1917-10 Conseils d’un absent sur l’insurrection [Lénine]

Article dans la «Pravda» en 1920. Signé : Un Absent. Octobre 1917. Publié en français dans Sur la route de l’insurrection (1924).

J’écris ces lignes le 8 octobre, sans grand espoir qu’elles soient déjà le 9 entre les mains des camarades de Petrograd. Il est possible qu’elles arrivent trop tard, puisque le congrès des Soviets de la région du Nord est fixé au 10 octobre. J’essaierai cependant de donner mes « conseils d’absent », pour le cas où l’action probable, imminente des ouvriers et des soldats de Petrograd et des « alentours » n’aurait pas encore eu lieu.

Tout le pouvoir doit passer aux Soviets, cela est clair. Il doit être également indiscutable pour tout bolchevik que le pouvoir révolutionnaire prolétarien (ou bolchevik, ce qui maintenant est une seule et même chose) est assuré de la sympathie la plus ardente et de l’appui sans réserve de la totalité des travailleurs et des exploités dans le monde entier, dans les pays belligérants en particulier, et surtout parmi les paysans russes. Ces vérités sont trop connues et depuis trop longtemps démontrées pour qu’il vaille la peine de s’y arrêter.

Il faut s’arrêter sur un point qui n’est peut-être pas tout à fait clair pour tous les camarades, à savoir que le passage du pouvoir aux Soviets signifie en fait aujourd’hui l’insurrection armée. La chose pourrait bien sembler évidente ; mais tout le monde n’a pas approfondi ce point et ne l’approfondit pas. Renoncer maintenant à l’insurrection armée signifierait renoncer au mot d’ordre essentiel du bolchévisme (tout le pouvoir aux Soviets) et à l’internationalisme révolutionnaire prolétarien dans son ensemble.

L’insurrection armée est une forme particulière de la lutte politique ; elle obéit à des règles particulières qu’il importe de méditer profondément. Karl Marx a exprimé cette pensée avec un relief particulier, lorsqu’il a dit que : « L’insurrection armée, comme la guerre, est un art. » Les règles principales que Marx a données de cet art sont les suivantes:

1. Ne jamais jouer avec l’insurrection et lorsqu’on la commence, être bien pénétré de l’idée qu’elle doit être menée jusqu’au bout.

2. Rassembler à l’endroit et au moment décisif, des forces de beaucoup supérieures à celles de l’ennemi, sinon ce dernier, mieux préparé et mieux organisé, anéantira les insurgés.

3. L’insurrection une fois commencée, il faut agir avec la plus grande décision et passer absolument, coûte que coûte, à l’offensive. « La défensive est la mort de l’insurrection armée ».

4. Il faut s’efforcer de prendre l’ennemi au dépourvu, de saisir le moment où ses troupes sont dispersées.

5. Il faut remporter chaque jour des succès, même peu considérables (on pourrait même « chaque heure » s’il s’agit d’une seule ville), et conserver à tout prix la « supériorité morale« .

Marx a résumé les enseignements de toutes les révolutions sur l’insurrection armée par les paroles du « plus grand maître de la tactique révolutionnaire que l’histoire connaisse, Danton: De l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace! ».

Appliqués à la Russie d’octobre 1917, ces préceptes signifient: offensive simultanée, la plus soudaine et la plus rapide possible, sur Pétrograd, du dehors et du dedans, des quartiers ouvriers et de Finlande, de Reval et de Cronstadt, offensive de toute la flotte, concentration de forces surpassant considérablement les 15 à 20.000 hommes (et peut-être davantage) de notre « garde bourgeoise » (élèves-officiers), de nos chouans (unités cosaques), etc. Combiner nos trois forces principales: la flotte, les ouvriers et les unités militaires pour occuper en premier lieu et conserver à tout prix: a) le téléphone; b) le télégraphe; c) les gares; d) les ponts. Sélectionner les éléments les plus résolus de nos groupes d’ « assaut », de la jeunesse ouvrière et des matelots et en former de petits détachements chargés d’occuper tous les points les plus importants et de participer à toutes les opérations décisives, par exemple:

Encercler Pétrograd et le couper des autres villes, s’en emparer une attaque combinée de la flotte, des ouvriers et des troupes — tâche qui exige de l’art et une triple audace.

Former des détachements composés des meilleurs ouvriers qui, armés de fusils et de bombes, marcheront sur les « centres » de l’ennemi et les (…) (écoles d’élèves-officiers, télégraphe, téléphone, etc…) et dont le mot d’ordre sera: périr jusqu’au dernier, plutôt que de laisser passer l’ennemi.

Espérons que si l’insurrection est décidée, ses dirigeants sauront appliquer les grands préceptes de Danton et de Marx. Le triomphe de la révolution russe en même temps que de la révolution mondiale dépend de deux ou trois jours de lutte.

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