1912-12 Le Péril Clérical [Dommanget]

Paru dans « le Prolétaire » n°41 du samedi 28 décembre 1912.

Les camarades qui raillaient les radicaux « mangeurs de curés » sont maintenant revenus de leur erreur et Compère Morel qui prétendait naguère dans le Travailleur que la lutte anticléricale ne devait plus nous intéresser a dû faire lui-même amende honorable dans les colonnes de l’Humanité.

Depuis la séparation des Églises et de l’État qui a brisé les liens qui l’enserraient, le cléricalisme avec la souplesse qui le caractérise a su se développer sous toutes les formes et nous devons compter dès maintenant avec lui. Bien loin de faire grief aux radicaux d’avoir mangé des curés, nous ne devons regretter qu’une chose, c’est qu’ils n’en aient pas mangé assez ou, pour parler un langage plus élevé, c’est qu’ils n’aient pas mené avec suffisamment d’énergie et de profondeur, non seulement la bataille anticléricale mais la lutte antireligieuse. Je l’ai déjà dit et je le répèterai toujours : combattre le cléricalisme c’est bien, attaquer la religion c’est mieux. Maintenant que la religion est séparée de l’État, il faut la séparer du foyer. Nous n’arriverons pas à grand chose tant que les prêtres auront une influence sur la famille. Regardez autour de vous et vous vous rendrez compte qu’avec un tel point d’appui les prêtres ont un levier propre à soulever une masse encore nombreuse pour nuire à notre action. Que font, en effet, les ensoutanés ? Sachant bien que l’habitude, la tradition, le désir de faire comme les autres, constituent autant de facteurs qui leur ont été toujours éminemment favorables, ils s’en servent habilement et commencent par s’emparer de l’enfant.

L’enfant d’aujourd’hui, cest l’homme de demain. Par le catéchisme et l’école libre qui abêtissent, ils préparent des générations humiliées et craintives, un peuple dégénéré et docile, toute une proie aisée aux puissants du jour. Par les sociétés de football et de musique par les patronages, par les soirées récréatives, par les sociétés de préparation militaire qui subissent leur influence, ils donnent un coup de râteau qui leur ramène les jeunes gens, électeurs en herbe, « espoir suprême et suprême pensée ».

Par leurs sociétés du soldat établies dans toutes les villes de garnison et pour lesquels certains officiers ne craignent pas de battre le rappel cyniquement, ils maintiennent sous leurs coupes les recrues antérieures et en ils obtiennent de nouvelles. Enfin, ils tiennent l’homme fait, d’abord par la femme  c’est « l’influence du lit » suivant l’heureuse expression de Michelet  puis par les fêtes du baptême, de la première Communion, etc, qui sont les seuls jours de gaieté pour nos campagnard.

Le tableau que je viens de brosser ne donne qu’une faible idée de l’activité qu’ils déploient Je ne parle pas des associations de pères de famille, des sections des dames de France, des unions fraternelles, sortes de syndicats jaunes et cent autres sociétés qui constituent les mailles d’un espèce de grand filet qu’on aurait jeté sur notre malheureux pays.

Ah ! nos pseudo-radicaux ne sentent point l’énorme responsabilité qu’ils assument en ne prenant aucune mesure pour endiguer les flots torrentueux qui montent ! Du train où vont les choses, je ne donne pas six ans à la Réaction cléricale pour reprendre le dessus ! On les reverra arrogants et pleins de morgue ceux qui tirent momentanément les ficelles derrière la coulisse ! On les reverra dresser une formidable Confédération des syndicats catholiques avec caisses de secours et autres institutions qui ne sont que des amusettes pour nos modernes révolutionnaires : On les reverra, on les revoit déjà, édifier des éteignoirs aux quatre coins du pays et faire une concurrence effrénée à cette école laïque que les radicaux l’ont pas craint de discréditer.

Savez-vous qu’il existe dix-neuf syndicats d’instituteurs libres, braves maîtres d’école qui vous êtes tus quand M. Guisthau a dissout les syndicats laïcs ? Savez-vous qu’il existe trois inspecteurs diocésains dans notre département de l’Oise, républicains qui dans certaines communes ne voulez même pas d’un buste de République pour orner votre mairie. Ignorez-vous, syndicalistes ardents, que des associations jaunes se forment un peu partout, par la grâce de Dieu avec la complaisance de MM. les patrons et sous l’œil bienveillant de M. le Préfet ?

Il est temps encore, agissez et proclamons courageusement que la bataille de laïcité n’est pas terminée, que Libre-Pensée et Socialisme sont indivisibles et que le Socialisme intégral ne trouvera son épanouissement que dans une société débarrassée des préjugés religieux.

Combattons sans trêve ni repos cette Église qui est et deviendra de plus en plus uns police sociale, aussi indispensable que l’Armée, aux canailles du gouvernement du patronat. Luttons avec une féroce énergie contre toutes les institutions cléricales et mettons-nous bien dans la tête la parole de Diderot, car c’est sans doute avec les boyaux du dernier des prêtres qu’il faudra étrangler le dernier des exploiteurs.

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