, si les travailleurs l’avaient voulu, s’ils avaient, il y a quelques mois, fait leur devoir de classe. Il leur suffisait de voter pour des socialistes, c’est-à-dire pour leurs seuls défenseurs et les seuls adversaires de l’ordre ou désordre capitaliste, de prendre possession de l’Etat, de la machine gouvernementale, et le lendemain ils étaient délivrés de l’exploitation capitaliste dont ils se plaignent avec les mineurs.

Les mines, les usines, les moyens de production, toutes les richesses rentraient dans le domaine de la nation ou de la société ; la classe – une poignée seulement d’individus – qui les vole et les domine, disparaissait comme par enchantement, et les producteurs qu’ils sont étaient désormais heureux en même temps que libres.

Une pareille transformation – qui était leur affranchissement – ne demandait, pour s’accomplir, que leur bonne volonté ; et devant une chose aussi simple, aussi naturelle, ils ont hésité, ils se sont laissés aller, une fois de plus, à doubler leur servitude économique de leur servitude politique, prolongeant ainsi la durée de leurs misères et de leurs travaux forcés.

Que les événements actuels leur servent de dernier exemple pour les prochaines rencontres avec la bourgeoisie : combien de temps encore nous faudra-t-il répéter qu’ils n’ont rien à attendre de la générosité patronale ou gouvernementale ? Ils ont à acquérir eux-mêmes ce qu’ils réclament, ce que depuis déjà longtemps ils devraient posséder et dont ils pourraient jouir.

Avec notre société divisée en elle-même, dont les membres sont parqués en exploiteurs et en exploités, les conflits sont fatals et quand les travailleurs remportent une victoire, toujours relative, ils n’en restent pas moins soumis au régime capitaliste qu’ils ne mettent pas en danger. Après comme avant, ils demeurent avec leur qualité de salariés.

C’est plus que suffisant pour qu’ils se persuadent que, sans tarder une minute, ils doivent rejoindre le Parti socialiste de France et poursuivre, avec lui, le renversement d’une société criminelle qui pèse lourdement sur leurs épaules.

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